Élection présidentielle française de 1969

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Élection présidentielle française de 1969
Georges Pompidou - Bundesarchiv B 145 Bild-F020538-0006.jpg
Georges PompidouUDR
Voix 11 064 371
  
58,21 %
Alain Poher en 1968.JPG
Alain PoherCD
Voix 7 943 118
  
41,79 %
Président
Sortant
Élu

L'élection présidentielle française de 1969 fut la troisième élection présidentielle qui s'est tenue lors de la Cinquième République française.

Le premier tour s'est déroulé le et le second le 15 juin. Elle vit la victoire de Georges Pompidou dans des circonstances assez particulières, aucun candidat de gauche n'accédant au second tour.

Contexte[modifier | modifier le code]

Le , un communiqué laconique tombe de Colombey : « Je cesse d'exercer mes fonctions de président de la République. Cette décision prend effet aujourd'hui à midi ». Charles de Gaulle, premier président de la République de la Ve République, désavoué la veille par 52,41 % des électeurs français à l’occasion du référendum portant sur le transfert de certains pouvoirs aux régions et la transformation du Sénat, quitte ses fonctions comme il l'avait promis en cas de victoire du « non ». Avec le départ du général, une page se tourne : la Cinquième République, désormais, n'est plus dirigée par son inspirateur et c'est à l'électorat de choisir son successeur.

Conformément à la Constitution française, c’est Alain Poher, alors président du Sénat, qui succède à Charles de Gaulle en tant que président de la République par intérim. Une élection présidentielle anticipée doit avoir lieu le 1er juin 1969. À la suite du raz de marée Gaulliste de l'élection anticipée qui avait suivi Mai 68, le courant politique majoritaire de la France est la droite : l’Union pour la défense de la République (UDR), formation gaulliste, soutenue par les Républicains indépendants, libéraux menés par le populaire Valéry Giscard d'Estaing, détient la majorité absolue au Parlement (60 % des sièges de l’Assemblée nationale après sa dissolution par de Gaulle en réponse à la crise de mai 68 durant laquelle les partis de gauche, tenus pour partiellement responsables des évènements, avaient essuyé leur plus sévère défaite depuis le scrutin de 1958).

La majorité en place ne tarde guère à trouver son candidat : Georges Pompidou, ancien premier ministre de de Gaulle a su, depuis son éviction au profit de Couve de Murville, se faire soutenir par l’ensemble de la majorité parlementaire (avec, notamment, le soutien indéfectible de Giscard d’Estaing). Quant aux gaullistes de gauche, l'échec du référendum dont ils étaient les promoteurs et le départ du général, leur principal soutien, les a mis à terre et la plupart se rallient à la majorité le temps de l'élection : René Capitant renonce ainsi à se présenter et se retire de la vie politique. L'ensemble des gaullistes finissent par se réunir autour de la candidature de Pompidou.

En l’absence de la droite nationaliste[1], Pompidou est alors concurrencé dans les sondages par Poher, qui, soutenu par la formation de centre-droit Progrès et démocratie moderne, ne semble pas décidé à lui abandonner l’Élysée. La gauche, qui avait pourtant réussi à se rassembler derrière la candidature de François Mitterrand en 1965, est quant à elle victime des divisions en son sein, les socialistes de la SFIO refusant de collaborer avec le Parti communiste français.

Campagne[modifier | modifier le code]

Alain Poher ne parvient pas à imposer une crédibilité que l'ancien premier ministre Pompidou possède. Ce dernier sait se montrer habilement à la fois différent et fidèle au Général de Gaulle. Il s'affiche entre Giscard d'Estaing, libéral, moderne et les gaullistes historiques, promettant une certaine libéralisation économique, dans le maintien de l'ordre national. La campagne de Gaston Deferre, qui s'affiche dans un duo avec Pierre Mendes France qui serait son premier ministre, tourne vite à l'échec : technique, rappelant la quatrième république, Pierre Mendes France pourtant populaire un an auparavant, contraste avec Gaston Deferre dont la candidature manque de crédibilité et de charisme. Cet échec contraste avec la faconde et l'accent du candidat communiste, Jacques Duclos, et avec l'agitation brillante de l'innovant PSU, Michel Rocard. Les autres candidats sont le trostkyste Alain Krivine, étudiant d'extrème gauche sous les drapeaux et l'entrepreneur indépendant Louis Ducatel.

La gauche est rapidement hors jeu et la campagne de Gaston Deferre se termine en désastre électoral pour la SFIO, largement distancée par le PCF et presque rattrapée par le PSU. Seul Poher peut désormais vaincre Pompidou. Si Deferre vote pour lui, au soir du premier tour, Duclos indique à ses électeurs que les deux candidats en lice, dont aucun n'est de gauche, sont « bonnet blanc et blanc bonnet » et doivent donc être renvoyés dos à dos par un vote blanc ou une abstention. Dès lors, Poher ne peut plus gagner.

Sondages[modifier | modifier le code]

Au début de la campagne, les sondages donnent Alain Poher victorieux : ainsi, en mai 1969, un sondage Ifop le crédite de 56 % au second tour[2]. Mais peu à peu, les intentions de vote en sa faveur diminuent et Georges Pompidou prend l'avantage.

Date de publication photographie de Georges Pompidou photographie de Alain Poher photographie de Jacques Duclos photographie de Gaston Defferre
Georges Pompidou
Alain Poher
Jacques Duclos
Gaston Defferre
5 au
42 %
35 %
10 %
11 %
13 au
41 %
37 %
12 %
8 %
16 au
42 %
39 %
12 %
6 %
39 %
32 %
15 %
9 %
26 au
40 %
31 %
17 %
7 %
Résultats du premier tour
44,47 %
23,31 %
21,27 %
5,01 %
Sources : Persée[3]

Résultats[modifier | modifier le code]

Premier tour
le
Second tour
le
Nombre % des
inscrits
% des
votants
Nombre % des
inscrits
% des
votants
Inscrits 29 513 361 29 500 334
Votants 22 898 960 77,59 % 20 311 287 68,85 %
   suffrages exprimés 22 603 998 98,71 % 19 007 489 93,58 %
   bulletins blancs ou nuls 295 036 1,29 % 1 303 798 6,42 %
Abstentions 6 614 401 22,41 % 9 189 047 31,15 %
Candidat
Parti politique
Voix % des
exprimés
Voix % des
exprimés
  Georges Pompidou
Union pour la défense de la République, soutenu par les Républicains indépendants
10 051 816 44,47 % 11 064 371 58,21 %
  Alain Poher
Centre démocrate
5 268 651 23,31 % 7 943 118 41,79 %
  Jacques Duclos
Parti communiste
4 808 285 21,27 %
  Gaston Defferre
Section française de l'Internationale ouvrière
1 133 222 5,01 %
  Michel Rocard
Parti socialiste unifié
816 471 3,61 %
  Louis Ducatel
Sans étiquette, dit « radical-socialiste indépendant »
286 447 1,27 %
  Alain Krivine
Ligue communiste
239 106 1,06 %
Sources : Site officiel du Conseil constitutionnel : premier tour, second tour


Analyse des résultats[modifier | modifier le code]

Les résultats du second tour en France métropolitaine

Les résultats du premier tour donnent raison aux sondages : Pompidou et Poher doivent être départagés par les électeurs au second tour, où la gauche n'est pas présente. Avec 44 % des suffrages exprimés, le candidat gaulliste obtient près du double du score du candidat centriste (23 %) talonné par Jacques Duclos qui, avec ses 21 %, conforte le PCF dans sa position de principale force politique de la gauche française. Georges Pompidou arrive en tête dans tous les départements sauf en Seine-Saint-Denis, où Jacques Duclos arrive en tête. Tout se joue pour le candidat arrivé second, Alain Poher sur un soutien massif des autres candidats. Les socialistes, avec la candidature officielle de Gaston Defferre (soutenu par la SFIO et par Pierre Mendès France avec qui il formait un « ticket »), sont talonés par celle, plus novatrice de Michel Rocard (soutenu par le Parti socialiste unifié). Même en additionnant ces deux scores, c'est un résultat catastrophique.

Sans surprise, c’est Pompidou qui l’emporte au terme du second tour avec plus de 58 % des suffrages exprimés, mais l’abstention, encouragée par Duclos, qui refuse jusqu’au bout d’appeler ses électeurs à choisir entre « bonnet blanc et blanc bonnet », atteint un taux record de 30 % des inscrits. À noter également l'enregistrement de plus d'un million de votes blancs et nuls à l'occasion de ce second tour.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Sidos, fondateur et président de l'Œuvre française (mouvement nationaliste et identitaire) souhaitait y être présent mais sa candidature fut rejetée par le Conseil constitutionnel aux motifs que « le nombre des présentations valablement émises en faveur de ce dernier est inférieur au minimum exigé par les dispositions de l'article 3-1 de l'ordonnance n° 62-1292 du 6 novembre 1962 ».
  2. Jean-Jérôme Bertolus, Frédérique Bredin, Tir à vue - la folle histoire des présidentielles, éditions Fayard, 2011, p. 311.
  3. « L'évolution politique des électeurs français, de février à juin 1969 »

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Premier tour (1er juin 1969)

Second tour ()