Titus (empereur romain)

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Titus
Empereur romain
Image illustrative de l'article Titus (empereur romain)
Tête colossale de Titus, provenant d'une statue haute de 3,20 mètres, Glyptothèque de Munich (Inv. 338)
Règne
(~2 ans)
Période Flaviens
Précédé par Vespasien
Suivi de Domitien
Biographie
Nom de naissance Titus Flavius Vespasianus
Naissance - Rome
Décès (41 ans) - Rome
Père Vespasien
Mère Domitilla l'Aînée
Épouse (1) Arrecina Tertulla (62 - 63)
(2) Marcia Furnilla (63 - 65)
Descendance Julia Titi (de Marcia Furnilla)
Empereur romain

Titus (latin : IMPERATOR•TITVS•CAESAR•VESPASIANVS•AVGVSTVS) (30 décembre 3913 septembre 81), appartenant à la dynastie des Flaviens, est un empereur romain, qui régna de 79 à 81. Il est resté célèbre pour la prise de Jérusalem, en 70. L'arc de Titus, bien conservé, sera érigé pour commémorer cette victoire par son frère Domitien, devenu empereur.

Le portrait de Titus[modifier | modifier le code]

Né à Aquae Cutiliae en Sabine ou à Rome selon l'historien Suétone, il est le fils de Vespasien. Il descend d'une famille de notables municipaux : son grand-père faisait partie de l’ordre équestre dans la région de Rieti. C’est après la naissance de Titus que les Flaviens prennent une place notable dans le cercle impérial grâce à l’avènement de l’empereur Claude, qui permit leur protection par l’affranchi Narcisse. Titus fut ainsi élevé dans la cour impériale aux côtés du fils de Claude, Britannicus[1]. Il bénéficia d’une éducation raffinée dans un milieu de luxe, apprenant les lettres grecques et latines enseignées par son précepteur Sosibius.

L'auxiliaire de son père[modifier | modifier le code]

Vespasien, père de Titus.

Les carrières politiques du père et du fils ont connu une impulsion simultanée et ont suivi une évolution parallèle.

Le rôle politique du jeune homme commence en 56 ou 57 (c'est-à-dire à dix-sept ou dix-huit ans) où il devient tribun militaire d’abord en Germanie puis en Bretagne, mais son ascension ne commence véritablement qu'en 67, deux ans avant le couronnement de son père. À cette date, il devient légat de la Legio XV Apollinaris en Judée sous le commandmeent de son père, pour réprimer l’insurrection, marquée par la Première Guerre judéo-romaine[1]. Au moment de l'intervention militaire, qui est exceptionnelle étant donné qu’il n’a pas encore exercé sa préture, il est très jeune ; il n’a alors que vingt-huit ans. Son éducation militaire et diplomatique va lui être utile.

Suétone affirme que Titus est un véritable « soutien de l’empereur ». En effet, au cours de l’année 68, le jeune homme est engagé par son père dans des démarches diplomatiques[2]. Alors que la révolte de Vindex s’annonce et que Néron s’est donné la mort, Titus est chargé d’apaiser les rivalités entre son père et Mucien qui a rejoint la province de Syrie. C’est un rôle fondamental qu’il exerce afin de permettre à son père d’accéder au pouvoir en menant une action commune avec Mucien. En février ou mars 69, Titus remet à profit ses talents d’homme d’État, indéniables et prometteurs, en apportant des nouvelles fraîches sur l’état d’esprit des armées et des provinces à son père et en le convainquant de prétendre à l’empire.

Destruction du Second Temple de Jérusalem par les légions romaines menées par Titus.

Jusqu’en juillet 69 où Vespasien est salué empereur, Titus mène des tractations diplomatiques qui rallient à la cause de Vespasien des responsables romains de Syrie et d’Égypte. Après le ralliement de tout l’Orient en juillet, il devient responsable en chef de la guerre de Judée.

En 70, il dirige les légions romaines et reconquiert la ville de Jérusalem après un long siège dont le détail est rapporté par Flavius Josèphe. Au cours des combats de rue, la ville est détruite et le Second Temple de Jérusalem, connu également sous le nom de Temple d'Hérode, est incendié[1].

Les fonctions de Titus[modifier | modifier le code]

Arc de triomphe de Titus : Prisonniers juifs portant la Menorah et les trompettes du temple de Jérusalem

D’octobre 70 à juin 71, lorsqu'il revient à Rome retrouver son père, Titus célèbre sa victoire de Judée par la célébration d'un triomphe dans Rome. Il distribue de l’argent au peuple en son nom et celui de son père. L’arc commémoratif erigé par Domitien (arc de triomphe de Titus) représente son char tiré par un quadrige. Il représente aussi le cortège avec le butin pillé au Second Temple de Jérusalem, dont le chandelier à sept branches, la table des pains de proposition et les trompettes sacrées.

Titus joue désormais le rôle de vice-empereur car il devient, selon Suétone, « partie prenante du pouvoir et même tuteur de l’empire ». Vespasien manifeste la volonté d’associer son fils à l’empire comme Auguste l'avait fait avec Tibère. En 69, il a été nommé avec son frère prince de la jeunesse.

Associé au gouvernement de Vespasien, il acquiert la puissance tribunicienne et l'imperium proconsulaire. En 73-74, il est censeur, c'est-à-dire qu’il est chargé de faire recenser les citoyens et de dresser la liste des sénateurs[1].

Il va également exercer 7 consulats en 70, 72, 74, 75, 76, 77, 79. Il pourra juger les chevaliers et sénateurs coupables d’infractions politiques et de fautes professionnelles.

Titus remplace son père lors de l’écriture de courriers officiels ou de la lecture des actes officiels devant le sénat. Il assume ainsi directement la gestion des affaires.

En 72, il est nommé préfet du prétoire, alors que la charge est d'ordinaire attribuée à un chevalier.

Un deuxième Néron ?[modifier | modifier le code]

Un préfet du prétoire despotique[modifier | modifier le code]

Tête de Titus, musée du Louvre (Ma 3562) (à l'origine portrait de Néron, avant le damnatio memoriae de celui-ci)

Le préfet du prétoire est le chef de la garde impériale. Il appartient à l'ordre équestre et représente l’empereur quand il est absent. Titus n'est pas chevalier, c’est donc une nomination hors du commun. Une face cachée de son caractère apparaît alors : pour abattre les hommes dont il soupçonne les visées ambitieuses, il organise des services secrets redoutables chargés de faire courir des rumeurs désobligeantes sur les hommes menaçants à ses yeux. Encouragé par le peuple, qui réclame ouvertement leur exécution, Titus feint de lui obéir et liquide sans problèmes ses ennemis.

Aulus Caecina a été l'une des victimes de cette méthode. Il avait trahi en 69 Vitellius pour rejoindre les armées flaviennes. Aux yeux de Titus, cet homme est dangereux, il le fait alors tuer. Ces actions favorisent la mauvaise réputation de Titus au sénat et sèment la peur.

La culture des vices[modifier | modifier le code]

Avant son avènement comme empereur, Titus manifestait de l'intempérance, une rapacité et une cruauté sans égale qui laissaient mal augurer du comportement du futur empereur.

Son éducation à la cour impériale a donné au jeune homme un goût très vif pour toutes les formes de plaisir et de libertinage. C’était un libertin à l’image de Néron qui entretenait un certain goût pour les eunuques. Il avait tendance à la débauche.

Le peuple romain l’assimilait également à Néron car il aimait le monde du spectacle en comblant de largesses les chanteurs et comédiens qui constituaient son entourage. Pendant le règne de son père, il monnayait les jugements et essayait de tirer un profit douteux des affaires dont il avait la charge, tout cela afin de vivre dans le luxe et de donner des fêtes somptueuses et dispendieuses.

Ce qui éveillait chez les Romains une haine envers Titus était son « amour fameux pour la reine Bérénice ».

L'amour interdit[modifier | modifier le code]

Cet amour n’est pas que le symbole de la destinée cruelle qui frappe deux amants : derrière cette apparence se cache une implication politique.

Bérénice est l’arrière-petite-fille d’Hérode le Grand et fille d’Hérode Agrippa Ier. Elle appartient à la famille royale qui a gouverné en Judée au premier siècle avant notre ère.

C’est en 67 lors de la campagne de Vespasien en Galilée qu’elle rencontre Titus alors qu’elle cherche à manœuvrer afin d’aider son frère Hérode Agrippa II à obtenir un rapprochement politique avec les Romains. Elle est d’une grande beauté et ses actions politiques impressionnent Titus qui tombe sous le charme de la reine juive.

Dès l’avènement impérial de Vespasien, leur liaison est officielle. Mais devant la désapprobation du peuple romain, Bérénice reste en Judée lors du retour de Titus à Rome. Vespasien l’a persuadé qu’elle mettrait en péril l’installation durable de leur dynastie. Cependant, en 75, Bérénice vient à Rome avec son frère, et devient officiellement l’épouse en cohabitant avec Titus. Ils deviennent la cible des critiques, car les habitants de Rome sont depuis toujours méfiants envers la communauté juive de la ville. Ils ont peur également que Bérénice incarne la nouvelle Cléopâtre dont ils ont gardé un pâle et mauvais souvenir. Et ils ont l’impression que Titus se rapproche dangereusement de l’Orient.

C’est pourquoi la réputation de Titus est ternie quand survient la mort de son père en juin 79. Tous s'attendaient au pire. La mort de Vespasien le 24 juin 79 change radicalement sa personnalité et la perception qu'a de lui le peuple romain. Pendant son court règne de deux ans, Titus se montre un prince idéal aussi bien dans ses méthodes de gouvernement qu’auprès de ses sujets.

Un bon empereur[modifier | modifier le code]

Un homme respectueux[modifier | modifier le code]

Il est probablement profondément marqué par la mort de son père car du jour au lendemain ses défauts s’effacent devant « les plus rares vertus ». Peut-être a-t-il saisi l’importance de la dynastie flavienne.

Par respect de la volonté de son peuple, il renvoie Bérénice « malgré lui et malgré elle » en Judée.

Dès lors il se sépare de ses favoris, s’interdit d’assister aux représentations et renonce aux plaisirs.

Il choisit ses conseillers parmi les hommes les plus respectables de Rome. Il délaisse ses nuits d’orgie pour des repas officiels visant plus l’agrément des convives que l’étalage du luxe.

Cette simplicité affichée, œuvre de la traditionnelle imitatio Augusti chez les empereurs (imitation de l'empereur Auguste), n'empêche pas Titus d'inaugurer en grande pompe en l'an 80, le plus grand site de jeux de l'Antiquité, l'amphithéâtre flavien, plus connu sous le nom de Colisée. Des milliers de bêtes sont sacrifiées pendant les jeux inauguraux pour la plus grande joie du peuple de Rome.

Un homme bon[modifier | modifier le code]

Ce changement radical de comportement est malheureusement concommittent avec une série de catastrophes qui vont, en deux ans, mettre en relief le caractère exemplaire de l’empereur.

L’éruption du Vésuve le 24 août 79 ensevelit Pompéi et Herculanum sous les cendres. Des milliers de personnes dont Pline l'Ancien, ami de Titus, trouvèrent la mort. L’empereur confia alors le soin à deux consuls de superviser les secours aux sinistrés et fit verser aux rescapés des subventions. Il leur octroya les biens de ceux qui périrent sans laisser d’héritier, à la différence de ses prédécesseurs : ceux-ci, dans des circonstances semblables, s’étaient approprié les biens des victimes.

Lors d’une épidémie de peste, qui causa la mort de milliers de personnes, Titus intervient en personne pour secourir la population. Il fit parvenir les secours et vint sur place réconforter les rescapés « apportant la sollicitude d’un empereur et la tendresse d’un père ».

Titus n’accepta pas de faire de procès criminel.

La conjonction entre ces évènements dramatiques et l’attention, généreuse et dévouée, prodiguée par Titus aux personnes éprouvées, explique la réputation sans égale dont a bénéficié l’empereur.

La tradition lui prête ce mot : « Diem perdidi » (j'ai perdu ma journée), prononcé lorsqu'il terminait une journée sans avoir apporté un bienfait particulier.

Un règne assombri par les catastrophes et prématurément interrompu[modifier | modifier le code]

Outre l'éruption du Vésuve décrite ci-dessus, le règne de Titus est aussi marqué par le grave incendie de Rome en 80, comparable en ampleur à celui connu sous Néron en 64, et par l'épidémie de « peste » qui emporte l'empereur lui-même.

Il meurt de la peste le 13 septembre 81, à peine deux ans après son intronisation. Ses énigmatiques derniers mots sont « Je n'ai commis qu'une seule erreur ». Ils font toujours aujourd'hui l'objet de spéculations de la part des historiens.

Un deuil unanime accueillit sa disparition, et le titre de « délices du genre humain » lui fut décerné et lui est resté attaché. Ce souvenir a définitivement effacé dans la mémoire collective le premier Titus, capable de débauches, de cruautés et d'arbitraire despotique. La postérité retiendra surtout le Titus mûri et métamorphosé par sa fonction.

Famille[modifier | modifier le code]

Titus eut une fille, Julia Titi ou Julia Flavia, de son épouse Marcia Furnilla[3].

Noms et titres[modifier | modifier le code]

Noms successifs[modifier | modifier le code]

  • 39, naît TITVS•FLAVIVS•VESPASIANVS (comme son père)
  • 69, son père devient empereur : TITVS•CAESAR•VESPASIANVS
  • 70, salué imperator à la chute de Jérusalem : IMPERATOR•TITUS•CAESAR•VESPASIANVS
  • 79, accède à l'Empire : IMPERATOR•CAESAR•VESPASIANVS•AVGVSTVS

Titres et magistratures[modifier | modifier le code]

Titulature à sa mort[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

À sa mort en 81 la titulature de Titus était la suivante :

IMPERATOR•TITVS•CAESAR•VESPASIANVS•AVGVSTVS, PONTIFEX•MAXIMVS, TRIBVNICIAE•POTESTATIS•XI, IMPERATOR•XVII, CONSVL•VIII, PATER•PATRIAE

Note : Titus fut divinisé après sa mort par le Sénat

Postérité[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

Musique[modifier | modifier le code]

  • La clemenza di Tito, opéra de Gluck sur un livret de Pietro Metastasio, créé à Naples le 4 novembre 1752.
  • La Clémence de Titus, opéra de Mozart (1791) sur un livret de Caterino Mazzolà. Se réfère à un épisode de son règne narré par Suétone.

Peinture[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Zosso et Zingg 1995, p. 37
  2. Tacite, Histoires, II, 1.[1]
  3. Suétone, Vie des douze Césars, Livre VIII, Titus, IV.
  4. (en) Elizabeth Prettejohn, « Lawrence Alma-Tadema and the Modern City of Ancient Rome », The Art Bulletin, vol. 84, no 1,‎ , p. 115–129 (DOI 10.2307/3177255, lire en ligne)
  5. Suétone, Vie des Douze Césars.
  6. Dion Cassius, Histoire romaine, LXVI, 26.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Régis Martin, Les douze Césars, du mythe à la réalité, Les Belles Lettres 1991, réédition Perrin 2007, (ISBN 978-2-262-02637-0)
  • Thierry Labb, "Une mythologie actuelle", Orchidée 1962.
  • François Zosso et Christian Zingg, Les Empereurs romains, édition Errance,‎ (ISBN 978-2-87772-390-9)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]