André Tardieu

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André Tardieu
Image illustrative de l'article André Tardieu
Fonctions
88e et 90eprésident du Conseil des ministres français
et Ministre de l'intérieur
(100e et 102e chef du gouvernement)
3 novembre 192917 février 1930
Gouvernement André Tardieu I
Législature XIVe législature
Prédécesseur Aristide Briand
Successeur Camille Chautemps
2 mars 19304 décembre 1930
Président Gaston Doumergue
Gouvernement André Tardieu II
Législature XIVe législature
Prédécesseur Camille Chautemps
Successeur Théodore Steeg
93e président du Conseil des ministres français
et Ministre des Affaires étrangères
(105e chef du gouvernement)
20 février 193210 mai 1932
Président Paul Doumer
Albert Lebrun
Gouvernement André Tardieu III
Législature XIVe législature
Prédécesseur Pierre Laval
Successeur Édouard Herriot
Ministre d'État
9 février 19348 novembre 1934
Président Albert Lebrun
Gouvernement Gaston Doumergue (2)
Parlementaire français
Député 1914-1924
1926-1936
Gouvernement Troisième République
Groupe politique URRRS (1914-1919)
RDG (1919-1932)
CR (1932-1936)
Biographie
Nom de naissance André Pierre Gabriel Amédée Tardieu
Date de naissance 22 septembre 1876
Lieu de naissance Paris
Date de décès 15 septembre 1945 (à 68 ans)
Lieu de décès Menton (Alpes-Maritimes)
Nationalité Française
Parti politique URRRS (1914-1919)
AD (1919-1932)
CR (1932-1936)
Profession Haut fonctionnaire
Diplomate
Résidence Seine-et-Oise
Territoire de Belfort
Présidents du Conseil des ministres français

André Pierre Gabriel Amédée Tardieu, né le 22 septembre 1876 à Paris[1] et mort le 15 septembre 1945 à Menton (Alpes-Maritimes), est un homme politique français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Brillant élève au lycée Condorcet, il est reçu premier au concours d'entrée à l'École normale supérieure mais il décide de ne pas y entrer, puis il est reçu premier au concours du ministère des Affaires étrangères.

Membre de l'Alliance démocratique (centre-droit), il est député de la Seine-et-Oise de 1914 à 1924 et du Territoire de Belfort de 1926 à 1936.

Pendant la Première Guerre mondiale, après avoir servi au front, il fut nommé Commissaire général aux Affaires de guerre franco-américaines. Après l'entrée en guerre des États-Unis, il devint l'interface principale entre les deux pays pour tout ce qui concernait les affaires militaro-industrielles. Rappelé par le Président du Conseil Georges Clemenceau à Paris en 1918, il devint son principal collaborateur pendant la Conférence de paix de Paris. En tant que bras-droit de Clemenceau[2], délégué français, Président ou membres de nombreuses commissions de la Conférence de la paix, il participa donc aux négociations qui débouchèrent sur la signature des traités de Versailles avec l'Allemagne, de Saint-Germain-en-Laye avec l'Autriche, de Trianon avec la Hongrie, de Neuilly avec la Bulgarie, de Sèvres avec l'Empire ottoman.

L'échec de Clemenceau à l'élection présidentielle de 1920, puis sa propre défaite aux élections de 1924, remportées par le Bloc des gauches, l'écartent momentanément de la vie politique.

Il est ministre sous Poincaré (Président du conseil de 1926 à 1929), ce qui l'oblige à rompre avec son ami Clemenceau.

Il a ensuite exercé les fonctions de président du Conseil des ministres à trois reprises :

Avec son gouvernement il assura l'intérim du président Paul Doumer après son décès (du 7 au 10 mai 1932).

Son fort caractère et son style trop « parisien » nuisent à sa carrière politique. En effet, le peuple n'a que peu de confiance en lui, son modernisme le dessert parfois (dès 1932, il utilise la radio avec ses « causeries » (peu de temps avant Roosevelt) et se fait suivre de radio-reporters qui enregistrent et diffusent ses discours[3]) et les radicaux le combattent.

A partir de 1934, André Tardieu se radicalise et bascule progressivement dans l'anti-républicanisme. Il écrit dans le journal ligueur Gringoire et dénonce les Lumières, 1789 et la République. La déception politique et la grande peur que provoque chez lui l'avènement du Front populaire lui font renoncer à ses idéaux de jeunesse. Une attaque cérébrale en 1939 met fin à la force de sa pensée avant son décès en 1945.

Œuvre politique[modifier | modifier le code]

Lors de sa première présidence du conseil, Tardieu, grand admirateur des États-Unis, tente d'enrayer la crise économique française ancienne mais qui commençait à devenir préoccupante. Il ne pense cependant jamais, à l'instar de ses prédécesseurs, que la France et sa « Vertu budgétaire » seraient touchées par la crise mondiale.

Pour mettre fin au « paradoxe français », il applique la volonté patronale développée lors des années 1920, années de croissance, qui était de bâtir une société de consommation en France. Avec Henry Chéron aux Finances, il met en place un « programme d'outillage industriel » basé sur la construction d'infrastructures (ports, chemins de fer, routes) et surtout d'électrification des campagnes. Pour vaincre l'endettement endémique des Français, il multiplie les dégrèvements budgétaires et indemnise très généreusement les victimes des calamités naturelles. Toujours dans ce but, il améliore le traitement fait aux fonctionnaires et réévalue à la hausse les pensions. Dans la même optique, le parlement lui arrache une loi, qu'il qualifia de démagogique, accordant une pension à tous les anciens combattants.

Il ne faut cependant pas voir dans ces mesures une politique qu'on pourrait qualifier de keynésienne avant l'heure. Néanmoins, sa politique grève le budget français qui, à la fin de son mandat, est en déficit pour la première fois depuis des années.

En 1934, Tardieu se radicalise et entame un tournant qui le mène progressivement aux confins de l'extrême droite. Il publie La réforme de l'État, dans laquelle il défend la réduction du nombre de partis politiques et un renforcement du pouvoir exécutif. Il crée son propre groupe parlementaire, le Centre républicain. Ces propositions, variées, consistaient en la perte du droit d'initiative des dépenses pour le Parlement, le droit de vote pour les femmes, le recours au référendum pour contrer l'opposition du parlement, la possibilité pour le Premier ministre, de dissoudre la Chambre des députés. Ce poste nouvellement créé et défini par la constitution, se substituerait à celui de Président du Conseil qui n'y était pas défini et qui était l'appellation d'usage du chef du gouvernement depuis 1815. Le général de Gaulle s'inspirera de La réforme de l'État d'André Tardieu et en fera l'apologie[4].

Enfin, en 1936, dans son ouvrage La Révolution à refaire. Le souverain captif, André Tardieu affirme que le régime parlementaire est contraire aux intérêts de la France ; son opposition au Front populaire le fait basculer dans l'hostilité à la Troisième République et l'antiparlementarisme, qui ne sont pas sans annoncer la pensée vichyste, notamment par sa collaboration hebdomadaire au journal d'extrême-droite Gringoire.

Fin de vie[modifier | modifier le code]

Le révisionnisme institutionnel souhaité par Tardieu le marginalise de la vie parlementaire : les Radicaux sont hostiles au principe même de révision et font chuter le cabinet Doumergue constitué à cet effet après le 6 février 1934, avec la participation d'André Tardieu, qui a été alors taxé de « néo-boulangisme » par Léon Blum[5]. Ne parvenant pas à imposer ses vues, André Tardieu se retire, à Menton, de la vie politique institutionnelle, mais participe régulièrement au journal ligueur Gringoire. Il se consacre à l'écriture d'une pensée devenue réactionnaire, anti-1789 et anti-républicaine, et n'assume plus aucune fonction. Il désapprouve certes la ligne munichoise du journal, mais reste silencieux sur son antisémitisme. Victime d'une attaque cérébrale en 1939, « l'Ermite de Menton »[6] meurt, paralysé, en 1945.

En 1979, la place André-Tardieu dans le 7e arrondissement de Paris prend son nom en hommage ; elle est, avec la rue André Tardieu de Nantes, un des rares espaces publics, en France, à célébrer cet homme à la carrière politique d'abord fulgurante mais à la trajectoire politique ambiguë qui le mène des ors de la République à une pensée contre-révolutionnaire.

Principales œuvres d'André Tardieu[modifier | modifier le code]

  • André Tardieu, La Paix, Payot, 1921.
  • André Tardieu, Devant l'obstacle : L'Amérique et nous, Emile-Paul, 1927.
  • André Tardieu, L'Epreuve du pouvoir, Flammarion, 1931.
  • André Tardieu, Devant le pays, Flammarion, 1932.
  • André Tardieu, La réforme de l'État, Flammarion, 1934.
  • André Tardieu, L'Heure de la décision, Flammarion, 1934.
  • André Tardieu, Sur la Pente, Flammarion, 1935.
  • André Tardieu, La Révolution à refaire : tome 1, Le souverain captif, Flammarion, 1936.
  • André Tardieu, La révolution à refaire, tome 2, La profession parlementaire, Flammarion, 1937.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Archives numérisées de l'état civil de Paris, acte de naissance no 8/1321/1876 (consulté le 13 décembre 2012)
  2. Olivier Lowczyk, La fabrique de la paix, Paris, Economica, 2010, 533p.
  3. Jean-Noël Jeanneney et Agnès Chauveau, Concordance des temps du 14 novembre 2009, France Culture
  4. Alain Peyrefitte, C'était de Gaulle, éd. Fayard, éd. de Fallois, tome III, 2000, p. 88-91.
  5. Nicolas Roussellier "André Tardieu et la crise du constitutionnalisme libéral (1933-1934) [1]
  6. Robert O. Paxton, La France de Vichy, 1940-1944, coll. Points, p.71
  7. Archives nationales


Chronologies[modifier | modifier le code]