Jean Zay

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Jean Zay
Jean Zay (gouvernement Chautemps, hôtel Matignon, 1937, 3e à partir de la gauche).
Jean Zay (gouvernement Chautemps, hôtel Matignon, 1937, 3e à partir de la gauche).
Fonctions
Ministre de l'Éducation nationale
4 juin 193610 septembre 1939
Prédécesseur Henri Guernut
Successeur Yvon Delbos
Sous-secrétaire d’État à la présidence du conseil
24 janvier 19364 juin 1936
Député du Loiret
8 mai 193231 mai 1942
Élection 1932, 1936
Prédécesseur Maurice Berger
Successeur Seconde Guerre mondiale
Conseiller général du canton d'Orléans-Nord-Est
14 mars 1937
Prédécesseur Louis Gallouédec
Biographie
Nom de naissance Jean, Élie, Paul Zay
Date de naissance 6 août 1904
Lieu de naissance Orléans (Loiret)
Date de décès 20 juin 1944 (à 39 ans)
Lieu de décès Molles (Allier)
Nationalité Français
Parti politique RRRS
Profession avocat
Résidence Orléans, Paris

Jean Zay est un avocat et une personnalité politique française de la IIIe République né à Orléans (Loiret) le 6 août 1904[1] et mort assassiné par des miliciens français à Molles (Allier) le 20 juin 1944 au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Au cours de sa vie, Jean Zay assure les fonctions de sous-secrétaire d’État à la présidence du conseil, ministre de l'Éducation nationale et des Beaux-Arts, député du Loiret et conseiller général.

Biographie[modifier | modifier le code]

Maison natale de Jean Zay au 29, rue du Parc à Orléans.

Enfance et études[modifier | modifier le code]

Son père, Léon Zay, issu d'une famille juive originaire de Metz, né et mort à Orléans, est le directeur du journal régional radical-socialiste Le Progrès du Loiret[Note 1]. Sa mère, Alice Chartrain, institutrice protestante, est originaire de la région naturelle de la Beauce[1].

Il suit des études au lycée Pothier d'Orléans où il rencontre René Berthelot, futur directeur du conservatoire national de musique d'Orléans, qui deviendra l'un de ses proches. Il y fonde un journal lycéen, et obtient un prix de composition de littérature française au concours général de 1922 puis de philosophie au concours de 1923[1].

Débuts professionnels[modifier | modifier le code]

Pour payer ses études de droit, Jean Zay devient clerc d'avoué et secrétaire de rédaction au Progrès du Loiret. En avril 1925, il fonde une revue littéraire orléanaise, Le Grenier, qui, après 18 numéros, deviendra Le Mail. Il effectue cette création en compagnie de quelques amis, proches du radicalisme centriste, notamment René Berthelot et Roger Secrétain (futur fondateur de La République du Centre et plus tard maire d'Orléans, proche du gaullisme).

Avocat en 1928, il s'inscrit au barreau d'Orléans.

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Jean Zay s'engage très tôt en politique. Dès ses études secondaires, il adhère aux Jeunesses laïques et républicaines, puis, à sa majorité (21 ans) s'inscrit au Parti radical. Il fréquente les cercles républicains, devient membre de la Ligue française pour la défense des droits de l'homme et du citoyen, responsable de la Ligue de l'enseignement et se fait initier à la loge maçonnique Étienne Dolet en 1926 faisant partie de l'obédience maçonnique du Grand Orient de France[Note 2].

En 1932, à 27 ans, il est élu député du Loiret sous l'étiquette radical-socialiste, battant Maurice Berger, député sortant du parti démocrate populaire. Il constitue l'un des piliers des « Jeunes Turcs », ces membres du parti qui souhaitent le rénover. Vite remarqué, il devient l'un des espoirs de ce parti et c'est à lui qu'est confié le rapport de politique générale du congrès de 1935 qui décide l'adhésion du parti radical au Front populaire. En 1936, le président du conseil des ministres Albert Sarraut le nomme sous-secrétaire d'État à la présidence du conseil. Quelques mois plus tard, il est réélu et devient, à 32 ans, le 4 juin 1936, membre du gouvernement du Front populaire comme ministre de l'Éducation nationale et des Beaux-Arts. En mars 1937, il est élu conseiller général du canton d'Orléans-Nord-Est.

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Au début de la Seconde Guerre mondiale, Jean Zay démissionne le 2 septembre 1939, pour rejoindre l'armée française et suivre le sort de sa classe d'âge. Son courage et son dévouement, au sein de la IVe armée, sont attestés par ses chefs militaires : « volontaire pour les missions les plus périlleuses et les plus délicates »[Note 3].

Sous-lieutenant rattaché à l'état-major de la IVe armée, il séjourne en Lorraine pendant la « drôle de guerre » de 1939-1940. En juin 1940, avec l'autorisation de ses supérieurs, il rejoint Bordeaux pour participer le 19 juin 1940 à la dernière session du Parlement qui s'est replié avec le gouvernement dans cette ville et qui débat de la question d'un abandon de la métropole aux troupes allemandes et d'un transfert du gouvernement français en Afrique du Nord. Aucune décision n'est prise mais, le 21 juin 1940, en fin d'après-midi, Camille Chautemps, vice-président du conseil, les présidents des deux chambres, Jean Zay et Pierre Mendès France ainsi que vingt-cinq autres parlementaires embarquent au Verdon à bord du Massilia. Arrivés à Casablanca, au Maroc, le 24 juin 1940 en raison d'une grève de l'équipage puis de l'attente d'une demande d'asile au gouvernement britannique, les passagers du Massilia sont d'abord consignés par le résident dans un grand hôtel, et quatre d'entre eux, dont Jean Zay, sont arrêtés le 15 août 1940 pour désertion devant l'ennemi[2],[3]. Renvoyé en métropole, Jean Zay est interné le 20 août 1940 à la prison militaire de Clermont-Ferrand[4].

Pendant des mois, Jean Zay devient « la cible notoire de la campagne antisémite »[5] et une violente campagne de presse orchestrée par Philippe Henriot, ministre de l'Information du gouvernement de Vichy, réclame la condamnation à mort du « juif Jean Zay » comme juif, franc-maçon, anti-munichois, anti-hitlérien et ministre du Front populaire[6].

Le 4 octobre 1940, le tribunal militaire permanent de la 13e division militaire, siégeant à Clermont-Ferrand, le condamne comme officier pour désertion en présence de l'ennemi[7] à la déportation à vie et à la dégradation militaire, contre six ans de prison pour Pierre Mendès France, huit ans de prison avec sursis pour Pierre Viénot et un non-lieu pour Alex Wiltzer[8],[5],[9],[3]. Pour Olivier Loubes, « bouc émissaire idéal », Jean Zay a été condamné « à une peine qui vise à rappeler celle d'Alfred Dreyfus[10] ». Transféré le 4 décembre 1940 au fort Saint-Nicolas, à Marseille, pour être déporté, sa peine de déportation dans un bagne est muée par le régime de Vichy en simple internement en métropole et, le 7 janvier 1941, il est incarcéré au quartier spécial de la maison d'arrêt de Riom[8],[11].

Dans sa prison de Riom, Jean Zay peut continuer à recevoir régulièrement sa femme et ses deux filles, Catherine Martin-Zay et la cadette, Hélène Mouchard-Zay, la fille de Jean Zay, née en 1940, après son arrestation. Il peut écrire et communiquer avec ses amis. Il ne cherche pas à s'évader, comme la force de la Résistance intérieure française dans la région l'aurait sans doute permis. Il continue à travailler pendant sa captivité, préparant les réformes qu'il pense pouvoir mettre en œuvre après la Libération. Il a pour compagnon de cellule le rabbin Édouard Gourévitch.

L'assassinat[modifier | modifier le code]

Mémorial sur le mur de l'école primaire de Beaumont dans le Puy-de-Dôme

Le 20 juin 1944, trois miliciens du collaborateur Joseph Darnand viennent le chercher à la prison. Il s'agit de Henri Millou, responsable de la sécurité de la Milice à Vichy, Charles Develle et Pierre Cordier[12],[Note 4]. Les trois miliciens présentent un ordre de transfert[13] pour Melun signé par le directeur de l'administration pénitentiaire, Baillet, également milicien. Ce document contient aussi des instructions de Raymond Clémoz, alors chef de cabinet de Joseph Darnand à Vichy. Les trois miliciens lui laissent entendre ensuite qu'ils sont des résistants déguisés qui ont pour mission de lui faire rejoindre le maquis, et l'assassinent dans un bois, près d'une carrière abandonnée, au lieu-dit Les Malavaux dans la faille du Puits du diable, à Molles, dans l'Allier[14],[15].

Jean Zay est abattu par le milicien Henri Millou. Puis afin qu'il ne soit pas identifié, les tueurs le déshabillent, lui ôtent son alliance, jettent la dépouille dans une faille et y lancent quelques grenades pour cacher le corps par des éboulis.

Le 22 septembre 1946[16], son corps et ceux de deux autres personnes sont retrouvés, enfouis sous un tas de pierres, par des chasseurs de Molles et de Cusset, et enterrés sur ordre de la municipalité de Cusset dans une même fosse du cimetière communal[17].

Faisant le rapprochement entre le cadavre et la disparition de Jean Zay, les enquêteurs retrouvent l'identité du milicien qui a signé le registre de levée d'écrou, Charles Develle[Note 5], et l'interpellent à Naples en Italie, où il s'est réfugié. Exhumés fin 1947, les restes de Jean Zay sont identifiés grâce à sa fiche dentaire et aux mensurations données par son tailleur. Jugé en février 1953, le milicien est condamné aux travaux forcés à perpétuité par le tribunal militaire de Lyon[18],[Note 6].

Jean Zay est inhumé dans le grand cimetière d'Orléans depuis le 15 mai 1948[15].

Réhabilitation posthume[modifier | modifier le code]

Le 5 juillet 1945, la cour d’appel de Riom réexamine les faits reprochés au sous-lieutenant Jean Zay, constate qu’à aucun moment il ne s’est soustrait à l’autorité militaire, et que « les poursuites intentées contre le sous-lieutenant Jean Zay ne peuvent s’expliquer que par le désir qu’a eu le gouvernement d’atteindre un parlementaire dont les opinions politiques lui étaient opposées et qu’il importait de discréditer en raison de la haute autorité attachée à sa personnalité. »

Elle annule donc le jugement du 4 octobre 1940, et Jean Zay est pleinement réhabilité à titre posthume.

Le 21 février 2014, François Hollande annonce le transfert des cendres de Jean Zay ainsi que celles de Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillion au Panthéon en tant que "grandes figures qui évoquent l’esprit de résistance"[19].

Jean Zay au ministère de l'Éducation nationale et des Beaux-Arts[modifier | modifier le code]

Le sens des réformes[modifier | modifier le code]

« Pour Jean Zay, la République repose avant tout sur le civisme et l'intelligence des citoyens, c'est-à-dire sur leur éducation intellectuelle et morale. […] Contre la conservation sociale mais aussi contre les utopies révolutionnaires, la politique est ce mouvement par lequel l'humanité s'approfondit et devient en quelque sorte plus digne d'elle-même. »[20].

Jean Zay estime dès sa majorité que « l’intellectuel ne peut pas ne pas prendre parti dans la controverse qui chaque jour sur le forum dresse les citoyens les uns contre les autres »[21].

Une des caractéristiques du système éducatif que Jean Zay déplorait le plus était celle qui occasionnait la perte, pour la République, de sujets précieux, travailleurs et doués, qui, faute d’argent, ne pouvaient accéder à des postes où ils auraient pu donner le meilleur d’eux-mêmes. À l’inverse, des esprits médiocres et nonchalants, grâce à leur fortune, pouvaient sans difficulté accéder à la haute fonction publique, sans même disposer d’une formation adéquate. Ce fut alors l’idée de l’ENA, qui ne vit le jour qu’après la guerre.

Son grand projet de réforme du système éducatif (déposé en 1937, mais « torpillé » par la commission de l'enseignement de la Chambre des députés qui ne l'a jamais discuté), un des plus élaborés jamais conçus et un des plus démocratiques pour l'époque, partait de la même conviction que la vertu, les capacités intellectuelles, et, pour employer une expression désuète, le cœur, n’étaient pas l’apanage des classes aisées, et que la société avait tout à gagner à accorder le maximum de chance à tous, ainsi qu’à former au mieux le plus grand nombre. Son projet de réforme a notamment concerné les lycées de jeunes filles et les Écoles normales primaires. Il faut aussi replacer son action, d’un point de vue plus temporel, dans l’action du gouvernement de Front populaire, qui avait pour optique d’étendre jusqu’aux classes laborieuses une vie de bien meilleure qualité, ce qui pour Jean Zay passait par la culture et l’instruction, tout autant que par les loisirs, ces fameux « congés payés », que l’on retient davantage aujourd’hui comme emblématiques de cette période.

Les réformes effectives[modifier | modifier le code]

Jean Zay prolonge de 13 à 14 ans l'obligation scolaire par la loi du 6 août 1936) dès la rentrée scolaire 1936. Au lieu de définir aussitôt par circulaire le contenu et les programmes de cette année de fin d’études primaires, il laisse « toute liberté d’initiative » aux instituteurs. Il leur fixe seulement la triple mission d’assurer dans ces classes un complément d’instruction, une initiation à la culture et une orientation professionnelle. Sa méthode consiste à susciter les initiatives, pour faire ensuite le tri. Pour introduire trois heures d’éducation physique dans le primaire, il lance une expérimentation dans trois départements, puis dans vingt neuf. Il développe de même les activités dirigées, les classes promenades, l’étude du milieu par l’observation active dans le primaire, les loisirs dirigés dans le secondaire. En septembre 1938, de nouvelles instructions officielles viennent encadrer et étendre ces innovations.

Le 2 mars 1937, il dépose au nom du gouvernement un projet de réforme de l'enseignement qui s'inspire des réflexions et propositions d'école unique depuis la Première Guerre mondiale. Ce projet de démocratisation heurte les défenseurs du secondaire traditionnel qui l'enterrent.

Jean Zay réorganise par décret l'administration, remplaçant les directions du secondaire et du primaire par celles du second et du premier degré. Il donne au premier cycle du second degré et au primaire supérieur les mêmes programmes. Il expérimente à la rentrée 1937 dans 175 établissements une classe de 6e d'orientation pour observer les élèves avant de les diriger vers l'une ou l'autre section du second degré, un tronc commun d'où partiraient plusieurs branches[22],[23]. Cette architecture sera reprise et étendue par les classes nouvelles de la Libération, et adoptée, mais sans véritable tronc commun, dans les années 1959-1963.

D'autres mesures sont prises telles que la mise en réseau des centres d'orientation professionnelle, la création du comité supérieur des œuvres en faveur de la jeunesse scolaire et universitaire (ancêtre des Centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) qui verront le jour après la Seconde Guerre mondiale. Avec l'aide d'Irène Joliot-Curie puis de Jean Perrin, comme sous-secrétaires d'État, il organise la recherche scientifique et prépare la création, en octobre 1939, du Centre national de la recherche scientifique (CNRS)[24]. Il tente de créer une École nationale d'administration, mais le projet de loi, déposé le 1er août 1936, se heurte à de nombreuses oppositions[25]. Il arrête les procédures qui visent à supprimer l'école du Pioulier de Célestin Freinet, à Vence. Il conçoit un stage de formation de trois mois pour donner une spécialisation à des instituteurs en fonction. À Pâques 1937 s'organise le stage qui donne naissance aux centres d'entraînement aux méthodes d'éducation actives (CEMEA). Jean Zay estime souhaitable de faciliter l’étude de l'espéranto. Son enseignement est admis dans le cadre des activités socioéducatives par une circulaire ministérielle du 11 octobre 1938[26].

Comme ministre des Beaux-Arts, on lui doit la création de la réunion des théâtres lyriques nationaux et le musée national des arts et traditions populaires[24], il encourage par ailleurs le principe de bibliothèques mobiles appelées bibliobus[27],[28]. Il propose également la création du festival de Cannes, dont la première édition aurait dû se tenir en septembre 1939 si la Seconde Guerre mondiale n'avait pas débuté[24].

Écrits[modifier | modifier le code]

Les Carnets secrets de Jean Zay sont des notes prises par Jean Zay pendant son ministère. Confiées par lui à l'un de ses amis, elles ont en fait été vendues à la presse. Les premiers documents paraissent dans Je suis partout le 28 février 1941, puis dans Gringoire. Ces « documents » sont enfin publiés sous forme de livre par les éditions de France en 1942, accompagnés de commentaires de Philippe Henriot[29]. La publication était sans doute orientée, afin de confirmer les positions du régime de Vichy ; il s'agissait de dénoncer à des fins de propagande le « bellicisme » de Jean Zay[30]. Toutefois, les originaux ayant disparu, toute comparaison est impossible. Cette publication tronquée porte atteinte à l'honneur de Jean Zay et, en 1948, sa veuve, Madeleine Zay, obtient en partie réparation en justice en faisant condamner Gringoire et les héritiers de Philippe Henriot à verser des dommages-intérêts pour la calomnie de cette publication.

Jean Zay écrit pendant sa captivité Souvenirs et solitude, qui est publié la première fois en 1945[31]. Le livre est construit comme un journal, décrivant les événements qu'il vit dans sa prison et commentant l'actualité telle qu'il en a connaissance. C'est aussi l'occasion d'exprimer des réflexions sur la justice ou l'emprisonnement, de rappeler des souvenirs et d'évoquer des projets pour la France de la Libération[24].

Parmi ses autres œuvres, on peut citer Chroniques du Grenier[32], La Réforme de l'enseignement[33], La Bague sans doigt[34].

Le 8 juin 2010, les deux filles de Jean Zay font don aux Archives nationales françaises de l’ensemble de ses « papiers[35] ».

Hommages[modifier | modifier le code]

Plaque commémorative apposée sur la façade de l'ancien lycée Pothier d'Orléans.

Un mémorial situé à Molles dans la faille du diable, sur les lieux de son assassinat, porte l'inscription suivante : « À Jean Zay (1904-1944), ancien ministre de l'éducation nationale mort pour la France, assassiné au Puits du Diable le 20 juin 1944 par les complices de l'ennemi. Il a gravi ce chemin en allant au supplice ». Une colonne jouxte le mémorial et porte l'inscription « Ici, Jean Zay fut lâchement assassiné le 20 juin 1944 par les complices de l'ennemi. Il est mort en criant vive la France ». Emprisonné par le régime de Vichy à partir de 1940, il fut assassiné par la milice le 20 juin 1944.

Jean Zay est cité à l'ordre de la Nation par le président du gouvernement provisoire de la République française (GPRF) Félix Gouin, en avril 1946, et un hommage public lui est rendu dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne à Paris le 27 juin 1947[36].

Le 15 mai 1948, après un hommage solennel prononcé par Édouard Herriot, président de la Chambres des députés tant au Palais Bourbon qu'à la Sorbonne la dépouille de Jean Zay exhumée du cimetière de Cusset est inhumée dans le grand cimetière d'Orléans[37]. Sa tombe porte l'inscription « Jean Zay (1904-1944), ancien ministre assassiné par les ennemis de la France le 20 juin 1944 »[15]. Une plaque apposée sur la façade de l'ancien lycée Pothier mentionne « Jean Zay, député du Loiret, ministre de l'éducation nationale et des beaux-arts 1936-1939, a fait ses études ici de 1916 à 1923 ».

Jean Zay est cité au Panthéon de Paris parmi les 199 « Écrivains morts pendant la guerre de 1939-1945 » sur une plaque regroupant 157 « Écrivains morts pour la France » Il existe une association « Jean Zay au Panthéon » fondée à Orléans, qui œuvre pour le transfert de ses cendres au Panthéon. Le 21 février 2014, le président François Hollande a annoncé[38] le transfert de sa dépouille au Panthéon aux côtés des résistants Pierre Brossolette, Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle[39].

Une quarantaine d'associations d'anciens combattants et de militaires, reprenant des accusations lancées de son vivant par l'extrême-droite [40], se sont opposés à cette panthéonisation, reprochant notamment à l'ancien ministre d'avoir dans sa jeunesse insulté le drapeau tricolore dans le poème « Le Drapeau »[Note 7] rédigé en 1924[41].

En juin 1994, un hommage lui est rendu à Orléans, en présence du président de la République François Mitterrand[Note 8].

Le prix Jean-Zay est un prix littéraire français créé en 2005.

En mai 2009, la fondation maçonnique du Grand Orient de France crée à Sciences Po Bordeaux, une « chaire Jean Zay » inaugurée en présence des filles de Jean Zay, Hélène Mouchard-Zay et Catherine Martin-Zay, le 22 janvier 2010. L'éloge est prononcé par Olivier Loubes, professeur d’histoire.

Le 14 janvier 2012, la promotion 2012-2013 de l'École nationale d'administration (ENA) a choisi de lui rendre hommage en se baptisant « promotion Jean Zay »[42].

De nombreuses voies portent son nom, on peut notamment citer, la rue Jean-Zay dans le quatorzième arrondissement de Paris, à Orléans ou à Anizy-le-Château, la place Jean Zay à Levallois-Perret. Des établissements scolaires français lui rendent hommage en portant son nom : école maternelle et primaire à Torcy ou Beaumont (Puy-de-Dôme), collège à Rousset (Bouches-du-Rhône), à Verneuil-sur-Seine (Yvelines) et à Morsang-sur-Orge (Essonne), lycée à Orléans et Aulnay sous bois, mais aussi des résidences universitaires à Antony, à Dijon...

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. On a longtemps écrit que le nom "Zay", comme celui de Sée, dérivait de celui de la rivière Seille. Selon Pascal Faustini, il est plus vraisemblable qu'il signale des familles juives originaires de Zélande : Anvers accueillit au XVIe siècle des Juifs chassés d'Espagne et du Portugal
  2. Site de la Loge Étienne Dolet
  3. Jugement de réhabilitation, rendu le 5 juillet 1945 par la cour d'appel de Riom.
  4. « Les assassins sont des hommes de main de l’État milicien, agissant sous couvert de Joseph Darnand, secrétaire d'état au maintien de l'ordre, concentrant des pouvoirs de police et de justice, depuis janvier 1944, promu secrétaire d’état à l'intérieur le 14 juin 1944. Ancien cagoulard devenu pétainiste, il a fondé, fin janvier 1943, la Milice Française et s'entoure de miliciens comme son directeur de cabinet, Raymond Clemoz. Le prétexte est le transfert du prisonnier Jean Zay de la maison d’arrêt de Riom à la prison centrale de Melun (Seine et Oise). Ce faux transfert doit être opéré par trois hommes en armes, en uniformes de miliciens : Henry Millou, chef de la sécurité de la Milice à Vichy, et deux « tueurs » : Charles Develle et Pierre Cordier. »
  5. Des deux autres miliciens, Cordier a été tué par des maquisards à la Libération dans la région de Lyon, et Henri Milou a disparu en Allemagne, peut-être tué dans un engagement militaire.
  6. Selon Pierre-Louis Emery, sur le site du Cercle Jean Zay, dans « À la mémoire de Jean Zay », il aurait bénéficié de circonstances atténuantes d'où la condamnation aux travaux forcés à perpétuité.
  7. Extrait du poème en prose incriminé : « Terrible morceau de drap coulé à ta hampe, je te hais férocement, oui, je te hais dans l'âme, je te hais pour toutes les misères que tu représentes... Que tu es pour moi de la race vile des torche-culs ». Jean Zay se justifiait en expliquant que le texte n'était qu'un « pastiche littéraire ».
  8. Marieke Aucante a proposé à Alain Meilland d’être la voix de cet homme dans son film Dans la lumière de Jean Zay après quoi, lors de cet hommage, il lira des extraits de Souvenirs et solitude.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Collectif, Dictionnaire des parlementaires français; notices biographiques sur les ministres, députés et sénateurs français de 1889 à 1940 ; publié sous la direction de Jean Jolly, archiviste de l'Assemblée nationale, Paris, Presses universitaires de France,‎ 1960 (lire en ligne), p. 3232-3234
  2. Debordes 2003, p. 124-125
  3. a et b Payan-Passeron 2006, p. 24
  4. Ruby 1969, p. 401
  5. a et b Ruby 1969, p. 475
  6. Debordes 2003, p. 124
  7. Le tribunal de la IVe armée, dont il dépendait, a été dessaisi. Voir Christiane Rimbaud, L'Affaire du Massilia, été 1940, Paris, Éditions du Seuil, 1984, 253 p., p. 197 (ISBN 2020067641).
  8. a et b Debordes 2003, p. 125
  9. Pierre Mendès France, Liberté, liberté chérie… choses vécues, p. 139.
  10. Olivier Loubes, « Jean Zay, Vichy et la Résistance », Revue d’histoire moderne et contemporaine, janvier-mars 1996, p. 151-167, et « D'un drapeau l'autre. Jean Zay (1904-1944) », Vingtième siècle, revue d'histoire, no 71, 2001/3, 156 p. (ISBN 2724628969), p. 37-51, note 3.
  11. Chavardès 1965, p. 104
  12. Marie-Paule Hervieu, « L'ancien ministre Jean Zay, assassiné le 20 juin 1944 parce que Républicain laïc, Juif et Résistant » [PDF], sur cercleshosah, Cercleshoah
  13. « L'assassinat », Sa vie, sur aegir.cndp.fr, Centre national de documentation pédagogique (consulté le 14 mai 2012)
  14. Chavardès 1965, p. 106
  15. a, b et c Philippe Landru, « Zay Jean (1904-1944). Grand cimetière d'Orléans (45) », Personnalités, sur www.landrucimetieres.fr, Cimetières de France et d’ailleurs,‎ 10 août 2011 (consulté le 14 mai 2012)
  16. Amouroux 1999, p. 730
  17. Debordes 2003, p. 133-134
  18. Debordes 2003, p. 134-135
  19. [1]
  20. Antoine Prost (dir.), Jean Zay et la gauche du radicalisme, Presses de Sciences Po, Paris, 2003.
  21. Phrase citée par Nicole Debrand, « Jean Zay écrivain », dans le fascicule de l'Association « Jean Zay au Panthéon » paru en avril 2007 et diffusé par le Grand Orient de France, p. 17. Cette phrase est tirée d'une chronique publiée dans Le Grenier, revue mensuelle d'art, de littérature et de critique, revue que Jean Zay a fondée à Orléans en mars 1925 et disparue en mai 1926. Ses articles ont été réédités dans Chroniques du « Grenier », Orléans, l'Écarlate, 1995, 89 p. (ISBN 2-910142-02-7).
  22. Payan-Passeron 2006, p. 21-25
  23. Antoine Prost, pages 63 à 68 in Regards historiques sur l'éducation en France, Paris, 2007, 272 p.
  24. a, b, c et d A. Prost, « Jean Zay : la politique et la méthode », dans Id., Regards sur l'éducation en France (XIXe-XXe siècles), p. 63-68, spécialement p. 67. Voir aussi Jean-François Picard, La République des savants. La Recherche française et le C.N.R.S., Paris, Flammarion, 1990, pages 50 à 72.
  25. A. Prost, « Une école pour les hauts fonctionnaires », dans Id., Regards historiques sur l'éducation en France (XIXe-XXe siècles), p. 121-124, spécialement p. 123.
  26. Anne-Sophie Markov, « Le mouvement international des travailleurs espérantistes 1918-1939 », Mémoire de maîtrise d'Histoire de l'université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, sur www.esperanto-sat.info, Association Sennacieca Asocio Tutmonda Amikaro,‎ juin 1999 (consulté le 14 mai 2012)
  27. Ruby 1969, p. 223
  28. La Nouvelle revue socialiste, Société des cahiers socialistes, no 3-6, 1974, p. 89.
  29. Carnets secrets de Jean Zay (de Munich à la guerre), publiés et commentés par Philippe Henriot, Paris, Les Éditions de France, 1942, VI-95 p.
  30. Pierre Bousquet, Histoire de l'administration de l'enseignement en France, 1789-1981, Paris, Librairie Droz, 1983, 154 pages, p. 62.
  31. Souvenirs et solitude, avec une préface de Jean Cassou, Paris, R. Julliard, 1946, 490 pages. Nouvelle édition, avec une préface de Pierre Mendès France, une introduction et des notes d'Antoine Prost, Le Rœulx (Belgique), Talus d'approche, 1987, 376 p.
  32. Chroniques du Grenier, l’Écarlate, 1995, 89 pages.
  33. La Réforme de l'enseignement (conférence à l'Union rationaliste le 29 novembre 1937, documentation rassemblée par Henri Belliot), Paris, C. Rieder, 1938, 123 p.
  34. La Bague sans doigt (sous le pseudonyme de Paul Duparc), Paris-Vichy, Éditions Sequana, 1942, 192 p.
  35. Journée d'étude du 8 mai 2010 « Les papiers Jean Zay entrent aux Archives nationales » ; Caroline Piketty, Éric Landgraf, Papiers Jean Zay 667 AP. Répertoire numérique détaillé, Paris, Archives nationales, mai 2010 ; Voir sur le programme site des Archives nationales
  36. Ruby 1969, p. 422
  37. Bertrand Beyern, Guide des tombes d'hommes célèbres, Le Cherche midi,‎ 2011, 385 p. (ISBN 9782749121697, lire en ligne), p. 99.
  38. Discours lors de la cérémonie d’hommage à la Résistance, François Hollande, 21 février 2014.
  39. Dépêche AFP sur le site du Monde, 19 février 2012.
  40. Thomas Wieder, « Crispations autour de l'entrée de Jean Zay au Panthéon », sur Le Monde,‎ 19 mars 2014
  41. « Jean Zay au Panthéon : des associations s'y opposent », sur Le Nouvel Observateur,‎ 14 mars 2014
  42. « Communiqué de presse. Nom de la promotion 2012-2013 des élèves de l’École nationale d’administration : Jean Zay », sur www.ena.fr, École nationale d'administration,‎ 14 janvier 2012 (consulté le 14 mai 2012)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Maurice Chavardès, Un ministre éducateur : Jean Zay, Institut pédagogique national, Services d'édition et de vente des publications de l'éducation nationale, coll. « Mémoires et documents scolaires »,‎ 1965, 126 p. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Marcel Ruby, La Vie et l'Œuvre de Jean Zay, Paris, Librairie Gedalge,‎ 1969, 511 p. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Pierre Girard, Jean Zay : 1904-1944, Association des amis de Jean Zay,‎ 1994, 79 p.
  • Marcel Ruby, Jean Zay : député à 27 ans, ministre à 31 ans, prisonnier politique à 36 ans, assassiné à 39 ans, Orléans, Corsaire,‎ 1994, 415 p. (ISBN 9782910475000)
  • Jean Debordes, Paroles de résistants, Paris, Éditions de Borée,‎ 2003, 447 p. (ISBN 2844941966) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Antoine Prost, Jean Zay et la gauche du radicalisme, Paris, Presses de Sciences Po,‎ 2003, 250 p. (ISBN 9782724608953)
  • Jean Zay et Patrick Pesnot, Souvenirs et solitude précédé de Jean Zay, ministre de l'intelligence française, Éditions de l'Aube,‎ 2004, 384 p. (ISBN 9782752600042)
  • Roger Karoutchi et Olivier Babeau, Jean Zay (1904-1944) : ministre de l'Instruction du Front populaire, résistant, martyr, Paris, Ramsay,‎ 2006, 293 p. (ISBN 9782841148257)
  • André Payan-Passeron, Quelle école et quels enseignants ? Métamorphoses françaises sur trois générations à partir des « 34 » normaliens d'Avignon, Paris, L'Harmattan,‎ 2006, 266 p. (ISBN 2-296-00604-3) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Olivier Loubes, Jean Zay : L'inconnu de la République, Paris, Armand Colin,‎ 2012
  • Gérard Boulanger, L'affaire Jean Zay, une mémoire assassinée, Calmann-Lévy, coll. « Sciences Humaines et Essais »,‎ 2013
  • Henri Amouroux, La grande histoire des Français sous l'occupation, vol. 4, Robert Laffont, coll. « Bouquins »,‎ 1999 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jean Zay, Écrits de prison 1940-1944, Paris, Belin, 2014, 1051 p.

Articles[modifier | modifier le code]

  • Olivier Loubes, « Jean Zay, Vichy et la Résistance », Revue d'histoire moderne et contemporaine,‎ janvier-mars 1996, p. 151-167
  • Olivier Loubes, « D'un drapeau l'autre, Jean Zay », Vingtième siècle, revue d'histoire, no 71,‎ juillet 2001, p. 27-51 (lire en ligne)
  • Antoine Prost, « Jean Zay, La politique et la méthode », dans Regards historiques sur l'éducation en France XIXe-XXe siècles, Paris, Belin,‎ 2007, p. 63-68
  • Pierre Girard, « Les projets constitutionnels de Jean Zay », Histoire @ politique, no 1,‎ mai-juin 2007 (lire en ligne)

Documentaire[modifier | modifier le code]

Jean Zay. Un crime français, de France Télévisions ; CNRS Images ; Les films de l'Aqueduc (prod.) et de Catherine Bernstein (réal.), septembre 2011 [présentation en ligne]

Émissions radio[modifier | modifier le code]

  • Patrick Pesnot, Rendez vous avec X, « Jean Zay ». (France Inter). Première diffusion : 22-05-2004. Rediffusion : 29-11-2012 (cf. : Écouter l’émission).
  • Blandine Masson, Fictions/Le Feuilleton, « Jean Zay Souvenirs et solitude ». (France Culture). Feuilleton en 5 épisodes. Première diffusion : 25-03-2013 (1/5), 26-03-2013 (2/5), 27-03-2013 (3/5), 28-03-2013 (4/5), 29-03-2013 (5/5), (cf. : Écouter l’émission).
  • Daniel Mermet, Là-bas si j'y suis, « Jean Zay, quand la gauche essayait ». (France Inter). Première diffusion : 23-05-2013 (cf. : Écouter l’émission).

Sources[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]