Conquête musulmane du Maghreb

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Conquête musulmane du Maghreb
Description de l'image Arab Maghreb Union (orthographic projection).svg.
Informations générales
Date 647-709
Lieu Maghreb
Issue Victoire musulmane
Changements territoriaux Le Maghreb passe sous contrôle musulman.
Belligérants
Califat Rachidun
Califat omeyyade
Empire byzantin
Exarchat de Carthage
Royaume d'Altava
Commandants
Abd Allah ibn al-Zubayr
Abdallah ibn Sa'ad
Oqba Ibn Nafi
Abu al-Muhajir Dinar
Moussa Ibn Noçaïr
Hassan Ibn Numan
Tariq ibn Ziyad
Grégoire le Patrice
Jean le Patrice
Tibère Apsimar
Koceïla
Kahina

Batailles

Sufétula · Vescera · Mamma · Carthage · Oued Nini

Cet article traite de l’histoire de la conquête musulmane du Maghreb, de l'Ifriqiya (actuelle Tunisie) jusqu’au rocher de Gibraltar, qui doit à cet événement son nom actuel (المغرب signifiant « occident » en arabe).

Il est encore difficile de comprendre les liens qui se sont noués entre les peuples du Maghreb et l’Islam, les éléments historiques restant rares. L’idée d’un phénomène de conversion et d’acculturation reste à l’état d’hypothèse. Il faut près d’un siècle, en effet, pour apaiser les tensions politiques liées à la conquête. La conversion à l'islam des tribus berbères ne s’est pas déroulée uniformément, et a connu des résistances, des apostasies ponctuelles, ou l’adoption de syncrétismes. L’arabisation s’est faite de manière plus lente encore.

Les populations berbères du Maghreb ont contribué tant au rayonnement de la civilisation musulmane qu’à la défense de certains particularismes ; il existait ainsi une identité maghrébine dans le monde médiéval, pour l’étude de laquelle les sources manquent. Il n’y a en effet aucun témoignage direct de l’époque de la conquête. Il faut se contenter de récits postérieurs, comme ceux d'Ibn al-Hakam (849) ou de Baladhuri (823). Il est délicat de proposer une théorie de la conquête, un regard critique sur les sources étant nécessaire.

L’histoire du Maghreb ne débute pas avec la conquête : celui-ci a déjà connu les civilisations et royaumes de la Maurétanie et de la Numidie, puis une longue présence romaine suivie des périodes germanique et byzantine sur le littoral de la Tunisie, de l'Algérie et du Maroc, et cela jusqu’à 200 kilomètres à l'intérieur des terres ; le christianisme s’y est anciennement implanté, avec une Église chrétienne d’Afrique très active (Saint Augustin, par exemple, est d’origine berbère).

Lors de la conquête arabe, le Maghreb était constitué de plusieurs royaumes berbères chrétiens indépendants, comme le celui d'Altava[1], lié à l'Empire byzantin[2].

Historiographie[modifier | modifier le code]

Les premiers récits arabes qui nous sont parvenus sont ceux d'Ibn Abd-al-Hakam, Al-Baladhuri et Ibn Khayyat, tous écrits au IXe siècle, soit environ 200 ans après les premières invasions. Ils ne sont pas très détaillés. Dans le cas du plus informatif, La Conquête de l'Égypte, de l'Afrique du Nord et de l'Espagne par Ibn Abd al-Hakam, Robert Brunschvig[3], a montré qu'il a été écrit en vue d'illustrer les points de la loi maliki plutôt que de documenter l'histoire, et que certains des événements qu'il décrit sont probablement historiques.

À partir du XIIe siècle, les lettrés de Kairouan ont commencé à construire une nouvelle version de l'histoire de la conquête, finalisée par Ibrahim ibn ar-Raqiq. Cette version a été copiée dans son intégralité, et parfois interpolée par des auteurs postérieurs, finalisée au XIVe siècle, avec des savants tels que Ibn Idhari, Ibn Khaldoun et Al-Nuwayri. Elle diffère des précédentes versions en ce qu'elle donne des récits contradictoires des événements. Cependant, c'est la version la plus connue, utilisée pour l'article ci-dessous. Une controverse constante porte sur la fiabilité des deux versions.

La conquête (647-709)[modifier | modifier le code]

Prélude[modifier | modifier le code]

En 642, les Arabes sont présents à Barqa et à Tripoli. L’Égypte est conquise. Ceux qui, parmi les Coptes, ne supportent pas le pouvoir byzantin, accueillent les Arabes en libérateurs[4]. D'autres sources cependant indiquent que non seulement les Coptes n'ont pas apprécié leur venue, mais qu'ils les ont combattus aux côtés des Romains[5]. Al-Fustat est fondée, qui servira de base arrière à la conquête.

Omar ibn al-Khattab, second calife du califat Rachidun, refuse d’annexer l’Ifriqiya et s’oppose à toute expédition. Il meurt en 644, et son successeur, Othman ibn Affan, dès 647, autorise les premiers raids[6].

Première invasion[modifier | modifier le code]

La première invasion de l'ifriqiya est dirigée par Abdallah ibn Saad en 647. 20 000 Arabes partent de Médine, dans la péninsule arabique, 20 000 autres les rejoignent à Memphis, en Égypte, et Abdallah les conduit vers l'Exarchat de Carthage. L'armée prend la Tripolitaine (actuelle Libye). Le comte Grégoire, gouverneur byzantin local[7], venait de déclarer son indépendance de l'Empire byzantin. Il rassemble ses alliés, face aux troupes arabo-musulmanes, et est battu et tué lors de la bataille de Sufétula en 647. Avec la mort de Grégoire, son successeur, Gennadios II, assure le retrait des arabes en échange d'un lourd tribut[8]. La campagne a duré 14 mois, et les armées d'Abdallah regagnent l'Égypte en 648[9].

Toutes les autres conquêtes musulmanes sont interrompues par une guerre civile entre les factions arabes rivales qui entraîne l'assassinat du calife Othman en 656. Il est remplacé par Ali ibn Abi Talib, qui est assassiné en 661. Le califat omeyyade s'établit alors à Damas, et le calife Muawiyah a commencé à consolider son empire de la mer d'Aral à la frontière occidentale de l'Égypte. Il met un gouverneur en place en Égypte à Fostat, créant un siège de pouvoir subordonné qui se poursuivra pendant les deux siècles suivants. Il poursuit ensuite l'invasion des pays voisins non-musulmans, attaquant la Sicile, et l'Anatolie en 663. En 664, Kaboul, en Afghanistan, tombe sous le joug des armées musulmanes.

Seconde invasion[modifier | modifier le code]

Les années 665 à 689 voient une nouvelle invasion musulmane en ifriqyia.

Elle débuta, selon Will Durant, afin de protéger l'Égypte « d'une attaque sur le flanc de la part de la cité byzantine de Cyrène[10] ». Ainsi, « une armée de plus de 40 000 musulmans s'est avancé à travers le désert à Barqa, l'a pris, et est allée aux environs de Carthage », battant une armée byzantine de 20 000 hommes dans le processus.

Vient ensuite en 670, une armée composée de 10 000 Arabes dirigée par Oqba Ibn Nafi al-Fihri[11]. L'expédition mène à la fondation de Kairouan, créée pour des invasions futures ; Kairouan devient la capitale de la province islamique d'Ifriqiya, et l'un des principaux centres culturels arabo-islamiques du Moyen Âge

Après cela, comme l'écrit Edward Gibbon, le général Oqba « pénétra dans l’intérieur des terres ; il traversa le désert où ses successeurs ont élevé les brillantes capitales de Fez et de Maroc ; et il arriva enfin au rivage de la mer Atlantique et à la frontière du grand désert[12] ». Le général a assiégé la ville côtière de Bougie, ainsi que Tingis (actuelle Tanger), mettant fin à ce qui avait été autrefois la province romaine de Maurétanie tingitane.

Mais ici, il a été arrêté et partiellement repoussé. Luis Garcia de Valdeavellano écrit :

« Dans leur attaque contre les Byzantins et les Berbères, les chefs arabes avaient considérablement étendu leurs possessions en Afrique, et au début de l'année 682 Oqba Ibn Nafi atteignait les côtes de l'Atlantique, mais il fut incapable d'occuper Tanger, car il a été contraint de rebrousser son chemin vers les monts de l'Atlas par un homme que l'histoire et la légende ont retenu sous le nom de comte Julien[13]. »

Comme l'écrit Edward Gibbon, « cependant ce nouvel Alexandre, qui soupirait après de nouveaux mondes, ne put garder les régions qu’il venait d’envahir. La défection générale des Grecs et des Africains le rappela des rivages de l’Atlantique[14] ».

À son retour de l'expédition (qui n'aurait pas pu réellement dépasser la vallée du Chélif, et la Méditerranée[15]), l'armée de Oqba fut prise en embuscade à Vescera par une armée berbère et byzantine dirigée par Koceïla[16]. Lors de cette bataille, Oqba ibn Nafi et Abu al-Muhajir Dinar furent tués. Koceïla marche sur Kairouan et s'empara de la cité ; ce qui restait de l'armée musulmane se retira en Cyrénaïque.

Puis, ajoute Gibbon : « Zobeir, qui fut le troisième général ou le troisième gouverneur de l'Afrique, vengea la mort de son prédécesseur et eut la même destinée. Il remporta plusieurs victoires sur les naturels du pays ; mais il fut accablé par une grande armée que Constantinople envoya au secours de Carthage[17] ». Pendant ce temps, une nouvelle guerre civile entre rivaux pour la monarchie fit rage en Arabie et en Syrie. Il en résulta une série de quatre califes entre la mort de Muawiya en 680 et l'avènement d'Abd al-Malik ibn Marwan en 685; la lutte ne prit fin qu'en 692, avec la mort du chef rebelle.

Troisième invasion[modifier | modifier le code]

L’avènement de Hassan Ibn Numan a provoqué un retour de l'ordre interne qui a permis au calife de reprendre la conquête musulmane de l'Afrique du Nord. Il a commencé par l'invasion renouvelée de l'ifriqiya. Edward Gibbon écrit : « Hassan, gouverneur de l’Égypte, fut chargé du commandement des troupes : on destina à cette expédition le revenu de l’Égypte et quarante mille hommes. Dans les vicissitudes de la guerre, les Sarrasins avaient alternativement subjugué et perdu les provinces intérieures ; mais la côte de la mer était toujours au pouvoir des Grecs : les prédécesseurs de Hassan avaient respecté le nom et les fortifications de Carthage ; et le nombre de ses défenseurs était augmenté des habitans de Cabés et de Tripoli qui s’y étaient réfugiés. Hassan fut plus hardi et plus heureux ; il réduisit et pilla la métropole de l’Afrique ; ce fut, disent les historiens, au moyen d’échelles ; ce qui fait penser qu’il s’épargna par un assaut les ennuyeuses opérations d’un siège[18] ».

Mais l'Empire byzantin a répondu avec des troupes venues Constantinople, unies par des soldats et des navires siciliens, et un puissant contingent de Wisigoths d'Hispanie. Cela a forcé l'armée arabe à retourner à Kairouan. Alors, écrit Edward Gibbon: « les chrétiens firent leur débarquement ; les citoyens saluèrent la bannière de la croix, et l’hiver fut inutilement employé à s’entretenir dans de vaines chimères de victoires ou de délivrance[19] ».

Au printemps suivant, cependant, les Arabes ont lancé un nouvel assaut par voie maritime et terrestre, obligeant les Byzantins et leurs alliés à évacuer Carthage. Les Arabes ont abattu les civils, ont totalement détruit la ville et l'ont brûlée au sol, laissant la région désolée pendant les deux siècles suivants. Après le départ de la force principale des Byzantins et de leurs alliés, une autre bataille a été menée près d'Utique, et les Arabes ont de nouveau été victorieux, obligeant les Byzantins à laisser cette partie de l'Afrique du Nord pour de bon.

Cela s'est suivi d'une rébellion berbère contre les nouveaux seigneurs arabes. Edward Gibbon écrit : « Les tribus indépendantes prirent sous le drapeau de leur reine Cahina une sorte d’accord et de discipline ; et comme les Maures attribuaient à leurs femmes le don de prophétie, ils attaquèrent les musulmans de leur pays avec un fanatisme égal au leur. Les vieilles troupes de Hassan ne pouvaient suffire à la défense de l’Afrique ; les conquêtes d’une génération furent perdues en un jour ; le général arabe, entraîné par le torrent, se retira sur les frontières de l’Égypte[20] ».

Vers 698, la reine berbère Kahina rencontre les troupes du général Hassan Ibn Numan, près d'une rivière dans le nord de l'Aurès, et les écrase lors de la bataille de l'oued Nini. Hassan s'enfuit en Cyrénaïque[21].

4 ou 5 années se sont écoulés avant que Hassan ne reçoive de troupes fraîches du calife. Pendant ce temps, les habitants des villes de l'Afrique du Nord se frictionnaient sous le règne berbère. Ainsi, Hassan a été favorablement accueilli à son retour. Edward Gibbon écrit que « Cahina fut tuée dès la première bataille[22] ».

Les Arabes avaient pris la plupart de l'Afrique du Nord aux Byzantins. La région a été divisée en trois provinces: l'Égypte avec son gouverneur à Al-Fustat, l'Ifriqiya avec son gouverneur à Kairouan et le Maghreb al-Aqsa (Maroc moderne) avec son gouverneur à Tanger.

Moussa Ibn Noçaïr, un général yéménite, a été nommé gouverneur de l'Ifriqiya et a été chargé de mâter une nouvelle rébellion berbère et de convertir la population à l'islam. Cela s'est avéré être un succès, car de nombreux Berbères se sont convertis à l'islam et sont même entrés dans son armée en tant que soldats et officiers, incluant probablement Tariq Ibn Ziyad, le futur conquérant de la péninsule ibérique.

Moussa dû également faire face à la marine byzantine qui luttait toujours contre les envahisseurs musulmans. Il a donc construit une marine qui a su conquérir les îles chrétiennes d'Ibiza, de Majorque et de Minorque. Progressant dans le Maghreb, ses armées ont pris Icosium (actuelle Alger) en 700.

Fin de la conquête[modifier | modifier le code]

D'ici 709, toute l'Afrique du Nord était sous le contrôle du califat arabe. La seule exception possible était Ceuta. Edward Gibbon déclare : « Les rois d’Espagne possédaient alors, ainsi qu’à présent, la forteresse de Ceuta, l’une des colonnes d’Hercule, qui n’est séparée que par un détroit de peu de largeur de l’autre colonne, qui est la pointe de l’Europe, il restait encore aux Arabes à conquérir le petit canton de la Mauritanie ; mais Musa, qui dans l’orgueil de sa victoire avait attaqué Ceuta, fut repoussé par la vigilance et le courage du comte Julien, général des Goths[23] ».

D'autres sources, cependant, soutiennent que Ceuta représentait le dernier avant-poste byzantin en Afrique et que Julien, que les Arabes appelaient Ilyan, était un exarque ou un gouverneur byzantin. Valdeavellano offre une autre possibilité : « Comme il semble plus probable, il [le comte julien] a peut-être été un Berbère qui était le seigneur et le maître de la tribu catholique des Ghomaras[24] ».

En tout cas, étant un diplomate habile dans la politique wisigoth, berbère et arabe, Julien aurait bien pu se rendre à Moussa dans des termes qui lui ont permis de conserver son titre et son commandement.

À cette époque, la population de Ceuta comprenait de nombreux réfugiés d'une guerre civile wisigoth ruineuse qui avait éclaté en Hispanie. Il s'agissait notamment de la famille et des confédérés du défunt roi Wittiza, des chrétiens ariens fuyant les conversions forcées aux mains de l'église catholique wisigothique et des juifs.

Comme l'a dit Gibbon, Moussa a reçu un message inattendu de Julian, « qui offrait aux successeurs de Mahomet sa personne, son épée, la place qu’il commandait[25] » au chef musulman en échange de l'aide dans la guerre civile. Bien qu'« il avait de grands biens, des partisans audacieux et en grand nombre[26] », il « avait beaucoup à craindre et peu à espérer du nouveau règne[26] ». Et il était trop faible pour défier directement Rodéric. Il a donc cherché l'aide de Moussa.

Pour Moussa, Julien, « maître de l’Andalousie et de la Mauritanie, ... tenait en ses mains les clefs de la monarchie d’Espagne[26] ». Et donc Moussa a ordonné des raids initiaux sur la côte sud de la péninsule ibérique en 710. Au début de la même année, Tariq ibn Ziyad - un Berbère, convertis à l'islam - a pris Tanger. Moussa le fit alors gouverneur là-bas, soutenu par une armée de 6 700 hommes.

709 est la date de l'achèvement officiel de la conquête. En 711, les premiers contingents musulmans passent en Andalousie. Ils débarquent à Gibraltar.

Tariq ibn Ziyad a envahis la péninsule ibérique. Partant de Ceuta à bord des navires fournis par le comte Julien, il défait Rodéric lors de la bataille du Guadalete, et a ensuite assiégé la capitale wisigoth de Tolède. Lui et ses alliés ont également pris Córdoba, Ecija, Grenade, Málaga, Séville et d'autres villes.

Raisons de la défaite[modifier | modifier le code]

D'après l'historien Gabriel Camps, la conquête musulmane fut facilitée par la faiblesse des Byzantins qui avaient détruit le royaume vandale et reconquis une partie de l’Afrique (533). Mais l’Afrique byzantine n’est plus l’Afrique romaine. Depuis deux siècles, ce territoire était la proie de l’anarchie, et alors même que la conquête arabe est commencée, une nouvelle querelle, née de l’initiative de l’empereur Constant II, celle du Type, déchire encore l’Afrique chrétienne. Bien que peu nombreux, les Arabes ne trouvèrent pas en face d’eux un État prêt à résister à une invasion, mais des opposants successifs : le patrice byzantin, puis des chefs berbères, principautés après royaumes, tribus après confédérations. Quant à la population citadine, de culture punico-berbère, elle resta enfermée dans les murs de ses villes. Bien que fort nombreuse, elle n’a ni la possibilité, ni la volonté de résister longtemps. La capitation imposée par les Arabes (un impôt nommé en arabe « kharaj »), n’était guère plus lourde que les exigences du fisc byzantin[9].

En même temps s’accroît la complexité sociologique, voire ethnique, du pays. Aux romano-berbères des villes et des campagnes, parfois très méridionales, et aux Maures non romanisés, se sont ajoutés les nomades « zénètes », les Laguantan et leurs émules, les débris du peuple vandale, le corps expéditionnaire et les administrateurs byzantins. Cette société devient de plus en plus cloisonnée dans un pays où s’estompe la notion même de l’État. C’est donc dans une Ifriqyia désorganisée, appauvri et déchirée qu’apparaissent, au milieu du VIIe siècle, les conquérants arabes.

Christianisme berbère après la conquête arabe[modifier | modifier le code]

Article connexe : Christianisme au Maghreb.

Le point de vue historique conventionnel est que la conquête musulmane de l'Afrique du Nord a mis fin au christianisme en Ifriqiya pour plusieurs siècles[27]. La vision dominante est que l'Église à cette époque ne possédait pas la fermeté d'une tradition monastique et souffrait encore des suites d'hérésies, y compris de l'hérésie dite donatiste, et cela a contribué à l'effacement précoce de l'Église au Maghreb[28]. Certains historiens le contrastent avec la forte tradition monastique en Égypte copte, qui est crédité comme un facteur qui a permis à l'Église copte de rester la foi majoritaire dans ce pays jusqu'aux environs du XIVe siècle, malgré de nombreuses persécutions.

Cependant, une nouvelle étude est apparue qui conteste cette situation. Il y a des rapports selon lesquels le christianisme a persisté en Tripolitaine (actuelle Libye occidentale), et dans l'actuel Maroc pendant plusieurs siècles après la fin de la conquête arabe vers 700. Des communautés de chrétiens autochtones se sont maintenues dans le sud tunisien, sans bénéficier d’apports extérieurs venus raviver leur foi. Une communauté chrétienne est enregistrée en 1114 à Qal'a dans le centre de l'Algérie. Il y a également des preuves de pèlerinages religieux après 850 dans des tombes de saints chrétiens en dehors de la ville de Carthage, et des signes de contacts religieux avec les chrétiens d'al-Andalus. En outre, les réformes calendaires adoptées en Europe à cette époque ont été diffusées parmi les chrétiens indigènes de Tunis, ce qui n'aurait pas été possible s'il n'y avait pas eu de contact avec Rome.

Le catholicisme local a fait l'objet de pressions lorsque les régimes fondamentalistes berbères musulmans Almohades et Almoravides sont arrivés au pouvoir, et les textes montrent des persécutions, et des demandes qui ont poussé les chrétiens locaux de Tunis à se convertir à l'Islam. Certains auteurs attribuent même la disparition du christianisme maghrébin aux Almohades et leur fanatisme religieux[29]. Il y a encore des rapports sur les habitants chrétiens et un évêque dans la ville de Kairouan vers 1150 - un rapport important, puisque cette ville a été fondée vers 680 par les arabo-musulmans en tant que centre administratif après leur conquête. Une lettre du XIVe siècle montre qu'il y avait toujours quatre évêchés en Afrique du Nord, certes une forte baisse, car il existait plus de quatre cents évêchés au moment de la conquête arabe[30]. Les chrétiens berbères ont continué de vivre à Tunis et à Nefzaoua dans le sud de la Tunisie jusqu'au début du XVe siècle, et "au premier quart du xve siècle, nous lisons même que les chrétiens indigènes de Tunis, quoique bien assimilés, ont étendu leur Église, peut-être parce que les derniers des chrétiens persécutés de tout le Maghreb s'étaient rassemblés ici[31]".

En 1830, lorsque les Français ont conquis l'Algérie et Tunis, le christianisme local s'était éteint. La croissance du christianisme dans la région après la conquête de la France a été instruite par les colons européens, toutefois, leurs descendants (pieds-noirs) sont majoritairement partis lorsque ces pays sont devenus indépendants.

Référencement[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. (es) Noé Villaverde Vega, El Reino mauretoromano de Altava, siglo VI, Tingitana en la antigüedad tardía, siglos III–VII: autoctonía y romanidad en el extremo occidente mediterráneo, Madrid, , p. 355
  2. Louis Bréhier et Gilbert Dagron, Vie et mort de Byzance, Albin Michel, (ISBN 9782226171023, lire en ligne), p. 38-39
  3. Robert Brunschvig, Ibn Abd al-Hakam et la conquète de l'Afrique du Nord par les arabes, Al-Andalus, , p. 129-179
  4. Frédéric Soreau, L'Egypte, Editions Jean-paul Gisserot, (ISBN 9782877475174, lire en ligne), p. 44
  5. (en) Atallah Mansour, Narrow Gate Churches: The Christian Presence in the Holy Land Under Muslim and Jewish Rule, Hope Publishing House, , 327 p. (ISBN 9781932717020, lire en ligne), p. 103
  6. Diehl 1896, p. 558.
  7. Francis Rodd, Kahena, Queen of the Berbers: "A Sketch of the Arab Invasion of Ifriqiya in the First Century of the Hijra" Bulletin of the School of Oriental Studies, vol. 3, Université de London, , 4e éd., p. 731-732
  8. Diehl 1896, p. 560.
  9. a et b Gabriel Camps, « Comment la Berbérie est devenue le Maghreb arabe. », Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée, vol. 35, no 1,‎ , p. 7–24 (DOI 10.3406/remmm.1983.1979, lire en ligne)
  10. (en) Will Durant, The Age of Faith: The Story of Civilization, Simon and Schuster, (ISBN 9781451647617, lire en ligne), p. 307
  11. Mohamed Talbi, L'Émirat aghlabide, 184-296, 800-909: histoire politique, Librairie d'Amérique et d'Orient, Adrien-Maisinneuve, (lire en ligne), p. 21
  12. Gibbon 1828, p. 285.
  13. Luis Garcia de Valdeavellano, Historia de España, 1968, Madrid: Alianza.
  14. Gibbon 1828, p. 286.
  15. Philippe Conrad, « La conquête musulmane de l'Occident », Nouvelle Revue d'Histoire,‎ (lire en ligne)
  16. (en) Jonathan Conant, Staying Roman : conquest and identity in Africa and the Mediterranean, 439-700, Cambridge, Cambridge University Press, (ISBN 978-0-521-19697-0), p. 280–281.
  17. Gibbon 1828, p. 287.
  18. Gibbon 1828, p. 289-290.
  19. Gibbon 1828, p. 291.
  20. Gibbon 1828, p. 294.
  21. Yves Modéran, Kahena, vol. 27 : Encyclopédie berbère, (lire en ligne)
  22. Gibbon 1828, p. 295.
  23. Gibbon 1828, p. 297-298.
  24. (es) Luis García de Valdeavellano, Historia de España, Madrid: Alanza,
  25. Gibbon 1828, p. 298.
  26. a, b et c Gibbon 1828, p. 300.
  27. (en) « Office of the President - Bethel University »
  28. The Disappearance of Christianity from North Africa in the Wake of the Rise of Islam, C. J. Speel, II Church History, Vol. 29, No. 4 (décembre 1960), p. 379-397.
  29. Parmi ceux qui attribuent la fin du christianisme aux Almohades, voir entre autres H.R. Idris, La Berbérie orientale, p. 761 ; Ch. Courtois, « Grégoire VII et l’Afrique du Nord, remarques sur les communautés chrétiennes d’Afrique au XIe siècle », Revue Historique, CXCV (1945), p. 121 ; Robert Brunschvig, La Berbérie orientale sous les Ḥafṣides des origines à la fin du XVe siècle, Paris, Adrien-Maisonneuve, 1982, I, p. 5 ; J. Cuoq, L’Église d’Afrique du Nord du IIe au XIIe siècle, Paris, Le Centurion, 1984, p. 179. Ils se fondent également sur al-Marrâkushî, Kitâb al-Mu‘djib fî talkhîṣ akhbâr al-Maghrib, éd. R. Dozy, Amsterdam, Oriental Press, 1968, p. 223, qui écrit qu’à son époque, sous le règne de Ya‘qûb (1184-1198), juifs et chrétiens ne bénéficient plus du statut de dhimmî et qu’il n’y a plus dans le Maghreb ni synagogue ni église.
  30. (en) « The Last Christians Of North-West Africa: Some Lessons For Orthodox Today »
  31. Mohamed Talbi, Le christianisme maghrébin de la conquête musulmane à sa disparition, une tentative d’explication, , p. 332

Sources[modifier | modifier le code]

  • Charles Diehl, L'Afrique byzantine: histoire de la domination byzantine en Afrique (533-709), Paris, , 644 p. (lire en ligne)
  • Edward Gibbon (trad. François Guizot), Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, vol. 10, , 552 p. (lire en ligne)
  • Hichem Djaït, La fondation du Maghreb islamique, Sfax, Amal,
  • Louis Bréhier et Albin Michel, Bibliothèque de l'évolution de l'humanité,
  • Ibn Khaldoun (trad. William Mac Guckin de Slane), Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l'Afrique Septentrionale, t. 1, Impr. du Gouvernement, , 612 p. (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]