Hachereau

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Hachereau
Hachereau en quartzite du site acheuléen récent de Hassi Manda (Algérie)
Hachereau en quartzite du site acheuléen récent de Hassi Manda (Algérie)
Zone géographique Afrique, Europe de l'Ouest, Proche-Orient, sous-continent indien
Période Paléolithique
Faciès culturel Acheuléen, Moustérien
Chronologie 1,6 million d'années - 40 000 ans BP
Matière première roches volcaniques, quartzite, grès, calcaire, silex (rare).
Méthode de fabrication outil retouché sur grand éclat débité par différentes méthodes.
Fonction variable
Signe particulier implique généralement une prédétermination du tranchant
Carte hachereaux.jpg
Fig. 1. Carte de répartition des principaux sites à hachereaux au Pléistocène moyen (Acheuléen) (les points indiquent les sites principaux et leur diamètre est proportionnel au nombre de hachereaux mis au jour, les zones en rouge sont les régions où des hachereaux sont connus)

Préhistoire - Archéologie - Tableau synoptique
Hachereau - Paléolithique inférieur - Afrique du Sud - Muséum de Toulouse

Un hachereau est un outil de pierre taillée caractéristique des périodes anciennes de la Préhistoire, en particulier de l'Acheuléen.

Historique[modifier | modifier le code]

Le mot « hachereau », dérivé de « hache » par adjonction d'un diminutif, désignait à l'origine des outils métalliques de différents corps de métier, dont les tonneliers. Henri Breuil est le premier à l'avoir utilisé pour désigner un outil préhistorique en 1924[1].

Définition et caractéristiques[modifier | modifier le code]

Le hachereau est un outil réalisé sur un grand éclat qui comporte toujours un tranchant transversal non retouché[2]. Ses bords et sa base sont modifiés, parfois façonnés comme ceux d’un biface mais son tranchant est toujours brut. Ce tranchant peut correspondre à une surface naturelle de galet dans les formes de hachereaux les plus simples. Il est généralement formé par l'intersection de la face inférieure de l'éclat support avec un ou plusieurs négatifs d'enlèvements antérieurs : en ce sens, le tranchant des hachereaux est le plus souvent prédéterminé par une préparation particulière du nucléus duquel il est extrait[3].

La plupart des hachereaux sont massifs, atteignant couramment 20 à 30 cm de longueur. Certaines pièces exceptionnelles atteignent 3 à 4 kg[4],[3]. À l'inverse, dans certaines séries africaines, il existe de petits hachereaux de moins de 10 cm de long[5],[6].

Les matériaux employés sont très variés : roches volcaniques (rhyolite, basalte, obsidienne), quartzite, grès, calcaire mais aussi silex bien qu'assez rarement. La rareté de l'emploi du silex pour ce type d'outil a suscité de nombreuses interprétations, notamment en relation avec sa fonction. Elle semble plus simplement correspondre à la rareté de l'emploi de cette matière à l'échelle du globe, et surtout hors des régions classiques où se sont déroulées les premières recherches préhistoriques, comme le Sud-Ouest de la France.

Faute d'analyses tracéologiques, la fonction des hachereaux n'est pas connue avec précision. Il est probable que certains hachereaux aient été emmanchés.

Le hachereau au cours du temps[modifier | modifier le code]

Le hachereau est particulièrement courant à l’Acheuléen, que ce soit en Afrique, en Asie et en Europe du Sud. Il est présent dans la séquence d'Olduvai à partir de l'Acheuléen ancien, daté d'environ 1,6 million d'années (site EF-HR)[7].

Au cours du Pléistocène moyen, les hachereaux sont connus dans toute l'Afrique (Isenya[8],[9], Olorgesailie[10], Isimila[11], La Kamoa[5], etc.) et dans une partie importante de l'Eurasie : Espagne[12],[13], Sud de la France[14], Proche-Orient[15],[16], sous-continent indien[17]. Certains sites en comptent plusieurs centaines d'exemplaires.

Au Pléistocène supérieur, les hachereaux se font beaucoup plus rares. Quelques-uns sont connus au Paléolithique moyen, dans le Moustérien de la région franco-cantabrique que François Bordes a défini comme un faciès nommé Vasconien[18],[19]. Ils sont présents notamment côté français à la grotte d'Isturitz[20], à l'abri Olha[21], à la grotte du Noisetier[22] et côté espagnol au Castillo ou à la Cueva Morin.

Implications et interprétations[modifier | modifier le code]

Le hachereau est un outil très particulier qui implique des savoir-faire et des connaissances spécifiques. Il est peu probable qu'il ait été inventé de nombreuses fois dans des endroits différents, comme c'est peut-être le cas pour les bifaces. La répartition des hachereaux traduit donc sans doute des mouvements de population. Du fait de son absence en Europe de l'Est, il est tentant de penser qu'il est arrivé en Europe du Sud lors d'une migration de populations à travers le détroit de Gibraltar. Celle-ci pourrait correspondre aux débuts de l'Acheuléen en Europe, il y a environ 600 000 ans[23].

En outre, la réalisation de hachereaux implique un choix parmi une gamme de possibilité : d'autres outils étaient plus simples à produire. La fabrication d'un hachereau ne peut s'expliquer par aucune contrainte environnementale (matériaux variés, présence dans des milieux très différents, sur plusieurs continents). Il s'agit donc d'un choix qui relève de la tradition culturelle[3].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Breuil, H. (1924) - « Hache taillée en quartzite », Bulletin de la Société Préhistorique Française, t. 21, pp. 253-254.
  2. Tixier, J. (1956) - « Le hachereau dans l'Acheuléen nord-africain - Notes typologiques », in: Congrès préhistorique de France - Compte-rendu de la XVème session - Poitiers-Angoulême - 15-22 juillet 1956, pp. 914-923.
  3. a, b et c Mourre, V. (2003) - Implications culturelles de la technologie des hachereaux, Université de Paris X - Nanterre, Thèse de Doctorat, 3 vol., 880 p.
  4. Bayle des Hermens, R. de (1975) - Recherches préhistoriques en République centrafricaine, Nanterre, Labethno, Publications du Laboratoire d'Ethnologie et de sociologie comparative, Université de Paris X, 343 p.
  5. a et b Cahen, D. et Martin, P. (1972) - Classification formelle automatique et industries lithiques. Interprétation des hachereaux de La Kamoa, Musée royal de l'Afrique centrale - Tervuren (Belgique) - Annales, série in 8° - Sciences humaines, 112 p. + pl.
  6. Champault, B. (1966) - L'Acheuléen évolué au Sahara occidental - Notes sur l'homme au Paléolithique ancien, Faculté de Lettres, Paris, Thèse de doctorat soutenue le 17 nov. 1966, 2 vol., 1068 p.
  7. Leakey, M.D. (1971) - Olduvai Gorge - vol. 3 : Excavations in Beds I and II, 1960-1963, Cambridge, Cambridge University Press, 306 p.
  8. Roche, H., Brugal, J-P., Lefèvre, D. et Texier, P-J. (1987) - « Premières données sur l'Acheuléen des hauts plateaux kényans : le site d'Isenya (district de Kajiado) », Compte Rendu de l'Académie des Sciences, Paris, t. 305, série II, pp. 529-532.
  9. Roche, H., Brugal, J-P., Lefèvre, D., Ploux, S. et Texier, P-J. (1988) - « Isenya : état des recherches sur un nouveau site acheuléen d'Afrique orientale », The African Archaeological Review, 6, pp. 27-55.
  10. Potts, R. (1989) - « Olorgesailie : new excavations and findings in Early and Middle Pleistocene contexts, southern Kenya rift valley », Journal of Human Evolution, 18, pp. 477-484.
  11. Howell, F.C., Cole, G.H., Kleindienst, M.R. et Haldemann, E.G. (1962) - « Isimila - an Acheulian occupation site in the Iringa Highlands, Southern Highlands Province, Tanganyika », in: Actes du IVème Congrès Panafricain de Préhistoire et de l'Étude du Quaternaire, Mortelmans, G., (Éd.), Musée royal de l'Afrique centrale - Tervuren (Belgique), n° 40, pp. 43-80.
  12. Querol, M.A. et Santonja Gomez, M. (1977) - « Los hendedores en el Achelense de la Meseta española », in: Sautuola II, Publicaciones del Patronato de las Cuevas prehistóricas de la Provincia de Santander, XV, pp. 9-39.
  13. Santonja, M. et Villa, P. (1990) - « The Lower Paleolithic of Spain and Portugal », Journal of World Prehistory, vol. 4, n° 1, pp. 45-94.
  14. Colonge, D. et Texier, J.-P. (2005) - « Le gisement acheuléen de Lanne-Darré (Uglas, Hautes-Pyrénées) et perspectives régionales dans le Sud-Ouest de l'Europe », in: Données récentes sur les modalités de peuplement et sur le cadre chronostratigraphique, géologique et paléogéographique des industries du Paléolithique inférieur et moyen en Europe, BAR International Series 1364, Actes du Colloque International de Rennes, 22-25 septembre 2003.
  15. Goren-Inbar, N. et Saragusti, I. (1996) - « An Acheulian biface assemblage from Gesher Benot Ya'aqov, Israel : indications of african affinities », Journal of Field Archaeology, vol. 23, n° 1, pp. 15-30.
  16. Goren-Inbar, N., Zohar, I. et Ben-Ami, D. (1991) - « A new look at old cleavers - Gesher Benot Ya'aqov », Journal of the Israel Prehistoric Society, 24, pp. 7-33.
  17. Paddayya, K., Jhaldiyal, R. et Petraglia, M.D. (2000) - « Excavation of an Acheulian workshop at Isampur, Karnataka (India) », Antiquity, 74, 751-752.
  18. Bordes, F. (1953) - « Essai de classification des industries "moustériennes" », Bulletin de la Société Préhistorique Française, t. L, n° 7-8, pp. 457-466.
  19. Deschamps, M. (2008) - Le Vasconien et sa signification au sein des faciès moustériens, Université de Toulouse II - Le Mirail, Mémoire de Master II, 126 p.
  20. Delporte, H. (1974) - « Le Moustérien d'Isturitz d'après la collection Passemard (Musée des Antiquités Nationales) », Zephyrus, XXV, pp. 17-43.
  21. Passemard, E. (1936) - « Le Moustérien à l'abri Olha en Pays basque », Revue Lorraine d'Anthropologie, 8ème année, pp. 117-160.
  22. Mourre, V., Costamagno, S., Thiébaut, C., Allard, M., Bruxelles, L., Colonge, D., Cravinho, S., Jeannet, M., Juillard, F., Laroulandie, V. et Maureille, B. (2008) - « Le site moustérien de la Grotte du Noisetier à Fréchet-Aure (Hautes-Pyrénées) : premiers résultats des nouvelles fouilles », in: Les sociétés du Paléolithique dans un Grand Sud-Ouest de la France : nouveaux gisements, nouveaux résultats, nouvelles méthodes, Jaubert, J., Bordes, J.-G. et Ortega, I., (Éds.), Mémoire de la Société Préhistorique Française, 47, journées scientifiques de la Société préhistorique française, université Bordeaux 1, Talence 24-25 novembre 2006, pp. 189-202.
  23. Otte, M. (1996) - Le paléolithique inférieur et moyen en Europe, Paris, Masson & Armand Colin, 296 p.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]