Paul Painlevé

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Paul Painlevé
Image illustrative de l'article Paul Painlevé
Fonctions
83e président du Conseil des ministres
(95e chef du gouvernement)
17 avril 192522 novembre 1925
Président Gaston Doumergue
Gouvernement Painlevé II
Painlevé III
Législature XIVe
Coalition Cartel des gauches
(RRRS, RI, PRS, SFIO)
Prédécesseur Édouard Herriot
Successeur Aristide Briand
Ministre des Finances
29 octobre 192528 novembre 1925
Président Gaston Doumergue
Gouvernement Painlevé III
Prédécesseur Joseph Caillaux
Successeur Louis Loucheur
Ministre de la Guerre
17 avril 192529 octobre 1925
Président Gaston Doumergue
Gouvernement Painlevé II
Prédécesseur Charles Nollet
Successeur André Maginot
22e président de la Chambre des députés
9 juin 192421 avril 1925
Législature XIIIe
Prédécesseur Raoul Péret
Successeur Édouard Herriot
75e président du Conseil des ministres
(87e chef du gouvernement)
12 septembre 191713 novembre 1917
Président Raymond Poincaré
Gouvernement Painlevé I
Législature XIIe
Prédécesseur Alexandre Ribot
Successeur Georges Clemenceau
Ministre de la Guerre
20 mars 191713 novembre 1917
Président Raymond Poincaré
Gouvernement Ribot V
Painlevé I
Prédécesseur Lucien Lacaze
Successeur Georges Clemenceau
Biographie
Nom de naissance Paul Painlevé
Date de naissance 5 décembre 1863
Lieu de naissance Paris (Drapeau : France France)
Date de décès 29 octobre 1933 (à 69 ans)
Lieu de décès Paris (Drapeau : France France)
Nationalité Française
Parti politique PRS
Profession Mathématicien
Homme politique
Président du Conseil des ministres français

Paul Painlevé, né le 5 décembre 1863 à Paris 15e et mort le 29 octobre 1933 à Paris, est un mathématicien et homme politique français.

Origines familiales[modifier | modifier le code]

Les ancêtres paternels de Paul Painlevé sont des vignerons et tonneliers d'Eure-et-Loir, ceux du côté maternel sont des tailleurs de pierre de Meaux. Son grand-père paternel s'installe à Paris où il travaille comme ouvrier typographe. À cinquante-neuf ans, il décide de s'arrêter de travailler et revient dans son village natal où il meurt vingt ans plus tard. Le père de Paul Painlevé — comme l'oncle de Paul — suit la carrière du grand-père dans l'imprimerie à Paris en devenant dessinateur lithographe. Il ouvre au début des années 1870 une fabrique d'encre d'imprimerie à Malakoff. La famille de Paul Painlevé, faisant partie de la classe moyenne montante, est assez instruite, progressiste et bénéficie d'une certaine aisance financière.

Le scientifique[modifier | modifier le code]

Formation[modifier | modifier le code]

Paul Painlevé fait ses études primaires à l'école communale de la rue du Four à Paris, puis ses études secondaires tout d'abord au lycée Saint-Louis (de la cinquième en 1874 à la troisième en 1877) et au lycée Louis-le-Grand (de la seconde en 1877 à la classe de mathématiques spéciales en 1883)[1]. Il obtient le baccalauréat ès lettres en 1880 et le baccalauréat ès sciences en 1881. Il fait ensuite de 1883 à 1886 des études supérieures scientifiques à l'École normale supérieure, où il suit les conférences de Jean-Claude Bouquet (calcul différentiel et intégral et géométrie descriptive), Émile Picard (mécanique) et Jules Tannery, et à la faculté des sciences de Paris, où il suit les cours de calcul différentiel et intégral de Jean-Claude Bouquet à nouveau, ceux de mécanique rationnelle de Paul Appell et obtient les licences ès sciences mathématiques et ès sciences physiques en 1885[1]. Durant ses études, il se lie d'amitié avec le physicien Paul Janet.

Carrière académique[modifier | modifier le code]

Lauréat du concours d'agrégation de mathématiques en 1886, il n'enseignera cependant jamais en lycée. Afin de préparer une thèse de doctorat, il est envoyé par Émile Picard, en août de la même année, en mission en Allemagne à l'Université de Göttingen où il suit les cours d'Hermann Amandus Schwarz et de Felix Klein. Il obtient en juin 1887 le doctorat ès sciences mathématiques devant la faculté des sciences de Paris puis est nommé, le 28 juillet 1887, chargé de cours de mécanique rationnelle et appliquée à la faculté des sciences de Lille, ceci à l'âge de 23 ans. En 1890, il reçoit le grand prix de mathématiques de l'Académie des sciences. Deux ans plus tard, le 30 juillet 1892, il est nommé maître de conférences à la faculté des science de Paris[1] pour deux enseignements : celui de l'analyse en classe de licence, et celui de la mécanique pour la préparation à l'agrégation de mathématiques. Il obtient le titre de professeur adjoint en 1895 et est chargé d'un cours complémentaire de mathématiques. De septembre à décembre 1895, il donne des cours à l'université de Stockholm dans le cadre d'une chaire annuelle fondée par le roi de Suède. En 1896, il devient répétiteur d'analyse à l’École polytechnique. L'année 1896-97, il est également suppléant de Maurice Lévy au Collège de France à la chaire de mécanique analytique et mécanique céleste[N 1]. En 1897, Painlevé succède à Édouard Goursat comme maître de conférences de calcul différentiel et intégral et géométrie descriptive à l’École normale supérieure. En 1896, il devient aussi examinateur du concours d’entrée à l’École polytechnique[réf. nécessaire]. En 1900, il est élu membre de l'Académie des sciences. En 1903, il devient titulaire de la nouvelle chaire de mathématiques générales de la faculté des sciences de l'université de Paris, chaire dédiée au certificat d'études supérieures préparatoires. En 1905, il devient également professeur de mécanique rationnelle et des machines à l’École polytechnique[N 2]. En 1907, il devient président du conseil de perfectionnement du Conservatoire national des arts et métiers, président du comité technique du Laboratoire national d'essais et membre du conseil de l'Observatoire de Paris. Durant l'année 1907-1908, il échange à la faculté son cours avec celui de mécanique rationnelle de Paul Appell. En 1909, il devient également le premier professeur de mécanique de l'aviation à l'École supérieure d'aéronautique. À partir de 1910, et ce jusqu'à sa mort, il est suppléé[N 3] pour ses enseignements à la faculté en raison de son mandat parlementaire et de ses fonctions gouvernementales. Il continue cependant sa carrière académique en devenant titulaire de la chaire de mécanique rationnelle en octobre 1912, puis de celle de mécanique analytique et de mécanique céleste le 19 mai 1920. En 1919, il devient président du conseil d'administration du Conservatoire national des arts et métiers. Il est également chargé le 17 décembre 1923 du cours de mécanique des fluides et applications, créé grâce à une subvention du sous-secrétariat d'État à l'aéronautique[N 4].

Travaux scientifiques[modifier | modifier le code]

Ils commencent par sa thèse Sur les lignes singulières des fonctions analytiques soutenue le 10 juin 1887[2].

Ses travaux mathématiques les plus réussis, publiés en 1897 dans Leçons sur la théorie analytique des équations différentielles, portent sur les points singuliers des équations différentielles algébriques du premier et du second ordre (singularités) et sur les fonctions abéliennes. Ils lui valent d'être élu en 1900 à l'Académie des sciences dont il deviendra président en 1918.

En tant que mathématicien, dans le cadre de ses recherches en mécanique des fluides (il publie en 1895 Intégration des équations de la mécanique), ses travaux portent principalement sur les systèmes d'équations différentielles et leurs singularités, les fonctions elliptiques et l'analyse complexe.

Équations différentielles de Painlevé[modifier | modifier le code]

Lazarus Fuchs a établi une typologie des équations différentielles du 1er ordre. Painlevé s'attaque, avec Émile Picard, à celles du 2nd ordre. Les équations de la forme « y" = f(x, y, y') », où f désigne une fonction rationnelle en y et y', portent son nom et ont permis une classification d'où émergent des équations types, comme « y" = 6y² + x », possédant des solutions transcendantes appelées Fonctions transcendantes de Painlevé (en).

Enfin Paul Painlevé et Allvar Gullstrand proposent en 1921 les coordonnées de Gullstrand-Painlevé (en) pour la métrique de Schwarzschild, qui rend compte du champ gravitationnel d'un astre dans l'univers vide de Minkowski.

Théoricien de l'aéronautique[modifier | modifier le code]

En 1903, il démontre par une formule que la mécanique des fluides rend possible le vol. Il est en 1908 le premier passager des frères Wright[1].

Il poursuit ses travaux et théorise mathématiquement la question de l'avion en fluide parfait en 1927[1].

L'homme politique[modifier | modifier le code]

1910 - 1917 : député, ministre de l'Instruction, de la Guerre, président du Conseil[modifier | modifier le code]

Entré en politique à la suite de l'affaire Dreyfus, membre de la Ligue des droits de l'homme[3], il est élu député socialiste indépendant, dans le 5e arrondissement de Paris en remplacement de René Viviani. Réélu à trois reprises, il se présente avec succès en 1928 dans l'Ain, où il est reconduit en 1932 avec près de 11 000 voix sur 16 000 suffrages[1].

Mathématicien, rare théoricien de l'aviation naissante, il obtient du Parlement, en 1910, le vote des premiers crédits pour l'achat d'avions. Rapporteur puis président de la commission de la marine, membre du conseil supérieur de l'aérostation militaire et du comité technique de l'exploitation des chemins de fer, il agit pour améliorer la défense nationale jusqu'à être nommé, au tout début du conflit mondial, chef de la Direction des Inventions intéressant la défense nationale.

Dans le cadre du gouvernement d'unité nationale, il est nommé en octobre 1915 ministre de l'Instruction publique dans le gouvernement présidé par Aristide Briand[1]. Interpelé par les fondateurs du comité d'initiative de l'œuvre des Pupilles sur le fait que les œuvres non-laïques obtiennent tous les fonds des quêtes publiques en faveur des orphelins, il la fait agréer pour qu'elle puisse obtenir des fonds et aider les orphelins des écoles laïques. Sa présidence est marquée notamment par la multiplication des colonies de vacances et des écoles de plein air, l'attention portée à la santé des pupilles, et la modification des statuts de l'œuvre qui s'occupe désormais non seulement des orphelins mais de tous les enfants en difficulté.

Ministre de la Guerre en mars 1917, il doit faire face à l'échec de l'offensive de Nivelle du 16 avril puis aux mutineries et à la démoralisation des troupes. Il devient président du Conseil en septembre en conservant le portefeuille de la Guerre. Il nomme alors Philippe Pétain commandant en chef et Ferdinand Foch chef d'état-major, développe la dotation en chars d'assaut, dépose le roi Constantin Ier de Grèce, décrète le blocus des empires centraux, se porte au secours des Italiens au lendemain de Caporetto... Il est remplacé après deux mois par Georges Clemenceau[1].

1919 - 1933 : ministre de la Guerre, président de la Chambre des députés, président du Conseil, ministre de l'Air[modifier | modifier le code]

Il est réélu député en 1919. Il anime la ligue de la République en 1921-22, puis participe au Cartel des Gauches dont il est l'un des inspirateurs. Après la victoire du Cartel des gauches, il préside la Chambre à partir du 9 juin 1924, jusqu'à sa candidature, au nom du Cartel, à la présidence de la République, après la démission d'Alexandre Millerand. Battu par Gaston Doumergue, il est réélu président de la Chambre puis nommé, le 17 avril 1925, président du Conseil en remplacement d'Édouard Herriot. Il fait face également à la crise financière et aux insurrections d'Abd-el-Krim et de Syrie[1].

Démissionnaire en octobre 1925 et reconduit, puis renversé le 22 novembre de la même année, il devient ministre de la Guerre de novembre 1925 à octobre 1929 — avec toutefois une interruption de trois semaines en juin 1926 — dans les gouvernements d’Aristide Briand, d’Édouard Herriot et de Raymond Poincaré, puis ministre de l'Air de fin 1930 à début 1933 dans les gouvernements Steeg, Herriot et Paul-Boncour[1]. En décembre 1925, il refuse dans une lettre au député André Marty, membre du Comité central de la section française de l’internationale communiste (SFIC), d'accorder la grâce au tirailleur Cheikou Cissé (1890-1933), qui avait été condamné à la déportation en Nouvelle-Calédonie en 1919. Il fait voter la loi sur le service militaire obligatoire d'un an en 1928[réf. nécessaire] et ordonne les premiers travaux de la ligne Maginot[N 5].

Le décret du 27 novembre 1932 signé avec Georges Leygues, ministre de la Marine, confirme la pleine autorité de la Marine sur son aviation et favorise une pleine autonomie pour l'Armée de l'air.

Il meurt fin octobre 1933. Après des funérailles nationales, il est inhumé au Panthéon le 4 novembre.

Mandats électifs[modifier | modifier le code]

Fonctions gouvernementales[modifier | modifier le code]

Chronologie des fonctions gouvernementales
exercées par Paul Painlevé
Début Fin Fonction Gouvernement
29 octobre
1915
12 décembre
1916
ministre de l'Instruction publique,
des Beaux-Arts et des Inventions
intéressant la Défense nationale
gouvernement Aristide Briand (5)
20 mars
1917
7 septembre
1917
ministre de la Guerre gouvernement Alexandre Ribot (5)
12 septembre
1917
13 novembre
1917
président du Conseil gouvernement Paul Painlevé (1)
17 avril
1925
27 octobre
1925
président du Conseil et
ministre de la Guerre
gouvernement Paul Painlevé (2)
29 octobre
1925
22 novembre
1925
président du Conseil et
ministre des Finances
gouvernement Paul Painlevé (3)
28 novembre
1925
6 mars
1926
ministre de la Guerre gouvernement Aristide Briand (8)
9 mars
1926
15 juin
1926
ministre de la Guerre gouvernement Aristide Briand (9)
23 juin
1926
17 juillet
1926
ministre de la Guerre gouvernement Aristide Briand (10)
19 juillet
1926
21 juillet
1926
ministre de la Guerre gouvernement Édouard Herriot (2)
23 juillet
1926
6 novembre
1928
ministre de la Guerre gouvernement Raymond Poincaré (4)
18 novembre
1928
26 juillet
1929
ministre de la Guerre gouvernement Raymond Poincaré (5)
13 décembre
1930
22 janvier
1931
ministre de l'Air
gouvernement Théodore Steeg
3 juin
1932
14 décembre
1932
ministre de l'Air gouvernement Édouard Herriot (3)
18 décembre
1932
28 janvier
1933
ministre de l'Air gouvernement Joseph Paul-Boncour

Vie personnelle[modifier | modifier le code]

En 1901, il épouse Marguerite Petit de Villeneuve qui décède un an plus tard, à la naissance de leur fils Jean.

Celui-ci, Jean Painlevé (1902-1989), sera réalisateur de documentaires et biologiste ; il est considéré comme l'un des fondateurs du cinéma scientifique.

Une des nièces de Paul Painlevé épouse Pierre Appell, le fils du mathématicien Paul Appell.

Décorations[modifier | modifier le code]

Hommages[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La suppléance était jusqu'alors confiée à Gabriel Koenigs, mais le 20 octobre 1896, la mort de Félix Tisserand, titulaire de la chaire d'astronomie mathématique à la faculté, entraîne une série de nominations et transferts qui libère la place au profit de Painlevé : Henri Poincaré, titulaire de la chaire de calcul des probabilités et physique mathématique, succède à Tisserand ; Joseph Boussinesq, titulaire de la chaire de mécanique physique et expérimentale, succède à Poincaré, et Gabriel Koenigs succède à Boussinesq. À cette même époque, Painlevé pensait toutefois pouvoir obtenir la chaire de calcul différentiel et intégral de la faculté que devait quitter Émile Picard pour succéder à Charles Hermite à la chaire d'analyse supérieure. En effet, il écrit : « Le malheur, c'est que je ne suis pas du tout sûr de remplacer Picard qui succédera à Hermite l'an prochain : Goursat est pour moi un concurrent très dangereux à cause de l'ancienneté (!), mais là-dessus je suis décidé à livrer bataille à fond ». Néanmoins, c'est Édouard Goursat qui obtient finalement la chaire ; Painlevé profite cependant de cette nomination puisqu'il succède à Goursat comme maître de conférences à l’École normale supérieure. Jacques Hadamard, alors professeur à Bordeaux, succède à Painlevé à la maîtrise de conférences de la faculté. Painlevé n'occupera qu'un an la suppléance de Maurice Lévy, celle-ci est en effet ensuite confiée à Jacques Hadamard qui deviendra ultérieurement titulaire de la chaire.
  2. En 1904, Émile Sarrau, décédé, est remplacé par Léon Lecornu et Painlevé remplace ensuite Henry Léauté. Charles Platrier lui succédera après sa mort.
  3. Il est d'abord suppléé par Marcel Guichard (de 1910 à 1912), qui échange en fait ses cours avec Élie Cartan, puis par Jules Drach (de 1913 à 1920), Gaston Julia (de 1920 à 1922), Elie Cartan (de 1922 à 1924), Arnaud Denjoy et Jean Chazy (de 1924 à 1933).
  4. Il fait ce cours en 1924 et 1925, puis est suppléé par le maître de conférences Albert Métral en 1926, avant de démissionner en laissant la chaire à Henri Villat.
  5. En effet, les premiers chantiers sont ouverts en septembre 1928, alors qu'il est ministre de la Guerre.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Robert de Beauplan, « Paul Painlevé », L'Illustration no 4731, 4 novembre 1933.
  2. Paul Painlevé, Sur les lignes singulières des fonctions analytiques. Suivi de Propositions données par la Faculté, Paris, Gauthier-Villars et fils,‎ 1887 (lire en ligne)
  3. Anne-Laure Anizan, « Paul Painlevé, le savant et le politique », Parlement[s], Revue d'histoire politique, vol. 2, no 10,‎ 2008, p. 138-151 (lire en ligne), p. 141-142.
  4. Archives nationales

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Article connexe[modifier | modifier le code]

Conjecture de Painlevé (en)

Iconographie[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]