Louis Loucheur

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Louis Loucheur
Image illustrative de l'article Louis Loucheur
Fonctions
Parlementaire français
Député 1919-1931
Gouvernement IIIe République
Groupe politique RDG (1919-1924)
GR (1924-1931)
Biographie
Date de naissance 12 août 1872
Date de décès 22 novembre 1931
Résidence Avesnes-sur-Helpe

Louis Albert Joseph Loucheur est un homme politique et écrivain français de la IIIe République né à Roubaix le 12 août 1872 et mort à Paris le 22 novembre 1931.

Biographie[modifier | modifier le code]

Issu d'une famille protestante sans grande fortune (son père est architecte), Louis Loucheur, après une scolarité au lycée Faidherbe[1] de Lille, intègre l'École polytechnique (promotion X1890) puis entre comme ingénieur de la construction aux Chemins de fer du Nord. Le 18 novembre 1896, il épouse Suzanne Lenicque, fille d’un centralien, dont il a deux filles : Marthe, qui épousera l’industriel Francis Sarrade, et Simone. En 1899, il s'associe avec un camarade de Polytechnique, Alexandre Giros, dans la Société Giros et Loucheur (bientôt connue par son nom télégraphique Girolou), qui se spécialise dans les constructions en béton armé et donnera naissance en 1908 à la Société générale d'entreprises (SGE). La SGE prendra le nom de VINCI en 2000.

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Ses activités industrielles le rapprochent des milieux politiques, qui le consultent régulièrement en matière notamment d'armement. En décembre 1916, face à la crise de l'artillerie lourde, Loucheur devient sous-secrétaire d’État à l’Artillerie et aux Munitions, aux côtés du ministre de l'Armement et des Fabrications de guerre, Albert Thomas, dans le gouvernement Briand. Dès sa nomination, Loucheur se distingua par la stratégie de la « production totale » ; aidé par trois hommes, Xavier Loisy, Edmond Philippar et Paul Munich, tous ingénieurs de formation.

À partir de septembre 1917, dans le gouvernement Painlevé (12 septembre au 16 novembre 1917), puis dans celui de Clemenceau (du 16 novembre 1917 au 26 novembre 1918), Loucheur remplace Albert Thomas au ministère de l'Armement. Proche de Clemenceau, il participe à l'organisation du Haut commandement unique. Ce dernier le nomme dans son deuxième gouvernement le 26 novembre 1918, comme ministre de la Reconstitution industrielle, poste qu'il occupera jusqu'au 20 janvier 1920, tandis que le ministère de l'Armement est supprimé. À la conférence de la Paix en janvier 1919, il est le principal conseiller économique de Clemenceau pour la négociation du traité de Versailles et intervient directement dans les discussions avec Lloyd George. Il reçut la Army Distinguished Service Medal[2] pour ce rôle.

Il est élu député de la circonscription d’Avesnes-sur-Helpe (Nord) pour la Fédération républicaine en novembre 1919, malgré une campagne de presse qui l'accuse d'être un « profiteur de guerre ». Il déploie une intense activité parlementaire, s'intéressant aux chemins de fer et aux habitations à bon marché, et s'impose comme l'un des ténors de la gauche républicaine, groupe indispensable à la formation de la plupart des majorités, s'appuyant notamment sur Le Petit Journal, puissant quotidien de l'époque. Il est réélu en 1924 puis en 1928.

Il est nommé ministre aux Régions libérées dans le sixième gouvernement Briand (16 janvier 1921 au 15 janvier 1922). À ce titre, à l'été et à l'automne 1921, il négocie à Wiesbaden avec Rathenau la question des réparations allemandes.

Durant son bref passage au ministère du Commerce, de l'Industrie des Postes et Télégraphes au printemps 1924 (troisième gouvernement Poincaré du 29 mars au 9 juin 1924), il participe à la rénovation du Conseil du Commerce et à la redéfinition des rapports de l'État et de la Compagnie française des pétroles.

Il devient ministre des Finances dans le septième gouvernement Briand (du 28 novembre 1925 au 9 mars 1926) mais ne parvient pas à sortir de la crise du franc. Du 19 juillet au 23 juillet 1926 il retrouve le ministère du Commerce et de l'Industrie dans le gouvernement Herriot (du 19 juillet au 23 juillet 1926). Il est délégué à la conférence économique internationale à Genève en 1927.

Du 1er juin 1928 à février 1930, Loucheur est ministre du Travail et de la Prévoyance sociale (quatrième et cinquième gouvernements Poincaré du 1er juin 1928 au 29 juillet 1929, dixième gouvernement Briand du 29 juillet 1929 au 3 novembre 1929, premier gouvernement Tardieu du 3 novembre 1929 au 21 février 1930). Les mouvements sociaux, et la crise du logement qui s'accentue du fait de la construction très réduite de logements dans la période d'après-guerre conduisent au vote de la « loi Loucheur », en juillet 1928, qui prévoit la construction sur cinq ans de 200 000 logements HBM et 60 000 logements à loyer moyen. Il participe à la mise en place de la loi sur les assurances sociales, votée en avril 1928 dans un climat très polémique. Il tente enfin, mais sans succès, de faire passer une loi sur le règlement des conflits collectifs du travail. Il est ministre de l'Économie nationale dans le gouvernement Théodore Steeg, du 13 décembre 1930 au 27 janvier 1931.

En 1923, Loucheur vend le pavillon de musique de la comtesse du Barry à Louveciennes au parfumeur François Coty (1874-1934).

Il meurt d'une affection cardiaque grave le 22 novembre 1931. Il repose au cimetière Montparnasse div 10.

L'engagement européen de Louis Loucheur[modifier | modifier le code]

Fidèle lieutenant des options européistes d'Aristide Briand, représentant de la branche modernisatrice et cartelliste du patronat français, partisan du rapprochement industriel entre la France et l'Allemagne, Loucheur est un des plus actifs promoteurs des idées et projets de construction économique européenne des années 1920. À ce titre, il peut être considéré comme un des inspirateurs intellectuels de la Communauté économique européenne de l'après-guerre.

Il formule notamment le « projet Loucheur » qui préconise le développement des ententes de production et l'abaissement des barrières douanières en Europe. Ces idées constituent le socle des travaux de la conférence économique internationale dont il est l'initiateur en 1925 et qui se réunit à Genève en 1927. Vice-président de cette conférence, Loucheur exerce un rôle majeur dans son organisation et ses débats et influence notablement ses conclusions, véritable laboratoire à idées de l'Europe économique du futur.

Il préside la section française de l'Union paneuropéenne, au sein de laquelle il œuvre à la constitution d'un Comité économique associant les industriels européens.

Enfin, il est l'inspirateur du volet économique du Projet d'Union européenne présenté par Aristide Briand à la tribune de la SDN le 5 septembre 1929.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Stephen D. Carls, Louis Loucheur, ingénieur, homme d'État, modernisateur de la France, 1872-1931, Presses universitaires du Septentrion, Villeneuve-d'Ascq, 2000
  • Louis Loucheur, Carnets secrets, 1908-1932, Paris, Bruxelles, Brepols, 1962.
  • Véronique Pradier, « L’Europe de Louis Loucheur : le projet d’un homme d’affaires en politique », Études et documents, Paris, Comité pour l’histoire économique et financière de la France, tome V, 1993, p. 293-306.

Notes et références[modifier | modifier le code]