Jean Lannes

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Jean Lannes,
Duc de Montebello
Maréchal Jean Lannes (1769-1809), François Gérard (1770–1837)
Maréchal Jean Lannes (1769-1809), François Gérard (1770–1837)

Surnom
le Roland de l'armée d'Italie
l'Ajax français
l'Achille de la Grande Armée
Naissance 10 avril 1769
Lectoure
Décès 31 mai 1809 (à 40 ans)
Ebersdorf
(Bataille d'Essling)
Mort au combat
Origine Français
Allégeance Drapeau de la France République française
Drapeau de l'Empire français Empire français
Grade Maréchal d'Empire
Années de service 17921809
Faits d'armes 1796 : Bataille du pont de Lodi
1796 : Bataille de Bassano
1796 : Bataille du pont d'Arcole
1800 : Bataille de Montebello
1805 : Bataille d'Ulm
1805 : Bataille d'Austerlitz
1806 : Bataille d'Iéna
1806 : Bataille de Pułtusk
1807 : Bataille de Friedland
1809 : Bataille d'Essling
Distinctions Grand aigle de la Légion d'honneur, etc,
Voir section « Distinctions »
Hommages Nom gravé sous l'Arc de triomphe de l'Étoile (côté Est)
Hommes illustres
Autres fonctions Colonel général des Suisses
Famille Dynastie Lannes
Maison natale de Jean Lannes à Lectoure

Jean Lannes, né le 10 avril 1769 à Lectoure[Note 1] (Gers) et mort le 31 mai 1809 à Ebersdorf après la bataille d'Essling du 22 mai où il fut blessé à la fin des combats, est un général français, maréchal d'Empire, duc de Montebello.

Sommaire

Biographie[modifier | modifier le code]

Ascension avant la rencontre avec Bonaparte[modifier | modifier le code]

Le petit Lannes, apprenti teinturier. Publicité du XIXe siècle (entre 1884 et 1890 ), chromolithographie sur carton.

Jean Lannes est né le 10 avril 1769, de Jean Lannes, trafiqueur, c'est-à-dire marchand de biens à une échelle modeste, et de Cécile Fouraignan. Cinquième enfant d'une fratrie de huit (il a quatre frères et trois sœurs). L'aîné, Bernard, fut doté d'une bonne instruction, entra au séminaire et devint prêtre. Jean fut mis en apprentissage chez un teinturier. Il apparaît dans l'histoire, officiellement, avec un grade de sous-lieutenant de grenadiers par élection, en 1792. Comme l'accès à des grades élevés ne se faisait qu'en fonction de la position sociale, il est peu probable qu'il l'ait obtenu d'emblée. On suppose donc qu'il a eu un engagement antérieur : soit qu'il se soit engagé dans l'armée, et qu'il l'ait quittée à la suite d'un duel, soit qu'il se soit engagé en 1791 dans la garde nationale de Lectoure. Ayant une première fois quitté l'armée, il fut exhorté par un marchand drapier nommé Guilhon, à y retourner[1].

Comme bon nombre de ses camarades, il rejoint rapidement le 2e bataillon de volontaires du Gers basé à Auch pour compléter son instruction, puis au camp du Mirail près de Toulouse, où il côtoie Augereau, alors adjudant-général, c'est-à-dire colonel d'état-major. Il est donc élu sous-lieutenant de ce bataillon le 20 juin de cette même année. Ce bataillon est affecté à l'armée des Pyrénées orientales. À la mi-mai 1793, le jeune sous-lieutenant se fait remarquer au poste de Saint-Laurent-de-Cerdans, proche du col de Coustouge. Les Gersois à peine arrivés sont délogés et mis en fuite par les Espagnols. Jean Lannes, dont c'est le baptême du feu, les harangue avec ardeur et réussit à rallier les fuyards pour retourner à l'offensive. Surpris, les Espagnols sont culbutés[Note 2].

Il montre la même ardeur dans la suite des opérations, notamment à la bataille de Peyrestortes, et est promu lieutenant le 25 septembre 1793, puis capitaine à peine un mois après, le 31 octobre.

Il participe ensuite activement aux combats de Port-Vendres puis à Banyuls où il est blessé. Jean Lannes est envoyé en convalescence à Perpignan. Durant cette période, l'armée française subit de lourds revers ce qui conduira le général Basset à lui envoyer une dépêche[Note 3].

Jean Lannes, qui n'appréciait pas spécialement l'inaction, accourt pour recevoir le commandement de l'avant-garde française à la prochaine bataille : Villelongue. Longtemps indécise, la bataille tourne à l'avantage des Français quand ceux-ci prennent d'assaut une redoute puissamment fortifiée sur laquelle butait l'armée française, et l'empêchait de prendre la ville.

Ce succès lui vaut d'être nommé chef de brigade (équivalent de colonel sous la Révolution) peu de temps après, le 23 décembre 1793. Sa blessure n'est cependant pas guérie et après ce succès il doit regagner Perpignan pour finir de la soigner. Il y rencontre sa première femme Jeanne-Joseph-Barbe Méric, souvent surnommée Polette, fille d'un riche banquier. Le mariage a lieu le 19 mars 1795.

Carrière après la rencontre avec Bonaparte[modifier | modifier le code]

Le 15 avril 1796, Bonaparte le remarque au cours de la bataille de Dego, où Lannes s'illustre dans un combat acharné à la baïonnette pour la prise de cette ville. Il est nommé peu de temps après chef de brigade par Bonaparte. Il prend le commandement d'un régiment de grenadiers et est le premier à passer le , aux environs de Plaisance, puis à la bataille du Pont de Lodi, 10 mai 1796, s'avance en tête de ses troupes, sur le pont contre l'artillerie autrichienne. Il fait preuve encore une fois d'un courage exemplaire au cours de la bataille de Bassano du 7 septembre. Il est blessé le 15 septembre à Governolo et Bonaparte demande ensuite à ce que lui soit donné le grade de général de brigade.

Le 14 novembre 1796, Bonaparte remarque une nouvelle fois le courage de Lannes au cours de la bataille du Pont d'Arcole où celui-ci, bien que blessé, remotive les troupes mises en difficulté par les Autrichiens et lance une contre-attaque qui permet d'éviter que Bonaparte ne soit fait prisonnier. Il totalise lors de cette bataille trois blessures.

Lannes à Arcole[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille du pont d'Arcole.

Le théâtre d'Arcole[modifier | modifier le code]

Le 15 septembre 1796, Lannes est blessé à la jambe lors du combat de Governolo, il rejoint donc l'infirmerie à Milan.

Face à la menace que représentent les hommes d'Alvinzi, Bonaparte fait retraite, il quitte Vérone de nuit en y laissant 3 000 hommes sous les ordres de Kilmaine, laissant également Vaubois seul face à 18 000 Autrichiens. La retraite prend le chemin du sud en suivant l'Adige vers Mantoue. Mais cette retraite n'en est pas une. Bonaparte fixe son quartier général à Ronco, au sud-est de Vérone et traverse l'Adige sans difficulté. La division d'Augereau se presse vers Arcole tandis que Masséna remonte sur l'autre rive. En ce qui concerne Lannes, on ne sait pas exactement quand il rejoint l'armée. Néanmoins, ayant appris la reprise des hostilités, on sait qu'il franchit l'Adige au sein de la division de son ancien compagnon des campagnes pyrénéennes : Augereau. La volonté de Bonaparte est claire : partant du constat que les divisions d'Augereau et Masséna n'arrivent pas à vaincre Alvinzi en plaine et qu'il n'est pas question d'espérer quoi que ce soit si Davidovitch le rejoint, il décide d'agir au plus vite pour forcer le destin et jouer le sort de l'armée d'Italie avec 18 000 hommes.

Pour cela, il faut couper les communications d'Alvinzi et le prendre à revers dans une zone marécageuse située à l'est de Vérone, espérant ainsi que la supériorité des Autrichiens sera moins nette.

Adolphe Thiers résume ainsi cet espoir que le combat dans une zone de marais atténue la loi du nombre :

« Voici quel avait été son [Bonaparte] calcul : au milieu des marais, l'avantage du nombre était tout à fait annulé ; on ne pouvait se déployer que sur des chaussées, et sur les chaussées, le courage des têtes de colonnes devait décider de tout[2]. »

Pour que cette opération réussisse, il faut l'exécuter avec rapidité pour espérer tourner les Autrichiens avant qu'ils ne s'en rendent compte. Le village d'Arcole se situe dans une zone marécageuse, si bien que l'on circule principalement sur des digues. Pour pénétrer dans ce village, il faut prendre le chemin suivant : marcher pendant environ 200 mètres sur une digue le long de l'Alpone, un affluent de l'Adige, puis passer par un pont de pierre et de bois qui conduit à Arcole. C'est donc dans ce décor que va s'engager la bataille d'Arcole.

Les forces en présence[modifier | modifier le code]

Le combat oppose à l'origine la division Augereau aux deux bataillons de Croates retranchés dans le village. Le 15 novembre 1796 au matin, Augereau lance l'assaut, le général Verdier fait battre à deux reprises la charge mais ne parvient pas à franchir le pont. Les choses se compliquent, car, avertis par les premiers échanges de coup de feu, les Autrichiens envoient trois bataillons supplémentaires pour tenir le village. Nous suivrons la suite des combats grâce à Joseph Sulkowski, témoin de la campagne d'Italie et aide de camp d’origine polonaise de Bonaparte, ses récits sont particulièrement instructifs puisqu’ils sont issus de lettres envoyées souvent très peu de temps après les événements :

Augereau, apercevant ceci [fusillade insignifiante entre les hommes de Verdier et les Croates], ordonne au reste de sa division de s'avancer pour soutenir l'avant-garde; il fallut du temps pour ce mouvement ; l'ennemi qui sentait l'importance de ce poste envoya trois bataillons soutenir le village, nous le vîmes arriver au pas de course, traînant leurs canons après eux. Dès cet instant, le danger augmente, les postes se renforcent, dans Arcole toutes les fenêtres bordées de soldats se changent en meurtrières, deux canons nous prennent en écharpe, et deux obusiers, placés sur la digue même, lançaient la mort en faisant des ricochets au milieu de la colonne serrée qui marchait au combat. Notre position à notre tour devint critique, il fallait périr sans fruit, reculer ou emporter le village, ce dernier parti fut préféré. Nos plus vaillants généraux se mettent à la tête, font battre la charge, marchent, supplient, frappent même, on ne recule pas, mais personne ne les suit, l'ennemi les ajuste, et ils tombent sous les coups. Bon, Lannes, Verdier, Verne, reviennent percés de balles et noyés dans leur sang.[3]

Le combat, le pont, le drapeau[modifier | modifier le code]

Le village semble imprenable, le pont d'Arcole est plus difficile à franchir que le pont de Lodi. Lannes est à nouveau blessé durant l'assaut et dirigé vers Ronco pour y recevoir des soins.

Le général Augereau s'énerve alors, saisit un drapeau et s'élance en tête mais cela reste sans effet[Note 4]. La situation est telle que Bonaparte décide de prendre les choses en main.

La réaction héroïque[modifier | modifier le code]

Lannes blessé à la cuisse est pansé à l'hôpital de Ronco. C'est là qu'il apprend l'échec d'Augereau, les difficultés rencontrées par l'armée française et peut-être aussi de la venue de Bonaparte au pont d'Arcole. Lannes se lève alors, saute à cheval et se dirige vers Arcole, distant de trois kilomètres. Cet acte est décrit par tous les biographes du duc de Montebello. René Perin écrit par exemple que : "…sachant que Bonaparte se porte à la tête d'une colonne au pont d'Arcole, son courage s'indigne de ne pas partager ses dangers…"[4]

À Arcole, Bonaparte est maintenant présent sur la digue devant le village avec tout son état-major. Sulkowsky raconte la suite :

"En attendant, le général en chef, instruit de l'état des affaires, s'était déjà avancé lui-même à moitié chemin : on lui apprend les pertes irréparables qu'on vient de faire, l'obstination de l'ennemi, le découragement de nos soldats. Le combat était engagé, il fallait vaincre ou périr, et il prend un parti digne de sa gloire. Nous le voyons tout à coup paraître sur la digue, entouré de son état-major et suivi de ses guides, il descend de cheval, tire son sabre, prend un drapeau et s'élance sur le pont au milieu d'une pluie de feu. Les soldats le voient et aucun d'eux ne l’imite."[5]

Comme beaucoup de ceux qui entourent Bonaparte à ce moment, Sulkowsky est lui aussi blessé. C'est au moment de la retraite de Bonaparte qui s'effectue dans un certain désordre que Lannes arrive à cheval à Arcole. Il rallie un groupe de grenadiers et part à la charge immédiatement, dégageant le pont et repoussant les Autrichiens. Bonaparte peut se retirer de la zone dangereuse, tandis que Lannes est blessé une troisième fois dans cette journée et est emmené définitivement à l'hôpital. Il ne prendra pas part au combat du lendemain ni à la victoire du 17 novembre 1796.

Certains ont raconté la scène d’une manière quelque peu différente, ainsi Jean-Claude Damamme :

« Il [Lannes] arrive au moment où Bonaparte, qui avait jugé que seule la personne d'un général en chef aurait assez de magnétisme, dans des circonstances aussi désastreuses, pour entraîner la charge, est surpris par un recul des grenadiers et précipité peu glorieusement dans la vase de l'Alpone depuis le haut de la digue. Les Autrichiens, voyant l'affolement des Français effectuant un vigoureux retour offensif, dépassant l'endroit où est tombé un Bonaparte que personne ne se soucie de secourir. Séparé du reste de la troupe qui se débande, celui-ci va être pris par les Autrichiens lorsque… lorsque dans la fumée se profile la silhouette d'un cavalier solitaire. Renfort dérisoire ? Non, car ce cavalier c'est Lannes, le champion des causes perdues. Trop affaibli par ses blessures, il n'a pas la force de poser pied à terre. C'est à cheval, offrant ainsi une cible idéale, qu'il se met à la tête des grenadiers, les enlève, refoulant d'un mouvement irrésistible l'infanterie ennemie de l'autre côté du pont, avant de recevoir une nouvelle blessure qui le jette au bas de sa monture et le laisse sans connaissance[6]. »

La majorité des biographes de Lannes s'accorde à reconnaître, à l'instar de monsieur Damamme, le caractère décisif et salvateur de cette action désespérée. D'ailleurs, Bonaparte le reconnaît aussi, le 19 novembre, soit quatre jours après l'évènement, il écrit au Directoire :

« Ce fut en vain que les généraux, sentant toute l'importance du temps, se jetèrent à la tête pour obliger nos colonnes de passer le petit pont d'Arcole : trop de courage nuisit : ils furent presque tous blessés : les généraux Verdier, Bon, Verne, Lannes furent mis hors de combat […] Le général Lannes, blessé déjà de deux coups de feu, retourna et reçu une troisième blessure plus dangereuse[7]. »

Le général en chef se fait même plus précis en écrivant à Carnot, membre du Directoire exécutif et grand spécialiste des questions militaires :

« … Jamais champ de bataille n'a été aussi disputé que celui d'Arcole. Je n'ai presque plus de généraux. Leur dévouement et leur courage sont sans exemple.
Le général de brigade Lannes est venu au champ de bataille, n'étant pas encore guéri de la blessure qu'il a reçue à Governolo. Il fut blessé deux fois pendant la première journée de la bataille, il était à trois heures après-midi étendu sur son lit et souffrant lorsqu'il apprend que je me porte moi-même à la tête de la colonne. Il se jette à bas de son lit, monte à cheval et revient me trouver ; comme il ne pouvait être à pied, il fut obligé de rester à cheval ; il reçut à la tête du pont d'Arcole un coup qui l'étendit sans connaissance. Je vous assure qu'il fallait tout cela pour vaincre…[8]. »

Pour le remercier, Bonaparte lui remet le drapeau que le Corps Législatif lui a envoyé en l'honneur de sa victoire, et l'accompagne de ces termes : « Citoyen Général, le Corps Législatif a voulu honorer l'armée d'Italie dans son général. Il y eut un moment, aux champs d'Arcole, où la bataille incertaine eut besoin de l'audace des chefs. Plein de sang et couvert de blessures, vous quittâtes l'ambulance, résolu de vaincre ou de mourir. Je vous vis constamment au cours de cette journée au premier rang des braves. C'est à vous d'être le dépositaire de cet honorable drapeau qui couvre de gloire les grenadiers que vous avez constamment commandés. »

Carrière militaire de Jean Lannes[modifier | modifier le code]

Après un court intermède, Lannes est chargé par Bonaparte de préparer à Lyon la logistique de la campagne d'Égypte. Arrivée en Égypte en 1798, l'armée française prend Alexandrie. Lannes est alors général de brigade, sous le commandement du général Dugua. Un peu plus tard, il assiste en spectateur à la bataille des Pyramides, la division Dugua n'ayant pas participé à cette bataille. L'armée française s'engage ensuite en Syrie, prend Jaffa, mais ne parvient pas à prendre Saint-Jean d'Acre. Durant ce siège, Lannes, profitant d'une brèche, s'élance avec des troupes dans celle-ci. Cette offensive échoue, et Lannes est gravement blessé au cou dans l'affaire. Il est sauvé in-extremis par un capitaine qui le ramène à l'arrière, où il est soigné par Dominique Larrey. Bonaparte le nomme peu après, de son propre chef, général de division. Lors de la seconde bataille d'Aboukir, peu après, Lannes apporte sa contribution et est de nouveau blessé, à la jambe cette fois. Il est encore une fois soigné par Larrey (Lannes commençait, d'après les mémoires de Larrey, à développer le tétanos) ; il apprend peu après, dans l'hôpital d'Alexandrie, que sa femme a accouché d'un garçon. les mariés étaient, semble t-il, séparés depuis plus longtemps que neuf mois[réf. nécessaire].

En 1799, Lannes retourne en France avec Bonaparte. Il entame des procédures de divorce d'avec Polette Méric et apprend la mort de sa mère. En effet, la fausse nouvelle de la mort de Jean Lannes au siège de Saint-Jean d'Acre avait été diffusée en France et la pauvre femme était, dit-on, morte de chagrin. Lannes participa ensuite aux préparatifs du 18 brumaire, mais pas à son exécution car Bonaparte ne voulut pas que Lannes vînt, ses blessures le faisant souffrir.

La bataille de Montebello : pourquoi Jean Lannes devient duc de Montebello[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille de Montebello (1800).

La seconde campagne d'Italie est la première des grandes campagnes menées par Bonaparte en tant que dirigeant de la France. C'est le premier consul qui fait face à Mélas, chef des armées autrichiennes. L'enjeu est également politique pour Bonaparte, qui vise une place au sommet de l'État français et compte sur ses victoires militaires pour gagner du crédit auprès des français.

La seconde campagne d'Italie[modifier | modifier le code]

Le plan de Bonaparte pour vaincre les troupes autrichiennes est à la fois audacieux et spectaculaire. Tandis que Masséna, bloqué dans Gènes avec 30 000 hommes doit fixer les 90 000 hommes du général autrichien, l'armée de réserve, formée à Dijon et commandée par Bonaparte se dirigera sur les arrières du baron Michael von Mélas. La force principale, sous la direction du premier consul et composée d'environ 35 000 hommes passera par le col du Grand-Saint-Bernard. À l'ouest, deux autres colonnes sous les ordres de Chabran et Turreau. À l'est, Béthencourt et Moncey, soit un ensemble comptant à peu près 60 000 Français.

Audacieux car il faut passer, selon le plan de Bonaparte, par les Alpes encore enneigées, pour déboucher ensuite dans la plaine italienne. Cela laissera une trace particulière dans l'épopée impériale : Bonaparte comparé à Hannibal, les difficultés du passage, le réconfort des moines… Spectaculaire parce qu'il s'agit de tendre un vaste piège sur les arrières de Mélas, lui couper communications et retraites, et cela le plus rapidement possible pour profiter de la dispersion des Autrichiens dans le nord de l'Italie et de la présence de Masséna. Le général Thoumas résume parfaitement les conditions indispensables à la réussite du plan français :

« La première condition du succès pour l'opération hardie que tentait Bonaparte, c'est la rapidité de la marche : il faut que l'avant garde tombe comme la foudre sur toutes les positions où l'ennemi pourrait barrer la vallée, avant qu'il ne s'y présente en forces suffisantes pour arrêter le mouvement et donner à Mélas le temps d'accourir avec l'armée autrichienne[9]. »

L'avant garde de l'armée tiendra le rôle déterminant dans cette campagne. Et Bonaparte a choisi Lannes pour la commander.

La course de l'avant-garde[modifier | modifier le code]

Lannes conduit donc une course contre la montre qui commence le 16 mai 1800 à Aoste et se poursuit le 22 mai à Ivrée. L'avant garde descend vers le sud jusqu'à Chivasso puis vers l'est en direction de Pavie, afin, de couper les lignes de retraite autrichiennes.

Partout, on repousse, on refoule, on bat les autrichiens, parfois, on les contourne même car le temps presse, comme devant le fort de Bard. En effet, le 4 juin, Masséna capitule à Gènes après une résistance acharnée. Le 6 juin 1800, le général Lannes passe le Pô entre Belegiojoso et San Cipriano et repousse 6 000 Autrichiens commandés par O'Reilly, après plus de dix heures d'intenses combats. En trois semaines, l'avant garde a franchi plus de 200 kilomètres en sortant victorieux de tous les affrontements qui l'opposèrent aux Autrichiens dispersés dans le nord de l'Italie. Ce qui caractérise cette première partie de la campagne est que la rapidité des marches de l'avant garde a permis de devancer les Autrichiens aux points stratégiques comme à Ivrée où à Pavie.

Le 8 juin, Ott, arrivé de Gènes grâce à la capitulation de Masséna, rejoint O'Reilly à Casteggio portant ainsi le nombre d'Autrichiens à 18 000 environ.

Dans le même temps, Bonaparte demande à Berthier, Victor et Monnier de soutenir Lannes, qui, selon tous ses biographes, a pour consignes de « culbuter l'ennemi au point où il le rencontrera ».

Arrivée à Casteggio ou Montebello[modifier | modifier le code]

Au début des combats, les Français comptent entre 5 000 et 7 000 hommes tandis que leur adversaire dispose de 17 000 à 18 000 soldats. Le 9 juin, l'affrontement commence. Les consignes de Lannes sont claires, il faut « écraser » les Autrichiens[10].

À un contre trois puis contre deux, Lannes n'hésite pas à attaquer et à appliquer les directives du premier Consul. Thiers raconte ainsi : « Mais les Français, pleins de confiance, quoique inférieurs en nombre, étaient capables des plus grands efforts de dévouement, surtout sous un chef comme Lannes, qui possédait au plus haut point l'art de les entraîner[11]. »

Les combats de Montebello[modifier | modifier le code]

À la tête de la division Watrin, Lannes commence l'assaut vers 11 heures. Il s'agit de prendre Casteggio, défendu par 18 000 hommes et par l'artillerie autrichienne, en tournant la ville par la plaine du Pô d'une part et par les hauteurs de l'Apennin d'autre part, tout en y entrant de front avec deux bataillons du 22e régiment.

En somme, Lannes envisage sérieusement, avec un peu plus de 5 000 soldats, d'envelopper la ville et ses 18 000 hommes, de la conquérir de face et par l'arrière. Il est prévenu que la division Chambarlhac, sous les ordres de Victor, n'est pas loin et pourra le soutenir.

Dans un premier temps, Lannes seul mène l'attaque, prend et perd à de nombreuses reprises la ville face à des troupes d'élite. Le combat est acharné et les français ne semblent pas en mesure de vaincre, jusqu'à ce qu'arrivent les renforts vers 16 heures.

Relayant la division Watrin qui se bat à un contre trois depuis près de sept heures, la division Chambarlhac prend position dans le même dispositif, puis appuyée par les troupes de Lannes, reposées et reformées, l'avant garde française lance un ultime et décisif assaut entraînant la fuite des autrichiens vers Montebello.

Le bilan du combat est édifiant : plus de 4 000 prisonniers et 3 000 blessés ou tués côté autrichien pour environ 600 tués côté français.

Un résultat inespéré en regard des forces en présence au matin du 9 juin 1800. L'action et la part prise par le général Lannes y furent, selon les spécialistes et ses biographes déterminante. Le capitaine Coignet témoigne:

« On faisait des prisonniers; on ne savait qu'en faire, personne ne voulait les conduire, et ils s'en allaient tous seuls. C'était une déroute complète. Ils ne faisaient plus feu sur nous; ils se sauvaient comme des lapins, surtout la cavalerie, qui avait mis l'épouvante dans toute leur infanterie… Le Consul arriva pour voir la bataille gagnée et le général Lannes couvert de sang (il faisait peur), car il était partout au milieu du feu, et c'est lui qui fit la dernière charge. Si nous avions eu deux régiments de cavalerie, toute leur infanterie était prise[12]. »

Bilan de l'action : la première « victoire » de Lannes[modifier | modifier le code]

Lannes fut constamment à la tête de ses hommes et face à l'ennemi jusqu'à l'ultime charge. La victoire des français est totale, les troupes de Ott sont en déroute. Thiers écrit ainsi de l'action de Jean Lannes : « Mais Lannes, présent partout, donna l'impulsion décisive. ». Sa ténacité, sa volonté et son ardeur ont été des éléments moteurs du succès.

Cette victoire de Montebello est pour Lannes une date pionnière dans la mesure où il s'agit de sa première victoire « personnelle ». La volonté de tourner le village de Casteggio, d'encercler l'ennemi ainsi que les dispositions générales prises montrent un talent certain et naissant. Sur ce point, il convient de citer R. Zins qui exprime remarquablement cette ascension :

« Bonaparte ne manque pas de féliciter son fidèle lieutenant qui, depuis le début de la campagne, a pris une nouvelle dimension guerrière. Lannes a fait preuve d'une volonté et d'une ardeur démesurées. Ses choix ont été judicieux et il a su se déplacer aussi rapidement que Bonaparte lui-même. En outre, il vient de remporter sa première bataille. Il n'a pas manqué l'occasion qui lui été offerte, d'exposer toutes ses capacités. Livré à lui-même, il a su choisir les options tactiques permettant de triompher des Autrichiens. Napoléon ne s'y trompera pas et appréciera cette victoire à sa juste valeur, lorsqu'en 1808 il choisira pour Lannes le titre de duc de Montebello[13]. »

Marengo, la victoire en reculant[modifier | modifier le code]

Article détaillé : bataille de Marengo.

La genèse de la bataille de Marengo[modifier | modifier le code]

Bonaparte a voulu et réussi à couper les lignes de retraite de Michael von Melas et de l'armée autrichienne. Mais il n'a pas encore détruit de manière décisive ou définitive les forces ennemies. le premier Consul craint que les Autrichiens ne s'enfuient ou ne se réfugient dans Gènes sans qu'il ait pu les forcer à livrer bataille. Cette volonté obsédante va le conduire à l'erreur, et paradoxalement, en voulant à tous prix trouver Mélas et l'affronter, il va se mettre en position d'infériorité au moment de rencontrer les Autrichiens.

La bataille de Marengo est le fruit de l'incertitude des deux généraux. D'un côté, Mélas qui ne sait pas véritablement s'il doit se replier ou livrer bataille. De l'autre côté, Bonaparte qui ne sait pas où se trouve le gros des troupes autrichiennes.

Bonaparte éparpille donc ses forces pour trouver Mélas, il envoie par exemple Desaix vers Novi, au sud, au cas où les Autrichiens auraient l'intention de s'y replier ou encore la division Lapoype vers le nord, si ceux-ci tentent de passer au travers des Français. Victor est à Marengo le 13 juin 1800, après en avoir chassé quelques bataillons autrichiens, et Lannes se trouve autour de la ville de San-Guillano, près de dix kilomètres séparent donc les deux hommes.

À mesure que le temps passe, l'inquiétude de Bonaparte grandit devant l'absence autrichienne, de sorte que le 14 juin 1800, le dispositif français est tellement étiré qu'il risque l'éclatement. L'armée française, avec les départs de Desaix et Lapoype, est réduite à un peu plus de 20 000 hommes. Alors que l'indécision et l'anxiété s'installent dans le camp français, les Autrichiens se décident enfin à attaquer. Ils ont donc l'initiative, concentrant leurs forces, 30 000 soldats, entre Alexandrie et Marengo.

C'est donc Mélas, qui ayant pris le premier une décision, a l'avantage dans ce combat de Marengo, le 14 juin 1800. Laurent Joffrin donne une idée du théâtre de l'affrontement :

« …une vaste plaine coupée de haies et de ruisseaux, de seize kilomètres de large, entre la Scrivia à l'est et la Bormida à l'ouest. Tout à l'avant, installé aux débouchées de la Bormida, mais sans garder les ponts, se trouve le corps de Victor, qui forme la gauche, avec la division Gardanne en avant garde et la division Chambarlhac un peu derrière. Plus en retrait, et plus au nord, Lannes a pris position. Il forme la droite de l'armée[14]. »

Le combat difficile de Marengo[modifier | modifier le code]

Le combat aura donc lieu à front renversé, les autrichiens venant d'Alexandrie, donc de l'ouest, les Français, de Marengo à San-Guillano, à l'est. À huit heures du matin, le 14 juin 1800, Lannes entend tonner le canon du côté de Marengo et franchit les kilomètres qui le séparent de Victor pour soutenir les divisions Gardanne et Chambarlhac. En effet, au petit matin, les Autrichiens rangés en ordre de bataille, franchissent la Bormida, rivière qui encadre à l'ouest la plaine de Marengo et s'élancent sur la division Gardanne qui se trouve un peu en avant de Marengo.

Le dispositif autrichien[modifier | modifier le code]

Les autrichiens se disposent en trois colonnes. Au centre sous la direction de Mélas, la force principale, environ 25 000 hommes, avec pour objectif de prendre le village de Marengo, qui commande l'entrée de la plaine. Au nord, la colonne de gauche sous les ordres de Ott, comprenant 7 000 hommes et au sud, à droite du dispositif, les 3 000 hommes de O'Reilly. Il est évident que ces trois colonnes vont tenter de prendre et d'encercler Marengo. Mais la mise en place autrichienne est lente, elle laisse un peu de temps aux Français pour se positionner.

Le combat s'engage[modifier | modifier le code]

La division Gardanne est repoussée sur Marengo, où Victor s'accroche comme il le peut, ayant réuni ses deux divisions. Lannes se porte donc naturellement aux côtés de Victor et se place au nord, légèrement en avant de Marengo, il forme l'aile droite du dispositif français avec la division Watrin. Il se retrouve donc face à la colonne de Ott qu'il repousse dans un premier temps, mais à mesure que le temps avance, l'ensemble des troupes autrichiennes se met en place complètement. Ainsi, tandis que les divisions de Victor sont accablées par les tirs d'artillerie ennemie, Lannes, qui tente de soutenir Marengo, se trouve vite menacé d'être débordé et tourné par le corps de Ott dont la cavalerie pose de sérieux problèmes à la brigade de cavalerie Champeaux.

Retraite en ordre[modifier | modifier le code]

Malgré le soutien et la conduite brillante de la cavalerie de Kellermann, la situation devient dangereuse; et pour cause, les Français, comptant trois divisions d'infanterie, la division de cavalerie de Kellermann et la brigade Champeaux, rassemblaient un peu plus de 15 000 soldats et une très faible artillerie. Face à eux, 35 000 Autrichiens et plus de 90 pièces d'artillerie. Les Français doivent reculer et Lannes le premier, qui se replace au niveau de Marengo, tant pour éviter l'encerclement que pour aider Victor. Sous l'effet de l'artillerie et du nombre, le centre du dispositif français recule et entraîne l'aile droite dans son mouvement. Les français abandonnent lentement le village de Marengo en bon ordre sous la direction de Lannes, tandis que l'artillerie autrichienne les pilonne.

À midi, le 14 juin, après plus de 4 heures d'un combat intense, la situation est mauvaise du côté français et Bonaparte arrive fort à propos avec la garde consulaire et la division Monnier, 6 000 hommes au total. Ayant compris que c'est à l'ensemble des forces autrichiennes qu'il a à faire, il rappelle les divisions égarées, et en particulier celle de Desaix, le priant de revenir au plus vite. L'arrivée de renforts français semble de nature à inverser la tendance comme le raconte avec ferveur Thiers :

« La présence du premier Consul, la vue des bonnets à poil de sa garde à cheval, ont ranimé les troupes. Le combat recommence avec une nouvelle fureur. Le brave Watrin, du corps de Lannes, avec le 6e de ligne et le 22e, rejette les soldats de Kaim dans le Fontanone. Lannes, remplissant le 40e et le 28e du feu de son âme héroïque, les pousse l'une et l'autre sur les Autrichiens. Partout, on combat avec acharnement dans cette immense plaine. Gardanne essaie de reconquérir Marengo; Lannes tâche de s'emparer du ruisseau qui a d'abord si utilement couvert nos troupes; les grenadiers de la garde consulaire, toujours en carré, comme une citadelle vivante au milieu de ce champ de bataille, remplissent le vide entre Lannes et les colonnes de Carra-Saint-Cyr[…] Mais le baron de Mélas, avec le courage du désespoir, ramenant ses masses réunies sur Marengo, débouche enfin du village, repousse les soldats exténués de Gardanne, qui s'attachent en vain à tous les obstacles. O'Reilly achève d'accabler de mitraille la division Chambarlhac, toujours resté à découvert sous les coups d'une immense artillerie.
Il n'y a plus moyen de tenir, il faut céder le terrain[15]. »

Les Français se retirent en bon ordre[modifier | modifier le code]

La majorité des historiens et des spécialistes militaires estiment qu'en dépit des renforts apportés par Bonaparte, le combat est alors perdu. Pour autant, ces 20 000 Français qui reculent dans la plaine de Marengo ne sont pas en déroute. Pour une fois, nous avons la possibilité de suivre cette retraite du point de vue de Lannes, grâce au récit qu'il en fit à Berthier :

« … vous avez été témoin, citoyen Général, de la manière avec laquelle elle [la retraite] s'est opérée ; il n'y a pas eu un seul moment de désordre ; je me suis retiré par échelons, sous un feu d'artillerie des plus vifs et chargé par une cavalerie formidable à plusieurs reprises. Je n'avais pas un seul canon ni un homme à cheval pour soutenir, et malgré cela, elle s'est terminée dans le plus grand ordre […] Citoyen général, la bravoure des troupes à mes ordres s'est tellement soutenue pendant la bataille, qu'il m'a été impossible de désigner aucun corps en particulier, tous ayant combattu avec un courage invincible[16]. »

On peut légitimement avoir quelques réserves sur l'exactitude d'une lettre assez officielle. Mais pourtant, les Français se retirent graduellement de la plaine, en combattant et en ordre, au rythme lent de 1 kilomètre par heure. Coignet confirme : « Nous battions en retraite en bon ordre, mais les bataillons se dégarnissaient à vue d'œil, tous prêts à lâcher pied, si ce n'avait été la bonne contenance des chefs[17]. »

Thiers, lui, semble aussi confirmer cette vision d'une retraite parfaitement exécutée :

« C'est dans ces moments que Lannes et ses quatre divisions font des efforts dignes des hommages de la postérité. L’ennemi qui a débouché en masse de Marengo dans la plaine, vomit par quatre-vingts bouches à feu, une grêle de boulets et de mitrailles. Lannes, à la tête de ses quatre demi-brigades met deux heures à parcourir trois quarts de lieue. Lorsque l'ennemi s'approche et devient trop pressant, il s'arrête et charge à la baïonnette. Quoique son artillerie soit démontée, quelques pièces légères, attelés des meilleurs chevaux, et manœuvrant avec autant d'habileté que d'audace, viennent aider de leur feu les demi-brigades…[18] »

Les Français reculent et laissent la plaine sous contrôle autrichien. Lannes, Victor et Kellerman tiennent fermement leurs troupes et bien qu'écrasés par l'artillerie et repoussés par la cavalerie autrichienne, les Français évitent la déroute.

L'arrivée de Desaix et le renversement[modifier | modifier le code]

Mélas, croyant alors la victoire assurée et touché par plusieurs chutes de cheval, se retire à Alexandrie et laisse à Zach le soin de parachever la victoire. Ce dernier forme une colonne de 4 000 hommes pour assurer la poursuite. Mais les Français bénéficient du retour de la division Boudet et de son chef, Desaix.

Cet apport sera décisif, et la colonne de Zach est accueillie par des tirs d'artillerie nourris, une charge de cavalerie de Kellermann et l'offensive de Desaix et de sa division. L'effet de surprise est total, la colonne Zach est culbutée et perd pied, entraînant une déroute complète chez l'ennemi qui croyait la bataille gagnée.

Après avoir repoussé la colonne autrichienne, l'élan français semble un instant s'essouffler, mais une nouvelle charge de Kellermann ouvre une brèche considérable dans le dispositif ennemi, Lannes, Victor et Murat s'y engouffrent et progressent rapidement. Puis Lannes pousse vivement en direction du centre autrichien qui tente de se redéployer dans la plaine, et toute la ligne française avance maintenant. Lannes continue à avancer face au centre ennemi, le refoule jusqu'à Marengo, puis avec l'aide de Victor, chasse les Autrichiens de Marengo et les pousse vers la Bormida où toute l'armée autrichienne tente de s'enfuir dans un grand désordre.

Au soir du 14 juin 1800, Marengo est devenu une victoire. Le bilan est le suivant 6 600 blessés ou tués côté français, près de 10 000 côté autrichien ainsi que 30 pièces d'artillerie perdues. La division que commandait Lannes a quatorze officiers tués et près de 40 % de l'effectif est hors de combat.

Analyse de l'attitude de Lannes à Marengo[modifier | modifier le code]

Cette victoire a été rendue possible par la conduite de Lannes, Victor et Kellermann qui ont admirablement résisté à l'avancée autrichienne. Cette résistance permettant à la division Boudet et à son chef, Desaix, de porter la charge décisive, au cours de laquelle Desaix trouva la mort. De fait, Lannes a montré de nouveaux talents, il n'est pas seulement un général d'avant garde, il sait aussi manœuvrer et réussir une retraite, soutenir le feu et la supériorité ennemie.

Ronald Zins confirme ces nouvelles dispositions et cette aptitude particulière chez Lannes que nous découvrons à Marengo :

« À Marengo, nous trouvons Lannes dans un rôle inhabituel. Il y livre un combat décisif plein d'abnégation. De l'aube au crépuscule, lui et Victor sont des modèles de courage et Lannes se fait remarquer par un sang-froid peu courant. Berthier note dans son rapport que “le général Lannes a montré dans cette journée le calme d'un vieux général”[16]. »

Le général André Laffargue livre une analyse similaire, mais plus militaire, des nouvelles aptitudes de Lannes :

« Lui, de nature bouillante, qui était ordinairement l'élan personnifié, s'était montré, cette fois, d'une froide impassibilité, conservant sous un feu écrasant, auquel il ne pouvait répondre, une constante maîtrise de soi, une persistante clarté d'esprit et de vision, une inaltérable confiance.
Ce sang-froid, cette confiance, par sa présence et son exemple, il les avait communiqués à ses soldats dont la fermeté durant ces interminables heures d'incertitude et de recul ne s'était jamais démentie.
Il s'était montré ainsi, aussi apte à maintenir qu'à entraîner, étant de ces chefs dont les qualités ne s'exaltent pas seulement dans les mouvements en avant et le succès, mais qui restent aussi égaux à eux-mêmes dans l'infortune[19]. »

À l'instar de Murat et Victor, Lannes recevra un sabre d'honneur, le 6 juillet, pour sa conduite à Marengo :

« Les Consuls de la République voulant donner une preuve toute particulière de la satisfaction du peuple français, au général de Division Lannes, commandant le centre de l'Armée, à la bataille de Marengo, lequel s'est conduit avec autant de bravoure que d'intelligence[…] fera donner un sabre… »

Enfin, le général Bertrand rapporte les propos suivants de Napoléon :

« Par son grand sang-froid, sa volonté, sa retraite en bel ordre, son mouvement dans le village (San Juillano), il a plus influé sur la bataille que Desaix dont l'arrivée a sans doute décidé de la victoire parce qu'il avait avec lui, en prévision de l'avenir, l'élite de l'armée[20]. »

Parcours militaire du Consulat à l'Empire[modifier | modifier le code]

La deuxième campagne d'Italie terminée, Bonaparte nomma Lannes chef de la garde consulaire, avec mission d'en faire le plus beau corps d'armée de la République. Il y réussit, mais dépassa de 400 000 francs la somme qui lui était allouée pour cette tâche, faisant confiance à Bonaparte, qui lui avait donné l'assurance que rien n'était trop beau pour la garde. Bonaparte le somma alors de rembourser la somme, sous peine de passer en conseil de guerre. Il fut sauvé par Augereau qui la lui prêta. Bonaparte l'envoya tout de même au Portugal, en tant qu'ambassadeur. Face à la forte influence anglaise qui prévalait à Lisbonne, Lannes eut une réaction peu diplomatique, il rentra à Paris. Puis, retourné à son poste, il finit par retourner la situation en sa faveur. Il obtint un traité fort avantageux pour la France[réf. nécessaire].

La Maréchale Lannes et ses cinq enfants, par François Gérard.

Peu après le coup d'État de Bonaparte, Lannes s'était marié à une jeune fille, issue d'une vielle famille bretonne. Elle s'appelait Louise-Antoinette Scholastique Guéhéneuc. Il formèrent un couple heureux et eurent cinq enfants qui s'appelaient Napoléon, Alfred, Ernest, Gustave et Joséphine.

En 1804, Lannes fut nommé maréchal et peu après rentra du Portugal. À partir de 1804, le maréchal Lannes commanda le 5e corps de la Grande Armée.

Lors de la campagne qui déboucha sur Austerlitz, Lannes et Murat prirent le pont de Vienne sans qu'une goutte de sang ne soit versée, en faisant croire au général d'Auersperg qu'un armistice avait été signé. Pendant la bataille d'Austerlitz, il s'illustra en écrasant le corps d'armée russe du prince Bagration, à la gauche de l'armée française.

Lors de la campagne de Prusse de 1806, Lannes permit à Napoléon de gagner à Iéna en l'informant de la découverte d'un sentier menant au Landgrafenberg, hauteur surplombant les positions prussiennes.

La bataille de Saalfeld, une victoire d'avant-garde[modifier | modifier le code]

Contexte : l'après Austerlitz[modifier | modifier le code]

Alors qu'Austerlitz pouvait faire espérer la paix, quelques mois plus tard, c'est la guerre qui surgit à nouveau. Sous l'influence du parti de la guerre et du pouvoir de persuasion des Anglais, la Prusse, neutre en 1805, s'oriente vers une politique belliqueuse qu'entretient fort à propos le souvenir de Frédéric le Grand. Ainsi, le 12 septembre 1806, l'armée prussienne entre en Saxe. Le doute n'est plus permis.

Le 1er octobre, le roi de Prusse Frédéric-Guillaume adresse un ultimatum à Napoléon, exigeant le retrait des troupes françaises derrière le Rhin. En fait, sentant la menace prussienne se préciser, la Grande Armée est finalement restée en alerte, prête à reprendre le combat. De sorte qu'à la fin du mois de septembre, l'armée française est en ordre de marche. L'ultimatum expirant le 8 octobre 1806, les troupes françaises se mettent en marche le 7 octobre.

Les forces en présence[modifier | modifier le code]

Du côté prussien, on compte environ 155 000 hommes répartis entre trois corps : 60 000 hommes forment le corps principal sous les ordres de Brunswick, 50 000 soldats de l'armée saxo-prussienne sous les ordres du prince de Hohenlohe, les forces de Hanovre dirigées par Rüchel, environ 30 000 hommes et enfin, les 16 000 soldats du corps de réserve sous la direction du prince de Würtemberg.

De l'autre côté, la Grande Armée se compose de huit corps représentant plus de 180 000 hommes et d'une réserve de cavalerie aux ordres de Murat.

Lannes dans le dispositif français[modifier | modifier le code]

Le 5 octobre 1806, il reprend le commandement du 5e corps de la Grande Armée, dont l'intérim avait été assuré par les maréchaux Mortier puis Lefebvre. Comme nous le confirme Victor, qui est le chef d'état-major de ce corps, le retour de Lannes à la tête du 5e corps d'armée qu'il a déjà dirigé pendant la campagne d'Austerlitz est apprécié par tout le monde.

Son corps d'armée a perdu depuis la dernière campagne les précieux grenadiers d'Oudinot. Mais il compte toujours la 1re division du général Suchet et la seconde du général Gazan, ainsi que la cavalerie du général Treilhard. En y ajoutant deux divisions d'artillerie et le parc de réserve, cela fait à peu près 22 000 hommes.

La stratégie de la vitesse[modifier | modifier le code]

Pour Napoléon, les choses sont simples. La vitesse sera, comme souvent, le leitmotiv de cette campagne; il s'agit de vaincre les Prussiens avant l'arrivée d'éventuels renforts russes. Il faut dire que l'attitude du commandement prussien aide bien l'Empereur dans ses plans. En effet, le haut commandement prussien se montre très pressé, persuadé que les Français ne sont pas encore prêts, il passe à l'offensive sans attendre d'éventuels renforts.

La stratégie de Napoléon est de couper les lignes de communication de l'ennemi en marchant sur la capitale prussienne, les Français remontant du sud vers le nord en trois groupes. À l'ouest, Augereau et Lannes, au centre Bernadotte, Davout et la garde, suivis par la réserve de cavalerie, à l'est, Soult et Ney.

Jacques Garnier traduit de la manière suivante les dispositions de Napoléon :

« Le plan était de marcher sur la capitale ennemie, Berlin, en passant par un pays "fragile", l'allié saxon. C'est le moyen le plus sur de rencontrer l'ennemi, en le débordant si celui-ci continue sa marche sur la France, et en lui livrant une bataille à fronts renversés, s'il décidait de se replier pour défendre sa capitale[21]. »

En route vers Saalfeld[modifier | modifier le code]

La campagne de Prusse s'engage rapidement. Le 7 octobre au soir, Lannes arrive à Cobourg. Il a ensuite pour instruction de se rendre à Graffenthal et Saalfeld. Le 10 au matin, les hommes de Lannes se trouvent à Graffenthal.

Pendant ce temps-là, Murat et Bernadotte, sous la direction de l'Empereur, battent l'ennemi à Schleitz. Mais revenons au combat de Saalfeld, il a donc lieu le 10 octobre 1806, et comme nous le constatons, Napoléon se trouve avec la colonne du centre de Bernadotte, Murat et Davout. Lannes est donc en position souveraine lorsque le 10, il rencontre l'ennemi dans la mesure où Napoléon l'autorise à affronter seul les éventuelles forces prussiennes qu’il pourrait rencontrer vers Saalfeld si celles-ci ne dépassent pas les 12 000 hommes.

Dans le cas contraire, il devra attendre le soutien d'Augereau et de son 7e corps. Et cela tombe assez bien pour le maréchal Lannes, car dès sept heures du matin, il rencontre 9 000 Prussiens formant l'avant-garde du corps du prince de Hohenlohe, commandé par le Prince Louis Ferdinand de Prusse.

Le théâtre des opérations[modifier | modifier le code]

Commençons par le cadre que nous décrit Henry Houssaye :

« La petite ville de Saalfeld s'étend entre la Saale à l'est et les dernières pentes du Frankenwald à l'ouest de la ville, située sur les deux rives de la rivière, presque à l'extrémité sud de cette vallée. Jusqu'à la Schwarza qui la circonscrit au nord, il y a une étendue de 6 kilomètres de long sur une étendue de 2.500 mètres en moyenne[22]. »

En clair, la ville de Saalfeld se trouve à cheval sur la Saale, qui est une rivière coulant du sud au nord. Encadrée par cette rivière et par des reliefs, Saalfeld se trouve donc dans une vallée. Mais la position est militairement assez mauvaise. Celui qui veut défendre la ville, et ce sera le cas du prince Louis, se trouve de fait obligé de s'adosser à la rivière et de faire face aux reliefs.

Qui plus est, la seule ligne de retraite est à l'ouest, en direction du village de Schwarza, les autres possibilités étant rendues plus difficiles par le relief et la rivière qui se rapproche vers le sud-est. En un mot, la position est mauvaise. Si cette affirmation est pour nous assez simple et facile, il reste néanmoins qu'il faut pouvoir l'analyser dans le moment présent et s'en servir. C'est, nous allons le voir, ce qu'a su faire le commandant du 5e corps.

Certes, on peut se demander ce que cette avant-garde prussienne fait en si mauvaise position et pourquoi elle défend cette position au lieu de se replier. Outre que les raisons de ce choix semblent tenir pour beaucoup à la personne du prince Louis, ce n'est pas véritablement l'objet de notre intérêt.

Les troupes de Louis, composées de 7 000 fantassins et de 2 000 cavaliers, se sont déployées sur trois lignes, à l'ouest de Saalfeld, tenu par quelques détachements prussiens. Le gros des troupes ennemies se trouve donc du côté ouest, c'est-à-dire du côté de la meilleure ligne de retraite possible. Prévenu d'une probable offensive des Français sur Saalfeld, le prince Louis a disposé ainsi ses troupes en espérant prendre de flanc les assaillants qui se dirigeraient, une fois dans la plaine, vers la ville.

« Portez vous à leur rencontre, écrasez-les. »[modifier | modifier le code]

C'est un présupposé qui allait se révéler inexact car, en réalité, l'objectif de Lannes n'est pas de prendre Saalfeld. À l'instar de Montebello, le plan du maréchal pourrait se résumer à ce que lui demandait Napoléon en juin 1800 :" Portez-vous à leur rencontre, écrasez-les.".

Et de manière plus militaire et tactique, cela correspond à l'analyse du général Bonnal :

« L'objectif des généraux français de ce temps-là était tout simplement d'atteindre le gros des forces ennemies, où qu'il fût et quelle que fût sa disposition, avec la ferme intention de le détruire en y mettant le temps, s'il le fallait, et en manœuvrant suivant les lieux et les circonstances[23]. »

Clairvoyance tactique[modifier | modifier le code]

Lannes dispose d'une grande partie de la division Suchet à laquelle s'ajoutent deux régiments de hussards, environ 6 000 hommes au total. Il ordonne à une partie du 17e léger de se poster à l'est, au niveau des crêtes qui surplombent la Saale, au sud-est de Saalfeld. Il s'assure ainsi de sa droite. Sur la gauche du 17e, il fait avancer un bataillon d'élite vers le village de Garnsdorf, face à la ville de Saalfeld, soutenu grâce à deux pièces d'artillerie et à la cavalerie de Treillard, en retrait d'un kilomètre au sud-ouest de Garnsdorf.

Par les villes de Saalfeld et Garnsdorf passe la route de Cobourg. C'est par là que la première division arrive, mais au lieu de déboucher naturellement dans la plaine, face à Saalfeld, aux côtés du bataillon d'élite situé vers Garnsdorf, Lannes ordonne aux régiments qui composent cette division Suchet de se porter par les sentiers forestiers, vers la gauche du dispositif. De fait, Lannes va concentrer la plus grande partie de ses troupes sur les pentes du Frankenwald, à la gauche de son dispositif, au sud-ouest du village de Saalfeld. Il faut bien comprendre que ce mouvement, en passant par des sentiers et par les bois qui couvrent ces pentes, se fait à l'insu du commandement prussien.

De plus, il place sur les hauteurs qui dominent la vallée marécageuse deux pièces d'artillerie qui auront toute latitude pour causer des pertes à l'ennemi. Enfin, à l'extrême gauche de son dispositif, Lannes place quelques compagnies du 17e léger postées sur les hauteurs boisées de Beulwitz, petit bourg à l'ouest, qui fait face à la droite ennemie.

Essayons d'éclaircir les dispositions tactiques adoptées par les deux généraux. Le prince Louis s'attend à une offensive française sur Saalfeld par la route de Cobourg. En conséquence, il a placé la grande majorité de ses troupes à l'ouest de la ville, avec l'intention de prendre de flanc les Français qui s'approcheraient de Saalfeld. Partant de l'intérêt présupposé des Français pour Saalfeld, il a logiquement placé ses régiments à l'ouest, car, c'est dans cette direction que se trouve sa ligne de retraite naturelle, vers Schwarza.

Nous avons le sentiment que Lannes a immédiatement vu la même chose en arrivant le matin, devant la vallée de Saalfeld. Ronald Zins le confirme : « Constatant que le prince est résolu à se battre, Lannes prend des dispositions pour le combat. D'un coup d'œil sur et rapide, il découvre la petite vallée, Saalfeld et les Prussiens adossés au cours d'eau[24]. »

C'est donc une première évidence que d'affirmer que Lannes a pris la mesure des lieux et a compris les enjeux et les clefs du combat. Cela se confirme quand on se tourne vers l'organisation adoptée par le 5e corps. Lannes a disposé, en se servant admirablement du relief, ses troupes de manière à attaquer directement les troupes du prince Louis, laissant un détachement devant Saalfeld.

Il s'est donc servi du présupposé de Louis à son insu. Qui plus est, en disposant ainsi ses troupes à l'ouest de la vallée, il coupe naturellement la ligne de retraite de l'adversaire, le poussant vers la rivière. C'est ce que pense également Henri Houssaye :

« Lannes marchait avec la tête de la division Suchet. Au premier coup d'œil, en découvrant la petite vallée, Saalfeld et le corps du prince Louis adossé au cour d'eau, il conçut le dessein non point d'attaquer sérieusement Saalfeld, mais de manœuvrer contre la droite ennemie de façon à couper aux Prussiens leur seule ligne de retraite et à les prendre tous entre ses baïonnettes et la rivière[25]. »

11h, les troupes française en mouvement[modifier | modifier le code]

Revenons au combat pour rappeler que Lannes ne dispose, en ce matin du 10 octobre 1806, que d'environ 6 000 hommes face aux 9 000 Prussiens. Vers onze heures du matin, les troupes de Lannes sortent des bois, et le danger apparaît immédiatement au prince Louis qui dépêche deux bataillons et quelques pièces d'artillerie vers Schwarza, et ainsi assure sa retraite.

Mais l'on ne saurait envisager une telle retraite en laissant sur son flanc des troupes françaises prêtes à l'attaquer. Alors pour se dégager de la menace française qui pèse sur sa retraite, le prince Louis passe à l'offensive et marche sur la gauche française. Mais l'attaque des dix bataillons prussiens est arrêtée par les tirs des bataillons du 17e léger et par l'offensive des deux bataillons du 34e de ligne conduit par Suchet sur le flanc droit de la colonne prussienne. Les Prussiens refluent, mais une contre-attaque emmenée par le prince en personne repousse le 17e légers qui s'était avancé. Puis, l'action connaît un ralentissement, se résume à des échanges de tirs, notamment parce que Lannes attend le reste de la division Suchet.

Pour la division Gazan, il ne faut pas compter sur son soutien, elle est à près de huit kilomètres du lieu d'affrontement. Lannes n'aura pas plus de ses 6 000 hommes pour vaincre. Au début de l'après-midi, les troupes de Lannes étant concentrées et réunies, il est temps de passer à l'offensive

Avec l'arrivée de la division Suchet, l'offensive s'accentue[modifier | modifier le code]

À l'est, le bataillon d'élite placé devant Garnsdorf passe à l'offensive en entrant dans Saalfeld et en y chassant ses défenseurs prussiens, de même, à l'ouest du dispositif, les Français avancent, mais c'est au centre que va se faire la décision. Suchet et Lannes abordent vivement les bataillons saxons et prussiens se trouvant à l'ouest de Saalfeld, ceux-ci, après une première résistance, commencent à se désunir, alors, Lannes lance sur eux la cavalerie, les 9e et 10e hussards. Voyant le danger que représente la cavalerie française pour son infanterie, le prince Louis prend la tête de cinq escadrons et se jette sur le flanc gauche du 9e hussards qui est très vivement rompu par le choc.

Mais derrière, le 10e hussard réagit et, se divisant en deux colonnes, attaque sur ses deux flancs la cavalerie ennemie et la met en déroute. Sur toute la ligne, le recul prussien se transforme alors en déroute. La cavalerie française sabre les fantassins et poursuit jusqu'à la rivière la cavalerie ennemie. C'est au cours de cette ultime poursuite que le prince Louis Ferdinand de Prusse est tué par le maréchal des logis Guindey.

Le plan de Lannes a réussi, il a pris les Prussiens entre lui et la rivière : « Au bord de la rivière où les vaincus s'accumulent en désordre, atroce mêlée et corps à corps sanglants, que termine la mort ou la reddition de ceux des fuyards qui n'ont pu traverser la Saale à gué ou à la nage[26]. »

Bilan d'une manœuvre réussie[modifier | modifier le code]

Pendant qu'au centre Suchet et la cavalerie consolidaient leur victoire, à l'ouest du dispositif, deux brigades soutenues par la cavalerie du 21e chasseurs s'emparent du village de Schwarza. La victoire de Lannes est ainsi complète. Les pertes de l'ennemi sont d'un peu moins de 1 000 morts, plus de 1 500 prisonniers, 33 pièces de canon et 4 drapeaux. Du côté français, moins de 200 hommes sont hors de combat. Convenons donc que c'est par l'intelligence de sa tactique que la victoire française a pu être aussi complète.

Le caractère de Lannes le poussa à attaquer sans attendre le reste du 5e corps et encore moins Augereau, mais son caractère fut aussi de le faire avec intelligence, en tenant compte du terrain et des circonstances. Cette victoire n'est pas primordiale dans l'ensemble de la campagne, ses proportions sont celles d'un combat d'avant-garde. Mais, comme l'affirme Margaret Scott Chrisawn : « The combat of Saalfeld was significant military and psychologically »[27].

La mort du Prince Louis[modifier | modifier le code]

Le général Thoumas va évidemment dans le même sens quand il écrit :

« L'effet produit par sa mort [le prince Louis] et par le combat de Saalfeld fut énorme dans les deux armées. Une lettre écrite par un officier prussien et adressée au prince de Saxe-Cobourg, lettre saisie à la poste, comparait cette défaite à celle des Autrichiens devant Ulm[28]. »

Napoléon adresse à Lannes, le 12 octobre, la lettre suivante :

« Mon Cousin, j'ai reçu avec grand plaisir la nouvelle de votre affaire du 10 courant. J'avais entendu la canonnade et j'avais envoyé une division pour vous soutenir. La mort du prince Louis de Prusse semble être une punition du ciel, car c'est le véritable auteur de la guerre…[29]. »

En somme, l'importance de ce combat fut d'ouvrir la campagne par une victoire complète à laquelle s'ajouta le symbole de la mort du Prince Louis. Saalfeld a le mérite de combiner plusieurs aspects de ce caractère si nécessaire au général. Là encore, le général Lannes est souverain dans son commandement militaire, et ses capacités tactiques sont encore plus évidentes en comparaison de celles du prince Louis de Prusse. Enfin, comme le dit le général Thoumas : « Mais, par dessus tout, le maréchal lui-même s'était montré une fois de plus ce qu'il avait été, ce qu'il fut toujours, le type du général d'avant-garde[28]. »

La bataille de Pultusk[modifier | modifier le code]

Durant la campagne de Pologne de 1807, Lannes remporta une victoire à la bataille de Pułtusk

De Iéna à Pultusk[modifier | modifier le code]

Après la victoire de Iéna comme après celle d'Austerlitz, les Russes se présentent face aux Français, prolongeant de fait la guerre en Europe. À l'instar de la campagne de 1805, ils se présentent en deux groupes, d'une part, les troupes de Benningsen fortes de 60 000 hommes se portant vers la Vistule, d'autre part, les 40 000 soldats du général Buxhoewden, suivant d'assez loin. Nous sommes en novembre 1806, et tandis que Benningsen se porte vers Varsovie, Lannes et son cinquième corps se trouvent à Thorn, sur la Vistule.

Ce corps réunit, comme à Austerlitz, la première division de Suchet composée des brigades Claparède, Reille et Vedel et la seconde division du général Gazan avec les brigades Graindorge et Campana. À cela, il faut ajouter la cavalerie du général Treilhard, les deux divisions d'artillerie de Foucher de Careil ainsi que le parc de réserve et le génie sous les ordres du colonel Dode, soit en théorie les 21 000 hommes dont il disposait à Saalfeld et Iéna moins les pertes. On estime alors qu'il dispose d'un peu moins de 18 000 hommes.

À la poursuite de Benningsen[modifier | modifier le code]

Le 18 novembre, Murat se dirige vers Varsovie et y entre le 30 novembre, suivi par Lannes, qui est malade. En cette fin d'année 1806, la Grande Armée est divisée en deux groupes : à l'ouest, autour de Thorn sur la Vistule, les corps de Bessières, Bernadotte et Ney, à l'est, autour de Varsovie, les corps de Davout, Lannes et Murat ainsi que la garde. Plus de 150 kilomètres séparent ces deux groupes; entre Thorn et Varsovie, Soult vers Plock et Augereau assurent la liaison entre ces deux masses le long de la Vistule. Le 18 décembre 1806, l'Empereur arrive à Varsovie.

Depuis l'entrée en campagne des Russes, il est décidé à en finir le plus rapidement. Les renseignements dont il dispose alors lui signalent la présence du corps de Benningsen au nord de Varsovie, vers Czarnowo où les fleuves Ukra et Narew se rejoignent en formant un angle. L'idée de Napoléon est évidemment de détruire le corps de Benningsen avant l'arrivée des renforts. Pour ce faire, le groupe de Varsovie (Davout, Lannes, Murat) rejoint par les corps de Soult et Augereau marcheront vers Benningsen, l'accrocheront et le tourneront vers l'est, le forçant ainsi à se replier vers l'ouest et la Prusse orientale.

Et dans le même temps, le groupe de Thorn formé par les corps de Bessières, Bernadotte et Ney marchera vers le nord-est pour couper les lignes de retraite des Russes vers la Prusse orientale. Il s'agit donc bien d'encercler les Russes en les poussant vers l'ouest pour les couper du second corps du général Buxhoewden. La manœuvre d'encerclement se déclenche le 23 décembre 1806. Augereau et Soult partent de la Vistule en direction du nord-est et de la ville de Kolozomb.

Davout franchit l'Ukra et marche sur Czarnowo où il rencontre les Russes qu'il bat et repousse dans un combat de nuit faisant 1 800 morts chez l'ennemi. Napoléon estime alors que les Russes ont reculé au nord de Czarnowo, vers Golymin. Il y dirige donc les corps de Davout, Murat et Augereau.

Poursuivant sa manœuvre d'encerclement, Napoléon demande à Soult de se porter au nord de Golymin et à Lannes de passer l'Ukra à la suite de Davout puis de se diriger à l'est, vers Pultusk. De fait, les villes de Golymin et Pultusk sont distantes d'un peu plus de 20 kilomètres; pour prévenir cet éloignement, la division Gudin du troisième corps de Davout marchera à distance raisonnable, prête à soutenir le 5e corps en cas de nécessité. Pendant ce temps, Ney bat le général prussien Lestocq.

Bessières et Bernadotte ne rencontrent pas de corps russes importants, quant à Soult, il ne trouve personne au nord de Golymin. Le coup de filet imaginé par l'Empereur est alors un échec. La gauche du dispositif français n'a rencontré personne. Où sont donc passés les Russes ?

Comment retrouver l'armée russe ?[modifier | modifier le code]

La réponse est d'autant plus délicate que les conditions atmosphériques sont extrêmement mauvaises, empêchant la cavalerie d'effectuer correctement son travail de reconnaissance. Marbot écrit d'ailleurs que :

"… il aurait fallu que la gelée raffermît le terrain, qui se trouvait au contraire tellement mou et délayé, qu'on y enfonçait à chaque pas et qu'on vit plusieurs hommes, notamment le domestique d'un officier du 7e corps se noyer, eux et leurs chevaux, dans la boue!"[30]

Dans les deux camps, on manque cruellement d'information sur l'adversaire et cela se fait ressentir dans la conduite de la guerre. Français et Russes évoluent dans une relative ignorance l'un de l'autre. Manifestement, les Russes ne sont pas à Golymin où Davout, Murat et Augereau ne rencontrent pas le gros des forces mais la division Doctorow du corps de Buxhoewden et une partie des divisions Gallatzin et Saken du corps de Benningsen.

En réalité, les Russes ont, devant le mouvement français, rallié naturellement la positon de Pultusk où se trouvent la réserve et les derniers ponts permettant de franchir la Narew. En fait, les forces russes, ne se trouvant pas réunies la où Napoléon croit les trouver et les tourner, ils n'ont ni subi ni même compris le mouvement d'encerclement des Français.

Force en présence[modifier | modifier le code]

C'est donc Lannes qui, se portant vers Pultusk selon les ordres de l'Empereur, va trouver le gros des forces ennemies. Il y arrive le 26 décembre au matin. Face à lui, il découvre un ennemi bien supérieur en nombre.

En effet, Benningsen a sous ses ordres les divisions Tolstoï et Sedmaratzki ainsi qu'une majeure partie des divisions Gallitzin et Saken. À cela, il faut ajouter près de 5 000 cavaliers réguliers, sans doute plusieurs milliers de cosaques ainsi qu'une forte artillerie. En tout, environ 50 000 hommes et une cinquantaine de canons de gros calibre.

De son côté, Lannes dispose des divisions Suchet et Gazan, la cavalerie légère de Treilhard et les dragons de Becker détachés auprès du corps de Lannes. Cela fait environ 18 000 hommes et quasiment pas d'artillerie car on n'a pas pu l'extraire de la boue malgré de nombreux efforts.

Théâtre des opérations[modifier | modifier le code]

À l'ouest de la ville de Pultusk, on remarquait une grande forêt puis, à mesure que l'on se rapprochait de la ville, le terrain se découvrait et s'élevait, formant une sorte de plateau qui se finissait vers Pultusk, encaissant ainsi la Narew, coulant du sud au nord, derrière la ville.

Ainsi, devant, Pultusk, se trouvait un terrain plat, dégagé et boueux. Au nord de la ville, des bois couronnés une hauteur près du village de Moczyn. Au sud de Pultusk, la Narew coulait, encaissé à l'ouest et entouré de bois à l'ouest. Les Russes qui, depuis longtemps déjà se trouvaient en possession de la ville avaient occupé le terrain de la manière suivante : au nord, près de Moczyn, la droite russe et la division Tolstoy se plaçaient sur les hauteurs boisées, en équerre, le saillant vers l'ouest, soutenue par les cosaques.

Plan de la bataille de Pultusk.

Au sud, l'aile droite des forces de Benningsen se place devant la ville et le pont qui traverse la Narew. Entre ces deux ailles, le centre russe et une forte réserve ainsi que l'essentiel de l'artillerie. La cavalerie ennemie se plaçant entre les corps de l'armée russe et en avant-garde. La position est donc solidement tenue.

Entre hésitation et détermination[modifier | modifier le code]

Lannes arrive donc ce 26 décembre face aux forces ennemies, il emploie le 17e léger et le 88e pour chasser la cavalerie placée en avant. Celle-ci se replie sur les troupes russes en ordre de bataille. Lannes met en place son dispositif : la division Suchet et la cavalerie seront préposées à l'attaque tandis que la division Gazan restera en lisière de bois, à l'ouest du plateau de Pultusk. Deux remarques s'imposent : tout d'abord, Lannes est décidé à passer à l'attaque, ce qui, au regard de la très grande supériorité de l'ennemi, tant en hommes qu'en artillerie et des conditions climatiques, est assez remarquable.

Ensuite, il faut bien convenir que la communication fait défaut entre les différents corps. Lannes ne sait pas véritablement s'il pourra être soutenu rapidement par la division Gudin détachée du corps de Davout, voire par le reste de l'armée. Quant aux forces ennemies, il sait par contre qu'il se trouve devant le corps principal et tente donc de prévenir l'Empereur. Il ne faut pas perdre de vue les réalités de la contingence dans l'action militaire ni l'incertitude et les doutes qui pèsent sur le chef du 5e corps.

Pour autant, le caractère et le courage de Lannes le poussent à l'offensive. Qui plus est, s'il s'agit bien du gros des forces russes comme il le pense Il faut alors absolument les accrocher car le 5e corps est, comme nous l'avons vu, la partie la plus à l'est du dispositif français.

En somme, si Lannes ne retient pas Benningsen, ce dernier échappera aux Français. Mais pour le général russe également, la contingence est une donnée à prendre en compte, et tout au long de ce 26 décembre, il hésitera sur la nature et l'importance des troupes qu'il a en face de lui, un peu comme à Friedland.

À l'offensive[modifier | modifier le code]

Donc, Lannes passe à l'attaque. Il forme trois colonnes. À droite, sous la direction de Claparède, le 17e léger ainsi que la cavalerie légère de Treilhard. Au centre, le premier bataillon du 88e et la 64e sous les ordres de Vedel. Enfin, à gauche, Victor et Reille commandent le reste de la 88e et 34e de ligne. Entre la gauche et le centre, un peu en retrait, les dragons de Becker.

La tactique envisagée par Lannes est pleine d'intelligence, constatant que la droite russe, la division Tolstoy est solidement positionnée, il laisse la division Gazan qui doit prévenir en cas de besoin mais qui aura aussi un rôle presque psychologique sur la droite ennemie en la dissuadant d'intervenir. En fait, l'offensive devait se porter principalement sur la gauche de l'ennemi qui défendait la ville et le pont, car en les repoussant, on mettait le reste de l'armée russe en grande difficulté, en la coupant de sa retraite naturelle sur la ville de Pultusk.

Dès neuf heures, l'attaque générale est lancée, les Français, sortant des bois, avancent péniblement dans la boue et attaquent néanmoins avec vigueur l'ennemi. La droite française repousse les Russes qui se rapprochent alors de la Narew et de ses abords encaissés. Claparède et ses troupes progressent, Benningsen les fait alors charger de flanc par sa réserve. Mais Lannes, qui dirige personnellement le centre français réagit et porte à son tour les troupes de Vedel sur les réserves russes, les poussant alors vers la rivière.

L'ennemi est alors en grand désordre mais un bataillon du 88e rompt sous la charge de la cavalerie ennemie, empêchant un plus ample succès. À ce sujet, le général Thoumas écrit :

« … l'aile gauche des Russes, vivement abordée, s'enfuit en désordre, elle allait être prisonnière lorsqu'elle fut sauvée par un accident survenu au bataillon du 88e. Aveuglé par une tourmente de neige, ce bataillon n'aperçut pas la cavalerie prête à fondre sur lui. Surpris par la charge avant d'avoir pu former le carré, il fut rompu et renversé[31]. »

Précisons que cette version de l'échec subi par le 88e est très communément admise, tant par les biographes de Lannes que par les spécialistes d'histoire militaire. Bien qu'étonnante, cette explication correspond assez bien avec ce que nous connaissons des conditions climatiques de ce 26 décembre polonais.

Malgré tout, la droite et le centre français avaient considérablement progressé, mettant en grand danger l'aile gauche russe de Benningsen, collée dangereusement à la fin du plateau de Pultusk qui se jette alors de manière abrupte vers la Narew. En revanche, pour la gauche du 5e corps, les choses furent plus difficiles. En réalité, Victor et Reille résistaient vaillamment aux Russes et en particulier à la nombreuse artillerie. Dans un rapport écrit par Lannes le 27 décembre et adressé à l'Empereur, la situation de la gauche française est ainsi décrite :

« La gauche a résisté au feu d'environ 15 000 hommes, et sans une artillerie formidable qu'ils avaient à la tête du pont et dont le feu nous écrasait quand nous avancions trop, toute cette troupe était culbutée dans la rivière. Le général Victor se loue beaucoup du 34e qui a reçu les attaques d'infanterie et les charges de cavalerie avec son sang froid ordinaire[32]. »

Les Français progressent[modifier | modifier le code]

Mais la gauche française, après avoir résisté, avance, encouragée par la présence de Lannes qui s'est porté de sa droite à sa gauche pour soutenir l'effort de ses hommes. À gauche comme à droite, les Russes perdent du terrain et se rapprochent de la ville de Pultusk.

Après des heures de combat dans la boue et alors que le soir s'approchait, la division Gudin, sous les ordres du général Daultanne, chef d'état-major de Davout, arrive à l'extrême gauche du dispositif français. Après avoir prévenu Lannes de son arrivée, la division Gudin passe à l'attaque contre l'extrême droite des Russes, composée de la division Tolstoy. Cet assaut, mené avec détermination, oblige la division russe à rétrograder.

Contre-attaque tardive et repli de Benningsen[modifier | modifier le code]

Alors, pour couvrir leur retraite, Benningsen lance sa cavalerie entre la division Gudin et la gauche de Victor.

En réponse, les Français, en particulier le 85e de la division Gudin, se forment en carré et stoppent la cavalerie ennemie. Sur tous les points de rencontre l'ennemi recule et cède le terrain, tant et si bien qu'à la fin de la journée, alors que la nuit tombe et que sa cavalerie vient d'effectuer une charge entre Gudin et Victor, Benningsen profita opportunément de la nuit pour faire passer les ponts à son armée et se replier sur Pultusk, à l'abri de la Narew. Il est alors huit heures du soir, les Français combattent depuis près de dix heures et sont maîtres du champ de bataille. À un contre deux, dans le meilleur des cas, la victoire de Lannes, si elle n'est pas totale, n'en est pas moins indiscutable.

Elle est d'autant plus admirable, qu'au-delà de l'infériorité numérique des Français, elle fut livrée dans des conditions épouvantables :

« Ce fut un vrai jour du jugement dernier […] il pleuvait et il neigeait, un vent glacial soufflait. Les chevaux de notre cavalerie avaient de la boue jusqu'au ventre, c'est pourquoi elle ne put rien entreprendre. L'infanterie russe chargea deux fois à la baïonnette, mais elle fut refoulée avec des pertes sévères. Presque personne ne tenait plus à sa vie, car le gel prenait les gens mouillés, donc tous furent transis, et il semblait à chacun qu'ils se trouvaient comme entre deux planches de bois. Il fut impossible de fléchir les bras, car de la glace craquait sur le corps, le froid avec ça et la fin, mieux vaut la mort qu'une telle vie[33]. »

Bilan de Pultusk[modifier | modifier le code]

Le 26 décembre 1806, le champ de bataille livre un bilan sans équivoque : les Russes laissent 2 000 prisonniers, environ trois mille tués ou blessés. Mais, le froid et la pluie ne laisseront que peu de chances de survie aux blessés du combat de Pultusk, et enfin, l'ennemi a laissé dans sa retraite, la majeure partie de son artillerie.

Du côté français, on ne compte pas plus de 1 500 blessées ou tués. Beaucoup d'officiers ont été blessés : Claparède[34], Treilhard et Lannes lui-même. C'est à ce prix et par l'activité de ses chefs que le 5e corps est victorieux et maître du terrain.

Lannes tacticien[modifier | modifier le code]

On peut d'ailleurs se demander comment un simple corps de l'armée française peut mettre en retraite le gros des forces russes ? À cela, on peut trouver plusieurs raisons : il y a d'abord la tactique employée par Lannes. Elle est l'alliance a priori contradictoire de la prudence et de l'audace. L'audace ou le caractère, c'est attaquer dans la boue des Russes deux fois plus nombreux. La prudence, c'est garder en réserve la division Gazan pour prévenir toutes difficultés, car si nous savons aujourd'hui l'état des forces en présence, les protagonistes de l'époque en sont bien moins sûrs, or, la réserve constituée par Gazan a le double mérite de maintenir immobile la division Tolstoy et de constituer une sécurité pour les Français. Au demeurant, Lannes à parfaitement compris que la faiblesse des Russes, comme à Friedland quelques mois plus tard, est de combattre dos au fleuve, et donc, d'être tributaires des ponts. Délaissant l'extrême droite russe fortement installée, il se tourne vers la gauche du dispositif ennemi pour tenter de lui couper la retraite.

Le général Laffargue apporte une explication sans doute plus profonde bien que plus psychologique :

« En tous cas, c'est lui [Lannes] seul, alors qu'il était rongé par la fièvre depuis huit jours, qui a osé l'engager; osé avec moins de vingt mille hommes, en défier cinquante mille; osé marcher sans canon, sans une artillerie formidable. Et ce malade a trouvé en lui-même un dynamisme capable d'imprimer à sa troupe une telle force vive que Benningsen, pris à la gorge, a été vaincu parce qu'il s'est persuadé qu'il était vaincu. Voilà le miracle dû à la seule supériorité de la force d'âme, réalisé par Lannes à Pultusk[35]. »

Cette philosophie militaire, donnant une part importante à la nature et la valeur des hommes plus qu'au nombre, revient finalement à ce que beaucoup de théoriciens militaires ont défini comme les forces morales qui s'ajoutent aux forces physiques. Sur ce point, il convient de citer Ardant du Picq :

« Le combat est une affaire de morale. Celui-là l'emporte qui sait par sa résolution, marcher en avant […], prendre en un mot l'ascendant de l'action morale. L'action morale est la crainte qu'on inspire, il faut la changer en terreur pour l'emporter…[36]. »

Côté russe[modifier | modifier le code]

Enfin, une dernière explication de la victoire française peut se trouver du côté russe : en effet Benningsen écrivit au tsar Alexandre Ier, son souverain, qu'il venait de remporter à Pultusk une victoire sur Napoléon et sur trois corps de maréchaux ainsi que sur la cavalerie de Murat. On peut interpréter cette erreur grossière de plusieurs manières ; soit elle montre l'ignorance de Benningsen sur l'état et le nombre de ses adversaires, ignorance réciproque chez Napoléon et dont nous avons déjà évoqué les causes ; soit elle prouve la valeur et l'ardeur du 5e corps au combat, à tel point que Benningsen le croit trois fois plus nombreux qu'il ne l'est en réalité.

Soit enfin, Benningsen tente ici de justifier sa retraite alors qu'il n'a face à lui qu'un seul corps de l'armée napoléonienne. Au total, on peut penser que les Russes et leur chef ont montré moins d'assurance, de détermination et de forces morales que le 5e corps et son chef.

Il ne participe pas à la bataille d'Eylau.

Friedland, après Eylau, le retour de Lannes et de la Grande Armée[modifier | modifier le code]

Après Eylau[modifier | modifier le code]

La bataille d'Eylau - à laquelle Lannes malade ne participe pas - et l'arrivée de l'hiver ont de fait entraîné une pause dans les combats entre les Français et les Russes. Mais pour Napoléon, il manque une victoire convaincante pour assurer la paix et asseoir sa domination militaire.

Le 26 mai 1807, la ville de Dantzig où s'étaient retranchés 20 000 hommes dont 13 000 Prussiens, capitule après avoir résisté pendant plus de deux mois au siège du maréchal Lefèbvre. Certes, il avait fallu le soutien de Lannes pour repousser une tentative du général russe Kamenski venu libérer les assiégés. Mais en ce début du mois de juin, l'essentiel est que la Grande Armée est prête, reformée et réorganisée après Eylau et le terrible hiver 1806-1807, Napoléon peut envisager de passer à l'offensive.

La Grande Armée en ordre de marche[modifier | modifier le code]

L'Empereur dispose de 150 000 hommes réunis sous les ordres de Bernadotte (1er corps), Davout (3e), Soult (4e), Ney (6e), Mortier (8e), les escadrons de Murat et la garde de Bessières.

Quant à Lannes, il est depuis le 5 mai 1807 à la tête du corps dit de réserve. Ce nouveau corps est composé de trois divisions, celle d'Oudinot, de Verdier et une troisième division de troupes saxonnes, de la cavalerie avec notamment le 9e de hussards, les cuirassiers saxons puis les dragons de Grouchy et les cuirassiers de Nansouty. À cela s'ajoutent deux divisions d'artillerie. Au total, plus de 20 000 hommes et près de 40 canons. Face aux Français, 100 000 Russes composent l'armée principale sous les ordres du général Benningsen auxquels s'ajoutent le corps de Tolstoï : 18 000 hommes et celui de Lestocq : 30 000 hommes.

Disposition géographique[modifier | modifier le code]

Le dispositif français s'étend du nord au sud, en direction de la ville de Koenigsberg, au bord du golf de Dantzig où se trouvaient d’immenses ravitaillements et qui apparaît comme une place stratégique pour les deux camps. Quant à Benningsen, il se concentre et se retranche autour du camp de Heilsberg dans ce qui semble être une position d'attente, sur la route de Koenigsberg.

Premiers affrontements[modifier | modifier le code]

Mais le 4 juin, Benningsen lance plusieurs colonnes sur le corps de Ney, surprenant ainsi les Français. La bonne tenue du corps de Ney et la concentration des troupes françaises empêchèrent cette attaque surprise de réussir. Le général russe se replia alors sur Heilsberg, laissant aux Français l'initiative. Le 10 juin, ni Murat ni Soult n'attendent le renfort des autres corps et attaquent les fortes positions russes, protégées par une nombreuse artillerie et des redoutes. Il faut le renfort des jeunes fusiliers de la garde dirigée par Savary et l'arrivée du corps de réserve de Lannes pour rétablir une situation compromise par la précipitation de Soult et Murat. Les Français ont perdu 11 000 hommes dont 8 000 pour le seul corps de Soult.

Mais, étonnamment, craignant sans doute d'être tourné, le général russe Bennigsen ne profita pas de son avantage et se retira vers le sud, laissant libre la voie de Koenigsberg.

La Grande Armée entre Friedland et Koenigsberg[modifier | modifier le code]

Dès lors, Napoléon concentra ses forces au nord, vers Eylau, pour pouvoir ensuite contrôler Koenigsberg. Il souhaite aussi livrer une bataille décisive et tandis que Murat, Davout et Soult se dirigent au nord vers Koenigsberg, l'Empereur envoie le corps de Lannes vers Friedland pour couvrir la marche française et prévenir toutes attaques de flanc des Russes. En effet, Napoléon suppose que c'est par le pont de Friedland que les Russes peuvent traverser l'Alle pour s'interposer entre les Français et Koenigsberg. Et il a raison.

Lannes face à Bennigsen[modifier | modifier le code]

Le 13 juin au matin, Lannes part en direction de Friedland et dans l'après-midi, il rencontre l'ennemi : le 9e de hussards a été chassé devant Friedland par une cavalerie nombreuse. Il informe l'Empereur de la présence des Russes. Au soir du 13 juin 1807, la garde impériale russe soutient la cavalerie et le général russe s'installe à Friedland. N'ayant en face de lui que le corps de Lannes, il projette de l'écraser et d'attaquer les Français de flanc pour rejoindre ensuite le corps de Lestocq, qui se trouve vers Koenigsberg.

Voici Lannes aux prises avec la force principale de l'ennemi. Napoléon, mis au courant par Lannes, commence à concentrer ses troupes alors que Bennigsen pense encore que les Français marchent vers le nord, en direction de la mer. N'ayant pas assez d'hommes pour occuper Friedland ou pour s'assurer le contrôle des ponts, Lannes ne peut empêcher les Russes de se déployer autour de Friedland et de passer l'Alle. Ce passage, nous allons le voir, constitue finalement une bonne chose pour les Français.

Le théâtre des opérations[modifier | modifier le code]

La description d'Adolphe Thiers nous dépeint le lieu où va se dérouler l'affrontement :

« Le cours de l'Alle, près du lieu où les deux armées allaient se rencontrer, offre de nombreuses sinuosités. Nous arrivions par des collines boisées, à partir desquelles le sol s'abaisse successivement jusqu'au bord de l'Alle. Le pays est couvert en cette saison de seigle d'une grande hauteur. On voyait sur notre droite l'Alle s'enfoncer dans la plaine en décrivant plusieurs contours, puis tourner autour de Friedland, revenir à notre gauche, et tracer ainsi un coude ouvert de notre côté, et dont la petite ville de Friedland occupait le fond. C'est par les ponts de Friedland, placés dans cet enfoncement de L'Alle que les Russes venaient se déployer dans la plaine vis-à-vis de nous. On les voyait distinctement se presser sur ces ponts, traverser la ville, déboucher des faubourgs, et se mettre en bataille en face des hauteurs. Un ruisseau dit le ruisseau du Moulin, coulant vers Friedland, y formait un petit étang, puis allait se jeter dans l'Alle, après avoir partagé cette plaine en deux moitiés inégales[37]. »

Nous comprenons assez bien les avantages que l'on peut tirer d'un tel terrain. Lannes est en très large infériorité numérique le 14 juin, au petit matin, lorsque les combats commencent. Il dispose de la division Oudinot, de la cavalerie de Grouchy et de la cavalerie du 9e hussards ainsi que des Saxons, soit environ 10 000 hommes. Les Russes sont trois fois plus nombreux. Il faut donc se servir du terrain pour résister. Évidemment, Lannes ne saurait accepter un combat de front qui lui serait fatal.

Les dispositions prises par Lannes[modifier | modifier le code]

Les Français sont à l'ouest de Friedland, et se placent de manière circulaire autour de cette ville, qui se trouve au fond d'un méandre de l'Alle. Au sud, on trouve le bois de Sortlack, qui s'avance et partage la plaine au sud de Friedland, entre l'Alle et le village de Posthenen. Lannes se sert de ce bois épais pour y placer deux bataillons de voltigeurs en tirailleurs, qui, s'appuyant et s'aidant du bois, pourront tenir plus longtemps. Cela forme l'aile droite de son dispositif. Au centre du dispositif, on trouve donc la ville de Posthenen qui est reliée à la route de Dommau, route susceptible d'apporter des renforts.

En arrière de ce village s'élève un plateau où Lannes place ses batteries, 12 pièces, et quelques troupes pour les protéger, ainsi, il peut battre la plaine de l'Alle. Pour assurer la liaison entre sa droite et son centre, il dispose, un peu en retrait, toute sa cavalerie, prête à intervenir. Le gros de la division d'Oudinot se poste entre deux mamelons, en avant de Posthenen.

Nous voyons donc que Lannes refuse sa gauche. Et pour cause, son aile gauche devrait se placer sur un terrain beaucoup plus découvert, entre Posthenen et le village de Heinrichsdorf, en face du débouché de Friedland. Alors, Lannes place en retrait de cette ligne, sur les hauteurs boisées qui la surplombent, le reste de ses bataillons mais sans contrôler le village de Heinrichsdorf. En fait, en refusant ainsi sa gauche, il ouvre la route de Koenigsberg aux Russes mais ceux-ci seraient forcés de prêter le flanc au corps de réserve pour l'emprunter. Ainsi, grâce à cette utilisation intelligente, Lannes force les Russes à combattre sur le terrain qu'il a choisi.

3 heures du matin, le 14 juin[modifier | modifier le code]

Carte du champ de bataille le 14 juin.

À trois heures du matin, le feu démarre, ce 14 juin. Tandis que les Russes commencent à se déployer dans la plaine, l'artillerie placée sur le plateau de Posthenen tient les premiers bataillons russes à distance.

À l'aile droite, les bataillons placés dans le bois de Sortlack arrêtent toutes les tentatives de l'infanterie russe, et quant à Grouchy, il interdit les passages aux forces ennemies entre le bois et le centre français, grâce à la promptitude de sa cavalerie. Se voyant stoppés sur leur gauche, les Russes qui se déploient en plaine grâce à des ponts supplémentaires jetés sur l'Alle, se tournent alors vers la gauche du dispositif français, et se concentrent vers le village de Heinrichsdorf que Lannes a volontairement laissé libre, faute de troupes.

Pour contenir l'avancée adverse sur sa gauche, Lannes fait passer Grouchy de l'aile droite à l'aile gauche.

L'arrivée continue de renfort[modifier | modifier le code]

Mais l'ennemi est lent à se mettre en place, et alors que la menace du nombre se fait de plus en plus forte, Lannes reçoit fort à propos les renforts de la grosse cavalerie de Nansouty, 3 500 hommes qui se place à gauche du dispositif français.

Quant Grouchy arrive lui aussi à gauche, il constate que le village de Heinrichsdorf est occupé et que les cavaliers de Nansouty se sont repliés. Le risque est grand pour Lannes de se faire tourner par sa gauche. Cela fait quatre heures que les Français font face à l'ennemi et Grouchy, après avoir rallié à lui Nansouty, enlève, grâce à une charge formidable, le village de Heinrichsdorf.

Pour soutenir l'effort de sa cavalerie sur son aile gauche, Lannes dépêche la brigade Albert de la division Oudinot qui prend position dans le village d' Heinrichsdorf. La contre attaque de la cavalerie russe vers Heinrichsdorf étant stoppée puis repoussée par les cuirassiers de Nansouty, les Russes marquent alors un temps d'arrêt tandis que la division Dupas du corps de Mortier puis la division Verdier de Lannes rejoignent les affrontements entre neuf et dix heures du matin, les français comptent alors environ 27 000 hommes.

« Crève ton cheval, Saint-Mars pour rapporter à l'Empereur que c'est l'armée russe tout entière que nous avons sur les bras. »[modifier | modifier le code]

La division Dupas se place entre Posture et Heinrichsdorf, alors qu'au centre, Oudinot résiste habilement à la pression russe. Quant à la division Verdier, elle fut divisée en deux colonnes susceptibles d'intervenir là où il y aurait nécessité. À l'aile droite, les combats se sont intensifiés, c'est maintenant toutes l'armée russe de Bennigsen que Lannes supporte, et si les Russes contrôlent le village de Sortlack, les tirailleurs postés en face du village, sont toujours maîtres du bois, secondés par les colonnes de la division Verdier.

La droite du dispositif tient. À gauche, dans la plaine de Heinrichsdorf, Grouchy résiste de manière remarquable à la cavalerie russe de sorte que le contrôle de la plaine de Heinrichsdorf nous est assuré. Ainsi, de trois heures du matin à midi, Lannes a contrôlé et retenu le déploiement de plus de 70 000 Russes avec en fin de matinée, 27 000 hommes, et cela sur un front de plus de 5 kilomètres. Au sud comme au nord, les positions clefs sont toujours tenues par les troupes de Lannes.

Ronald Zins explique comment ce miracle est possible :

« Pour pallier son infériorité numérique, Lannes combat tout en manœuvres savantes et judicieuses. Profitant de la hauteur des seigles, des bosquets d'arbres et des inégalités de terrain, il ploie ou déploie ses bataillons dont les mouvements sont montrés ou dérobés à propos. Grâce à ce stratagème, Lannes parvient à faire croire aux Russes que ses forces sont plus importantes qu'elles ne le sont en réalité. Toutefois, le refoulement de l'adversaire ne se fait qu'au prix de lourdes pertes et le maréchal presse l'Empereur d'arriver.[…] Lannes lance alors un nouvel appel à l'aide : « Crève ton cheval, Saint-Mars, dit-il à son aide de camp, pour rapporter à l'Empereur que c'est l'armée russe tout entière que nous avons sur les bras. »[38] »

D'une position défensive à une position offensive[modifier | modifier le code]

Devant la résistance des Français, Benningsen tergiverse, doutant des forces qu'il a en face de lui. Cela laisse le temps à l'Empereur de rejoindre Lannes un peu après midi. Pendant 11 heures, Lannes a contenu l'armée russe tout entière. Et celle-ci est déployée devant Friedland.

Napoléon à Friedland, Horace Vernet.

Justement, Napoléon comme Lannes comprend très vite les conséquences d'un tel déploiement. D'une part, les Russes combattent dos à un fleuve très sinueux et leur point de retraite se trouve dans un méandre de l'Alle. Mais en plus, la plaine de l'Alle est coupée en deux par le ruisseau du Moulin qui forme ensuite un étang. Par extension, les communications d'une aile à l'autre sont compliquées pour les Russes.

Napoléon prend ses dispositions, Lannes se concentrera au centre, sur sa gauche, Mortier et Grouchy, et sur sa droite Ney et la division Dupont. La réserve est formée par le corps de Victor et par la garde.

5h, offensive générale des Français[modifier | modifier le code]

À cinq heures, les Français sont en place et passent à l'attaque. C’est à Ney que revient l'initiative et l'objectif de couper la retraite des Russes en prenant Friedland et ses ponts. Et malgré la très vive résistance des troupes de Benningsen qui semblent se ressaisir à mesure que le danger augmente, le maréchal Ney, soutenu opportunément par Dupont, entre dans Friedland où le combat fait rage. Tandis que le centre français a résisté aux assauts russes, Napoléon fait entrer en action la gauche française et ainsi refermer le piège sur Benningsen. Mortier progresse rapidement tandis que la droite ennemie recule, un instant, les Russes croient pouvoir reprendre Friedland mais partout, la Grande Armée fait pression et il n'est plus question de retraite mais de déroute.

Large succès[modifier | modifier le code]

Le bilan de ce combat est édifiant : entre 23 et 25 000 tués ou blessés alors que du côté français, on compte environ 10 000 hommes hors de combat. Les Français se sont même offerts le luxe de ne pas faire tirer deux divisions ainsi que la garde.

Trois jours plus tard, Lannes écrit à sa femme :

« Nous avons eu une bataille comme il n'y en a jamais eu. Il est incroyable le peu de monde que nous avons perdu et incroyable ce que les Russes ont laissé sur le champ de bataille on évalue leur perte à plus de vingt mille hommes. Je me suis battu avec mon corps d'armée depuis une heure du matin jusqu'à huit heures du soir, sans perdre un pouce de terrain. Enfin, ma chère Louise, mes troupes se sont couvertes de gloire. L'Empereur a fait la plus belle manœuvre qu'il soit possible[39]. »

Dans une lettre datée du 22 juin 1807 et adressée à l'Empereur, il précise sa vision de la bataille de Friedland :

« L'ennemi n'eut pas de meilleur succès dans plus de trente charges d'infanterie et de cavalerie qu'il fit sur toute l'étendue de notre ligne; partout et toujours il fut écrasé par un feu terrible d'artillerie et de mousqueterie, et souvent reconduit à la baïonnette.
Ces efforts de courage et d'opiniâtreté de nos troupes devant une armée aussi formidable, qui avait trois fois plus de cavalerie que nous, et au moins deux cents bouches à feu en batteries, sont dus en grande partie à l'importance bien sentie du poste qu'elles défendaient et à la confiance que leur inspirait l'arrivée prochaine de Votre Majesté à la tête de son armée[40]. »

Mieux qu'à Marengo[modifier | modifier le code]

Nous ne pouvons qu'être d'accord avec l'analyse de Lannes, même si elle comporte évidemment certains arrangements assez compréhensibles. La bataille de Friedland est double, dans un premier temps, Lannes y tient plus que le premier rôle en retenant l'ensemble de l'armée ennemie à un contre trois pendant plus de 9 heures, sur un front de 5 kilomètres. C'est une performance militaire qui est à proprement parler remarquable. Ensuite, avec l'arrivée de Napoléon et des renforts, la phase offensive dans laquelle Lannes ne joue plus un rôle prépondérant.

Suite de la carrière militaire de Jean Lannes[modifier | modifier le code]

Portrait de Jean Lannes, duc de Montebello, Maréchal de France (1769-1809), Jean-Charles Nicaise Perrin, entre 1805 et 1810, Musée de l'Histoire de France (Versailles). Le maréchal port ici son uniforme de colonel général, rouge, couleur typique des régiment suisses.

Lannes est nommé colonel général des Suisses en 1807[41]. Le 15 juin 1808, il est fait duc de Montebello. Il était déjà donataire pour la principauté de Sievers.

En 1808, Lannes accompagne Napoléon à l'entrevue d'Erfurt. Il est ensuite envoyé en Espagne où il reste auprès de Napoléon, afin d'être envoyé sur toutes les situations critiques.

Le siège de Saragosse[modifier | modifier le code]

Particularités[modifier | modifier le code]

Le siège de Saragosse est un événement qui a marqué l'esprit du duc de Montebello. La nature du siège de Saragosse est assez unique dans l'épopée impériale car il dépasse la dimension militaire, il est politique dans la mesure où, au-delà des forces armées présentes dans la ville, ce sont les habitants, ainsi que les religieux qui donnent une dimension supérieure au combat.

Les guerres de l'Empire n'ont globalement pas impliqué de civils sur le champ de bataille, et il n'y a pas, jusqu'à la guerre en Espagne, de guérilla ou de soulèvements massifs de civils contre la Grande Armée. Il s'agit donc lors du siège de Saragosse d'un affrontement plus politique, où se mêlent idéologie, pouvoir et religion. Cela est absolument valable pour le siège de Saragosse, c'est en premier lieu ce qui le rend si spécifique et si marquant dans la carrière de Lannes. Deuxièmement, la difficulté du défi que doit relever Lannes et l'ampleur de sa réussite sont majeures.

Saragosse, symbole de l'insurrection[modifier | modifier le code]

Épisode du siège de Saragosse : assaut du monastère de Santa Engracia, le 8 février 1809.

Saragosse peut être considérée comme une des villes symboles de l'insurrection espagnole puisque, dès les événements de Bayonne, la ville prit les armes et se souleva. Un premier siège eut lieu sous la direction du général Verdier qui fut contraint de le lever après la défaite de Baylen.

Après la victoire française de Tudela en novembre 1808, une partie des troupes espagnoles se réfugie dans Saragosse, profitant de la lenteur de la poursuite de Moncey et Ney. Un nouveau siège commence alors, et le 5e corps de Mortier est porté vers Saragosse pour soutenir Moncey, ce dernier étant remplacé par Junot, à la fin du mois de décembre.

Les troupes françaises isolent la ville, mais Napoléon souhaite que le siège aille vite et confie pour ce faire le commandement du 3e et du 5e corps à Lannes. Ce dernier arrive à Saragosse le 22 janvier 1809. Voici la description que fait Adolphe Thiers de la place :

« Cette place, comme il a été dit précédemment, n'était pas régulièrement fortifiée, mais son site, la nature de ses constructions, pouvaient la rendre très forte dans les mains d'un peuple résolu à se défendre jusqu'à la mort. Elle était entourée d'une enceinte qui n'était ni bastionnée ni terrassée; mais elle avait pour défense, d'un côté l'Ebre, au bord duquel elle est assise, et dont elle occupe la rive droite, n'ayant sur la rive gauche qu'un faubourg, de l'autre côté une suite de gros bâtiments, tel que le château de l'inquisition, les couvents des Capucins, de Santa-Engracia, de saint Joseph, des Augustins, de Sainte Monique, véritables forteresses qu'il fallait battre en brèche pour y pénétrer, et que couvrait une petite rivière profondément encaissée, celle de la Huerba qui longe une moitié de l'enceinte de Saragosse avant de se jeter dans l'Ebre. À l'intérieur se rencontraient de vastes couvents, tout aussi solides que ceux du dehors, et de grandes maisons massives […] on ferait de toute maison une citadelle qu'on défendrait jusqu'à la dernière extrémité. Chaque maison est crénelée, et percée intérieurement pour communiquer de l'une à l'autre; chaque rue était coupée de barricades avec force canons. Mais, avant d'en être réduit à cette défense intérieure, on comptait bien tenir longtemps dans les travaux exécutés au dehors, et qui avaient une valeur réelle[42]. »

55 000 assiégés contre 20 000 assiégeants[modifier | modifier le code]

Plan du siège de Saragosse 1809.

Les pires obstacles semblent être, selon tous les témoignages, la violence et l'ardeur des défenseurs de Saragosse. On estime que les assiégés comptent 30 000 soldats auxquels s'ajoute une population de 40 000 habitants tous plus ou moins en armes et ayant la volonté de se défendre. C'est en cela que ce combat est très différent des autres.

À cela, il faut ajouter les nombreux réfugiés venus des campagnes alentour et qui participeront également à la défense de la ville. Au total, il y a entre 40 000 et 55 000 militaires et défenseurs en armes. Les Espagnols sont commandés par le général Palafox et tous les spécialistes de ce siège s'accordent également sur le rôle tenu par le moine Basile, ancien précepteur de Palafox, dans la fanatisation des habitants de Saragosse.

La direction militaire du siège fut assurée la plupart du temps par un général belge au service de l'Espagne du nom de Saint Marc, car Palafox fut rapidement malade et indisponible[réf. nécessaire].

Du côté français, les effectifs sont plus réduits et plus classiques. Lannes commande les 3e et 5e corps. Avec ses troupes, il doit à la fois mener le siège de la ville et assurer ses arrières face à d'éventuelles armées de secours ou des rébellions paysannes. En réalité, il dispose de 20 000 hommes pour mener le siège. Pour parer à ce manque de moyens, Lannes passe outre les directives de l'Empereur prescrivant que le 5e corps de Mortier couvre le siège mené par le 3e corps, et il concentre tous ses effectifs vers le but premier, la prise de Saragosse. Le maréchal Mortier ainsi que la division Suchet quittent leurs positions pour se rapprocher des faubourgs de la ville. De plus, le 40e régiment d'infanterie de ligne de la division Suchet est affecté directement au siège. Enfin, la division Gazan, qui jusqu'ici contrôlait les alentours du faubourg d'Arrabal, au nord de l'Èbre, reçoit l'ordre de prendre le contrôle de ce faubourg. Ces mesures qui font suite à l'arrivée de Lannes suscitent chez Lejeune, présent pendant ce siège, le commentaire suivant :

"Les choses étaient dans cet état, lorsque M. le maréchal Lannes arriva le 22 janvier. Sa présence ramena de suite l'ensemble qui manquait à nos opérations, en les soumettant à sa volonté ferme et unique qui dirigeait tout avec vigueur. Il plaça son quartier général aux Écluses, et parcourut le même jour, les immenses travaux que l'on avait déjà fait."[43]

27 janvier, première attaque et premiers enseignements[modifier | modifier le code]

Le 24 janvier, Lannes tente de négocier la reddition de la ville, mais les défenseurs refusent vivement. Cinq jours après l'arrivée du maréchal, les Français attaquent donc la ville le 27 janvier 1809. Après avoir ouvert trois brèches grâce à un fort bombardement de la ville, l'assaut est lancé à midi sur les trois points.

Au terme de l'assaut les Français se retrouvent maîtres d'une majeure partie de l'enceinte de la ville, mais ne peuvent progresser plus avant. Les pertes françaises s'élèvent à près de 800 hommes, autant que pour les Espagnols. En fait, cette attaque est déterminante puisqu'elle achève de convaincre le maréchal Lannes de la longueur et de l'extrême difficulté de prendre la ville de manière classique. Ayant moins de troupes, il ne peut se permettre de perdre autant d'hommes que l'adversaire à chaque attaque.

De plus, la résistance et l'acharnement des habitants de Saragosse poussent Lannes vers d'autres méthodes. Dans son rapport à Napoléon, écrit le lendemain, il explique les leçons qu'il a tirées de cette première attaque :

« Malgré tous les ordres que j'avais donnés pour empêcher que le soldat ne se lançât trop, on n'a pas pu être maître de son ardeur. C'est ce qui nous a donné 200 blessés de plus que nous devions avoir.[…] Le siège de Saragosse ne ressemble en rien à la guerre que nous avons faite jusqu'à présent. C'est un métier où il faut une grande prudence et une grande vigueur. Nous sommes obligés de prendre avec la mine ou d'assaut toutes les maisons. Ces malheureux s'y défendent avec un acharnement dont on ne peut se faire une idée »

[44].

Un siège d'usure, pied à pied[modifier | modifier le code]

Le siège va donc prendre une forme plus lente et méticuleuse mais non moins violente. Commence alors une guerre souterraine pour saper les maisons une à une et progresser dans la ville. Une guerre d'usure, éprouvante pour les assaillants et les défenseurs. Le futur maréchal Bugeaud, alors lieutenant, participa à ce siège d'un genre si particulier :

« Nous sommes toujours auprès de cette maudite, de cette infernale Saragosse. Quoique nous ayons pris leurs remparts d'assaut depuis plus de quinze jours, et que nous possédions une partie de la ville, les habitants, excités par la haine qu'ils nous portent, par les prêtres et le fanatisme, paraissent vouloir s'ensevelir sous les ruines de leurs villes, à l'exemple de l'ancienne Numance. Ils se défendent avec un acharnement incroyable et nous font payer bien cher la plus petite victoire.
Chaque couvent, chaque maison, fait la même résistance qu'une citadelle, et il faut pour chacun un siège particulier. Tout se dispute pied à pied, de la cave au grenier, et ce n'est que quand on a tout tué à coups de baïonnette, ou tout jeté par les fenêtres, qu'on peut se dire maître de la maison. À peine est-on vainqueur que la maison voisine nous jette, par des trous faits exprès, des grenades, des obus et une grêle de coups de fusil. Il faut se barricader, se couvrir bien vite, jusqu'à ce qu'on ait pris des mesures pour attaquer ce nouveau fort; et on ne le fait qu'en perçant les murs, car passer dans les rues est chose impossible : l'armée y périrait toute en deux heures. Ce n'était pas assez de faire la guerre dans les maisons, on la fait sous terre »

[45].

Mais malgré la difficulté et les désavantages de cette manière de procéder, il semble que ce soit la seule viable. Lannes a fait le choix qui semble correspondre aux réalités de la tâche ainsi qu'à la nécessité de préserver ses troupes, peut être au détriment de la rapidité.

Ainsi, les Français progressent méticuleusement dans la ville tandis que les pertes en hommes diminuent significativement. Le début du mois de février 1809 marque une avancée certaine pour les Français puisque la division Gazan et le colonel Dode du génie prennent le couvent de Jésus qui se trouvait dans le faubourg d'Arrabal, séparé du reste de la ville par l'Ebre. Cette position permettait ensuite aux Français de couper le faubourg du reste de la ville en s'attaquant au pont reliant l'un à l'autre. La prise du faubourg d'Arrabal offrait aussi aux Français une excellente position pour placer leurs batteries et bombarder le reste de la ville.

La grande souffrance de Saragosse[modifier | modifier le code]

D'une manière globale, les soldats de Lannes progressaient partout au détriment des habitants de Saragosse, dont les souffrances étaient considérables. Les historiens ne s'accordent pas sur les chiffres mais l'on peut retenir qu'entre 400 et 600 personnes meurent par jour pendant ce siège. La misère et la dureté de la situation sont confirmées, entre autres, par cette anecdote que nous raconte le général Lejeune :

« Une centaine de ces malheureux paysans (hommes, femmes et enfants) enfermés en ville, ne pouvant plus supporter leur affreuse position, désertèrent un matin en masse vers le château d'Aljaferia, et supplièrent nos avant postes, qui voulaient les repousser, de les tuer plutôt que de les forcer à rentrer dans la ville. L'officier de garde, trop généreux pour vouloir prendre un parti si cruel, les fit conduire à M. le maréchal. Celui-ci les aborda d'un air sévère, et leur reprocha d'une voix forte d'avoir fait verser tant de sang français par leur féroce entêtement." Vous me demandez la grâce de retourner dans vos foyers : vous ne la méritez pas." Et faisant approcher sa garde autour de ces êtres désolés, qui s'attendaient à marcher au supplice, il dit : " Emmenez-les, faites les boire et manger; qu'on les reconduise à Saragosse. Je veux que les habitants de cette ville sachent que nous avons des vivres en abondance, et qu'ils apprennent ce que l'on peut attendre de ma générosité[46]. »

Succès décisifs et reddition[modifier | modifier le code]

Le 18 février 1809 est une journée décisive dans le siège de Saragosse. En effet, le 18, les hommes de Lannes font sauter l'Université et s'emparent après un long bombardement d'un couvent proche du pont reliant le faubourg de l'Arrabal. Cette prise oblige les défenseurs du faubourg à fuir pour éviter d'être prisonniers.

Lannes et ses troupes sont alors maîtres de ce faubourg et menacent alors directement une ville qui est déjà épuisée par 50 jours de siège, à l'image de son chef Palafox qui est gravement malade. Épuisée par le siège et démoralisée par la prise de ce faubourg, la ville, par l'intermédiaire de son chef Palafox, demande un armistice de trois jours le 19 février 1809. Après quelques négociations, plus de 8 000 soldats, défenseurs de Saragosse défilent devant Lannes le 21 février. Au total, les Français font 12 000 prisonniers. Le 24 février 1809, les troupes de Lannes investissent la ville qu'elles tentent d'assainir, et le maréchal fait son entrée officielle dans la ville le 6 mars, puis un Te Deum est organisé dans l'église de Notre-Dame del Pilar quelques jours plus tard.

Controverses : l'enrichissement du maréchal Lannes[modifier | modifier le code]

Il est plus que probable que Lannes ait accepté, de la part des autorités de Saragosse, et de certains moines, des cadeaux et de l'argent. Sur ce point, les témoignages Français et Espagnols s'accordent. Thierry Lentz avance même l'hypothèse que Lannes ait participé au pillage de la ville[47], tandis que d'autres historiens pensent qu'il a seulement organisé des « contributions de guerre ». D'une manière générale, à l'instar de l'affaire de la garde consulaire où Lannes, en 1800, fut sanctionné par Napoléon pour avoir très largement dépassé ses budgets, les questions d'argent posèrent parfois quelques soucis au maréchal Lannes, qui montrait un certain désintéressement, non pas pour l'argent, mais pour son utilisation et sa possession.

Premier bilan[modifier | modifier le code]

La conduite militaire et morale de Lannes dans ce siège de Saragosse fut remarquable[réf. nécessaire]. Il adopta une direction prudente, visant à préserver ses hommes. La lenteur inhérente au procédé "maison par maison" que suivit Lannes, mais concrètement, la ville tombe entre les mains françaises en moins d'un mois, ce qui est un délai finalement assez court.

Pour autant, il ne faut oublier le souci d'humanité et de morale dont Lannes fit preuve tout au long du siège de Saragosse envers les Français mais aussi envers les Espagnols. Du côté français, on compte un peu plus de 4 000 morts et près de 50 000 du côté des défenseurs de Saragosse.

Voila le jugement que porte le général Thoumas :

« Au point de vue militaire, ce siège doit être considéré comme une des principaux titres de gloire de l'armée française et de Lannes en particulier. Pour le juger il faut tenir compte de la grande infériorité numérique des assaillants, des difficultés qu'il éprouvait pour s'approvisionner de vivres et de munitions, de la constance avec laquelle ils supportèrent des privations et des fatigues inouïes, du courage qu'ils opposèrent pendant cinquante trois jours et cinquante trois nuits à des dangers continus. L'activité du maréchal Lannes, qui ne s'épargnait à aucun moment la peine et la fatigue, le sang-froid qu'il montra dans les dispositions les plus critiques, l'ardeur et la patience dont il donna l'exemple aux troupes, furent pour beaucoup dans le succès[48]. »

La bataille d'Essling[modifier | modifier le code]

Lannes à la tête de ses troupe à Essling (Jean Charles Nicaise Perrin).

Après la prise de Ratisbonne, c'est la bataille d'Essling. Le 22 mai, alors qu'il est sur le point de vaincre les Autrichiens près de Vienne à Aspern-Essling, il reçoit l'ordre de s'arrêter par suite d'une rupture du ravitaillement. Lors de cette courte accalmie, il se promène sur le champ de bataille avec son ami le général Pouzet, qu'il connait depuis seize ans ; celui-ci est tué sous ses yeux, atteint à la tête par une balle perdue. Bouleversé, Lannes s'éloigne du cadavre et va alors s'assoir sur une petite butte. Là, un petit boulet de trois livres, après avoir ricoché, vient le frapper à l'endroit où ses genoux sont croisés.

Sa rotule gauche est brisée, les os sont fracassés, les ligaments, déchirés et les tendons, coupés. L'artère poplitée est rompue. Quant à la jambe droite, elle a le jarret déchiré. Transporté sur une île du Danube, l'île Lobau, il y est amputé de la jambe gauche par Dominique-Jean Larrey, le chirurgien de la Garde. Après quatre jours, où l'état du maréchal paraît satisfaisant, donnant à penser qu'il allait survivre à l'opération, Lannes est pris brutalement de fièvres et de délires. Son état s'aggrave et aucun des médecins présents, Larrey, Yvan, Paulet et Lannefranque, ne peut le sauver de la gangrène qui s'est déclarée. Le 29 mai, Napoléon, extrêmement affecté, restera une demi-heure au chevet de son ami. Jean Lannes meurt dans la nuit du 30 au 31 mai, à cinq heures quarante-cinq. Son corps est inhumé au Panthéon. Sa veuve, dame d'honneur de l'Impératrice Marie-Louise, refusera tout nouveau mariage.

Lannes a démontré des qualités d'attaquant (Saragosse, Montebello), de chef d'avant-garde (Friedland, Aspern-Essling) ou de manœuvrier (Ulm, Iéna) qui en font, avec Davout, l'un des meilleurs commandants dont ait disposé Napoléon. Son courage physique, ses capacités de meneur d'hommes, son attention au sort de ses soldats le faisaient adorer de ses troupes. D'un tempérament susceptible et coléreux, fier de son franc-parler, il a eu maintes disputes avec Napoléon à qui il a dès 1805 recommandé une politique de paix. Les deux hommes sont toutefois restés amis jusqu'au bout et Napoléon fut très attristé par la mort prématurée du Maréchal (qui n'avait que 40 ans). Selon un témoin, l'Empereur pleura lors du dîner.

Noms gravés sous l'Arc de Triomphe de l'Étoile : pilier Est, 13e et 14e colonnes.

Comme plusieurs maréchaux sortis du rang (Augereau, Oudinot, Lefebvre…), il déteste la Cour impériale qui le lui rend bien. Il demeure cependant d'une fidélité sans faille à la personne de Napoléon qui savait pouvoir compter sur celui que ses soldats appelaient le « Roland de l'Armée ». Lannes est jusqu'à sa mort le seul des maréchaux à tutoyer son Empereur.

Regards des contemporains[modifier | modifier le code]

Napoléon à Sainte-Hélène :

« Chez Lannes, le courage l'emportait d'abord sur l'esprit ; mais l'esprit montait chaque jour pour se mettre en équilibre ; je l'avais pris pygmée, je l'ai perdu géant.
Je perds le général le plus distingué de mes armées, celui que je considérais comme mon meilleur ami ; ses enfants auront toujours des droits particuliers à ma protection. »

— Las Cases

« Lannes, le plus brave de tous les hommes était assurément un des hommes au monde sur lesquels je pouvais le plus compter… L'esprit de Lannes avait grandi au niveau de son courage, il était devenu un géant.
Lannes, lorsque je le pris pour la première fois par la main, n'était qu'un ignàrantaccio. Son éducation avait été très-négligée ; néanmoins, il fit beaucoup de progrès, et, pour en juger, il suffit de dire qu'il aurait fait un général de première classe. Il avait une grande expérience pour la guerre; il s'était trouvé dans cinquante combats isolés, et à cent batailles plus ou moins importantes. C'était un homme d'une bravoure extraordinaire : calme au milieu du feu, il possédait un coup d'œil sûr et pénétrant, prompt à profiter de toutes les occasions qui se présentaient, violent et emporté dans ses expressions, quelquefois même en ma présence. Il m'était très-attaché. Dans ses accès de colère, il ne voulait permettre à personne de lui faire des observations, et même il n'était pas toujours prudent de lui parler, lorsqu'il était dans cet état de violence. Alors, il avait l'habitude de venir à moi, et de me dire qu'on ne pouvait se fier à telle et telle personne. Comme général il était infiniment au-dessus de Moreau et de Soult »

— O'Meara

Chaptal dans Mes souvenirs sur Napoléon édité en 1893 :

« Deux ou trois généraux avaient conservé auprès de lui (Napoléon) une liberté de pensée et de conduite que les autres n'avaient pas. Le maréchal Lannes est néanmoins le seul qui ait gardé sa franchise et son indépendance. Passionné pour Napoléon, il n'a jamais souscrit aux caprices de son maître, il ne lui a jamais ni masqué ni caché sa manière de voir. Sur le champ de bataille comme à la Cour, il ne lui taisait aucune vérité. Aussi étaient-ils presque toujours brouillés, ou plutôt en bouderie ; car le raccommodement le plus entier s'opérait à la première vue, et le maréchal terminait presque toujours en disant avec humeur qu'il était bien à plaindre d'avoir pour cette catin une passion aussi malheureuse. L'Empereur riait de ces boutades, parce qu'il savait qu'au besoin, il trouverait toujours le maréchal ». »

Titres[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Sources 

Armoiries[modifier | modifier le code]

Figure Blasonnement
Orn ext Maréchal-Duc de l'Empire GCLH.svg
Blason Jean Lannes (1769-1809).svg
Armes du duc de Montebello et de l'Empire

De sinople, à l'épée d'or en pal, la poignée en bas. Chef de duc.[49],[50],[51].

Pour livrées 
cramoisi, or, verd ; cette dernière couleur dans les bordures seulement[49].

Unions et descendance[modifier | modifier le code]

Le maréchal Lannes avait épousé, le 29 ventôse an III (19 mars 1795), Catherine Jeanne Josèphe Barbe Polette Meric (née en 1773 - Perpignan), fille d'un riche banquier de Perpignan[52].

Ce mariage est dissous par jugement du 18 mai 1800, confirmé par autre jugement définitif du 22 août suivant[53].

Son fils, Jean-Claude (1er février[52],[Note 5] 1799, Montauban - 1817), fut déclaré illégitime[52]. Malgré ces deux jugements, Jean-Claude revendiqua son droit d'aînesse et la pairie en 1815, 1816 et 1817 : mais il mourut pendant l'instance du procès au mois d'octobre de cette dernière année.

Lannes convola en secondes noces, le 15 septembre 1800 à Dornes (Nièvre), avec Louise de Guéhéneuc (1782-1856).

Iconographie[modifier | modifier le code]

(Liste non exhaustive)

Dessins, peintures;
  • Sans date : Maréchal Jean Lannes HST ; par François Gérard
  • Sans date : Jean Lannes, sous-lieutenant au 2e bataillon du Gers en 1792, HST, par Jean-Baptiste Paulin-Guérin (1783-1855), Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon
  • Vers 1805-1810 : Jean Lannes, duc de Montebello, Maréchal de France par Jean-Charles Nicaise Perrin, Musée de Versailles et de Trianon
  • Sans date : Lannes à la tête de ses troupes à Essling par J. C. Nicaise Perrin.
Sculptures

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

Ronald Zins, Le maréchal Lannes, Favori de Napoléon, Le temps traversé,‎ 1994

  • Ronald Zins, Le Maréchal Lannes, Éditions Horace Cardon,‎ 2009 (1re éd. 1994), 528 p.
  • Jean-Claude Damamme, Lannes : Maréchal d'Empire, Paris, Payot,‎ 1987 (ISBN 2-228-14300-6)
  • Dominique Larrey, Mémoires de chirurgie militaire, et campagnes de D. J. Larrey, J. Smith, 1812
  • Didier Audinot, Histoires effrayantes de l'histoire de France, éditions Grancher, « L'épouvantable momie impériale »
  • Thierry Lentz, Nouvelle histoire du Premier Empire, t. 1 : Napoléon et la conquête de l'Europe, Paris, éditions Fayard,‎ 2002

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Le duc de Montébello était de Lectoure ; chef de bataillon, il se fit remarquer dans les campagnes de 1796 en Italie ; général, il se couvrit de gloire en Égypte, à Montébello, à Marengo, à Austerlitz, à Iéna, à Pultusk, à Friedland, à Tudela, à Saragosse, à Eckmùhl, à Essling, où il trouva une mort glorieuse. Il était sage, prudent, audacieux, devant l'ennemi d'un sang-froid imperturbable. Il avait un peu d'éducation., la nature avait fait tout pour lui. Napoléon, qui avait vu les progrès de son entendement, en marquait souvent sa surprise. Il était supérieur à tous les généraux de l'armée française sur le champ de bataille, pour manœuvrer 25 000 hommes d'infanterie. Il était encore jeune et se fût perfectionné; peut-être fût-il devenu habile pour la grande tactique qu'il n'entendait pas encore. » (Montholon.)
  2. « Halte ! arrêtez, arrêtez donc ! tas de jean-foutre ! Demi-tour ! À moi ! En avant ! »
    Lannes aurait déclaré après cette bataille :

    « La peur me saisissait, mais je l'ai prise à la gorge et je l'ai terrassée, la mettant ainsi hors d'état de me nuire par la suite. Depuis que je l'ai matée, j'en fais ce que je veux, mais ceux qui prétendent n'avoir jamais eu peur ne sont que des menteurs et des jean-foutre. »

  3. « Mon cher ami, je sais que ta blessure va bien et qu'elle peut permettre de monter à cheval. J'ai besoin de toi ! »
  4. Dans les lettres de Sulkowsky, on peut lire la version de l'aide de camp de Bonaparte sur cette charge désespérée d'Augereau : "À cette vue désolante, Augereau, l'intrépide, Augereau s'élance, parcourt les rangs des soldats effrayés, il arrache le drapeau au porte enseigne et s'avance vers l'ennemi; quelques braves le suivent, les autres s'ébranlent; mais les coups malheureux en ayant tué cinq ou six, ils reculent et tous se réfugient de nouveau derrière le revers de la digue." (Page 178)
  5. Né alors que Lannes se trouvait éloigné de sa femme depuis deux années, du fait de la campagne d'Égypte, il fut déclaré adultérin par le jugement de divorce de ses parents. Voir « Jean-Claude Lannes », sur roglo.eu (consulté le 9 juin 2011)
  6. État-major du corps d'occupation en Italie (1863).
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    Napoléon Camille Charles Jean Lannes (30 octobre 1835 - Pau30 novembre 1876 - Pau), 3e duc de Montebello (1874), officier de marine, lieutenant de vaisseau (vers 1860), chevalier de la Légion d'honneur(« Notice no LH/1472/45 », base Léonore, ministère français de la Culture).

    Neveu du comte de Montebello, général de division commandant le Corps d'Armée de Rome, ce dernier l'a pris comme officier attaché à son état major. Il démissionnera de la marine en décembre 1866.

    À la mort de son père, il héritera du titre de duc de Montebello, mais pour peu de temps puisqu'il décède le 30 novembre 1876 (à 41 ans), laissant à son fils posthume l'héritage du titre.

    Ci-contre, l'état major du Corps d'armée : le lieutenant de vaisseau de Montebello est le 4e en partant de la droite (visage à moitié caché).

    Source 
    Napoléon Camille Charles Jean Lannes de Montebello, « Le corps d'occupation en Italie (1863) », sur www.military-photos.com (consulté le 11 juin 2011)
  7. Témoins : Gustave Lannes 1804-1875, baron de Montebello, Charles Lannes (1836-1922), duc de Montebello, Alfred de Mieulle (1805-1900), Maurice de Mieulle (1842-1915).

Références[modifier | modifier le code]

  1. Laffargue 1975, p. 11
  2. Yves Amiot, La fureur de vaincre, Campagne d'Italie, Flammarion, Paris, 1996 (chapitre 3 « Arcole et la victoire sur Joséphine », p. 153)
  3. Marcel Reinhard, Avec Bonaparte en Italie, d'après les lettres inédites de son aide de camp Joseph Sulkowski, Hachette, 1946, Paris (chapitre 7, pages 177, 178)
  4. René Perin, Vie militaire de J.Lannes, Delaunay, Paris, 1810 (page 47)
  5. Marcel Reinhard, Avec Bonaparte en Italie, d'après les lettres inédites de son aide de camp Joseph Sulkowski, Hachette, 1946, Paris (chapitre 7, page 178)
  6. Damamme 1987, p. 38-39, chap. 1 « La croissance du pygmée »
  7. Zins 1994, p. 39, chap. 3 « Les vertes plaines d'Italie », correspondance de Napoléon Ier, no 1196)
  8. Charles Lannes, Le maréchal Lannes, duc de Montebello, Éditions Historiques Teissèdre, Paris, 2002 (annexes no 1, page 204)
  9. Thoumas 1891, p. 67-68, chap. 3 : « Montebello, Marengo, Lisbonne »
  10. Thoumas 1891, p. 68, chap. 3 « Montebello, Marengo, Lisbonne »
  11. Thiers 1863, p. 422-423
  12. Jean Roch Coignet, Les cahiers du capitaine Coignet, Hachette, Paris, 1907 (deuxième cahier, pages 66,67)
  13. Zins 1994, p. 79-80, chap. 5 : « Coup d'état et coup de maître ».
  14. Laurent Joffrin, Les batailles de Napoléon, Seuil, Paris, 2000, (« Marengo », p. 78)
  15. Thiers 1863, p. 440
  16. a et b Zins 1994, p. 84, chap. 5 : « Coup d'état et coup de maître ».
  17. Jean Roch Coignet, Les cahiers du capitaine Coignet, Hachette, Paris, 1907 (troisième cahier, page 73)
  18. Thiers 1863, p. 441
  19. Laffargue 1975, p. 125-126, chap. « Deuxième campagne d'Italie »
  20. Général Bertrand, Cahier de Sainte-Hélène, Suliver, Paris, 1947 (tome 2, page 211)
  21. Jacques Garnier dans Napoléon, de l'histoire à la légende, « Iéna, une victoire exemplaire » (page 78), Paris, 2000
  22. Houssaye 1912, p. 37, chap. 2 : « Premières hostilités ».
  23. Général Bonnal, La manœuvre d'Iéna, étude sur la stratégie de Napoléon, Chapelot, Paris, 1904 (page 36)
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  26. Houssaye 1912, p. 44-45, chap. 2 : « Premières hostilités ».
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  28. a et b Thoumas 1891, p. 151, chap. 5 « Iéna et Pultusk »
  29. Zins 1994, p. 155, chap. 9 : « Lannes le grognard », correspondance de Napoléon Ier, no 10982.
  30. Mémoires du général Baron de Marbot, Plon, Paris, 1892 (Tome1, chapitre 32, page 329)
  31. Thoumas 1891, p. 187, chap. 5 « Iéna et Pultusk »
  32. Ronald Zins estime de manière assez convaincante qu'il est peu probable que ce rapport fut écrit par Lannes tant il contient d'inexactitudes et tant le maréchal était malade.
  33. Lentz 2002, p. 272, chap. 10 : « Le blocus continental », extrait des souvenirs du commandant Jakub Kierkowski.
  34. Vedel
  35. Laffargue 1975, p. 221, chap. « Campagne de Pologne et de Prusse orientale »
  36. Pierre Mesmer, Alain Larcan, Les écrits militaire de Charles de Gaulle, Presses universitaires de France, 1985, Paris, chap. 2 « Le sociologue et le moraliste », p. 421.
  37. Thiers 1847, p. 591-592, livre 27e : « Friedland et Tilsit »
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  40. Charles Lannes, Le maréchal Lannes, duc de Montebello, éditions Historiques Teissèdre, Paris, 2002 (annexes no 23, p. 223)
  41. « www.1789-1815.com » (consulté le 20 février 2011)
  42. Thiers 1866, p. 95, livre 32 : « Somo-Sierra »
  43. Mémoires du général Lejeune, Firmin-Didot, Paris, 1895 (Tome 1 : "de Valmy à Wagram", " Siège de Saragosse": pages 158)
  44. Thiers 1866, p. 101, note 1, livre 32 : « Somo-Sierra »
  45. Zins 1994, p. 232-233, chap. 12 « Lannes géant d'Espagne ».
  46. Mémoires du général Lejeune, Firmin-Didot, Paris, 1895 (Tome 1 : "de Valmy à Wagram"," Siège de Saragosse", p. 219
  47. Lentz 2002, p. 452, note 2, chap. 18 : « Les avertissements de 1809 ».
  48. Thoumas 1891, p. 269, chap. 7 « Saragosse et Tudela »
  49. a, b et c « BB/29/1035 », Titre de duc de Montebello accordé par décret du 19 mars 1808, à Jean-Lannes. Bayonne (1er juin 1808)., sur chan.archivesnationales.culture.gouv.fr, Centre historique des Archives nationales (France) (consulté le 4 juin 2011), p. 16-17
  50. a, b et c Albert Révérend, Armorial du Premier Empire : titres, majorats et armoiries concédés par Napoléon Ier, vol. 3, Paris, (4 vol. in 2) Au bureau de L'Annuaire de la noblesse,‎ 1894 (lire en ligne)
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  52. a, b et c Jean Baptiste Pierre Jullien de Courcelles, Histoire généalogique et héraldique des pairs de France : des grands dignitaires de la couronne, des principales familles nobles du royaume et des maisons princières de l'Europe, précédée de la généalogie de la maison de France, vol. 7, L'auteur,‎ 1826 (lire en ligne)
  53. André F. Borel d'Hauterive et Albert Révérend, Annuaire de la noblesse de France et des maisons souveraines de l'Europe, vol. 7, Champion (lire en ligne)
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  61. « Jean de Montebello », L'Artiste, sur www.portait-montebello.com (consulté le 16 juin 2011)
  62. « Jean JHF LANNES DE MONTEBELLO », sur gw1.geneanet.org (consulté le 16 juin 2011)
  63. Archives nationales


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