Suèves

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Les Suèves (Suevi ou Suebi en latin) sont un vaste groupe de populations germaniques, mentionnés pour la première fois par César dans le cadre de la guerre contre Arioviste en 58 avant J.-C. Ils participent aux Grandes invasions de la fin de l'Empire romain et laissent de nombreuses empreintes géohistoriques. Suivant les Vandales, une partie d'entre eux traverse la Gaule jusqu'en Espagne et fonde un royaume dans l'actuelle Galice qui perdure de 410 à 584. Ils ont laissé leur nom générique à la Souabe.

Généralités[modifier | modifier le code]

Le terme Suèves (latin Suebi, Suabi ou Suevi) fait référence à un groupe germanique, peuple qui vivait jadis dans le nord-est de la Magna Germania sur la mer Baltique. Dans les sources romaines, la mer Baltique est désignée comme Mare Suebicum d'après les Suèves. Le géographe Claude Ptolémée (vers 100, † environ 175) dans sa Géographie. localise à l'emplacement des rivières actuelles Swine et Oder le fleuve Συήβος (Suebos, lat.: Suevus). Ainsi, le nom tribal des Suebi peut se laisser interpréter comme provenant de la zone de peuplement d'origine en tant que «peuple de l'Oder» ou encore le nom de la rivière Suevus comme le nom du fleuve des Suèves.

Comme l'historien Reinhard Wenskus l'a expliqué, l'apparence et la tradition des Suèves a marqué la perception ethnographique et la description de nombreuses tribus germaniques dans le monde antique avant que cette empreinte ne passe aux tribus gothiques. Beaucoup de tribus germaniques ont fait en sorte de se présenter comme suèves.

Étymologiquement, le nom des Souabes dérive directement du terme suève. Comme tribus suèves ont été désignées à l'époque de Tacite, les Marcomans, les Semnons les Hermundures, les Quades et les Lombards, et parfois les Angles. Sur le plan archéologique, ils se laissent identifier, au plus tôt, dans les Germains de l'Elbe. Les sources antiques perdent leur trace au IIe siècle avant notre ère avant que ne réapparaisse leur nom dans des sources plus tardives. Ils ont participé aux grandes migrations et pour certains d'entre eux sont parvenus jusqu'à la péninsule Ibérique.

Tacite, dans la Germanie, 39, témoigne que les Semnons passaient pour le fondement du peuple suève, vetustissimi Sueborum.

Les Suèves selon César[modifier | modifier le code]

En 58 avant J.-C., dans une bataille sur le Rhin, César défait les Suèves qui avaient pénétré en Gaule conduits par Arioviste. Dans ses rapports, il conçoit comme Suèves les peuples germaniques habitant à l'est des Ubiens et des Sicambres et indique qu'ils comptaient 100 groupes avec 1 000 hommes capables de combattre, mais qui se seraient retirés, lors de sa traversée du Rhin, vers la forêt de Bacenis (le massif d'Allemagne centrale, qui, selon César sépare les Suèves des Chérusques). Cette localisation est néanmoins considérée comme incertaine. Ils n'auraient pas connu de résidence fixe, mais se seraient déplacés chaque année dans le cadre des campagnes armées. La taille de l'alliance tribale suève est probablement due, dans la majorité des cas, à l'intégration d'autres tribus attirées par la gloire des Suèves à la guerre. Dion Cassius signale dans tous les cas, que « beaucoup d'autres manifestent la prétention d'être Suèves».

Selon les sources archéologiques, on observe des colonies tout à fait permanentes au nord du Main et le long de celui-ci. De même, les oppida celtiques ont été occupées dans la région peu de temps après l'immigration germanique. Ces soi-disant Suèves du Main qui furent en -9/10 avant J.-C. soumis par Drusus, sont d'après les fouilles archéologiques un mélange de peuples germaniques du Rhin-Weser et de peuples germaniques de l'Elbe.

Les Suèves du Neckar[modifier | modifier le code]

Selon des inscriptions trouvées, auraient vécu, sous la domination romaine, dans la région de Lopodunum (aujourd'hui Ladenburg) au 1er et au seconde siècle après J.-C., les Suèves Nicrenses (Suèves du Neckar). D'après ces peuples suèves, est nommée la Civitas Ulpia Sueborum Nicretum qui se trouve près de Ladenburg. Il s'agit probablement de restes, qui étaient demeurés après l'expulsion de 58 avant J.-C. ou encore de volontaires ou même de réinstallations forcées. Dans une carte routière romaine de l'Antiquité tardive, la Tabula Peutingeriana, on trouve également, entre Alamannia et les Burcturi (= Bructères), le nom Suevia, qui est probablement lié aux peuplements des Suèves du Neckar.

Romanisation et germanisation[modifier | modifier le code]

Il ne resterait rien du peuple suève si un des acteurs majeurs, les légions d'occupation, ne l'avait par intérêt à long terme protégé de déportation massive ou d'une mise en esclavage. L'armée romaine a besoin d'auxiliaires, de serviteurs connaissant bien le terrain de manière à faciliter son implantation au nord du Danube ou de la Forêt-Noire. Mieux, l'embryon de cadastres et les voies que l'armée élabore permettent de fixer les toponymes suèves. Les Suèves éleveurs sont tolérés dans les réserves forestières des vastes domaines romanisés. La culture suève ne conserve sur leur territoire d'origine qu'une dimension agropastorale, ce qui explique la profonde continuité de la délimitation de l'espace souabe.

La germanisation des abords du limes se renforce brusquement au début du IIIe siècle. Les infiltrations se multiplient, et en particulier des bandes de Suèves nordiques visitent leurs anciennes terres ou parfois s'infiltrent plus loin vers le Sud et l'Ouest. Le pouvoir romain doit composer, il prend les meilleurs éléments à son service et achète la paix par l'argent et la promesse de recrutement massif auprès des pouvoirs d'assemblée germanique. Les troupes indisciplinées de Suèves doivent se plier à un recrutement militaire, sinon, les bandes désobéissantes sont isolées et vaincues, les survivants casés dans des contrées dépeuplées à l'état de lètes ou lœti. Des inscriptions épigraphiques Loeti gentiles Suevi en Belgica prima et secunda, mais aussi au Mans et à Clermont en Auvergne témoignent de cette dispersion.

L'Allemagne du Sud devient la terre des Alamans au moment où les cités bien vivantes se réinventent un passé suève ou celte pour affirmer une identité originale.[réf. nécessaire]

Migrations germaniques et royaume suève[modifier | modifier le code]

Un fort contingent de Suèves suit le parti politique des Vandales qui franchissent le Rhin gelé en 406 pour traverser la Gaule de part en part vers les terres méditerranéennes. Les armées itinérantes sont refoulées dans la péninsule Ibérique. Elles se querellent pour la suprématie ; le parti Suève est écrasé par les Vandales à Mérida en 428-429.

Les Suèbes indésirables sont pourchassés et s'enfuient vers le nord-ouest de l'Espagne, trouvant des hôtes amicaux dans la forêt de Galice. Il semble que les Suèves pourtant germanisés n'aient pas perdus la langue et les rituels celtiques, facilitant leurs assimilations aux populations celtibères autochtones. Mieux, ils en deviennent indélogeables et lancent des expéditions guerrières réussies en Lusitanie et en Bétique. Le roi suève Réchiaire adopte la religion chrétienne du peuple galicien vers 448. Son royaume stable est toléré par les souverains wisigoths avant d'être annexé en 585. Il constitue le premier jalon lointain du royaume de Vieille-Galice, à l'origine du Portugal.

Article détaillé : Royaume suève.

À l'origine de la Souabe médiévale[modifier | modifier le code]

La Souabe, en allemand Schwaben, désigne une région arrosée par le haut Danube et surtout un duché puis un cercle médiéval du Saint-Empire romain germanique ou Kreise, situés entre Thuringe au nord et Suisse alémanique au sud, entre Forêt-Noire à l'ouest et Bavière à l'est. Le toponyme dérive du moyen-haut-allemand swãben, datif locatif pluriel du nom ethnique.

Le monde alémanique s'assimile au monde franc au début du VIe siècle. Pendant plus de deux siècle, le duché d'Alémanie mérovingien s'étend puis se divise et s'émancipe, il se place de l'Alsace aux confins de la Bavière naissante, contrée véritablement marginale touchée par un vigoureux processus de slavisation au VIIe siècle. Pendant ce temps naît une culture paysanne sédentaire au sein des petits pays souabes. Ces pagi (singulier pagus) en latin ou Gaue(n) (singulier Gau) en langue germanique sont localisés à l'aide les principaux noms de rivières et de relief accolés au génitif. En 746, Pépin reprend en main ferme l'Alémanie. Si quelques familles de dignitaires carolingiens exhument précocement le nom générique de Souabe, l'accolant à leur nom dynastique ou de responsable officiel de partie du duché, la Souabe n'émerge qu'au Xe siècle pour désigner une entité ducal quasi-autonome, au sein d'une Alémanie plus vaste, plus floue et surtout sans cohésion. La croissance démographique paysanne de l'ancienne Alémanie est vigoureuse. La mer souabe est synonyme dorénavant du lac de Constance.

Territoire originel et ethnogenèse selon les versions de la littérature antique[modifier | modifier le code]

  • Dans La Germanie, Tacite place le territoire originel des Suèves entre Elbe et Oder : «... Les Suèves sont divisés en plusieurs nations dont chacune a conservé son nom, quoiqu'elles reçoivent toutes le nom commun de Suèves... Les Semnones se disent les plus anciens et les plus nobles... Les Lombards trouvent leur sûreté dans les combats et l'audace. Viennent ensuite les Reudignes, les Aviones, les Angles, les Marins, les Eudoses, les Suardones et les Nuithones, tous protégés par des fleuves ou des forêts. Leur usage commun à tous, c'est l'adoration d'Ertha, c'est-à-dire la Terre Mère...»
  • Pour Strabon[1]: « Il s'en faut bien pourtant que ces montagnes de la Germanie atteignent à l'immense altitude des Alpes. C'est dans cette partie de la Germanie que s'étend la forêt hercynienne, et que se trouve répandue la nation des Suèves...».
  • César décrit les Suèves comme un peuple de pasteurs guerriers se déplaçant dans de vastes forêts et possédant des forteresses, il écrit notamment que «...ce peuple se divisait en cent cantons dont chacun pouvait armer 40 000 combattants...».
  • Ptolémée ne regroupe sous la dénomination de Suèves que les Lombards, Semnones et Angles.

Différentes hypothèses ont été formulées pour tenter de concilier les informations collectées, telle que celle faisant porter l'ethnonyme sur l'ensemble des tribus germaniques non sédentarisées ou sur des Germains mêlés de Celtes et Slaves... Le texte de Strabon a proposé des rapprochements toponymiques faisant du Harz le territoire originel des Suèves.

Migrations antiques des Suèves selon deux modèles historiques[modifier | modifier le code]

Poussés sans doute par d'autres peuples migrants, les Suèves quittent la rive orientale de l'Elbe au Ier siècle av. J.-C. Menés par Arioviste, leur migration les conduit aux abords de la Gaule dont Jules César les éloigne en -58. Dès lors, c'est sur la rive orientale du Rhin qu'ils se fixent provisoirement, dans une région dont le toponyme est issu de leur ethnonyme, la Souabe. Aux alentours de 400, la Notitia Dignitatum mentionne la présence de lètes suèves en Gaule, c'est-à-dire des prisonniers de guerre réinstallés comme colons sur les terres de l'empire.

Les Suèves participent aux grandes migrations européennes de 406. Après un périple en Gaule, les Suèves franchissent les Pyrénées en 409 et s'établissent dans l'actuelle Galice. Une fois sédentarisés et devenus Peuple fédéré, leur royaume est reconnu par Rome au travers d'un foedus. Après cette sédentarisation en Hispanie, les chroniques des annalistes latins ne parlent plus guère des Suèves.

  • Thèse « gauloise » :

Depuis le début du premier siècle avant J.-C., l'important peuple gaulois des Séquanes dont le territoire se situait sur l'actuelle Franche-Comté et le Sud de l'Alsace, s'opposait de plus en plus au peuple éduen. Ce peuple était devenu le plus puissant de Gaule grâce à son alliance avec Rome qu'il avait aidé à abaisser le peuple arverne. Les Éduens contrôlaient la navigation sur la Saône et imposaient aux autres Gaulois (dont les Séquanes) de lourds péages. Contraints par les Éduens à l'ouest, les Séquanes allaient l'être aussi par les Germains à l'est. Depuis l'an 72 avant J.-C. des Germains suèves (tribus triboques et némètes) avaient franchi le Rhin vers Mogontiacum (Mayence) et continuaient leur migration vers le nord de l'Alsace. Leur chef était le roi Arioviste. Dans un premier temps, les Séquanes imaginèrent utiliser ces guerriers germains pour mater leurs adversaires éduens. Pendant les années 65-61, cette coalition suève-séquane (soutenue par les Arvernes) infligea plusieurs défaites aux Éduens qui perdirent une grande partie de leur cavalerie. Mais comme prix de cette aide, les Suèves exigèrent d'abord le sud de l'Alsace puis un tiers du territoire séquane. Ils firent aussi venir d'autres Suèves en Gaule (tribu des Harudes…) et on estime à environ 120 000 le nombre des Germains installés dans l'Est de la Gaule en 60 avant J.-C. Devant les exigences de plus en plus oppressantes d'Arioviste, les Séquanes décidèrent de renverser leurs alliances et de s'unir aux Éduens pour contrer la poussée germanique. Mais l'armée coalisée gauloise fut écrasée à la bataille de Magetobriga. Après cette très nette victoire, Arioviste exigea un second tiers du pays séquane, la remise d'otages et le paiement de tributs importants. Il se considérait désormais comme le suzerain des peuples éduen et séquane. Désespérés, les Gaulois envoyèrent un émissaire à Rome, l'Éduen Diviciacos, pour implorer l'aide du Sénat romain. La réponse fut longue à venir.

Il faudra attendre la nomination de Jules César proconsul en Illyrie et en Gaule transalpine, en 58 avant J.-C., pour que six légions romaines (30 000 hommes) viennent repousser les Germains d'Arioviste. Ceux-ci seront finalement écrasés et rejetés outre Rhin à la bataille de l'Ochsenfeld à l'automne 58.

Les Suèves entreprennent leur migration vers le sud-ouest consécutivement à celle des Cimbres et Teutons dont la mise en mouvement a modifié la répartition territoriale des populations germaniques du bassin de l'Elbe. Devant la poussée des Suèves, les celtes Boïens, Rauraques, Usipètes, Tenctères et Helvètes n'ayant pas suivi les Cimbres dans leur migration se coalisent vers -72. Cette coalition s'interpose devant les Suèves menés par Arioviste à Magdebourg (Magetobriga), bataille au terme de laquelle les Celtes sont défaits.

À l'issue de leur défaite, les coalisés celtes se replient vers le sud et le sud-ouest : les Helvètes du Wurtemberg s'installent en Suisse vers -70, les Rauraques de la Ruhr dans le Sundgau… Les Suèves poursuivent leur avancée en Franconie puis en Souabe et atteignent le Rhin en Pays de Bade vers -67/-65. Vers le nord, ils atteignent la région de Cologne où ils soumettent les Ubiens. En Rhénanie-Palatinat, ils doivent faire face à la résistance des Usipètes et Tenctères qui vaincus vers -60, franchissent le Rhin dans les environs de Mayence. Vers -58, les Suèves sont solidement établis à l'ouest du Rhin. Dans le même temps se déroule en Gaule la guerre entre Éduens et Séquanes. Alliés aux Arvernes, les Séquanes pactisent avec Arioviste pendant que Rome doit mater la révolte des Allobroges en Narbonnaise.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Revue archéologique de terrain : Archäologische Ausgrabungen in Baden-Württemberg

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Strabon Géographie, VII, 1, 3, 5

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Article connexe[modifier | modifier le code]