Charles de Rémusat

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les autres membres de la famille, voir Famille Rémusat.
Charles de Rémusat
Portrait par Paul Delaroche.
Portrait par Paul Delaroche.
Fonctions
Ministre des Affaires étrangères
18 mai 187325 mai 1873
Gouvernement Dufaure II
Prédécesseur Jules Favre
Successeur Albert de Broglie
Ministre de l'Intérieur
1er mars 184029 octobre 1840
Monarque Louis-Philippe Ier
Gouvernement Thiers II
Prédécesseur Tanneguy Duchâtel
Successeur Tanneguy Duchâtel
Député de la Haute-Garonne
28 octobre 18302 décembre 1851
12 octobre 18734 juin 1875
Biographie
Date de naissance 13 mars 1797
Lieu de naissance Paris
Date de décès 6 juin 1875 (à 78 ans)
Lieu de décès Paris Drapeau de la France
Nationalité Française
Parti politique Centre-droit

Charles-François-Marie, comte de Rémusat né à Paris le 13 mars 1797 et mort à Paris le 6 juin 1875 (à 78 ans), est un homme politique et philosophe français.

Formation[modifier | modifier le code]

Son père, Auguste Laurent, comte de Rémusat, appartenant à une bonne famille de Toulouse, était chambellan de Napoléon Ier, mais se rallia, à la Restauration, aux Bourbons et devint préfet de la Haute-Garonne, puis du Nord. Sa mère, Claire Élisabeth Jeanne Gravier de Vergennes, était née en 1780. Mariée à seize ans, elle fut attachée à l'impératrice Joséphine comme dame du palais. Talleyrand était au nombre de ses admirateurs et on la considérait généralement comme une femme d'une grande intelligence et d'un grand charme. Après sa mort (1824), son Essai sur l'éducation des femmes fut bien accueilli dans les milieux cultivés, mais on ne rendit justice à son talent littéraire que lorsque son petit-fils, Paul de Rémusat, eut publié ses Mémoires, que suivirent des extraits de la correspondance avec son fils.

Les mémoires de Claire ont permis de mieux comprendre non seulement la cour de Napoléon, mais aussi son fils Charles et l'éducation qu'elle lui avait elle-même prodiguée dans sa jeunesse, s'attachant à lui communiquer de bonne heure le goût des lettres. Charles fut envoyé ensuite au lycée Napoléon, où il fit de brillantes études. Au sortir du collège, il partagea son temps entre l'étude du droit, la philosophie et la poésie légère.

Sous la Restauration[modifier | modifier le code]

L'Empire venait de tomber, et le spectacle d'une monarchie qui tentait de se relever lui donna le goût d'un gouvernement parlementaire et lui fit adopter des idées politiques plus libérales que celles de ses parents. Le salon de sa mère était alors fréquenté par des hommes qui professaient ces idées : Molé, Pasquier, Barante, Guizot. Il se forma à leur école et se rangea bientôt dans le groupe des doctrinaires, qui avait alors pour chef Royer-Collard. En 1819, il fut reçu avocat, mais, préférant l'écriture, il ne suivit pas la carrière du barreau. Il fit paraître, en 1820, un petit ouvrage sur le rôle du jury dans les procès, intitulé De la procédure par jurés en matière criminelle, qui fut suivi par quelques autres brochures, telles que Sur la responsabilité des ministres, Sur les amendements à la loi des élections.

Côté politique, il suivait fidèlement la direction de Guizot, sans pour autant oublier les lettres. Il collaborait au Lycée français, pour lequel il écrivait des articles sur le théâtre, sur Jacopo Ortis et sur les œuvres de Mme de Staël, dont il était un admirateur enthousiaste. Il traduisit également le Théâtre de Goethe en collaboration avec Louis de Guizard, et, seul, le traité De legibus de Cicéron. Quelque temps après la destitution de son père par de Villèle, il entra en relation avec un petit avocat d'Aix, qui venait chercher fortune à Paris, et avec lequel il se lia d'amitié. C'était Adolphe Thiers, dont il devait constamment depuis lors partager les idées politiques. À partir de ce moment, il se lança résolument dans l'opposition, vers laquelle l'attirait du reste son mariage, célébré le 13 juillet 1825, à Grenoble, avec Camille Octavie Joséphine Fanny Perier (1800-1826), fille d'Augustin Perier et nièce de Casimir Perier, qui devait décéder prématurément de la tuberculose.

En 1833, il devint, avec son ami Thiers, un des rédacteurs des Tablettes ; puis l'année suivante, à l'occasion des élections, il prit une part active aux efforts de son parti pour faire élire des candidats libéraux. À partir de 1824, il devint un des collaborateurs assidus du Globe, et il donna des articles littéraires, politiques et philosophiques, où l'on sentait l'influence de l'éclectisme de Victor Cousin. On suggère qu'il a inspiré à Balzac, le personnage d'Henri de Marsay[1]. Il écrivit aussi des essais (réfutation de L'Essai sur l'indifférence de Lamennais, un Essai sur la nature du pouvoir), ainsi que des poésies légères et même des chansons, dont l'une, intitulée Lise ou la bouteille, fut insérée en 1824 dans le Mercure du XIXe siècle. Il écrivit également quelques drames, qui ne furent pas publiés, et collabora à la Revue encyclopédique et au Courrier français. Lorsqu'en 1830, le ministère Polignac donna ses fameuses Ordonnances de juillet 1830, il signa la protestation des journalistes contre celles-ci. Il écrivit dans le numéro du Globe du 27 juillet un remarquable et vigoureux article, qui commençait par : Le crime est consommé, puis proposait, trois jours plus tard, dans un autre article d'appeler au trône le duc d'Orléans.

Sous la Monarchie de Juillet[modifier | modifier le code]

Après la révolution de juillet 1830, il entra définitivement dans la vie politique active. En octobre suivant, il fut élu député de la Haute-Garonne par le collège électoral de Muret, dont il ne cessa d'être le représentant jusqu'en 1848. On vit alors se produire en lui la même évolution que chez la plupart des hommes de son parti que les événements venaient de faire passer des rangs de l'opposition à ceux du pouvoir. Comme Casimir Perier et Thiers, il oublia alors avec quelle verve il avait défendu les idées libérales, pour ne plus songer qu'aux moyens de résister à l'invasion des idées démocratiques. Sous le ministère Perier, sans fonctions officielles, mais faisant partie des doctrinaires, il prit part aux travaux du cabinet de son oncle. Puis, comme député, il vota toutes les mesures propres à enrayer le complet exercice des libertés, dont le nouveau gouvernement était épouvanté, et qui rendirent la monarchie de Juillet impopulaire auprès de la gauche radicale, alors très minoritaire dans le pays. C'est ainsi qu'il se prononça pour les lois contre les crieurs publics, contre les associations, contre la presse, dites lois de septembre.

En septembre 1836, il devint pour peu de temps sous-secrétaire d'État à l'Intérieur dans le ministère Molé. Devenu l'allié de Thiers, il fut en 1840 ministre de l'Intérieur pendant une brève période. De 1841 à 1848, il fit partie, comme son ami Thiers, de l'opposition qui chercha à renverser Guizot et adopta un programme d'un libéralisme mitigé. Pendant cette période, il se fit remarquer à la Chambre par son éloquence caustique et spirituelle, et les discours qu'il prononça au sujet des incompatibilités parlementaires furent particulièrement remarqués.

Rémusat est profondément déçu de la mort du fils de Louis-Philippe, soit l'héritier du trône, le 13 juillet 1842. Il écrit d'ailleurs dans ses Mémoires de ma vie que la perte de l'héritier présumé de Louis-Philippe a fait beaucoup de mal à la Monarchie de Juillet : « Je ne suis point fataliste et ne veux pas dire qu’à dater du 13 juillet 1842, la monarchie fut irrévocablement condamnée, mais je dis que sans ce jour fatal, elle n’aurait point péri. »

Le 8 janvier 1846, il entra à l'Académie française, en remplacement de Pierre-Paul Royer-Collard. Il fut reçu par Emmanuel Dupaty le 7 janvier 1847 ; son discours de réception fut pour lui un triomphe : « Ça été là un de ces beaux jours où le talent, au moment où il la reçoit, justifie magnifiquement sa couronne. » (Sainte-Beuve).

Pendant le reste du règne de Louis-Philippe, il demeura dans l'opposition avant de rejoindre Thiers lorsque celui-ci tenta de former un ministère au printemps 1848. Pendant cette époque, profitant des loisirs que lui laissait son éloignement du pouvoir, il se consacra à la littérature, et surtout à la philosophie, qui était, du reste, l'objet particulier de ses études depuis plusieurs années. D'abord partisan de Condillac, il avait fini par adopter les idées éclectiques de Cousin, et il montrait un goût très vif pour la libre-pensée et une confiance dans la raison qui lui valurent de fréquentes attaques de la part des cléricaux.

Des études et des articles publiés dans la Revue des Deux Mondes et dans la Revue française et réunis par lui en 1842 sous le titre d'Essais philosophiques lui valurent d'être nommé à l'Académie des sciences morales et politiques en remplacement de Théodore Simon Jouffroy. Un autre de ses travaux les plus remarqués est son livre sur Abélard.

Sous la Deuxième République et le Second Empire[modifier | modifier le code]

Caricature de Rémusat parue dans Le Trombinoscope de Touchatout en 1873.

Ce fut avec un vif regret qu'il vit s'effondrer en 1848 la monarchie de 1830, à laquelle il était attaché. Élu député de la Haute-Garonne et réélu en 1849, il alla siéger avec les conservateurs, et, tout en jouant un rôle assez effacé, il vota sur toutes les questions avec les représentants des anciens partis hostiles à l'affermissement de la République. C'est ainsi qu'il se prononça pour la loi contre les attroupements, pour le décret sur la fermeture des clubs, pour le rétablissement du cautionnement des journaux, pour les poursuites contre Louis Blanc, pour le maintien de l'état de siège, contre l'abolition de la peine de mort, contre l'amendement Grévy. Il participe à la Commission sur l'assistance et la prévoyance publiques.

Il appuya la politique réactionnaire de Louis Bonaparte, vota la loi du 31 mai 1850 qui mutilait le suffrage universel, celle du 16 juin qui prolongeait la mise en vigueur de la loi contre les réunions. Mais lorsque le président de la République accusa nettement ses vues ambitieuses, il cessa de lui apporter son appui et fit partie des députés qui votèrent la proposition des questeurs. Lors du coup d'État du 2 décembre 1851, il fut des députés qui signèrent un décret déclarant que Louis Bonaparte était déchu de la présidence de la république. Il dut quitter la France et ne rentra qu'en août 1852. Pendant le Second Empire il ne revint pas à la vie politique avant 1869, date à laquelle il fonda à Toulouse le Progrès libéral, journal d'opposition modérée.

Pendant son retrait de la vie politique, Rémusat continua à écrire sur l'histoire philosophique, particulièrement la philosophie anglaise. En 1863, il fut élu mainteneur de l'Académie des Jeux floraux de Toulouse.

Sous la Troisième République[modifier | modifier le code]

En 1871, il refusa l'ambassade de Vienne que lui offrait Thiers, mais en août il fut nommé ministre des Affaires étrangères pour succéder à Jules Favre. Bien que ministre, il n'était pas député, et quand, poussé par quelques uns, il se présenta à Paris en avril 1873, lors d'une élection partielle, il fut battu par Désiré Barodet, recueillant 130 000 voix contre 185 000 à son adversaire. L'élection de son rival, fut très suivie car Adolphe Thiers avait engagé dans ce scrutin une forte valeur symbolique, l'amenant à démissionner ensuite au cours de la soirée du samedi, ce qui entraîne une forte activité à la Bourse de Paris, durant la journée de dimanche, sur le trottoir devant le Palais Brongniart[2].

Mais au mois d'octobre, à la suite d'une élection partielle, Charles de Rémusat fut élu en Haute-Garonne à une large majorité. Il s'associa alors aux votes du centre gauche, contribuant à la chute du ministère de Broglie, appuyant la proposition Perier et approuvant les lois constitutionnelles qui ont organisé le gouvernement de la République le 25 février 1875. Il siégea jusqu'à sa mort le 6 juin 1875.

En philosophie, Charles de Rémusat fut un spiritualiste de l'école de Victor Cousin ; en politique, ce fut un doctrinaire, ami de Royer-Collard, Thiers et Guizot. Le monde anglophone le connaît pour une seule citation où il dit que l'unanimité est presque toujours la marque de la servitude.

On lui doit ce remarquable lieu commun : « Que la jeunesse est une douce chose ! Les enfants la désirent, les vieillards la regrettent, ceux qui l'accusent l'envient et la voudraient retrouver au moment où ils s'en plaignent. » De la jeunesse, inédit, 1817[3].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bibliothèque de la Pléiade,t.XII, 1991, Index des personnages fictif et des personnes réelles, p.1434-35-36 (ISBN 2070108775)
  2. Colling 1949, p. 290
  3. Passé et Présent : Mélanges

Sources[modifier | modifier le code]

Autres