Île de la Barthelasse

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Île de la Barthelasse
Vue depuis l'île de la Barthelasse de la ville d'Avignon
Vue depuis l'île de la Barthelasse de la ville d'Avignon
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Localisation île du Rhône
Coordonnées 43° 58′ N 4° 50′ E / 43.97, 4.83 ()43° 58′ N 4° 50′ E / 43.97, 4.83 ()  
Superficie 7 km2
Point culminant 18 m
Géologie terrain alluvionaire
Administration
Région Provence-Alpes-Côte d'Azur
Département Vaucluse
Commune Avignon
Démographie
Population 934 hab. (1990)
Densité 133,43 hab./km2
Plus grande ville Avignon
Autres informations
Fuseau horaire Paris

Géolocalisation sur la carte : communauté d'agglomération du Grand Avignon

(Voir situation sur carte : communauté d'agglomération du Grand Avignon)
Île de la Barthelasse
Île de la Barthelasse
Avignon

L'île de la Barthelasse est une île du Rhône située entre Avignon (dont elle est séparée par le « petit Rhône », ou « bras mort ») et Villeneuve-lès-Avignon (le « grand Rhône » ou « bras vif »). Elle est intégrée en partie au territoire communal d'Avignon et au canton d'Avignon-Ouest depuis sa cession dans les années 1850 par sa voisine Villeneuve.

Sa surface est d'environ 700 hectares, dont 400 cultivables, ce qui en fait l'une des plus grandes îles fluviales d'Europe[1].

Accès[modifier | modifier le code]

Autrefois[modifier | modifier le code]

Le plus ancien pont, au nord des ponts actuels, est le pont Saint-Bénézet dont la construction commença en 1177 pour se terminer en 1185, bien avant la mise en culture des îlots qui formeront l'île de la Barthelasse. Il enjambait alors l'espace occupé maintenant par les deux bras du Rhône et l'île de la Barthelasse, sur environ 900 mètres (de 915 à 920 mètres selon les sources) pour 4 mètres de large et comportait 22 arches dont 19 sur le Rhône. De ces 22 arches, il n’en reste que 4 !

Ce pont, servant de poste frontière entre l'état pontifical et le territoire de France, était l'un des seuls pour traverser le Rhône sur des kilomètres en amont et en aval, un bon moyen de collecter des taxes sous la forme d'un péage ou d'une aumône à saint Bénezet. Il a même été durant tout une période l'unique pont entre la ville de Lyon et la mer, ce qui en faisait alors un point de passage obligatoire pour de nombreux marchands, voyageurs, etc[2].

Avant ce pont, on traversait ici le Rhône en barque. La plus grande partie du pont était la propriété du roi qui l'entretenait peu. Suite à de fortes crues du Rhône, une arche s'effondre en 1603, puis trois autres en 1605. Une carte d'Avignon de 1618 montre l'île et le pont Saint-Bénézet qui la traverse. Les quatre arches sont effondrées[3]. Elles furent rebâties vers 1628. En 1633, juste après la réouverture du pont, deux nouvelles arches s'effondrent. En 1669, une nouvelle crue du Rhône emporta plusieurs autres arches pour ne laisser pratiquement que celles qu'on lui connaît de nos jours[2]. La carte de 1721 indique qu'il n'y a plus que deux arches intactes sur l'île[4].

De nos jours[modifier | modifier le code]

D'Avignon, deux autres ponts sur le Rhône, le pont Édouard Daladier — qui devient le pont du Royaume à l'approche de Villeneuve-lès-Avignon — et le pont de l’Europe permettent aux véhicules de rejoindre les rives de Villeneuve-lès-Avignon. Les deux passent sur l'île de la Barthelasse[2].

Depuis l'autre rive, un pont permet de rejoindre, depuis la commune de Villeneuve-lès-Avignon, le nord-ouest de l'île par la route départementale (Gard) 780 et rejoignant la route départementale (Vaucluse) 228.

Enfin, un dernier pont, au nord de l'île, permet de traverser vers la commune de Sorgues.(ce pont n'existe pas)

Histoire et origine[modifier | modifier le code]

Plan d'Avignon et ses iles du Rhône en 1572

En 1447, Jean Richard (d'Avignon) dit « Barthelucius », établit un bail emphytéotique pour l'utilisation des îles, y sema du blé et fit rapidement fortune. À partir de 1495, son nom commença à être utilisé pour désigner l'île et en 1531, un texte cite « l'île dite de la Barthelasse ». L'île n'était à l'origine qu'un chapelet d'îlots, qui à force de cultures, digues et dépôts finirent par se souder. Mais à la fin du XVIIIe siècle, un plan montre encore deux îles séparées par un bras d'eau. Ce qui permettait de rejoindre directement en barque le port d'Avignon et celui de Villeneuve[5]. La formation actuelle de l'île est due à la réunion des îles de Chartreux et d'Argenton[4].

Au XIXe siècle, l'île est stabilisée par la construction de digues. Ce fut en 1973, que le bac à traille qui permettait la traversée du Rhône entre Avignon et la Barthelasse fut mis hors service[1].

Inondations[modifier | modifier le code]

De par son emplacement insulaire dans le lit du Rhône, le territoire de la Barthelasse, et du chapelet d'îles qui l'ont précédé, est particulièrement inondable. Parmi ces inondations, on peut noter celles dont on garde encore des traces. La plus ancienne répertoriée a eu lieu en 1226. Celle de l'an 1433, fut considérée comme la plus affreuse inondation. Par la suite, c'est le 23 septembre 1471, en début de matinée, que le Rhône entra en crue. Cette inondation fut qualifiée dans les textes AD MEMORIAM AETERNAM.

Suivent celles de 1530, 22 février 1540, 29 novembre 1542 et 12 décembre 1543. En 1548, une très grosse inondation, suivie par une crue du Rhône le samedi 2 décembre 1570, en fin de matinée.

Le XVIIe siècle semble plus calme avec seulement deux crues, celle du 24 avril 1622 et de novembre 1679.

Le 30 novembre 1755, la crue ravage toute l'île et est comparée en intensité à celle de 1433.

L'accalmie dure jusqu'au milieu du XIXe siècle qui va comptabiliser les inondations du 4 novembre 1840 et du 31 mai 1856.

En 2001, en 2002, du 15 au 20, puis du 24 au 29 novembre, puis en 2003, les crues sont importantes.

Certaines sont restées mémorables à l'exemple de celle de 1755. Un chroniqueur rapporte : « Les grangiers de la Bartalasse ont passé des nuits entières sur les toits, souffrant la pluie, la faim, la soif & toutes les horreurs d'une mort prochaine. Plusieurs ont péri sous les ruines des bátiments, & ceux qui ont sauvé leur vie ne s'estiment guère plus heureux, puisqu'en survivant à leurs voisins, ils ont perdu tous leurs biens & toutes les choses nécessaires à la vie. Plus de bêtes de laine, plus de récolte à espérer. Les digues ayant toutes été renversées, les champs ne présentent plus à la vue que des ravins & des couches de sable de plusieurs pieds d'épaisseur, qui tariront pour longtemps la fertilité des fonds. Tous les mûriers sont arrachés ou couchés sur le côté. Beaucoup d'autres arbres de haute futaie ont essuyé le même sort. En un mot, cette grande île, autrefois si riante, n'est plus reconnoissable »[6].

Un plan de rehaussement des digues sur les rives de la Barthelasse est vivement controversé, car il impliquerait la destruction d'un habitat sauvage, l'abattage de nombreux arbres et la suppression d'un espace de promenade et de détente pour les habitants de l'agglomération d'Avignon, notamment sur le "chemin de halage" de la rive orientale, face à la voie rapide donnant accès à la ville. Il permettrait en revanche la mise en sauvegarde des terres agricoles contre les crues vingtennalles et des zones d'habitations contre les crues décennales

Faune et flore[modifier | modifier le code]

Castor européen, dit castor fiber
Pêche à l'alose sur les rives de la Barthelasse par William Marlow (1740-1813)

L'île de la Barthelasse, la plus grande du Rhône, accueille des oiseaux nicheurs : éperviers, milans noirs, busards cendrés et poules d’eau. Sa ripisylve (peupliers blancs et noirs, saules, ormeaux et aulnes) est le lieu privilégié des fauvettes, grives et des hérons. Sur les lônes cohabitent différentes espèces telle que le héron cendré, le héron pourpré, le canard colvert, le canard plongeur, le cormoran et le balbuzard pêcheur. On y rencontre des lapins de Floride, introduits par les chasseurs, et des ragondins, échappés d'un élevage. Durant la période hivernale, les bras morts sont le refuge aux canards, grèbes, cormorans, mouettes et goélands. Les mammifères sont également très nombreux : hérissons, taupes, musaraignes, putois, renards, blaireaux, fouines, belettes, écureuils, loirs, campagnols et castors[7].

Le castor, qui avait failli disparaître à la fin du XIXe siècle, vit sa chasse interdite à partir de 1906. Son dernier noyau se trouvait dans la basse vallée du Rhône, entre Arles et Pont-Saint-Esprit avec au centre la Barthelasse. L'espèce protégée recolonisa petit à petit le fleuve et ses affluents[8]. Les deux seules contraintes à son expansion sont l'absence de sa nourriture de prédilection, les feuilles et les écorces de saules et de peupliers, ainsi qu'une pente supérieure à 1 % sur le cours d'eau. Depuis, le castor se trouve maintenant en colonies importantes jusqu'à la confluence du Rhône avec la Galaure et commence à remonter vers la Varèze[9].

Économie[modifier | modifier le code]

  • Distillerie artisanale Manguin, spécialisée dans l'eau-de-vie de poire williams.

Agriculture[modifier | modifier le code]

Beaucoup de plantations d'arbres fruitiers (poires Jules Guyot, pommes Pink Lady, etc.).

Fruits de saisons : cerises, pêches, abricots, pommes, poires.

Culture de la tomate.

Tourisme[modifier | modifier le code]

Navette fluviale unissant les deux rives du Rhône

Restaurants, camping, club nautique, terrains de paintball.

Marché paysan.

Une navette fluviale permet de traverser d'une rive à l'autre.

Aménagements[modifier | modifier le code]

Promenade : « chemin de halage »

Espace vert public : « parc des Libertés »

À cheval sur les deux départements du Gard (Sauveterre et Villeneuve-lez-Avignon) et du Vaucluse (Avignon), l'île est concernée par le projet de vélo-route national du Léman à la Mer, pour lequel les Départements ont été chargés de sa mise en oeuvre (cf. site ViaRhôna)

Monuments[modifier | modifier le code]

  • Domaine de Bouchony, monument historique (privé), XVIIIe siècle. Éléments protégés MH : jardin, cour, installation hydraulique, communs, grange et noria[10]. À la fin du XVIIIe, une anglaise, la comtesse de Carliste, venue s'installer à Avignon, loua ce domaine pour la belles saison. C'était la « mère du roi d'Irlande de même nom et la sœur de l'amiral Biron », indique Esprit Calvet qui la courtisa assidûment[11].
  • Nombreux mas.
  • Pavillon de chasse des XVIe et XVIIe siècles.

Vie locale[modifier | modifier le code]

Elle compte 934 habitants au recensement de 1990, alors qu'elle n'en avait que 701 en 1982[12].

Triste drame[modifier | modifier le code]

En juillet 2004, Romain Benavent est assassiné sur l'île de la Barthelasse parce qu'il avait refusé de donner une cigarette à son agresseur, Hamadi Ed-Debch. Ce dernier sera condamné à 25 ans de réclusion criminelle pour meurtre[13].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Joseph Girard, Évocation du Vieil Avignon, Les Éditions de Minuit, Paris, 2000, (ISBN 2-7073-1353-X)

Notes et références[modifier | modifier le code]

Références
  1. a et b (fr) Balade à vélo
  2. a, b et c (fr) Page dédiée aux ponts du Rhône à Avignon
  3. Joseph Girard, op. cit., p. 28.
  4. a et b Joseph Girard, op. cit., p. 353.
  5. Joseph Girard, op. cit., p. 347.
  6. Inondation à Avignon en novembre 1755
  7. L'île de la Barthelasse sur le site avignon.fr
  8. Les castors du Rhône
  9. Le castor dans la vallée du Rhône
  10. (fr) Fiche patrimoine d'Avignon
  11. Joseph Girard, op. cit., p. 272.
  12. Chiffres de l'Insee
  13. (fr) « Meurtre de Romain Benavent: le parquet fait appel », Scène de crime