Henri Queuille

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Henri Queuille
Henri Queuille en 1929.
Henri Queuille en 1929.
Fonctions
116e président du Conseil des ministres français
et Ministre des affaires économiques
(132e chef du gouvernement)
11 septembre 19485 octobre 1949
Gouvernement Queuille 1
Législature Ire législature
Prédécesseur Robert Schuman
Successeur Georges Bidault
118e et 120e président du Conseil des ministres français
et Ministre de l'intérieur
(134e et 136e chef du gouvernement)
2 juillet 19504 juillet 1950
Président Vincent Auriol
Gouvernement Queuille 2
Législature Ire législature
Prédécesseur Georges Bidault
Successeur René Pleven
10 mars 195110 juillet 1951
Président Vincent Auriol
Gouvernement Queuille 3
Législature Ire législature
Prédécesseur René Pleven
Successeur René Pleven
Vice-président du conseil
29 octobre 19492 juillet 1950
Président Vincent Auriol
Gouvernement Georges Bidault
20 janvier 19528 mars 1952
Gouvernement Edgar Faure
8 mars 19528 janvier 1953
Gouvernement Antoine Pinay
8 janvier 195328 juin 1953
Gouvernement René Mayer
28 juin 195319 juin 1954
Gouvernement Joseph Laniel
Ministre de l'Intérieur
7 février 195011 août 1951
Président Vincent Auriol
Président du Conseil Georges Bidault
Henri Queuille
René Pleven
Gouvernement Bidault, Queuille 2 et Pleven 1
Prédécesseur Jules Moch
Successeur Charles Brune
Ministre des Finances
11 septembre 194812 janvier 1949
Président Vincent Auriol
Président du Conseil Henri Queuille
Gouvernement Queuille 1
Prédécesseur Christian Pineau
Successeur Maurice Petsche
Ministre d'État
26 juillet 194828 août 1948
Président Vincent Auriol
Gouvernement Marie
11 août 19517 janvier 1952
Gouvernement Pleven (2)
Député de la Corrèze
19141935
19461958
Sénateur de la Corrèze
19351941
Biographie
Nom de naissance Henri Queuille
Date de naissance 31 mars 1884
Lieu de naissance Neuvic (France)
Date de décès 15 juin 1970 (à 86 ans)
Lieu de décès Paris (France)
Nationalité français
Parti politique radical-socialiste
Profession Médecin
Chefs du gouvernement français

Henri Queuille est un homme politique français, né à Neuvic (Corrèze) le 31 mars 1884 et mort à Paris le 15 juin 1970. Plusieurs fois ministre sous la Troisième République, notamment à l'agriculture, il fut trois fois président du Conseil sous la Quatrième République.

Biographie[modifier | modifier le code]

Henri Queuille naît à Neuvic 31 mars 1884 où son père est pharmacien et maire-adjoint. Orphelin de père à l'âge de 11 ans, il est élève boursier au lycée de Tulle et décroche son baccalauréat à 18 ans. Il fait ensuite ses études de médecine à Paris où il se lie d'amitié avec Georges Duhamel, également médecin. À 20 ans, il fonde le syndicat des gorges de la Dordogne QEB qui édite des cartes postales et des brochures pour le tourisme. À 24 ans après la mort de sa mère, en 1908, il s'installe comme médecin généraliste à Neuvic. Il devient un acteur politique local très engagé dans le Parti radical socialiste et fait figure de « rouge » pour ses détracteurs. Il est élu maire de Neuvic en 1912, conseiller général du canton de Neuvic en 1913 et député de la circonscription d'Ussel en 1914. Volontaire, dès le début de la Première Guerre mondiale, il est affecté comme médecin aide-major à l'hôpital de Baccarat. En septembre 1916 lui est décernée la Croix de guerre avec citation, seule décoration qu'il portera. Il participe aux batailles de Verdun et à l'offensive dans la Somme.

Avant la Seconde Guerre mondiale, ses mandats électifs sont : député radical-socialiste de la Corrèze de 1914 à 1935, puis sénateur de 1935 à 1940. Aux élections législatives qui donnent en 1936 la victoire au Front populaire, il refuse de se présenter. Les élections donnent alors Marius Vazeilles, membre du Parti communiste, gagnant dans la circonscription d'Ussel. Depuis 1921, il est président du conseil général de la Corrèze, poste qu'il occupe jusqu'en 1940.

Henri Queuille est sous-secrétaire à l'Agriculture en 1920, puis nommé secrétaire d'État ou ministre à plusieurs reprises : Agriculture en 1924-1925, 1926-1928, 1930, 1932-1933, 1933 (1), 1933 (2), 1933-1934, 1934 (1), 1934 (2), 1938-1940, Santé publique en 1930-1931, 1934-1935, PTT en 1932, Travaux publics en 1937-1938. Au titre de cette dernière fonction, il met en œuvre et applique la nationalisation des chemins de fer amorcée antérieurement. La création sans heurt de la SNCF, dans des délais très courts, à l'issue de négociations délicates avec les compagnies, vaut à Queuille l'hommage public du président du Conseil, Camille Chautemps, et les félicitations de Léon Blum. Il est président de la Confédération nationale de la mutualité, de la coopération et du crédit agricole de 1935 à 1959.

De gauche à droite : Henri Queuille, Pierre Laval et Louis Barthou lors d'un conseil des ministres en 1934.

L'inamovible ministre de l'Agriculture durant l'Entre-deux-guerres n'en est pas moins pris dans la tourmente, en 1933, de l’un des plus gros scandales politico-financiers de l’époque : « l’affaire Stavisky »[1].

Ministre du Ravitaillement en 1940 dans le gouvernement Paul Reynaud, il participe comme sénateur au congrès de Vichy le 10 juillet 1940. Il refuse alors l'octroi des pleins pouvoirs à Pétain par une abstention volontaire et se retire à Neuvic où il fonde une entreprise de charbon de bois destinée à alimenter les gazogènes.

Le 16 juillet 1941, il est révoqué de sa fonction de maire de Neuvic par Vichy. Lors d'une visite à Neuvic, Claude Hettier de Boislambert l'informe que le général de Gaulle attache une grande importance à son ralliement. Après l'échec d'une première tentative d'exfiltration, il réussit, en avril 1943, à gagner Londres à bord d'un avion Lysander de la RAF. Quelques jours après son arrivée, il lance à la BBC un appel à la Résistance destiné aux paysans de France.

En novembre 1943, Henri Queuille est nommé commissaire d'État du Comité de Libération nationale. Il en assume également la vice-présidence. En juin 1944, il devient ministre d'État du premier gouvernement provisoire de la République et, à ce titre, assure l'intérim de la présidence pendant les absences du général de Gaulle. Après la Libération, il se retire en Corrèze et refuse de continuer aux côtés de Charles de Gaulle, signe d'une faille entre les deux hommes. Il est battu aux élections législatives de 1945 pour la première et seule fois de sa carrière mais redevient maire de Neuvic.

Favorable au rétablissement des institutions républicaines, Henri Queuille se consacre, dans les mois qui suivent la Libération, au relèvement et à la réorganisation du Parti radical, durement éprouvé par la guerre et l'occupation.

Il retrouve son siège au palais Bourbon de 1946 à 1958. Il fait partie des gouvernements successifs de 1948 à 1954 en tant que Président du conseil ou bien ministre d'État en 1948 (cabinet Marie) et en 1951-52 (cabinet Pleven), ministre des Travaux publics en 1948 (cabinet Schuman), ministre de l'Intérieur en 1950-51 (cabinet Pleven puis dans son propre gouvernement), vice-président du Conseil en 1949-50 (cabinet Bidault) et en 1952-54 (cabinets Pinay, Mayer, Laniel).

Il a exercé les fonctions de président du Conseil des ministres à trois reprises :

Alors qu'il est chef du gouvernement, la France signe le Pacte atlantique. Comme ministre de l'Intérieur, il fait voter la loi des apparentements destinée à freiner l'essor du R.P.F. et à réduire l'influence des communistes. Il est aussi ministre du Tourisme.

Ce sont des problèmes de santé qui ont pratiquement mis fin à sa carrière ministérielle à la fin des années 1950 ; mieux portant, il aurait facilement succédé à Vincent Auriol à la présidence de la République. En décembre 1953, alors qu'à Versailles l'élection du nouveau chef de l'État s'éternisait, beaucoup espéraient qu'il finirait par se présenter pour sortir l'Assemblée de l'impasse. Il préfère s'abstenir et vivra encore plus de seize ans.

En 1956, en désaccord avec Pierre Mendès France, il quitte le Parti radical-socialiste et fonde, avec l'aile droite de ce dernier, le Centre républicain, dirigé par le maire de Nantes, André Morice. En mai 1958, il s'oppose au retour de De Gaulle et appelle à voter contre le projet de constitution de la Ve République en septembre 1958. Il ne se représente pas aux élections législatives qui suivent et soutient le candidat socialiste SFIO François Var qui sera élu à son siège. Henri Queuille, qui avait distribué tellement de médailles, refuse la Légion d'honneur pour lui-même et, hormis la Croix de Guerre, n'accepte que celle de la Société nationale d'horticulture.

Postérité[modifier | modifier le code]

En raison de sa longue carrière politique, l'homme ayant été vingt et une fois ministre sous la IIIe et la IVe République, et des formules lapidaires qu'il a pu avoir sur l'exercice du pouvoir, Henri Queuille (« le petit père Queuille », comme on le surnommait) a fini par devenir le symbole de l'inefficacité et du discrédit de la IVe République, empêtrée dans le régime des partis et, plus généralement, d'une certaine conception de la politique placée sous le sceau de l'impuissance fataliste et cynique. Mais il est également le symbole de l'amabilité, de la simplicité, d'une honnêteté scrupuleuse, de la proximité avec ses concitoyens et d'une fidélité permanente à l'humanisme radical socialiste et à la République, ce qui l'amena à prendre des positions tranchées pas toujours dans l'air du temps.

Malgré les jugements politiques qui deviennent des vérités, il reste de Queuille : la SNCF, la première tentative d'homologation des pesticides, un soutien permanent à la mécanisation agricole et à l'électrification rurale, la création de ce qui deviendra la cinémathèque du ministère de l'Agriculture, la création de la caisse nationale de Crédit agricole, la création du génie rural, le grand développement de l'industrie du froid, le reboisement, l'essor du tourisme en Corrèze et, en hommage à la présidence de la Société nationale d'horticulture de France, une variété de roses (obtention Gaujard, 1952) qui se nomme « Président Henri Queuille ».

Statue sur la place Henri Queuille à Neuvic
Plaque commémorative à son domicile au no 100 de la rue du Cherche-Midi à Paris

Il faut ajouter qu'il n'était nullement impopulaire auprès de l'opinion : quand, avant l'élection présidentielle de 1953, l'Almanach du Combattant organisa un sondage auprès de ses lecteurs pour savoir quel homme politique ils souhaitaient voir à l'Élysée, Queuille arriva très largement en tête. Évidemment, beaucoup d'anciens combattants et résistants souhaitaient que fût élu un des leurs.

Les milieux gaullistes tenteront de faire croire qu'en 1965 il aurait proposé à Jacques Chirac de lui succéder deux ans plus tard dans sa circonscription de la Corrèze à Ussel : cela est inexact. Henri Queuille était hostile à de Gaulle qu'il avait côtoyé de très près à Alger ; il s'était prononcé contre le vote des institutions de la Ve République en 1958 et avait toujours refusé de recevoir Chirac qui n'arriva à Ussel qu'en 1967. Queuille n'était plus député depuis 1958. Le jeune loup essaya bien de recevoir cet adoubement mais en fut pour ses frais et il n'y eut ni rencontre (J. Chirac affirme, dans le tome I de ses mémoires, Chaque pas doit être un but, avoir eu un entretien avec H. Queuille par l'entremise de l'épouse de Jérome Monod, qui était sa petite-fille), ni appel, ni photo qui eussent, sinon, été largement employés. De toute façon, Henri Queuille était déjà plongé en 1967 dans un semi-coma dont il ne sortit pas. Le candidat socialiste à l'élection présidentielle de 2012, François Hollande, est parfois dépeint comme un héritier lointain, dans son style, du « père Queuille »[2].[réf. nécessaire]

Fonctions gouvernementales[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

  • Journal de guerre, 7 septembre 1939-8 juin 1940, texte présenté et annoté par Isabel Boussard, Limoges, PULIM, 1993 (ISBN 291001603X et 9782910016036), lire en ligne sur Google Livres (aperçu)
  • Journal de guerre Londres-Alger, avril 1943-juillet 1944, présenté et annoté par Hervé Bastien et Olivier Dard, préface de Serge Berstein, Plon/Fondation Charles de Gaulle, 1995, (ISBN 2259182054 et 9782259182058)

Citations[modifier | modifier le code]

  • Queuille est, dans l'art de l'aphorisme en politique, le père spirituel d'Edgar Faure : « Il n'est aucun problème assez urgent en politique qu'une absence de décision ne puisse résoudre. »
  • Deux moutures de la même :
    • « Il n'est pas de problème dont une absence de solution ne finisse par venir à bout. »
    • « La politique n'est pas l'art de résoudre les problèmes, mais de faire taire ceux qui les posent. »
  • Repris par Charles Pasqua (discours de 1988), et Jacques Chirac (Le Monde, 22 février 1988) : « Les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent. »

Généalogie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gilbert Beaubatie, « Henri Queuille et l'affaire Stavisky », revue Arkheia, Montauban, 2008.
  2. Article de Mathieu Deslandes, Rue89, 17 mars 2012, Rue89.com/
  3. Généastar : Ascendants de Henri QUEUILLE

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Denis Faugeras, Henri Queuille et le Front Corrézien (1934-1938), étude universitaire, éditions du CERPP, 1986
  • Francis de Tarr, Henri Queuille en son temps (1884-1970), biographie, éditions de La Table Ronde, 1995
  • Denis Faugeras, La République corrézienne (1871-1946), étude historique, éditions du CERPP, 2 vol., 2004

Colloques scientifiques[modifier | modifier le code]

  • « Henri Queuille et la Corrèze », Tulle, le 18 juin 1984, organisé par les Amitiés Henri-Queuille et par la Société d'histoire du radicalisme (actes publiés à Limoges en 1986).
  • « Henri Queuille et la République », Paris, 1984, sous la direction de Pierre Delivet et de Gilles Le Béguec, journée organisée par les Amitiés Henri Queuille (actes publiés à Limoges en 1987 et préfacés par le président François Mitterrand).
  • « Henri Queuille, le radicalisme et le monde rural », Tulle, 9 octobre 2010, journée organisée par la Société des lettres de la Corrèze et le Conseil général et le Musée départemental de la Résistance de Neuvic.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Chronologies[modifier | modifier le code]