Rifains

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Rifains

Populations significatives par région
Drapeau du Maroc Maroc (Rif) 3 millions [1]

1 270 986 (RGPH 2004) [2]

Drapeau des Pays-Bas Pays-Bas 320 000[réf. nécessaire]
Drapeau de la France France 135 000[réf. nécessaire]
Drapeau de la Belgique Belgique 150 000[réf. nécessaire]
Drapeau de l'Algérie Algérie 60 000 [réf. nécessaire]
Population totale environ 3 millions[1]
Autres
Régions d’origine

Rif

Langues

amazighe[3] (rifain) et arabe (darija)

Religions

Islam

Chef de la tribu rifaine des Ibbakouyen, lors de la guerre du Rif (1921-1926)

Les Rifains (en amazighe[3] : /rifiyen/ ou /riyafa/) sont une ethnie berbère du nord du Maroc. Ils peuplent principalement les montagnes et plaines de la partie centrale et orientale du massif montagneux du Rif.

Histoire[modifier | modifier le code]

Ère pré-islamique[modifier | modifier le code]

Le Rif est la région nord montagneuse du Maroc, qui s'étend de la péninsule tingitane à la frontière algérienne. La région subit l'influence carthaginoise au IIIe siècle av. J.-C., où on voit les puniques établir des comptoirs sur la côte, aux environs de Rusaddir et sur la partie orientale de la péninsule tingitane.

Les Carthaginois ayant perdu une grande partie de leurs territoires suite aux guerres puniques, la région fait entièrement au Ier siècle av. J.-C., sous Bocchus et de Juba II, du royaume de Maurétanie, un état client de Rome.

Au Ier siècle, la région passe sous administration romaine directe et est rattachée à la Maurétanie-Tingitane. Elle voit l'établissement de plusieurs cités romaines tel Rusaddir (Melilla), Aquila (Tétouan) et Aerath (vers Al Hoceima).

Le pouvoir romain affaibli au Ve siècle, la région voit, en 429, le débarquement de 80 000 Vandales venus de Bétique. L'Empire romain disparaîtra le siècle suivant et les tentatives des Byzantins de le reconstituer n'auront que peu d'effets sur la Maurétanie-Tingitane, n'arrivant à avoir le contrôle que de la région côtière de la péninsule tingitane.

Ère islamique médiévale[modifier | modifier le code]

Islamisée au VIIe siècle, la région subit, comme le reste du Maghreb al-Aqsa, la première "révolte berbère" en 739/740, à l'issue de laquelle elle devient indépendante du Califat omeyyade.

La partie septentrionale du Rif, autour de la baie d'Al Hoceima, faisant partie depuis 710 de l'Émirat de Nekor, la partie méridionale devient une zone tribale indépendante qui ne sera réunifiée au reste du Maghreb al-Aqsa qu'à la fin du VIIIe siècle, lors de l’avènement de la dynastie idrisside.

Au Moyen Âge, les habitants du Rif sont divisés selon trois principales confédérations berbères, celles des Ghomaras, des Baqouya et celle des Bettioua, cette dernière représentant la confédération la plus large, dont le territoire s'étend de Nekkor à la Moulouya[4].

Entre le VIIIe siècle et le XIIe siècle, la partie occidentale du Rif (Jbalas et Ghomaras) devient majoritairement arabophone sous l'influence des voies de communication reliant Fès aux ports méditerranéens et, au delà, à l'Andalousie[5]. Les parties centrale et orientale, éloignées des voies de communication, demeurent berbérophones.

Au XIe siècle, Abdallah al-Bakri cite nommément les tribus rifaines que sont les Temsamane, les Baqouya, les Gueznaya, les Aït Ouriaghel, les Kebdana, les Marnissa (aujourd'hui faisant partie des Jbalas), les Mestasa et les Aït Itteft.

Au cours de l'histoire, les Rifains sont successivement incorporés aux empires des Almoravides, des Almohades, des Mérinides, des Wattassides, des Saadiens et des Alaouites, bien que gardant une large autonomie par rapport aux pouvoir centraux successifs. Leur région est encore qualifiée de "territoire de la dissidence"...

Ère moderne[modifier | modifier le code]

Article connexe : Guerre du Rif.

Suite au Traité de Fès et l'établissement des protectorats français et espagnol sur le Maroc, le Rif fait principalement partie de la zone espagnole tandis que trois tribus rifaines voient leur territoire partagé entre les zones française et espagnole: la majorité du territoire des Igzenayen et la partie sud de celui des Ait Bouyahyi se retrouvent sous administration française. Les Béni-Snassen, établis à l'est de la Moulouya, sont intégralement inclus dans la zone française.

Entre 1921 et 1926 se déroule la guerre du Rif, qui voit l'établissement d'un état indépendant, la République du Rif, sous l'impulsion d'Abdelkrim El Khattabi, avant que ce dernier ne soit défait et que la région retombe de nouveau sous le contrôle des autorités du Protectorat.

À l'indépendance du Maroc en 1956, le Rif est réunifié au Maroc. Les conditions économiques défavorables poussent plusieurs centaines de milliers de Rifains à l'exode vers les grandes villes du Maroc et vers l'Europe, notamment les Pays-Bas et la Belgique.

Longtemps délaissée par le pouvoir central marocain, la région tend a se développer depuis l'accession au trône du monarque Mohammed VI.

Les Rifains et l'Algérie[modifier | modifier le code]

Le Rif a été et demeure une région ouverte sur l’Ouest algérien (Oranie)[6]. Ainsi, les Beni Snous de la région de Tlemcen ont de grandes affinités, d'un point de vue historique, linguistique et culturel, avec le groupe rifain auquel ils peuvent être rattachés[7], tandis que les berbères de Bethioua descendent de Rifains ayant migré vers l'Algérie au XIVe siècle[8].

À partir du début de la période française, de plus en plus de main-d’œuvre berbère venue du Rif s'installe en Algérie. La conquête française a élargi ces relations en facilitant les moyens de transport[9]. Les Rifains sont réputés en Algérie française pour leurs qualités de cultivateurs à l'époque des moissons et vendanges[9]. Ils formaient ainsi un nombre très important des travailleurs marocains présents sur le sol algérien au lendemain de l'indépendance.

En 1975, l'Algérie de Boumédiène - celui-ci avait été un membre des commandos nord-africains d'Abdelkrim El Khattabi - a décidé d'expulser d'Algérie les Marocains, dont une grande partie de Rifains, suite à la Marche Verte décidée par Hassan II. Il existe encore aujourd'hui des Rifains en Algérie.

Culture[modifier | modifier le code]

Langue[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Rifain.

Les Rifains parlent un dialecte berbère, qu'ils nomment eux même tamazight ou encore tarifit. Certaines tribus sont devenues partiellement ou totalement arabophones suite à un processus d'arabisation, principalement celles établies à l'ouest du Rif, au contact des Ghomaras arabophones.

Les Rifains habitant un territoire peu traversé par les voies de communication, ils n'ont pas été influencés par la langue arabe et ont ainsi pu préserver leur parler, tout en adoptant un certain nombre d'arabismes.

L'arabe dialectal marocain, sert de lingua franca tandis que le français ou l'espagnol sont parlés comme seconde ou troisième langue.

Folklore[modifier | modifier le code]

La culture rifaine est une composante de la culture amazighe, africaine et méditerranéenne. La spécificité linguistique de la région s'illustre notamment par sa musique et son folklore.

Le folklore rifain s'apparente à celui du reste de l'Afrique du nord : on y chante des poèmes traditionnelles appelés izrane, on suit les rites agraires liés à l'agriculture, ainsi yennayer est la fête qui entame la nouvelle année du calendrier berbère.

Poésie[modifier | modifier le code]

Les izrane (pluriel d'izri) sont des poèmes traditionnels rifains, chantés lors de diverses occasions. Cette tradition très répandue dans le Rif était considérée comme un élément phare de la poésie berbère.

Typiquement, les izrane sont des louanges, des récits amoureux ou des déclarations sentimentales que tant hommes que femmes chantent et dansent lors des mariages. Ils servent souvent à donner la réplique à l'interlocuteur.

Musique[modifier | modifier le code]

La musique joue un rôle très important dans le folklore du Rif. D'un côté, la région a fourni de grands chanteurs et interprètes de la musique amazighe. L'on peut citer ainsi : Walid Mimoun, Khalid Izri ou encore Ithrane.

La reggada (imedyazen) est la danse folklorique d'origine guerrière du Rif. Les instruments zenètes tels que la gasba et le galal y sont typiquement usutés, ainsi que le zamar, instrument rifain.

Démographie[modifier | modifier le code]

Composition tribale[modifier | modifier le code]

Traditionnellement, le Rif est une région tribale, composée d'une vingtaine de tribus[10], elles-mêmes composées de plusieurs fractions et clans:

Les Aït Iznassen, confédération de quatre tribus de langue et de culture zénètes établies aux environs de la ville de Berkane, soit sur la rive droite de la Moulouya à proximité du Rif, sont de plus en plus souvent rattachés au groupe rifain, sans que cela fasse consensus, les plus anciennes études les en distinguant.

Religion[modifier | modifier le code]

À l'instar du reste du Maghreb al-Aqsa, le Rif est islamisé à la suite de la conquête musulmane au VIIe siècle. Les Rifains adoptent l'islam, notamment durant l’élèvement de l'émirat de Nekor, fondé en 711. Toutefois, tout comme une grande partie des peuples islamisés, les Rifains conservent certaines particularités culturelles préislamiques tel les tatouages berbères, la superstition et la structure tribale de la société.

Rifains célèbres[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) « LE RIFAIN OU TARIFIT (Maroc) » (consulté le 29 aout 2013)
  2. « Recensement général de la population et de l'habitat 2004 » (consulté le 13 Février 2014)
  3. a et b Article 5 du « Dahir n° 1-11-91 du 27 chaabane 1432 (29 juillet 2011) portant promulgation du texte de la Constitution », Bulletin officiel du Royaume du Maroc, no 5964-bis,‎ 30 juillet 2011, p. 1904 (ISSN 0851-1217)
  4. Abd El-Haq El Badisi, « El Maqsad, livre des Saints du Rif »
  5. J. Aguadé et al., Peuplement et arabisation au Maghreb occidental: dialectologie et histoire, Casa de Velázquez, 1998 (ISBN:9788486839857)
  6. « Le Rif terre de l’émigration : aux origines du mouvement migratoire dans le Rif », sur www.arrif.com
  7. S. Chaker, Le dialecte berbère des Beni Snous (Algérie), INALCO
  8. Emile Janier Les Bettiwa de Saint Leu - Revue Africaine 1945, pp. 238-241, Lire en ligne
  9. a et b http://tamsamane.free.fr/emigration.htm
  10. selon A. Zouggari & J. Vignet-Zunz, Jbala : histoire et société, dans Sciences humaines, (1991) (ISBN 2-222-04574-6)
  11. H. Al Figuigui, « Guelaya ou Qelaya », dans: Encyclopédie berbère, 21, Edisud (1999)