Artificialisation

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Île-de-France

On parle d’artificialisation du sol ou d'un milieu, d'un habitat naturel ou semi-naturel quand ces derniers perdent les qualités qui sont celles d'un milieu naturel (« naturalité », qualité qui inclut une capacité autoentretenue à abriter une certaine biodiversité, des cycles naturels (cycle du carbone, cycle de l'azote, cycle de l'eau, cycle de l'oxygène, etc.) et biogéochimique (Puits de carbone par exemple).

L'artificialisation s'accompagne généralement d'une perte de capacité d'auto-cicatrisation de la part du milieu (moindre résilience écologique) et à titre d'exemple l'artificialisation de la nature dans les espaces verts, golfs, sur les talus routiers ou par l'éclairage artificiel peut respectivement induire des situations de piège écologique, d'impacts plus ou moins négatifs, de roadkill (animaux écrasés ou blessés par les véhicules), de nuisances et pollution lumineuse, etc.

Ainsi en France en 2011 selon l'ancienne ministre de l'Écologie (N. Kosciusko-Morizet), en moyenne 165 hectares, soit 1 650 000 m2 de milieux naturels et terrains agricoles sont détruits chaque jour ; remplacés par des routes, des habitations, des zones d'activité[1]. Cette surface correspond à un plus de 6 hectares par heure ; soit 68 750 m2/heure ou 19 m2/seconde. Un des objectifs de la Trame verte et bleue française (TVB / SRCE) est de limiter ce phénomène et en atténuer les conséquences[1]. Parallèlement à sa TVB, la Région Nord-Pas-de-Calais expérimente une directive régionale d'aménagement visant à lutter contre l'artificialisation du territoire par la périurbanisation[2]. En Flandre belge [3] en 2006, on estimait que durant 20 ans, la construction de lotissements avait consommé environ 10 hectares/jour, soit environ un 1 m2/seconde. La surface lotie a augmenté de 46 % en 20 ans, officialisant ainsi 1/4 quart du territoire flamand (1/5 de la Belgique était ainsi artificialisée en 2006).

Exemples de phénomènes d'artificialisation[modifier | modifier le code]

Le réseau hydrographique est l'une des infrastructures naturelles qui ont été les plus artificialisées, dans les régions habitées et cultivées, ou là où on a construit les grands barrages
Ce type d'artificialisation des milieux aquatiques (Canal du Crillon, Vaucluse) les rend impropres à la survie d'un grand nombre d'espèces. Ils deviennent en outre un piège pour beaucoup d'animaux qui y tombent
Exemple d'alternative à l'exemple ci-dessus (même canal)
La sylviculture est parfois elle-même une source d'artificialisation des paysages (géométrisation des parcelles, alignements monospécifiques, ici au Royaume-Uni (Carsphairn hills)
Urbanisation du littoral à Cancún (Mexique, 2008)
Ancien estuaire de Port Arthur (Texas), qui fait l'objet de projets de renaturation

Les zones touchées par l'artificialisation sont par exemple :

Impacts[modifier | modifier le code]

  • Du point de vue de l'éthique environnementale, l'artificialisation pose la double question du recul de la biodiversité et des relations entre homme et nature alors que l'homme, toujours plus urbain semble s'en éloigner, en perdant certains repères qui ont été ceux de ses ancêtres durant des milliers d'années, ce qui pourrait notamment affecter ses rythmes chronobiologiques, sa psychomotricité voire la construction de sa psychée ;
  • Du point de vue des aménageurs, l'artificialisation d'un territoire conduit à y aggraver la probabilité (en fréquence et en gravité) de certaines catastrophes et risques naturels (inondations, incendies de forêt, coulées de boue, affaissements miniers, effondrements de terrains à cavités (catiches par exemple), épidémies zoonotiques, etc), tout en diminuant la résilience de l'environnement face à ces perturbations ;
  • Du point de vue de l'agronome, l'artificialisation des sols conduit à une perte d'humus et de carbone, une moindre capacité de rétention de l'eau et par suite à une perte de fertilité, avec aggravation des phénomènes d'érosion et de dégradation des sols. ce qui conduit à une perte des ressources naturelles et agricoles (également liée à une perte surfacique de terres cultivables sur les zones construites ou imperméabilisées, bien que certaines cultures sous serre se fassent sur sol artitificiel voire sans aucun sol (Culture hydroponique) ;
  • Du point de vue de l'écologie et de l'écologie du paysage, l'artificialisation des paysages, milieux et biotopes est l'un des facteurs de fragmentation écologique des habitats naturels et de dégradation qualitative des paysages. C'est un des facteurs retenus pour le calcul d'écopotentialité d'une parcelle, d'une région ou d'un élément écopaysager. C'est aussi un facteur d'homogénéisation (génétique, taxonomique et fonctionnelle [4]), très défavorable au maintien de la biodiversité. En favorisant les espèces ubiquistes au détriment des espèces spécialistes, beaucoup plus variées, l'homogénéisation anthropique du Vivant (Biotic homogenization pour les anglophones[4]) a des impacts graves, immédiats et futurs, sur les processus écologiques et évolutifs [4]. Des chercheurs[4] plaident pour que l'on étudie mieux les implications de cette homogénéisation pour la conservation et pour que l'on promeuve rapidement une gestion restauratoire et adaptative, proactive, qui engage de manière mieux maîtrisée la composante humaine du 'mélangeur anthropiques' que sont devenues les activités humaines pour le biote planétaire[4].

Certains milieux artificiels (certaines carrières et certains terrils, parce qu'ils n'ont reçu ni engrais, ni pesticides peuvent néanmoins abriter des processus caractérisés par un degré élevé de naturalité. On parle aussi de milieux semi-naturels pour désigner des milieux artificialisés, mais qui peuvent encore jouer un rôle d'habitat de substitution pour une partie des espèces d'une zone biogéographique concernée (c'est le cas des prairies, des bocages et de certaines forêts dont la gestion est extensive (gestion dite « proche de la nature », de type « prosilva » par exemple) ;

Histoire et étendue du phénomène[modifier | modifier le code]

En termes d'impacts géomorphologiques et sur le sous-sol, l'artificialisation des milieux a commencé, d'abord modestement durant la préhistoire (défrichements par le feu, occupation et aménagement de grottes, habitat humain de plus en plus sédentaire et construit, creusement de puits dans le sous-sol pour l'exploitation du silex, puis de silos à graines et de puits ou galeries pour l'exploitation de filons de minerais de métaux à partir de l'âge du bronze.
Puis viennent les aménagements conçus à plus grande échelle, souvent pour l'exploitation intensive de l'eau des grands fleuves (Nil, Tigre, Euphrate..). En Europe, on détruit les barrages de castors (et les castors eux-mêmes, chassés pour leur viande et leur fourrure), qui entretenaient des réserves d'eau et des milieux ouverts dans la ripisylve. Dans le même temps, la construction de gués puis de ponts, de digues, de moulins et de systèmes de retenues et de régulation des cours d'eau, de drainage s'étend, jusqu'aux grands épisodes de poldérisations, etc. Parallèlement, l'urbanisation s'étend et s'appuie sur des réseaux de routes et de places commerciales (ex : route de la soie). Des décharges périurbaines apparaissent, peu à peu enfouies sous la périurbanisation. Des cimetières, monuments, fortifications (ex : Grande Muraille de Chine) s'accompagnent de vastes défrichements et travaux de nivellement et terrassement (terrasses, talus, chemins creux, murets de renclôture).

Durant l'anthropocène, le développement des mines de charbon, puis de l'industrie pétrolière et des voies ferrées puis de l'automobile et des tracteurs permettent une agriculture plus intensive. Il accélère et généralise l'anthropisation du paysage et du sous-sol colonisé par des millions de km de cables, tuyaux, égouts..., y compris dans les colonies des pays riches, sur tous les continents. Le réseau des routes, des autoroute et des voies ferrées s'étend, ainsi que les installations industrielles, commerciales, sportives ou parfois militaires. Cette artificialisation connait une croissance encore accélérée à la fin du XXe siècle, très visible sur l'imagerie satellitale.
Certaines zones sont particulièrement touchées ; une grande partie du littoral et des estuaires de nombreux pays a été artificialisée par l'habitat balnéaire, le réseau routier littoral et les aménagements portuaires. Les villes et leurs périphéries, ainsi que tous les milieux agricoles, et toutes les anciennes forêts des pays tempérés puis de la plupart des pays tropicaux (hors quelques rares massifs protégés).

L'artificialisation se déporte vers les pays en voie de développement, avec une périurbanisation particulièrement marquée à proximité des mégapoles et métropoles urbaines (pour la France, on peut citer l'Île-de-France ou Toulouse par exemple). Il est dans les pays riches souvent lié au succès de la maison individuelle qui se traduit aussi par l'étalement urbain et la périurbanisation.
Elle concerne aussi l'environnement nocturne, perturbé par l'éclairage artificiel (phénomène dit de pollution lumineuse).

En France[modifier | modifier le code]

D’après l’Institut français de l'environnement (IFEN), l’artificialisation du sol augmente chaque année en France de 60 000 ha (soit en 10 ans de 6 000 km², ce qui correspond à la surface du département de la Seine-et-Marne). Les 885 communes du littoral sont particulièrement touchées[5]. Malgré les zones « naturelles » et rurales épargnées grâce au Conservatoire du littoral et à la loi Littoral, à moins de 500 m de la mer, le taux d'artificialisation (28,2 % du territoire artificialisé en moyenne) est 5,5 fois supérieur à la moyenne métropolitaine[5]. Les littoraux du Nord-Pas-de-Calais, des Pays de la Loire, du Languedoc-Roussillon et de PACA sont les plus artificialisés par la construction alors que ceux de Normandie, de Bretagne et de Poitou-Charentes sont artificialisés par l'agriculture. La forêt littorale et les espaces semi-naturels ne dominent le paysage qu'en Aquitaine (avec la forêt des Landes toutefois très artificielle) et en Corse[5].

L'artificialisation du littoral continue à progresser :

  • de 2000 à 2006 ; près de 10 000 ha ont encore été artificialisés sur la seule bande de 10 km longeant la mer en métropole ;
  • de 2000 à 2006, l'artificialisation a été la plus forte dans la bande située de 500 à 2000 m de la mer (sur 0,42 % du territoire), c'est soit 2,8 fois la moyenne métropolitaine ;
  • sur le littoral MancheMer du Nord, l'artificialisation est plus homogène homogène du trait de côte à deux kilomètres à l'intérieur des terres avant de décroître ;
  • en Atlantique, au contraire, l'artificialisation a ralenti en bord de mer, et augmenté entre 500 et 1000 m avant de diminuer progressivement vers l'intérieur des terres ;
  • le littoral méditerranéen, de 2000 à 2006, a quant à lui été artificialisé de manière presque homogène du trait de côte à 10 km de la mer.

La Loi de modernisation agricoles (2010) vise à réduire de 50 % la consommation des sols agricoles en 10 ans (2010-2020), aidée par les commissions départementales de la consommation des espaces agricoles (CDCEA) qu'elle met en place. Mais la Conférence environnementale de 2012 est moins ambitieuse, ne visant qu'à freiner l’artificialisation des sols (pour atteindre une stabilité d'ici 2025.

Un référé[6] du 17 octobre 2013 de la cour des comptes juge que les outils permettant de lutter contre l’artificialisation des sols sont en France « nombreux », mais « imprécis » et trop dispersés : La Cour constate que l'observatoire national de la consommation des espaces agricoles (ONCEA) a mis trop de temps avant d'être installé, et elle invite d'une part à améliorer les statistiques mesurant l'évolution de l'artificialisation des sols (elles prennent mal en compte les conversions d'espaces naturels et forestiers par exemple), et d'autre part à rendre plus cohérents ou mieux utilisés les dispositifs existants de protection du foncier naturel ou agricole[6]. La cour critique aussi le manque d'opposabilité de nombreux dispositifs (SRADDT, Directive régionale d'aménagement]] (DRA), PAEN (périmètre de protection et de mise en valeur des espaces agricoles et naturels), ZAP (Zone agricole protégée, outil très peu utilisé) et plaide pour un transfert des pouvoirs d’urbanisme aux intercommunalités afin réduire la « proximité entre les élus et les électeurs, vendeurs de terres agricoles »[6]. Elle suggère aussi des moyens de rendre la fiscalité plus propice à une moindre artificialisation[6].

En Chine[modifier | modifier le code]

D'après Jean-François Doulet[7], dans les années 2010, la surface urbanisée en Chine a quasiment quadruplé du début des années 1980 à 2012. L'artificialisation est estimée[Quand ?] à l'équivalent de deux fois la surface de l'Île de France chaque année ; et une estimation à 15 ans porte sur une surface équivalente à la surface actuellement urbanisée de l'Europe[8].

Lutte contre le phénomène[modifier | modifier le code]

La lutte contre l'artificialisation passe par le renouvellement urbain, la densification urbaine, l'élaboration de trames vertes et bleues...

En France[modifier | modifier le code]

Le projet de loi relatif à la mise en œuvre du Grenelle de l'environnement[9], dit Grenelle I, prévoit en son article 7 :

  • « une étude sur la réforme de la fiscalité et sur les incitations possibles pour limiter l'extension du foncier artificialisé », dans les six mois suivant la publication de la loi ;
  • la prise en compte par le droit de l'urbanisme dans un délai d'un an suivant la publication de la loi de l'objectif suivant : « Lutter contre la régression des surfaces agricoles et naturelles, les collectivités territoriales fixant des objectifs chiffrés en la matière après que des indicateurs de consommation d'espace auront été définis ».

La Loi de modernisation de l'agriculture du 27 juillet 2010 vise à réduire de moitié le rythme de consommation des terres agricoles d'ici 2020[10].

Certains schémas régionaux climat air énergie (SRCAE) incluent des objectifs chiffrés, comme celui de la Région Nord-Pas-de-Calais (diminution par trois de l'évolution de l'artificialisation).

Ailleurs en Europe[modifier | modifier le code]

  • L'Allemagne a adopté un objectif ambitieux, et souhaite diviser par 3 l'évolution de l'artificialisation de ses sols d'ici 2020.
  • 100 000 Suisses ont voté une pétition demandant l'arrêt de l'artificialisation pour 20 ans (soit de 2012 à 2032). Ces signatures aboutissent à un référendum pour 2013[11].
  • En revanche, l'Angleterre réforme son droit de l'urbanisme en 2012, vers un assouplissement des règles. George Osborne, ministre de l’Économie Britannique, justifie la réforme par un manque de terrains constructibles[12].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jacques Lecomte, « Réflexion sur la naturalité ». Courrier de l’environnement de l’INRA (1999), 37 :5-10
  • Jacques Lecomte, La Nature, singulière ou plurielle ?: Connaître pour protéger, Editions Quae, 2006 (ISBN 9782738012241), [présentation en ligne]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Communiqué AFP, [Trame verte et bleue: ne pas réduire le projet à des crapauducs ; Paris - Le comité national Trame verte et bleue], Romandie News, 18 octobre 2011
  2. Directive régionale d'aménagement « Maîtrise de la périurbanisation », Avant-projet détaillé validé par le Comité de pilotage, le 16 novembre 2009, PDF, 161 pages
  3. source : ancien député régional flamand Johan Malcorps, interrogé par la Libre Belgique, [Un mètre carré par seconde (P.G.)], En ligne 2006-01-07
  4. a, b, c, d et e Olden J.D., LeRoy Poff N., Douglas M.R., Douglas M.E. and Faush K.D., (2004), « Ecological and evolutionary consequences of biotic homogenisation », Trends in Ecology and Evolution, n°19, pp.18-24.
  5. a, b et c Fiche-Indicateur de l'Observatoire du littoral intitulée Occupation du sol en 2006 et artificialisation depuis 2000 en fonction de la distance à la mer (Fiche rédigée en avril 2009, version 2)
  6. a, b, c et d Référé de la Cour des comptes sur les terres agricoles et les conflits d'usages(16 octobre 2013), PDF, 5 pages
  7. géographe, directeur adjoint du Centre franco-chinois Villes Territoires
  8. Sophie Landrin, « L'urbanisation chinoise,"une architecture de la photocopieuse" », Le Monde,‎ 13 février 2013 (lire en ligne).
  9. Projet de loi relative à la mise en œuvre du Grenelle de l'environnement, adopté le 23 juillet 2009, sur le site du Sénat
  10. INSEE, « Réduire la consommation d'espaces agricoles : un objectif de la loi de modernisation agricole »,‎ avril 2011 (consulté le 21 décembre 2012).
  11. Philippe Collet, « Une étude officielle française compare la gestion économe des terres agricoles dans 4 pays voisins », [[1]],‎ 10 mai 2012 (lire en ligne).
  12. Nathalie Coulaud, « L'Angleterre réforme profondément son droit de l'urbanisme », Le Moniteur, no 5667,‎ 6 juillet 2012, p. 23 (ISSN 0026-9700).