Claude Allègre

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Allègre.
Claude Allègre
Claude Allègre lors d'une conférence donnée le 24 octobre 2009 sur la croissance verte à Paris.
Claude Allègre lors d'une conférence donnée le 24 octobre 2009 sur la croissance verte à Paris.
Fonctions
Ministre de l’Éducation nationale, de la Recherche et de la Technologie
4 juin 199727 mars 2000
(2 ans, 9 mois et 23 jours)
Président Jacques Chirac
Gouvernement Lionel Jospin
Prédécesseur François Bayrou
Successeur Jack Lang
Biographie
Date de naissance 31 mars 1937 (77 ans)
Lieu de naissance Paris (France)
Nationalité Drapeau de la France Française
Profession Géochimiste

Claude Jean Allègre, né le 31 mars 1937 à Paris, est un géochimiste et un homme politique français. Ses travaux scientifiques et sa carrière de chercheur ont notamment été récompensés par le prix Crafoord en 1986 et la médaille d'or du CNRS en 1994. Il est membre de l'Académie des sciences française. Il a été ministre de l'Éducation nationale, de la Recherche et de la Technologie dans le gouvernement Lionel Jospin de 1997 à 2000.

En parallèle de sa carrière scientifique, Claude Allègre a publié de nombreux ouvrages de vulgarisation scientifique et pris des positions publiques sur les thèmes de l'université française et de la recherche. Connu pour son franc-parler, il a suscité des controverses, en particulier par ses prises de position sur l'origine et l'évolution du réchauffement climatique[1].

Jeunesse[modifier | modifier le code]

La famille Allègre est originaire du village de Prades-le-Lez dans l'Hérault. Claude Allègre, aîné de quatre enfants, est le fils d'une institutrice puis directrice d'école[2], Lucette Hugonencq (1913-2009), et d'un professeur de sciences naturelles, Roger Allègre[3]. À l'adolescence, il se lie avec Lionel Jospin, au côté duquel il réside à la cité universitaire Jean Zay d’Antony et dont il reste l'ami fidèle tout en exprimant sa sympathie pour Nicolas Sarkozy[4].

Carrière scientifique[modifier | modifier le code]

Après l'obtention de la licence en 1960, Claude Allègre prépare le diplôme d'études supérieures sous la direction de Louis Barrabé, professeur titulaire de la chaire de géologie structurale et géologie appliquée de la Faculté des sciences de Paris, qui décède en février 1961. Nommé assistant de chimie à la faculté des sciences de Reims (puis de Paris), c'est sous la direction du successeur de Louis Barrabé, Pierre Routhier, futur vice-président du conseil scientifique du Front national, que Claude Allègre prépare, au sein du laboratoire de géologie appliquée de la faculté des sciences de Paris, sa thèse pour le doctorat ès sciences physiques qu'il soutient en 1967[5]. Il fonde alors, dans les locaux d’une usine de Saint-Maur-des-Fossés, un groupe d’études de géologie isotopique, baptisé « groupe Louis Barrabé », qui est, un an plus tard, rattaché à l'Institut de physique du globe de Paris (IPGP) sous le nom de laboratoire de géochimie et cosmochimie, avant d'emménager dans le nouveau campus de Jussieu. Claude Allègre est nommé professeur titulaire à l'université Paris VII en 1970 et devient directeur de l'IPGP. En 1992, il succède à Maurice Allègre (aucun lien de parenté entre les deux) à la présidence du Bureau de recherches géologiques et minières.

En 1976, après être devenu directeur de l'IPGP, il préconise, lors du réveil du volcan la Soufrière en Guadeloupe, le maintien de l'évacuation d'urgence de la population décidée par le préfet par crainte d'une éruption avec nuées ardentes. Cette affaire provoqua une polémique durable avec le volcanologue Haroun Tazieff qui avait diagnostiqué une éruption phréatique[6]. Une violente polémique opposa Haroun Tazieff à Michel Feuillard, directeur de l'observatoire volcanologique de la Guadeloupe, et à Claude Allègre, alors supérieur de ce dernier à l'IPGP mais sans experience volcanologique propre. Feuillard, Allègre (et le professeur Brousse, sur place) se fondant sur des analyses alarmantes montrant de la présence de magma frais dans les laves et cendres recueillis après les éruptions du volcan, conseillaient l'évacuation de 70 000 habitants proches, tandis que Tazieff, de retour d'un déplacement en Équateur, et se fondant sur son expérience de terrain après une visite sur le site (où il faillit être tué par un jet de gaz) affirmait que le volcan n'avait pas de magma frais, et que, cette fois, il allait donc se calmer sans aucun risque de nuées ardentes. Des mots peu aimables furent échangés, mais dans le doute les pouvoirs publics préférèrent évacuer. Finalement, les analyses montrant la présence de magma frais s'avérèrent erronées, et la Soufrière n'explosa pas, confirmant l'expertise de Tazieff. Les seuls dégâts furent économiques[7],[8].

Travaux de recherche[modifier | modifier le code]

Les travaux de l'équipe de chercheurs dirigée par Claude Allègre ont essentiellement porté sur des questions de géochimie à partir de l'étude des éléments trace et des isotopes. Ses contributions ont facilité par la suite la compréhension de la constitution de la croûte et du manteau terrestres et aussi de l'interaction entre ces deux couches de la Terre. Allègre et son équipe ont également conçu des modèles sophistiqués d'un certain nombre de processus géologiques comme le volcanisme, l'évolution de l'atmosphère terrestre et la formation des nébuleuses proto-planétaires. Parallèlement à l'Américain G. J. Wasserburg, ils ont développé un certain nombre de techniques de datation isotopique, et notamment la méthode de datation par le système Samarium-Neodyme.

Reconnaissance scientifique[modifier | modifier le code]

Ces recherches lui ont permis d'obtenir en 1986, en compagnie de Wasserburg, le prix Crafoord dans cette discipline[9]. Claude Allègre a également reçu la médaille d'or du CNRS[10], plus haute distinction scientifique française, en 1994, et la médaille Wollaston en 1987. Il est membre de l'Académie des sciences française[11] et de la National Academy of Sciences, l'académie des sciences américaine. Il est également membre de l'IUF, qu'il a créé pendant son mandat de ministre.

Carrière économique[modifier | modifier le code]

Il est président du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) de 1992 à 1997.

En 1994, bien que ses pouvoirs soient limités, il laisse échoir, avec son directeur général, Jean-Pierre Hugon, le droit de préemption de la France sur les 24,7 % d'actifs possédés par le BRGM dans la mine de Yanacocha au Pérou (les plus grandes réserves d'or de l'Amérique du Sud). Une polémique est née en parallèle à ces pertes, révélant que Claude Allègre se serait servi de ses fonctions économiques notamment pour se faire payer par le BRGM un train de vie élevé[12]. Sa piètre défense dans ce dossier lui aurait valu de perdre sa fonction en 1997.

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Claude Allègre adhère au Parti socialiste en 1973. Il anime le « groupe des experts » du PS dans les années 1980.

Conseiller spécial de Lionel Jospin au ministère de l'Éducation nationale de 1988 à 1992, il est souvent qualifié[réf. nécessaire], en raison de son influence, de « ministre officieux » ou de « vice-ministre » de l'enseignement supérieur et de la recherche. Il est notamment l'initiateur du plan « Université 2000 »[13]. Il propose une réforme profonde du système des classes préparatoires[14].

Ministre de l'Éducation nationale, de la Recherche et de la Technologie[modifier | modifier le code]

Le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche.

Claude Allègre est nommé, le 2 juin 1997, ministre de l'Éducation nationale, de la Recherche et de la Technologie dans le gouvernement Lionel Jospin.

Il entend réformer l'enseignement supérieur. Le 25 mai 1998, les quatre ministres chargés de l'enseignement supérieur d'Allemagne, de France, de Grande-Bretagne et d'Italie se retrouvent lors d'un colloque à la Sorbonne, à l'occasion de la célébration du 800e anniversaire de l'université de Paris, pour lancer un appel à la construction d'un espace européen de l'enseignement supérieur[15]. Lancé à l'initiative du ministre français de l'Éducation nationale, le processus a pour objectif de favoriser les échanges universitaires (étudiants, enseignants et chercheurs) et de faire converger les systèmes universitaires vers des niveaux de référence communs.

L'initiative est progressivement reprise et développée par la plupart des gouvernements et des universités européens.

Il réforme la gestion du personnel enseignant, supprime les heures supplémentaires des professeurs et contribue à mettre en place le système de diplômes européen LMD[16]. Il défend la nécessité d'un rapprochement de l'école et de l'entreprise et d'un « décloisonnement » des systèmes[réf. nécessaire]. À cet effet, il rencontre des chefs d'entreprise.

Ces réformes suscitent, dès octobre 1998, des protestations et des manifestations lycéennes qui dureront quelques mois.

En 1999 le ministre commence la mise en place de la réforme LMD, en conformité avec le processus de Bologne décidé par l'Union européenne. La Loi Allègre de 1999 sur l'innovation et la recherche permet dorénavant aux universitaires et aux chercheurs de créer une entreprise de type startup et de déposer des brevets.

Toutefois, sa gestion et ses annonces à la télévision et à la radio conduisent à une opposition croissante des syndicats enseignants (dont le SNES, alors présidé par Monique Vuaillat[17]). Le 24 juin 1997, il prononce la phrase : « il faut dégraisser le mammouth »[18]. Cette phrase sera l'emblème du conflit avec les enseignants. Les chiffres qu'il annonce en septembre 1997 sur le taux d'absentéisme des enseignants (12 %) sont supérieurs à la réalité (entre 5 % et 8 %[19]). En plus de leurs revendications, les syndicats dénoncent de manière récurrente les paroles prononcées et le choix des termes[20]. Il déclare par exemple : « Les enseignants ont quatre mois de vacances et, en plus, ils prennent leurs congés formation sur la scolarité »[21]. De plus, un certain nombre de ses décisions passent pour autoritaires[22].

Il se retrouve par ailleurs isolé avec Pierre-Gilles de Gennes, en opposition à la majorité des physiciens français, lorsqu'il renonce à mettre en œuvre en France un projet de synchrotron de nouvelle génération[23],[24]. Il préfère une participation au Diamond Light Source (le synchrotron anglais) pour des raisons budgétaires. Roger-Gérard Schwartzenberg, son successeur au ministère de la Recherche, reviendra sur ce choix et lancera la construction du synchrotron Soleil.

Le conflit avec les enseignants conduit à des manifestations en mars 2000 qui contraignent Claude Allègre à remettre sa démission. Jack Lang lui succède au ministère. En plus de sa phrase « il faut dégraisser le mammouth » qui sera l'emblème du conflit avec les enseignants en 1997, Claude Allègre provoque par ses propos un certain nombre de discussions lors de son passage au ministère de l'Éducation nationale. Des propos tenus en 1999 lorsqu'il était ministre de l'éducation (« Les maths sont en train de se dévaluer de manière quasi inéluctable. Désormais, il y a des machines pour faire les calculs »)[25] ainsi que des propos similaires publiés en 1995 dans son livre La défaite de Platon[n 1], entraînent un vif émoi chez de nombreux enseignants et chercheurs français[26]. Il en va de même de sa phrase, prononcée à La Rochelle le 30 août 1997 : « Les Français doivent cesser de considérer l'anglais comme une langue étrangère[27] ».

L'hebdo satirique Le Canard enchaîné crée une polémique à propos de la déclaration suivante d'Allègre, le 21 février 1999, dans l'émission Public de TF1 : « Vous prenez un élève, vous lui demandez une chose simple en physique : vous prenez une boule de pétanque et une balle de tennis, vous les lâchez, laquelle arrive la première ? L'élève, il va vous dire la boule de pétanque. Eh bien non, elles arrivent ensemble, et c'est un problème fondamental, on a mis 2 000 ans pour le comprendre. Ça, c'est des bases, tout le monde doit savoir ça. » Suivent une série d'articles du Canard enchaîné reprochant à Claude Allègre de confondre « chute dans le vide » et « chute dans l'air », avec des réponses de Claude Allègre, qui s'obstine, jusqu'à ce que l'hebdomadaire sollicite l'avis de Georges Charpak (prix Nobel de physique)[28]. Le prix Nobel de physique donnant tort à Claude Allègre, la polémique s'éteint.

En 2011, Claude Allègre se préoccupe encore des questions d'éducation et propose ses remèdes pour « sortir l'école de la spirale de l'échec » : la décentralisation de l'administration des établissements scolaires et des enseignants, le rétablissement d'un examen d'entrée en sixième pour la lecture et le calcul, la professionnalisation de la formation des professeurs, la revalorisation de leur éthique, de leur évaluation et de leurs salaires[29].

Opposition à Ségolène Royal[modifier | modifier le code]

Au sein du PS, après le retrait de Lionel Jospin, en 2002, il milite pour le retour de ce dernier à des responsabilités nationales. Au printemps 2006, il espère le voir se porter candidat et tente de s'opposer à la montée en puissance de Ségolène Royal pour la candidature aux élections présidentielles [Lesquelles ?] [réf. nécessaire]. Il soutient d'abord Dominique Strauss-Kahn pour l'élection primaire socialiste de novembre 2006, puis Jean-Pierre Chevènement quand Ségolène Royal est investie. Chevènement finit par se désister en faveur de cette dernière.

En septembre 2007, il publie un livre d'entretiens avec Dominique de Montvalon. La Défaite en chantant revient sur l'échec de la gauche aux élections présidentielle et législatives du printemps. Il s'en prend à Ségolène Royal, dont il juge les capacités insuffisantes pour la présidence de la République, à François Hollande (« Il a foutu un bordel noir ») et à Lionel Jospin qu'il épargnait jusque-là[30],[31].

Ralliement à l'UMP[modifier | modifier le code]

Bien que militant depuis 1973 au PS, il décide de ne pas reprendre sa carte en janvier 2008. Nicolas Sarkozy, chez qui il avait été aperçu entre les deux tours de l'élection présidentielle[32], déclare en février 2008 qu'il aimerait bien travailler avec lui[33].

Le 28 août 2008, Nicolas Sarkozy, président en exercice du Conseil européen, a confié à l'ancien ministre socialiste de l'Éducation nationale Claude Allègre le soin d'organiser les Assises européennes de l'innovation[34].

Le 26 mai 2009, il annonce à l'AFP qu'il votera « sans états d'âme » et « sans hésitation » pour la liste UMP aux élections européennes du 7 juin[35].

Le 18 février 2012, il annonce qu'il soutiendra et votera pour Nicolas Sarkozy à l'élection présidentielle française de 2012[36].

Le 17 janvier 2013, il est victime d'une crise cardiaque lors d'une conférence scientifique à Valparaíso[37].

Critiques[modifier | modifier le code]

Selon le journal d'information en ligne Mediapart, depuis la fin des années 1980, Claude Allègre a petit à petit délaissé la recherche pour s'investir dans la politique[38]. Certains chercheurs lui ont reproché ses prises de position hors de son domaine d'expertise[39],[40], tandis que d'autres chercheurs soulignent que Claude Allègre est « sorti du monde de la recherche depuis les années 1990 », que son « scepticisme » n'est fondé « sur aucun travail scientifique propre » et que « ses livres grands publics lui évitent de se confronter à un examen par ses pairs »[41]. Édouard Brézin juge par exemple que Claude Allègre « [se sert] de son prestige pour asseoir son autorité sur des assertions non justifiées dans des domaines qui lui sont étrangers », jugeant que « [ses] déclarations sur les mathématiques ou la relativité générale ont eu pour simple effet de ridiculiser leur auteur aux yeux de la communauté scientifique »[42]. Il s'est en effet souvent fait remarquer par des prises de position non orthodoxes dans des domaines autres que la géochimie : par exemple en climatologie[43], en mathématiques[44], ou dès les années 1970 en volcanologie[45].

L'Académie des sciences a notamment, dans un rapport publié le 28 octobre 2010[46], réfuté « sans ambiguïté la plupart des thèses [que Claude Allègre] développe dans son ouvrage L'Imposture climatique »[47].

Réchauffement climatique et activités humaines[modifier | modifier le code]

Prises de position[modifier | modifier le code]

Claude Allègre met en doute l'origine humaine du réchauffement climatique. Un exemple en est donné par ses déclarations du 21 septembre 2006 dans la chronique hebdomadaire qu'il tient dans le magazine L'Express, déclarations qui ont fait naître une polémique. Il y écrit que la cause de la modification climatique contemporaine reste incertaine et n'est pas forcément due à l'activité humaine. Il stigmatise simultanément « l’écologie de l'impuissance protestataire [qui] est devenue un business très lucratif pour quelques-uns ! »[48]. Il précise, dans une seconde chronique du 5 octobre 2006, que selon lui, au sein des changements climatiques, la hausse globale des températures n'est pas le phénomène essentiel, en comparaison avec les impacts plus graves liés à l’augmentation de la fréquence des phénomènes extrêmes[49].

Par ailleurs, Claude Allègre a critiqué l’inscription du principe de précaution sous sa forme actuelle dans la Constitution, car son flou est selon lui une entrave à la recherche ; dans Ma Vérité sur la planète, il écrit : « Le principe de précaution, c’est l’arme contre le progrès »[50].

Il a pris position contre l'instauration d'une taxe carbone, y voyant « une initiative catastrophique pour notre pays ». « Elle serait inutile climatiquement, injuste socialement, nuisible économiquement »[51],[52].

Il s'oppose régulièrement, de manière vive et polémique, à Nicolas Hulot, et le qualifie d'« imbécile »[53] et de « nul complet »[54].

Réactions[modifier | modifier le code]

Au sein des controverses sur le réchauffement climatique, la position qu'il défend est très minoritaire, en particulier chez les spécialistes du sujet, et ses prises de position ont suscité de très vives réactions, notamment chez des scientifiques réputés[55]. La grande majorité des experts du GIEC (Groupe intergouvernemental sur l'évolution du climat) considère que le réchauffement climatique est causé principalement par les activités humaines. En réaction aux prises de positions d'Allègre, certains défenseurs du GIEC ont ainsi critiqué explicitement ses arguments[1]. Le biologiste Pierre-Henri Gouyon parle de « négationnisme écologique »[56]. Pierre Joliot-Curie, biologiste, affirme pour sa part : « la défense de thèses apparemment révolutionnaires est une manière trop facile de conforter sa popularité. L'attitude de Claude Allègre vis-à-vis du changement climatique me paraît de ce point de vue inadmissible »[56]. D'autres scientifiques soutiennent, parfois partiellement, Claude Allègre. Ainsi, lors d'une séance de l'Académie des sciences en mars 2007 ses arguments ont été défendus par ses collègues géophysiciens de l'IPGP Jean-Louis Le Mouël et Vincent Courtillot, membres de l'Académie des sciences. Ces derniers ont été vivement critiqués par deux autres académiciens des sciences, spécialistes du climat, Hervé Le Treut et Édouard Bard (professeur au Collège de France)[57],[58].

L'Académie des Sciences, dont Claude Allègre est membre, a examiné la thèse qu'il a défendue jusqu'ici, selon laquelle le réchauffement climatique ne trouverait pas sa cause principale dans les émissions de CO2 liées aux activités humaines, et a réfuté cette thèse dans un rapport publié le 28 octobre 2010[59],[60].

L'Imposture climatique et la critique[modifier | modifier le code]

Dans L'Imposture climatique, ouvrage d'entretiens avec le journaliste Dominique de Montvalon, Claude Allègre formule de graves accusations contre les climatologues, et tout particulièrement le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC)[61]. Il intitule cette institution « Groupement international pour l'étude du climat » (il s'agit en réalité du « Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat ») et évoque à son sujet un « système mafieux » ayant conspiré pour faire passer aux yeux de l'ensemble du monde un « mythe » pour un fait scientifique.

Le livre trouve un large écho dans les médias mais des articles de presse sont critiques, comme celui du journaliste du quotidien Le Monde Stéphane Foucart qui l'accuse de contenir « de nombreuses approximations et erreurs factuelles à même de tromper le public »[61]. Jean-Louis Fellous, ancien responsable des programmes d'observation de la Terre du CNES et ancien directeur des recherches océaniques de l'Ifremer, considère que le livre contient des « mensonges »[62]. Le paléo-climatologue Håkan Grudd accuse également Claude Allègre d'avoir falsifié dans son ouvrage l'une de ses courbes de reconstitution de la température[63] : il aurait utilisé une courbe très locale en la légendant sans précision de lieu, laissant croire qu'il s'agissait d'une courbe globale.

Le mercredi 7 avril 2010, 600 chercheurs en sciences du climat ont publié un courrier de protestation contre, entre autres, l'ouvrage de Claude Allègre[64], dans lequel ils relèvent de nombreuses erreurs factuelles[65] et des dénigrements[66].

Vincent Courtillot, géologue et successeur de Claude Allègre à la direction de l'IPGPP, estime que L'Imposture climatique est « exacte »[67] et, le 20 octobre 2010, le philosophe et ancien ministre Luc Ferry apporte également son soutien à Claude Allègre[68].

Le grand prix de la société de Géographie a été attribué en 2010 à Claude Allègre pour son ouvrage : L’imposture climatique[69].

Désamiantage du Campus de Jussieu[modifier | modifier le code]

Chroniqueur au magazine Le Point, il dénonce, le 19 octobre 1996, la décision de désamiantage du Campus de Jussieu et qualifie l’affaire de « phénomène de psychose collective ». En 2004, dans le livre Quand on sait tout, on ne prévoit rien, il estime que le désamiantage des bâtiments du campus de Jussieu, au coût très élevé, n'était pas justifié, et que des opérations d'encapsulage de l'amiante auraient suffi. Il déclare aussi « On compte plus de morts par Vélib' qu'en trente ans à Jussieu ! »[70].

La décision de désamiantage a été prise en 1996 à la suite d'une étude menée par quatre bureaux d'études européens dont le rapport a été remis en 1995[71]. Celui-ci préconisait l'enlèvement. Il n'écartait pas cependant les opérations d'encapsulage : elles ont pour avantage un coût immédiat moindre, mais pour inconvénients, une pérennité non garantie et des risques pour du personnel des entreprises amenés à intervenir dans les bâtiments[72]. La présence d'amiante dans ce bâtiment aurait causé la mort de 22 personnes et aurait également porté atteinte à la santé de 130 autres[70].

Gaz de schiste[modifier | modifier le code]

En juillet 2012, Claude Allègre se déclare favorable à l'exploitation des gaz de schiste sur le sol européen, notamment sur le sol français[73] et accompagne cette prise de position de recommandations écologiques concernant le traitement des eaux utilisées pour la fracture hydraulique dans l'extraction de ce gaz. Il critique sévèrement les positions sur le gaz de schiste du gouvernement Hollande et des écologistes, qu'il décrit comme « des obscurantistes, des réactionnaires »[74].

Chronologie[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Décorations[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Il collabore également depuis 2002 à l'élaboration de scénarios pour la télévision :

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Dans La Défaite de Platon (page 80), il écrit « Va-t-on continuer à recourir aux mathématiques pour calculer ? Depuis l'apparition des calculettes, on n'enseigne plus à extraire une racine carrée, ni à se servir d'une table de logarithmes. Continuera-t-on demain à enseigner les subtilités de la construction des courbes ou le calcul d'intégrales compliquées ? L'ordinateur va nous conduire à reconsidérer les mathématiques comme un auxiliaire des sciences » ou encore « recruter les scientifiques avec les maths est aussi baroque que de recruter des littéraires sur une interrogation de grammaire »

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Les climatologues en colère, Le Monde; Lettres à l'Express après publication de la chronique de C. Allègre, Réponse de Libération à Claude Allègre : le point sur les arguments, [PDF] Réponse à Claude Allègre par Michel Crépon dans Le Monde, « Commentaire de lecture : Ma Vérité sur la Planète » de septembre 2007 et « Claude Allègre, ou l'art d'avoir une position publique en porte-à-faux avec son activité "privée" » d'octobre 2006 par Jean-Marc Jancovici
  2. Elle a raconté son expérience dans L'École de ma vie, Paris, Bayard, 1999. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle s'engagea, ainsi que son mari, dans la Résistance. Elle était chevalier de la Légion d'honneur, décorée de la médaille de la Résistance et officier des Palmes académiques.
  3. http://www.youtube.com/watch?v=RztlhXBjVoQ&NR=1&feature=fvwp
  4. « Claude Allègre, ancien ministre et toujours ami de Lionel Jospin », Le Télégramme, 22 janvier 2012.
  5. Claude Allègre, Introduction à la géochronologie des systèmes ouverts, 1967. Thèse de doctorat ès sciences physiques, université de Paris.
  6. François Beauducel, À propos de la polémique de Soufrière 1976.
  7. À propos de la polémique de Soufrière 1976.
  8. La Soufrière, volcanology and forecasting, Nature, Vol. 269, 8 septembre 1977, p. 96-97.
  9. (en) The Crafoord Prize 1986, 1er juin 1986
  10. CNRS, « Liste des médaillés d'or du CNRS », sur http://www.cnrs.fr (consulté le 11 février 2014)
  11. Fiche de Claude Allègre à l'Académie des sciences.
  12. « Les notes de frais en or de Claude Allègre », VSD, 18 novembre 1999, p. 6-7
  13. Fiche Personnalité de "EduPro"
  14. Engineers clash with minister, Times Higher Education, 22 octobre 1999.
  15. Appel à la construction d'un espace européen de l'enseignement supérieur
  16. Fiche Personnalité de "EduPro".
  17. Valeurs actuelles du 31 mars 2000
  18. [PDF] La petite phrase qui tue.
  19. « Claude Allègre réitère ses allégations », L'Humanité,‎ 1997 (consulté le 19 novembre 2007)
  20. Pourquoi les profs veulent la peau d'Allègre, L'Express, 22 octobre 1998.
  21. Faut-il brûler Claude Allègre ?, Le Point, 29 avril 2010.
  22. (en) Engineers clash with minister, Times Higher Education, 22 octobre 1999 : refus de nomination du directeur de l'École centrale.
  23. Texte de Claude Allègre : "Les priorités Politique de la recherche et les Très Grands Equipements", 1999
  24. Le synchrotron Soleil voit le jour dans l'Essonne, Le Figaro, 15 octobre 2007.
  25. Interview à France-soir, 29-11-99.
  26. Lettre d'indignation de Laurent Schwartz (mathématicien), Lettre de protestation émanant d'environ 80 académiciens, Lettre ouverte de l'ADIREM adressée au président de la République et au Premier ministre, site de Jean-Pierre Demailly
  27. Bernard Cassen, « La langue-dollar », Le Monde diplomatique, mai 2000, p. 32.
  28. Le Canard enchaîné formule ce reproche dans un article du 24 février et publie une série d'articles les 3, 10, et 17 mars, allant jusqu'à solliciter l'avis de Georges Charpak (prix Nobel de physique): Le ministre perd la boule ?.
  29. « Éducation : l'appel d'Allègre », Le Point, 14 février 2011.
  30. « Le Foll : Allègre a « envie de régler des comptes » », sur tempsreel.nouvelobs.com, Le Nouvel Observateur,‎ 31 août 2007 (consulté le 16 décembre 2007).
  31. « Allègre: « François Hollande est responsable de cette pagaille » », sur www.liberation.fr, Libération,‎ 30 août 2007 (consulté le 16 décembre 2007).
  32. RTL, 4 mai 2007
  33. Sarkozy "aimerait travailler" avec Claude Allègre, Le Nouvel Observateur, 26 février 2008.
  34. Claude Allègre accepte une mission de Sarkozy, Le Nouvel Observateur, 29 août 2008.
  35. Claude Allègre va voter "sans aucune hésitation" UMP, Le Point, 27 mai 2009.
  36. Claude Allègre apporte son soutien à Nicolas Sarkozy, Le Figaro, 19 février 2012.
  37. Allègre victime d'une crise cardiaque, Le Figaro, 19 janvier 2013.
  38. Notre enquête : au fait, Claude Allègre est-il un si brillant chercheur ? Mediapart du 17 mars 2008.
  39. Notre enquête : au fait, Claude Allègre est-il un si brillant chercheur ?, Mediapart du 17 mars 2008.
  40. J'ai honte que Claude Allègre soit considéré comme un de mes collègues, Mediapart du 16 juin 2010.
  41. « La science confuse », Télérama, no 3147, 8-14 mai 2010, p. 28.
  42. Claude Allègre : le message de Édouard Brézin, Blog Libération Sciences² du 15 juin 2010.
  43. Alegre VS Valerie Masson-Delmotte.
  44. Les mathématiques méritent considération, Gazette des Mathématiques d'avril 2000.
  45. (en) La Soufrière, volcanology and forecasting, Tazieff, H., Nature, vol. 269, 8 septembre 1977.
  46. [PDF] Le Changement climatique, rapport de l'Académie des sciences, 26 octobre 2010.
  47. Jade Lindgaard, « L’Académie des sciences désavoue Claude Allègre et les climato-sceptiques », Mediapart, 28 octobre 2010.
  48. Neiges du Kilimandjaro – La cause de la modification climatique reste inconnue. Donc, prudence
  49. « Climat : la prévention, oui, la peur, non », L'Express, 5 octobre 2006
  50. in Ma vérité sur la planète, p. 48
  51. Claude Allègre dénonce une "initiative catastrophique".
  52. La croisade de Claude Allègre contre la taxe carbone, leParisien.fr, 23 août 2009.
  53. Allègre: « Nicolas Hulot est un imbécile », Libération, 27 septembre 2009.
  54. Allègre: « Hulot est un marchand de soupe inculte » !, Marianne, 27 octobre 2009.
  55. « Claude Allègre fait peur à Jean Jouzel », Libération, 29 février 2008 (Comme Allègre, Jean Jouzel a reçu la médaille d'or du CNRS, la plus haute distinction scientifique française).
  56. a et b « Claude Allègre, un si brillant chercheur ? » par Jade Lindgaard, 16 mars 2008, sur mediapart.fr
  57. Climat : polémique entre académiciens, Le Figaro, 15 octobre 2007.
  58. « L'Académie des sciences s'échauffe sur le climat », dans Libération du 14 mars 2007.
  59. Changement climatique : l'Académie des sciences réfute les thèses d'Allègre, Le Monde Planète, 28 octobre 2010.
  60. Le changement climatique, synthèse des interventions et discussions prononcées lors du débat sur le climat le 20 septembre 2010 à l’Académie des sciences, des contributions écrites qui l’ont précédé et des nombreux échanges et commentaires qui l’ont suivi, 26 octobre 2010.
  61. a et b Stéphane Foucart, Le cent-fautes de Claude Allègre, LeMonde.fr, 27 février 2010.
  62. Jean-Louis Fellous, « Claude Allègre : en finir avec l'imposture », LeMonde.fr, 1er mars 2010.
  63. Voir Sylvestre Huet, « Climat : Allègre part en courbes », Libération, 23 mars 2010.
  64. Plus de 600 scientifiques, s'estimant dénigrés, réclament l'organisation d'un vrai débat sur le climat, Le Monde, 9 avril 2010
  65. Commentaires sur le livre de Claude Allègre et Dominique de Montvalon, L'imposture climatique ou la fausse écologie, Plon, 2010, Le Monde, 9 avril 2010
  66. Quelques exemples de dénigrement relevés dans le livre de Claude Allègre, l’Imposture climatique, Le Monde, 9 avril 2010
  67. « Portrait de Vincent Courtillot », Libération, 13 mai 2010.
  68. « Pour une écologie scientifique », La Revue critique des idées et des livres, 1er janvier 2011.
  69. http://www.socgeo.org/grand-prix-de-la-societe-de-geographie
  70. a et b « Déjà 22 morts et 130 malades : les amiantes de Jussieu », Le Nouvel Observateur, 29 novembre 2007.
  71. Voir la chronologie et une copie partielle du rapport sur le site du Comité Anti-Amiante Jussieu
  72. Rapport SETEC du 23/12/95, paragraphes 8.1.2 et 8.1.3.
  73. Monsieur Hollande, n'ayez pas peur des gaz de schiste !, le Point, www.lepoint.fr
  74. « Les écologistes sont des cons ! », entretien avec Claude Allègre, www.bvoltaire.fr, 7 novembre 2012
  75. C. Allègre reçoit le prix "Atoms for Peace", Le Figaro Économie, 6 février 2012

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Sylvestre Huet, L'imposteur c'est lui : réponse à Claude Allègre, Stock, 2010.
  • « La science confuse », Télérama, no 3147, 8-14 mai 2010, p. 26-32.

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]