Joseph Joffre

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Officier général francais 7 etoiles.svg Joseph Joffre
Image illustrative de l'article Joseph Joffre

Naissance 12 janvier 1852
Rivesaltes Drapeau de la France France
Décès 3 janvier 1931 (à 78 ans)
Paris 7e arrondissement de Paris Drapeau de la France France
Origine Français
Allégeance Drapeau de la France France
Arme Flag of France.svg Armée française
Génie militaire
Grade Général de division[1]
Années de service 18691916
Conflits Première Guerre mondiale
Commandement Généralissime (1914-1916)
Faits d'armes 1887 : Prise de Ba-Dinh
1894 : Prise de Tombouctou
1914 : Bataille de la Marne
1916 : Bataille de Verdun
Distinctions Chevalier de la Légion d'honneur (septembre 1885)
Commandeur de la Légion d'honneur (avril 1903)
Grand-croix de la Légion d'honneur (11 juillet 1914)
Médaille militaire (décembre 1914)
Maréchal de France (décembre 1916)
Croix de guerre 1914-1918
Autres fonctions Élu à l'Académie française (fauteuil 35)

Joseph Jacques Césaire Joffre, né le 12 janvier 1852 à Rivesaltes (Pyrénées-Orientales) et mort le 3 janvier 1931 à Paris (7e arrondissement), était un officier général français pendant la Première Guerre mondiale, artisan de la victoire alliée lors de la bataille de la Marne et de la stabilisation du front nord au début de la guerre. Il a été nommé maréchal de France en 1916.

C'est aussi un des responsables militaires les plus controversés du XXe siècle, notamment en raison de l'emploi de la stratégie militaire de l'« offensive à outrance », extrêmement coûteuse en vies humaines pour des résultats relativement médiocres sur le terrain, notamment lors de la bataille des frontières et de la bataille de la Marne. En 1916, il est alors remplacé par le général Nivelle. En 1918, il est élu à l'Académie française.

Sommaire

Carrière militaire au service du génie[modifier | modifier le code]

Jeune officier venu du Midi[modifier | modifier le code]

Joseph Joffre naît à Rivesaltes, le 12 janvier 1852, à 8 heures du matin. La famille est aisée, nombreuse et catalane : le père, Gilles Joffre (1823-1899) est tonnelier et sa mère Catherine Plas (1822-1899) mère au foyer[2]. Élève brillant, il fait d'abord ses études secondaires au lycée de Perpignan (lycée François-Arago), puis au lycée Charlemagne à Paris où il prépare le concours d'entrée aux grandes Écoles (rentrée 1868)[3]. Il entre comme benjamin de sa promotion à l'École polytechnique en juillet 1869 à 17 ans (14e/132)[4]. Un de ses amis dira de lui : « Il avait vraiment bon air, sous le frac, avec ses galons d'or tout neufs »[5].

Il suit l'instruction militaire depuis quelques mois quand la guerre franco-prussienne éclate durant l'été 1870. Il est aussitôt affecté au bastion 39, près de La Villette. Il est déçu par la médiocrité de la défense française. Joseph Joffre participe à la guerre comme sous-lieutenant des 8e, 4e et enfin 21e régiments d'artillerie. En mars 1871 seulement, il regagne l'École avec ses camarades[6]. Durant la Semaine sanglante, Joffre se montre hostile à la Commune de Paris[7].

En juillet 1871, il retrouve une nouvelle fois l'École. À sa sortie de Polytechnique, il opte pour le génie militaire et est affecté au 2e régiment à Montpellier en novembre 1871. Promu lieutenant en 1872, il est détaché à l'École d'application de l'artillerie et du génie à Fontainebleau. Il fait la connaissance d'une jeune veuve, Marie-Amélie Pourcheiroux (1846-1874) qu'il épouse le 11 octobre 1873 mais qui meurt en couches le 3 avril 1874 à Montpellier. Il demande sa mutation[8].

Joffre est affecté au 1er régiment à Versailles au cours du printemps 1874. Il participe à la reconstruction de l'enceinte fortifiée de Paris puis il dirige la construction du fort de Montlignon (Seine-et-Oise, 1874). Initié franc-maçon en 1875, il fait partie de la loge Alsace-Lorraine. Nommé capitaine, le jeune officier part pour Pontarlier travailler aux fortifications du Jura (1876), puis à celles de Montlouis et Villefranche-de-Conflent (Pyrénées-Orientales, 1883-1884). Sa demande de partir en Extrême-Orient est acceptée quelques mois après son dépôt, à la fin de l'année 1884[7].

Service dans les colonies françaises[modifier | modifier le code]

De retour à Paris, le capitaine Joffre reçoit sa mutation en Extrême-Orient, où la France cherche depuis plusieurs années à accroître son emprise économique et militaire. En janvier 1885, il embarque à Marseille et arrive sur l'île de Formose un mois et demi plus tard. Là-bas, il est nommé chef du génie sous les ordres de l'amiral Amédée Courbet. Chargé de fortifier la base de Chilung (organiser la communication, fortifier et loger), Joffre suit l'objectif de remporter la mainmise sur le Tonkin dans la guerre franco-chinoise[9].

Deux ans plus tôt, en avril 1883, l'Annam avait accordé un protectorat français sur le Tonkin contre l'avis de la Chine. Nommé chef du génie à Hanoï, Joseph Joffre organise les postes de défense du Tonkin septentrional (juillet 1885). Il tente d'améliorer les hôpitaux, d'ouvrir de nouvelles routes, des digues et des bureaux pour l'armée française. Son supérieur écrit :

« Officier très intelligent et instruit. Capable, zélé, tout dévoué à son service. A déjà eu l'occasion de faire de grands travaux de fortification […]. Par son mérite, par sa manière de servir, cet officier est digne d'arriver aux grades élevés de l'armée du génie. »

— Colonel Mensier, été 1885[10]

Au mois de septembre suivant, la Chine abandonne toute prétention sur le Tonkin. Très satisfait de son subalterne, Courbet fait décorer l'officier du génie de la Légion d'honneur le 7 septembre. En janvier 1887, le capitaine Joffre obtient sa première citation pour sa participation, au sein de la colonne Brissaud, aux opérations contre la position retranchée de Ba Dinh. Il y dirige les travaux de sape contre la citadelle assiégée et joue un rôle dans la victoire : il est cité à l'ordre de la division du Tonkin (mars 1887). En janvier 1888, il quitte le Tonkin pour faire le tour du monde (Chine, Japon et États-Unis)[11].

De retour en France en octobre 1888, il est attaché au cabinet du directeur du génie et promu au grade de commandant l'année suivante. Chef de bataillon, il est affecté au 5e régiment du génie à Versailles où il se spécialise dans la logistique ferroviaire. En 1891, on le retrouve chargé de cours à l'École d'application de l'artillerie et du génie à Fontainebleau. En octobre 1892, le commandant Joffre est envoyé en Afrique dans la région du Soudan français (aujourd'hui le Mali) réclamé par le colonel Louis Archinard. Ici, son objectif est de diriger la construction d'une ligne de chemin de fer entre Kayes, la capitale de la région depuis 1892, et Bamako[12].

En décembre 1893, Louis Albert Grodet succède au général Archinard comme gouverneur du Soudan français. Paris lui demande d'étendre la conquête française, mais de manière pacifique à la différence de son prédécesseur. En déplacement à Tombouctou avec son secrétaire le lieutenant Boiteux en janvier 1894, Grodet est irrité par les officiers français. Prétextant un danger réel et malgré le refus du gouverneur, le lieutenant-colonel Bonnier envoie deux colonnes de troupes, terrestre et navale, pour les protéger. La colonne terrestre est confiée au commandant Joffre alors mêlé à « la campagne de 1894 ». Bonnier ayant péri au cours d'une bataille contre les Touaregs, ce sont les hommes de Joffre qui prennent avec succès Tombouctou le 12 février[12]. Le commandant supérieur du Soudan français déclare : « D'un esprit élevé, d'un caractère conciliant et très droit, Joseph Joffre a su mettre de côté toutes les questions de peu d'importance qui auraient pu soulever quelques difficultés et compromettre la bonne entente avec les chefs de service […] . »[13]

Après la prise et la pacification de Tombouctou, Joffre est promu commandant supérieur de Kayes-Tombouctou avec le grade de lieutenant-colonel (mars 1894). À son départ, la région semble pacifiée. En mars 1895, il est affecté à l'état-major du génie et secrétaire de la Commission d'examen des inventions pour l'Armée. Il revoit une ancienne connaissance, Henriette Penon, mariée, avec qui il a une liaison. Un enfant, Germaine, nait le 1er janvier 1898[14] : nul ne saura jamais si l'enfant est bien de Joffre ou du mari de sa maîtresse. Nommé colonel deux ans plus tard, il participe sous les ordres du général Joseph Gallieni, gouverneur général de Madagascar, à la campagne de colonisation de l'île lancée depuis 1895-1896. Joffre est alors chargé de la fortification du port de Diego-Suarez pour lutter contre la poche de résistance malgache qui irrite beaucoup Gallieni. À cause d'intrigues politiques, il est contraint de repartir en métropole (janvier 1901)[15]. Entre-temps, il est promu général de brigade et rappelé par Gallieni. Joffre est de retour à Madagascar pour achever sa mission (avril 1902). Son travail exécuté, il retourne en France au cours du printemps 1903 ; il est fait commandeur de la Légion d'honneur[16].

À la tête de l'armée française[modifier | modifier le code]

Après un bref passage comme commandant de la 19e brigade de cavalerie à Vincennes, il est nommé directeur du génie au ministère de la Guerre en janvier 1904. Le 26 avril 1905, âgé de 53 ans, il épouse civilement Henriette Penon. La même année, il obtient sa troisième étoile en tant que général de division et il devient le nouveau chef de la 6e division d'infanterie à Paris (1906), puis inspecteur permanent des écoles militaires (janvier 1907)[7]. En mai 1908, le divisionnaire prend en charge le commandement d'un corps d'armée : le 2e corps d'armée à Amiens. Le général Joffre devient membre du Conseil supérieur de Guerre en mars 1910. Il prend une part active dans l'élaboration des plans de stratégie militaire contre l'Allemagne[17].

Le 19 juillet 1911, le général Victor-Constant Michel, chef d'État-Major et président du Conseil supérieur de guerre, présente son plan XVI. Celui-ci propose une attente défensive et un élargissement du front jusqu'à la Belgique en mobilisant tous les réservistes. Il est rejeté à l'unanimité par les membres du Conseil. Le 28 juillet, qualifié d'« incapable » par le ministre de la Guerre Adolphe Messimy, il est destitué de ses fonctions en Conseil des ministres[18].

Messimy réforme le haut commandement militaire français. Les fonctions de chef d'État-Major général et de généralissime ne font plus qu'une. Dans un premier temps, le général Gallieni, 62 ans, est consulté pour prendre la tête de l'Armée ; mais il refuse en faisant état de la limite d'âge (64 ans) et de sa santé fragile. Deux autres généraux sont proposés : Paul Pau et Joseph Joffre. Le général Pau refuse pour deux raisons : son âge (62 ans) et le fait que le gouvernement aura son mot à dire sur la nomination de ses officiers généraux. Par défaut, c'est Joffre qui est nommé le 28 juillet 1911[19].

Il est un des plus jeunes généraux de l'époque (59 ans), également un des rares officiers de haut rang à avoir une expérience internationale (Formose 1885, Japon 1888) et enfin il a été un des brillants artisans de l'enracinement de la France dans tous les territoires d'Outre-mer (Tonkin, Soudan français, Madagascar). Le 2 août 1911, le généralissime exige la nomination du remuant général Édouard de Castelnau pour le seconder à la tête de l'État-Major[20].

En août 1911, éclate le coup d'Agadir ; il y a danger de guerre. Le président du Conseil Joseph Caillaux se renseigne auprès de Joffre :

« Général, on dit que Napoléon ne livrait bataille que lorsqu'il pensait avoir au moins 70 % de chances de succès. Avons-nous 70 % de chances de victoire si la situation nous accule à la guerre ? »
« Non, je ne considère pas que nous les ayons » répond Joffre.
« C'est bien, alors nous négocierons… » décide Caillaux[21]

Conscient que le conflit est proche et de dimension mondiale, Joffre réorganise l'armée. Il obtient des financements conséquents, met en place les aspects logistiques, les infrastructures indispensables et enfin il mise sur de nouvelles unités : l'artillerie lourde et l'aviation. En dernier lieu, le généralissime consolide durant l'année 1913 les rapports avec la Russie et l'Angleterre, avec qui la France s'est engagée militairement au sein de la Triple-Entente depuis août 1907[7].

Au cours de l'été 1914, l'armée française achève de combler une partie de son handicap face au puissant voisin grâce à l'organisation du généralissime Joffre. Le 11 juillet, le généralissime est fait Grand-croix de la Légion d'honneur.

L’offensive à outrance[modifier | modifier le code]

La coopération franco-britannique[modifier | modifier le code]

En juillet 1911, à la suite de la crise d'Agadir occasionnée par l'envoi d'une canonnière allemande, le général Henry Hughes Wilson, directeur des opérations au ministère de la Guerre, se rend à Paris pour suivre les manœuvres françaises. Les Anglais coopèrent avec la France mais ils poussent Caillaux à réagir fermement vis-à-vis de l'Allemagne. Joffre témoigne :

« C'est […] du début de cette période que datent les premières conversations entre l'État-Major français et l'État-Major britannique. Le général Wilson vint en France travailler avec nous et préparer le débarquement éventuel d'un corps expéditionnaire britannique. Il fut le premier et bon ouvrier de cette collaboration[22]. »

Au fil des mois, le rapprochement des Français et des Britanniques se précise. On décide du volume de soldats britanniques disponibles, qui seraient prêts à intervenir en cas de conflit et à quel moment :

« Nous souhaiterions savoir si les relations établies entre états-majors sont la conséquence d'un traité ou d'un accord verbal entre les deux gouvernements, ou bien s'ils résultent d'un consentement tacite entre ceux-ci. En outre, peut-on admettre que, selon toutes probabilités, l'Angleterre serait à nos côtés dans un conflit contre l'Allemagne[23] ? »

Le chef d'État-Major exige que l'Armée soit profondément réformée (la doctrine militaire, les règlements, le matériel, le haut commandement et la mobilisation), alors qu'elle est divisée par l'affaire des fiches et les influences politiques. D'ailleurs, le 19 juillet 1913 une loi instituant le service militaire à trois ans est votée[24]. Le nouveau haut commandement élabore divers plans d'offensive dont le fameux plan XVII. Ce dernier est l'œuvre d'un des stratèges de l'État-Major qui donne des conférences au Centre des Hautes Études Militaires, le colonel Louis Grandmaison pour qui — comme pour beaucoup d'officiers français — l'objectif primordial est la récupération de l'Alsace-Lorraine perdue en 1871[25]. Joffre fait également établir des thèmes de travail et des règlements qu'on expérimente lors des manœuvres sur le terrain.

Le 21 février 1912 a lieu une réunion secrète au Quai d'Orsay à Paris, à laquelle le général Joffre est présent : l'objectif est la mise en commun des différentes mesures des États-majors russes, britanniques et français. Rapidement la question de la neutralité belge arrive dans les débats. En janvier 1912 à ce sujet, le président du Conseil, Raymond Poincaré conseille à Joffre de se montrer prudent afin de ménager l'opinion anglaise :

« En tout état de cause, il faudrait assurer qu'un plan de pénétration française en Belgique ne déterminerait pas le gouvernement britannique à nous retirer son concours[26]. »

Joffre prévoit dans son plan XVII une pénétration préventive en Belgique mais le gouvernement l'en dissuade. En effet, en novembre 1912, la Belgique est toujours neutre en vertu des traités de 1831-39. Ceux-ci lui font un devoir de se défendre contre toute intrusion militaire et d'appeler immédiatement ses garants qui sont la France, l'Angleterre et l'Allemagne. Dans le cas d'une initiative militaire française, la Belgique se trouverait ipso facto obligée d'appeler l'Angleterre à son secours, mais aussi l'Allemagne[27]. Donc si la France viole la première la neutralité belge, il en résulterait un embarras diplomatique avec l'Angleterre et donnerait un avantage numérique consolidé à la Triple-Alliance[27].

Mise en place du plan XVII[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Plan XVII.
Le plan Schlieffen et le plan XVII

Le plan XVII esquisse une stratégie : la victoire dépend de la supériorité des forces morales. Il s'agit pour la plupart des généraux de reprendre les provinces perdues uniquement grâce à l'esprit combatif et à la volonté des soldats seulement armés de fusils à baïonnette accompagnés du canon de 75 : la guerre à outrance. Stratégiquement, pour Joffre la clé de la victoire c'est de « rompre le front adverse pour déboucher sur les vastes espaces où la « vraie » guerre pourrait avoir lieu[28] ». Pourtant certains se montrent plutôt hostiles à la proposition du généralissime : c'est le cas du capitaine Bellanger, du général Estienne, du général Lanrezac et du colonel Pétain.

Ces derniers préconisent plutôt la puissance matérielle de l'artillerie, la manœuvre et l'initiative. D'autant que l'État-Major général sous-estime la puissance militaire allemande. Helmuth von Moltke dirige une armée rapide, facilement manœuvrable et surtout une double stratégie à la fois offensive et défensive (mitrailleuses). Joffre est à la base un officier du génie qui n'a pas reçu les enseignements de l'École de guerre. Il n'a qu'une maigre expérience de la direction d'une armée et il fait confiance aveuglément au plan XVII en minimisant le rôle de l'artillerie lourde[29].

Depuis 1904, l'État-Major français est en possession du plan Schlieffen fourni par un officier allemand félon, qui prévoit la prise de Paris et la défaite française en 41 jours[30]. Le général Joffre, qui dirige les opérations sur le terrain, est persuadé que les Allemands ne vont pas utiliser toutes leurs réserves — comme le prétendait le général Michel — et qu'ils ne pourront pas à la fois mener une grande offensive en Belgique, comme leur plan le prévoit, et repousser les assauts du plan XVII en Lorraine. Ce que le généralissime n'a pas prévu, c'est qu'en Lorraine l'ennemi a rassemblé des forces importantes et qu'il a la supériorité du feu (mitrailleuses et artillerie lourde). La plupart des officiers français, eux, ne veulent pas entendre parler de ces armes modernes ; ils les jugent superflues… Excepté le canon de 75, l'artillerie française est très inférieure à l'allemande. Début 1914, l'artillerie lourde française est constituée de 280 pièces pour 848 à l'artillerie allemande[31].

Échec du plan XVII : « Surtout, pas d'affolement ! » (J. Joffre)[modifier | modifier le code]

Les généraux Castelnau (gauche) et Joffre (centre), c. juillet-août 1914.

Le 29 juillet 1914, l'Angleterre demande à la France et à l'Allemagne si elles s'engagent à respecter la neutralité belge en cas de guerre : la France accepte. Le lendemain, Joffre obtient l'autorisation du ministre de la Guerre de replier les troupes de couverture à 10 kilomètres de la frontière afin d'éviter toute provocation. Grâce à cette tactique, si les armées allemandes veulent entrer au contact des armées françaises, elles devront franchir la frontière, assumant le rôle d'agresseur. La France pourra alors stigmatiser l'Allemagne et s'assurer la faveur de l'opinion anglaise et l'aide militaire future de la Grande-Bretagne. Ceci d'autant plus que celle-ci est tenue, par son engagement de garante de la neutralité belge, d'intervenir contre l'Allemagne qui a elle-même garanti la neutralité belge. En attendant, l'Angleterre reste réservée, attendant l'initiative allemande [32]

Le 1er août 1914, l'Allemagne et la France décrètent la mobilisation générale. Le 3, l'ambassadeur d'Allemagne von Schoen se présente au président du Conseil René Viviani pour remettre à celui-ci la déclaration par laquelle l'Allemagne déclare la guerre à la France. Le 3 août, l'Allemagne lance un ultimatum à la Belgique d'avoir à laisser passer ses troupes qui vont attaquer la France suivant le plan Schlieffen. Le 4 août, le roi des Belges Albert 1er et le gouvernement belge soutenus par le Parlement, rejettent l'ultimatum et annoncent que la Belgique se défendra. L'Angleterre annonce le lendemain son intention de se battre aux côtés de la Belgique pour honorer sa garantie à la neutralité belge. Le 5 août, la Ire armée de von Kluck déferle sur Liège où l'armée belge de campagne résiste à un contre trois en manœuvrant par contre-attaque dans les intervalles des forts[33]. Le 8, Joffre, qui ne vole pas au secours des Belges, laisse les Allemands dérouler leur stratégie et ordonne aux 1re et 2e armées françaises de passer à l'offensive en Lorraine, en Alsace et dans les Ardennes pour attaquer de front les troupes allemandes : c'est la bataille des Frontières[34]. Quant aux Anglais, ils entrent en Belgique et positionnent à Mons leur armée limitée à quatre divisions n'étant pas en force pour s'aventurer plus à l'Est et au Nord pour aider les Belges.

Le Grand Quartier Général (GQG) de Joffre (au 2 août 1914)
Fonction Responsable Durée
Commandant en chef des opérations Gal Joseph Joffre 2 août 1914 - 26 décembre 1916
Major général Gal Émile Belin 2 août 1914 - 22 mars 1915
1er aide major général Gal Henri Berthelot 2 août 1914 - 22 novembre 1914
2e aide major général Gal Céleste Deprez 2 août 1914 - 21 août 1914
Directeur de l'Arrière Gal Édouard Laffon de Ladébat 2 août 1914 - 30 novembre 1914
L'organisation sur le terrain du général Joffre (au 2 août 1914)
Armée française Commandant en chef Secteur Durée
1re armée Gal Auguste Dubail Vosges 2 août 1914 - 5 janvier 1915
2e armée Gal Édouard de Castelnau Lorraine orientale 2 août 1914 - 21 juin 1915
3e armée Gal Pierre Xavier Emmanuel Ruffey Lorraine occidentale 2 août 1914 - 30 août 1914
4e armée Gal Fernand de Langle de Cary Aisne-Ardennes 2 août 1914 - 11 décembre 1915
5e armée Gal Charles Lanrezac Ardennes-Belgique 2 août 1914 - 3 septembre 1914
armée des Alpes Gal Albert d'Amade Alpes 2 août 1914 - 17 août 1914
armée d'Alsace Gal Paul Pau Alsace 11 août 1914 - 28 août 1914

Alsace[modifier | modifier le code]

Joffre confie le commandement de l'armée d'Alsace à l'un de ses proches collaborateurs, le général Pau, dont l'objectif est de libérer en quelques semaines la province perdue. Une partie de la 1re armée dirigée par le général Auguste Dubail entre en Alsace par Belfort puis s'établit sur le bord du Rhin le 4 août 1914. Le VIIe corps d'armée entre à Thann le 7 et à Mulhouse le 8[35]. À Paris on félicite Joffre :

« Mon général, l'entrée des troupes françaises à Mulhouse, aux acclamations des Alsaciens, a fait tressaillir d'enthousiasme toute la France. La suite de la campagne nous apportera, j'en ai la ferme conviction, des succès dont la portée militaire dépassera celle de la journée d'aujourd'hui. Mais, au début de la guerre, l'énergique et brillante offensive que vous avez prise en Alsace nous apporte un précieux réconfort. Je suis profondément heureux, au nom du Gouvernement, de vous exprimer toute ma gratitude. »

— M. Messimy, ministre de la Guerre, au général Joffre, août 1914[36].

Cependant, la contre-offensive allemande est terrible et rapide, le général Pau est contraint d'évacuer l'ensemble de l'armée d'Alsace le 25 août. Seules Thann et sa région resteront françaises jusqu'à la fin de la guerre. Cette nouvelle provoque un vent d'inquiétude dans toute la France.

La cavalerie lourde, en armure, paradant à travers Paris avant de rejoindre le front, août 1914.

Lorraine[modifier | modifier le code]

La Lorraine française est quadrillée d'un réseau de places fortifiées conçu par le général Séré de Rivières au lendemain de la guerre de 1870 (places de Verdun, de Toul, d'Épinal et de Belfort)[37]. Joffre ordonne à la 3e armée d'avancer jusqu'à Sarrebruck puis de lancer une offensive sur le Luxembourg. La 2e armée dirigée par Castelnau s'engage sur le secteur de Morhange le 19 août. C'est un véritable carnage, l'infanterie française perd 8 000 hommes en deux jours (bataille de Morhange)[38]. Le 20 août, Castelnau ordonne le repli sur Lunéville.

L'autre partie de la 1re armée de Dubail est impliquée dans la bataille de Sarrebourg, où le commandant parvient à maintenir ses positions ; mais faute de renfort à l'ouest par la 2e armée il doit se replier également. Forts de leurs contre-offensives, les Allemands se lancent sur Nancy, où ils sont repoussés par le 20e corps d'armée dirigé par le général Foch[38].

Ardennes[modifier | modifier le code]

Lorsque Joffre a appris que les troupes allemandes pénètraient en Belgique, il a réorienté la 5e armée du général Lanrezac vers le nord pour couvrir les autres armées du mouvement tournant sud-sud-ouest prévu par le plan Schlieffen[39]. Joffre ordonne à la 5e armée d'attendre devant Mézières et d'affronter la IIe armée de von Bülow à son arrivée. Plus à l'ouest, le corps expéditionnaire britannique affronte la Ire armée allemande de von Moltke à Mons. Cependant manquant d'hommes, Lanrezac fait appel à une division de réserve, qui arrive trop tard. Le 14 août, Lanrezac rencontre Joffre en personne et en lui exposant une seconde fois sa crainte d'une grosse offensive allemande sur l'ouest[38].

Le généralissime rétorque : « Nous avons le sentiment que les Allemands n'ont rien de prêt par là. » (J. Joffre, 14 août 1914).

Les Belges, quant à eux, qui ne peuvent compter, à ce stade de la guerre, sur l'arrivée des Anglais et des Français, se replient le 19 août après avoir retenu 150 000 Allemands devant les forts de Liège puis en les battant lors d'une bataille d'arrêt dite bataille de la Jette. Quant aux Anglais, n'étant pas en nombre suffisant pour participer offensivement à la bataille commune avec quatre divisions, ils tentent d'affronter l'armée allemande à Mons le 23 août. C'est au soir de ce même jour que Lanrezac ordonne, de son propre chef, la retraite de son armée vers Maubeuge pour éviter un « nouveau Sedan », c'est-à-dire un enveloppement complet de son armée par l'ennemi. Joffre est furieux[40].

Le bilan à la fin du mois d'août 1914 est lourd pour l'État-Major français. Ses différentes attaques se sont révélées inutiles et surtout désastreuses : on estime les victimes à plus de 100 000 morts côté français, des soldats en capote bleue et au pantalon rouge qui attaquent de front face aux mitrailleuses allemandes. Quasiment toutes les armées françaises battent en retraite et sont dans l'ensemble désordonnées. Joffre ordonne qu'on pourchasse et qu'on exécute non seulement les fuyards mais également tout officier faisant preuve « d'insuffisance et de faiblesse, mais encore d'incapacité ou de lâcheté manifeste devant l'ennemi »[41]. Depuis le 3 août, le gouvernement autorise le commandement militaire à faire exécuter les sentences de mort[42]. Devant ce qui peut laisser augurer une défaite française, l'État-Major allemand décide de se diriger sans tarder sur Paris, pensant que la prise de la capitale pourrait entraîner l'effondrement de la France.

« Nos troupes si visibles avec leurs culottes rouges, nos officiers plus visibles encore avec leur tenue différente de celle de la troupe et l'obligation que leur faisait le Règlement de se tenir nettement hors du rang, s'étaient aventurées sur des polygones parfaitement repérés, où artillerie et infanterie tiraient à coup sûr. »

— Capitaine Georges Kimpflin, Le Premier Souffre[43]

« L'erreur de nos États-majors dirigeants a été de ne croire qu'à la guerre de mouvement et de nier la guerre de siège, de la nier non seulement avant, mais pendant la guerre elle-même. »

— Général Rouquerol[28]

« Je ne sais qui l’a gagnée, mais je sais qui l'aurait perdue » (J. Joffre)[modifier | modifier le code]

La bataille de Guise[modifier | modifier le code]

Joffre ordonne à la 5e armée de Lanrezac le lancement d'une offensive de flanc contre la IIe armée allemande autour de Guise afin de soulager d'une part le corps expéditionnaire anglais épuisé et d'autre part pour reprendre Saint-Quentin. Le 28 août, le général Douglas Haig fait savoir que son corps ne pourra pas renforcer Lanrezac à Saint-Quentin[44].

À l'est, les hommes du général de Langle de Cary (4e armée) se battent héroïquement face aux Allemands. Le commandant en chef vient en personne au QG de Lanrezac ; il est très optimiste et il espère une belle offensive sur Saint-Quentin :

« Pousser l'attaque à fond, sans s'inquiéter de l'Armée anglaise. »

— J. Joffre, 28 août 1914

Le 29, von Bülow lance une grande offensive sur Guise. Le 10e corps d'armée et la 51e division de réserve sont contraints de reculer. L'attaque sur Saint-Quentin est désormais impossible, sinon la 5e armée risque d'être prise en écharpe. Joffre revient au QG de Lanrezac qui doit modifier l'avancée. Au lieu d'attaquer Saint-Quentin, le 3e corps d'armée oblique sur la droite pour attaquer Guise par l'ouest. Ce dernier est aidé par le retour du 10e corps qui attaque par le sud. La supériorité numérique allemande est écrasante, et von Bülow est maître de l'Oise[45].

Le 1er corps du général Franchet d'Esperey est dépêché sur place. Il dirige l'assaut contre les troupes et les ponts : le Xe corps allemand est arrêté puis l'ensemble de l'armée allemande bat en retraite vers le nord. Le 18e corps français s'arrête aux portes de Saint-Quentin. Le commandant allemand appelle alors son homologue von Klück afin qu'il vienne en renfort à la tête de sa Ire armée. Cette dernière, qui se dirigeait sur Paris, change sa direction et bifurque vers le sud-est [45], offrant son flanc aux armées françaises. C'est à ce moment que manquent les 150 000 hommes retenus en Belgique par le siège de la place forte d'Anvers, la plus grande du genre en Europe avec ses trois ceintures de forteresses, depuis laquelle les Belges lancent trois sorties successives entre la fin août et la mi septembre, empêchant le commandement allemand de renforcer ses armées qui marchent sur Paris et dans l'est de la France.

Stratégie de Joffre[modifier | modifier le code]

L'organisation sur le terrain du général Joffre (au 3 septembre 1914)[modifier | modifier le code]

Armée française Commandant en chef Secteur Durée
1re armée Gal Auguste Dubail Vosges 2 août 1914 - 5 janvier 1915
2e armée Gal Édouard de Castelnau Lorraine orientale 2 août 1914 - 21 juin 1915
3e armée Gal Maurice Sarrail Lorraine occidentale 30 août 1914 - 22 juillet 1915
4e armée Gal Fernand de Langle de Cary Aisne-Ardennes 2 août 1914 - 11 décembre 1915
5e armée Gal Louis Franchet d'Esperey Ardennes-Belgique 3 septembre 1914 - 31 mars 1916
6e armée Gal Michel Maunoury[46] Paris 17 août 1914 - 13 mars 1915
9e armée Gal Ferdinand Foch Autour de Paris 29 août 1914 - 7 octobre 1914

Le 1er septembre 1914, Joffre esquisse la nouvelle situation stratégique. Il a la bonne idée de déplacer l'aile gauche de la 5e armée sur Paris, puisque les Allemands ont pour objectif la capitale française et l'enveloppement des armées. Le commandant en chef en profite pour rencontrer Lanrezac au QG de la 5e armée à Sézanne. Accompagné du commandant Maurice Gamelin, il lui annonce qu'il est obligé de lui enlever le commandement de l'armée, où il sera remplacé par Franchet d'Esperey :

« Vous faites des observations à tous les ordres qu'on vous donne ! »

— J. Joffre, 3 septembre 1914[47]

Lanrezac dira à la suite de cette entrevue :

« À la place du général Joffre, j'aurais agi comme lui ; nous n'avions pas la même manière de voir les choses, ni au point de vue tactique ni au point de vue stratégique ; nous ne pouvions pas nous entendre. »

— C. Lanrezac, 1920[48]

Pourtant, dès le début de la guerre Joffre avait observé :

« Si je venais à manquer, c'est Lanrezac qui devrait me remplacer »

— J. Joffre, été 1914[49]

Le généralissime prépare un piège à l'ennemi :

  • Si les Allemands attaquent Paris et Verdun, ils affaiblissent leur centre.
  • S'ils négligent au contraire ces forteresses et qu'ils attaquent les lignes françaises, ils exposent leurs flancs à une double manœuvre enveloppante préparée entre Paris et Verdun.

Joffre met son plan en marche :

  • Verdun est renforcé et prêt à soutenir un siège.
  • La 6e armée est créée des suites de l'armée d'Alsace (26 août 1914). L'objectif de son commandant, le général Maunoury est double : couvrir Paris et envelopper par la gauche les armées ennemies.
  • La 9e armée est créée avec des éléments de la 3e et de la 4e armée (5 septembre 1914). L'objectif de son commandant, le général Foch, est de lancer des offensives centrales, appuyées par la 4e armée de Langle de Cary.
  • La 3e armée confiée au général Maurice Sarrail a également un double objectif : envelopper par la droite les armées ennemies et gérer la défense des forts de la Meuse (Verdun).
  • Joffre prend personnellement le commandement du camp de Paris.

Le 3 septembre, Franchet d'Esperey arrive à proximité de la Marne avec sa 5e armée. Le général Maunoury dirige la protection de la capitale extra-muros pendant que la protection intérieure est organisée par le général Gallieni, gouverneur militaire de Paris. Sarrail s'apprête à enrayer la Ve armée du Kronprinz. Quant à Joffre, qui transfère son Quartier général de Vitry-le-François à Bar-sur-Aube, il organise l'ensemble avec un calme imperturbable[50].

À Paris, face à la menace, le gouvernement est parti à Bordeaux. Durant la journée, un avion d'observation de la 6e armée décèle un changement important dans la marche des armées allemandes : une colonne ennemie se détourne de Paris pour se rabattre sur Meaux. Gallieni, qui vient de comprendre la manœuvre d'enroulement allemande en informe le GQG et demande l'autorisation de lancer la 6e armée dans le flanc de cette armée ennemie[51].

Le 4 septembre, après plusieurs heures de réflexion et un problème de coordination avec Gallieni, le général Joffre est décidé : il va attaquer. Le 6 au matin, il lance toutes les armées à l'attaque.

« Gallieni me demandait au téléphone. Il venait de rentrer de son quartier général. Il avait trouvé mon télégramme lui prescrivant de porter la 6e armée sur la rive gauche de la Marne, au sud de Lagny. Cette prescription venait modifier les ordres que Gallieni lui-même avait donnés à Maunoury pour le lendemain après-midi. Je le rassurai en lui faisant connaître que, depuis l'envoi de mon télégramme de treize heures, j'avais pris la résolution d'engager une offensive générale à laquelle la 6e armée devait participer […][52] »

Bataille de la Marne[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Première bataille de la Marne.

La tactique de Joffre est claire : les ailes gauche (6e armée, appuyée par la 5e armée et l'armée anglaise) et droite (3e armée) ont pour mission d'envelopper les armées allemandes et le centre (9e et 4e armées) de les déstabiliser par des offensives frontales. Le 5 septembre, dans l'après-midi, le général Maunoury lance ses hommes dans une attaque enveloppante entre l'Ourcq et Château-Thierry. Les hommes de French, de Franchet d'Esperey et de Foch appuient cette attaque. Le commandant en chef prend le soin d'envoyer un message aux troupes :

« Au moment où s'engage une bataille d'où dépend le salut du Pays, il importe de rappeler à tous que le moment n'est plus de regarder en arrière. Une troupe qui ne peut plus avancer devra coûte que coûte garder le terrain conquis, et se faire tuer sur place, plutôt que de reculer. Dans les circonstances actuelles, aucune défaillance ne peut être tolérée »

— J. Joffre, 5 septembre 1914[53]

L'ensemble des armées lance l'offensive le lendemain à l'aube. Sur l'aile gauche, von Klück, occupé avec le mouvement enveloppant de Maunoury, n'arrive pas à venir à bout de l'armée de Foch pourtant épuisée mais qui tient bon. Sur l'aile droite, Sarrail est en mauvaise posture entre Paris et Verdun, ses corps sont durement touchés, le chef de la 10e division est mort au combat[51]. Le 7 septembre, les Allemands arrivent même à ouvrir une brèche entre la 3e et la 4e armée. La situation est critique pour Sarrail. Le lendemain, le 15e corps de la 2e armée lui arrive en renfort. Au soir du 8, les armées sont épuisées et le bilan est un statu quo :

  • À gauche, von Klück enraye le mouvement de Maunoury.
  • Au centre, Foch et Langle de Cary contiennent à peine les affrontements frontaux.
  • À droite, Sarrail se maintient à grand peine et est menacé de dos.

La clé de la victoire vient de l'arrière français : l'armée de French et la 5e armée de Franchet d'Esperey sont encore fraîches alors que les Allemands n'ont plus de réserves pour le moment. Le 9, von Klück lance des assauts désespérés contre Maunoury, qui est mis à mal mais qui obtient des renforts en hommes et en matériels de Gallieni par le biais des fameux taxis de la Marne. De son côté, Foch est appuyé par le 10e corps de la 5e armée et par la division marocaine du général Humbert. Les Allemands entament leur retraite. Le 9, Franchet d'Esperey envoie alors l'ensemble de ses lignes à la poursuite de l'ennemi et libère Château-Thierry et Montmirail[54].

Le 13 septembre, Joffre annonce la victoire au gouvernement :

« Notre victoire s'affirme de plus en plus complète. Partout l'ennemi est en retraite. À notre gauche, nous avons franchi l'Aisne en aval de Soissons, gagnant ainsi plus de cent kilomètres en six jours de lutte. Nos armées au centre sont déjà au niveau de la Marne et nos armées de Lorraine et des Vosges arrivent à la frontière. »

— J. Joffre, 13 septembre 1914[54]

La paternité de la victoire de la Marne est complexe. À la base elle a été permise grâce au général Lanrezac, un officier de génie non reconnu par Joffre qui, par sa victoire à Guise, a neutralisé en partie l'armée de von Bülow qui devait rejoindre von Klück sur Paris. Bien entendu, elle a découlé des conceptions de l'État-Major général, à la base de la création des 6e et 9e armées qui ont eu un rôle majeur, mais elle n'a pas suivi la tactique d'enveloppement de départ préparée par Joffre. Les généraux Gallieni et Maunoury, véritables artisans sur le terrain de la victoire, ont obligé l'ennemi à découvrir son centre droit, où une brèche s'est ouverte pour les hommes de French et de Franchet d'Esperey.

Stabilisation du front[modifier | modifier le code]

Le front occidental durant l'automne-hiver 1914.

Première gloire[modifier | modifier le code]

La bataille de la Marne couvre de gloire le général Joffre qui, aux yeux de tous, est le véritable vainqueur. Face aux quelques polémiques, le général Pétain dit : « Que cela plaise ou non, Joffre est à jamais le vainqueur de la Marne. » Le commandant en chef a permis de sauver Paris et d'éviter à l'armée française l'anéantissement. Dans tout le pays ainsi que chez les Alliés, Joffre jouit d'une très grande popularité. Le « vainqueur de la Marne » fait l'objet d'un véritable culte qui se maintiendra jusqu'à sa mort. Une certaine « joffrolâtrie » s'installe en France. De nombreuses images d'Épinal montrent le chef comme le vainqueur ayant écarté le danger. Des poèmes, des assiettes, des statuettes à son effigie mettent en avant sa gloire. Des centaines d'enfants sont prénommés Joffre ou Joffrette tant en France qu’au Canada ou aux États-Unis. Il incarne le « Père » tranquille et protecteur qui tient dans ses bras la République (allégorie du journal Le Rire rouge, automne 1914)[55].

Pourtant, l'ennemi renaît rapidement de ses cendres sur l'Aisne. L’État-Major français comprend alors que la guerre, qu'on pensait conclure en quelques semaines, risque d'être plus longue que prévue. Une seconde responsabilité incombe à Joffre : préparer la France à une guerre longue et éprouvante[54]. Il commence par envoyer à Limoges et à assigner à résidence 134 généraux qui lui semblent incompétents (de là naîtra le verbe « limoger » et le nom « limogeage »[56],[57]), il multiplie les inspections sur le terrain, il renforce les contacts avec les forces alliées pour constituer différents fronts d'attaque et enfin il tente de résoudre des problèmes proprement militaires.

Joffre continue de veiller aux progrès de l'aéronautique, qui a une place à part entière dans le conflit. Le 8 octobre 1914, il affirme :

« Ces résultats montrent que l'aviation est à même de rendre les plus grands services et de justifier la confiance que le commandement place en elle. »

— J. Joffre, note du 8 octobre 1914[58]

Il doit aussi faire face à une crise des munitions, à un manque de canons lourds, à l'absence de l'artillerie qui se font sentir au cours de la bataille de l'Aisne.

De la Course à la mer aux batailles du Nord[modifier | modifier le code]

Le général Joffre et Albert Ier, roi des Belges, automne 1914.

La bataille de l’Aisne (13 septembre - 24 septembre 1914)[modifier | modifier le code]

Après leur défaite sur la Marne, les divisions allemandes se replient vers le nord, sur l'Aisne, entre le 10 et le 14 septembre. Quant à Joffre, il veut profiter de sa posture de vainqueur et ordonne aux armées françaises et britanniques d'attaquer les armées ennemies le 13. Encore une fois, il préconise la tactique d'enveloppement du flanc droit allemand. Sur le Chemin des Dames, déjà en 1914, le corps expéditionnaire et la 6e armée ne parviennent pas à venir à bout d'un ennemi équipé d'une puissante artillerie lourde[59].

Le 17, la manœuvre de Joffre est un échec, les Allemands renforcent leur droite avec la VIIe armée de von Heeringen venue en renfort. Mais décidé à en finir en enveloppant par le nord-ouest, il appelle une partie des troupes de Castelnau, stationnées en Lorraine. Le 20, une énergique offensive française est lancée entre Noyon et Péronne. En vain. Les lignes françaises manquent de matériel pour lancer des offensives efficaces (munitions, stocks divers, nourriture, artillerie lourde). Le commandant des forces allemandes, von Bülow, a imaginé un efficace retranchement de ses troupes et lance à son tour des contre-manœuvres qui obligent l'armée française à s'allonger sans cesse vers le nord. Cet étalement du front jusqu'à Dunkerque, c'est le début de la Course à la mer qui réunit les Belges du roi Albert aux Français de Ronarc'h. Le roi accepte de placer son armée sous le commandement de Joffre qui dirige, dès lors, une stratégie globale réunissant les franco-anglo-belges[60].

À partir du 18 septembre, les combats continuent autour du massif de l'Aisne ; l'armée anglaise essuie de lourdes pertes. Trois jours après, le général Castelnau fait son entrée à Noyon, mais il ne peut s'y maintenir longtemps. Cependant, les lignes allemandes sont contenues. Le 22, il faut désormais déloger l'ennemi de ses positions : la 4e Brigade du Maroc (tirailleurs sénégalais et algériens) se lance avec beaucoup de courage dans les bois et permet de gagner du terrain. Les prochaines attaques se révèlent infructueuses[60].

De Noyon à Dunkerque (24 septembre - 4 novembre 1914)[modifier | modifier le code]

La 2e armée subit un ralentissement de son avancée de jour en jour. Joffre rappelle Castelnau à l'ordre :

« Rectifiez la marche de vos deux corps de gauche orientée trop à l'est, et redressez-la franchement vers le nord ! »

— J. Joffre, septembre 1914[60]

En effet, c'est toujours plus vers le nord que tout se joue. Là-bas, la cavalerie allemande du général von Marwitz harcèle les lignes françaises dans le secteur de Ham. Le 24, Joffre prend connaissance du fait que les Allemands ont amené toutes les forces qu'ils avaient en Belgique après avoir échoué à écraser l'armée belge. Il écrit au ministre de la Guerre Alexandre Millerand :

« Le moment est venu pour l'armée belge d'agir sur les communications de l'ennemi. »

— J. Joffre, 24 septembre 1914[61].

Mais c'est ce que les Belges faisaient depuis le mois d'août en adoptant la tactique de l'avant-garde générale, chère à Napoléon, qui consiste à manœuvrer sur les flancs et les arrières ennemis en les attaquant pour gêner ses communications et, surtout, pour l'empêcher de réunir ses forces en un seul corps. C'est cela qui a fait que 150 000 hommes, ainsi que de l'artillerie lourde, manquèrent aux Allemands lors de la bataille de la Marne.

À partir du 26, l'ensemble des divisions françaises se heurtent à des forces ennemies considérables. Il faut des renforts autour d'Amiens. Joffre organise efficacement la venue de nouvelles divisions par camions et par trains en provenance de Compiègne. Le général Castelnau se maintient péniblement dans le Sud. Il organise plutôt efficacement la situation sur le long terme, mais il n'a pas assez de moyens matériels et d'hommes pour lutter contre von Bülow. Le 2 octobre, les combats font rage au nord d'Arras vers Lens et Béthune. L'objectif du commandement allemand est d'empêcher la remontée des troupes françaises vers le nord avec l'arrivée de nouveaux renforts[60].

Le 3 et le 4 octobre, le 10e corps d'armée de Castelnau subit plusieurs échecs en Artois. Il prévoit de reporter ses troupes en arrière. Mais Joffre lui ordonne d'aller de l'avant, car sinon cela « donnerait l'impression d'une défaite ». Le corps est bombardé dans les faubourgs d'Arras. Joffre préconise aux commandants français qu'ils doivent veiller à ce que l'inviolabilité du front soit maintenue. Il télégraphie aux généraux d'armée :

« Fortifiez-vous le plus possible sur tout votre front. Agissez avec le maximum d'énergie. Nous étudions les moyens de vous amener des renforts. »

— J. Joffre, octobre 1914[61]

Le commandant en chef envoie des renforts, surtout des troupes anglaises et belges dans les Flandres. Les Belges ont pu quitter Anvers après un mois de siège en évitant l'encerclement. rejoignant la côte avec le concours d'une unité française, les fusiliers marins de l'amiral Ronarc'h. Le roi Albert Ier déclare même qu'il est prêt à recevoir les instructions de Joffre. L'objectif est d'aider les Belges à se maintenir sur l'Yser afin d'empêcher toute offensive allemande contre Dunkerque et Calais. Au début de novembre 1914, la sécurité de l'armée française dans le Nord est consolidée surtout avec l'arrivée de la 42e division puis du 9e corps d'armée.

La bataille des Flandres (mi-octobre – mi-novembre 1914)[modifier | modifier le code]

L'État-Major allemand ordonne la prise de Calais. Les alliés Français, Anglais et Belges mettent tout en œuvre pour défendre la région. C'est le début de la guerre de tranchées. Les Belges tendent des inondations en ouvrant les vannes qui protégeaient la plaine de Flandre de la mer. Les premières lignes d'assaut allemandes s'enlisent et reculent en catastrophe, on se bat pour des îlots de boue, des positions sont disputées pendant des jours et des jours, des villages sont ravagés et, à Ypres, les Anglais prennent, perdent et reprennent plusieurs fois la ville qui est ravagée. C'est le général d'Urbal qui commande les troupes françaises et son armée devient l'armée de Belgique. Au GQG, les généraux Belin et Berthelot, adjoints de Joffre, organisent admirablement les mouvements de troupes entre les divers points du front.

Finalement, l'Allemagne est vaincue dans les Flandres. La seule bataille d'Ypres lui coûte plus de 150 000 hommes. Dunkerque et Calais ne sont plus menacés. Après la victoire de la Marne, celle des Flandres popularise davantage le général Joffre[61]. Mais la guerre n'est pas finie.

Nouvelles offensives : Artois et Champagne[modifier | modifier le code]

« Le silencieux : Joffre
Il ne dit rien mais chacun l'entend. »
Dessin de Charles Léandre paru dans
Le Rire Rouge du 19 décembre 1914.

La stratégie du général Joffre[modifier | modifier le code]

À partir de l'hiver 1914-1915, le front occidental se stabilise de la mer du Nord à Belfort sur près de 750 km. Le conflit a déjà occasionné la perte de 850 000 hommes aux différents belligérants, que ce soit en morts, disparus, blessés ou prisonniers. Depuis l'épisode de la Marne, Erich von Falkenhayn remplace von Moltke à la tête de l’État-Major allemand et en novembre, les lignes allemandes sont en difficulté sur le front russe. Falkenhayn ordonne l'envoie de renforts sur le front oriental[62]. Joffre, qui a connaissance de ce transfert, veut une percée sur le front ouest pour déstabiliser l'ennemi. Le 8 décembre 1914, il met au point deux offensives principales : en Artois et en Champagne ; les opérations seront exécutées par la 4e armée de Langle de Cary et la 10e armée de Maud'huy. En prévision, le généralissime garde à sa disposition deux divisions à Compiègne, une à Soissons, une autre à Bar-le-Duc et enfin les divisions du Gouvernement militaire de Paris. Pour Joffre, il « les grignote » et encore une fois l'année 1915 est marquée par la volonté d'obtenir la « rupture »[63].

Il prévoit également des offensives secondaires en Flandres, en Argonne et en Meuse. Le but est de détourner l'adversaire des zones principales d'attaque d'Artois et de Champagne. Il s'agit principalement des Flandres et de La Boisselle, respectivement confiées à la 8e armée du général d'Urbal et à la 2e armée du général Castelnau. Enfin, le dernier dispositif de Joffre réside dans la présence de deux armées défensives : la 6e armée de Maunoury et la 5e armée de Franchet d'Esperey dans l'Aisne et à Reims[63].

L'opération en Artois (17 décembre 1914 - 15 janvier 1915)[modifier | modifier le code]

L'offensive artésienne a pour but de « libérer définitivement le territoire national envahi »[28].

Le général Maud'huy, qui est installé à Cambligneul, lance l'attaque le 17 décembre 1914. Ses objectifs sont Vimy et la route Arras-Souchez. Pour désorienter l'ennemi, on commence l'offensive sur La Bassée. Le général Foch, le commandant du groupe du Nord, arrive le 17 pour prendre les opérations en main. Le 21, il lance une attaque sur Carency, mais le terrain se révèle très difficile, les tranchées sont inondées, les hommes épuisés et les fusils enrayés : les pertes françaises sont lourdes. Finalement, l'artillerie française tient tête aux attaques allemandes. Après de nouvelles attaques meurtrières et inutiles, le général Joffre décide de limiter l'action de la 10e armée à des entreprises ponctuelles et de mettre au repos les troupes le 15 janvier 1915[64].

Il est à noter que cette opération artésienne n'est mentionnée ni dans les Mémoires de Joffre ni ceux de son adjoint Foch. Pour le général Fayolle : « Ce projet me paraît stupide, insensé[28]. »

Les opérations en Champagne (20 décembre 1914 - 9 janvier 1915)[modifier | modifier le code]

Joseph-Félix Bouchor : Le général Joseph Joffre en 1915 (musée Carnavalet)

D'après le dispositif de Joffre, la 4e armée du général Langle de Cary est couverte à droite par celle du général Sarrail entre l'Argonne et la Meuse. Le Ier corps colonial est le premier à s'élancer le 20 décembre. Il repousse une contre-attaque ennemie, mais les pertes sont lourdes.

Dès le 22, on se contente d'organiser le terrain conquis et de repousser les contre-attaques allemandes. Le 24 suivant, la 33e division prend des positions importantes de la région. Pourtant, le 25, le commandant des opérations modifie son plan et ordonne une poussée vers l'est (Perthes-Massiges). Le 30 décembre, il n'y a plus de progression possible, le temps est exécrable et le GQG n'envoie pas assez de munitions. Au total 5 256 soldats ont été tués et la ligne est remontée de deux kilomètres vers le nord[65].

Les offensives secondaires (Flandres et La Boisselle)[modifier | modifier le code]

En Flandre, Joffre préconise l'attaque à d'Urbal lorsque l'artillerie sera prête. Néanmoins, les Anglais sont tellement impatients que l'attaque est lancée le 14 décembre 1914. Les résultats se révèlent rapidement insuffisants. Le 17, le 20e corps s'empare de 500 m2 de tranchées mais ailleurs, l'ennemi semble invincible. Le terrain est tellement impraticable que Joffre propose au commandant d'adopter la défensive lorsque c'est nécessaire.
Plus au sud, à La Boisselle, Castelnau ordonne l'attaque le 17 décembre sans même lancer l'artillerie. La contre-attaque allemande est meurtrière, les pertes sont lourdes et les gains faibles. Castelnau suspend l'offensive jusqu'au 24. Ce jour, le 118e Régiment prend en partie La Boisselle malgré une violente attaque allemande et garde ses positions[65].

En Argonne, le général Dubail dirige la 1re et la 3e armée. Du 7 au 12 décembre, l'offensive ne rencontre aucun obstacle et s'empare des tranchées ennemies. Mais une contre-attaque provoque 250 morts. Le 13, le terrain est également impraticable dans la Woëvre ; comme ailleurs aucune offensive n'est possible. Le 20, l'infanterie prend avec beaucoup de difficultés Boureuilles, mais menacée d'enveloppement, elle doit se retirer. Globalement, les opérations sont un échec[65].

Enfin, les armées défensives subissent elles aussi de graves revers. Dans l'Aisne, la 6e armée de Maunoury attaque le plateau de Loges, mais elle subit de lourdes pertes (1 600 morts). À Reims, les hommes de Franchet d'Esperey doivent maintenir les forces allemandes pour soulager la 4e armée française mais aucune offensive ne réussit[65].

En Artois comme en Champagne, les offensives sont stériles, aucune avancée marquante en cet hiver 1914-1915. Joffre persiste, le plan est maintenu pour le printemps 1915.

Joffre et l’opinion publique[modifier | modifier le code]

Le Grand Quartier Général (GQG) de Joffre (au 22 mars 1915)
Fonction Responsable Durée
Commandant en chef des opérations Gal Joseph Joffre 2 août 1914 - 26 décembre 1916
Commandant en chef adjoint des opérations Gal Ferdinand Foch 4 octobre 1914 - 13 juin 1915
Major général Gal Maurice Pellé 22 mars 1915 - 20 décembre 1916
1er aide major général Gal Alphonse-Pierre Nudant 22 mars 1915 - 23 juin 1915
2e aide major général Gal Frédéric Hellot 22 mars 1915 - 23 juin 1915
3e aide major général et responsable de l’arrière Cel Camille Ragueneau 30 novembre 1914 - 4 mai 1917

L’organisation sur le terrain du général Joffre (au 22 mars 1915)[modifier | modifier le code]

Armée française Commandant en chef Secteur Durée
1re armée Gal Pierre Auguste Roques Vosges 5 janvier 1915 - 25 mars 1916
2e armée Gal Édouard de Castelnau Lorraine orientale 2 août 1914 - 21 juin 1915
3e armée Gal Maurice Sarrail Lorraine occidentale 30 août 1914 - 22 juillet 1915
4e armée Gal Fernand de Langle de Cary Aisne-Ardennes 2 août 1914 - 11 décembre 1915
5e armée Gal Louis Franchet d'Esperey Ardennes-Belgique 3 septembre 1914 - 31 mars 1916
6e armée Gal Pierre Dubois Autour de Paris 13 mars 1915 - 26 février 1916
7e armée Gal Henri Putz  ? 7 septembre 1914 - 2 avril 1915
Détachement armée de Lorraine Gal Georges Humbert Lorraine occidentale 9 mars 1915 - 24 juillet 1915
10e armée Gal Louis de Maud'huy Artois 1er octobre 1914 - 2 avril 1915
Armée de Paris Gal Joseph Gallieni Paris 26 août 1914 - 29 octobre 1915

Au 1er janvier 1915, Joffre a, de nouveau, limogé de nombreux généraux. Depuis le début de la guerre on en est à 162 dans la zone des armées (dont 3 commandants d'armée, 24 de corps d'armée, 71 de division, etc.). Les raisons sont multiples : soit le commandant a échoué dans sa mission, soit il est incapable d'assumer ses fonctions, soit encore il fait partie des nombreux officiers généraux républicains placés par le général Louis André lorsqu'il était ministre de la Guerre (1900-1902), au cours d'une époque très anticléricale[34].

En ce début d'année 1915, la situation militaire est nouvelle : les deux armées sont bloquées face-à-face ; aucune manœuvre n'est possible. Les généraux sont formés à l'attaque mobile, aux manœuvres mais pas à une guerre de tranchées. Joffre qui dispose désormais de 2 250 000 hommes, de 286 000 Britanniques et de 110 000 Belges ordonne la reprise de l'offensive pour percer le front allemand et revenir à une guerre mobile comme au début du conflit[66]. Certains de ses subordonnés, tel le général Gallieni, proposent plutôt la défensive, plus appropriée à ce type de conflit. Le lieutenant-colonel Messimy, ancien ministre de la Guerre (1911-1912) devenu chef de corps sur le front, écrit :

« Ces offensives prises partout au hasard, sans idée d'ensemble, sans plan stratégique ! »

— A.-M. Messimy, janvier 1915

Joffre n'en démord pas. Il est hanté à l'idée d'une défaite russe sur le front oriental. Pourtant, malgré des moyens énormes en Champagne, la 4e armée essuie échec sur échec. La percée est ratée en décembre, de nouveau en janvier, de nouveau en mars. Les pertes françaises sont au total de 92 000 morts. En mai, Foch conduit en vain la deuxième offensive artésienne avec sept corps d'armée, 780 pièces d'artillerie légère, 213 d'artillerie lourde et plusieurs escadrilles aériennes.

La troisième offensive de Champagne (24-29 septembre 1915)[modifier | modifier le code]

En Artois, une nouvelle offensive est lancée le 9 septembre 1915 entre Loos-en-Gohelle et Arras contre la VIe armée du prince Rupprecht. Malgré l'aide des Anglais, les violentes offensives françaises restent stériles : deux semaines plus tard, à peine 600 mètres de terrain sont conquis. Le 16 juin, une dernière offensive généralisée est lancée, mais les soldats sont épuisés et les pertes sont une nouvelle fois énormes : au total, 2 260 officiers et 100 300 soldats y laissent la vie. Joffre ordonne la suspension de l'offensive. Le commandant en chef est sévèrement critiqué à Paris.

Après l'échec en Artois, zone trop « étroite », Joffre veut concentrer ses attaques sur la Champagne qui semblerait être le secteur de prédilection de l'armée française. On se bat également en Argonne, où la 3e armée de Sarrail prête main forte sur l'aile droite de la 4e armée. Ici aussi, une seconde fois, les combats sont sanglants. Le 24 septembre, Joffre donne à lire une déclaration à tous les soldats :

« Soldats de la République ! Après des mois d'attente qui nous ont permis d'augmenter nos forces et nos ressources, tandis que l'adversaire usait les siennes, l'heure est venue d'attaquer pour vaincre et pour ajouter de nouvelles pages de gloire à celles de la Marne et des Flandres, des Vosges et d'Arras. Derrière l'ouragan de fer et de feu déchaîné grâce au labeur des usines de France, où vos frères ont nuit et jour travaillé pour vous, vous irez à l'assaut tous ensemble, sur tout le front, en étroite union avec les armées des Alliés. Votre élan sera irrésistible. Il vous portera d'un premier effort jusqu'aux batteries de l'adversaire au-delà des lignes fortifiées qu'il nous oppose. Vous ne lui laisserez ni trêve ni repos jusqu'à l'achèvement de la victoire. Allez-y de plein cœur pour la délivrance du sol de la patrie, pour le triomphe du droit et de la liberté. Joffre. »

— J. Joffre, 24 septembre 1915[67]

L'attaque est lancée le 24 à h 45. Les soldats portent le nouvel uniforme bleu horizon et un casque. Joffre a nommé le général Castelnau responsable de la manœuvre. Ce dernier dirige la 2e armée du général Pétain et la 4e de Langle de Cary. Pétain commence par lancer le corps colonial, mais les réserves arrivent avec du retard. Les pertes sont lourdes. Langle de Cary attaque à gauche, mais la situation est encore pire. Le 27, la situation n'a progressé que de quelques mètres. Pétain suspend l'attaque. Castelnau la relance le 28 mais l'élan est brisé par les gaz asphyxiants. Pris d'urgence, Castelnau doit abandonner l'offensive le 29. Les munitions manquent toujours terriblement :

« En définitive, la lutte sur le front franco-anglo-belge pendant l'année 1915 apparaît comme une course entre notre matériel offensif chaque jour grandissant, et les organisations défensives allemandes de jour en jour plus solides[68]. »

Les opérations en Orient (mars - octobre 1915)[modifier | modifier le code]

En février 1915, le président de la République Raymond Poincaré, déçu des échecs à répétition, propose une percée ailleurs qu'en France, en Serbie par exemple. Joffre y est catégoriquement opposé et menace de démissionner. Poincaré cède. Pourtant l'aventure des Dardanelles revient sur le tapis et c'est Winston Churchill qui en est l'artisan. Il prévoit de rétablir la liaison avec la Russie, de porter un coup contre l'Autriche-Hongrie, d'influencer les Balkans et l'Italie et enfin d'installer l'Angleterre sur les détroits. Joffre ainsi que French et Wilson ne sont pas du même avis. La mission a néanmoins lieu le 18 mars. C'est un échec sanglant pour les Alliés et l'Angleterre : 20 000 tués sur les 28 000 soldats britanniques partis au front[69].

À la suite de nombreux échecs en Argonne et aux rapports houleux entre les deux hommes, Joffre retire à Sarrail le commandement de 3e armée. Il est accusé de dissimuler ses erreurs de manœuvre et de ne pas avoir fortifié suffisamment les forteresses dont il avait la charge ; il est remplacé par le général Humbert. Sarrail traite Joffre de « dictateur en puissance »[70]. Cependant, l'ancien commandant a de nombreuses relations au Parlement : on lui propose l'armée de Lorraine ; mais Joffre refuse. Commence une furieuse campagne contre le commandant en chef : Clemenceau, Viviani, Lyautey, Doumer, Painlevé lui sont hostiles. En août 1915, Sarrail accepte de prendre le commandement de l'armée d'Orient dont l'objectif est d'entrer à Salonique. L'opération échoue dès novembre. Le 16 janvier 1916, Joffre est contraint de confier à Sarrail le commandement des troupes interalliées de Macédoine.

Le généralissime reste optimiste et rassure le ministre :

« Nous devons avoir la conviction que, en augmentant nos ressources en munitions, en perfectionnant notre organisation matérielle, en donnant plus d'ampleur encore à nos attaques, nous parviendrons à briser les lignes allemandes que nos dernières opérations ont réussi à entamer si largement. Contraints de lutter sur deux fronts, nos adversaires ne pourront pas se constituer des disponibilités aussi fortes que les nôtres, tant que nous n'aurons de notre côté qu'un front à alimenter. »

— J. Joffre, 3 octobre 1915[71]

Verdun et la Somme : l’épuisement du chef[modifier | modifier le code]

Le général français Joffre et les généraux britanniques Haig et French sur le front occidental 1914-1915.

La préparation de 1916 : une nouvelle année offensive[modifier | modifier le code]

Les conférences de Calais et de Chantilly (décembre 1915)[modifier | modifier le code]

Les principaux chefs alliés se réunissent d'abord à Calais sous la direction du président du Conseil Aristide Briand. La France prévoit l'envoi de renforts à l'armée d'Orient à Salonique, mais la Grande-Bretagne déclare qu'elle retire ses troupes avant de revenir sur ses positions. Il est aussi décidé d'évacuer la zone des Dardanelles où au total, 225 000 Britanniques et 40 000 Français ont péri pour rien. Enfin le général Joffre souligne qu'à son goût, la coopération interalliée est nettement insuffisante et il réclame une aide majeure dans la guerre économique[72].

Les jours suivants, ces mêmes chefs se retrouvent à Chantilly pour superviser les plans militaires de l'année à venir. Joffre défend le projet d'une nouvelle offensive — décisive — sur la Somme. Depuis quelques jours, il a une autorité plus importante. Il dirige désormais l'opération de Salonique, il a été nommé commandant de tous les fronts français et il se proclame chef interallié[72].

La tactique de Joffre[modifier | modifier le code]

Une nouvelle fois, le président Poincaré met en garde Joffre sur les offensives à venir. Il serait selon lui plus sage de lancer des attaques sûres et non plus au hasard. Car au 1er janvier 1916, les pertes françaises depuis le début de la guerre sont de 600 000 hommes. L'opinion continue de gronder. Le général Joffre se défend : sans offensive, Falkenhayn en aurait déjà fini avec les Russes ; on ne peut laisser la France immobile et être envahie ; durant l'offensive de Champagne, les Allemands étaient prêts à lâcher. Foch a la responsabilité de préparer une vaste offensive dans la Somme au moyen de trois armées durant l'été 1916[73].

Sur les conseils des généraux Pétain, Fayolle et Maud'huy, le généralissime tire les leçons des échecs de 1915 et présente une nouvelle tactique d'attaque. Il faut profiter de la guerre immobile pour reprendre son souffle, dit-il. Désormais on va chercher « l'usure de l'ennemi » ; une attaque frontale le déstabilisera, l'artillerie lourde attaquera ses points faibles. D'autre part, on établit également « la décision » : l'effort n'interviendra que si l'usure semble suffisante. Ces nouveautés entraînent une réorganisation totale de l'artillerie à l'échelle de la France. Trois centres de formation pour officiers ouvrent même leurs portes à Châlons, Amiens et Toul. En un an, la production de canons lourds est passée de 740 à plus de 2 000 et celle d'obus de 4 000 à 11 000 par jour. Joffre reconnaît ses erreurs et ne souhaite plus les réitérer[73].

La bataille de Verdun : le début de la fin pour Joffre[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille de Verdun (1916).
Le Grand Quartier Général (GQG) de Joffre (au 1er février 1916)
Fonction Responsable Durée
Commandant en chef des opérations Gal Joseph Joffre 2 août 1914 - 26 décembre 1916
Major général Gal Maurice Pellé 22 mars 1915 - 20 décembre 1916
1er aide major général Cel Louis Poindron 22 janvier 1916 - 21 janvier 1918
2e aide major général Cel Henri Claudel 22 janvier 1916 - 2 mai 1917
3e aide major général et responsable de l'arrière Cel Camille Ragueneau 30 novembre 1914 - 4 mai 1917

L’organisation sur le terrain du général Joffre (au 1er février 1916)[modifier | modifier le code]

Armée française Commandant en chef Durée
1re armée Gal Pierre Auguste Roques 5 janvier 1915 - 25 mars 1916
2e armée Gal Philippe Pétain 21 juin 1915 - 1er mai 1916
3e armée Gal Georges Humbert 22 juillet 1915 - 15 octobre 1918
4e armée Gal Henri Gouraud 11 décembre 1915 - 14 décembre 1916
5e armée Gal Louis Franchet d'Esperey 3 septembre 1914 - 31 mars 1916
6e armée Gal Pierre Dubois 13 mars 1915 - 26 février 1916
7e armée Gal Étienne de Villaret 3 novembre 1915 - 19 décembre 1916
Détachement Armée de Lorraine Gal Céleste Deprez 5 novembre 1915 - 31 décembre 1916
10e armée Gal Victor d'Urbal 2 avril 1915 - 4 avril 1916
Armée de Paris Gal Michel Maunoury 5 novembre 1915 - 6 avril 1916
Armée d'Orient Gal Maurice Sarrail 3 octobre 1915 - 11 août 1916

Le 15 décembre 1915, le général Gallieni met en garde Joffre :

« Toute rupture du fait de l'ennemi survenant dans ces conditions engagerait non seulement votre responsabilité mais celle du gouvernement ! »

— J. Gallieni, 15 décembre 1915

Le généralissime trouve scandaleux que de telles craintes circulent sans son consentement[74]. Le 5 août 1915, le GQG avait trouvé nécessaire de désarmer en partie les forts de la Meuse pour y transférer les canons sur la Somme. Il ne manque pas de rappeler à Gallieni qu'il a, lui seul, la conduite des opérations. À ceux qui trouvent cela risqué il répond : « Mais non ! Les Allemands n'attaqueront pas dans ce secteur ! ». Le lieutenant-colonel Émile Driant, député et commandant des 56e et 59e bataillons de chasseurs à pied, est l'un de ceux qui sont réputés alarmistes : Joffre menace de le déférer en Cour martiale[75].

De son côté, Falkenhayn se rend compte que la situation est critique pour l'Allemagne, dans les domaines militaire comme économique : il faut « saigner » l'ennemi à tout prix. Dans un premier temps, il choisit Belfort, puis redoutant la réaction helvétique, il se concentre sur Verdun. C'est une place forte stratégique française mais qui manque de communications : il sait qu'une partie du chemin de fer est de l'autre côté du front, les renforts français n'arriveront que par une petite voie au compte-gouttes. En parallèle, la 2e armée s'engagera en Champagne et la 3e sur la Somme. L'attaque est lancée le 21 février 1916[75].

Joffre et Foch, très occupés à la préparation de l'offensive sur la Somme, sont totalement pris au dépourvu. Les Allemands bombardent Verdun sans arrêt pendant trois semaines. Le fort de Douaumont est pris le 23 février et en quelques jours, les pertes françaises sont hallucinantes : 25 000 soldats hors de combat, 150 pièces d'artillerie détruites, une bande de 7 km perdue. Pourtant les Poilus tiennent le coup. À son tour, le fort de Brabant est pris le 24 et le général Herr, responsable de la région fortifiée, est débordé. Le général De Langle de Cary, qui commande le groupe d'armées du Centre, ordonne le repli sur la rive gauche de la Meuse. Le généralissime reste calme et ordonne fermement de ne pas abandonner la rive droite de la rivière[75].

Joffre nomme le général Pétain commandant de la défense de Verdun et il envoie Castelnau sur place pour diriger les opérations. Dès le 27 février, Pétain organise ses forces afin de prendre en tenaille l'avance allemande ; le lendemain, la 3e armée du général Humbert est même placée sous son commandement direct. Le général en chef télégraphie à Pétain :

« Tout chef qui dans les circonstances actuelles donnera un ordre de retraite sera traduit devant un Conseil de guerre ! »

— J. Joffre, février 1916[76]

Enfin il ordonne à Pétain une contre-offensive et à Dubail une attaque par le flanc sud. Le 1er mars, Pétain frappe avec 660 pièces d'artillerie lourde. La Voie sacrée permet l'acheminement de 23 000 tonnes de munitions et de 190 000 soldats. Le 6, nouvel assaut de Falkenhayn qui provoque de grosses pertes côté français. Joffre est critiqué au Parlement. Gallieni, ministre de la Guerre entre en conflit avec le généralissime et évoque publiquement les erreurs commises à Verdun. Pourtant Briand ne le suit pas et il doit démissionner. Le général Roques, un ami personnel de Joffre, le remplace. Le haut commandement allemand échoue, ses attaques sur la rive droite de la Meuse sont endiguées et ne donnent pas de meilleurs résultats sur la gauche. Pétain s'exclame : « Courage, on les aura ! » Le 11 mars Joffre écrit à ses soldats :

« Soldats de l'armée de Verdun ! Depuis trois semaines, vous subissez le plus formidable assaut que l'ennemi ait tenté contre vous. L'Allemagne escomptait le succès de cet effort qu'elle croyait irrésistible et auquel elle avait consacré ses meilleures troupes et sa plus puissante artillerie. Elle espérait que la prise de Verdun raffermirait le courage de ses alliés et convaincrait les pays neutres de la supériorité allemande. Elle avait compté sans vous ! Nuit et jour, malgré un bombardement sans précédent, vous avez résisté à toutes les attaques et maintenu vos positions. La lutte n'est pas encore terminée, car les Allemands ont besoin d'une victoire. Vous saurez la leur arracher. Nous avons des munitions en abondance et de nombreuses réserves. Mais vous avez surtout un indomptable courage et votre foi dans les destinées de la République. Le pays a les yeux sur vous. Vous serez de ceux dont on dira : « Ils ont barré aux Allemands la route de Verdun ». J. Joffre »

— J. Joffre, 11 mars 1916[77]

Au mois de juillet 1916, Joffre trouve Pétain finalement trop défensif et il décide de le remplacer par le général Robert Nivelle. Le 15 juillet, le général Mangin lance sa 37e division et approche de Douaumont. Globalement chacun reste sur ses positions. Le 13 septembre, le généralissime se rend à Verdun pour planifier avec Nivelle et Mangin une nouvelle attaque. L'assaut est donné le 24 octobre, tout se passe comme prévu. On progresse de trois kilomètres et le 2 novembre, le général Mangin parvient à reprendre le fort de Vaux. Joffre est ébloui : « Magnifique, incomparable Mangin ! » Le 15 décembre, huit divisions reprennent le haut de la Meuse et 25 000 Allemands sont mis hors de combat. La bataille de Verdun est terminée[78].

L’offensive sur la Somme[modifier | modifier le code]

Le général et sa signature, 1917.

Les plans ont été mis au point par les généraux Foch, Joffre et Haig. Il faut attaquer sur les deux rives. Joffre est irrité par les renforts toujours croissants demandés par Pétain à Verdun. Foch qui voulait 42 divisions et 1 700 pièces d'artillerie lourde aura finalement 22 divisions et 540 pièces. Bien entendu, en terrain découvert, la préparation n'échappe pas au haut commandement allemand. Foch envisage deux attaques : une « à cheval » sur la Somme pour appuyer une offensive britannique. Le général Fayolle rappelle qu'il faut mener un assaut organisé et conduit d'objectif en objectif, précédé d'une préparation de l'artillerie lourde. Le généralissime abandonne définitivement l'offensive à outrance[79].

Le 1er juillet, l'attaque est lancée à l'aube. La 6e armée de Foch avance de dix kilomètres et fait 8 000 prisonniers, en revanche les Britanniques peinent à franchir les premières positions allemandes. Le général Haig ordonne leur repli ce qui rend Joffre furieux : « Vous attaquerez ! Je le veux ! » crie-t-il[80]. Finalement, les Anglais sont renvoyés sur le front et Falkenhayn doit transférer des batteries de Verdun à la Somme. Le 15 juillet, les chars blindés sont utilisés. En août 1916, Joffre écrit à ses soldats :

« Le moment approche où sous la poussée commune s'effondrera la puissance militaire allemande. Soldats de France, vous pouvez être fiers de l'œuvre que vous avez accomplie déjà. Vous êtes décidés à l'accomplir jusqu'au bout ; la victoire est certaine. »

— J. Joffre, août 1916 [80]

Rapidement un conflit naît entre les commandements français et britannique. Haig se décharge des ordres de Joffre. Le généralissime lui demande de se reprendre, en vain. La grande bataille prévue n'aura pas lieu. Dès septembre, les combats ralentissent et le mois suivant, la bataille est quasiment terminée. Joffre et Foch sont déçus, ils ont aéré Verdun, ils ont saigné les Allemands (Falkenhayn est remplacé par Paul von Hindenburg), mais ils n'ont pas brisé l'énergie ennemie. Les Britanniques estiment que le coût est encore une fois lourd pour de faibles résultats : 140 000 morts et 210 000 blessés. Durant le mois d'octobre, les armées françaises combattent seules, mais sans Londres rien n'est possible[81].

Bien qu'en certains endroits le front ait progressé d'une dizaine de kilomètres à l'avantage des Alliés, l'enlisement de la Somme reste globalement un échec, tout comme Verdun, une victoire « amère ». À l'est, les Roumains déclarent la guerre aux Empires centraux et Joffre leur envoie le général Berthelot. Cependant, la Roumanie est rapidement écrasée. À Salonique, l'armée de Sarrail ne donne aucun résultat. À Verdun, les Allemands recadenassent la ville. On estime le bilan des batailles : au moins 170 000 Français morts à Verdun, 216 000 blessés et autant, sur la Somme. Joffre est sérieusement critiqué[82].

De la disgrâce à la fin de la guerre[modifier | modifier le code]

Maréchal de France malgré lui[modifier | modifier le code]

Joffre impute à Pétain le défaitisme ambiant qui règne à Paris à la suite des résultats des batailles de 1916. Selon lui, ce ne serait pas Pétain le « sauveur de Verdun » ; pour lui c'est Nivelle le véritable génie. Dans tous les cas, l'opinion est sérieusement remontée contre le généralissime et dès le mois de juin, le Parlement s'est réuni secrètement afin d'envisager la réorganisation du haut commandement français. Joffre répond :

« Je ne me laisserai pas tirer dans les pattes. Soit ! Ces messieurs iront où ils voudront, mais flanqués d'officiers de mon État-Major. Je ne puis admettre qu'ils aillent se fournir d'arguments contre mon commandement auprès de certains de mes subordonnés[83]. »

Le généralissime est aussi en conflit avec Londres. Les Britanniques lui rappellent que, étant donné leur poids dans l'armée alliée, ils pourraient très bien prendre la tête du commandement interallié. L'organisateur de la Somme, le général Foch, est sujet à une vive polémique. Le ministre de la Guerre, le général Roques, dit de lui qu'il est trop vieux et le député Augagneur affirme qu'il sacrifie ses troupes. Enfin, le Parlement fait remarquer à Joffre qu'il n'a pas donné tous les moyens nécessaires à l'armée d'Orient de Sarrail[83].

Le président du Conseil, Aristide Briand, propose de confier au général Nivelle, un proche de Poincaré, le commandement en chef des armées et de conférer à Joffre le titre honorifique de général en chef des armées françaises, comme conseiller technique du gouvernement. Le généralissime comprend qu'on veuille le mettre dans l'ombre, mais pour lui seul Foch peut lui succéder. Le 7 décembre 1916, Briand annonce à la Chambre (Assemblée nationale), que le GQG va être réorganisé prochainement. Joffre et Foch sont remplacés. Une véritable intrigue se met en place, orchestrée par Poincaré et Briand[83].

Au même moment, le Président du Conseil contacte le général Lyautey (gouverneur du Maroc) pour lui proposer le ministère de la Guerre. Véritable ennemi de Joffre, Lyautey n'accepte pas que ce dernier soit nommé conseiller au sein du ministère de la Guerre. Le 26 décembre, Briand informe Joffre qu'il doit renoncer à toute fonction au gouvernement. L'ancien généralissime doit s'incliner. En échange, il est fait maréchal de France ; le dernier à avoir reçu cette distinction était le maréchal Edmond Le Bœuf élevé au maréchalat en 1870. Ce titre honorifique lui est conféré pour éviter tout scandale politique.

Mission aux États-Unis[modifier | modifier le code]

À la suite de la déclaration de guerre du Congrès américain à l'Allemagne, le ministre de la Guerre Alexandre Ribot propose à Joffre de prêter « son inégalable prestige » et d'accompagner Viviani aux États-Unis. Après avoir hésité, Joffre accepte. En effet, n'ayant pas d'ennemis et n'étant plus en guerre depuis la fin de la guerre de Sécession, les Américains n'ont qu'une armée balbutiante de 120 000 hommes. L'objectif donné à Joffre est de convaincre le président Woodrow Wilson et de préparer son armée à la guerre. La mission embarque à bord du Lorraine II le 15 avril à Brest[84].

Joffre aux États-Unis, 1916.

Au bout de neuf jours de mer, la mission arrive à New York le 24 avril. L'amiral Mayo, chef de la flotte américaine de l'Atlantique s'exclame : « Sir, votre présence ici est le plus grand honneur qui puisse être rendu à mon pays ! » Dans les rues, la foule crie « Joffre ! Joffre ! » L'homme est accueilli en héros national. Tous les journaux américains rendent hommage au « vainqueur de la Marne » et on va jusqu'à le comparer à La Fayette. Joffre donne une conférence à l'École de guerre sur la situation militaire de l'Europe : il demande les moyens les plus rapides pour une intervention américaine. À Mount Vernon, il dépose sur la tombe de George Washington la palme offerte aux soldats morts pour la patrie[83].

Enfin, il désire convaincre le président Wilson qu'il rencontre longuement. Avec lui, il passe en revue chaque détail du conflit : les effectifs français et allemands, l'organisation de l'armée américaine, le transport et le débarquement, l'organisation du commandement… Au ministère de la Guerre, on lui présente le commandant des forces américaines, le général John Pershing. Au total, dans un premier temps, une division composée de quatre régiments d'infanterie, de douze batteries de campagne et de six batteries lourdes s'embarquent début juin. Le 24 mai, le maréchal Joffre est de retour en France ; il est nommé inspecteur général des troupes américaines. Une nouvelle polémique émerge : contrairement à ce qui était prévu, c'est-à-dire que les Américains servent dans leur armée, le gouvernement Painlevé veut placer des paquets de soldats américains dans les armées franco-britanniques. Joffre refuse et énonce que la parole de la France aux États-Unis est en jeu. Le 13 juin, Pershing est accueilli par Joffre à Paris ; les deux officiers sont reçus triomphalement par les Parisiens[83].

Foch à la tête des Alliés[modifier | modifier le code]

Cependant, il y a toujours énormément de tensions entre les commandements français et anglais. Certains regrettent le départ de Joffre. En août 1917, Painlevé accuse le maréchal de vouloir prendre le pouvoir. Ailleurs en Europe, les Russes se décomposent définitivement et cherchent à signer la paix avec les Allemands, l'armée d'Orient est figée à Salonique et les Italiens sont écrasés à Caporetto (novembre 1917). Face à une situation politique intérieure et extérieure délicate, Poincaré décide de nommer, malgré lui, son rival Georges Clemenceau à la tête du Conseil des ministres[85].

Le maréchal n'a plus de rôle dans le commandement militaire français, mais on lui demande son avis sur le nom du futur commandant en chef : choisir entre Pétain le défensif et Foch l'offensif. Admirant les deux généraux, Joffre choisit Foch, car il estime que la France ne peut pas rester les bras croisés. Autre point important, le commandement unique. Depuis le départ de Joffre à la tête du commandement français, les Alliés franco-anglais ne parviennent pas à se mettre d'accord sur le sort de l'Europe ennemie : les empires ottoman et austro-hongrois, la Pologne et l'Allemagne. Le 8 janvier 1918, le président Wilson présente ses quatorze points[85].

En mars, la situation devient préoccupante avec la signature d'un traité de paix entre la Russie et l'Allemagne. Hindenburg peut désormais déplacer toutes ses troupes sur le front occidental : 192 divisions d'infanterie contre 172 chez des Alliés (France, Grande-Bretagne, Belgique, Portugal et États-Unis) sans commandement uni. Le 21 mars, Hindenburg et Ludendorff lancent une série d'offensives ; ils sont rapidement à Ham et Péronne. À Amiens, les Britanniques sont en déroute et Clemenceau pense quitter Paris. De son côté, Joffre supplie la présidence de faire nommer Foch généralissime[86]. Trois conférences se tiennent au cours de la fin mars : les Alliés ne se mettent pas d'accord et enfin lors d'une quatrième à Beauvais le 15 avril, le général Foch est nommé généralissime de toutes les armées alliées. Joffre lui écrit :

« Mon cher ami, j'ai appris avec satisfaction que l'on s'était enfin décidé à vous donner les pouvoirs de commandant en chef des armées alliées. Vous avez une tâche très lourde […]. Quelles que soient les difficultés de votre tâche, je suis persuadé que vous la mènerez à la bonne fin. Ce que vous avez fait sur l'Yser et dans les Flandres répond du succès de vos opérations actuelles. Tous mes vœux sont avec vous. Joffre »

— J. Joffre, 16 avril 1918[87]

En août-septembre 1918, Foch lance trois grandes offensives et deux mois plus tard les Allemands entament une retraite générale. L'armistice est signé le 11 novembre.

L’après-guerre : la seconde gloire du maréchal Joffre[modifier | modifier le code]

La statue du maréchal Joffre à Chantilly, lieu de son QG pendant la Grande Guerre (inaugurée en juin 1930).

Hommage de la France[modifier | modifier le code]

Clemenceau ne souhaite pas inviter Joffre parmi les personnalités présentes lors de l'entrée officielle des troupes françaises à Metz et Strasbourg. Mais Pétain parvient à le faire venir. Quelques mois plus tôt, le maréchal Joffre avait été élu à l’Académie française le 14 février 1918 au fauteuil de Jules Claretie. Cependant il est reçu, en uniforme de général, à la Coupole le 19 décembre et les présidents Wilson et Poincaré sont présents pour l'occasion. Dans son discours, il commence par faire l'éloge de l'Armée, de ses chefs, de Foch, des soldats français, des Alliés, des soldats britanniques, des soldats russes[88]… Voici son discours :

« Pour louer de tels soldats, les mots sont impuissants et seul mon cœur s'il pouvait laisser déborder l'admiration dont il est pénétré pour eux, traduirait l'émotion que j'éprouve… Je les ai vus, couverts de poussière et de boue, par tous les temps et par tous les secteurs […] toujours égaux à eux-mêmes, bons et accueillants, affectueux et gais, supportant les privations et les fatigues avec bonne humeur, faisant sans hésitation et toujours simplement, le sacrifice de leur vie […] »

— J. Joffre, 19 décembre 1918[89]

En février 1919, il retourne en cure dans le Roussillon à Amélie-les-Bains, puis à Rivesaltes, où le maire le reçoit officiellement. Il se recueille devant sa maison natale puis sur la tombe de ses parents. À Paris, le 14 juillet, la foule le réclame afin qu'il défile aux côtés du maréchal Foch à cheval, lors du défilé de la Victoire. Les deux militaires sont accueillis triomphalement. En octobre, c'est la ville de Perpignan qui lui rend hommage, il défile en voiture, la foule est là encore une fois. Le poète catalan Janicot lui écrit même un poème. Dans les autres villes de France, il préside des centaines de banquets d'anciens combattants, des meetings de veuves de guerre, des réunions de grands invalides de guerre, il inaugure des monuments aux morts.

Popularité internationale[modifier | modifier le code]

Maréchal Joffre en Roumanie

De retour à Paris en janvier 1920, il doit partir en Roumanie remettre la médaille militaire au roi Ferdinand Ier et la Croix de guerre à la ville de Bucarest. À cet occasion, un pâtissier roumain a créé un gâteau au chocolat qu'il nomme Joffre, en l'honneur du maréchal. Le maréchal représente aussi la France à Belgrade et à Lisbonne, où il inaugure le monument du Soldat inconnu portugais. Enfin, il se rend à Madrid où est remise la médaille militaire au roi Alphonse XIII. Il termine son périple par Barcelone, où il est pris en porte à faux lors de manifestations catalanes et anti-espagnoles : il doit écourter son séjour et part le 7 mai 1920[90].

Le 11 novembre 1921, il embarque sur le paquebot Porthos à Marseille. Joffre débarque d'abord aux États-Unis, où il a pour mission de renouer l'amitié franco-américaine. Début décembre, il accoste à Saïgon, puis visite les ruines d'Angkor et le 1er de l'an 1922, il arrive en Annam, où il revient à Ba-Dinh (là-même où il fit un siège en 1887, lorsqu'il était officier du génie en Extrême-Orient). Quelques jours plus tard, le maréchal entre à Hanoï, où il remet la Croix de grand officier de la Légion d'honneur au général Puypéroux. Il termine son tour du monde par le Japon, à Yokohama puis Tōkyō, où il rencontre le prince impérial Hirohito, et enfin la Chine à Pékin et Shanghai. Partout où il passe, la foule l'accueille triomphalement[91].

Fin de vie[modifier | modifier le code]

Le tombeau de Joffre à Louveciennes
Plaque commémorative à Louveciennes

Il rentre en France, au début de l'année 1922 pour terminer tranquillement une vie bien chargée, âgé de 70 ans. Joffre achète avec sa femme et sa fille une châtaigneraie à Louveciennes (à l'ouest de Paris), où il fait bâtir un bungalow – type colonial – précédé d'une façade aux colonnades blanches à la manière du Mount Vernon de Washington. En 1928, il termine ses Mémoires entamés huit ans auparavant, où il raconte ses responsabilités de 1910 à 1917 en deux tomes qui seront édités post mortem selon sa volonté. C'est à cette époque qu'il perd deux de ses amis : le maréchal Fayolle (27 août 1928) et le maréchal Foch (20 mars 1929)[92].

Le 21 juin 1930, le maréchal Joffre fait sa dernière apparition publique à l'occasion de l'inauguration de sa statue à Chantilly, où il a tenu son QG pendant la Grande Guerre. Il est très affaibli, car depuis plusieurs mois il a une artérite des membres inférieurs et peine à se déplacer. Le 19 décembre, d'atroces douleurs aux jambes l'emmènent à l'hôpital : les médecins, René Leriche et René Fontaine, doivent l'amputer de la jambe droite. Quelques jours plus tard il tombe dans le coma. Le 3 janvier 1931 à h 0, il aurait prononcé ces derniers mots : « J'ai beaucoup aimé ma femme » et « je n'ai jamais fait de mal à personne »[92], puis il s'éteint à h 23 à 78 ans à la clinique des frères Saint-Jean-de-Dieu au 19 rue Oudinot dans le 7e arrondissement de Paris[93].

Des obsèques nationales lui sont organisées le 7 janvier. Le service religieux est célébré en l'église Saint-Louis-des-Invalides à Paris, ainsi qu'en l'église Saint-Louis-des-Français de Rome et en l'église Saint-Polycarpe de Smyrne[94]. Quelques jours plus tard, le 11, le Parlement vote une loi déclarant que « Joseph Joffre, maréchal de France, a bien mérité de la Patrie. » Il repose dans un mausolée situé dans sa propriété de La Châtaigneraie à Louveciennes (Yvelines).

Un personnage controversé[modifier | modifier le code]

Le maréchal de France Joseph Joffre

Joseph Joffre est une personnalité controversée. De son vivant, certains le vénéraient, d'autres le détestaient. Au début du XXIe siècle, la Grande Guerre est à la mode dans l'historiographie internationale et le maréchal, longtemps oublié, revient sur le devant de la scène. Joffre est parfois vu comme « le vainqueur de la Marne », ou au contraire comme « le massacreur de 14 ». Son rôle réel dans la victoire de la Marne est très discuté. Durant la guerre et jusqu'à l'aube de la Seconde Guerre mondiale, les partisans de Gallieni affrontaient ceux de Joffre.

Le 28 septembre 2004, à l'occasion du 90e anniversaire de la victoire de la Marne, le ministre délégué aux Anciens combattants, Hamlaoui Mekachera, citant le général de Gaulle, rend hommage au maréchal Joffre au seuil de son tombeau à Louveciennes :

« [...] Si la guerre sanctionne impitoyablement les déficiences et les défaillances, elle ne ménage pas le succès à la valeur et à la vertu. Ce fut la fortune de la France que son armée, demeurée solide en dépit du revers initial, eût alors à sa tête un chef qui ne perdit point l'équilibre[95]. »

Joffre est avant tout un bâtisseur. Il exerce brillamment sa spécialité, le génie militaire, en particulier durant ses missions coloniales (Formose, Tonkin, Soudan français et Madagascar). En 1911, il accède aux plus hautes fonctions de l'Armée, principalement parce que personne ne le concurrence pour obtenir cette haute responsabilité. Il limite le retard de l'armée à l'entrée en guerre, mais il s'avère un général d'armée relativement médiocre. Aucun de ses plans d'attaque n'est une grande réussite, la victoire de la Marne étant due en grande partie à une grave erreur stratégique allemande. En août 1914, Joffre a près de 40 ans de retard en stratégie militaire sur des généraux comme Lanrezac ou Pétain[96]. Et contrairement à ces derniers, il n'a pas fait l'École de guerre.

Sa vision de la guerre est obsolète, il l'envisage comme tenante de l'offensive et héritière de l'épopée napoléonienne. Il ne perçoit pas les problèmes que rencontrent ses commandants d'armée : les troupes d'assaut, en raison de la lenteur de leur progression, s'avèrent incapables de provoquer la rupture tant attendue, alors que les réserves adverses arrivent beaucoup plus rapidement (chemin de fer et camion). À la suite des échecs cuisants que connaît son armée en août-septembre 1914, Joffre en vient même à douter de la « furie française »[97]. Il ne comprend pas pourquoi les combattants ne chargent pas comme on l'a toujours fait. Il méconnaît l'avantage de la défensive (tranchées, multiples lignes de défense, barbelés) sur l'offensive (exposition des fantassins à l'artillerie, absence de moyens d'assaut réellement efficaces jusqu'à l'arrivée des chars). Ne percevant pas les conséquences et les capacités nouvelles qu'offrent les dernières évolutions technologiques sur les champs de bataille, il en retourne la responsabilité sur les hommes de troupe.

Il est le responsable – de par sa position au sommet de la hiérarchie militaire – de centaines de milliers de morts causés par ses offensives aveugles, souvent critiquées en vain par certains de ses généraux, Fayolle et Foch entre autres. A contrario, il s'avère plutôt bon diplomate dans ses relations avec les Alliés britannique et surtout américain pendant la guerre mais également comme représentant de la France à l'étranger durant les années 1920. Son rôle dans la bataille de la Marne de septembre 1914, découle de sa fonction de commandant en chef des armées du Nord-Est à qui incombait la conduite stratégique de la guerre et la coordination avec l'armée anglaise. Il était le seul à pouvoir assumer l'arrêt de la retraite et à décider du jour de la contre-offensive, mais la tactique en elle-même relève naturellement de ses généraux d'armées : Maunoury, Gallieni, Franchet d'Esperey, Foch, de Langle de Carry, Sarrail, Castelnau et Dubail qui ont leur part dans cette victoire.

En outre, Joffre est le symbole de la promotion sociale au plus haut niveau de l'État. Au cours de sa vie, il a toujours su être au bon endroit au bon moment et prendre ses responsabilités : nomination au poste de chef d'État-Major (1911), bâton de maréchal reçu pour éviter tout scandale politique (1916). Pour l'anecdote, des admirateurs, après la bataille de la Marne, se référant à l'exemple napoléonien, firent une demande en Conseil d'État afin que lui soit attribué le titre de « duc de la Marne »[98]. Cette demande fut rejetée mais le Conseil d'État indiqua qu'il lui était possible de changer son nom en « Joffre de la Marne »[98]. Il n'en fit rien et préféra garder le nom sous lequel il était né.

Honneurs[modifier | modifier le code]

Les distinctions françaises[modifier | modifier le code]

Officier de la Légion d'honneur (26 décembre 1895)
Commandeur de la Légion d'honneur (11 juillet 1903)
Grand Officier de la Légion d'honneur (11 juillet 1909)
Grand-Croix de la Légion d'honneur (11 juillet 1914)

Les distinctions étrangères[modifier | modifier le code]

Hommages[modifier | modifier le code]

  • Son nom est donné à 2 établissements d'enseignement se trouvant dans une région chère à son coeur : Le collège Joffre de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales), son village natal, ainsi qu'au prestigieux lycée Joffre de Montpellier (Hérault), ancien Grand Lycée Impérial.
  • Une statue équestre à son effigie est inaugurée à Rivesaltes le 22 novembre 1931, en présence d'André Maginot, alors ministre de la Guerre[99].
  • Un bâtiment de l'École polytechnique, à Palaiseau, porte son nom.
  • Le parc de Charny porte son nom (Québec, Canada).
  • Un pont porte son nom à Orléans (Loiret, France).
  • Cité dans plusieurs albums de la bande dessinée Achille Talon.
  • Le Joffre est un jeu de cartes populaire dans Bellechasse (Québec, Canada).
  • Une ville malgache porte son nom Joffreville.
  • Une place d'Amiens porte son nom avec sa statue au milieu du rond-point.
  • Le prénom de Joffrette fut utilisé, particulièrement entre 1915 et 1918 en l'honneur du vainqueur de la Marne.
  • Il donne son nom à la promotion 2003-2006 du Lycée François-Arago de Perpignan dont il est issu.
  • De nombreuses voies urbaines portent son nom.
  • Un gâteau roumain porte son nom.
  • Son nom est donné à un paquebot des Messageries maritimes Maréchal Joffre (1933).
  • Une avenue porte son nom à Bruxelles.
  • Une rue porte son nom à Liège.
  • Une rue porte son nom à Rennes.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le plus haut grade à l'époque.
  2. Dossier personnel de Joseph Jacques Césaire Joffre aux Château de Vincennes. Légion d'Honneur, nº1368/55. Acte de naissance: Ville de Rivesaltes, extrait des registres de l'État-Civil.
  3. Conte 1991, p. 15
  4. Durant la même période, d'autres futurs maréchaux de France incorporent Polytechnique : Maunoury (1867), Foch (1871) ou encore Fayolle (1873).
  5. Émile Mayer, Trois Maréchaux, Joffre, Gallieni et Foch, Paris, Gallimard, 1928
  6. Conte 1991, p. 28-29
  7. a, b, c et d [PDF] Biographie de Joseph Joffre sur le site du ministère de la Défense français
  8. Conte 1991, p. 31-33
  9. Conte 1991, p. 53
  10. Conte 1991, p. 54
  11. Conte 1991, p. 56
  12. a et b Tymowski 2000, p. ??
  13. Conte 1991, p. 80
  14. (Conte 1991, p. 62)
  15. À Paris, certains membres du haut commandement et des parlementaires sont hostiles à la promotion de Joffre à Madagascar pour des raisons encore inconnues.
  16. A., op. cit., p. 68
  17. Conte 1991, p. 98
  18. Conte 1991, p. 102
  19. Conte 1991, p. 104
  20. Joffre doit imposer son charisme de chef militaire pour que les politiques acceptent l'entrée du général Castelnau qui connaît depuis quelques années de nombreuses hostilités dans le milieu politico-militaire pour ses tendances cléricale et nationaliste. Castelnau a notamment été écarté du commandement de l'Armée par le général André ministre de la Guerre en 1900-1902
  21. Conte 1991, p. 105
  22. Joffre 1932, p. 16
  23. Joffre 1932, p. 108
  24. Entre 1872 et 1913, le service militaire était de deux années pour chaque homme. L'objectif est de pallier la supériorité numérique des Allemands.
  25. Goya 2004, p. ??
  26. Les dividendes de l’Entente cordiale : les accords militaires franco-britanniques avant 1914 sur le site du service historique du ministère de la Défense français [lire en ligne]
  27. a et b Joffre 1932, p. 126
  28. a, b, c et d Collectif 2007, p. 87
  29. Collectif 2007, p. 85-86
  30. Collectif 2007, p. 120-121
  31. Conte 1991, p. 164
  32. Conte 1991, p. 126
  33. Conte 1991, p. 131
  34. a et b Conte 1991, p. 137
  35. . Une fois pour toutes et afin d'éviter d'alourdir le texte, les références précises à l'expérience combattante de Joffre font référence à Conte 1991
  36. Les opérations en Alsace, sur le site chtimiste.com [lire en ligne]
  37. Conte 1991, p. 143
  38. a, b et c Collectif 2007, p. 111-112
  39. Lanrezac, dès qu'il a appris, la pénétration des Allemands en Belgique, le 4 août, a compris qu'il allait avoir à faire avec une armée ennemie plus puissante et plus rapide que prévu. Il en informe le GQG, mais en vain.
  40. La bataille de Charleroi, sur site personnel [lire en ligne]
  41. Ferro 1969, p. 314
  42. Collectif 2007, p. 120
  43. Capitaine Georges Kimpflin, Le Premier Souffre, Paris, Perrin, 1920 (cité dans Fraenkel 2004, p. 136-137)
  44. Collectif 2007, p. 211
  45. a et b Conte 1991, p. 146
  46. Maunoury est sous les ordres du Gal Gallieni, gouverneur militaire de Paris.
  47. Conte 1991
  48. Isaac 1922, p. ??
  49. Conte 1991, p. 276. Joffre retire son commandement afin de maintenir de bonnes relations avec l'État-Major britannique qui n'apprécie guère le général Lanrezac.
  50. Conte 1991, p. 167
  51. a et b Collectif 2007, p. 214
  52. Joffre 1932, p. ??
  53. Conte 1991, p. 213
  54. a, b et c La Bataille de la Marne, sur le site chtimiste.com [lire en ligne]
  55. Fraenkel 2004, p. 165
  56. « Limoger », CNRTL (consulté le 5 juillet 2013)
  57. Rémy Cazals, Les mots de 14-18, Presses Universitaires du Mirail, 2003, p. 69 à l'article « Limoger ».
  58. Joffre, Service historique de Défense/DAA
  59. ? sur le site chtimiste.com [lire en ligne]
  60. a, b, c et d La Course à la mer, sur le site chtimiste.com [lire en ligne]
  61. a, b et c La bataille des Flandres, 1914, les troupes françaises, anglaises et belges commandées par Joffre et Foch repoussent une nouvelle offensive allemande. La victoire des Flandres complète celle de la Marne, sur site personnel [lire en ligne]
  62. Conte 1991, p. 256
  63. a et b Collectif 2007, p. 159
  64. Collectif 2007, p. 158-159
  65. a, b, c et d La Reprise de l’offensive, sur le site chtimiste.com [lire en ligne]
  66. Collectif 2007, p. ??
  67. Conte 1991, p. 312-313
  68. Conte 1991, p. 311
  69. Conte 1991, p. 319
  70. Conte 1991, p. 320
  71. Collectif 2007, p. 90
  72. a et b Conte 1991, p. 334
  73. a et b Collectif 2007, p. 91
  74. Guy Pedroncini, Présentation de la bataille de Verdun [PDF] [lire en ligne]
  75. a, b et c Conte 1991, p. 340
  76. Conte 1991, p. 342
  77. Conte 1991, p. 347-348
  78. Collectif 2007, p. 165-167
  79. Conte 1991, p. 354
  80. a et b Conte 1991, p. 355
  81. Conte 1991, p. 357
  82. Guy Pedroncini, op. cit.
  83. a, b, c, d et e Conte 1991, p. 381
  84. Conte 1991, p. 399
  85. a et b Conte 1991, p. 411
  86. Conte 1991, p. 415
  87. Conte 1991, p. 419
  88. Conte 1991, p. 425
  89. Conte 1991, p. 431
  90. Conte 1991, p. 438
  91. Conte 1991, p. 438-447
  92. a et b Conte 1991, p. 441
  93. État civil de Paris, acte de décès n°36 du 6 janvier 1931, registre d'état civil du 7e arrondissement de Paris.
  94. L'Express du Midi du 10 janvier 1931, consultable en ligne.
  95. Allocution de M. Hamlaoui Mekachera, ministre délégué aux Anciens combattants à l'occasion du 90e anniversaire de la victoire de la Marne - Hommage au maréchal Joffre, 28 septembre 2004, disponible sur le site du ministère de la Défense français [lire en ligne]
  96. Fraenkel 2004, p. ??
  97. Collectif 2007, p. 113
  98. a et b Alain Texier, Qu'est-ce que la noblesse ? – Histoire et droit, éditions Tallandier, coll. « Approches », Paris, 1988, 601 p. (ISBN 2235017800 et 978-2235017800), p. 430
  99. Joseph Calmette et Gabriel Vidal, Le Roussillon à travers les âges : chronologie et commentaires, Toulouse, Édouard Privat, coll. « Petite bibliothèque d'histoire, géographie et archéologie régionales »,‎ 1944, in-16, 50 p. (notice BnF no FRBNF31572862)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

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