Élection présidentielle française de 1995

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Élection présidentielle française de 1995
Jacques Chirac 1997.jpg
Jacques ChiracRPR
Voix 15 763 027
  
52,64 %
Lionel Jospin 2008 - 2.jpg
Lionel JospinPS
Voix 14 180 644
  
47,36 %
Président
Sortant
Élu

La septième élection présidentielle de la Cinquième République s'est tenue en France les 23 avril et 7 mai 1995.

Cette élection, qui voit neuf candidats s'affronter, a été marquée par la division à droite, avec d'un côté Édouard Balladur, Premier ministre issu du RPR et soutenu par l'UDF, et de l'autre Jacques Chirac, président du RPR. Longtemps donné favori par les sondages, Édouard Balladur arrive en troisième position au premier tour, avec 18,6 % des voix, derrière Jacques Chirac (20,8 %) et Lionel Jospin (23,3 %).

Jacques Chirac obtient, au second tour, 52,64 % des voix face au candidat socialiste, Lionel Jospin. Au lendemain du second tour, la France célèbre le cinquantième anniversaire du 8 mai 1945 et est représentée par deux présidents, puisque Jacques Chirac est élu mais pas encore investi et François Mitterrand n'a pas encore quitté ses fonctions. Jacques Chirac est investi dans ses fonctions de président de la République le 17 mai 1995, succédant au socialiste François Mitterrand, président pendant 14 ans.

Déroulement de la campagne[modifier | modifier le code]

Primaire au Parti socialiste[modifier | modifier le code]

La primaire en interne au Parti socialiste a vu la victoire de Lionel Jospin sur Henri Emmanuelli (par 65,85 % contre 34,15 %), ce dernier représentant l’aile gauche du parti.

À droite : la rivalité entre Édouard Balladur et Jacques Chirac[modifier | modifier le code]

Le RPR, parti d'Édouard Balladur et Jacques Chirac est déchiré en deux camps. Édouard Balladur peut compter sur l'appui de la plupart des ministres RPR (Nicolas Sarkozy au Budget et à la Communication), Charles Pasqua à l'Intérieur, François Fillon à la Recherche) et UDF (François Léotard à la Défense, Pierre Méhaignerie à la Justice, François Bayrou à l'Education). En revanche, les ministres Alain Juppé (Affaires étrangères) et Jacques Toubon (Culture), ainsi que l'UDF Alain Madelin (Entreprises) soutiennent Jacques Chirac.

Dans un premier temps très défavorables à Jacques Chirac (Arlette Chabot, journaliste de France 2, ira même jusqu’à demander s’il renonce[1]), les sondages finissent par montrer une inversion de tendance début 1995.

Plusieurs facteurs renversent le rapport de force initialement favorable à Édouard Balladur :

  • Jacques Chirac apparaît comme plus proche et plus « sympathique », peut-être en partie grâce à l'influence (débattue) des Guignols de l'info qui lui prêtent un slogan de campagne décalé : « Mangez des pommes » (en référence au pommier qui apparaît sur la couverture de son ouvrage La France pour tous). Plus fondamentalement, le thème de la fracture sociale, inspiré de travaux d'Emmanuel Todd pour la Fondation Saint-Simon, eux-mêmes inspirés par Marcel Gauchet et repris par Henri Guaino (ultérieurement devenu la « plume » de Nicolas Sarkozy), lui donne un angle d'attaque contre le bilan du Premier ministre.
  • La légitimité d’Édouard Balladur comme éventuel président semble de moins en moins évidente lors de l’hiver et du printemps 1995. Le Premier ministre, en partie miné par le piètre état de l’économie française, a un problème d’image qui concourt à l’effondrement de sa cote dans l’opinion à mesure qu’approche le premier tour : il apparaît comme éloigné de l’électorat, s’exprimant avec des intonations trop aristocratiques et sans avoir de thème de campagne mobilisateur.

À gauche : la valse-hésitation de Jacques Delors[modifier | modifier le code]

Pendant les mois qui précèdent l'élection, les pronostics opposent le Premier Ministre en fonction Édouard Balladur et l'ancien ministre socialiste Jacques Delors : celui-ci n'a jamais fait acte de candidature mais sa notoriété et sa popularité semblent en faire le candidat naturel des socialistes. Il renonce cependant à quelques semaines de l'élection laissant la voie libre à Lionel Jospin, premier secrétaire du parti.

Candidature de Valéry Giscard d'Estaing[modifier | modifier le code]

Valéry Giscard d'Estaing eut un temps l'intention de se présenter à l'élection présidentielle. Distancé dans les sondages, il se rend compte trop tard qu'il aurait pu arriver en tête au premier tour. Finalement, il renonce à présenter sa candidature après celles de 1974 et 1981.

Sondages[modifier | modifier le code]

Premier tour[modifier | modifier le code]

Date de publication photographie de Jacques Chirac photographie de Lionel Jospin photographie de Édouard Balladur
Jacques Chirac
Lionel Jospin
Édouard Balladur
3 au 5 mars 1994
14 %
24 %
33 %
6 au 8 septembre 1994
16 %
27 %
30 %
26 au 28 décembre 1994
14 %
22 %
25 %
10 au 12 janvier 1995
17 %
20 %
29 %
24 au 26 janvier 1995
18 %
17 %
32 %
7 au 9 février 1995
17,5 %
20,5 %
28 %
21 au 23 février 1995
19 %
24 %
23 %
8 au 9 mars 1995
24 %
21 %
20 %
21 au 22 mars 1995
26 %
22 %
17 %
4 au 4 avril 1995
24 %
22 %
20 %
13 au 14 avril 1995
24 %
20,5 %
16,5 %
Résultats du premier tour
20,84 %
23,30 %
18,58 %
Source : TNS Sofres[2]

Second tour[modifier | modifier le code]

Date de publication photographie de Jacques Chirac photographie de Lionel Jospin
Jacques Chirac
Lionel Jospin
10 au 12 janvier 1995
51 %
49 %
24 au 26 janvier 1995
54 %
46 %
7 au 9 février 1995
52 %
48 %
21 au 23 février 1995
53 %
47 %
8 au 9 mars 1995
57 %
43 %
11 au 13 mars 1995
60 %
40 %
21 au 22 mars 1995
58 %
42 %
25 au 27 mars 1995
57 %
43 %
4 au 5 avril 1995
57 %
43 %
8 au 10 avril 1995
58 %
42 %
13 au 14 avril 1995
58 %
42 %
20 au 21 avril 1995
57 %
43 %
24 avril 1995
55 %
45 %
28 au 29 avril 1995
54 %
46 %
4 au 5 mai 1995
53 %
47 %
Résultats du second tour
52,64 %
47,36 %
Source : TNS Sofres[2]

Résultats[modifier | modifier le code]

Premier tour
le 23 avril 1995
Second tour
le 7 mai 1995
Nombre % des
inscrits
% des
votants
Nombre % des
inscrits
% des
votants
Inscrits 39 992 912 39 976 944
Votants 31 345 794 78,38 % 31 845 819 79,66 %
   suffrages exprimés 30 462 633 97,18 % 29 943 671 94,03 %
   bulletins blancs ou nuls 883 161 2,82 % 1 902 148 5,97 %
Abstentions 8 647 118 21,62 % 8 131 125 20,34 %
Candidat
Parti politique
Voix % des
exprimés
Voix % des
exprimés
  Lionel Jospin
Parti socialiste, soutenu par Radical
7 098 191 23,30 % 14 180 644 47,36 %
  Jacques Chirac
Rassemblement pour la République
6 348 696 20,84 % 15 763 027 52,64 %
  Édouard Balladur
Rassemblement pour la République, soutenu par l'Union pour la démocratie française
5 658 996 18,58 %
  Jean-Marie Le Pen
Front national
4 571 138 15,00 %
  Robert Hue
Parti communiste
2 632 936 8,64 %
  Arlette Laguiller
Lutte ouvrière
1 615 653 5,30 %
  Philippe de Villiers
Mouvement pour la France
1 443 235 4,74 %
  Dominique Voynet
Les Verts
1 010 738 3,32 %
  Jacques Cheminade
Fédération pour une nouvelle solidarité
84 969 0,28 %
Sources : Site officiel du Conseil constitutionnel : premier tour, second tour


Présidentielle française 1995 premier tour.png Présidentielle française 1995 premier tour deuxième position.png


Analyse[modifier | modifier le code]

À l’issue du premier tour :

  • Lionel Jospin, candidat du PS, arrive en tête du premier tour et en tête dans la majorité des départements malgré la faiblesse de la gauche après quatorze années de présidence mitterrandienne ;
  • Édouard Balladur termine en troisième place alors qu'il était favori jusqu'en février où il obtenait pourtant 30 % des intentions de vote mais en avril il s'effondrait à 19,5 %, face à Jacques Chirac en deuxième position, dont les observateurs de la campagne s’accordent à dire qu'il a bénéficié de sa posture « sociale » face à Édouard Balladur, le « libéral » ;
  • Jean-Marie Le Pen, président et candidat du Front national, se classe quatrième et confirme ainsi son ascension électorale : de 0,75 % en 1974, il passe à 14,38 % en 1988 pour atteindre 15,10 % en cette élection de 1995, et arriva de plus en tête dans le Bas-Rhin, le Haut-Rhin, la Moselle, le Var, le Vaucluse, les Bouches-du-Rhône, la Loire, et arrive en seconde place dans les autres départements de l'Est, les Alpes-Maritimes et le Nord ; cette progression se confirmera en 2002 avec son accession au second tour grâce à un score de 16,86 % ;
  • le score de Robert Hue, cinquième, traduit l’inexorable chute électorale du PCF depuis son « phagocytage » amorcé par François Mitterrand dans le passé, il améliore toutefois le score d’André Lajoinie en 1988 (6,76 % des voix) ;
  • Arlette Laguiller, candidate de LO, se place en sixième position et dépasse pour la première fois les 5 % en obtenant un score de 5,30 %, ce qu’elle rééditera en 2002 avec 5,72 % des suffrages ;
  • Philippe de Villiers, candidat du MPF et septième, ne récolte que 4,74 % des suffrages, ce qui le prive d’un remboursement intégral de ses frais de campagne et le contraint à solliciter l'aide de ses électeurs. La souscription publique couvre la plus grande part des frais de campagne. Il est arrivé en tête dans son département de la Vendée (22 %) et a obtenu, dans les départements limitrophes 9,1 % Deux-Sèvres, 9 % dans le Maine-et-Loire et 7,8 % en Charente-Maritime.

Le second tour voit la victoire assez nette de Jacques Chirac, candidat du RPR, avec 52,64 % des voix, face à Lionel Jospin, en situation de faiblesse du fait de l’épuisement de la gauche dans l’exercice du pouvoir. Ce dernier dira d’ailleurs : « On ne pouvait pas gagner, car nous étions à la fin d’un cycle politique[3]. »

Après l'élection[modifier | modifier le code]

Après quatorze ans de présidence socialiste, Jacques Chirac est investi dans ses fonctions le 17 mai 1995. Il nomme Alain Juppé, son adjoint à la mairie de Paris et ministre des affaires étrangères du Gouvernement Édouard Balladur, au poste de Premier ministre.

Devenu rapidement impopulaire, Jacques Chirac dissout l'Assemblée nationale le 21 avril 1997, pensant prendre de vitesse la gauche avant les législatives prévues pour 1998 et conserver ainsi la majorité. Après le second tour du scrutin, l'union RPR-UDF, qui comptait alors 472 députés sur 577, n'en garde plus que 253, tandis que la gauche plurielle de Lionel Jospin (socialistes, radicaux, communistes, Verts) en remporte 319. Jacques Chirac nomme Lionel Jospin Premier ministre le 2 juin 1997, pour former la troisième cohabitation, qui durera cinq ans.

Les comptes de campagne d'Édouard Balladur ont été mis en doute en 2010 pour avoir intégré d'importantes sommes en liquide qui pourraient émaner de possibles rétro-commissions d'un contrat militaire avec le Pakistan. Selon le président d'alors du Conseil constitutionnel Roland Dumas, les comptes n'auraient été validés qu'après de houleux débats en passant outre des anomalies dans les comptes de campagne d'Édouard Balladur mais aussi de Jacques Chirac[4]. Selon Jacques Robert, qui siégeait à l'époque au Conseil constitutionnel et a été le premier à évoquer ces irrégularités dès 2002, les comptes de campagne des deux candidats ont été ajustés à la demande de Roland Dumas[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]