Histoire du Burundi

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Guerriers du roi Kasliwami en Urundi, actuellement le Burundi, entre 1906 et 1918.

Royaume du Burundi[modifier | modifier le code]

La connaissance des origines du Burundi repose sur la tradition orale et sur l'archéologie. L'une des légendes fondatrices veut que la nation burundaise fut fondée par un homme appelé Cambarantama originaire, selon les versions, tantôt du Rwanda au nord, tantôt du Buha sur les rives du lac Tanganyika.

Les premières traces archéologiques d'un Etat burundais remontent au XVIe siècle dans l'est de ses frontières actuelles. Il s'est ensuite peu à peu étendu, en compétition avec le Rwanda. Il connut sa plus grande expansion sous le règne de Ntare IV, qui dirigea le pays de 1796 à 1850 et doubla sa superficie.

Le royaume du Burundi est caractérisé par une forte hiérarchie sociale et des échanges économiques d'ordre tributaire. Le roi, (mwami), est à la tête d'une aristocratie princière (ganwa) détenant la majorité des terres et prélève un tribut sur les récoltes et troupeaux des fermiers qui les exploitent. Au milieu du XVIIIe siècle}, la famille royale consolida son autorité sur la terre, la production et la distribution en développant un système de patronage, l'ubugabire, la population recevant la protection royale en échange de sa production.

Afrique orientale allemande[modifier | modifier le code]

Les premiers explorateurs et missionnaires européens firent de brèves incursions dans la région à partir de 1856. Contrairement à son homologue rwandais, qui accepta les propositions allemandes, le roi Mwezi IV Gisabo s'opposa à toute ingérence occidentale, refusant de porter des vêtement européens et interdisant la présence de missionnaires et d'administrateurs. À partir de 1899, les forces allemandes infligèrent de lourdes pertes aux armées du roi mais sans parvenir à la victoire. Elles soutinrent alors l'un des beaux-fils du roi, Maconco, dans une révolte contre le souverain, ce qui contraint Gisabo à leur faire allégeance pour maîtriser l'insurrection. L'Afrique orientale allemande, établie en 1891, annexa officiellement le Burundi et les petits royaumes adjacents sur les rives orientales du lac Tanganyika le .

Empire colonial belge[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Empire colonial belge.

En 1916, pendant la Première Guerre mondiale, les troupes belges débarquèrent dans la région. Au sortir de la guerre, l'Allemagne perdit toutes ses colonies et, lors de la conférence de Versailles en 1919, le royaume de Belgique obtint un mandat sur la province du Ruanda-Urundi, constituée des Rwanda et Burundi actuels, mandat renouvelé par la Société des nations en 1923. Les royaumes bordant la rive orientale du Tanganyika furent, quant à eux, attribués au protectorat du Tanganyika administré par le Royaume-Uni. La Belgique administra le territoire de manière indirecte, en s'appuyant sur l'aristocratie tutsis.

Après la Deuxième Guerre mondiale, le Ruanda-Urundi devint un territoire sous tutelle de l'Organisation des nations unies sous autorité administrative belge. Le , la Belgique accepta de réformer la politique et légalisa le multipartisme. Deux partis politiques émergèrent: l'Union pour le progrès national (UPRONA), un parti multiethnique fondé et dirigé par le prince tutsi et Premier minstre Louis Rwagasore et le Parti chrétien-démocrate, soutenu par la Belgique.

Indépendance[modifier | modifier le code]

Aux élections législatives du , les Burundais choisissent l'Union pour le progrès national (UPRONA) et son chef de file le prince Louis Rwagasore, qui remporte 58 des 64 sièges de la nouvelle assemblée. L'Uprohutu (Union pour la promotion hutue, qui plus tard deviendra le Palipehutu Parti pour la libération du peuple hutu, pendant du Parmehutu au Rwanda qui a pris le pouvoir par la force deux ans plus tôt), n'obtient aucun rôle dans le nouveau paysage politique burundais. Un mois plus tard, le prince Rwagasore est assassiné le 13 octobre par Georges Kageorgis, un jeune résident grec, qui selon Ludo de Witte, est engagé par les Belges qui voulaient se venger de leur défaite et handicaper le leadership burundais[1]. L'indépendance du pays est proclamée le , date alors choisie pour célébrer la fête nationale, et le roi Mwambutsa IV établit un régime de monarchie constitutionnelle.

Le , le Premier ministre Pierre Ngendandumwe (hutu) est assassiné et sa mort est attribuée dans les milieux hutu à des Tutsi. Des émeutes éclatent, aussitôt réprimées par le gouvernement. Le 10 mai de la même année, les élections législatives se déroulent sous la bannière ethnique, notamment sous l’impulsion du Parti du peuple (PP).

La monarchie refuse de reconnaître les victoires des candidats hutus. En réaction, le , un groupe de militaires hutus assassinent plusieurs de leurs collègues tutsis et tentent de renverser le roi, sans succès. Des politiciens et intellectuels hutus sont assassinés en représailles. Le , le roi est déposé par son fils, Ntare V, renversé à son tour par son Premier ministre Michel Micombero le 28 novembre. Ce dernier abolit la monarchie et proclame la république. Un régime militaire émergea de facto et des émeutes éclatèrent ponctuellement jusqu'au début des années 1970. Micombero s'appuya sur un groupe d'origine hima, un sous-groupe tutsi du sud du pays. Comme en 1965, des rumeurs de coup d'Etat hutu en 1969 provoquèrent l'arrestation et l'exécution de nombreuses figures politiques et militaires hutues.

Massacres de 1972[modifier | modifier le code]

En 1965, le premier ministre hutu Pierre Ngendandumwe est assassiné. Le capitaine Michel Micombero prend le pouvoir le , abolit la monarchie du mwami Ntare V (qui vient de déposer son père Mwambutsa IV le 8 juillet) et proclame la république. Jusqu'en 1972 la jeune armée burundaise est composée de Hutus et de Tutsis, depuis l'homme de troupe jusqu'aux officiers supérieurs. Le 29 avril 1972, des groupes hutu sous la houlette de l'organisation UBU, Umugambwe w'Abakozi b'Uburundi ou Parti des Travailleurs du Burundi, tentent de prendre le pouvoir tout en éliminant les Tutsis. Aussitôt l'insurrection déclenchée, l'ex-roi Ntare V est assassiné, ce qui met fin à toute possibilité de retour à la monarchie puisque Ntare Ndizeye était le dernier mâle de la dynastie ganwa et partant le seul prétendant légitime au trône. Les insurgés seront réprimés avec une grande férocité, au prix du massacre d'environ 100 000 personnes. Certaines organisations[Lesquelles ?] suggèrent que le nombre de victimes aurait atteint 200 000 voire 300 000, mais selon la seule étude démographique viable qui ait été faite sur le nombre de victimes de cette tragédie, en appliquant l'estimation la plus maximaliste, on atteindrait un maximum de 93 600 morts[2]. L'organisation et la planification des massacres de tutsis étant l'œuvre d'officiers et sous-officiers de l'armée, une épuration aveugle fut faite dans les rangs de ceux-ci après les massacres qui prirent place durant 2 semaines. Les partis politiques hutus souhaiteraient que cet événement soit qualifié officiellement de génocide. Cependant, les organisations des rescapés tutsi de 1972 considèrent que cette thèse du « double génocide » vise à occulter le plan d'extermination des tutsi pourtant revendiqué par l'organisation UBU. Cette organisation avait appelée les hutu à massacrer les tutsi jusqu'aux fœtus[3].

Régime de 1976[modifier | modifier le code]

Le régime Micombero tomba le . Le nouveau chef de l’État, le colonel Jean-Baptiste Bagaza initia une politique économique de grande envergure, croyant de cette façon passer par la satisfaction des besoins de la population et l’instauration d’une justice sociale pour réduire ces tensions. Mais c’est sous son régime que sont nés les mouvements de libération des Hutu : Palipehutu, UBU, Tabara, Bampere. Ces organisations créèrent de vives tensions dans le pays. Au cours de cette même période surtout après 1985 le torchon brûlait entre l’État et l’Eglise catholique notamment.

La 3e république fut proclamée dans cette conjoncture : le major Pierre Buyoya remplaça Jean-Baptiste Bagaza à la tête de l’État le . Une année après, le , éclata la « crise de Ntega et Marangara ». Des initiatives diverses furent prises en vue de promouvoir l’unité nationale: accueil et réinstallation des réfugiés, gouvernement de l’unité nationale, charte de l’unité nationale.

Malgré ces actions posées en vue de résoudre le problème de l’unité nationale, une nouvelle explosion de violence eut lieu encore à Bujumbura et dans le Nord-Ouest en octobre 1991 mais ne s’étendit pas sur d’autres territoires.

Constitution de 1992 et guerre civile de 1993[modifier | modifier le code]

Après les massacres de 1988 (20 000 morts), pour éviter d'autres bains de sang, le major Pierre Buyoya décide de lancer le pays dans une transition politique. En 1992, l'Uprona perd son statut de parti unique et le Pierre Buyoya organise les premières élections pluralistes dans le pays. Il perd la présidentielle face au candidat du FRODEBU (Front pour la Démocratie au Burundi) Melchior Ndadaye. Le 26, les législatives confirment la tendance et le Frodebu devient majoritaire à l'assemblée. Le 10 juillet, Sylvie Kinigi est nommée première ministre. Les Tutsi, qui avaient la mainmise sur l'appareil d'État depuis longtemps (au moins depuis l'indépendance) alors qu'ils ne représentent que 15 % de la population, prennent peur du pouvoir que gagnent, de manière légale, les Hutu, d'autant plus qu'après avoir été considérés comme des êtres inférieurs, certains Hutu veulent une revanche. De plus certains Tutsi considèrent le pouvoir comme un de leurs attributs et refusent que de simples Hutu puissent gouverner.

Une constitution est rédigée par une commission chargée d'instaurer une démocratie multipartite au Burundi. Elle est validée par la population en 1992 malgré de nombreuses hésitations de Pierre Buyoya, président depuis un coup d'État militaire en 1987.

Des élections présidentielle et législatives sont organisées respectivement le 1er juin et le ; elles sont toutes remportées par le FRODEBU. Après l'élection présidentielle démocratique, le président tutsi Buyoya de l'UPRONA passe le témoin le 10 juillet 1993 au nouveau président hutu Melchior Ndadaye. Le président de la République Ndadaye nomme Sylvie Kinigi une Tutsi comme premier ministre afin de bâtir une réconciliation entre les deux composantes hutu et tutsi.

Le , des militaires de l'armée exécutent le président Melchior Ndadaye et six de ses ministres dont le président de l'assemblée générale, Pontien Karibwami, le vice-président de l'assemblée générale, Giles Bimazubute, le ministre de l'Intérieur, Ndayikeza Juvénal, le directeur de la documentation nationale, Richard Ndikumwami.

L'intérim à la tête du pays fut assurée par Sylvie Kinigi, premier ministre du président assassiné Ndadaye, du au .

Au début, des milliers de civils tutsi sont massacrés par leurs voisins hutu. Puis l'armée réagit très violemment au massacre de Tutsi, comme en 1972, et engage une répression très dure et massacre des Hutu. Au total 50 000 à 100 000 personnes (à majorité tutsi) sont tuées, certaines sources parlent de 200 à 300 000 victimes[4]. Une Commission internationale d'enquête au Burundi envoyée par l’ONU conclut dans son Rapport S/1996/682 qu'il y a eu des actes de génocide contre les tutsi. Plusieurs organisations et partis politiques souhaitent que ce génocide soit qualifié officiellement comme l’indique ledit rapport et qu'un tribunal pénal international soit mis sur pieds pour juger les auteurs.

Avec l'assassinat du Président Ndadaye, des milliers de citoyens burundais avaient fui vers le Rwanda, l'ex-Zaïre et la Tanzanie. Le , alors que Bujumbura vit au rythme des massacres, Cyprien Ntaryamira du FRODEBU est élu président pour calmer la situation et la première ministre Sylvie Kinigi reste en poste jusqu'à la nomination d'un uproniste, Anatole Kanyenkiko, le 11 février pour diriger un gouvernement d'Union nationale. Le pays est un champ de désolation : 800 000 exilés et 180 000 déplacés à l'intérieur du pays. Le , l'avion qui ramenait le président Ntaryamira ainsi que son collègue rwandais Juvénal Habyarimana est détruit en plein vol par un missile. Sylvestre Ntibantunganya est nommé président intermédiaire du Burundi le 30 septembre 1994. Le major Buyoya reprend le pouvoir par un coup d'État le .

Accord de paix d'Arusha[modifier | modifier le code]

Le est signé à Arusha, en Tanzanie, sous l'égide de Nelson Mandela un accord de paix. L'Afrique du Sud envoie 700 militaires pour veiller à la mise en place de l'accord et assurer la sécurité des membres de l'opposition de retour d'exil. Le , une assemblée nationale de transition est nommée et son président est Jean Minani, président du Frodebu. L'accord d'Arusha entre en vigueur le 1er novembre 2001 et prévoit, en attentant des élections législatives et municipales pour 2003 et présidentielles pour 2004, une période de transition de 3 ans avec pour les 18 premiers mois, le major Buyoya à la présidence et Domitien Ndayizeye du Frodebu au poste de vice-président avant que les rôles ne soient échangés. L'alternance prévue fut respectée par Pierre Buyoya qui céda le pouvoir au bout de dix-huit mois. Les différents portefeuilles du gouvernement sont partagés entre Uprona et Frodebu. Le , le Sénat de transition élit l'uproniste Libère Bararunyeretse à sa présidence.

Malgré les critiques du comité de suivi des accords d'Arusha à l'encontre du gouvernement, en particulier en ce qui concerne la modification de la composition ethnique de l'armée et de l'administration, c'est-à-dire un rééquilibrage ethnique de ces deux institutions, l'exécutif Hutu-Tutsi fonctionne.

Cependant, le , les forces hutu des CNDD-FDD (Conseil national pour la défense de la démocratie-Forces de défense de la démocratie), en coalition avec le PALIPEHUTU-FNL (Parti pour la libération du peuple hutu-Forces de libération nationale) attaquent Bujumbura. 40 000 habitants fuient la capitale. Un accord de paix (protocole de Pretoria) est néanmoins signé le entre le président Ndayizeye et le chef des CNDD-FDD. La principale branche de la rébellion (CNDD-FDD) entre au gouvernement, au sein duquel elle détient quatre ministères et dispose également de postes de haut rang dans les autres institutions, conformément à l'accord d'Arusha.

Le CNDD-FDD, dirigé par Pierre Nkurunziza, s'impose dès lors comme l'un des principaux acteurs politiques en obtenant la majorité absolue aux élections communales du (1 781 sièges sur les 3 225 à pourvoir) avec 62,9 % des voix, contre 20,5 % pour le FRODEBU et seulement 5,3 % pour l'Uprona. Le CNDD-FDD, majoritairement hutu, dispose désormais de la majorité absolue dans 11 des 17 provinces du pays. Une victoire sans appel qui annonce la recomposition du paysage politique après douze années de guerre civile et met un terme au long tête-à-tête entre l'UPRONA et le FRODEBU. Mais le vote a aussi rappelé que certains rebelles (PALIPEHUTU-FNL) n'ont pas encore déposé les armes (le jour du scrutin, 6 communes ont été la cible de violences). Ces opérations d'intimidation révèlent que la trêve conclue le à Dar es Salaam avec les forces du PALIPEHUTU-FNL reste fragile.

Le CNDD-FDD remporta également les élections législatives du 4 juillet 2005 et les sénatoriales du 29 juillet. Nkurunziza est donc élu président le 19 août et investi le 26 août 2005.

La crise de juin 2010[modifier | modifier le code]

Après cinq années, l'érosion du pouvoir conduit à un certain agacement au sein des autres groupes Hutus, le CNDD-FDD obtient une majorité des 2/3 aux élections communales du 26 mai 2010; immédiatement, les partis Hutus signataires des accords d'Arusha dénoncent des fraudes massives, tandis que l'ONU et l'Union européenne, qui supervisent le scrutin, assurent ne pas avoir observé de graves irrégularités.

Peu après, une émeute éclate dans un faubourg de Bujumbura, les manifestants ont découvert une urne remplie de bulletins non-décachetés, dans un quartier acquis aux Hutus anti-Nkurunziza, il y a plusieurs blessés. Le 2 juin, des dirigeants de l'opposition Hutu sont arrêtés, tandis que Ban Ki-moon débarque au Burundi pour appeler à la poursuite du processus électoral… il ne rencontre que le président, ce qui est vêcu par les opposants comme une trahison de la communauté internationale.

Le lendemain, les partis Hutu d'opposition (PALIPEHUTU-FNL, etc.) décident le boycott total des élections présidentielles du 26 juin, le 5 juin, l'ancien président Ndayizeye, qui faisait la course pour remplir les voies, minoritaires, de sa communauté, décide de rejoindre la contestation. Le 7 juin, le gouvernement interdit toute campagne pour l'abstention, ce qui radicalise la divergence.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Ellen K. Eggers, Historical dictionary of Burundi, Scarecrow Press, Lanham, Md., 2006 (3e éd.), 207 p. (ISBN 0-8108-5302-7)
  • Jean-Pierre Chrétien, L'Afrique des grands lacs : deux mille ans d'histoire, Flammarion, Paris, 2001, 411 p. (ISBN 2-08-080060-4)
  • Aude Laroque, Historiographie et enjeux de mémoires au Burundi, Université Panthéon-Sorbonne, Paris, 2013 (thèse d'Histoire)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Assassinat du "Lumumba burundais" : des documents accablants sur le rôle de la Belgique, www.levif.be, article du 9 janvier 2013.
  2. Evariste Ngayimpenda, Histoire du conflit politico-ethnique burundais. les premières marches du calvaire 1960-1973, Bujumbura, Éditions de la Renaissance, 2007, p. 501
  3. Marc Manirakiza, Burundi: de la révolution au régionalisme, Le Mat de Misaine, 1990, p. 121-122
  4. National Geographic France, août 2008