Noyade

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L'imprudente, Elizabeth Jane Gardner, 1884.

Selon l'Organisation mondiale de la santé, la noyade est une insuffisance respiratoire résultant de la submersion ou de l'immersion en milieu liquide. Une chute dans l'eau sans conséquence respiratoire n'est donc pas considérée comme une noyade[1]. Cependant, pour certains, le terme « noyade » est réservé au décès résultant d'une telle situation[réf. nécessaire].

Mécanisme[modifier | modifier le code]

La noyade n'entraine pas nécessairement la pénétration de grande quantité d'eau dans les poumons. La pénétration d'eau, même en infime quantité, dans les voies respiratoires, provoque une apnée réflexe : l'épiglotte se ferme par spasme laryngé pour protéger les voies respiratoires, empêchant de respirer même lorsque la tête se retrouve hors de l'eau. Par conséquent, l'oxygène disponible dans l'organisme diminue : on parle d'hypoxie. Si l'hypoxie cérébrale se prolonge, le spasme se lève, permettant l'entrée de l'eau dans les voies respiratoires[2].

Au niveau cardiaque, le cœur s'accélère dans un premier temps puis ralentit et s'arrête (asystolie) en quelques minutes[2]. Ce délai peut très sensiblement s'allonger en cas de noyade en eaux froides[3].

Le fait que la noyade se fasse en eaux douces ou en eaux salées ne semble pas changer fondamentalement les données[4]. Dans les deux cas, il y a destruction des alvéoles pulmonaires avec extravasation de sang avec œdème pulmonaire. Il existe également un lavage du surfactant pulmonaire.

Les séquelles persistant après la noyade de la victime sont fonction de l'importance de l'hypoxie et de sa durée.

Quatre stades de la noyade sont généralement distingués : l'aquastress, la petite hypoxie, la grande hypoxie et la noyade anoxique.

La noyade ne doit cependant pas être réduite à une forme d'asphyxie. En mer, le premier danger est l'hypothermie : dans une eau à 10°, la mort survient au bout d'une à deux heures, indépendamment de la quantité d'eau inhalée. Elle peut être aussi un avantage, procurant une certaine protection contre l'hypoxie tissulaire permettant une récupération malgré une prise en charge un peu plus tardive.

Les différentes étapes de la noyade[modifier | modifier le code]

Lors d'une noyade la victime passe souvent par 4 phases.

  • La 1re phase appelée aquastress : la victime panique, a des gestes désordonnés, et fait ce qu'on appelle « le bouchon » : s'enfoncer dans l'eau puis remonter successivement, la tête en arrière, en battant l'eau avec les bras, incapable d'appeler à l'aide. Cette phase de la noyade, appelée réaction instinctive à la noyade, passe souvent inaperçue de ceux qui en sont pourtant témoins : la victime ne paraît pas se noyer, mais jouer dans l'eau. De nombreuses personnes se noient ainsi à quelques mètres d'autres nageurs qui ne remarquent rien.
  • La 2e phase, appelée petite hypoxie : la victime commence à être épuisée, elle est toujours à la surface de l'eau, toujours consciente mais elle a déjà inhalé ou bu plusieurs fois de l'eau.
  • La 3e phase, appelée grande hypoxie : la victime ne se maintient plus à la surface, elle est complètement épuisée. Elle a déjà inhalé beaucoup d'eau et elle est de moins en moins consciente.
  • La 4e phase, appelée anoxie : la noyade dure depuis plusieurs minutes. La victime n'est plus consciente, ne respire plus, et ne montre plus de signe d'activité cardiaque.

Les victimes ne passent pas forcément par toutes ces étapes, dans des cas extrêmes d'hydrocution, d'arrêt cardiaque ou autre, l'inconscience, l'absence de respiration et de circulation sont immédiates.

Statistiques[modifier | modifier le code]

Il s'agit de la troisième cause de décès accidentel (après les accidents de la circulation et les chutes) avec 376 000 morts par noyade en 2002 de par le monde[5]. Les noyades non fatales sont quatre fois plus fréquentes[2].

Ce sont les chutes accidentelles à l'eau (piscines privées, etc.), la surestimation de ses capacités (en mer souvent), la sous-estimation des risques sur le lieu de baignade, suite d'un accident syncopal, d'un exercice d'apnée, etc.

Les statistiques 2009 menée en France[6] concernent les situations ayant fait l'objet d'une intervention des secours. On a dénombré :

  • 934 noyades accidentelles, dont 284 décès (30 %) ;
  • 127 noyades intentionnelles (suicides, tentatives de suicides, agressions) dont 83 décès (65 %) ;
  • 100 noyades d'origine inconnue, dont 62 décès (62 %).

Dans le tableau suivant, les pourcentage sont toujours indiqués par rapport au nombre total (934 noyades, 284 décès). La mortalité est le rapport entre le nombre de décès et le nombre de noyades.

Répartition des cas de noyade accidentelle selon les lieux
Lieu Cas de noyade
(avec ou sans décès)
Cas de décès Mortalité
mer, total 519 (56 %) 105 (37 %) 20 %
mer dans la bande des 300 m 489 (52 %) 11 (4 %) 2 %
mer au delà de la bande des 300 m 30 (3 %) 94 (33 %) 37 %
piscine, total 178 (19 %) 35 (12 %) 20 %
piscine privée familiale 104 (11 %) 26 (9 %) 25 %
piscine privée à usage collectif 32 (3 %) 6 (2 %) 19 %
piscine payante (publique ou privée) 42 (4 %) 3 (1 %) 7 %
plan d'eau
(lac, mare, étang)
108 (12 %) 69 (24 %) 64 %
cours d'eau
(fleuve, rivière, canal, rigole)
93 (10 %) 60 (21 %) 65 %
autres
(baignoire, bassin, …)
32 (3 %) 15 (5 %) 47 %
total 910 (100 %) 284 (99 %)

Les lieux surveillés par des personnes formées — bande des 300 m en mer, piscines payantes — ont le taux de décès le plus faible par rapport au nombre de noyades.

Le tableau suivant recense les cas de noyade selon l'âge.

Répartition des cas de noyade accidentelle selon l'âge
Tranche d'âge Cas de noyade
(avec ou sans décès)
Cas de décès Mortalité
0-5 ans 150 (16 %) 26 (9 %) 17 %
6-12 ans 81 (9 %) 14 (5 %) 17 %
13-19 ans 136 (15 %) 36 (13 %) 26 %
20-24 ans 64 (7 %) 17 (6 %) 27 %
25-44 ans 150 (16 %) 52 (18 %) 35 %
45-64 ans 189 (20 %) 71 (25 %) 38 %
65 ans et plus 144 (15 %) 64 (23 %) 44 %
non répertorié 20 (2 %) 4 (1 %)
total 934 (100 %) 284 (100 %)

Le taux de survie diminue avec l'âge.

Le cas des enfants de 5 ans et moins est « intéressant » car ce sont des cas qui d'une part portent une forte charge émotionnelle, et d'autre part peuvent être évités par des mesures de surveillance et des barrières physiques efficaces, en particulier pour les piscines de particuliers. Sur les 26 décès recensés :

  • 13 ont eu lieu en piscine privée familiale (50 %) ;
  • 5 sur des plans d'eau (19 %) ;
  • 1 en piscine privée à usage collectif (4 %) ;
  • 7 dans d'autres lieux (27 %).

Prévention du risque[modifier | modifier le code]

Les noyades en piscines privées concernent essentiellement les jeunes enfants (moins de 6 ans). La surveillance active d'un adulte est un minimum, mais elle s'avère en la matière insuffisante : si elle est efficace durant une activité aquatique — l'adulte est là à proximité et a conscience que l'enfant est dans l'eau ou proche de l'eau —, en revanche, l'enfant jouant dans le jardin ou la maison peut échapper à la surveillance des adultes et se glisser dans la piscine. Il n'y a pas toujours de chute provoquant de bruit caractéristique (plouf), ce qui explique le nombre important d'accident.

En France, la loi n°2003-9 du 3 janvier 2003 relative à la sécurité des piscines a modifié le Code de la construction et de l'habitation (Livre Ier, titre II, chap. viii, art. L128-1 et suiv., ainsi que Livre Ier, titre V, chap. ii, art. L152-12). Elle impose la mise en place d'un dispositif de sécurité normalisé :

  • barrière physique : barrière, abri ou couverture empêchant l'accès à l'eau ;
  • alarme sonore lors de l'approche (alarme périmétrique) ou de la chute dans l'eau (alarme d'immersion).
Article détaillé : Piscine#Réglementation.

Ne pas se surestimer, prévenir un responsable de la sécurité du lieu de baignade lors d'apnées ou bien pour les personnes sujettes à crises de spasmophilie ou d'épilepsie. Nager dans de bonnes conditions (pas de coup de pompe, etc.) ne pas jouer avec les jeunes enfants dans une eau trop profonde. La présence d'une équipe de sauveteurs sur les lieux de baignades est également un facteur important de sécurité.

Sauvetage[modifier | modifier le code]

Face à une personne en danger dans l'eau[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Sauvetage aquatique.

Le sauveteur d'une personne en proie à la panique risque de se faire agripper et entraîner sous l'eau. Quand c'est possible, il vaut mieux tendre une perche, lancer une corde ou une bouée que de s'exposer soi-même.

Face à un noyé hors de l'eau[modifier | modifier le code]

L'appel des secours au plus tôt est impératif (en France : sapeur-pompiers, SAMU, secours en mer). Voir aussi le personnel qualifié en mer, en piscine ou sur des plans d'eau surveillés (BNSSA, BEESAN).

Les principes de la prise en charge sont les mêmes que pour l'évaluation d'une personne inconsciente : position allongée, évaluation rapide de l'état de conscience, de la respiration et de la présence d'un pouls.

En cas d'arrêt cardio-circulatoire, une réanimation cardio-pulmonaire doit être menée. Le massage cardiaque externe doit toujours être accompagné d'une ventilation artificielle par bouche-à-bouche ou par bouche-à-nez[7]. Les vomissements sont fréquents avec un risque d'inhalation du contenu gastrique[8].

La prise en charge médicalisée peut recourir à une oxygénothérapie au masque ou à une intubation trachéale avec mise sous ventilation mécanique.

La noyade comme moyen d'exécution capitale[modifier | modifier le code]

Scène de noyade, extraite de la Chronique de Nuremberg

La noyade fut utilisée comme moyen rapide et économique pour tuer les condamnés. Le cas le plus fréquemment cité est celui des noyades de Nantes (1793-1794), ordonnées par Jean-Baptiste Carrier, pour vider les prisons des Vendéens qui s'y trouvaient. Ceux-ci étaient conduits au bord de la Loire, et, après avoir été dépouillés de leurs vêtements, étaient embarqués dans des barges que les bourreaux remorquaient avec des barques jusqu'au centre du fleuve. Là, les barges étaient coulées avec les condamnés, et les bourreaux achevaient à coup de sabre ceux qui cherchaient à nager. Carrier avait baptisé la Loire la « baignoire républicaine ».

La noyade était également un mode d'exécution classique à Venise, où elle se pratiquait le plus souvent de nuit, les condamnés étant transférés déjà à l'intérieur d'un sac lesté des prisons à une embarcation[pas clair] qui allait les jeter à l'eau dans le Rio degli Orfani, canal où la pêche était strictement interdite.[réf. nécessaire]

Une étude cite la « noyade dans un tonneau » aux Pays-Bas du XVIe au XVIIIe siècles[9]. On raconte que Georges Plantagenêt aurait peut-être été exécuté de cette manière à Londres en 1478.

La noyade a été appliquée à Genève aux XVIe et XVIIe siècles, voir par exemple le cas de Bartholomé Tecia condamné pour homosexualité[10].

Ce supplice se pratiquait aussi à Constantinople sous la période ottomane pendant laquelle notamment les femmes adultères du harem étaient jetée à l'eau dans le Bosphore une pierre autour du cou.[réf. nécessaire]

La noyade fut aussi naturellement le moyen utilisé par les pirates pour se débarrasser des survivants des navires arraisonnés, lorsqu'ils ne présentaient aucune valeur d'otage. Soit ils étaient précipités à la mer, lorsque le navire était conservé par les pirates, soit ils étaient noyés avec leur bâtiment.[réf. nécessaire]

Ajoutons enfin la brasse sicilienne, mode d'exécution extrajudiciaire de la "mafia" et qui consiste à jeter à la mer les condamnés les pieds prisonniers dans un seau de ciment à prise rapide[réf. nécessaire].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. A new definition of drowning : towards documentation and prevention of a global public health problem. Nouvelle définition de la noyade pour mieux documenter et prévenir un problème mondial de santé publique. VAN BEECK E. F.; BRANCHE C. M. ; SZPILMAN D. ; MODELL J. H. ; BIERENS J. J. L. M. . Bulletin of the World Health Organization. 2005, vol. 83, no 11, pp. 853-856 [4 page(s) (article)] (14 ref.) résumé sur cat.inist.fr et page sur le site de l'OMS.
  2. a, b et c Szpilman D, Bierens JJ, Handley AJ, Orlowski JP, Drowning, N Engl J Med, 2012;366:2102-2110
  3. Tipton MJ, Golden FS, A proposed decision-making guide for the search, rescue and resuscitation of submersion (head under) victims based on expert opinion, Resuscitation, 2011;82:819-824
  4. Orlowski JP, Abulleil MM, Phillips JM, The hemodynamic and cardiovascular effects of near-drowning in hypotonic, isotonic, or hypertonic solutions, Ann Emerg Med, 1989;18:1044-1049
  5. Injuries and violence prevention: non-communicable diseases and mental health: fact sheet on drowning, Geneva: World Health Organization, 2003
  6. « Enquête Noyades 2009 », Secourisme revue, no 168,‎ décembre 2009, p. 2-4
  7. Vanden Hoek TL, Morrison LJ, Shuster M, et al Part 12: cardiac arrest in special situations: drowning: 2010 American Heart Association Guidelines for Cardiopulmonary Resuscitation and Emergency Cardiovascular Care, Circulation, 2010;122:Suppl 3:S847-S848
  8. Manolios N, Mackie I, Drowning and near-drowning on Australian beaches patrolled by life-savers: a 10-year study, 1973-1983, Med J Aust, 1988;148:165-171
  9. Gessler Jean, « La noyade dans un tonneau d'après une dissertation allemande », in Revue belge de philologie et d'histoire, tome 28 fasc. 3-4, 1950, pp. 1092-1103. En ligne, consulté le 23 mars 2013.
  10. Sonia Vernhes Rappaz, « La noyade judiciaire dans la République de Genève (1558-1619) », in Crime, histoire et sociétés, Vol. 13, No 1 (2009), p. 5-23 – Synthèse d'un mémoire de licence à l'université de Genève. Lire en ligne.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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