Provençal

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Provençal
prouvençau (norme mistralienne)
provençau (norme classique)
Parlée en France, Italie[1], Monaco[2]
Région Sud-est de la France (Provence) (Rhône-Alpes) (Languedoc-Roussillon)
Nombre de locuteurs De 100 000[3] à 500 000
Typologie SVO
syllabique
Classification par famille
Codes de langue
ISO 639-1 oc[4]
ISO 639-2 oci[4]
ISO 639-3 oci[4]
IETF oc[4]
Échantillon
Article premier de la Déclaration universelle des droits de l'homme (voir le texte en français)

Declaracioun Universalo di dre de l’ome

  • Graphie mistralienne : Tóuti li persouno naisson liéuro e egalo en dignita e en dre. Soun doutado de rasoun e de counsciènci e li fau agi entre éli em' un esperit de freiresso.
  • Graphie classique : Totei lei personas naisson liuras e egalas en dignitat e en drech. Son dotadas de rason e de consciéncia e li cau agir entre elei amb un esperit de frairesa.

Le provençal (en provençal [pʀuveⁿsˈaw], orthographié prouvençau dans la graphie mistralienne et provençau dans la graphie classique) est un dialecte de l'occitan ou langue d'oc[5],[6],[7] parlé essentiellement en Provence et dans la plus grande partie du Gard. Il existe toutefois un mouvement régionaliste selon lequel[8] le provençal est « une langue à part entière, proche mais distincte de l'occitan du Sud-Ouest de la France »[9].

Le mot provençal sert aussi à désigner l'ensemble de la langue d'oc, notamment dans les dictionnaires d'Honnorat, Dictionnaire provençal-français ou dictionnaire de la langue d'oc[10] et de Mistral, Le Trésor du Félibrige, dictionnaire provençal français embrassant les divers dialectes de la langue d'oc moderne[11] ou les ouvrages de référence de Ronjat, Essai de syntaxe des parlers provençaux modernes[12] et Grammaire istorique des parlers provençaux modernes[13].

Extension et variation interne[modifier | modifier le code]

La Provence historique et linguistique
Vue linguistique :
1 Limite de langue
2 Limite de dialecte
3 Limite de sous-dialecte
Points de vue de P. Blanchet[14],[15] :
4 « Limite de la langue provençale »
a « La Provence historique et culturelle »
b « Zones extérieures de culture provençale »
c « Zone historique provençale ayant appartenu au Piémont de 1388 à 1713 et surtout de culture alpine »
d « Zone dauphinoise aujourd'hui rattachée à la région Provence Alpes Côte d'Azur »
e « Pays niçois (Provençal jusqu'en 1388, Piémontais jusqu'en 1860, aujourd'hui rattaché à la région Provence Alpes Côte d'Azur »

Si nous laissons de côté l'utilisation de provençal pour désigner l'ensemble d'oc, l'extension du provençal reste un objet de débat :

  1. L'usage de la majorité des linguistes et de l'Unesco consiste à réduire son extension au « dialecte provençal » tel que défini par Pierre Bec[16] (appelé « sud-provençal » par Jean-Claude Bouvier).
  2. La tradition romaniste a longtemps inclus le vivaro-alpin dans le provençal. C'est par exemple le cas de Robert Lafont qui inclut ce dialecte – sous l'appellation provençal alpin - dans le provençal auquel il adapte la graphie classique de l'occitan[17] ou de Jean-Claude Bouvier, qui dans sa description du provençal, le nomme « nord-provençal ».
  3. L'école désignant le provençal comme une langue indépendante du reste du domaine d'oc inclut également (sous la désignation de provençal alpin) l'essentiel du domaine vivaro-alpin (sauf la rive droite du Rhône, appelée vivarois) et le niçois. L'inclusion des parlers des Alpes dans le provençal s'explique plus par une référence à la grande Provence historique et à la conscience linguistique des usagers que par la typologie linguistique. La variation importante qu'implique ce regroupement a amené la réutilisation du concept de langue polynomique apparu à l'origine pour la langue corse[18].
  4. La place du niçois dans le provençal fait aussi débat. L'éducation nationale française considère le niçois indépendamment du provençal[19]. (voir l'article Niçois).
  5. Les parlers de transition avec le ligure (mentonasque, royasque-brigasque) sont aussi l'objet de débats (voir les articles Brigasque, Mentonasque, Royasque).

Hormis le vivaro-alpin et le niçois, le domaine du provençal est en général subdivisé en deux:

Le rhodanien[modifier | modifier le code]

Le provençal rhodanien (lo provençau rodanenc | lou prouvençau dòu Rose): dans l'est du Gard (de Nîmes au Rhône), le Vaucluse (vers Avignon, Orange) et l'ouest des Bouches-du-Rhône (Arles, la Camargue). On peut y distinguer des parlers locaux (le parler du Ventoux et du comtat vers Carpentras; le parler de la vallée du Rhône vers Nîmes, Arles, Avignon, Orange, Bollène; etc).

Le shuadit ou judéo-provençal[modifier | modifier le code]

Les « juifs du Pape », communautés juives d'Avignon et du Comtat Venaissin ont développé un dialecte judéo-provençal particulier, connu sous le nom de shuadit.
Le provençal rhodanien a donc ses particularités : les pluriels sont réduits à -i; le tch et le dj se prononcent respectivement ts et dz; les o toniques ne diphtonguent pas et la conjugaison est dotée de spécificités. Le dernier locuteur connu, l'écrivain Armand Lunel, est décédé en 1977.

Le maritime[modifier | modifier le code]

Le provençal maritime et intérieur (lo provençau centrau | lou prouvençau de la mar e d'enfre-terro): dans l'est des Bouches-du-Rhône (vers Salon, Aix et Marseille), le Var (Toulon…) et l'ouest des Alpes-Maritimes (vers Cannes, Antibes, Grasse et Cagnes-sur-Mer). Il existe des différences locales minimes. Le sud des Alpes-de-Haute-Provence connaît une transition douce entre le provençal maritime et le gavot qui commence à Sisteron et Castellane.
Ainsi, le provençal maritime et intérieur (ou « méditerranéen ») a des règles linguistiques qui lui sont propres : les pluriels se forment en -ei; une chute très marquée de nombreuses consonnes est produite; les o sont souvent diphtongués et la conjugaison possède son lot de spécificités. Par ailleurs, le provençal maritime et intérieur partage beaucoup de traits communs avec le niçois (nissart) qui distinguent ces deux parlers du provençal alpin (gavot). Toutefois le niçois, par ses archaïsmes médiévaux, partage avec le gavot d'autres traits qui ont disparu du provençal maritime moderne.

Pour exemple, traduisons la phrases « Les belles filles jouent tous les jours sur la colline » :

  • en provençal rhodanien, cela donne : « li bèli chatas jògan toti li jorns | Li bèlli chato jogon tóuti li jour dins la colo » (prononciation : li bèli tsatò dzògou'n touti li dzouR di'ng la kòlò).
  • en provençal maritime, cela donne : « lei bèlei filhas jògan totei lei jorns dins la còla | Lei bèllei fiho juegon tòutei lei jou dins la couelo » (prononciation : léy bèléy fiyò djüègou'n toutéy léy djou di'ng la kwèlò).

Provençal et nissart[modifier | modifier le code]

Le niçois, en niçois nissart ([niˈsaʀt]) se parle dans le Pays Niçois et à Monaco (aux côtés du monégasque). L'appellation nissart recouvre en fait deux réalités :

  • une réalité linguistique : le dialecte parlé à Nice et dans quelques communes environnantes, rattaché au provençal mais avec des traits particuliers bien identifiés ;
  • une perception géographique et sociolinguistique : les différentes variétés de provençal et de vivaro-alpin parlées dans l'ancien comté de Nice.

Gavot, provençal alpin, vivaro-alpin…[modifier | modifier le code]

Les populations concernées ignorent le nom savant « vivaro-alpin » et considèrent en général leurs parlers comme du provençal alpin, aussi appelé « gavot » ou, comme dans beaucoup de zones rurales occitanes « patois ». Le gavot est un dialecte spécifique du provençal par ses traits nord-occitans (cha au lieu de ca, ja au lieu de ga,… ) mais aussi extrêmement conservateurs (maintien de la consonne finale de l'infinitif, maintien du -a final sans amuïssement,… ). En effet, l'attachement au provençal est plus culturel que linguistique (contrairement au Niçard, bien plus proche linguistiquement du provençal, notamment maritime, mais culturellement distinct), même si les échanges intenses entre Haute et basse Provence ont produit de nombreuses influences mutuelles, décrites en particulier par Victor Gélu qui ont encore rapproché ces deux variétés de provençal.

Traits distinctifs du provençal[modifier | modifier le code]

La plupart des caractéristiques linguistiques dont la somme est spécifique du provençal par rapport aux dialectes occitans voisins, apparaissent vraisemblablement dès le Moyen Âge et se confirment à partir du XVIe siècle :

  • vocalisation des -l finaux en [w] : « soulèu/soleu » pour « soleil » alors que le latin populaire soliculus s'est souvent transformé en conservant le « l » final comme en français et en languedocien / « sau/sau » pour « sel » (comme en gascon)
  • diphtongaison des ò toniques dans une grande partie du domaine (généralisée contrairement au gascon et au languedocien où ce phénomène est localisé)[20]
  • maintien de la distinction entre /v/ et /b/, la plupart des autres dialectes de la langue d'oc opérant une confusion (voir bêtacisme) entre les deux phonèmes.
  • maintien de la prononciation des /n/ finaux, avec nasalisation partielle de la voyelle antérieure, le phonème n'étant maintenu qu'un relativement petit nombre de termes dans les autres dialectes : pichon > [piˈt͡ʃũᵑ] contre [piˈt͡ʃu] en occitan moyen.

En provençal, la plupart des consonnes finales étymologiques et morphologiques ne sont pas articulées. C'est notamment des marques grammaticales comme les -s du pluriel des noms et des adjectifs, qui disparaissent ou sont remplacées par des -(e)i contrairement au reste de l'occitan (exemple : « lei bèlei filhas / l(e)i bèll(e)i fiho », le -s final étant amuï)[21].

Entre reconnaissance et substitution[modifier | modifier le code]

Panneau de rue rénové à Mons, Var

L'usage du provençal est vécu par une partie des Provençaux comme un élément de leur héritage patrimonial ; il jouit d’un certain soutien de la population et des collectivités locales et bénéficie d’un net regain dans la vie publique depuis quelques décennies (publicités, signalisation routière, festivals, théâtre, édifices…). Cependant, cette reconnaissance reste symbolique et n'a jamais été accompagnée de mesures susceptibles de développer le provençal de manière efficace. Le recul de l'usage du provençal est ancien. Il a cédé depuis longtemps les fonctions courantes de communication au français (diglossie limitée).

Le provençal est reconnu « sérieusement en danger »[22] par l’Atlas des langues en péril édité par l’UNESCO[23]. Les raisons de son déclin sont complexes. Pour la partie provençale qui a été rattachée à la France en 1483, on accuse souvent l'action centralisatrice des rois de France qui a écarté le provençal des actes juridiques (progression du français dans les élites sociales dès le XVe siècle, puis Ordonnance de Villers-Cotterêts du 10 août 1539 instituant le français comme la langue des documents administratifs). Cela n'est pas possible pour le pays niçois, le Comtat Venaissin ou Avignon qui n'étaient pas français alors. Au XIXe siècle, l'école royale, impériale puis républicaine n'a jamais donné au provençal un statut spécifique dans l'enseignement. Le provençal a été marginalisé dans les médias importants.

Si des mouvements provençaux (comme le Collectif Prouvenço et l'Union Provençale) demandent une reconnaissance officielle du provençal comme une langue d'oc à part entière, l'appartenance du provençal à un ensemble plus vaste, occitan ou langue d'oc est revendiquée par le Félibrige et les occitanistes.

En 2003, à la suite de l'action des uns et des autres, le Conseil régional de PACA a émis successivement deux vœux:

  • le 17 octobre : « La langue provençale et la langue niçoise sont les langues régionales de la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur »[24]
  • le 5 décembre : « Le Conseil Régional de Provence-Alpes-Côtes d’Azur affirme solennellement que la langue occitane ou langue d’Oc est la langue régionale de la région Provence-Alpes-Côtes d’Azur : le provençal rhodanien, le provençal maritime, le niçard et l’alpin sont les formes régionales de la langue occitane ou langue d’Oc en Provence-Alpes-Côtes d’Azur ; que toutes les variétés de la langue occitane ou langue d’Oc sont d’égale valeur et appartiennent au même domaine linguistique ; que chacune de ses variétés est l’expression de la langue occitane ou langue d’Oc sur son aire géographique ; que la pleine dignité donnée ainsi à chaque variété de la langue occitane ou langue d’Oc atteste qu’il n’y a aucune hiérarchie entre ces variétés. s’engage : à développer son soutien à la préservation de ces variétés et à la promotion de la langue occitane ou langue d’Oc ; à contribuer, au côté de l’État, à la généralisation de l’offre d’enseignement de la langue occitane ou langue d’Oc en Région Provence-Alpes-Côtes d’Azur. Sollicite Monsieur le premier Ministre pour qu’il intervienne auprès de ministres, directions de l’État concernés pour que la langue occitane ou langue d’Oc soit reconnue officiellement comme patrimoine commun de tous les citoyens français sans distinction et d’aider à son développement en ratifiant la Charte européenne des langues minoritaires. »[25]

Codification, standardisation, graphies[modifier | modifier le code]

Nom de rue en provençal maritime et en graphie mistralienne
Idem avec diphtongue : dóu

Le provençal connaît deux systèmes d'écriture concurrents qui diffèrent par l'orthographe et, parfois, par les formes orales qu'ils induisent. Pour cette raison, on parle souvent de deux différentes graphies même s'il serait plus exact de parler de normes (incluant chacune une orthographe et des formes orales).

  • La norme mistralienne s'appuie sur une orthographe dite phonétique qui prétend limiter les distorsions entre l'écrit et l'oral. Elle a été initialement mise au point par Joseph Roumanille et promue par Frédéric Mistral dans les années 1850. Elle a été utilisée par le Félibrige dès sa fondation en 1854 (mentionnée dans ses statuts de 1911), ainsi que par des mouvements plus récents comme Parlaren. Elle est utilisée par une grande partie des écrivains, des chanteurs, des enseignants, des institutions locales (affichage public, etc.). Depuis 2006, un Consèu de l'Escri Mistralen (Conseil de l'écrit mistralien), suscité par le Félibrige mais indépendant de ce dernier, a pour tâche de compléter l'œuvre lexicographique de Mistral[26],[27]. Il est animé par Bernard Giély, le directeur de Prouvènço aro. On assimile souvent la norme mistralienne à une transcription du rhodanien mais les travaux de Pierre Vouland[28] ont montré de nombreuses différences morphophonologiques entre le rhodanien parlé et le provençal écrit.

Il existe des controverses complexes entre les partisans des deux normes. L'utilisation d'une graphie particulière n'est pas toujours l'indice d'une prise de position dans le débat sur la reconnaissance de la langue provençale ou du provençal comme dialecte occitan. Malgré ces oppositions, il y a aussi des actions unitaires.

Pour chacune des deux normes, il existe, d'une part, des attitudes favorables à la stabilité de la norme et, d'autre part, des attitudes qui encouragent un usage flottant, localiste et/ou individualiste (en rupture avec la norme). On trouve aussi des partisans de la standardisation (standards régionaux) et des partisans d'une polynomie à la corse.

Comparaisons entre les différentes normes[modifier | modifier le code]

Orthographe identique, forme orale identique[modifier | modifier le code]

français En graphie mistralienne En graphie classique Prononciation (API)
ciel cèu cèu [ˈsɛw]
grand grand grand [ˈgʀaⁿ]

Orthographes différentes, forme orale identique[modifier | modifier le code]

français En graphie mistralienne En graphie classique Prononciation (API)
avril abriéu [aˈbʀijew] abriu [aˈbʀiw, aˈbʀjew]
boire béure beure [ˈbewɾe]
eau aigo aiga [ˈajgɔ]
femme femo, fremo femna, frema [ˈfeⁿnɔ, ˈfemɔ, ˈfɾemɔ ]
feu fiò / fue fuòc / fuec [ˈfjɔ] [ˈfɥe]
honneur ounour onor [uˈnu]
hommes (pl.) ome òmes [ɔme]
jour jour jorn [ˈdʒuʀ, ˈdzuʀ]
ligne ligno linha [ˈliɲɔ]
manger manja manjar [maⁿˈdʒa]
Mireille Mirèio Mirèlha [miˈrɛjɔ]
Nice Niço (Niça, Nissa) Niça [ˈnisɔ (ˈnisa)]
occitan óucitan occitan [u(w)siˈtaⁿ]
Occitanie Óucitanìo Occitània [u(w)sitaˈniɔ]
petit pichoun pichon [piˈtʃuⁿ]
Provence Prouvènço Provença [pʀuˈvɛⁿsɔ]
provençal prouvençau provençau [pʀuveⁿsˈaw]
terre terro tèrra [ˈtɛʀɔ]
taille taio talha [ˈtajɔ]

Orthographes différentes, formes orales différentes[modifier | modifier le code]

français En graphie mistralienne, prononciation (API) En graphie graphie classique, prononciation (API)
août avoust [aˈvus] avost [aˈvus] ou aost[30] [aˈus]
janvier janvié [dʒaⁿˈvie] genier [dʒeˈnje]
juillet juliet [dʒyˈlje] julhet [dʒyˈje]
machine machino (francisme) [maˈtʃinɔ] maquina [maˈkinɔ]
particulier particulié (francisme) [paʀtikyˈlje] particular [paʀtikyˈlaʀ]
service service (francisme) [seʀˈvise] servici [seʀˈvisi]
téléphone telefone (francisme) [teleˈfɔne] telefòn [teleˈfɔⁿ]

Noms de lieux[modifier | modifier le code]

français provençal (graphie mistralienne) provençal (graphie classique)
Aigues-Mortes Aigo-Morto Aigas Mòrtas
Aix (z-)Ais (z-)Ais
Antibes Antibo Antíbol
Arles Arle Arle
Apt Ate Ate
Aubagne Aubagno Aubanha
Avignon Avignoun Avinhon
Barcelonnette Barcilouno, Barcilouneto Barcilona, Barciloneta
Briançon Briançoun Briançon
Brignoles Brignolo Brinhòla
Cannes Cano Canas
Cavaillon Cavaioun Cavalhon
Digne Digno Dinha
Draguignan[31] Draguignan Draguinhan
Eguilles Aguio Aguilha
Forcalquier Fourcauquié Forncauquier
Fréjus Frèju Frejús
Grasse Grasso Grassa
Hyères Iero Ieras
La Ciotat La Ciéutat, La Cióutat La Ciutat
Manosque Manosco Manòsca
Marseille Marsiho Marselha
Martigues Lou Martegue Lo Martegue
Menton Mentoun, Mentan Menton
Montélimar Mounteleimar Montelaimar
Montfavet Mountfavet Montfavet
Mougins Mougin Mogins
Nice Niço (pr. locale [ˈnisa]) Niça
Nîmes Nime Nimes
Ollioules Ouliéulo Oliulas
Orange Aurenjo (pr. locale [awˈreⁿdʒa]) Aurenja
Saint-Rémy Sant-Roumié Sant Romieg
Saint-Tropez Sant-Troupés Sant Tropetz
Salon-de-Provence Seloun Selon
Sisteron Sisteroun Sisteron
Toulon Touloun Tolon
Valence Valènço Valença

Expressions[modifier | modifier le code]

Voici quelques expressions usuelles (graphie mistralienne/graphie classique):

  • Bono annado, bèn granado e bèn acoumpagnado / Bòna annada, ben granada e ben acompanhada. En français : bonne année, bien prospère, et bien accompagnée (de santé).
  • Se fai pas lou civié avans d'avé la lèbre. / Se fai pas lo civier avans d'aver la lèbre. En français, littéralement : On ne fait pas le civet avant d'avoir le lièvre. Soit l'équivalent du proverbe français : il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué (Jean de La Fontaine, livre 5, fable 20 L'ours et les 2 compagnons).

Mots français d'origine provençale[modifier | modifier le code]

De nombreux mots d'origines provençales ont migré vers le français. Il est souvent difficile de savoir précisément quels sont ces termes car les philologues et leurs dictionnaires étymologiques emploient souvent le terme de provençal, en lui donnant le sens de langue d'oc, pour qualifier l'origine d'un mot. Le contact intense entre le provençal et le français (répandu en Provence entre 1880 et 1950) a produit un français particulier à la Provence, très célèbre (film de Pagnol par exemple) et parfois stéréotypé, de sa prononcitation (l'accent provençal et marseillais) à son vocabulaire, sa grammaire et ses modalités d'interactions[32].

Quelques exemples :

  • balade et ballade : balado/balada (danse)
  • s'esclafer : esclafa/esclafar (éclater)
  • mascotte : mascoto/mascòta (sortilège)

Dans le domaine maritime :

  • cale : cala/calar (abaisser les voiles)
  • supion : supioun/sepion (petite seiche)
  • murène : mureno/morena (la murène est un des poissons utilisés pour la bouillabaisse)

Les mots ayant une relation à la nourriture:

  • anchoiade : anchouiado/anchoiada
  • bouillabaisse :bouiabaisso/bolhabaissa
  • tian (terrine qui a donné son nom au plat de légumes passés au four) : tian

Le domaine de la faune et de la flore méditerranéenne :

  • garrigue : garrigo/garriga (végétation sur sol calcaire)
  • dorade : daurado/daurada

De nombreuses expressions :

  • qu'es acò (à l'orthographe fluctuante par méconnaissance de son origine exemple: kézaco) : qu'es acò ?/qu'es aquò ? (qu'est-ce que c'est ?)

Les sens de provençal, langue d'oc et d'occitan[modifier | modifier le code]

Entrée prouvençau dans le trésor du Félibrige

Le sens du mot provençal est contingent à la période historique dans laquelle il est employé. Selon le contexte ou l'époque, il signifie langue d'oc ou l'idiome parlé en Provence. Ainsi, dans le premier cas l'auvergnat ou le limousin sont du provençal mais pas dans le second.

Le terme proensales est utilisé au XIIIe siècle par les écrivains italiens désignant la langue parlé dans la moité sud de la France, faisant référence aux provinciæ romana de l'Empire romain qui désignait la Gaule méridionale. D'autres appellations sont employées ensuite, le limousin par les catalans, la langue d'oc par Dante, le catalan par les savants du XVIIe siècle, ou celle très peu usitée de mondin inventée à Toulouse[33].

Au XIXe siècle les romanistes à la suite de Raynouard et jusqu'à Anglade, reprennent le terme provençal par généralisation pour, à la fois désigner l'occitan des troubadours en tant qu'« ancien provençal », et l'occitan moderne dans son ensemble. Mais ce terme introduisait une ambigüité avec le parler de la Provence, l'occitan troubadouresque étant apparu dans les régions nord-occitanes et non en Provence, ayant des analogies avec le languedocien ou le limousin.

Entrée oucitan dans le trésor du Félibrige

Lorsque Frédéric Mistral publie Lou Tresor dóu Felibrige, dictionnaire de la langue d'oc moderne en deux volumes, il comprend le terme provençal comme une acception du terme langue d'oc ; en sous-titre du dictionnaire, il précise : Dictionnaire provençal-français, embrassant les divers dialectes de la langue d'oc moderne, soit, comme il est mentionné dans la note 1, tous les mots usités dans le Midi de la France. Il y écrit qu'óucitan (qu'il traduit par occitain ou occitanien) est synonyme de «languedocien» ou de «méridional» et renvoie à «langue d'oc»[34].

Actuellement, l'usage chez les linguistes est d'utiliser le mot provençal spécifiquement pour la variante parlée en Provence et la formule langue d'oc ou occitan pour parler de la langue dans son ensemble.

Corpus[modifier | modifier le code]

  • Trésor de la langue d'Oc L'association Ciel d'Oc, a numérisé de nombreuses œuvres littéraires ainsi que des périodiques en langue d'oc, surtout en provençal, et les a mis à disposition avec la collaboration de l'Université de Provence.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Si l'on considère le vivaro-alpin comme un sous-dialecte provençal
  2. « Il existe aussi une variante d'occitan monégasque autochtone (quartier du Port à la Condamine et de Saint Roman) - dite patois - qui est appelée moneguier. » (René Anfosso, locuteur de moneguier, p. 51 in Laurenç Revest, Nissa e Occitània per Garibaldi. Anthologie garibaldienne d'Oc, Éd. Serre, Nice, 212 pp.)
  3. Enquête sur les langues régionales lors du recensement de 1999. Plus que 100 000 locuteurs de provençal ?
  4. a, b, c et d code générique
  5. Jean-Marie Klinkenberg, Des langues romanes. Introduction aux études de linguistique romane, De Boeck, 2e édition, 1999,
  6. La langue se divise en trois grandes aires dialectales : le nord-occitan (limousin, auvergnat, vivaro-alpin), l'occitan moyen, qui est le plus proche de la langue médiévale (languedocien et provençal au sens restreint), et le gascon (à l'ouest de la Garonne). in Encyclopédie Larousse
  7. On distingue plusieurs aires dialectales au sein même de l’occitan. […] À l’est du gascon et au sud du nord-occitan, une troisième aire, l’occitan moyen, comprend le languedocien, le provençal et le niçard (Nice). Le provençal se particularise notamment par des traits grammaticaux résultant de la disparition des consonnes finales. in Encarta
  8. Il s'appuie sur la thèse de Philippe Blanchet, Le provençal, essai de description sociolinguistique différentielle, Peeters, 1992, qui compile un certain nombre de théories sociolinguistiques mettant en avant « la conscience linguistique et les usages effectifs des locuteurs et des institutions », tout en en rejetant d'autres (comme la notion de diglossie)
  9. Ph. Blanchet, op.cit. Stephen Wurms, dans l'Atlas des langues en péril dans le monde, UNESCO, 1996 et sa réédition en ligne, 2009, ne distingue pas le provençal de l'occitan mais de l'ensemble des dialectes d'oc : auvergnat, gascon, languedocien, limousin et vivaro-alpin.
  10. Dictionnaire d'Honnorat en ligne
  11. Le Trésor du Félibrige en ligne
  12. Jules Ronjat, Mâcon, 1913 Essai de syntaxe des parlers provençaux modernes en ligne
  13. Jules Ronjat, Montpellier, Société des Langues Romanes, 1930-41. Dans sa grammaire J. Ronjat définit aussi, au tome IV, le provençal comme dialecte (A, dans sa nomenclature).
  14. Limite de la langue dans Le provençal. Essai de description..., op. cit.
  15. Frontières historiques et culturelles dans Philippe Blanchet, Zou boulegan ! Expressions familières de Marseille et de Provence En ligne : http://books.google.com/books?id=QFqbSsWENWIC&source=gbs_navlinks_s
  16. Pierre Bec, Manuel pratique d'occitan moderne, Picard, 1983
  17. Robert Lafont, L'ortografia occitana. Lo provençau, Montpellier, CEO, 1972
  18. Philippe Blanchet, Le provençal: essai de description sociolinguistique et différentielle, Peeters, Louvain-la-Neuve, 1992
  19. Dans les programmes de langue régionale et aussi par exemple à l'Université de Nice
  20. aranais ues pour òs, rouergat /pouorto/ pour /porto/
  21. Le languedocien ne note pas la vocalisation du -s du pluriel en /j/ pourtant fréquente : « lai beloi filjos ». L'aranais note les pluriels en -i : « es aranesi ».
  22. « http://www.unesco.org/culture/ich/index.php?pg=00206 » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?)
  23. UNESCO, Atlas des langues en péril dans le monde, p. 29. La partie européenne de cet atlas, réalisée par le linguiste finlandais Talpani Salminen, spécialiste du finno-ougrien, individualise les différents dialectes de la langue d'oc. L'UNESCO, dans d'autres publications, et le Summer Institute of Linguistics, dans la norme ISO 639-3, rendent compte parallèlement d'une unité de la langue d'oc dans sa diversité.
  24. mention sur le site Prouvènço presso
  25. texte sur le site de l'IEO Provence
  26. Annonce dans Prouvènço d'aro
  27. Page sur le site du Félibrige
  28. Pierre Vouland, Du provençal rhodanien parlé à l'écrit mistralien, précis d'analyse structurale et comparée, Aix-en-Provence, Edisud, 2005, 206 pages.
  29. MARTIN Guy, & MOULIN Bernard (2007) Grammaire provençale et atlas linguistique, Aix-en-Provence: Comitat Sestian d’Estudis Occitans / Centre Regionau d’Estudis Occitans-Provença / Edisud [1re éd. 1998].
  30. Elie Lebre, Guy Martin, Bernard Moulin, Dictionnaire de base français-provençal, CREO-IEO-Provença, 2004, page 10
  31. Pour l'origine étymologique provençale de noms de rues de cette ville, consulter Liste des rues de Draguignan.
  32. Philippe Blanchet, Le parler de Marseille et de Provence, dictionnaire du français régional, Éditions Bonneton, Paris, 2004 (version revue et corrigée du Dictionnaire du français régional de Provence, Paris, Bonneton, 1991) et Zou boulégan ! Expressions familières de Marseille et de Provence, Paris, Bonneton, 2000
  33. Pierre Bec, La langue occitane p. 63-64
  34. Lou Tresor dóu Felibrige p. 431 du volume 2

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages généraux sur le provençal[modifier | modifier le code]

  • BLANCHET Philippe, Le provençal, essai de description sociolinguistique et différentielle, Institut de Linguistique de Louvain, Louvain, Peeters., 1992
  • BLANCHET Philippe, Langues, cultures et identités régionales en Provence. La Métaphore de l’aïoli, Paris, L'Harmattan, 2002.
  • DALBERA Jean-Philippe, Les parlers des Alpes Maritimes: étude comparative, essai de reconstruction [thèse], Toulouse: Université de Toulouse 2, 1984, édité en 1994, Londres, Association Internationale d’Études Occitanes.
  • LAFONT Robert, Phonétique et graphie du provençal: essai d’adaptation de la réforme linguistique occitane aux parlers de Provence, Toulouse: Institut d’Études Occitanes, 1951 [rééd. 1960]
  • LAFONT Robèrt, L’ortografia occitana, lo provençau, Montpellier: Universitat de Montpelhièr III-Centre d’Estudis Occitans, 1972.
  • RONJAT Jules (Jùli), L’ourtougràfi prouvençalo, Avignon: Vivo Prouvènço!, 1908.
  • VOULAND Pierre, Du provençal rhodanien parlé à l'écrit mistralien, précis d'analyse structurale et comparée, Aix-en-Provence, Edisud, 2005, 206 pages.

Ouvrages lexicographiques sur le provençal[modifier | modifier le code]

Général :

  • LÈBRE Élie, & MARTIN Guy, & MOULIN Bernard, Dictionnaire de base français-provençal / Diccionari de basa francés-provençau, Aix-en-Provence: CREO Provença / Edisud, 2004 (1re éd. 1992)
  • FETTUCIARI Jòrgi, & MARTIN Guiu, & PIETRI Jaume, Dictionnaire provençal-français / Diccionari provençau-francés, Aix-en-Provence: Edisud / L’Escomessa / CREO Provença, 2003.
  • MISTRAL Frédéric (1879-1886) Lou Tresor dóu Felibrige: Dictionnaire provençal-français, Aix en Provence: Remondet-Aubin [rééd. 1932, Paris: Delagrave] [rééd. 1968, Aix en Provence: Edicioun Ramoun Berenguié] [rééd. 1979, Aix en Provence: Edisud, 2 vol.]

Maritime :

  • BLANCHET Philippe, Dictionnaire fondamental français-provençal. (Variété côtière et intérieure), Paris, éditions Gisserot-éducation, 2002. Présentation et aperça partiel

Niçois :

  • CALVINO Jean-Baptiste, 'Nouveau dictionnaire niçois-français, Nice: Imprimerie des Alpes Maritimes, 1905 [rééd. 1993 sous le titre: Dictionnaire niçois-français, français-niçois, Nîmes: Lacour]
  • CASTELLANA Georges, Dictionnaire niçois-français, 1947 [rééd. 2001, Nice: Serre]
  • CASTELLANA Georges, Dictionnaire français-niçois, 1952 [rééd. 2001, Nice: Serre]

Rhodanien :

  • COUPIER Jules, (collab. Philippe Blanchet) Dictionnaire français-provençal / Diciounàri francés-prouvençau, Aix en Provence: Association Dictionnaire Français-Provençal / Edisud, 1995.

Grammaires / manuels[modifier | modifier le code]

  • Alain Barthélémy-Vigouroux & Guy Martin, Manuel pratique de provençal contemporain, Aix-en-Provence, Édisud, 2000
  • Virgine Bigonnet, Simon Calamel et Philippe Blanchet, Le Provençal de poche, Chennevières/Marne, Assimil, 2005
  • Philippe Blanchet, Parlons provençal !, langue et culture, Paris, l'Harmattan, 1999, 156 p.
  • Philippe Blanchet, Parle-moi provençal, méthode d’auto-apprentissage du provençal, Chennevières, Assimil, 2010, 230 p. + 2 CD.
  • Philippe Blanchet, Le provençal pour les nuls, Paris, First éditions, 2011, 213 p.
  • Philippe Blanchet & Médéric Gasquet-Cyrus, Le Marseillais de poche, Chennevières/Marne, Assimil, 2004
  • André Compan, Grammaire niçoise, 1965, [rééd. 1981, Nice: Serre]
  • Guy Martin et Bernard Moulin, Grammaire provençale et atlas linguistique, Aix-en-Provence, Comitat Sestian d'Estudis Occitans / C.R.E.O Provença / Édisud,‎ 2007, 2e éd. (1re éd. 1998), 193 p. (ISBN 978-2-9530712-1-4)
  • Jules (Jùli) Ronjat, Grammaire istorique [sic] des parlers provençaux modernes, 4 vol., 1930-1941 [rééd. 1980, Marseille: Laffitte Reprints, 2 vol.]
  • Reinat Toscano, Gramàtica niçarda, sl.: Princi Néguer, 1998

Ouvrages sur le provençal et sa place dans les langues romanes[modifier | modifier le code]

  • BEC Pierre, La langue occitane, coll. « Que sais-je ? », no 1059, Paris, Presses Universitaires de France, 1995 (1re édition 1963)
  • CAMPROUX Charles, Les Langues romanes, Paris, Presses universitaires de France, 1974, 126 pages.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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