Abel Bonnard

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Bonnard.
Abel Jean Désiré Bonnard
Abel Bonnard lors de sa réception à l'Académie française en 1933.
Abel Bonnard lors de sa réception à l'Académie française en 1933.
Fonctions
Ministre de l'Éducation nationale et de la Jeunesse[1]
25 février 194220 août 1944
Gouvernement François Darlan
Pierre Laval VI
Prédécesseur Jérôme Carcopino
Successeur René Capitant
Biographie
Date de naissance 19 décembre 1883
Lieu de naissance Poitiers, France
Date de décès 31 mai 1968 (à 84 ans)
Lieu de décès Espagne
Profession Écrivain

Abel Bonnard, né le 19 décembre 1883 à Poitiers et mort le 31 mai 1968 à Madrid (Espagne), est un poète, romancier, essayiste et homme politique français. Maurrassien, il évolua vers le fascisme dans les années 1930. Élu à l'Académie française en 1932, il en fut radié après avoir été ministre du régime de Vichy.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d'Ernest Bonnard et de son épouse Pauline, née Benielli, il est donc moitié corse par sa mère. Il fait ses études au lycée Thiers à Marseille, puis au lycée Louis-le-Grand à Paris. Ayant obtenu une licence de lettres, il devient élève de l’École du Louvre, puis membre de l’École française de Rome. À 22 ans, il publie un recueil de vers, Les Familiers, couronné par l’Académie française en 1906. Il écrit ensuite et publie deux autres volumes de poésie, Les Royautés et Les Histoires, puis un roman, La Vie et l’Amour (1913).

Journaliste littéraire, il est un ami de Marcel Proust[2]. Il collabore à un recueil littéraire et poétique avec Colette et Paul Morand[3] ainsi qu'au second tome d'un ouvrage où il succède à Paul Valéry[4].

Chroniqueur, il écrit pour plusieurs journaux : Le Figaro, Le Journal, Comœdia, ou encore Paris-Midi. D'un long voyage en Extrême-Orient, il tire un ouvrage Notes de voyage : en Chine, que l’Académie française couronne en 1924. Il publie bien d'autres livres, sur la littérature, les civilisations, la philosophie : La Vie amoureuse d’Henri Beyle, La Vie de saint François d’Assise, Au Maroc, Rome, L’Enfance, Éloge de l’ignorance, L’Argent, L’Amitiéetc.

En 1932, il est élu membre de l'Académie française.

Il se fait connaître des milieux politiques nationalistes à partir de 1925 par sa collaboration au quotidien de Georges Valois, Le Nouveau Siècle, puis au Courrier royal avec Henry Bordeaux et Georges Bernanos. Sa pensée politique est celle d'un nationalisme maurrassien, antiparlementariste et antisémite. En 1933, il prend position contre le racisme dans un article du Journal des débats[5]. En 1935, il signe le Manifeste pour la défense de l’Occident et de la Paix en Europe. Rompant avec l'Action française dont il était jusqu'alors proche, il s'inscrit au Parti populaire français de Jacques Doriot. Son œuvre politique majeure reste Les Modérés (1936) qui reçoit les louanges de personnalités juives comme Henry Bernstein, André Maurois, Henri Bergson[6].

Participant au Comité France-Allemagne en 1935-1939[7], il est davantage collaborationniste que maréchaliste sous l'Occupation : membre d'honneur du Groupe Collaboration, il soutient des initiatives comme la formation de la Légion des volontaires français contre le bolchevisme, et sera l'auteur d'éditoriaux dans Je suis partout dans lesquels il marque sa rupture avec le royalisme et l'antigermanisme de Maurras qu'il ne devait plus revoir[8].

En avril 1942, il est appelé au gouvernement de Vichy par Pierre Laval qui le nomme ministre de l'Éducation nationale et de la Jeunesse, poste au sein duquel il fait connaître ses positions anticléricales[9]. Il révoque Simone de Beauvoir en juin 1943 pour « excitation de mineure à la débauche[10] » mais échoue à faire de même pour Sartre[11]. Il multiplie enfin les décrets imposant le STO (service du travail obligatoire en Allemagne) aux étudiants[12].

Son collaborationnisme exacerbé et le soutien apporté par Otto Abetz lui valent le surnom d'« Abetz Bonnard[12] ». La conjugaison de son soutien extrême au nazisme et de son homosexualité affichée[13] lui valent également les surnoms de « la Belle Bonnard », ou encore par le chroniqueur Jean Galtier-Boissière, repris par Pétain[7], « la Gestapette[14] ». Patrick Buisson relève à cet égard que : « avant d'entrer dans le gouvernement, l'auteur de Pensées dans l'action (1941) apparaît comme l'une des figures de cette homosexualité individualiste, élitiste, aristocratique qui, depuis Proust, se répand dans les milieux littéraires sans pour autant s'identifier à une quelconque « cause homosexuelle » […]. Une fois ministre, il n'est plus perçu, par une majorité de Français, qu'à travers la seule identité que lui confère son orientation sexuelle, comme si celle-ci avait réduit ou phagocyté toutes les autres composantes de sa personnalité. Il faut dire que d'entrée, ni le comportement ni les propos du ministre n'ont été de nature à faire se dégonfler la rumeur. Choquer l'amuse et le divertit […] » et souligne que : « tous ses choix politiques, sa conception même de la collaboration, découlent d'une vision sexuée de l'histoire selon laquelle l'Allemagne serait l'élément mâle du vieux continent, le principe viril et fécondant de l'Europe nouvelle […] Quels que soient les lieux et les auditoires, le discours d'Abel Bonnard durant les quatre années de l'occupation se ramène à un thème unique, obsessionnel, envahissant : c'est un discours sur le corps, un discours qui fait du corps la projection et le réceptacle de la race, un enjeu idéologique, un objet d'affrontement entre partisans de l'« homme nouveau » et adeptes de l'« homme du refus[12] ». » 

Il porte la responsabilité d'avoir, dans l'été 1943, donné un ordre de mission à un certain Jean-François Lefranc de laisser revenir à Paris — donc de livrer à l'Occupant qui la convoitait de longue date — la précieuse collection (mise en caisses) de 333 tableaux anciens d'Adolphe Schloss, dont ce marchand d'art parisien avait été désigné « administrateur »[15]. Transférée en 1939 de Paris au château corrézien de Chambon, la collection y fut localisée le 10 avril 1943, emballée en cinq ou six jours et dérobée par les hommes de main de la Gestapo[16].

Ayant fui à Sigmaringen en 1944, il y fait partie des ultras de la collaboration aux côtés de Fernand de Brinon, Marcel Déat, Jacques Doriot et Georges Oltramare, qui souhaitent un engagement total aux côtés de l'Allemagne contre la Résistance. En mai 1945, il se réfugie en Espagne où il obtient finalement l'asile politique après un an passé en prison[17].

Il est mis à l'index par le Comité national des écrivains pendant l'épuration, puis condamné à mort par contumace le 4 juillet 1945[18]. Sa condamnation à la dégradation nationale entraîne son exclusion de l'Académie française[19]. Il partage ainsi le sort du maréchal Pétain[19] et de Charles Maurras[19], mais contrairement à ces deux derniers, il verra son fauteuil pourvu de son vivant[19], tout comme Abel Hermant[19].

Il s'installe alors à Madrid où il demeure une douzaine d'années.

En 1960, il revient en France. Il est rejugé en mars par la Haute Cour qui le condamne à dix ans de bannissement avec effet à partir de 1945 ; la peine symbolique était donc déjà purgée, mais, n'acceptant pas cette « flétrissure morale », il retourne à Madrid où il meurt « seul et abandonné » à 84 ans. Ses livres et archives auraient été dispersés[20].

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • 1906 : Les Familiers
  • 1908 : Les Histoires
  • 1908 : Les Royautés
  • 1913 : La Vie et l’Amour ; lire en ligne[21]
  • 1914 : Le Palais Palmacamini ; lire en ligne[22]
  • 1918 : La France et ses morts
  • 1924 : Notes de voyage : en Chine (1920-1921), 2 vol. 
  • 1926 : Éloge de l’ignorance
  • 1926 : La Vie amoureuse d’Henri Beyle
  • 1927 : L’Enfance
  • 1928 : L’Amitié, Hachette
  • 1928 : L’Argent
  • 1929 : Océan et Brésil, Flammarion, collection la Rose des Vents
  • 1929 : Saint François d’Assise ; rééditions 1992 et 2005
  • 1931 : Rome
  • 1936 : Les Modérés : le drame du présent ; réédition 1986 ; réédition 2013, Édition Kontre Kulture
  • 1937 : Savoir aimer
  • 1939 : L’Amour et l’Amitié
  • 1941 : Pensées dans l’action
  • 1987 : Berlin, Hitler et moi. Inédits politiques, Avalon
  • 1992 : Ce monde et moi (recueil d’aphorismes, posthume)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sur larousse.fr.
  2. Marcel Proust, Correspondance, texte établi par Philip Kolb, éd. Plon, tomes 6, 7, 10, 11, 15, 19, 20.
  3. « Le cœur sentimental », dans Abel Hermant, Abel Bonnard, Colette, Paul Morand, illustrations d'Hermine David, Jean Berque, Deluermaz et Dignimont, Affaires de cœur, Paris, Nativelle, 1934.
  4. Abel Bonnard, illustrations de Paul André Robert, Les Merveilles de la mer, tome 2 : le monde des poissons, Plon, 1936.
  5. Abel Bonnard, « Les esprits libres », Journal des débats politiques et littéraires, 11 avril 1933.
  6. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 51.
  7. a et b Henry Rousso, Pétain et la fin de la collaboration : Sigmaringen, 1944-1945, Complexe, 1984, 441 p. (ISBN 978-2870271384), p. 47.
  8. Eugen Weber, L'Action française, Hachette Littérature, 1990, p. 556.
  9. Jean-Pierre Azéma et Olivier Wieviorka, Vichy, 1940-1944, éd. Perrin, coll. « Tempus », Paris, 2004 (ISBN 978-2-262-02229-7), p. 168.
  10. « En 1938 Beauvoir rencontre Nathalie Sorokine qui est son élève au lycée Molière. […] Sa liaison avec son ancien professeur de philosophie débute durant l’hiver 1939-40 tandis que Sartre est mobilisé. Elle aura des conséquences importantes pour Beauvoir puisqu’à la suite d’une plainte déposée par sa mère en décembre 1941 pour « excitation de mineure à la débauche », Beauvoir sera suspendue de l’Éducation nationale en juin 1943, ce qui réoriente sa vie vers la littérature. » Marie-Jo Bonnet, Simone de Beauvoir ou l’ambivalence d’une femme « normale », p. 2.
  11. Jean-François Louette, « Valéry et Sartre », dans Serge Bourjea (éd.), Études valéryennes, L'Harmattan, 2001, 370 p. (ISBN 978-2747521215), p. 105.
  12. a, b et c Patrick Buisson, 1940-1945 : années érotiques : Vichy ou les infortunes de la vertu, Albin Michel, 2008 (ISBN 978-2-226-18394-1).
  13. Jean-François Louette, « Valéry et Sartre », dans Bulletin des études valéryennes, éd. L'Harmattan, 2002, p. 105.
  14. Olivier Mathieu, Abel Bonnard, une aventure inachevée, Mercure, 1988, p. 188.
  15. Marie Hamon-Jugnet, Collection Schloss : œuvres spoliées pendant la deuxième guerre mondiale non restituées, 1943-1998, ministère des Affaires étrangères, Direction des archives et de la documentation, 1998, 186 p., p. 4.
  16. Lionel Richard, L'Art et la guerre : les artistes confrontés à la Seconde Guerre mondiale, Flammarion, 1995, 335 p., p. 145.
  17. Henry Rousso, Pétain et la fin de la collaboration : Sigmaringen, 1944-1945, op. cit., p. 75-77 et 405-406.
  18. Site sur l’éditeur Robert Denoël.
  19. a, b, c, d et e Collectif - Fondation Charles de Gaulle, De Gaulle et la Libération, Éditions Complexes, Paris, 2004, 221 p. (ISBN 978-2-8048-0016-1) [présentation en ligne], chapitre : « De Gaulle et la République des lettres », par Nicole Racine : p. 184-186: « [...] L'ordonnance du 26 décembre 1944 entraînait automatiquement la destitution et l'exclusion de toutes fonctions, offices publics et corps constitués de quiconque était déclaré coupable d'indignité nationale. [...] »
    Ont participé à cet ouvrage : Claire Andrieu, Serge Berstein, Michèle et Jean-Paul Cointet, Laurent Douzou, René Hostache, Chantal Morelle, Nicole Racine, Odile Rudelle, Maurice Vaïsse, Dominique Veillon, Olivier Wieviorka. Textes tirés des actes du colloque des 6, 7 et 8 octobre 1994 organisé par la Fondation Charles de Gaulle, la Fondation des Sciences politiques, l'Association française des constitutionnalistes et la participation de l'université de Caen ; publié en version intégrale : Le Rétablissement de la légalité républicaine, 1944, Éditions Complexes, 1996.
  20. Luc Gendrillon, dans Abel Bonnard, Ce monde et moi. Aphorismes et fragments recueillis par Luc Gendrillon, Dismas, 1991, 219 p., p. 210.
  21. Lire en ligne dans La Revue de Paris, mai-juin 1913, p. 5 pour les parties 1 à 4 ; La Revue de Paris, juillet-août 1913, p. 131pour les parties 5 et 6.
  22. Lire en ligne dans La Revue de Paris, juillet-août 1912, p. 61.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Les Facs sous Vichy : étudiants, universitaires et universités de France pendant la Seconde Guerre mondiale : actes du colloque des Universités de Clermont-Ferrand et de Strasbourg - novembre 1993, Presses Universitaires Blaise Pascal, 1994, 371 p. (ISBN 978-2877410687).
  • Marc Olivier Baruch, Servir l'État français : L'administration en France de 1940 à 1944, Fayard, 1997, 744 p. (ISBN 978-2213657486).
  • Patrick Buisson, 1940-1945 Années érotiques - tome 1 : Vichy ou les infortunes de la vertu, Albin Michel, 2008, 576 p. (ISBN 978-2226196644).
  • Corinne Bouchoux, Rose Valland, la résistance au musée, Geste éditions, Archives de vie, 2006, p. 37-38.
  • Corinne Hershkovitch et Didier Rykner, La Restitution des œuvres d'art. Solutions et impasses, Hazan, 2011, p. 51.
  • Héctor Feliciano (en), Le Musée disparu - Enquête sur le pillage des œuvres d'art en France par les nazis, Austral, 1995, p. 109-116.
  • Olivier Mathieu, Abel Bonnard, une aventure inachevée, postface de Léon Degrelle, éditions Avalon, 1989.
  • Olivier Mathieu, Les Deux cortèges (Abel Bonnard et Louis-Ferdinand Céline), éditions Van Bagaden de Marc Laudelout, 1989.
  • Paul Morand, Lettres à des amis et à quelques autres, La Table Ronde, 1978, p. 27-32.

Annexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]