Bataille de Caporetto

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Bataille de Caporetto
Situation du front le 24 octobre 1917 et opérations jusqu’au 12 novembre
Situation du front le 24 octobre 1917 et opérations jusqu’au 12 novembre
Informations générales
Date du 24 octobre au 9 novembre 1917
Lieu Kobarid
(Slovénie actuelle)
Issue Victoire austro-allemande
Belligérants
Flag of Italy (1861-1946).svg Royaume d’Italie Drapeau de l'Autriche-Hongrie Autriche-Hongrie
Drapeau de l'Empire allemand Empire allemand
Commandants
Drapeau de l'Italie Luigi Cadorna Drapeau de l'Autriche-Hongrie Svetozar Boroević
Drapeau de l'Allemagne Otto von Below
Forces en présence
410 000 sur le front
2e armée en première ligne
350 000 sur le front
9 divisions autrichiennes
6 divisions allemandes pour l'offensive
(14e armée)
Pertes
Environ 30 000 morts et blessés
260 000 prisonniers
Environ 20 000 morts et blessés
Première Guerre mondiale
Batailles
Front italien

1re Isonzo (06-1915) · 2e Isonzo (07-1915) · 3e Isonzo (10-1915) · 4e Isonzo (11-1915) · 5e Isonzo (03-1916) · Trentin (06-1916) · 6e Isonzo (08-1916) · 7e Isonzo (09-1916) · 8e Isonzo (10-1916) · 9e Isonzo (11-1916) · 10e Isonzo (05-1917) · Mont Ortigara (06-1917) · 11e Isonzo (08-1917) · Caporetto (12e Isonzo) (10-1917) · Piave (06-1918) · San Matteo (08-1918) · Vittorio Veneto (10-1918)


Front d'Europe de l’Ouest


Front d'Europe de l’Est


Front du Moyen-Orient


Front africain


Bataille de l'Atlantique

Coordonnées 46° 12′ 52″ N 13° 38′ 33″ E / 46.214444444444, 13.6425 ()46° 12′ 52″ Nord 13° 38′ 33″ Est / 46.214444444444, 13.6425 ()  

Géolocalisation sur la carte : Italie

(Voir situation sur carte : Italie)
 Différences entre dessin et blasonnement : Bataille de Caporetto.

Géolocalisation sur la carte : Slovénie (relief)

(Voir situation sur carte : Slovénie (relief))
 Différences entre dessin et blasonnement : Bataille de Caporetto.

La bataille de Caporetto (également appelée bataille de Karfreit par les empires centraux ou douzième bataille de l'Isonzo) est une bataille de la Première Guerre mondiale, qui eut lieu du 24 octobre au 9 novembre 1917 au nord de l'Italie. Caporetto, aujourd’hui Kobarid en Slovénie, est alors le point central d'une offensive austro-allemande menée par Otto von Below qui bouscule les armées italiennes.

Cette bataille se solde par une très lourde défaite des Italiens, alors dans le camp de la Triple-Entente, face aux armées austro-allemandes. Les Italiens parviennent ensuite à stabiliser le front sur la ligne du Piave.

Éléments de contexte[modifier | modifier le code]

Depuis 1915, les militaires austro-hongrois tentent d'obtenir des Allemands leur concours pour permettre l'écrasement de l'Italie[1]. La disparition de toute menace directe sur le flanc sud de la monarchie donne à l'Autriche les capacités de mener, en lien avec les Allemands, une offensive sur le front italien[1].

Dans le contexte des négociations autrichiennes avec les alliés[2], les Dioscures, Hindenburg et Ludendorff se montrent favorables à une action concertée contre l'Italie[2]. Le mois précédent, les forces austro-hongroises avaient reçu plusieurs divisions en renfort et des unités d'assaut spécialisées allemandes. Six des divisions allemandes et neuf divisions austro-hongroises avaient été rassemblées pour former la nouvelle XIVe armée, sous le commandement du général allemand Otto von Below.

Ce soutien allemand, dans un contexte de lent épuisement de la monarchie danubienne, prive en réalité cette dernière de toute possibilité de sortie du conflit, mais les considérations de Charles Ier sont balayées par les militaires austro-hongrois[3].

Plans et préparatifs austro-allemands[modifier | modifier le code]

Les états-majors allemands et autrichiens préparent dans le courant de l'été cette grande offensive qui doit permettre la prise de contrôle de la Vénétie dans le cadre d'une guerre de mouvement[4]. Treize divisions, sept allemandes, six austro-hongroises, placés sous le commandement d'Otto von Below, doivent former le groupe de choc, tandis que d'autres unités sont détachées pour les offensives secondaires[2]. Ces préparatifs ne sont pas inconnus de l'état-major italien, renseigné par ailleurs par des déserteurs autrichiens[4].

Déroulement[modifier | modifier le code]

Les forces d'Otto von Below, regroupées en territoire austro-hongrois dans la zone de Tolmino, Caporetto et de Plezzo le long du fleuve Isonzo, lancent l'offensive. La cible principale de la XIVe armée est la IIe armée du général Luigi Capello, qui avait lentement constitué des positions défensives en vue de l'attaque austro-hongroise. La principale offensive de la XIVe armée est soutenue par l'avancée de deux armées austro-hongroises. La Ve armée, opposée au sud à la IIIe armée italienne, a reçu l'ordre de pousser vers la côte Adriatique en direction de Venise. La IIIe armée, au nord de la XIVe armée, doit se diriger vers le sud-ouest, en Italie, vers le fleuve Piave.

Depuis un saillant, les Allemands appliquent les tactiques perfectionnées sur le front de l'Ouest, utilisant un barrage d'artillerie, des gaz toxiques puis l'infiltration avec des grenades et des lance-flammes. Ils avancent de 25 km le premier jour.

Le barrage d'ouverture sème la panique parmi les unités italiennes en première ligne, qui découvrent que leurs masques à gaz n'offrent aucune protection contre les gaz ennemis. Avançant sous la pluie et dans le brouillard et contournant des points de résistance, l'offensive gagne rapidement du terrain. Le 25, les attaques ont effectué une percée de 24 km dans la ligne de front italienne, ce qui oblige le commandant en chef italien, le général Luigi Cadorna, à envisager un retrait de ses troupes vers le fleuve Tagliamento. Cependant, Luigi Cadorna ignore l'étendue de la percée et la puissance des forces ennemies qu'il affronte, principalement en raison des mauvaises communications avec les unités situées à l'avant. L'ordre de se retirer sur les prochaines défenses est finalement émis le 27. Les armées italiennes très éprouvées se regroupent sur le Tagliamento à la fin du mois.

Les troupes italiennes, dans leur retraite rendue difficile par la saturation des routes, laissent à l’ennemi près de 300 000 prisonniers, la moitié de leur artillerie, soit 3 000 canons, 300 000 fusils, 73 000 animaux de bât, 2 500 automobiles et d'importants stocks de vivres[5].

Cependant, les conséquences du désastre ont été moindres qu'attendu, en raison des lacunes des puissances centrales et de la résistance italienne. En effet, des erreurs de commandement ont permis aux Italiens non seulement de sauver les restes de la IIe armée, mais sur les ailes du front, mais aussi de maintenir leurs positions sur le mont Grappa, de plus, faute d'unités de poursuite suffisamment rapide, la poursuite se révèle un échec[6].

Bilan[modifier | modifier le code]

Cette victoire permet aux forces des empires centraux de percer le front italien et de s'emparer d'une partie du territoire de la Vénétie, progressant de 100 kilomètres en direction de Venise[7]. Mais elles ne peuvent franchir la rivière Piave, où les Italiens, avec 51 divisions, appuyés par 6 divisions composées de forces françaises, britanniques et américaines, avaient mis en place des nouvelles lignes de défense. Celle-ci constitua la ligne de front presque jusqu'à la fin de la guerre.

Sur le plan de la conduite générale du conflit, les ouvertures de paix de Charles Ier du printemps et de l'été sont maintenant caduques, de l'aveu même de l'empereur, et les projets de réforme de la double monarchie sont renvoyés à la fin du conflit[8]. Pendant l'hiver et le printemps 1918 les Autrichiens essayent à plusieurs reprises de franchir le fleuve mais ils se heurtent à la résistance acharnée de l'armée italienne dans la bataille du Piave. À l'automne les Italiens passent à l'attaque dans la bataille de Vittorio Veneto. Le 24 octobre 1918, les forces italiennes et alliées repassent le Piave.

Pour les alliés, le renforcement du front italien avec des unités françaises et anglaises non seulement étaye le front italien, mais aussi participe à la création, dans le camp allié, d'une solidarité de fait des combattants et des dirigeants politiques[8].

Le retentissement de l'échec de Caporetto est tel que le général Luigi Cadorna, chef de l'état-major italien, doit démissionner et, très marqué par ce revers, songe au suicide sans toutefois mettre son geste à exécution[9].

Caporetto après Caporetto: une étonnante postérité, fasciste et antifasciste[modifier | modifier le code]

La bataille de Caporetto a joué un grand rôle dans l'imaginaire politique et militaire italien au cours des années 1919-1945.

En effet, en 1938, Angelo Tasca nomme le chapitre IX de son livre Naissance du Fascisme: "Vers le Caporetto Socialiste"[10] pour caractériser, pour ce qui touche la vie politique italienne, le début de l'année 1922: Dans ce chapitre, Tasca développe la cinglante défaite du PSI essuyée au début de cette année. Pour lui, à partir de ce moment, le PSI, en tant qu'organisation de masse, cesse d'exister, frappé d'une part par les bandes fascistes, d'autre part par le changement de politique du PNF à l'égard de la classe ouvrière[11]. En effet, ce parti organise des syndicats fascistes, et écrase les syndicats liés à la CGL, qui finissent par ne plus être en mesure de résister dans le courant de l'année 1922.

En 1943 (avant le 25 juillet), un certain nombre de fascistes souhaitent faire revivre l'esprit de mobilisation qui a régné en Italie après cette défaite[12]. Parmi eux Giovanni Gentile, dans un discours au Capitole le 24 juin 1943[13] . Paradoxalement, des fascistes, comme Buffarini Guidi partagent une analyse pessimiste de la situation de l'Italie, après les défaites italiennes en Russie et en Afrique, avec des intervenants italiens antifascistes sur Radio-Londres : à savoir l'impossibilité pour un régime totalitaire, comme l'Italie fasciste, de définir un "espace de passion patriotique de défense comme celui du Piave"[14] . Pour ceux qui sont restés fidèles à la monarchie, Caporetto est rappelé dans la lutte contre les Allemands, déjà adversaires en 1917[15] . Certains résistants font en outre un rapprochement entre les lignes de front : en 1917, la Piave, en 1943, le Sud de Naples, Piave des alliés[16] .

Œuvres inspirées de cette bataille[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Pierre Renouvin, La crise européenne et la Première Guerre Mondiale, p. 508
  2. a, b et c Pierre Renouvin, La crise européenne et la Première Guerre Mondiale, p. 509
  3. Pierre Renouvin, La crise européenne et la Première Guerre mondiale, p. 508
  4. a et b Pierre Renouvin, La crise européenne et la Première Guerre Mondiale, p. 510
  5. Pierre Renouvin, La crise européenne et la Première Guerre Mondiale, p. 512
  6. Pierre Renouvin, La crise européenne et la Première Guerre Mondiale, p. 511
  7. Lors de cette bataille où son bataillon de montagne du Wurtemberg joua un rôle déterminant, Erwin Rommel, futur maréchal de la Wehrmacht, devint le plus jeune officier à recevoir la prestigieuse médaille pour le Mérite.
  8. a et b Pierre Renouvin, La crise européenne et la Première Guerre Mondiale, p. 513
  9. D'après la tradition, le général Cadorna se serait retiré au palazzo Zara, à Trévise. Très marqué par sa défaite, alors qu'il s'apprêtait à se tirer une balle dans la tête, il aurait vu entrer dans son bureau un moine capucin qui l'aurait convaincu de ne pas attenter à sa vie. Une fois le religieux reparti aussi soudainement qu'il était apparu, Cadorna aurait tancé les gardes en faction, leur reprochant d'avoir laissé passer sans l'annoncer un moine inconnu de tous. Les soldats auraient juré leurs grands dieux qu'ils n'avaient vu personne entrer ou sortir. Plusieurs années après, le général, voyant une photo de padre Pio dans un journal, aurait reconnu le capucin qui lui avait sauvé la vie par des paroles de réconfort, un soir de novembre 1917.
  10. Angelo Tasca, Naissance du Fascisme, ch IX. (pagination de l'édition Gallimard, collection Tel, 2003): référence notée Tasca par la suite
  11. tasca, p. 210
  12. <Claudio Pavone, une guerre civile, essai historique sur l'éthique de la résistance italienne, Seuil, Collection l'Univers Historique, 2005. p. 27)
  13. Pavone, p. 27
  14. cité par Pavone, p. 27
  15. cité par Pavone, op.cit, p. 41
  16. Pavone, op.cit, p. 252

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Fritz Fischer, Les buts de guerre de l’Allemagne impériale (1914-1918), trad. de Geneviève Migeon et Henri Thiès, préface de Jacques Droz, Éditions de Trévise, Paris, 1970, 654 p.
  • Claudio Pavone, Une guerre civile, essai historique sur l'éthique de la résistance italienne, Seuil, Collection l'Univers Historique, 2005.
  • Pierre Renouvin, La crise européenne et la Première Guerre mondiale, Presses universitaires de France, Paris, 1962, 779 p.