Adolphe Thiers

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Adolphe Thiers
Portrait d'Adolphe Thiers.
Portrait d'Adolphe Thiers.
Fonctions
2e président de la République française
31 août 187124 mai 1873
(1 an, 8 mois et 23 jours)
Élection 17 février 1871
(chef du Pouvoir exécutif)
Réélection 31 août 1871
(président de la République)
Président du Conseil Jules Dufaure
(vice-président du Conseil)
Prédécesseur Napoléon III (indirectement)
Louis Jules Trochu (président du gouvernement de la Défense nationale)
Successeur Patrice de Mac Mahon
24e président du Conseil des ministres
(25e chef du gouvernement)
24 février 184824 février 1848
(0 jour)
Monarque Louis-Philippe Ier
Gouvernement Non formé
Prédécesseur Comte Mathieu Molé
Successeur Charles Dupont de l'Eure
(président du gouvernement provisoire)
20e président du Conseil des ministres
et Ministre des Affaires étrangères
(21e chef du gouvernement)
1er mars29 octobre 1840
(7 mois et 28 jours)
Monarque Louis-Philippe Ier
Gouvernement Thiers II
Prédécesseur Duc de Dalmatie
Successeur Duc de Dalmatie
(président du Conseil)
François Guizot
(Affaires étrangères)
17e président du Conseil des ministres
et Ministre des Affaires étrangères
(18e chef du gouvernement)
22 février6 septembre 1836
(6 mois et 15 jours)
Monarque Louis-Philippe Ier
Gouvernement Thiers I
Prédécesseur Duc de Broglie
Successeur Comte Mathieu Molé
Ministre de l'Intérieur
18 novembre 183422 février 1836
Monarque Louis-Philippe Ier
Président du Conseil Édouard Mortier
Duc de Broglie
Gouvernement Mortier
de Broglie
Prédécesseur Duc de Bassano
Successeur Comte de Montalivet
4 avril10 novembre 1834
Monarque Louis-Philippe Ier
Président du Conseil Duc de Dalmatie
Comte Gérard
Gouvernement Soult I
Gérard
Prédécesseur Comte d'Argout
Successeur Duc de Bassano
11 octobre31 décembre 1832
Monarque Louis-Philippe Ier
Président du Conseil Duc de Dalmatie
Gouvernement Soult I
Prédécesseur Comte de Montalivet
Successeur Comte d'Argout
Ministre des Travaux Publics
31 décembre 18324 avril 1834
Monarque Louis-Philippe Ier
Président du Conseil Duc de Dalmatie
Gouvernement Soult I
Prédécesseur Comte d'Argout
Successeur Hippolyte Passy
Titulaire du fauteuil 38 de l'Académie française
20 juin 18333 septembre 1877
Prédécesseur François Andrieux
Successeur Henri Martin
Titulaire du fauteuil 1 de la Section 5 de l'Académie des sciences morales et politiques
26 décembre 18403 septembre 1877
Prédécesseur Emmanuel de Pastoret
Successeur Georges Picot
Biographie
Nom de naissance Louis Adolphe Thiers
Date de naissance 15 avril 1797
Lieu de naissance Bouc-Bel-Air (alors nommé Bouc), Bouches-du-Rhône (France)
Date de décès 3 septembre 1877 (à 80 ans)
Lieu de décès Saint-Germain-en-Laye, Seine-et-Oise (France)
Nature du décès Malaise cardiaque
Parti politique Parti du Mouvement (orléaniste de centre gauche, Monarchie de Juillet)
Parti de l'Ordre (droite, IIe République)
Proche du Tiers parti (centre droit, Second Empire)
Républicain modéré (centre gauche, IIIe République)
Conjoint Élise Dosne
Diplômé de Faculté de droit de l'Université d'Aix-en-Provence
Profession Avocat, journaliste, historien, écrivain
Religion Déiste

Adolphe Thiers Adolphe Thiers
Présidents du Conseil des ministres français
Présidents de la République française

Adolphe Thiers, né le 15 avril 1797 à Marseille et mort le 3 septembre 1877 à Saint-Germain-en-Laye, est un avocat, journaliste, historien et homme d’État français. Il est le 2e président de la République française du 31 août 1871 au 24 mai 1873.

Il symbolise l'évolution des classes dirigeantes françaises, à la recherche d'un nouvel ordre institutionnel stable après l'effondrement de la monarchie absolue en 1789, par son rôle majeur dans la mise en place des régimes politiques qui ont suivi l'échec de la Restauration en 1830.

Ambitieux provincial, devenu à Paris journaliste libéral et historien de la Révolution, il contribue aux Trois Glorieuses et à la mise en place de la monarchie de Juillet dont il est deux fois président du Conseil. Orléaniste, partisan libéral d'une monarchie constitutionnelle dans laquelle « le roi règne, mais ne gouverne pas », il s'éloigne du roi sur la politique étrangère (crise de 1840) et critique l'intransigeance de Guizot qui provoque la révolution de 1848. Il se rallie à la République pour l'orienter vers une politique d'ordre préparant un retour à la monarchie constitutionnelle. Opposé au coup d’État du 2 décembre 1851, il ne se rallie jamais à Napoléon III, auquel il demande en 1864 les « libertés nécessaires ».

En février 1871, après la chute du Second Empire lors de la guerre contre la Prusse, il devient chef du pouvoir exécutif. En mai de la même année, son gouvernement ordonne l'écrasement de la Commune de Paris. Le 31 août 1871, il devient le premier président de la Troisième République.

Son ralliement définitif à une « République conservatrice » provoque, en mai 1873, sa mise en minorité face aux monarchistes et entraîne sa démission de la présidence de la République.

Biographie[modifier | modifier le code]

Les débuts[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

(Voir plus bas le paragraphe Généalogie).

Marie-Louis-Joseph-Adolphe[a 1] Thiers est l'un des enfants de Pierre Thiers[1] (1759-1843), par sa seconde épouse Marie-Madeleine Amic (1774-1852).

Branche paternelle[modifier | modifier le code]

Les armes de la famille Thiers sont composées « d'azur à deux croissants d'or en chef et une étoile de même en pointe, au chef d'or chargé d'une fleur de gueules et entouré de deux étoiles d'azur[a 2]. » La famille est issue d'un milieu bourgeois.

Son père, Pierre-Louis Thiers, est né à Marseille le 9 septembre 1759, rue Mazade (aujourd'hui rue Montgrand). Il jouit auprès des historiens d'une très mauvaise image, certains auteurs n'hésitant pas à le qualifier de « chevalier d'industrie, escroc, père déplorable qui ne s'est souvenu de son fils que lorsqu'il pouvait en tirer de l'argent[a 3] ». Selon Georges Valance, il mériterait à lui seul une biographie, ou plutôt un roman picaresque[b 1].

Issu d'une famille de neuf enfants dont trois survivront (deux filles et lui-même), Pierre-Louis était dissipé dans les établissements qu'il fréquentait, tant dans le réputé collège des bénédictins de Sorèze que dans l'école de commerce qu'il fréquenta ensuite. Dépêché en Morée auprès de son oncle, il dilapide à Malte tout l'argent que son père lui a confié. Revenu en France, il est envoyé pour un an dans la maison de correction de Saint-Pierre-de-Canons à Aurons. Il est par la suite embarqué vers la Martinique comme subrécargue ; mais les Anglais interceptent le navire et capturent le jeune homme. Malade, celui-ci est secouru par le marseillais Jean-Baptiste Allemand ; ce dernier parvient à le renvoyer en France et écrit au père du jeune homme : « J'ai compris que monsieur votre fils aimait le faste, la dépense, les plaisirs et peut-être le libertinage. Car il me paraît qu'il recherche beaucoup la compagnie des femmes[2]. » Pierre-Louis revient donc en France en 1785, où il est embauché à la mairie de Marseille ; chargé de la perception des loyers, il pioche dans la caisse et son père doit combler le déficit s'élevant à 7 000 francs, soit deux ans de salaire[b 2]. Il se marie avec Marie-Claudine Fougasse, marseillaise de 33 ans. Pendant la Révolution, Thiers est associé au chevalier de Fonvielle, avec qui il est arrêté par les révolutionnaires. Il parvient par la suite à obtenir un poste d'accusateur public près le tribunal criminel militaire de Marseille ; il réussira à faire libérer Lucien Bonaparte, qui l'entourera de son amitié et de sa protection : Thiers devient alors fournisseur de l'armée d'Italie, activité lucrative qui lui rapportera 400 000 francs selon le duc de Castries[3].

Marie-Claudine Fougasse meurt le 3 mars 1797 à 45 ans. Adolphe naît quelques semaines plus tard, le 15 avril, de Pierre-Louis Thiers et Marie-Madeleine Amic. Les parents se marient le 13 mai suivant. Dès lors, le père délaisse sa femme et son fils et disparaît[a 4] pour mener une vie opulente à Paris. Sa femme parvient à obtenir une pension alimentaire de 400 francs annuels, qui sera versée par la mère de Pierre-Louis[b 3]. D'Italie, le père a ramené deux italiennes : Thérèse Cavalieri avec qui il a deux enfants, et la sœur de cette dernière, Louis Cavalieri, qui lui donne une fille. Il acquiert deux domaines dans la Manche provenant de l'Abbaye de Lessay. Rapidement ruiné, Pierre-Louis est nommé par les Bonaparte receveur des contributions directes à Beaucaire mais cause un déficit de 44 000 francs dans la caisse au bout de dix-huit mois[a 5]. Arrêté et emprisonné, il est libéré par Lucien Bonaparte ; mais il est de nouveau arrêté à Marseille le 29 juillet 1806 et transféré à Nîmes le 16 août suivant[4]. Acquitté par la cour criminelle de Nîmes, il reste incarcéré 5 années pour purger sa dette. En mars 1817, il veut fonder un journal prônant la paix entre catholiques et protestants, sans succès. Il finit par lancer une feuille d'annonces religieuses en 1824 pour concurrencer l'Ami de la religion. Il ne réapparaîtra dans la vie de son fils qu'en 1825, au moment où ce dernier commencera à faire parler de lui dans le journalisme parisien ; mais ces retrouvailles ne seront qu'un prétexte pour quémander de l'argent[b 4].

De cette paternité décevante, Adolphe Thiers ne parlera qu'avec la plus grande tristesse[5] : « cet homme dont je porte le nom, dont je suis le fils, mais qui ne fut jamais mon père et que je ne regarderai jamais comme tel[6]. »

La filiation de Pierre-Louis Thiers est donc ainsi composée :

  • du mariage de Pierre Thiers et de sa première épouse, Claudine Fougasse (1752-1797) :
    • Claude-Charles Thiers (Marseille, mort-né le 18 juillet 1785) ;
    • Marie-Charlotte-Rosalie-Victoire Thiers (Marseille, 21 juillet 1786), qui épouse en 1807 Jean-Pierre-Félix Panon ;
    • Louis-Alexandre-Frédéric Louiset Thiers (Marseille, 29 septembre 1789 - Cadillac, 4 décembre 1840], militaire et juge colonial. Il s'engage le 22 août 1805 au 2e régiment d'infanterie de ligne et déserte en 1812. Aministié puis réincorporé par Louis XVIII, il réincorpore l'armée ; en garnison à Belfort, il est impliqué dans la conspiration du même nom en 1821, qui aboutit à l'exécution du lieutenant-colonel Caron. Délaissé par ses camarades suite à cet épisode, il est nommé commissaire de police à Tours en 1830. Pour s'en démarquer, son frère Adolphe le nommera en 1835 juge de paix à Karikal, d'où sa postérité dans la famille Hélory de Kermartin (via la famille Le Poulpiquen). Il meurt en 1840 dans un asile, atteint d'une maladie cérébrale[a 6].
    • Alexandre-François-Germain Germain Thiers (Marseille, 31 juillet 1791), apprenti-orfèvre puis employé à l'octroi de Beaucaire, il est nommé entreposeur de tabacs à Montargis. Devant démissionner pour avoir mal tenu la comptabilité, il est quelque temps peintre en bâtiment à Paris. À l'instar de son aîné Louis, il est nommé par son demi-frère Adolphe, juge de paix à Pondichéry, d'où une fille ;
  • de la liaison (légitimée par mariage) de Pierre Thiers et de Marie-Madeleine Amic :
    • Adolphe Thiers ;
  • de la liaison de Pierre Thiers avec, soit Thérèse Cavalieri (puis, Chevalier), soit sa sœur Louise Cavalieri :
    • Elisabeth Thiers (Paris, 1er septembre 1799 - 16 septembre 1870), épouse Jean-François Ripert (1787) d'où Jean-François (1820) ; fille de Thérèse ;
    • Charles-Louis-Marie Thiers [Paris, 11 mars 1801 (20 ventôse An IX) - 25 mai 1870], diplomate puis directeur des postes à Carpentras. Nommé chancelier de 1ère classe à Ancône, il est nommé en janvier 1856 vice-consul à Girgenti. Il s'y occupe de l'expédition des soufres jusqu'en 1860, où il accueille avec les garibaldiens Alexandre Dumas ; ce dernier le recommande à Ferdinand de Lesseps. Il est réputé pour être le seul demi-frère honnête d'Adolphe Thiers[a 7]. Fils de Thérèse ;
    • Virginie Thiers (1803) ; fille de Louise.

Pierre Guiral résume ainsi la fratrie d'Adolphe Thiers : « En vérité, peu d'hommes politiques de l'envergure de Thiers ont eu famille plus compromettante et ont traîné aussi lourd boulet[a 8]. »

Louis-Charles Thiers, le grand-père paternel d'Adolphe Thiers, était depuis 1734 avocat à la cour du Parlement d'Aix, puis nommé archivaire-secrétaire (secrétaire général) de la ville de Marseille par brevet royal du 16 septembre 1770. Il est réputé pour être un homme compétent, travailleur et honorable[a 9]. Parallèlement à son travail, il supervise un aller-retour commercial à la Martinique en tant qu'armateur[b 5]. Il est également à la tête d'un riche patrimoine immobilier à Marseille et à Château-Gombert (alors commune à part entière)[b 6]. Lorsque sonne l'heure de la Révolution, il perd son emploi en 1790 puis sa retraite est supprimée ; il se voit inscrit sur la liste des émigrés avec séquestration (puisque parti vivre chez sa fille à Menton), se retrouve emprisonné jusqu'à la fin de la Terreur puis meurt quasi-ruiné à Menton en novembre 1795[b 7].

L'arrière-grand-père d'Adolphe Thiers était qualifié de « bourgeois » au début du XVIIIe siècle et son arrière-arrière-grand-père était un marchand d'Aix[b 8].

Branche maternelle[modifier | modifier le code]

La mère d'Adolphe Thiers, Marie-Madeleine Amic, est née à Bouc (aujourd'hui Bouc-Bel-Air) le 6 juillet 1774, de Claude Amic et Marie Lhomaca (ou Lomaka).

Claude Amic dirigea un comptoir pour de riches négociants marseillais à Constantinople, les Seymandi[7].

Marie Lomaka est née à Constantinople au sein d'une famille catholique ; son père était antiquaire, « fournisseur en bijouterie des dames du harem de sa Majesté le Sultan[8]. » La demi-sœur de Marie, Élisabeth, avait épousé Louis de Chénier, négociant puis diplomate sous Louis XVI, et père des deux poètes André et Marie-Joseph Chénier, morts à la Révolution. Par sa mère, Adolphe Thiers est donc apparenté à André Chénier et Marie-Joseph Chénier, tous descendants de Antoine Santi-Lhomaka ou Santi-Lomaca (1705-1793), lui-même issu - selon une tradition familiale, des Lusignan[9].

Naissance[modifier | modifier le code]

Il naît le 26 germinal an V (15 avril 1797) dans la maison de sa mère sise 15 rue des Petits-Pères, aujourd'hui la rue Adolphe-Thiers[a 10]. Le bébé naît coiffé, ce qui à l'époque est considéré comme un signe de chance[b 9]. Il apparaît si petit et si fragile que son cousin Gastaldy racontera « qu'il eût pu tenir dans un sabot comme le célèbre nain de Stanislas de Lorraine qui fut porté à l'église dans un élégant sabot pour y recevoir le baptême[10]. »

L'acte de naissance est ainsi rédigé : « L'an Cinq de la République française, une et indivisible, le 29 germinal, à cinq heures, par devant tous, officier public de la municipalité du sus dit canton de Marseille, et dans le bureau de l'état-civil, est comparu le citoyen Marie-Siméon Rostan, officier de santé et accoucheur, lequel nous a présenté un garçon dont il nous dit avoir fait l'accouchement, qu'il nous a déclaré être né le 26 du présent mois à deux heures un décime de la citoyenne Marie-Madeleine Amic et des œuvres du citoyen Pierre-Louis-Marie Thiers, propriétaire, actuellement absent, et dans la maison d'habitation de l'accouchée sise rue des Petits-Pères sous le numéro 15, île 5, auquel garçon il a été donné les prénoms de Marie-Joseph-Louis-Adolphe en présence du citoyen Pierre Poussel, propriétaire, rue des Petits-Pères et de Jeanne Imbert, coiffeuse demeurant même rue, témoins majeurs desquels le second a déclaré ne savoir écrire. »

L'enfant est légitimé quelques jours après sa naissance, le 13 mai, par le mariage de ses parents[11] ; l'acte de mariage mentionne : « Les époux nous ont déclaré qu'il est issu de leur union un garçon [...] que ces dits époux reconnaissent comme leur fils légitime et veulent légitimer. »

Le baptême est célébré clandestinement par un prêtre réfractaire. Devenu président de la République, Thiers racontera : « J'ai reçu le sacrement du baptême dans une cave. [...] Un digne ecclésiastique voulut bien prêter son ministère à cette cérémonie souterraine. [...] C'est qu'à l'époque de ma naissance, l'Église n'avait pas encore recouvré le libre exercice de ses pratiques, de ses cérémonies ; les prêtres étaient encore, sinon l'objet de persécutions mais de tracasseries ; c'est pour cela que ma mère, qui avait des principes très religieux, avait voulu me faire baptiser dans un lieu ignoré, dans une cave; Croyez donc bien que je suis bien et dûment baptisé et bon chrétien[12]. »

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Lycéen à Marseille[modifier | modifier le code]

Le père d'Adolphe ayant délaissé sa famille une fois le mariage prononcé, l'enfant sera élevé par des femmes. C'est en effet avec sa mère, mais surtout à l'ombre de sa grand-mère maternelle, Marie Lomaka, qu'il grandira. Elle complétera son éducation, comprendra ses dons et l'aidera à s'épanouir financièrement[13]. Son petit-fils gardera toujours une affectation très vive pour elle[a 11].

Entrée du lycée de Marseille, aujourd'hui Lycée Thiers.

Le jeune Thiers commence l'école dans une pension privée jusqu'en 1808, date à laquelle il intègre le lycée de Marseille (aujourd'hui lycée Thiers) ; il y restera jusqu'en 1815. Malgré des conditions de vie draconiennes[14], Thiers s'y épanouit et devient un très bon élève, décrochant à partir des humanités tous les premiers prix de sa classe[15]. Son professeur de rhétorique confie à propos de son élève : « Quelle que soit la carrière dans laquelle il se propose d'entrer, il ne peut manquer de la parcourir avec le plus grand succès[16]. » De son côté, le proviseur M. Dubreuil conseille à sa mère de l'encourager dans la carrière du barreau[a 12].

Alors que sa mère et sa tante sont, à l'instar de la majorité des marseillais, royalistes et pieuses, Thiers s'émancipe de ces opinions pour lui préférer la gloire napoléonienne : « Thiers faisait partie d'un groupe d'écoliers qui avaient pris un abonnement au Journal de l'Empire et qui faisaient acheter tous les bulletins de la Grande Armée. Il était très avide de ces lectures qu'il mettait bien au-dessus de ses devoirs[17]. » Son départ du lycée en 1815 coïncide avec la Restauration, régime qu'il condamnera avec fermeté : « jamais, il n'a pu sortir de ma tête que le gouvernement de la Restauration était le gouvernement de l'étranger[18] », dira-t-il en constatant l'occupation de la ville de Marseille par des régiments anglais et autrichiens[a 13]. Il restera également marqué par la Terreur blanche de 1815 et le massacre des Mamelouks[b 10].

Étudiant en droit et avocat à Aix-en-Provence[modifier | modifier le code]

Suivant les conseils de son proviseur, Thiers part faire ses études de droit à Aix-en-Provence. Seul, il s'installe d'abord chez un menuisier rue des Pénitents-Noirs, puis rue Plateforme et enfin rue Adanson, chez un maçon, en 1817[a 14]. Sa mère et sa grand-mère le rejoignent en 1818 rue Silvacane, où ils vivent ensemble. Le journaliste Louis Méry décrit en ces termes le cocon familial d'alors : « [Thiers] remerciait souvent le ciel de ce que, l'ayant fait naître à Marseille, il l'avait conduit à Aix. Sa mère s'y était établie dans un petit jardin du faubourg, lieu favorable aux calmes études. Un berceau en charmilles y conduisait et les arbres fruitiers y étaient rapprochés au point de former une agréable voûte de verdure. La maison s'élevait au fond, simple et de jolie apparence, n'ayant qu'un étage surmonté d'une treille qui s'arrondissait sur la terrasse. Plus d'une fois, sans doute, le ministre des Affaires étrangères, le président du Conseil dans son magnifique hôtel du boulevard des Capucines, a dû regretter cette maison de jeunesse modeste et retirée qu'enveloppait une verdoyante fraîcheur[19]. »

Parallèlement à ses études de droit, Thiers fréquente assidûment la Bibliothèque Méjanes où il dévore les œuvres de nombreux auteurs tels Rousseau, Montesquieu, Vauvenargues, son cousin André Chénier, Fénelon, Bernardin de Saint-Pierre, Virgile et Homère notamment. Il se passionne en outre pour la philosophie, nourrissant le projet d'écrire des ouvrages de métaphysique : « Je veux faire ce que l'on appelait autrefois de la métaphysique, écrit-il à Teulon en 1820 [...]. Je tâcherai de rendre cette métaphysique vivante, comme elle l'est dans l'Émile. Je sèmerai plus d'un épisode dès que je pourrai quitter la forme de l'analyse. [...] Ce seront des contes philosophiques courts, significatifs, autant que je pourrai et sur tous les tons[20]. »

François-Auguste Mignet (ici en 1865), ami intime de Thiers connu à Aix-en-Provence.

La vie aixoise est pour Adolphe Thiers l'occasion d'entrer en contact avec Arlatan-Lauris, ancien président du Parlement de Provence, et de Henri-Jean-André Arnaud, chirurgien en chef de l'hôpital, qui seront ses protecteurs. Mais surtout, Thiers parvient à créer autour de lui un groupe d'amis qui deviendront pour la plupart illustres : Rouchon-Guigues qui sera avocat et historien ; Charles Giraud futur membre du Dernier ministère ; Antoine Aude, futur maire d'Aix ; Émile et Séverin Benoît qui seront avocats ; Pierre Revoil, artiste lyonnais ; Floret, futur préfet de Louis-Philippe, Mottet, futur conseiller d'État ; et Toussaint Borély notamment[a 15]. Mais les deux personnes qui occuperont une place particulière dans la vie de Thiers et qu'il a connues à Aix sont Émile Teulon et l'historien François-Auguste Mignet. Ce dernier tissera avec Thiers une amitié durable que rien n'altérera. Quand Mignet part à Paris en 1821, Thiers écrit ces mots à Teulon : « J'ai perdu Mignet et pour vous figurer quelle douleur j'ai éprouvée, il faudrait connaître l'intimité, et j'ose dire la nécessité des rapports qui existaient entre nous... [...] Maintenant je suis seul et sans forces[21]. » Ses amis croient en lui et en sa réussite : Méry affirmera en 1837 qu'« aucun ne doutait que ce jeune homme dont ils admiraient la carrière brillante, la vive aptitude aux sciences, les soudaines et animées reparties, l'improvisation souvent agressive et pétulante [...] n'arrivât un jour aux postes les plus éminents de l'État. C'était à ce sujet une conviction tellement entière et profonde, que jamais le moindre éveil de sourire ironique ne parut sur une lèvre, quand l'un d'entre eux disait de ce jeune homme : Quand il sera ministre[22]. » Ses camarades scandent parfois à son encontre « Vive Adolphe Ier ! » sans que l'intéressé ne les interrompt[b 11].

Ses études terminées, Thiers est admis brillamment au barreau en 1818[b 12] ; mais à en croire ses propres dires, son éloquence est médiocre : « J'ai deux ou trois fois plaidé aux Assises, écrit-il à Teulon. Je n'ai ni figure ni organe. J'ai été fort mécontent de moi et le public d'Aix l'a été tout autant. Je suis sans fortune, sans état et sans espérance d'en avoir un ici[23]. » La seule plaidoirie réussie que les historiens retiennent de Thiers se déroule dans une affaire d'homicide et d'incendie qu'il plaida avec Mignet : Thiers obtient l'acquittement de l'accusé pour l'homicide, et Mignet le laisse condamner pour l'incendie ; or, il s'avérera que l'homme a bien tué mais pas incendié[b 13].

Parallèlement, il se lance dans l'écriture avec divers projets : un mémoire sur Lally-Tollendal, un traité de trigonométrie sphérique, un mémoire sur l'éloquence judiciaire, un éloge de Tadeusz Kościuszko, une tragédie sur Tiberius Gracchus et enfin quelques chapitres de son futur traité de philosophie[a 16]. Même si certains aboutiront, la plupart de ces projets resteront à l'état embryonnaire. Thiers concourt aussi à l'académie d'Aix avec son Éloge de Vauvenargues mais l'académie, jugeant l'auteur trop libéral, renvoie son jugement à l'année suivante ; ne voulant pas être refusé à nouveau, Thiers fait envoyer son manuscrit de Paris sans signature visible : n'y reconnaissant pas l'auteur de l'année précédente, l'académie se laisse duper et couronne l'ouvrage[b 14].

Las de ne pouvoir s'imposer comme il le souhaiterait, Thiers envisage de s'installer à Paris, seule ville selon lui où il pourra assouvir ses ambitions, et ainsi de rejoindre Mignet. Il avoue à Teulon en novembre 1820 : « Tout cela [les plaidoiries au Palais] ne satisfait pas un âme inquiète qui voudrait voir du pays, des hommes, des événements, des dangers et arriver à la mort ou à de grands résultats. Je ne suis pas heureux, j'éprouve d'ardents besoins et je suis pauvre. J'aimerais les femmes, la table, le jeu et je n'ai point d'or[b 15]. » Il parvient à recueillir quelques sous de ses amis pour le voyage et les premiers temps de vie parisienne. Bien qu'il éprouve une certaine douleur en laissant derrière lui son pays natal, Thiers ne quitte Aix le 18 septembre 1821 qu'en pensant à Paris, à la puissance et à la gloire[a 17].

La conquête du pouvoir[modifier | modifier le code]

Arrivée à Paris[modifier | modifier le code]

Thiers arrive à Paris en diligence le 25 septembre 1821, une semaine après son départ. Selon la témoignage d'un de ses contemporains, « Il avait la tête suspendue à une paire de lunettes, portant un habit à désespérer la chimie, un pantalon collant très court, remontant aux mollets, des bottes de porteur d'eau et un chapeau fabuleux digne du cabinet d'un antiquaire[24]. »

Des lettres de recommandation lui permettent de trouver grâce au duc de La Rochefoucauld-Liancourt un poste de secrétaire à 1 500 francs l'an[b 16]. L'un des auteurs de ces lettres, Jean-Joachim Pellenc, dresse un portrait ambigu mais lucide de Thiers : « Le jeune Thiers est arrivé à Paris depuis deux jours ; son talent d'écrivain surpasse encore toutes les idées que je m'en étais faites. Son plan est de rester à Paris, de s'y fixer et d'en trouver le moyen par le travail. Je présume qu'il y parviendra dès qu'il sera connu. [...] Il y a encore à dire que M. Thiers n'a pas pour lui les qualités extérieures. Il est très petit de stature, le son de sa voix n'est pas agréable. Il a beaucoup d'accent, il lit mal et quoi qu'il ait sa tête énorme et de la cervelle d'Aristote et de celle de Platon à doses presque égales, vous pourriez fort bien dans de vaines discussions le trouver trop idéologue[25]. » Sur la loyauté du jeune homme envers ses protecteurs, Pellenc se montre dubitatif : « Il est probable que plus tard, que dans peu de jours peut-être, si quelques libraires ou quelques journalistes s'emparent de lui, il ne sera plus dans la même disposition. [...] D'ailleurs, comme il est pressé, vif et actif, il est possible qu'il s'arrange de lui-même à mon insu[26]. »

Le jeune avocat loge d'abord trois mois chez le duc de La Rochefoucauld-Liancourt au Château de la Rochefoucauld, avant de rejoindre Mignet dans un minuscule garni du Passage Montesquieu dans le 1er arrondissement de Paris (aujourd'hui disparu)[a 18], composé seulement d'une commode, d'un lit de noyer, de chaises et d'une table noire[27]. À la recherche de nouveaux protecteurs, Thiers fait la connaissance de Jacques-Antoine Manuel, député provençal d'extrême gauche, qui l'introduit auprès du banquier Jacques Laffitte ; il rencontre également Étienne, l'un des dirigeants du journal Le Constitutionnel, qui va l'appeler à la rédaction. En se tournant vers le journalisme, Thiers espère exercer une profession plus prometteuse en termes d'influence et financièrement plus juteuse que celle d'avocat[b 17].

Journaliste[modifier | modifier le code]
Gravure représentant Adolphe Thiers, 1845.

Thiers commence donc une carrière journalistique au sein du Constitutionnel ; il fait sa place dès le premier article et perçoit une honorable rémunération[a 19], ce qui lui permet de déménager dans un appartement plus correct au 4 rue de Choiseul[b 18]. Parallèlement, il écrit aussi aux Tablettes universelles, à l’Album des livraisons, au Miroir, aux Annales de la littérature et des arts, à l’Encyclopédie progressive, à la Revue française, au Globe et à la Gazette d'Augsbourg[a 20]. Thiers emploie un style clair et une polémique aiguisée, si bien que ses éloges sont recherchés et ses analyses appréciées ; il est capable d'écrire sur tous les sujets avec la même aisance[a 21]. Bien que la majorité de ses contributions soient de nature politique, il s'adonne aussi à l'économie et à la finance, suivant notamment les fluctuations boursières et le krach immobilier de 1826[b 19]. Ses journées sont bien remplies : levé à 5 heures, Thiers écrit chez lui le matin, se rend au journal l'après-midi et court les salons le soir afin de faire des rencontres et récolter des informations[b 20].

Touchant à beaucoup de sujets différents, il va dans le même temps écrire sur l'art (Salon de 1822, Salon de 1824), sur la littérature (notice sur la vie et les lettres de Madame du Deffand) et la finance (Law et son système de finance)[a 22]. Il sera l'un des premiers journalistes à révéler le talent de Delacroix, faisant l'éloge du jeune peintre dans le Constitutionnel du 11 mai 1822. Sa curiosité l'amène à rencontrer des personnalités de divers horizons, tels Joseph-Dominique Louis et les généraux de l'Empire ; il fréquente de nombreux salons littéraires, comme ceux de Madame de La Fayette, Madame de Dino (nièce de Talleyrand), Madame Aubernon et Madame Pomaret[a 23] ; la maison de François Gérard qui lui permet de rencontrer Stendhal, Lizinska de Mirbel, Wilhelm von Humboldt, Prosper Mérimée et Louis François Bertin de Vaux[a 24]. Deux rencontres marqueront un tournant dans la vie de Thiers : celle de Rémusat (avec qui il réanimera La France chrétienne) et celle de Talleyrand.

De 1824 à 1830, Thiers collabore à la Gazette d'Augsbourg, journal allemand au sein duquel il représente le correspondant français, signant ses articles Der französische Correspondent. Cette activité lui donne des revenus supplémentaires et lui permet de s'exprimer plus librement que dans la presse française. Il y donne ses analyses concernant la politique intérieure (notamment la mort de Louis XVIII et l'avènement de Charles X) et la politique étrangère (indépendance des colonies espagnoles, indépendance de la Grèce). Cette collaboration permet au jeune homme d'accroître son influence professionnelle et sociale, et d'élargir ses contacts[b 21].

Thiers est convaincu que la question constitutionnelle est ce qui sépare la branche aînée des Bourbons de l’opinion. Pour lui, la société française est avant tout dominée par la crainte du gouvernement des prêtres : « La France, écrit-il, est incrédule encore plus que libérale »[28]. Il soutient que « le joug de l'Église est le plus abhorré de tous en France » et que c'est à cette époque « qu'on peut vérifier que la France est incrédule plus que libérale. [...] Le dégoût est universel, on rencontre une foule de gens qui disent : Pourquoi ne nous faisons-nous pas protestants[a 25] ? ».

Avec le républicain Armand Carrel, son ancien condisciple et ami François-Auguste Mignet et le libraire éditeur Auguste Sautelet, il fonde ensuite, au tout début de 1830, un journal d’opposition au régime de Charles X, Le National, dans lequel il développe ses conceptions politiques.

Historien[modifier | modifier le code]
Histoire de la Révolution française, édition en 10 volumes (Furne et Cie, Paris, 1865).

Thiers ne se contente pas du journalisme : en février 1822, il traite avec les éditeurs Lecointe et Duret pour publier une Histoire de la Révolution française ; les deux premiers volumes paraissent à l'automne de 1823 et les deux suivants en 1824[a 26]. Dans l'ensemble, le succès est vif et l'auteur est notamment salué par Chateaubriand, Stendhal et Sainte-Beuve[a 27]. L'œuvre sera traduite en anglais (1838) et en espagnol (1889) et connaîtra de nombreuses éditions[a 28]. Quand Thiers est reçu à l’Académie française en le 13 décembre 1834 au fauteuil 38, il reconnaît que c'est comme historien et non comme ministre qu'il entre chez les Immortels : « J’ai consacré dix années de ma vie à écrire l’histoire de notre immense révolution ; je l’ai écrite sans haine, sans passion, avec un vif amour pour la grandeur de mon pays ; et quand cette révolution a triomphé dans ce qu’elle avait de bon, de juste, d’honorable, je suis venu déposer à vos pieds le tableau que j’avais essayé de tracer de ses longues vicissitudes[29] ». La publication de l'ouvrage s'avère être en outre une affaire lucrative et accroît les connaissances de l'auteur sur la politique, l'administration, la guerre et les finances[a 29].

Thiers historien, caricature d'André Gill (1867).

Il fréquente avec son ami François-Auguste Mignet la goguette des Frileux[30]. De 1845 à 1862, il publie en 20 tomes Le Consulat et l’Empire, récit chronologique et très détaillé de la période correspondante.

Ses contributions à la Monarchie de Juillet[modifier | modifier le code]

Lors des Trois Glorieuses (1830), il est de ceux qui poussent Louis-Philippe d’Orléans à prendre le pouvoir. Vers la fin de 1830, il est tenté d’évoluer nettement vers la gauche, mais il est épouvanté par la mollesse de Jacques Laffitte face à l’agitation, particulièrement après le sac de l'église Saint-Germain-l'Auxerrois en février 1831, et rejoint alors le parti de la résistance. L'énergique Casimir Perier, qui succède à Laffitte, le subjugue et reste son modèle en politique.

Après la mort de celui-ci, il entre, le 11 octobre 1832, dans le premier ministère Soult au poste-clé, en ces temps troublés, de ministre de l'Intérieur. Avec Guizot et le duc de Broglie, il forme une triade de « talents supérieurs » qui domine le ministère.

À cette époque, Thiers plaît à Louis-Philippe, qu’il sait divertir et flatter. Mais la famille royale le déteste. La reine Louise, qui le surnomme « le poney blanc », s’exclame après sa nomination au ministère de l’Intérieur : « Un homme sans tenue, sans probité politique ! »[31].

Premier gouvernement (1836)[modifier | modifier le code]

Insensiblement, alors que la monarchie de Juillet se stabilise, la menace républicaine étant définitivement éliminée avec les lois de septembre 1835, Thiers évolue vers le centre gauche, puis vers la gauche. Cette évolution est encouragée par le roi, qui cherche à le détacher de ses amis doctrinaires Guizot et Broglie pour mieux affirmer son propre pouvoir. Après que la Chambre des députés a renversé le ministère Broglie, Louis-Philippe nomme Thiers président du Conseil du 22 février 1836 au 6 septembre 1836.

Talleyrand encourage Thiers à accepter : « Monsieur, l’Europe vous attend »[32], non sans mettre en garde le roi[33]. Thiers sait que les relations risquent de devenir rapidement difficiles avec le roi, qui veut gouverner, alors que lui-même a frappé, en janvier 1830, la fameuse maxime : « Le roi règne mais ne gouverne pas ». Mais, après avoir montré ses talents d’homme à poigne au ministère de l’Intérieur et soigné sa popularité au ministère des Travaux publics, il veut être ministre des Affaires étrangères et président du Conseil pour recueillir le mérite de la grande affaire diplomatique à laquelle songe Louis-Philippe : une alliance avec l’Autriche, permettant à la monarchie de Juillet de ne plus être l’otage de l’Angleterre et réglant, dans le même mouvement, la question de l’établissement matrimonial du duc d’Orléans.

Mais, en dépit du zèle mis par Thiers à seconder les désirs de Metternich, le projet de mariage autrichien est rejeté par la cour de Vienne. Sur le plan intérieur, Thiers est également fragilisé par la reprise de l’agitation républicaine à la suite de l’attentat d’Alibaud (25 juin 1836) contre Louis-Philippe.

Désireux de se venger de l’affront infligé par l’Autriche et de rétablir sa popularité en conquérant un peu de gloire militaire, Thiers voudrait envoyer des troupes françaises dans la péninsule ibérique, qui sombre progressivement dans la guerre civile en raison de la rébellion carliste contre la reine-régente Marie-Christine. Il croit pouvoir faire annoncer une intervention militaire imminente le 13 août, au lendemain du pronunciamiento de la Granja, qui contraint la reine régente à accepter la Constitution libérale de 1812. Mais il est aussitôt désavoué par Louis-Philippe, viscéralement hostile à une intervention militaire dans la péninsule ibérique, et conforté dans son refus par Talleyrand et par Soult, qui en a fait l’expérience malheureuse sous l’Empire. Aussi, le 16 août, Thiers envoie sa démission au roi, « se réservant de le servir utilement quand ils seront tout à fait d’accord »[34].

Dans les jours suivants, le roi et Thiers ont plusieurs entretiens pour régler la succession. D’après la duchesse de Maillé, « il y a eu une scène, où Thiers a été assez insolent et ils se sont mal quittés. M. Thiers lui a dit qu’il reviendrait au ministère malgré lui, comme l’homme du peuple ; qu’il avait en cette qualité plus de pouvoir que lui. C’est un ennemi dangereux que M. Thiers. »[35] « Thiers, commentera Louis-Philippe, a été excellent jusqu’à la rupture du mariage ; après cela, il a complètement perdu la tête. »[36].

Pendant les années 1837 à 1839, Thiers cherche ardemment sa revanche et combat sans relâche son successeur, le comte Molé. Âme de la « coalition » formée pour le renverser, il s’évertue à faire échouer, une fois ce but atteint, toutes les combinaisons imaginées par Louis-Philippe pour le remplacer. Le roi cherche même à l’écarter en lui offrant une grande ambassade, que Thiers refuse avec indignation tandis que ses amis poussent de hauts cris. Son opportunisme trop évident lui est violemment reproché par Balzac dans la Chronique de Paris le 12 mai 1836 : « Monsieur Thiers n’a jamais eu qu’une seule pensée : il a toujours songé à Monsieur Thiers (…)[37]. »

Son attitude n’est cependant pas du goût de tous ses partisans, et Thiers subit un premier camouflet avec l’élection à la présidence de la Chambre des députés, le 14 avril 1839, d’un dissident du centre gauche, Hippolyte Passy, alors qu’il soutenait Odilon Barrot. Un mois plus tard, lorsque Louis-Philippe parvient enfin à constituer un gouvernement sous la présidence du maréchal Soult, Thiers y voit entrer avec fureur deux de ses ex-amis, Passy et Jules Dufaure, alors qu’il leur avait demandé de n’accepter aucun portefeuille sans son aval. Il tente alors, mais en vain, de se faire élire à la présidence de la Chambre des députés mais n’obtient que 206 voix, le 14 mai, contre 213 à Sauzet, candidat du Tiers Parti. Mortifié et ivre du désir de se venger, il entreprend, à la fin de 1839, de se rapprocher de Molé, et prévient à tout hasard le roi et Soult qu’il accepterait d’entrer dans n’importe quelle combinaison ministérielle à condition de n’y retrouver ni Passy, ni Dufaure.

Deuxième gouvernement (1840)[modifier | modifier le code]

De nouveau président du Conseil du 1er mars au 29 octobre 1840, il est finalement écarté en 1840 en faveur de François Guizot après la crise de politique étrangère que provoque l'affaire égyptienne. Sa politique étrangère visait à soutenir Mehmet Ali dans sa rupture avec l'Empire ottoman soutenu par les autres puissances européennes (Grande-Bretagne, Russie, Autriche et Prusse). Non seulement Louis-Philippe ne voulait pas rompre avec la Grande-Bretagne, mais en plus, la Prusse ferma sa frontière sur le Rhin ce qui conduisit à une tension très forte et à une explosion de nationalisme allemand antifrançais en Rhénanie. Le roi arbitre en sa défaveur, et, affaibli par son renoncement, Thiers retourne à l'opposition. Il continue à siéger à la chambre des députés dans l’opposition centre gauche où il prend peu la parole, rédigeant la suite de son histoire de la Révolution (Le Consulat et l’Empire 1845) sur le terrain même de son adversaire Guizot, l'historien. Il encourage la campagne des Banquets qui demande la baisse du cens et dont l'interdiction conduit à la révolution de 1848.

Le 13 janvier 1841 Adolphe Thiers présente sa « Loi tendant à ouvrir un crédit de 140 millions de francs pour les fortifications de Paris »[38], connues comme l'enceinte de Thiers[39]. Afin de rassurer ceux qui s'inquiétaient de voir les postes de batteries installées à la fois vers l'extérieur, et vers l'intérieur de la capitale, il répondit : « c'est calomnier un gouvernement, quel qu'il soit, de supposer qu'il puisse un jour chercher à se maintenir en bombardant sa capitale »[38]. C'est pourtant ce qu'il fit en 1871.

De la monarchie constitutionnelle à la République[modifier | modifier le code]

Deuxième République[modifier | modifier le code]

« Adolphe Thiers, bourgeois orléaniste chimiquement pur » selon Maurice Agulhon[40], est écarté des affaires pendant les premiers mois de la révolution de 1848. Le 23 février 1848, quand enfin Louis-Philippe ouvre les yeux sur la gravité de la situation et accepte la démission de Guizot, il charge le Comte Molé puis Thiers, de former un nouveau ministère, mais tous deux ont déjà compris qu'il était trop tard.

Trop marqué par ses responsabilités passées, Thiers ne peut siéger au Gouvernement provisoire de la Deuxième République, ni dans la Commission exécutive de mai. Battu aux élections d'avril, il commence à prendre sa revanche en juin, élu avec la droite réactionnaire qui relève la tête. Il apporte alors son appui à une République conservatrice, dans laquelle les classes les plus populaires sont exclues du droit de vote et où l'Église catholique conserve une forte influence morale en particulier dans l'enseignement. Il préside la Commission sur l'assistance et la prévoyance publiques, rendant son rapport en janvier 1850[41].

Il appuie la candidature de Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence, avec le groupe du parti de l'Ordre contre celle de Lamartine.

Second Empire[modifier | modifier le code]

Opposé au coup d'État du 2 décembre 1851 du futur Napoléon III, durant lequel son arrestation est ordonnée, il fuit en Suisse, revient en 1852 mais se tient dans un premier temps à l’écart de la vie politique sous le second Empire auquel il est opposé.

Le régime devient plus libéral dans les années 1860. Il est élu député de Paris en 1863. Il fait un discours remarqué sur les « libertés nécessaires » et devient le chef de l’opposition libérale. Il attire l'attention de l'opinion publique sur les dangers que représente l'unification de l'Allemagne par la Prusse mais avertit aussi du risque de la guerre en lançant un « vous n'êtes pas prêts » au gouvernement.

Vers la IIIe République (1871-1873)[modifier | modifier le code]

Adolphe Thiers, par le photographe Nadar
La Commune de Paris tenant Thiers sous forme d’un nouveau-né chétif : « Et dire qu’on voudrait me forcer à reconnaître ce crapaud-là !... »
Caricature parue dans Le fils du père Duchêne Illustré no 2 le 6 Floréal 79.

Après la défaite de Sedan (2 septembre 1870) et la chute de l'Empire (révolution du 4 septembre à Paris), le Gouvernement de la Défense nationale veut continuer la guerre engagée contre la Prusse par Napoléon III. Thiers est pressenti pour devenir ministre des Affaires étrangères mais n'accepte pas le poste. C'est Jules Favre qui est nommé. Il confie à Thiers la mission d'aller rechercher des appuis dans les capitales européennes. Thiers est à Londres du 13 au 20 septembre alors même que Favre rencontre Bismarck à Ferrières du 18 au 19. Thiers passe ensuite deux jours à Vienne puis est à Saint-Pétersbourg du 28 septembre au 9 octobre. Il revient par Vienne et Florence et arrive à Tours le 21 octobre, sans résultat. Grâce à un sauf-conduit obtenu par les Russes, il regagne, le 30 octobre, Paris assiégé. Convaincu qu'il faut reprendre des négociations avec les Prussiens, il obtient l'accord de Favre et, du 31 octobre au 5 novembre, il rencontre Bismarck installé à Versailles. Le gouvernement ne se sent pas en position, après l'émeute du 31 octobre à Paris, de faire accepter aux Parisiens des concessions territoriales et met un terme aux négociations.

L'armistice du 28 janvier 1871, est signé par Favre. La France n'ayant plus d'assemblée depuis le 4 septembre 1870, l'armistice prévoit qu'en trois semaines, une assemblée doit être élue et des préliminaires de paix signés et ratifiés par cette assemblée.

Des élections se tiennent donc le 8 février, après une campagne d'une brièveté unique dans l'histoire française. Dans les départements occupés, elles ont lieu sous un contrôle des armées allemandes[réf. souhaitée]. Thiers est élu « chef du pouvoir exécutif de la République française » — c’est-à-dire à la fois chef de l’État et du gouvernement — le 17 février 1871 par l’Assemblée nationale, réunie à Bordeaux[42] et un gouvernement est constitué. Thiers conclut avec Bismarck le traité préliminaire de paix le 26 février, ratifié par l'Assemblée le 1er mars, puis le traité de Francfort le 10 mai 1871.

Mais la crainte d'une restauration monarchique, la déception liée aux conditions de paix ainsi que des mesures maladroites comme la suppression de la solde de certains gardes nationaux ou l’enlèvement des canons de Montmartre, contribuent à provoquer, le 18 mars, un soulèvement à Paris, où est proclamée la Commune. Depuis Versailles, où s’est replié le gouvernement, Thiers organise le siège de Paris, qui se solde par l'écrasement de l’insurrection, dotée de moindres capacités militaires. La répression qui s'ensuit - nombreuses exécutions sommaires, procès expéditifs condamnant des communards à la mort, au bagne ou à la déportation - ont terni durablement la réputation de Thiers dans une partie de l'opinion, qui aujourd'hui encore peut s'illustrer par la sentence de Georges Clemenceau, maire de Montmartre lorsque la Commune se déclenche: « Thiers, le type même du bourgeois cruel et borné qui s’enfonce sans broncher dans le sang »[43].

Article détaillé : Commune de Paris (1871).

Les réformes de Thiers[modifier | modifier le code]

Chef du Pouvoir exécutif, Thiers se lance dans des réformes financières, administratives et militaires.

D'abord, il reste à payer l'indemnité de guerre de 5 milliards de francs exigées par l'Allemagne, somme correspondant à deux ou trois budgets annuels à cette époque[44]. Certains députés républicains jugent le moment opportun de réaliser l'un des idéaux du programme de Belleville, à savoir le vote d'une loi établissant l'impôt sur le revenu. Mais Thiers et la majorité de l'Assemblée sont fermement opposés à une réforme financière aussi révolutionnaire et le projet est repoussé. L'idée d'une souscription par des emprunts nationaux, placés dans le public, lui est préférée. Ce grand emprunt public décidé par Thiers, voté le 21 juin 1871, permet de réunir dans la seule journée du 27 juin plus de 4 milliards de francs. Les Allemands évacuant au fur et à mesure des paiements, Thiers demande que les quatre départements parisiens soient d’abord évacués, et en septembre 1873, les derniers fonds sont versés alors que les dernières troupes d'occupation quittent le pays.

Ensuite, Thiers entreprend de réformer la carte administrative par deux grandes lois :

  • Celle du 10 août 1871 maintient le préfet comme unique représentant de l'État dans le département ; le Conseil général de préfecture est, comme sous le Second Empire, élu au suffrage universel masculin, mais, et c'est une nouveauté, le département obtient le statut de collectivité territoriale.
  • Celle du 14 avril 1871 revint sur la loi du 7 juillet 1852, adoptée sous le Second Empire : le maire est élu par le conseil municipal (lui-même élu au suffrage universel), sauf dans les villes de plus de 20 000 habitants où le maire est nommé à la discrétion du gouvernement. Cette défiance à l'égard des grandes municipalités s'explique par les événements de la Commune. Par ailleurs, Paris « bénéficie » d'un régime spécial, sans maire.

Enfin, est votée la loi du 27 juillet 1872 sur l'armée, refusant aux militaires, souvent républicains, le droit de vote. L'armée devint ce qu'on appela « la Grande Muette ».

Adolphe Thiers premier président de la IIIe République[modifier | modifier le code]

Thiers est considéré indispensable à l'Assemblée monarchiste pour négocier le départ anticipé des troupes allemandes. Les monarchistes ne sont pas fâchés de laisser la répression de la Commune afin de préserver « les Princes d'un pareil fardeau en pareil temps[45] ». Par ailleurs, il faut éviter que le Roi ne rentre « dans les fourgons de l'étranger » comme en 1814, c'est-à-dire que les Français assimilent le retour du roi à l'humiliation de la défaite et à l'occupation de la France par une armée étrangère. Il vaut mieux donc conforter Thiers dans sa position de chef de Gouvernement, en attendant que la Restauration puisse se faire.

Celui-ci, critiquant son titre de « Chef », lui préfère celui de « Président de la République », et l'Assemblée lui accorde, par la loi Rivet du 31 août 1871, ce qu'il demandait, précisant ses pouvoirs : Le président est révocable à tout instant et son mandat dure tant qu'existe l’Assemblée. Il nomme et révoque les ministres, responsables tout comme lui devant l’Assemblée, et ses actes sont contresignés par un ministre. Par décret du 2 septembre 1871, Jules Dufaure, le Garde des Sceaux est nommé vice-président du Conseil. La formule de vice-président du Conseil est appropriée, car c'était le président de la République qui présidait le Conseil des ministres, cumulant ainsi les fonctions de chef de l'État et celle de chef du Gouvernement (en plus de celle de député). Jean-Marie Mayeur explique les méthodes de gouvernement de Thiers : usant perpétuellement de la menace de démissionner, se sachant absolument nécessaire, le Président de la République impose son autorité à une majorité de plus en plus réticente[46]. Le basculement de ses convictions entraîne sa chute.

Les monarchistes sont divisés en deux familles, deux obédiences n'acceptant pas le même héritage :

  • Les Légitimistes, prônant un retour à la monarchie de droit divin, ne s'appuyant ni sur le peuple, ni sur le Parlement, détestant la Révolution et ses avancées, sont réunis autour de la personne du Comte de Chambord, pour eux Henri V depuis l'abdication de son grand-père Charles X.
  • Les Orléanistes, voulant réconcilier Royauté et Révolution, et adoptant le drapeau tricolore comme le fit le Roi-citoyen, ont pour prétendant le Comte de Paris.

La Chambre étant divisée en trois grands blocs, les Légitimistes, les Orléanistes et les Républicains, les monarchistes doivent s'allier pour espérer le retour d'un Roi. Or, cette alliance ne se fait pas. En effet, par le Manifeste du 5 juillet 1871, le Comte de Chambord, premier dans l'ordre de succession, refuse d'adopter le drapeau tricolore pour lui préférer le drapeau blanc. Ce refus, empêchant la Restauration, sépare les Orléanistes des Légitimistes, et le 7 juillet, une déclaration de 80 députés légitimistes libéraux entraîne une scission au sein du Cercle des Réservoirs[47].

Devant les échecs d'une restauration, Thiers semble se tourner de plus en plus vers le régime républicain, et dans un discours du 13 novembre 1872, il affirme son ralliement à la République, qu'il voulait socialement conservatrice et politiquement libérale. Dans son message présidentiel à l'Assemblée, il dit : « la République existe, c’est le gouvernement légal du pays. Vouloir autre chose serait une nouvelle révolution et la plus redoutable de toutes ». Inquiets de la montée des groupes parlementaires républicains aux élections partielles et des mouvements de gauche, notamment radicaux, les monarchistes attendent de Thiers qu'il s'y oppose. Celui-ci se contente de leur répondre :

« Puisque vous êtes la majorité, que n'établissez-vous la monarchie ?  »

Comprenant que Thiers ne les aiderait plus, la "loi chinoise" est votée, le 13 mars 1873, portant sur « les attributions des pouvoirs publics et les conditions de la responsabilité ministérielle ». Désormais, si le président peut toujours s'exprimer au sein de l'Assemblée nationale, son allocution n'est pas suivie de débats. Cela limite son temps de parole et le transforme en monologue. Cette loi est importante en ce qu'elle établit définitivement les relations entre le parlement et le Président de la République sous la IIIe République. Le 15 mars 1873 est signée la convention d'évacuation des troupes allemandes, Thiers n'est plus indispensable à la majorité monarchiste. Une « Union des droites » se forme autour d'Albert de Broglie afin de faire « prévaloir dans le gouvernement une politique résolument conservatrice ». Le 23 mai 1873, Thiers prononce un discours de deux heures, signifiant à la majorité monarchiste que la République serait le seul régime viable :

« J’ai pris mon parti sur la question de la République, oui, je l’ai pris. Ce qui m’y a décidé, c’est qu'aujourd’hui pour vous, pour nous, la monarchie est impossible. On n’occupe pas un trône à trois (le comte de Chambord, le comte de Paris et le prétendant bonapartiste alors prince impérial) !  »

Lors d'une élection partielle, Rémusat, candidat de la majorité, est battu par Désiré Barodet, ce qui entraîne une forte activité à la Bourse de Paris, durant la journée de dimanche, sur le trottoir devant le Palais Brongniart[48]. Cet échec, très suivi, fut une des raisons de la chute de Thiers, qui démissionne le 24 mai, persuadé qu'il serait rappelé puisque trop indispensable. Patrice de Mac-Mahon, légitimiste, général ayant réprimé la Commune, est alors élu président de la République, le soir même.

Après sa mort[modifier | modifier le code]

Le mausolée d'Adolphe Thiers au Père-Lachaise

En 1877, l’année de sa mort, Gambetta le proclame « libérateur du territoire ». Il repose dans un énorme mausolée à côté de la chapelle au Père-Lachaise, division 55. Sur l'épitaphe apposée, on lit : « Patriam dilexit - Veritatem coluit ». Près d'un million de parisiens assistent à ses obsèques et une centaine de villes de France lui consacrent une place ou une avenue[b 22].

Vie privée[modifier | modifier le code]

En 1827, Adolphe Thiers se lie d'amitié avec la famille Dosne. Alexis Dosne est un riche agent de change. Thiers est très vite l'amant de la maîtresse de maison, Eurydice (elle a alors 32 ans et lui 30). En novembre 1833, il épouse Élise Dosne fille aînée de sa maîtresse. Balzac fait une référence caustique à ce mariage dans La Maison Nucingen en écrivant : « Après quinze ans de liaison continue et, après avoir essayé son gendre, la baronne Delphine de Nucingen avait marié sa fille à Rastignac. » Ce mariage lui apporte une très grande fortune, mais ne lui donne aucune position sociale solide. Élise apporte en dot un hôtel particulier situé place Saint-Georges, qui abrite aujourd'hui la fondation Dosne-Thiers. Il s'entiche également de la seconde fille de la famille, Félicie.

La presse parle alors des « trois moitiés de M. Thiers ». En 1871, Eurydice décède. Adolphe Thiers continue sa relation avec les deux sœurs.

Place dans l'histoire[modifier | modifier le code]

Dans les premiers jours qui suivent sa mort, Thiers laisse une image plutôt positive et les éloges ne tarissent pas à son sujet. Par exemple, le quotidien Le Temps du 5 septembre 1877 résume ainsi sa carrière : « Il avait quatre-vingt ans, mais sa ferme et lucide intelligence, son incroyable activité de corps et d'esprit, la vivacité de sa conversation et de ses allures, tout nous ôtait jusqu'à l'idée d'une fin prochaine. Ce vieillard, dont l'histoire était celle du pays depuis près de soixante ans, apparaissait déjà comme un personnage légendaire et, cependant, avec le passé, il représentait pour nous, pour la France républicaine et libérale, un avenir long et utile... Il avait encore des services à rendre, des conseils à donner, des hommes à éclairer... ; sa grande expérience, sa clairvoyance inaltérable, sa passion du bien public donnaient à ses avis une autorité tout à fait unique. »

Puis, très vite, cette image se ternit, si bien que le duc d'Aumale n'hésite pas à affirmer que « M. Thiers est le plus grand ennemi que la France ai jamais eu[49]. » L'historien Pierre Guiral explique que Thiers s'est fait beaucoup d'ennemis au cours de sa vie : les bonapartistes pour son opposition à l'Empire, les monarchistes pour la fondation de la République, et enfin les « républicains avancés » pour l'écrasement de la Commune[a 30]. Le député socialiste Clovis Hugues s'insurge à l'idée d'édifier une statue à son effigie : « Eh ! parlons-en de ce petit grand homme. Si toutes les victimes qu'il a faites en formaient le socle, sa tête irait toucher le ciel[a 31] ! »

En mai 1968 s'installe en France une haine anti-Thiers : à Marseille, certains étudiants veulent rebaptiser le lycée Thiers en lycée Pythéas ou encore en lycée de la Commune de Marseille. La rue Thiers est débaptisée à Vernon et sa tombe à Paris est profanée[a 32]. La même année, l'article consacré à Adolphe Thiers dans le Dictionnaire des littératures énonce qu'« il noya dans le sang la Commune[50]. »

En 1990, l'historien François Roth écrit :« Il faut débarrasser la mémoire de Thiers des légendes qui l’obscurcissent. La plupart de ses contemporains l’ont porté aux nues et n’ont pas tari d’éloges sur « l'illustre négociateur », sur l'éminente sagesse de «l'illustre homme d’Etat ». Les historiens du début du [XXe] siècle ont baissé un peu le ton tout en l’approuvant. Puis un courant d'opinion amorcé par les ouvrages d'Henri Guillemin l'a rejeté. Pour les insurgés de 1968 et les célébrants intellectuels du centenaire de la Commune, le cas de Thiers n’est même plus plaidable. [...] Il faut toujours revenir au contexte de février 1871. Avec ce qui restait d'armée, la reprise de la guerre était une totale illusion. […] Thiers a été suivi, la mort dans l'âme, par l'immense majorité de ses compatriotes »[51].

Synthèse des mandats électifs[modifier | modifier le code]

  • 1848 : élu député de la Seine (Paris) à l'Assemblée nationale constituante (élu dans 3 autres départements)
  • 1863 : réélu député de la Seine
  • 8 février 1871 : élu député dans plusieurs départements (dont le Loiret, mais aussi de la Vienne), il opte (à une date non connue, avant le 2 juillet 1871) pour le mandat de député de la Seine

Décorations[modifier | modifier le code]

Généalogie[modifier | modifier le code]

Portrait[modifier | modifier le code]

Portrait physique[modifier | modifier le code]

D'une petite taille (1,55 m) et le teint noir, Adolphe Thiers ressemble physiquement à son père[b 23].

Sa voix est aiguë et nasillarde[b 24].

Personnalité[modifier | modifier le code]

Citations[modifier | modifier le code]

Citations d'Adolphe Thiers[modifier | modifier le code]

  • « Le roi n’administre pas, ne gouverne pas, il règne. » (« Du gouvernement par les chambres », Le National - 4 février 1830).
  • « La république est le gouvernement qui nous divise le moins. » (Discours à l’Assemblée législative - 13 février 1850)
  • « Nul ne doit faire peser sur la société le fardeau de sa paresse ou de son imprévoyance. »
  • « La République sera conservatrice ou ne sera pas ! »
  • « Il n’y a qu’un trône et l’on ne peut l’occuper à trois. » (Message de Thiers lu à l’Assemblée nationale le jour de sa démission de la présidence de la République le 24 mai 1873. Il y affirme qu’un retour à la monarchie est impossible car il y a trois prétendants : les comtes de Chambord et de Paris et le prince impérial, fils de Napoléon III.)
  • « Je veux rendre toute-puissante l'influence du clergé, parce que je compte sur lui pour propager cette bonne philosophie qui apprend à l'homme qu'il est ici-bas pour souffrir et non cette autre philosophie qui dit au contraire à l'homme : "Jouis" » (Discours prononcé au sein de la Commission sur l'instruction primaire de 1849)
  • « Les droits politiques soutiennent la démocratie, les droits publics sont les libertés nécessaires à celle-ci. »
  • « C'est un crétin qu'on mènera. » (à propos de Louis-Napoléon Bonaparte ; cité par A. Dansette, 1848[54])
  • « Un peuple instruit est un peuple ingouvernable » (dans une réponse à Victor Hugo)

Citations sur Adolphe Thiers[modifier | modifier le code]

  • « M. Thiers est le maître de ces farceurs libéraux, très démoc, dans l'opposition, et très réac, dès qu'ils ont pu escalader le pouvoir. » Études politiques et critiques ; Les derniers scandales par Aristophane, Éditions Armand, Paris, 1869.
  • « Eh ! parlons-en de ce petit grand homme. Si toutes les victimes qu'il a faites en formaient le socle, sa tête irait toucher le ciel[a 33] ! » (Clovis Hugues, sur un projet de statue à son effigie).
  • « Personne n'a résumé comme lui la France[b 25]. » (Gustave Flaubert).

Karl Marx a été extrêmement virulent contre Adolphe Thiers notamment dans le premier chapitre de La guerre civile en France :

  • « Thiers, ce nabot monstrueux, a tenu sous le charme la bourgeoisie française pendant plus d'un demi-siècle, parce qu'il est l'expression intellectuelle la plus achevée de sa propre corruption de classe[55]. »
  • « Napoléon Ier dont il [Thiers] était devenu le cireur de bottes historique. »
  • « Thiers n'a été conséquent que dans son avidité de richesse, et dans sa haine des hommes qui la produisent. »

La guerre civile en France, Karl Marx, 1871.

Dans la fiction[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Salon de Mil huit cent vingt-deux, ou collection des articles insérés au Constitutionnel, sur l'exposition de cette année, Paris, Maradan, 1822. 5 lithographies hors-texte.
  • Les Pyrénées et le Midi de la France, pendant les mois de novembre et décembre 1822, Paris, Ponthieu, 1823.
  • Histoire de la Révolution française, Paris, Lecointre et Durey, 1823-27 (10 volumes).
  • Law et son système de finance, Paris, 1826.
  • La Monarchie de 1830, par A. Thiers, député des Bouches-du-Rhône, Paris, Alexandre Mesnier, 1831.
  • Histoire de la Révolution Française. Précédée d'un Précis de l'histoire de France, par M. Michelet, Bruxelles, Société des bibliophiles belges, 1841 (2 volumes).
  • Rapport de M. Thiers sur la loi d'instruction secondaire fait au nom de la Commission de la Chambre des députés dans la séance du 13 juillet 1844, Paris, Paulin, 1844.
  • Histoire du Consulat et l'Empire faisant suite à l'Histoire de la Révolution française, Paris, Paulin (volumes 1 à 16) - Paulin, Lheureux et Cie (volumes 17 & 18) - Lheureux et Cie (volumes 19 & 20), 1845-62. 74 planches gravées sur acier par Eugène Beyer, T. Doherty, Charles Geoffroy, Paul Girardet, Tony Goutière, Jean-Jacques Outhwaite, etc., d’après Horace Vernet, Karl Girardet, Eugène Charpentier (en), etc.
  • De la Propriété, Paris, Paulin, Lheureux et Cie, 1848 (réédition : Paris, Éditions du Trident, 2011).
  • De la propriété. Édition augmentée des Discours sur le droit au travail et sur le crédit foncier, Bruxelles, Méline, Cans et Compagnie, 1848.
  • Du communisme, Paris, Paulin, Lheureux et Cie, 1849.
  • Rapport général présenté par M. Thiers au nom de la Commission de l'Assistance et de la Prévoyance Publiques. Dans la séance du 26 janvier 1850, Paris, Paulin, Lheureux et Cie, 1850.
  • Histoire de Law, Paris, Michel Lévy frères, 1858.
  • Discours de M. Thiers député de la Seine sur l'expédition du Mexique prononcés dans la discussion de l'adresse au corps législatif, Paris, Lheureux et Cie, 1864.
  • Discours de M. Thiers député de la Seine sur les finances prononcés au corps législatif dans la discussion du budget - Séances de 2 et 6 juin, Paris, Lheureux et Cie, 1865.
  • Histoire de la Révolution française, Paris, Furne, 1865 (2 volumes). Illustrations par Yan' Dargent.
  • Discours de M. Thiers député de la Seine sur la politique extérieure de la France spécialement en ce qui concerne l'Allemagne et l'Italie prononcés au corps législatif dans les séances des 14 & 18 mars 1867, Paris, Lheureux et Cie, 1867.
  • Déposition dans l'enquête ouverte sur les banques et la circulation fiduciaire, Paris, 1867.
  • Discours prononcés au corps législatif (janvier et février 1868) par M. Thiers sur la liberté de la Presse, Tours et Paris, 1868.
  • De la propriété. Nouvelle édition augmentée d'un choix de maximes et pensées extraites de L'histoire du Consulat et de l'Empire, Paris, 1868.
  • Discussion du projet de loi relatif à un emprunt de 2 milliards. Séance du 20 juin 1871. Discours de M. A. Thiers, Paris, Imprimerie et Librairie du Journal Officiel, Wittersheim, 1871.
  • Déposition sur le 18 mars, Paris, 1872.
  • Histoire de la révolution du 4 septembre et de l'insurrection du 18 mars : dépositions de M. Thiers devant les commissions d'enquête parlementaire, Paris, 1873.
  • Manifeste de M. Thiers aux électeurs du IXe arrondissement de Paris, Paris, Marpon et E. Flammarion, 1877.
  • Discours parlementaires (1830-1877), publiés par M. Calmon, Paris, Calmann-Lévy, 1879-1883 (15 volumes).
  • Notes et souvenirs de M. Thiers. 1848. Révolution du 24 février, Paris, Calmann-Lévy, 1902.
  • Notes et Souvenirs - Voyage diplomatique. Proposition d'un Armistice. - Préliminaires de la Paix. Présidence de la République, Paris, Calmann-Lévy, 1903.
  • Occupation et libération du territoire 1871-1873 - Correspondances, Paris, Calmann-Lévy, 1903.
  • Discours prononcé à l’Académie Française par M. Thiers pour la réception de M. Stendhal et recueilli par André Billy, Paris, Éditions du Trianon, 1932. Frontispice gravé par Joseph Hémard.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • John M. S. Allison, Thiers and the French Monarchy, Boston, Houghton Mifflin, 1926.
  • Ignacio Manuel Altamirano, À la Mémoire de l'Illustre Républicain Adolphe Thiers, 1877.
  • J. d'Arcay, Notes inédites sur M. Thiers. L'homme privé - l'homme politique, Paris, 1888.
  • Jean Aubert, De quoi vivait Thiers, Paris, Éditions Deux-Rives, 1952.
  • Benoît Yvert (dir.), Premiers ministres et présidents du Conseil. Histoire et dictionnaire raisonné des chefs du gouvernement en France (1815-2007), Paris, Perrin, 2007, 916 p..
  • (en) John Patrick Bury et R. P. Tombs, Thiers, 1797-1877 : a political life, London Boston, Allen & Unwin,‎ 1986, 307 p. (ISBN 9780049440135)
  • Jacques Chabannes, Devenir "Monsieur le Président" : de Adolphe Thiers à François Mitterrand, Paris, France-Empire,‎ 1986 (ISBN 2704804680).
  • Robert Christophe, Le Siècle de Monsieur Thiers, Paris, Librairie Académique Perrin, 1966.
  • Jules Claretie, Histoire de la révolution de 1870-71, Paris, Aux bureaux du journal L’Éclipse, 1872-74 (2 volumes).
  • Pierre Descaves, Monsieur Thiers, Paris, La Table Ronde, 1960.
  • Robert Dreyfus, Monsieur Thiers contre l'Empire, la guerre, la Commune 1869-1871, Paris, Grasset, 1928.
  • Henri Guillemin, L’avènement de Monsieur Thiers, suivi de Réflexions sur la Commune, Paris, Gallimard, 1971.
  • Pierre Guiral, Adolphe Thiers ou De la nécessité en politique, Paris, Fayard, 1986. (ISBN 2-21301-825-1)
  • Gabriel Hanotaux, Histoire de la France contemporaine. Tome 1 - le gouvernement de M. Thiers, Paris, Ancienne librairie Furne société d'édition contemporaine
  • Jean Lucas-Dubreton, Aspects de Monsieur Thiers, Paris, Arthème Fayard, 1948 (réédition : Lausanne, Éditions Rencontre, 1966. Préface par André Billy).
  • Émile de Marcère, L’assemblée nationale de 1871 - gouvernement de M. Thiers, Paris, Librairie Plon, 1904.
  • Robert Marquant Thiers et le Baron Cotta - Étude sur La Collaboration de Thiers a La Gazette d`Augsbourg, Paris, Presse Universitaires de France, 1959.
  • Charles Henri Pomaret, Monsieur Thiers et son siècle, Paris, Gallimard, 1948.
  • Louis Réau, M. Thiers critique d'art et collectionneur, Paris, Lahure, 1921.
  • Maurice Reclus, Le roman des grandes existences. Monsieur Thiers, Paris, Plon, 1929.
  • Paul de Rémusat, A. Thiers, Paris, Librairie Hachette, 1889. (ISBN 978-0543777966)
  • Georges Valance, Thiers : bourgeois et révolutionnaire, Paris, Flammarion,‎ 2007, 440 p. (ISBN 2082100464)
  • Edgar Zevort, Thiers, Paris, Lecerne, Oudin, 1892. (ISBN 978-1246927634)
  • Maurice Agulhon, Monsieur Thiers : d'une République à l'autre : colloque tenu à l'Académie des Sciences, lettres et arts de Marseille, le 14 novembre 1997, Paris, Publisud,‎ 1998 (ISBN 2866007034).
  • Alfred Colling, La Prodigieuse Histoire de la Bourse, Société d'Éditions Économiques et Financières,‎ 1949 Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le patronyme Thiers désigne celui qui est un descendant de Thiers, ancien prénom (nom de personne) en Provence, qui correspond à Saint Thyrse, patron de la ville de Sisteron, nom porté par plusieurs martyrs. Le nom tiendrait aussi son origine dans le Queyras, plus spécialement de Veynes (cf. Pierre Guiral, Adolphe Thiers ou De la nécessité en politique, Fayard, 1986, p. 13). On rencontre le nom dans diverses régions, mais c'est dans l'Aveyron et en Provence qu'il a toujours été le plus répandu. On trouve aussi des variantes du patronyme avec la même signification : Thier, Tier (Sources : Généanet.org/onomastique).
  2. Chobaut et Servières, op. cit., p. 23.
  3. Duc de Castries, Monsieur Thiers, Paris, Librairie académique Perrin, 1983, page 17.
  4. Chobaut et Servières, op. cit., page 90.
  5. Chobaut et Servières, op. cit., page 120.
  6. p. 13.
  7. p. 16.
  8. B. Bareilles, « Les origines d'André Chénier », Mercure de France, 1er avril 1924.
  9. Michel Sementéry, Les Présidents de la République française et leur famille, éditions Christian, 1982.
  10. H. Gastaldy, Adolphe Thiers, Maurice Dreyfous, 1878, p. 21.
  11. Archives communales de Marseille.
  12. Gastaldy, op. cit., p. 23.
  13. Hyacinthe Chobaut et Jean de Servières, Les origines de M. Thiers, pp. 77-78.
  14. « Si je souffrais quelquefois, l'étude me faisait oublier mes privations, et je trouvais un allègement à mes peines en un lieu où les enfants ne le cherchent guère, je veux dire au collège dont le régime tout militaire me donna une santé inébranlable et aussi l'habitude que j'ai toujours conservée de me lever à cinq heures du matin. » (Adolphe Thiers, Plan d'un ouvrage de philosophie, Paris, 1905, p. 2-3).
  15. Sébastien Berteaut, M. Thiers, souvenirs d'un vieux Marseillais, p. 14.
  16. D. Halévy, Le Courrier de M. Thiers, Payot, 1921, p. 17.
  17. Sébastien Berteaut, op. cit., p.15.
  18. Henri Malo, Thiers (1797-1877), Paris, 1932, p.22.
  19. Louis Méry, Les Boucles d'oreille, souvenirs de l'école de droit, p. 104.
  20. Franck Morin Pons, « Thiers avocat aixois (1818-1821) », Provence historique, octobre-décembre 1959, page 239.
  21. Franck Morin Pons, op. cit., p. 228.
  22. Louis Méry, op. cit., p. 104.
  23. Franck Morin Pons, op. cit., p. 236.
  24. Joseph d'Arçay, Notes inédites sur M. Thiers, Paris, 1888.
  25. Cinq lettres sur Monsieur Thiers, Archives de la Bibliothèque historique de la ville de Paris, p. 6-12.
  26. Ibid.
  27. A. Laya, M. A. Thiers, 1846, p. 20.
  28. Cité par Guy Antonetti, Louis-Philippe, Paris, Fayard, 1994, p. 547
  29. Discours de réception sur le site de l'Académie française
  30. Émile de Labédollière, Le Nouveau Paris, Gustave Barba Libraire-Éditeur, Paris 1860, page 222.
  31. cité par Guy Antonetti, Op. cit., p. 750. En octobre 1835, elle écrit encore : « Je le déteste. Il n’a d’autre Dieu que son intérêt personnel, il est toujours le même, sans principes, sans dignité. […] C’est un bavard infatué, dont la faconde et la facilité, qui n’est appuyée ni d’un principe ni d’une conviction, fait (sic) tout le mérite. C’est de plus un brouillon intéressé et l’un des êtres qui ont le plus contribué à déconsidérer et avilir le gouvernement. Malheureusement, nous en sommes venus au point qu’il est presque impossible d’avoir d’autres ministres. » (Ibid.) Elle lui reconnaît toutefois de l’esprit : « Si je ne méprisais pas tant cet homme, il m’amuserait, car ce n’est pas l’esprit qui lui manque. » (ibidem) Le lendemain, elle écrit encore : « J’ai trouvé l’odieux petit nain engraissé et tout fringant. Il m’a fait de grandes protestations d’admiration et de dévouement pour le Père, mais je sais ce qu’en vaut l’aune. […] C’est un pantin d’esprit, sans tenue morale, qui joue à tout venant. » (Ibid.)
  32. cité par Guy Antonetti, Op. cit., p. 751
  33. Selon Victor Hugo, le roi lui aurait rapporté en 1844 que Talleyrand lui avait dit : « Vous ne ferez jamais rien de Thiers, qui serait pourtant un excellent instrument. Mais c’est un de ces hommes dont on ne peut se servir qu’à la condition de le satisfaire. Or il ne sera jamais satisfait. Le malheur, pour lui comme pour vous, c’est qu’il ne puisse plus être cardinal. » (cité par Guy Antonetti, Op. cit., p. 751)
  34. cité par Guy Antonetti, Op. cit., p. 765
  35. cité par Guy Antonetti, Op. cit., p. 765. L’entrevue est rapportée en détail par Camille de Montalivet dans ses Mémoires.
  36. cité par Guy Antonetti, Op. cit., p. 764
  37. André Maurois, 1965, p. 309.
  38. a et b « discours de M. Adolphe Thiers sur sa Loi tendant à ouvrir un crédit de 140 millions de francs pour les fortifications de Paris, le 13 Janvier 1841 »
  39. « La question des fortifications de Paris - 1840 », Chemins de mémoire
  40. "1848 ou l'apprentissage de la république" Éditions du Seuil 1973, coll Points Histoire.
  41. Thiers, De l'assistance et de la prévoyance publiques. Rapport présenté au nom de la Commission le 26 janvier 1850, Ve Wouters, 1850 (accessible sur books.google.fr)
  42. Dictionnaire d’histoire de France, p. 992, Alain Decaux et André Castelot (dir.), Librairie Académique Perrin, 1981.
  43. Le dernier défi de Georges Clemenceau, p. 159, Gilbert Prouteau, France-Empire, 1979.
  44. [Guy Antonetti, Histoire contemporaine politique et sociale, p. 316]
  45. François Chevalier, Droit constitutionnel
  46. Jean-Marie Mayeur, La Vie politique sous la IIIe République, p. 44
  47. [Jean-Marie Mayeur, La Vie politique sous la IIIe République, p. 39-41]
  48. Alfred Colling, La Prodigieuse histoire de la Bourse, Paris, Société d'éditions économiques et financières,‎ 1949, p. 290
  49. Pauline de La Ferronnays, Mémoires de Mme de la Ferronnays, p. 89. consultable ici
  50. Dictionnaire des littératures, tome III, p.3907.
  51. François Roth, La guerre de 70, Fayard 1990 (ISBN 2-213-02321-2), page 476-477.
  52. Duplicata du greffe de l'Insigne Ordre de la Toison d'Or
  53. Généastar : Ascendants d'Adolphe THIERS
  54. Paroles de Présidents, Jean Lacouture, 2011, p. 14
  55. La Guerre civile en France, éd. Mille et une nuits, 2007, p. 16.
  • Pierre Guiral, Adolphe Thiers ou De la nécessité en politique, Paris, Fayard,‎ 1986, 622 p. (ISBN 2213018251) Document utilisé pour la rédaction de l’article
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  • Georges Valance, Thiers, bourgeois et révolutionnaire, Paris, Flammarion,‎ 2007, 450 p. (ISBN 9782082100465) Document utilisé pour la rédaction de l’article
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  14. p. 35.
  15. p. 37.
  16. p. 37.
  17. p. 43.
  18. p. 44..
  19. p. 47..
  20. p. 44..
  21. p. 45..
  22. p. 10.
  23. p. 24.
  24. p. 39.
  25. 1ère de couverture.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]