Jules Dufaure

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Jules Dufaure
Jules Dufaure
Jules Dufaure
Fonctions
1er vice-président du Conseil des ministres
28e et 32e président du Conseil des ministres français
et Ministre de la justice
(36e, 40e et 44e chef du gouvernement)
Président Adolphe Thiers
Gouvernement Dufaure 1
Dufaure 2
Législature Assemblée nationale
Prédécesseur Louis Jules Trochu
Successeur Albert de Broglie
Président Patrice de Mac Mahon
Gouvernement Dufaure 3
Dufaure 4
Législature Assemblée nationale
Ie législature
Prédécesseur Louis Buffet
Successeur Jules Simon
Président Patrice de Mac Mahon
Jules Grévy
Gouvernement Dufaure 5
Législature IIe législature
Prédécesseur Gaëtan de Rochebouët
Successeur William Henry Waddington
Sénateur inamovible
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Saujon, Charente-Inférieure (France)
Date de décès (à 82 ans)
Lieu de décès Rueil-Malmaison, Seine (France)
Nationalité française
Parti politique Modéré
Profession Avocat
Présidents du Conseil des ministres français

Jules Dufaure[1], né le à Saujon (Charente-Inférieure) et mort le à Rueil-Malmaison (Seine), est un homme politique français d'orientation libérale, plusieurs fois ministre sous la Monarchie de Juillet, la Seconde République et la Troisième République.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille et jeunesse[modifier | modifier le code]

Il est le fils de Pierre Stanislas Dufaure, officier de marine et maire de Grézac (Charente-Maritime, alors appelée « Charente-Inférieure », et de Catherine de Chal.

Il fait ses études secondaires à l'école des Oratoriens de Vendôme (à la même époque qu'Honoré de Balzac), puis des études de droit à Paris. Reçu avocat, il s'inscrit au barreau de Saintes, puis à celui de Bordeaux (1820). Premier avocat à plaider sans avoir écrit d'avance sa plaidoirie, il ne tarde pas à acquérir une grande réputation.

Il épouse la fille de l'orientaliste Pierre-Amédée Jaubert ; de ce mariage, sont nés deux fils, Gabriel et Amédée, tous deux députés, et une fille, épouse d'Édouard de Monicault, officier de marine.

Sous la monarchie de Juillet[modifier | modifier le code]

Le 21 juin 1834, il est élu député libéral par le 7e collège électoral de la Charente-Inférieure (Saintes)[2] ; il est réélu dans cet arrondissement jusqu'en 1848 : le 14 août 1836, le 4 novembre 1837[3], le 2 mars et le 8 juin 1839, le 9 juillet 1842[4] et le 1er août 1846[5]. À la Chambre des députés, il siège avec le tiers parti, se fait bientôt remarquer comme orateur d'affaires et conquiert une haute situation parlementaire par ses discours à la tribune ou dans les bureaux par ses rapports.

En 1836, sous le ministère Thiers, il est nommé conseiller d'État et cette circonstance détermina le premier renouvellement de son mandat législatif. Il se retire, à la chute du cabinet, avec Thiers, dont il est devenu le collaborateur, et entre avec lui dans une farouche opposition au ministère Molé.

À la chute de celui-ci, il brave la consigne de non-participation donnée par Thiers et entre le 12 mai 1839 dans le ministère Soult comme ministre des Travaux publics. Il soutient en cette qualité les grandes discussions qui s'ouvrirent au Parlement sur les modalités de réalisation des chemins de fer. Il quitte le ministère le 1er février 1840 et ne fait pas partie du second ministère Thiers, qu'il ne combat cependant pas. Néanmoins, il attaque vivement le projet de loi sur les fortifications de Paris. Il se signale également comme rapporteur du projet de loi sur l'expropriation pour cause d'utilité publique.

En 1842, il est nommé vice-président de la Chambre des députés avec l'appui du gouvernement ; il est renommé en 1845, mais cette fois grâce à l'appui de l'opposition. Il est rapporteur de la loi sur les chemins de fer de 1842 et joua un rôle déterminant dans le vote de la loi qui créa un tracé général de six lignes partant de Paris.

Louis Marie de Lahaye Cormenin évoque en ces termes son talent parlementaire : « Lorsqu'il demande la parole à la fin de la séance, c'est que la discussion s'égare et qu'il est temps de conclure. Il la prend, il la ramène dans ses voies ; il trace autour de ses débords les circonvallations puissantes de son raisonnement ; il dévide, il enroule ses preuves comme une ménagère fait tourner son fuseau sous ses doigts agiles ; ainsi il pousse ses fils dans toutes les directions ; il les rassemble, il les entre-croise et il en compose une maille si souple, si serrée et si forte que son adversaire enveloppé est obligé de mettre un genou en terre devant l'Assemblée et de s'avouer vaincu. »[6]

En août 1846, Dufaure se rapproche politiquement d'Alexis de Tocqueville et de quelques autres députés (Francisque de Corcelle, Gustave Rivet, Adolphe Billault). Ils créent ensemble le parti de la « Jeune Gauche ». Malgré son hostilité grandissante à la politique de Louis-Philippe en 1847, il blâme vivement la « campagne des Banquets » et, lorsque le ministère Guizot est mis en accusation par l'opposition dynastique, il lance aux ministres en passant devant leur banc : « Si vous aviez laissé faire le banquet, c'est alors que vous auriez mérité d'être mis en accusation ! »

Sous la Deuxième République et le Second Empire[modifier | modifier le code]

Caricature par Cham.

Dufaure accepte la proclamation de la République après la Révolution de 1848 et est élu le 23 avril 1848 représentant de la Charente-Inférieure à l'Assemblée constituante[7].

Du 13 octobre au 20 décembre 1848, il est ministre de l'Intérieur dans le gouvernement du général Cavaignac.

Du 2 juin au 31 octobre 1849, il est ministre de l'Intérieur sous la présidence de Louis-Napoléon Bonaparte.

Il se retire de la vie politique après le coup d'État du 2 décembre 1851, devenant membre du conseil de l'ordre puis bâtonnier du barreau de Paris. Il revient à la politique quelques années plus tard, en tant que membre de l'Union Libérale. Malgré plusieurs échecs aux élections législatives - notamment en 1859, en 1862 et en 1867 - il continue de lutter contre Napoléon III lors de nombreux procès politiques mettant en cause des personnalités de l'opposition libérale ou républicaine tels que le duc d'Aumale, Prévost-Paradol et Émile de Girardin, ou encore lors du célèbre "Procès des Treize" en 1864. Il est également directeur de campagne de Thiers lors de son élection à Paris en 1869 et s'oppose au référendum plébiscitaire de Napoléon III en 1870.

Le 23 avril 1863, il est élu à l'Académie française en remplacement du duc Étienne-Denis Pasquier.

Sous la Troisième République[modifier | modifier le code]

En 1871, il est élu député par cinq départements.

Député modéré en 1871, il est nommé ministre de la Justice et vice-président du Conseil de février 1871 à mai 1873, et ministre de la Justice dans le cabinet Buffet en 1875. C'est en tant que Garde des Sceaux qu'il a contribué à la création du droit administratif français : lors d'une séance du Tribunal des conflits durant laquelle les voix se partageaient, il a dû voter et a choisi la compétence du Conseil d'État et non de la Cour de cassation. L'arrêt en question est aujourd'hui connu sous le nom d'arrêt Blanco rendu le 8 février 1873, il est considéré comme l'arrêt fondateur du droit administratif français[8].

Dufaure est nommé président du Conseil — il est le premier sous la Troisième République à porter ce titre — de mars à décembre 1876 puis de nouveau en décembre 1877 après la crise du 16 mai avec le triomphe de la coalition républicaine. En janvier, il est confronté à une nouvelle majorité, hostile, qui lui demande d'épurer certaines administrations[9]. Après la mort de Thiers, Dufaure devient le leader de l'aile modérée du bloc des gauches qui oblige Mac Mahon à « se soumettre ». Avec son Gouvernement il assurera encore l'intérim de ce dernier le 30 janvier 1879, jour de l'élection du président Jules Grévy.

Il est nommé sénateur inamovible en août 1876. Les 14 mois pendant lesquels Dufaure gouverne constituent une année de calme relatif, avec la tenue de l'Exposition universelle de 1878 et le Congrès de Berlin. Mais endeuillé par la disparition de son épouse et âgé de 80 ans à la fin de l'année 1878, Dufaure préfère se retirer lors de la démission de Mac Mahon en janvier 1879, suite à l'ultimatum posé concernant les nominations dans le domaine militaire en particulier.

Mandats électifs[modifier | modifier le code]

  • 1834 : député de la Charente-Inférieure, élu à Saintes
  • 1842 : vice-président de la Chambre
  • 1845 : vice-président de la Chambre
  • 1848 : représentant de la Charente-Inférieure à l'Assemblée constituante
  • 1848 : député de la Charente-Inférieure à l'Assemblée nationale
  • 1871 : député de la Charente-Inférieure
  • 1876 : député de la Charente-inférieure, élu à Marennes
  • 1876 : sénateur inamovible

Fonctions ministérielles[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • « Jules Dufaure », dans Robert et Cougny, Dictionnaire des parlementaires français,‎ 1889 [détail de l’édition]
  • Georges Picot, M. Dufaure. Sa vie et ses discours, Paris, Calmann-Lévy, 1883
  • Yvert Benoît (dir.), Premiers ministres et présidents du Conseil. Histoire et dictionnaire raisonné des chefs du gouvernement en France (1815-2007), Paris, Perrin, 2007, 916 p.
Notices disponibles en ligne

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pour l'état civil Jules Armand Stanislas Dufaure ; selon l’usage de l’époque, il était connu publiquement comme « Dufaure » ou « M. Dufaure ». Les sources modernes donnent soit « Jules Dufaure », soit « Jules-Armand Dufaure », soit « Armand Dufaure ».
  2. 319 voix sur 431 votants et 574 inscrits contre 73 à M. Brown
  3. 354 voix sur 442 votants et 628 inscrits
  4. 353 voix sur 464 votants et 668 inscrits contre 40 à M. Oudet, 33 à M. Boscal de Réals et 24 à M. Lemercier
  5. 422 voix sur 493 votants et 704 inscrits contre 12 à M. Oudet
  6. cité par le Dictionnaire des parlementaires français
  7. 5e sur 12 par 68.197 voix sur 111.907 votants et 136.016 inscrits
  8. Ce rôle de Dufaure est rappelé par le rapport du Tribunal des conflits pour 2005, p. 44
  9. Colling 1949, p. 294
Précédé par Jules Dufaure Suivi par
Louis Jules Trochu
Vice-président du Conseil des ministres
-
Albert de Broglie
Louis Buffet
Président du Conseil des ministres
-
Jules Simon
Gaëtan de Rochebouët
Président du Conseil des ministres
-
William Henry Waddington
Antoine Sénard
Ministre français de l'Intérieur
13 octobre 1848 - 20 novembre 1848
Léon de Malleville
Léon Faucher
Ministre français de l'Intérieur
2 juin 1849 - 31 octobre 1849
Ferdinand Barrot
Louis Buffet
Ministre français de l'Intérieur
-
Amable Ricard
François Lepelletier
Ministre français de la Justice
Philippe Le Royer
Adrien Tailhand
Ministre français de la Justice
Louis Martel
Adolphe Crémieux
Ministre français de la Justice
Jean Ernoul
Précédé par Jules Dufaure Suivi par
Étienne-Denis Pasquier
Fauteuil 3 de l’Académie française
1863-1881
Victor Cherbuliez