Canche (fleuve)

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la Canche
La Canche à Montreuil-sur-Mer.
La Canche à Montreuil-sur-Mer.
Caractéristiques
Longueur 88 km
Bassin 1 274 km2
Bassin collecteur la Canche
Débit moyen 15,1 m3/s (Étaples (embouchure))
Régime pluvial océanique
Cours
Source au lieu-dit les Pierrettes
· Localisation Gouy-en-Ternois
· Altitude 132 m
· Coordonnées 50° 19′ 35″ N 2° 24′ 04″ E / 50.32639, 2.40111 (Source - la Canche)  
Embouchure la Manche
· Localisation entre Étaples et Le Touquet-Paris-Plage
· Altitude 0 m
· Coordonnées 50° 32′ 38″ N 1° 35′ 25″ E / 50.54389, 1.59028 (Embouchure - la Canche)  
Géographie
Principaux affluents
· Rive gauche la Grande Tringue
· Rive droite la Ternoise, la Course, la Créquoise
Pays traversés Drapeau de la France France
Régions traversées Nord-Pas-de-Calais

Sources : SANDRE, Géoportail et Banque Hydro

La Canche est un fleuve côtier français du Pas-de-Calais, long de 88 kilomètres[1]. Bien que la longueur de son cours soit modeste, la Canche bénéficie de l'apport de nombreux affluents et d'un débit élevé. Sa vallée a été le témoignage, depuis le Moyen Âge, de la mise en valeur, par les hommes, d'un milieu humide. Son estuaire, typiquement picard avec son poulier et son musoir, a été transformé, après avoir échappé à l'artificialisation, en milieu protégé, recélant une flore et une faune variées. L'estuaire de la Canche et la Baie de Canche pourraient bientôt faire partie d'un des nouveaux Parcs naturels marins de France (projet de Parc naturel marin des Trois Estuaires (qui inclut en fait 7 estuaires en comptant les estuaires picards, soumis à enquête publique en 2011).

Géographie[modifier | modifier le code]

La Canche au pied des remparts de Montreuil-sur-Mer.

La Canche prend sa source à Gouy-en-Ternois, à l'altitude 132 mètres, près du lieu-dit les Pierrettes[2]. Elle passe à Frévent, Hesdin, Montreuil-sur-Mer. Après un cours remarquablement rectiligne et d'une pente moyenne de 1,5 ‰, à peu près parallèle à celui de l'Authie et au cours supérieur de la Somme, le fleuve se jette dans la Manche entre Étaples et Le Touquet-Paris-Plage[3]. Sa vallée, formant une plaine alluviale de 1 à 2 kilomètres de large, à peine encaissée au pied des longs glacis qui forment son bassin, offre un paysage humide et verdoyant : eaux calmes, marais, prés, petits bois. Dans sa partie aval, la faiblesse de la pente conduit à la formation de vastes méandres.

Son SAGE, en cours d'élaboration, concerne 203 communes, couvre 1 274 km² et a nécessité la constitution d'un syndicat mixte[4]. Ce fleuve a fait l'objet d'un atlas des zones inondables téléchargeable[5] et d'une carte interactive.

Comme les autres fleuves de la région, la Canche suit un synclinal tout au long de son cours : le synclinal de la Canche, orienté Sud-est / Nord-ouest, dont la dissymétrie est responsable de celle de son bassin versant. Le flanc Sud du bassin, court et en pente rapide, n'est parcouru que par de rares vallons de 3 à 4 kilomètres souvent élémentaires (un seul cours d'eau sans affluent)[6]. En revanche, le flanc Nord, en pente douce mais irrégulière, est largement développé surtout dans sa partie amont et porte de longs affluents qui drainent la majeure partie du haut Boulonnais et du haut Artois (Ternoise, Planquette, Course)[7].

Affluents[modifier | modifier le code]

Le château de La Calotterie derrière la Canche

La Canche possède quatorze affluents référencés[1] dont un défluent vers la Ternoise. Les principaux affluents de la Canche (de l'amont vers l'aval) sont:

  • Rive droite
  1. la Ternoise (43 km) à Marconnelle
  2. la Planquette (12 km) à Contes
  3. la Créquoise (15 km) à Beaurainville
  4. le Bras de Brosne (11 km) à Marles-sur-Canche
  5. la Course (24 km) à l'ouest de Montreuil, entre Attin et La Madelaine-sous-Montreuil.
  6. la Dordogne (10 km) à Bréxent-Énocq
  7. l'Huitrepin (8 km) à Tubersent
  • Rive gauche
  1. la Grande Tringue (13 km) à Étaples[8]

Hydrologie[modifier | modifier le code]

La Canche à Montreuil-sur-Mer en été.

Dans le cadre d'un régime pluvial océanique, la Canche bénéficie d'un débit élevé, d'une grande régularité, pour un cours d'eau de cette longueur : environ 12 m³/s à Brimeux, quelques kilomètres en amont de Montreuil-sur-Mer[9], environ 15 m³/s à l'estuaire[6].

À Brimeux, le débit de la Canche, observé sur 46 années (de 1962 à 2007), atteint en moyenne 12,1 m³/s pour un bassin versant de 894 km² (soit guère plus de 70 % de sa superficie totale). Le fleuve présente des variations limitées du module, la période des hautes eaux peut être enregistrée à la fin de l'hiver et au début du printemps avec une moyenne mensuelle de 14,5 m³/s, 14,5 m³/s et 14,1 m³/s atteinte respectivement en février, mars et avril. Les basses eaux interviennent à la fin de l'été et au début de l'automne avec des débits compris entre 9,26 m³/s et 9,72 m³/s de septembre à novembre (le mois de septembre voyant le plus bas module de l'année). Les périodes d'étiage, tout comme les crues sont limitées..

En établissant une comparaison entre le débit et le bassin versant, la Canche présente un module particulièrement abondant ainsi que l'atteste une lame d'eau de 427 mm/an (bien supérieure à celle du bassin de l'Authie de l'ordre de 317 mm et surtout à celui du bassin de la Somme qui atteint seulement 196 mm, la moyenne nationale étant de 320 mm)[10]. Son débit spécifique (ou Qsp) est de 13,5 litres par seconde et par kilomètre carré de bassin (9,5 l/s/km² pour l'ensemble des cours d'eau français, 10 l/s/km² dans le cas du bassin de l'Authie et 6,9 pour celui de la Somme)[11].

Débit moyen mensuel (en m3/s)
Station hydrologique : Brimeux
(Données calculées sur 47 ans)

Histoire: l'aménagement d'un milieu humide[modifier | modifier le code]

La Canche à Frévent au moulin Blondel.

La vallée de la Canche constitue une zone humide occupée depuis longtemps par les hommes qui l'ont exploitée en raison de son caractère productif mais qui l'ont également stigmatisée comme espace malsain, ce qui a amené sa destruction partielle et son artificialisation au nom de l'hygiène.

Un ancien moulin à Montreuil-sur-Mer.

Dès le XIIe siècle, les principales activités des communautés villageoises occupant cet espace sont représentées par l'élevage, la pêche, le fauchage et la culture des roseaux[12]. L'extraction de la tourbe dans les marais de la partie aval du fleuve est attestée au XVIe siècle; la tourbe étant à la fois le principal moyen de chauffage et un engrais très recherché[12]. Les plantations d'aulnes se développent également à la même époque, contribuant au maintien des sols, tout en fournissant du bois de coupe. Rapidement, la sylviculture est associée au drainage, puis est adoptée, au XVIIIe siècle, pour l'enclosure des parcelles destinée à séparer le bétail des cultures et à délimiter des propriétés (la plantation de haies et le creusement de fossés contribuant à un renforcement du phénomène)[12]. Le territoire, jusqu'alors exploité de manière collective dans le cadre des communautés villageoises, se morcèle. Le XVIIIe siècle voit émerger également une nouvelle perception des zones humides considérées comme lieux insalubres, foyers d'épidémies. Les autorités administratives encouragent les actions en faveur d'un assèchement des marais tourbeux par des travaux de drainage et de nouvelles plantations d'arbres, la réduction des zones humides permet l'essor des terres labourées et du maraîchage pour faire face à l'augmentation démographique[12].

Au cours du XIXe siècle, les progrès techniques (remplacement des moulins à eau par des moulins à vapeur), l'amélioration de la pratique du drainage contribuent à la multiplication des assèchements (dans la partie de la vallée en aval d'Hesdin)[12]. Il faut attendre le dernier quart du XXe siècle pour voir les autorités prendre conscience de l'importance des zones humides et chercher à préserver les marais après avoir contribué à leur disparition (classement de l'estuaire de la Canche, acquis dès 1976 par le Conservatoire du littoral, en réserve naturelle nationale depuis 1987[13]).

Environnement: l'estuaire de la Canche[modifier | modifier le code]

L'estuaire de la Canche à Marée Basse.

Ainsi, l'estuaire de la Canche a été le premier site français sur lequel intervînt foncièrement le Conservatoire du littoral en 1976[notes 1]. Cette opération avait pour objectif de mettre en échec un projet de barrage en baie de Canche qui avait vu le jour à la fin des années 1960 et que l'on peut considérer comme la dernière tentative, entreprise par les autorités, d'artificialiser ce milieu. La construction de cet ouvrage (associée d'ailleurs à la mise en place d'un port de plaisance et d'une marina), qui intervenait en compensation d'un projet de pompage des eaux de la Canche au niveau d'Hesdin en vue d'alimenter l'agglomération lilloise, menaçait de destruction le milieu estuarien et la riche faune et flore s'y développant. La forte mobilisation des habitants, d'associations, de nombreux scientifiques, permit de faire reculer les politiques pourtant tous favorables au projet[14].

Le port d'Étaples situé sur l'estuaire de la Canche.
La Canche en aval du port d'Étaples à Marée Haute.

Avec son poulier et son musoir, l'estuaire de la Canche se révèle être le plus caractéristique des estuaires picards[notes 2]. Le milieu naturel est essentiellement représenté par des dunes littorales qui abritent une flore variée (485 espèces) et une riche faune. De nombreux oiseaux sédentaires ou migrateurs (75 espèces) nidifient en ces lieux comme l'engoulevent, l'alouette lulu, plusieurs types de fauvettes, la bécasse, la tadorne de belon qui fait des terriers de lapin son habitat et un redoutable prédateur, le faucon émerillon. Cet espace abrite des mammifères comme le chevreuil, le sanglier, le renard, le blaireau, la fouine, l'écureuil, quelques phoques veau-marin peuvent y être aperçus, mais, contrairement à la baie de Somme, l'estuaire de la Canche ne semble pas posséder de colonie de ces mammifères marins. Tritons, crapauds calamite et autres rainettes représentent les nombreux batraciens[13].

Communes et cantons traversés[modifier | modifier le code]

Dans le seul département du Pas-de-Calais, la Canche traverse quarante-quatre communes[1] et huit cantons :

Soit en termes de cantons, la Canche prend sa source dans le canton d'Aubigny-en-Artois, traverse les canton d'Avesnes-le-Comte, canton d'Auxi-le-Château, canton du Parcq, canton de Hesdin, canton de Campagne-lès-Hesdin, canton de Montreuil et a son embouchure dans le canton d'Étaples.

Toponymes[modifier | modifier le code]

La Canche a donné servi à nommer huit communes :

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Dans sa partie nord seulement, appelée les Garennes de Lornel.
  2. Le terme picard ne correspond pas ici aux limites administratives actuelles. voir aussi Picardie#Débat sur les frontières de la Picardie

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c SANDRE, « Fiche la canche (E54-003-) »
  2. Géoportail - IGN, « Géoportail »
  3. La Canche sur eau-artois-picardie.fr.
  4. Site officiel du SAGE de la Canche.
  5. Altlas des zones inondables de la liane (téléchargeable)
  6. a et b Article de Pierre-Jean Thumerelle in Guide des merveilles naturelles de la France, Sélection du Reader's Digest, 1973, p. 145.
  7. Carte du bassin versant de la Canche.
  8. Le SANDRE ne considère pas la Grande Tringue comme un affluent direct de la Canche.
  9. Station hydrologique de Brimeux Naviguer sur la page pour obtenir les différentes données hydrologiques, code de la station : E5400310.
  10. Les chiffres délivrés pour le bassin versant de l'Authie correspondent aux données enregistrées à la station hydrologique de Dompierre-sur-Authie, code : E5505720.
  11. Les chiffres délivrés pour le bassin versant de la Somme correspondent aux données enregistrées à la station hydrologique d'Abbeville, code : E6470092.
  12. a, b, c, d et e Helga Scarwell et Magalie Franchomme, Autour des zones humides : espaces productifs d'hier et conflits d'aujourd'hui, La revue en sciences de l'environnement: Vertigo, 1er mai 2005. Lire en ligne.
  13. a et b L'estuaire de la Canche sur le site du Conservatoire du littoral.
  14. Le projet de barrage sur le site de la fédération Nord-Nature.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Longuépée J (2003), Les dynamiques territoriales à l’épreuve des risques naturels – l’exemple du risque d’inondation en basse vallée de la Canche, Thèse en sciences économiques, Université du Littoral-Côte d’Opale, décembre 2003