Émile Loubet
Émile Loubet, né le 31 décembre 1838[1] à Marsanne, dans la Drôme, et décédé le 20 décembre 1929 à Montélimar, dans la Drôme, fut un homme d'État français.
Ministre des Travaux publics, puis de l'Intérieur, président du Conseil des ministres durant l'an 1892, il fut élu président du Sénat en 1896 ; trois ans plus tard, en 1899, il fut élu président de la République française, succédant au défunt chef de l'État Félix Faure. Il quitta la vie politique sept ans plus tard, ne renouvelant pas son mandat présidentiel.
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Biographie[modifier]
(Voir plus bas le paragraphe Généalogie).
Émile Loubet est le fils cadet d'Augustin Loubet[2] (1808-1882) et de Marie-Marguerite Nicolet (1812-1905), d'une famille de cultivateurs et d'édiles de la Drôme (le père du futur président sera maire de Marsanne). Il a aussi un frère aîné, Joseph-Auguste Loubet (1837-1916), médecin, et une sœur, Félicie Loubet (+ 1892).
Il épouse à Montélimar, le 18 août 1869, Marie-Louise Picard (1843-1925) qui lui donnera quatre enfants (Marguerite, Denis, Paul et Philibert-Émile) et dont seule la postérité de sa fille, les Soubeyran de Saint-Prix, subsiste.
Avant la présidence[modifier]
Émile Loubet est un républicain modéré. Pendant ses études de droit (il est, plus tard, avocat au barreau de Montélimar), il fait la connaissance de Léon Gambetta et entre à sa suite en politique. Après avoir été élu maire de Montélimar et conseiller général, il est élu député de la Drôme le 20 février 1876. Il siège à gauche de l'hémicycle de l'Assemblée nationale à partir du 20 février 1876.
Le 18 juin 1877, il fait partie des 363 députés du « Bloc des Gauches » qui votent la défiance au gouvernement d'ordre moral du duc de Broglie. La Chambre est alors dissoute par le président de la République, le maréchal de Mac Mahon. Loubet, comme ses confrères, est sanctionné et perd (momentanément) sa charge de maire. Il demeure député jusqu’en janvier 1885, date à laquelle il est élu sénateur de la Drôme.
Au Sénat, Émile Loubet fait la plus grande part de sa longue carrière politique. Il y est élu en 1885 et devient rapidement un acteur majeur de la gauche républicaine. Il est nommé Secrétaire de la Chambre haute, puis intègre la Commission des Finances en tant que rapporteur général du Budget. la Chambre haute, il s’inscrit au groupe de la gauche républicaine. Élu secrétaire en janvier 1887, il est rapporteur général du budget, à la commission des finances, lorsque, dans le premier ministère constitué après l’élection du président de la République Sadi Carnot, dans le cabinet de Pierre Tirard, il est chargé du portefeuille des Travaux publics. De retour au Palais du Luxembourg en avril 1888, il est appelé par le président Carnot à la présidence du Conseil, responsabilité qu’il exerce de février à novembre 1892. Ministre de l’Intérieur dans le cabinet Ribot, l’affaire du Panama conduit à son remplacement le 1er janvier 1893. Émile Loubet reprend son siège au Sénat et redevient président de la commission des finances.
Le 1er janvier 1896, Émile Loubet devient le président du Sénat après la démission de Paul-Armand Challemel-Lacour. À ce titre, c'est lui qui annonce le 17 février 1899 la mort du président Félix Faure.
L'élection présidentielle de 1899[modifier]
La mort subite de Félix Faure ouvre la course à la présidence de la République. L'élection oppose le camp des antidreyfusards aux dreyfusards. Jusqu'ici, Félix Faure aurait appuyé les adversaires de la révision du procès de Dreyfus.
Deux candidats se dégagent rapidement : Émile Loubet et Jules Méline, Méline étant l'antidreyfusard (il a déclaré en 1897 : « il n'y a pas d'affaire Dreyfus »).
Très vite, le nom de Loubet s'impose. Pourtant Loubet n'a jamais exprimé d'avis sur l'Affaire. Il est resté systématiquement neutre sur la question. C'est sa non-compromission avec les antidreyfusards qui en fait petit à petit le champion des dreyfusards : Georges Clemenceau en fait son favori. Les républicains souhaitent un candidat commun, mais non radical. Loubet a déjà été pressenti pour succéder à Sadi Carnot. En apprenant la candidature du président du Sénat, Jules Méline retire la sienne.
Émile Loubet est élu président de la République par le Congrès réuni à Versailles le 18 février 1899 par 483 voix contre 279 à Jules Méline (qui, malgré le retrait de sa candidature, obtint des voix). L'élection a deux répercussions immédiates : Paul Déroulède tente sans succès de faire un coup d'État pour renverser la Troisième République et Loubet est personnellement agressé à coups de canne par le baron Christiani à la tribune de l'Hippodrome de Longchamp. Le baron est écroué et condamné à 10 ans de prison ferme.
Président de la République française[modifier]
La présidence de Loubet est l'une des plus stables de la Troisième République. Seuls 4 présidents du Conseil se succèdent à Matignon : Charles Dupuy, Pierre Waldeck-Rousseau, Émile Combes et Maurice Rouvier.
Politique intérieure[modifier]
Du point de vue de la politique intérieure, le septennat d'Émile Loubet se passe dans le strict respect de la tradition républicaine : le président a un rôle de représentation officielle. Son autorité, réduite au minimum, ne s'exerce sur la politique intérieure de l'État que par influence, par persuasion et par conseil.
Le septennat d'Émile Loubet est le théâtre de décisions marquantes dans l'histoire de la République française : grâce du Capitaine Dreyfus, promulgation de la loi sur les associations et, surtout, de la loi sur la séparation des Églises et de l'État.
C'est à son sujet que Le Figaro écrit un article le 5 novembre 1901, décrivant le dépôt d'une gerbe de chrysanthèmes lors de l'inauguration d'un monument. Cet épisode, peut-être lu par le jeune Charles de Gaulle ou commenté par son père, est déformé par le Général pour créer l'expression « inaugurer les chrysanthèmes » soulignant l'absence de pouvoirs réels du président des IIIe et IVe Républiques.
Politique extérieure[modifier]
C'est dans le cadre de la politique étrangère que le président est le plus impliqué. Il conseille et oriente dans ses grandes lignes cette politique.
Le septennat est aussi marqué par une intense activité diplomatique avec d'une part l'alliance franco-russe – il reçoit Nicolas II en septembre 1901, avec les fameuses manœuvres de Bétheny, et se rend en visite officielle en Russie en 1902 - et d'autre part le Royaume-Uni.
À la fin de son mandat présidentiel, il est le premier président de la IIIe République à quitter l'Élysée après avoir accompli un mandat complet (avant lui, Jules Grévy a déjà terminé un premier septennat mais, réélu, il n'a pas été au bout du deuxième, devant démissionner suite au scandale des décorations).
Émile Loubet se retire ensuite de la vie politique et décède le 20 décembre 1929, âgé de 90 ans et 11 mois (il est, encore aujourd'hui, le président de la République française ayant vécu le plus longtemps). Il est enterré au cimetière Saint-Martin à Montélimar.
Détail des mandats et fonctions[modifier]
Mandats électifs[modifier]
- 1870 - 1877 puis 1878 - 1899 : maire de Montélimar
- 1876 - 1885 : député républicain de gauche de la Drôme
- 1885 - 1899 : sénateur, puis président du Sénat à partir du 11 janvier 1896
- 18 février 1899 - 18 février 1906 : président de la République
Fonctions gouvernementales[modifier]
- 12 décembre 1887 - 3 avril 1888 : ministre des Travaux Publics dans le Gouvernement Tirard.
- 27 février 1892 - 28 novembre 1892 : président du Conseil et Ministre de l'Intérieur
- 6 décembre 1892 - 11 janvier 1893 : ministre de l'Intérieur du Gouvernement Ribot
Décorations[modifier]
- Grand-croix de la Légion d'honneur en 1899 en tant que président de la République.
- Grand-Maître de la Légion d'honneur de 1899 à 1906
- Chevalier de l'ordre de la Toison d'or (Espagne) en 1902
- Chevalier de l'Ordre du Lion norvégien le 1er décembre 1904.
Généalogie[modifier]
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Jean Joseph LOUBET (1680 à Réauville – ????) |
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Joseph LOUBET (1831 à Réauville – ????) |
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Joseph LOUBET (1773 à Réauville – 1843 à Réauville) |
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Élisabeth COUSTON |
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Augustin LOUBET (1808 à Réauville – 1882 à Marsanne) maire de Marsanne |
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Louis BAYLE |
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Rose BAYLE (1776 à La Touche – 1862 à Grignan) |
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Jeanne GIRARD |
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Émile François LOUBET (30/12/1838 à Marsanne – 20/12/1929 à Montélimar) président de la République française |
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Jean François NICOLET |
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François NICOLET (1775 à Cléon-d'Andran – ????) |
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Marie GIRARD |
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Marie Marguerite NICOLET (1812 à Marsanne – 1905 à Marsanne) |
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Jean Antoine JARRIAS (????-1786 à Marsanne) |
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Élisabeth JARRIAS (1776-????) |
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Claudine MEYNIER |
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Anecdotes[modifier]
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- C'est sous sa présidence que fut instituée la présence du portrait du président de la République à bord des vaisseaux de la Marine nationale. Ce portrait porte depuis ce temps là le nom de « Loubet ». C'est aussi lui qui imposa à ces mêmes navires une vaisselle frappée de l'ancre de marine. Il avait été en effet choqué lors du séjour à bord d'un de ces navires d'avoir à déjeuner dans une vaisselle aux armes d'une famille de vieille noblesse, tout comme il avait été choqué par la présence d'un crucifix dans la chambre de l'Amiral. De nos jours, le « Loubet », a été généralisé dans toutes les mairies et commissariats de police. Il change en même temps que le président de la République. Le « Loubet » de Nicolas Sarkozy avait provoqué un tollé dans les partis anti-UE, car pour la première fois, Nicolas Sarkozy était photographié avec le drapeau Français d'un coté et celui de l'Union européenne de l'autre coté.
- À l'occasion de l'exposition universelle de 1900 organisée à Paris, Émile Loubet convia l'ensemble des maires de France à un gigantesque banquet qui réunit 22 965 convives dans le jardin des Tuileries.
- Le beau-père de sa fille, Camille de Soubeyran de Saint-Prix, Magistrat et descendant d'Hector de Soubeyran de Saint-Prix, député à la Convention, était un peintre renommé de la région de la Drôme.
- Le 31 mai 1905, il échappe à un attentat visant le roi d'Espagne Alphonse XIII, de visite à Paris[4].
- Il lègue à sa mort le château de La Bégude de Mazenc à la famille de Saint-Prix, ses descendants directs.
Liens externes[modifier]
- Voix du président Loubet en réponse au discours du Tsar Nicolas II, document sonore, deuxième partie de la vidéo.
Bibliographie[modifier]
- Thierry Cornillet, Émile Loubet, ou la modération au pouvoir, Éditions les Grilles d'Or, 2008. (ISBN 9782917886045)
- Notices d’autorité : Bibliothèque nationale de France • Fichier d’autorité international virtuel • Bibliothèque du Congrès • Gemeinsame Normdatei • WorldCat
Notes et références[modifier]
- Archives Municipales de Marsanne, 1829-1889, 1838, acte no 39 : "L'an mil huit cent trente huit et le trente et un décembre à neuf heures du matin, pardevant nous, Henri-Xavier Jarias, adjoint remplissant par délégation de Monsieur le Maire les fonctions d'officier de l'état civil de la commune de Marsanne, chef-lieu de canton, département de la Drôme, est comparu Sieur Antoine Augustin Loubet, âgé de trente ans, propriétaire habitant au territoire de Marsanne ; Lequel nous a présenté un enfant du sexe masculin, né le trente de ce mois à cinq heures du soir, de lui déclarant et de Marie Marguerite Nicolet, son épouse, et auquel il a déclaré vouloir donner les prénoms de Emile François ; la dite déclaration et présentation faites en présence des Sieurs Joseph Jacques Laville âgé de quarante deux ans, notaire et Joseph Ollivier, âgé de trente-sept ans, propriétaire domiciliés l'un et l'autre à Marsanne et ont les témoins signé avec nous et le déclarant le présent acte de naissance après que lecture leu en a été faite. Signé : J. Ollivier, Laville, not., Loubet, Jarias adjoint".
- Le patronyme Loubet désigne soit celui qui est un descendant de Loubet, ancien prénom (nom de personne), diminutif du prénom Loup (popularisé par plusieurs saints), soit un toponyme fréquent en pays occitan, désignant un lieu fréquenté par les loups. C'est dans le Sud-Ouest que le nom de famille est le plus répandu (Sources : Généanet.org/onomastique).
- Généastar : Ascendants d'Emile LOUBET
- Carte du théâtre de l'attentat Le Petit Parisien, Paris, 2 juin 1905, quotidien (ISSN 09992707) [lire en ligne]
Chronologies[modifier]
- Ministre de la Troisième République
- Ministre français des Transports
- Président de la République française
- Président du Sénat français
- Président du Conseil de la Troisième République
- Sénateur de la Troisième République française
- Ancien député de la Drôme (troisième République)
- Ancien sénateur de la Drôme
- Ancien conseiller général de la Drôme
- Personnalité de l'Alliance démocratique
- Étudiant de la faculté de droit de Paris
- Montélimar
- Chevalier de l'Ordre de Saint-André
- Chevalier de l'ordre espagnol de la Toison d'or (XXe siècle)
- Naissance dans la Drôme
- Naissance en 1838
- Décès en 1929
- Décès à Montélimar
- Personnalité de la Drôme provençale