Mellah

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Le mellah désigne au Maroc le quartier où habitaient les résidents juifs de la ville. De hautes murailles entouraient celui-ci afin de séparer populations musulmanes et juives.

Le mellah de Fès, établi en 1438, est considéré comme le plus ancien quartier réservé aux juifs du Maroc.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le mot mellah signifie sel en hébreu et arabe, et désigne également un lieu où on conserve des produits avec le sel ; mais dans chaque ville du Maroc il est utilisé pour désigner le quartier juif. Cela pourrait venir du fait qu'une corvée imposée aux Juifs du Maroc consistait à saler, pour les conserver, les têtes des criminels exécutés, avant qu'elles ne soient exposées aux portes des villes[1].

Type de quartier[modifier | modifier le code]

Dans de nombreuses villes du Maroc il existait des Mellahs, c'est à dire quartiers réservés aux habitants de confession juive. Leurs traces architecturales subsistent encore, bien qu'à compter notamment du Protectorat français ces quartiers aient évidemment progressivement perdu leur fonction de séparation des juifs de la population musulmane.

Les mellahs, n'étaient pas des ghettos au sens strict dans la mesure où les juifs pouvaient en sortir, pour fréquenter les autres quartiers de la ville ou du village et où, pareillement, la population non juive pouvait pénétrer dans le mellah. Cependant, sauf dérogation du pouvoir local (ou protection consulaire particulière, à partir du 19ème siècle surtout), les juifs étaient tenus d'y habiter et d'y exercer leur commerce "seule une infime minorité de très riches [étant] autorisée à rester à la Kasbah" [2] .

L'objet affiché du premier mellah de Fez (1438) est à la fois d'isoler les non-musulmans dans une ville où réside un descendant du Prophète et de protéger les dhimmis [3]. Mais les mellahs marocains se sont ensuite multipliés à compter de la fin du 18ème siècle et au début du 19ème siècle. Le pouvoir local force alors les populations juives à y déménager, causant une promiscuité obligée. Les Juifs n'ont en effet très généralement ni l'autorisation de quitter les mellahs, ni celle de les agrandir [4]. De même les juifs se voient interdire, pour l'essentiel, d'établir leur commerce en quartier musulman [5].

L'insalubrité des mellahs marocains et la politique de brimades systématiques subie par la population juive locale, soumise à l'arbitraire des autorités et l'absence de protection juridique face aux persécutions fréquentes de la communauté musulmane, a été relevée par de très nombreux auteurs [6].

Les pressions du Protectorat français puis la quasi disparition de la population juive marocaine [7] ont entraîné la disparition de fait des Mellah en tant que quartiers assignés aux Juifs.

Mellahs urbains[modifier | modifier le code]

Mellah de Fès[modifier | modifier le code]

Le plus important du Maroc, il fut d'ailleurs le premier quartier juif séparé dans l'histoire du Maroc en 1438[8]. À cette époque de fanatisme encouragé par la dynastie des Almohades, le sultan, désireux de protéger les populations juives de la ville et de séparer les populations juives d'une ville où résidait un descendant du Prophète [9], fit construire pour elles un quartier réservé à Fès el-Jedid, à proximité du palais royal.

Mellah de Marrakech[modifier | modifier le code]

Dans une étude de Colette Zytnicki, il est indiqué que le mellah de Marrakech fut construit en 1567[8], sous le règne du sultan saadien Abdallah el-Ghalib. Selon Michel Abitbol, Abdallah el-Ghalib a commencé à partir de 1557 à transférer les juifs de la ville dans ce quartier ceint de murailles, attenant à la kasbah, où résidaient aussi quelques chrétiens et hébergeant des émissaires européens, mais ce n'est que bien plus tard qu'il fut, à l'instar de celui de Fès, nommé le Mellah ; parallèlement, jusqu'à la fin du XVIe siècle, des juifs auraient aussi vécu en dehors[10].

Mellah de Meknès[modifier | modifier le code]

Meknès est la seule ville au Maroc où il y avait deux mellahs[réf. souhaitée] : un vieux mellah, le troisième du pays, construit en 1682[8] sous le règne du sultan alaouite Moulay Ismaïl, et un nouveau mellah, construit dans les années 1920[réf. souhaitée].

Lors du tremblement de terre de Lisbonne du , qui alla jusqu'à ravager des villes marocaines telles que Meknès, la population du mellah établi sous Moulay Ismaïl fut décimée[11].

Mellah d'Essaouira (anciennement Mogador)[modifier | modifier le code]

Sceau de Salomon sur un mur dans le mellah d'Essaouira.

Au milieu du XIXe siècle, Mogador comptait 10 000 musulmans et 17 000 juifs reclus dans le mellah, situé dans la partie nord de la vieille ville.

Mellah de Taroudant[modifier | modifier le code]

Mellah de Rabat[modifier | modifier le code]

Le mellah de Rabat a été construit en 1808[8], sous le règne du sultan alaouite Moulay Slimane.

Mellah de Salé[modifier | modifier le code]

Juif au mellah de Salé

Mellah de Tétouan[modifier | modifier le code]

Mellah de Casablanca[modifier | modifier le code]

Mellah d'El Jadida (Mazagan)[modifier | modifier le code]

La cité Portugaise de El Jadida est appelée Mellah avec inexactitude. Cette cité est à l'origine une fortification militaire portugaise. Elle fut ensuite habitée par les marocains musulmans et juifs et en même temps par les premiers européens. Il est clair qu'au départ la forteresse n'était nullement destinée aux marocains juifs. A partir de 1940 plus de la moitié des juifs habitants El Jadida résidaient hors de la cité portugaise Ref : Livre Mustapha JMAHRI : La communauté juive de la ville d'EL JADIDA . Edition Les cahiers d'EL JADIDA

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Mellah », sur CNRTL
  2. Georges Bensoussan "Juifs en Pays Arabes - Le grand déracinement 1850-1975 " Taillandier 2012, Note 215 et texte en regard (Kindle edition, emplacement 1402)
  3. ref.cit.. emplacement 1393
  4. ibid. V. aussi, Bulletin de l'Alliance israélite universelle 1992, p.59
  5. Pour le Mellah de Fez, voir le Bulletin de Alliance israélite universelle de 1888.
  6. v; Par ex Pierre Loti (Reconnaissance au Maroc, Paris 1888,p.323.; Joseph Halevy in Bulletin de l'Alliance israélite universelle 1er semestre 1977, p.56; Charles De Foucauld (Reconnaissance au Maroc, Paris 1888,p.395.
  7. De plus de 250.000 personnes,en 1948, la population juive marocaine est passée à moins de 3000 de nos jours . c.f; André Chouraqui, Histoire des juifs en Afrique du Nord, Paris, Hachette, 1985, 620 p. (ISBN 2010115333 et 9782010115332, OCLC 13222368, notice BnF no FRBNF34843023) Document utilisé pour la rédaction de l’article 2e éd. : Monaco, Éditions du Rocher, 1998, 2 tomes (ISBN 2268031063, 9782268031064, 2268031055 et 9782268031057) (OCLC 490896106).
  8. a, b, c et d Colette Zytnicki, « Babouches et nus pieds : Perceptions antagonistes des frontières juridico-politiques entre juifs et musulmans dans le Maroc précolonial », dans Michel Bertrand et Natividad Planas (dir.), Les Sociétés de frontière : De la Méditerranée à l'Atlantique, XVIe-XVIIIe siècle, Madrid, Casa de Velázquez, (ISBN 9788496820500, notice BnF no FRBNF42456443, lire en ligne), p. 359
  9. Georges Bensoussan "Juifs en Pays Arabes - Le grand déracinement 1850-1975 " Taillandier 2012, Note 215 et texte en regard (Kindle edition, emplacement 1393
  10. Abitbol 2009, p. 177
  11. Abitbol 2009, p. 256

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Michel Abitbol, Histoire du Maroc, Paris, Perrin, [détail de l’édition], p. 135 (Fès), 177 (Marrakech), 256 (Meknès), 275 (Essaouira), 345 (villes portuaires atlantiques), 355 (Essaouira), 408 (Fès) et 474 (Marrakech) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Armand Lévy, « Le mellah, vivier communautaire », dans Il était une fois les Juifs marocains : Témoignage et histoire de la vie quotidienne, Paris, L'Harmattan, coll. « Comprendre le Moyen-Orient », (ISBN 9782296307216, notice BnF no FRBNF35789395), p. 43-? [aperçu]
  • Dictionnaire insolite du Maroc - Latéfa Faïz - Edition Cosmopole - Novembre 2011 - ISBN / 978-2-84630-064-3

Lien externe[modifier | modifier le code]