Histoire du Maghreb

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Cippe votif avec inscription punique.
Cippe votif avec inscription, H 0,65 m l 0,42 m ; VIe siècle av. J.-C., CIS I, 5684.

L'histoire du Maghreb est connue au travers de diverses sources. L'une d'elles sont les recherches archéologiques, notamment en Tunisie, qui ont entre autres permis de découvrir les traces exposées au musée national du Bardo.

Préhistoire[modifier | modifier le code]

Le Maghreb est mondialement connu pour son patrimoine préhistorique[1]. Les fouilles sur site de Djebel Irhoud ont permis notamment de retrouver des restes d'Homo Sapiens considérés comme les plus anciens de l'espèce (315 000 ans avant notre ère)[2]. Ce site est d'ailleurs aussi connue pour son industrie lithique moustérienne[3].

La période de l'Atérien est connue uniquement en Afrique du Nord. Cette période se caractérise par la maîtrise de la production d'outils présentant des pédoncules destinés à faciliter l'emmanchement. Cette période a aussi connu un changement climatique, puisque la faune et la flore se raréfient, laissant place au désert qui coupe aujourd'hui l'Afrique en deux. Le site atérien le plus ancien est daté de 145 000 ans avant notre ère, à Ifri n'Ammar au Maroc[4]. Les sites atériens se multiplient à partir d'environ 130 000 ans, quand le climat devient plus favorable en Afrique du Nord[5].

Le Paléolithique supérieur est marqué par l'arrivée de l'industrie ibéromaurusienne. À Taforalte (Berkane), les outils retrouvés datent de 30 à 20 000 ans av. J.-C.. Des rites funéraires sont identifiés : les morts ont le corps en décubitus latéral et les os peints[6]. L'industrie lithique ibéromaurusienne est l'œuvre d'un type d'homme moderne, l'Homme de Mechta-Afalou. Entre 20 et 50 % du patrimoine génétique des Maghrébins modernes est issu des Ibéromaurusiens[7]. Les restes fossiles de l’Homme de Mechta-Afalou sont très nombreux et s’élèvent à près de 500 spécimens. Ils constituent une collection de fossiles humains qui figure parmi les plus volumineuses au monde.

Ces populations se maintiennent jusque vers 9 000 ans av. J.-C. et vont évoluer vers la culture des capsiens (nom issu de la ville antique de Capsa, aujourd'hui Gafsa)[6]. Des sites néolithiques, montrent l'apparition d'une sédentarisation et la naissance de l'agriculture près de Skhirat (Nécropole de Rouazi-Skhirat) et de Tétouan (grottes de Kaf Taht el Ghar et de Ghar Kahal)[8],[9].

Des peintures rupestres sont aussi visibles partout dans le Maghreb (gravures rupestres de Tassili ou celles de la région de Figuig). Leur datation est estimé entre 8000 pour les plus anciennes jusqu'au Ve siècle av. J.-C.[10].

Antiquité[modifier | modifier le code]

Photographie ancienne du bas-relief des sept personnages dit des Dii Mauri, calcaire, IIIe siècle apr. J.-C., provenant d’El-Ayaida.
  • Vers 1100 av. J.-C. : expansion phénicienne en Afrique du nord et création de nombreux comptoirs le long des côtes dont Carthage, et Utique
  • 264-146 av. J.-C. : les 3 guerres puniques entre Carthage et Rome. Après la dernière guerre, Rome rase Carthage et crée sa première province sur le continent africain Africa correspondant au nord de la Tunisie actuelle, avec comme capitale une Carthage reconstruite à la romaine.
Articles détaillés : Carthage et Civilisation carthaginoise.
  • 112-105 : révolte menée par le Berbère Jugurtha contre l'occupation romaine
  • 17 apr. J.-C. : le numide Tacfarinas prend la tête d'une révolte contre l'occupation romaine dans l'actuelle Algérois
  • 42 : Rome occupe toute l'Afrique du nord après avoir annexé le royaume des Massæsyles
Mosaïque représentant une basilique chrétienne en coupe, avec la façade et les nefs ainsi que l’autel.
Mosaïque dite de l’Ecclesia Mater.
  • Ier et IIe siècles : les Berbères embrassent le christianisme comme symbole de résistance à l'occupant naguère païen.
  • 193 : Septime Sévère devient empereur romain. Il est originaire de Leptis Magna, ville actuellement en Libye. Il mènera des campagnes en Afrique, sa région natale, notamment contre les garamantes
  • 212 : tous les habitants de l'Empire, dont ceux des provinces d'Afrique deviennent citoyens romains (édit de Caracalla)
  • 302-305 : persécution des chrétiens par l'empereur Diocletien
  • 380 : le christianisme, religion officielle de l'empire. Les Berbères choisissent le donatisme, autre marque de résistance et d'opposition à l'occupant.
  • 395 : Augustin de Thagaste est élu évêque d'Hippone (actuelle Annaba en Algérie). Il sera l'un des plus importants docteurs de l'église catholique.
  • 439-533 : après la péninsule ibérique, le Maghreb souffre à son tour de l'invasion des peuplades germaniques. Les Vandales dirigés par Genséric occupent Carthage et chassent l'occupant romain pour s'installer à sa place. En 455, ils mettront Rome à sac pour la 3e fois de son histoire, après Brennos et Alaric Ier.
Articles détaillés : Royaume Vandale, Exarchat de Carthage et Djeddar.
  • 534 : Bélisaire, général byzantin occupe Carthage et le Constantinois, qui deviennent le coeur de l'Exarchat de Carthage. Entre-temps, les Berbères réussissent à résister aux Vandales et s'organisent en royaumes.

L'islamisation (646-711) (en arabe : el fat'h)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Conquête musulmane du Maghreb.
La Grande Mosquée de Kairouan fondée par Oqba Ibn Nafaa en 670, est une des plus anciennes mosquées du Maghreb ; elle date dans sa forme actuelle du IXe siècle (836-875), Kairouan, Tunisie.
  • 646 : à la suite de l'attaque byzantine contre les musulmans au nord de la péninsule arabique et en Syrie, une guerre sans merci va se déclencher entre les deux parties. Les musulmans vainqueurs en Syrie à la Bataille du Yarmouk poursuivront les Byzantins là où ils se trouvent. En Égypte d'abord puis jusqu'au nord-ouest de la Libye, où ils avaient l'habitude de fuir pour revenir à l'assaut.
  • 670 : fondation de Kairouan, ainsi que de sa Grande Mosquée, par le général arabe Oqba Ibn Nafaa ; Kairouan va servir de base pour l'islamisation de tout le Maghreb[11].
  • Fin du VIIe siècle : l'islam s'installe dans tout le Maghreb, les occupants byzantins sont chassés.
  • 695-705 : rébellion berbère contre la dynastie Omeyyade menée par la reine Kahena dans les Aurès
  • 711 : les Oméyyades contrôlent tout le Maghreb.

711-1500[modifier | modifier le code]

Période ottomane[modifier | modifier le code]

  • 1492 : l'Espagne est entièrement reconquise (prise de Grenade) par les chrétiens. Juifs et musulmans sont expulsés vers le Maghreb
  • 1505 - 1510 : tentatives espagnoles pour contrôler les côtes du Maghreb. Construction de la forteresse espagnole, le Penon en face du port d'Alger.
  • 1516 : Arudj Barberousse prend Alger à la tête de 1 300 turcs et d’une flotte de 16 galiotes. Il devient maître de la ville après avoir fait assassiner l'émir Salim at-Toumi.
  • 21-25 octobre 1541 : échec du siège d’Alger par Charles Quint[12]. Un corps expéditionnaire de 15 000 hommes et 300 navires réussit à débarquer, mais la tempête disperse les navires, entraîne des pertes en vivres et en munitions. Charles doit rembarquer sans pouvoir prendre la ville. La défense de la ville est assurée par 800 Turcs de l’odjak, avec auxiliaires de 5 000 hommes.
  • Khayr ad-Din Barberousse fait allégeance au sultan de Constantinople Sélim Ier qui envoie à Alger 6 000 hommes dont 2 000 janissaires et le nomme émir des émirs (beylerbey) du Maghreb central.
  • 1521 : il s’empare de Constantine, Annaba (1522), Ténès, Cherchell et Mostaganem.
  • 1529 : il rase le Peñon et fait construire un môle qui relie les quatre îlots à la cité. Alger a désormais son port. C’est l’acte de naissance de la régence d’Alger, « république militaire ».

Émergence des nations[modifier | modifier le code]

Avec l'émergence des nations, l'histoire se singularise pour chaque nation, puis avec l'indépendance pour chaque nation.

Émergence de la nation algérienne[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire de l'Algérie.
    • 1827 : crise diplomatique entre la France et le bey d'Alger
    • 1830 : les troupes françaises prennent Alger, début de la colonisation
    • 1838-1847 : résistance d'Abd el-Kader
    • 1848 : l'Algérie est déclarée territoire français et départementalisée

Depuis 1830 jusqu'à son indépendance, l'Algérie est sous administration française.

  • 1954 le début de la guerre en Algérie
  • 1962 l Indépendance de l’Algérie

Émergence de la nation libyenne[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire de la Libye.

Alors que les grandes puissances européennes poursuivent leur expansion en Méditerranée, le Royaume d'Italie cherche à développer son propre empire colonial. L'ancienne province romaine de « Libye » paraît le territoire le plus aisé à conquérir pour l'Italie, qui peut se prévaloir de l'avoir déjà possédée[13]. La bienveillance de la France et du Royaume-Uni à l'égard de leurs ambitions pousse les Italiens à agir et, en septembre 1911, l'Italie remet un ultimatum à la Sublime Porte, annonçant son intention d'occuper la Tripolitaine et la Cyrénaïque pour garantir la vie et les biens de ses propres sujets présents dans le pays. La guerre italo-turque, bien que plus difficile que prévu pour les Italiens, tourne finalement à leur avantage. Le , un décret royal déclare la Tripolitaine et la Cyrénaïque parties intégrantes du Royaume d'Italie. Au printemps 1912, la zone côtière est entre les mains des Italiens. Le , par le Traité d'Ouchy, l'Empire ottoman renonce à sa souveraineté sur les régions conquises par l'Italie[14]. Les territoires de l'ancienne régence de Tripoli sont désormais désignés par les Italiens du nom de Libye, reprenant la désignation de l'ancienne province africaine de l'Empire romain.

Jusqu'à son indépendance, la Libye est sous administration italienne.

La Libye connaît à partir de 1938 un regain de tension, dû au rapprochement de l'Italie avec l'Allemagne nazie. Les frontières de la Libye avec le Protectorat français de Tunisie, le Royaume d'Égypte et les colonies françaises en Afrique ont été délimitées par une série de traités entre 1910 et 1935, mais un nouveau litige a lieu en 1938 avec la France au sujet de l'attribution à la Libye d'une bande de terre de 1 200 km au nord du Tibesti. Dans un contexte de tensions internationales renforcées, la proximité de la Libye italienne avec le Protectorat français de Tunisie suscite des inquiétudes de part et d'autre[15].

Le , peu après l'entrée en guerre de l'Italie, Italo Balbo meurt dans un incident aérien. Rodolfo Graziani est rappelé en Libye pour lui succéder. L'offensive menée par Graziani, sur ordre de Mussolini, contre les forces britanniques de Archibald Wavell, est un échec, qui tourne à la déroute pour les Italiens lors de la contre-offensive alliée. En février 1941, les Britanniques occupent Benghazi; l'Afrikakorps d'Erwin Rommel est appelée à la rescousse des Italiens et les combats se poursuivent jusqu'en 1943, quand la contre-offensive de Bernard Montgomery aboutit à l'occupation de Tripoli. Les Forces françaises libres prennent quant à elles le contrôle du Fezzan et du Ghadamès au sud-ouest du pays. À la fin de la guerre mondiale, la Tripolitaine et la Cyrénaïque sont sous occupation britannique, et le Fezzan sous occupation française. L'émir Idris, naguère exilé par les Italiens, fait un retour triomphal en Cyrénaïque en 1945[16].

Émergence de la nation marocaine[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Histoire du Maroc, Saadiens et Dynastie alaouite.
    • 1864 : ouverture du Maroc au commerce européen
    • 1906 : le Maroc est placé sous tutelle des puissances européennes à la suite de la conférence d'Algésiras, Tanger devient « ville internationale »
    • 1912 : protectorat français sur le Maroc (traité de Fès) et protectorat espagnol au nord.

Émergence de la nation sahraouie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire du Sahara occidental.

Émergence de la nation tunisienne[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire de la Tunisie.
    • 1869 : la Tunisie passe sous contrôle d'une commission internationale présidée par la France
    • 1881 : protectorat français sur la Tunisie (traité du Bardo) entrainant une révolte populaire

Émergence de la nation Mauritanienne[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire de la Mauritanie.

La brève colonisation française peut-être présentée selon la chronologie :

  • 1902 : début de la pénétration coloniale française, qui fait face à une vive résistance armée et culturelle. [réf. nécessaire].
  • 1903 : la Mauritanie est placée sous protectorat de la France.
  • 1904 : rattachement de la rive droite du fleuve Sénégal à la Mauritanie sous protectorat de la France ; arrêté du 10 avril 1904 prononçant l'éclatement du cercle de Kayhayzi et le rattachement de sa rive droite au nouveau protectorat.
  • 1920 : la Mauritanie est décrétée colonie française.
  • 1934 : fin de la résistance armée (bataille d'Oum Tounsi).
  • 1945 : la Mauritanie est élevée au statut de territoire d’outre-mer de l’Union française.
  • 1957 : la Mauritanie bénéficie de la loi-cadre (dite loi Defferre).
  • 1958 : autonome, la République islamique est proclamée le 28 novembre (dans la nouvelle mais éphémère Communauté française qui remplace les anciennes fédérations administratives de territoires de l'Union française).
  • 1960 : le 28 novembre, l’indépendance nationale est octroyée en vertu des accords franco-mauritaniens de restitution de souveraineté.

Enjeux communs[modifier | modifier le code]

La coexistence des nations n'interdit pas l'existence d'enjeux communs. Le Maghreb kharijite, entre révolte et intégration Insurrection islamique au Maghreb et Opération Enduring Freedom - Trans Sahara.

Références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geo_0003-4010_1957_num_66_357_18314
  2. Hervé Morin, « La découverte qui bouleverse l’histoire d’« Homo sapiens » », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 17 octobre 2018)
  3. F Amani et Denis Geraads, « Le gisement moustérien du Djebel Irhoud, Maroc: précisions sur la faune et la paléoécologie », Bulletin d'Archéologie marocaine, vol. 18,‎ , p. 11–18 (lire en ligne, consulté le 17 octobre 2018)
  4. (en) Daniel Richter et al., « New chronometric data from Ifri n’Ammar (Morocco) and the chronostratigraphy of the Middle Palaeolithic in the Western Maghreb », Journal of Human Evolution, vol. 59, no 6,‎ , p. 672–679 (ISSN 0047-2484, DOI 10.1016/j.jhevol.2010.07.024, lire en ligne, consulté le 17 octobre 2018)
  5. (en) Eleanor M.L.Scerri, « The Aterian and its place in the North African Middle Stone Age », Quaternary International, vol. 300,‎ , p. 111–130 (ISSN 1040-6182, DOI 10.1016/j.quaint.2012.09.008, lire en ligne, consulté le 17 octobre 2018)
  6. a et b Louiza Aoudia-Chouakri, Pratiques funéraires complexes : réévaluation archéo-anthropologique des contextes ibéromaurusiens et capsiens (paléolithique supérieur et épipaléolithique, Afrique du Nord-Ouest), Bordeaux, (lire en ligne)
  7. (en) Rosa Fregel, Fernando L. Méndez, Youssef Bokbot et Dimas Martín-Socas, « Ancient genomes from North Africa evidence prehistoric migrations to the Maghreb from both the Levant and Europe », Proceedings of the National Academy of Sciences, vol. 115, no 26,‎ , p. 6774–6779 (ISSN 0027-8424 et 1091-6490, PMID 29895688, DOI 10.1073/pnas.1800851115, lire en ligne, consulté le 17 octobre 2018)
  8. Aziz Ballouche, Philippe Marinval, « Données palynologiques et carpologiques sur la domestication des plantes et l’agriculture dans le Néolithique ancien du Maroc septentrional. Le site de Kaf Taht el-Ghar. », Revue d’Archeometrie,‎ (lire en ligne)
  9. Jean-Pierre Texier, Jean-Paul Raynal, David Lefevre et Jean-Pierre Daugas, « Le site néolithique de Rouazi à Skhirat (Maroc) : contexte stratigraphique et évolution morpho-dynamique de son environnement littoral », Quaternaire, no vol. 19/3,‎ , p. 239–247 (ISSN 1142-2904 et 1965-0795, DOI 10.4000/quaternaire.4252, lire en ligne, consulté le 17 octobre 2018)
  10. (en) Norbert Mercier et al., « OSL dating of quaternary deposits associated with the parietal art of the Tassili-n-Ajjer plateau (Central Sahara) », Quaternary Geochronology, vol. 10,‎ , p. 367–373 (ISSN 1871-1014, DOI 10.1016/j.quageo.2011.11.010, lire en ligne, consulté le 17 octobre 2018)
  11. (fr) Histoire de la ville de Kairouan (Kairouan.org)
  12. François Tonic, Question d'Histoire, éd. Publibook, 2001, p. 196
  13. Charles L. Killinger, The history of Italy, Greenwood Publishing Group, 2002, page 133
  14. François Burgat, André Laronde, La Libye, Presses universitaires de France, 2003, pages 43-44
  15. François Burgat, André Laronde, La Libye, Presses universitaires de France, 2003, pages 49-50
  16. François Burgat, André Laronde, La Libye, Presses universitaires de France, 2003, pages 50-52

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Ernest Weibel. Occident-Maghreb 13 siècles d'histoire, 624 pages, Ellipses 2010 (ISBN 978-2729854690)