Bataille du Chemin des Dames

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Bataille du Chemin des Dames
Front de l'Aisne, 1917
Front de l'Aisne, 1917
Informations générales
Date du 16 avril au 24 octobre 1917
Lieu Entre Soissons et Reims
Issue Échec français, victoire tactique allemande
Belligérants
Drapeau de la France France Drapeau de l'Empire allemand Empire allemand
Commandants
Drapeau de la France Robert Nivelle Drapeau de l'Allemagne Erich Ludendorff
Forces en présence
61 divisions d'infanterie
7 divisions de cavalerie
850 000 hommes
41 divisions de 16 650 hommes chacun soit 682 650 soldats
Pertes
187 000 victimes (morts ou blessés) 163 000 victimes (morts ou blessés)
Première Guerre mondiale
Batailles
Front d'Europe de l’Ouest

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Front africain


Bataille de l'Atlantique

Coordonnées 49° 24′ N 3° 36′ E / 49.4, 3.649° 24′ Nord 3° 36′ Est / 49.4, 3.6  

La bataille du Chemin des Dames, seconde bataille de l'Aisne pendant la Première Guerre mondiale ou « offensive Nivelle », commence le 16 avril 1917 à 6 heures du matin par la tentative française de rupture du front allemand entre Soissons et Reims vers Laon, sous les ordres du général Nivelle : « L'heure est venue, confiance, courage et vive la France ! ».

La situation militaire en avril 1917[modifier | modifier le code]

La décision d'une offensive de grande ampleur est prise par le général Joffre quand il est encore à la tête de l'armée française. Les grandes lignes de l'offensive sont alors décidées : ce sera une attaque conjointe avec les troupes anglaises sur le front entre Vimy et Reims. Le front a la forme d'un angle droit : entre Vimy et Soissons, le front est d'orientation nord-sud et ouest-est entre Soissons et Reims. Tandis que les Anglais attaqueront sur la ligne entre Vimy et Soissons, les Français le feront entre Soissons et Reims afin d'affronter les Allemands selon deux directions différentes.
En décembre 1916, Nivelle remplace Joffre à la tête des armées. Il reprend le projet de Joffre : son idée est de concentrer un maximum de forces sur cette partie du front afin de l'enfoncer. Sûrement pour prévenir une telle offensive, dont l'ampleur ne permet pas de garder le secret absolu, les Allemands se replient du 15 au 19 mars 1917 sur la ligne Hindenburg. Leur front est réduit de soixante-dix kilomètres, permettant d'économiser de nombreuses divisions. L'angle droit de la ligne de front est gommé : la ligne de défense s'étend désormais dans une direction nord-ouest/sud-est de Vimy à Reims en passant par le Chemin des Dames. Les Alliés mettent une semaine à se rendre compte de l'ampleur de ce retrait. Le plan initial de l'offensive est désormais caduc. Nivelle et ses généraux adaptent leur projet à cette situation nouvelle et dissocient l'attaque anglaise sur Vimy de l'attaque française qui se centrera sur le Chemin des Dames.

Le terrain[modifier | modifier le code]

Vue panoramiquede la vallée depuis la grotte du Dragon

Le Chemin des Dames est un plateau calcaire, orienté Est-Ouest, situé entre la vallée de l'Aisne, au sud, et la vallée de l'Ailette, au nord. Ce plateau est un bel observatoire, tant vers le nord et la plaine située à l'est entre Reims et Laon, que celle située au sud depuis Soissons[1].
Les Allemands sont présents sur le plateau depuis septembre 1914. Ils ont eu le temps de transformer cet observatoire en forteresse en aménageant les carrières souterraines (Caverne du dragon), en creusant des souterrains permettant de relier l'arrière aux premières lignes, en édifiant et camouflant de nombreux nids de mitrailleuses.

Depuis cette date, c'est un secteur relativement tranquille qui n'a pas fait l'objet, depuis la fin 1915, de grosses offensives. Les Allemands tiennent la ligne de crête et les Français sont établis sur les pentes.

Les forces en présence[modifier | modifier le code]

Du côté français[modifier | modifier le code]

Le commandement[modifier | modifier le code]

Nivelle est à la tête des opérations. Sur le terrain, le Groupe d'Armée de Réserve, sous le commandement du général Micheler, se compose de la Ve Armée sous les ordres du général Mazel, de la VIe Armée sous les ordres du général Mangin et de la Xe Armée sous les ordres du général Duchêne.

Les troupes[modifier | modifier le code]

  • La Ve Armée du général Mazel compte 16 divisions d'infanterie réparties en 5 corps, une division de cavalerie, deux brigades russes et un peu moins de 200 chars d'assaut répartis en 5 groupes.
  • La VIe Armée du général Mangin compte 17 divisions d'infanterie réparties également en 5 corps, une division de cavalerie et une division territoriale. De nombreux régiments de troupes coloniales, tirailleurs sénégalais et zouaves, constituent des « troupes de choc ».
  • Les troupes africaines doivent attaquer sur le secteur le plus stratégique du plateau, au niveau de l'isthme d'Hurtebise, face à la Caverne du dragon. Sur les 15 000 Africains présents face aux lignes allemandes, 6 000 mourront le 16 avril.
  • La Xe Armée du général Duchêne comptant 9 divisions d'infanterie est en réserve.
  • La IVe Armée du général Anthoine, également en réserve, avec 5 divisions d'infanterie et le 2e Corps d'Armée colonial sous les ordres du général Blondlat.

Cette force d'environ 850 000 hommes dispose de 2 700 pièces d’artillerie de 75 et 2 300 mortiers lourds, dont 790 canons modernes.

Du côté allemand[modifier | modifier le code]

Le commandement[modifier | modifier le code]

Tranchée allemande sur l'Aisne.

Le Haut-Commandement de l'armée allemande est assuré par Hindenburg et en France par Erich Ludendorff. Ce sera sous les ordres du Kronprinz, fils de Guillaume II que seront placées les deux armées les plus importantes : la Ire et la VIIe. Fritz von Below est à la tête de la Ire Armée. La VIIe Armée quant à elle est commandée par Max von Boehn. Il y a également une troisième armée qui s'étend du nord de Reims jusqu'au nord de Verdun, c'est la IIIe Armée de Karl von Einem (connu également sous le nom de von Rothmaler) qui la commande depuis le 15 septembre 1914.

Les troupes[modifier | modifier le code]

La VIIe Armée que commande général Boehn depuis le 11 mars compte alors 14 divisions, elle est déployée de Vauxaillon à Berry-au-Bac. Du nord de Berry-au-Bac au nord de Reims, c'est le général von Below qui prend le relais avec la Ire Armée. Les Allemands occupent une zone puissamment fortifiée, avec des mitrailleuses sous abri et un excellent réseau souterrain communiquant avec la ligne de crête. De plus, les Allemands ont l'avantage aérien, disposant de 530 avions de chasse[2].

Le plan français[modifier | modifier le code]

Le plan prévoit une concentration maximale de forces sur 30 km de front. Le terrain doit être préparé par un bombardement d'artillerie massif chargé de détruire les premières lignes allemandes. Ensuite, les troupes d'infanterie doivent s'élancer protégées par un feu roulant d'artillerie.
Ce plan ne tient pas assez compte du terrain qui est très défavorable : les troupes françaises se situant en contrebas et devant se lancer à l'assaut de pentes fortifiées. D'autre part, le bombardement sur 30 kilomètres de front ne peut être aussi dense que lorsqu'il s'agit de prendre un fort.

Les objectifs[modifier | modifier le code]

L'idée de base du plan proposé par Nivelle est de percer sur la ligne du Chemin des Dames, en utilisant la méthode qui lui a réussi à l'automne 1916 quand il a regagné le terrain perdu à Verdun.

Une fois le front des premières et deuxièmes lignes allemandes enfoncées, une armée de réserve sera lancée pour exploiter la trouée et obtenir l'effondrement des armées allemandes. À cet effet, on rattachera à cette armée 2 corps de cavalerie, cette cavalerie qui retrouverait alors ses chevaux et son rôle classique au lieu de la boue des tranchées dans laquelle elle combat depuis la stabilisation du front.

Pour s'assurer de la réussite, la progression des troupes doit donc être très rapide dès le début de l'offensive. Le général Mangin estime que les soldats devront progresser à la vitesse de 100 mètres toutes les trois minutes, un peu plus vite qu'à Verdun où il a repris le fort de Douaumont quelques mois plus tôt en appliquant cette méthode.
Ainsi, il est prévu au soir du premier jour que la VIe armée aura franchi l'Ailette. À J+1, la cavalerie doit couvrir la plaine située au nord de Laon; à J+4, on doit atteindre la Somme...

Les moyens[modifier | modifier le code]

Nivelle prévoit un Groupe d'Armées de Réserve (G.A.R.) aux ordres du général Micheler, qui viendra s'intercaler entre le Groupe d'Armées du Nord et le Groupe d'Armées du Centre. Ce G.A.R. comprend 4 armées, la Ve, VIe, Xe et la IVe Armée. Les Ve et VIe armées étant chargées de la percée, la Xe Armée de Duchêne et la IVe Armée du général François Anthoine sont tenues en réserve, et seront utilisées pour exploiter la réussite.

Cela donne un total de 17 corps d'armée regroupant 56 divisions. Parmi ces divisions, 4 d'infanterie coloniale et 5 de cavalerie.

Nivelle, artilleur de formation, compte beaucoup sur l'artillerie pour écraser les défenses allemandes. Cela compensera l'avantage que donne aux défenseurs la géographie des lieux prévus pour l'attaque. L'idée est de profiter de la puissance d'une artillerie lourde plus nombreuse qui, pouvant tirer plus loin que dans les offensives précédentes, devrait permettre non seulement d'anéantir les positions de premières lignes mais aussi d'interdire l'arrivée de renfort et de faire taire les canons allemands.

Pour la première fois, du moins pour les Français, une artillerie spéciale est massivement engagée. L'artillerie spéciale, ce sont les chars blindés. Ils sont prévus pour évoluer où cela leur sera possible, c'est-à-dire à l'est et à l'ouest du Chemin des Dames dont les pentes leur sont impraticables. À l'est, du côté de Berry-au-Bac, et rattaché au 32e corps de la Ve Armée, il y a le groupement Bossut[3] avec ses 82 chars Schneider. Le groupement Chaubès, équipé de 50 chars Saint-Chamond, est rattaché au 5e corps d'armée. À l'ouest, du côté de Laffaux, il n'y a pas de chars pour accompagner l'assaut du 16 avril. En mai, on aura le « groupement Lefèbvre », rattaché au 37e corps de la VIe Armée.

Le rôle des chars est d'accompagner l'infanterie, de faire des brèches dans les réseaux de barbelés et d'éliminer les nids de mitrailleuses, bref de favoriser la progression des fantassins : c'est pour cela qu'ils ont été conçus. D'ailleurs, leur vitesse n'est guère supérieure à celle d'un fantassin marchant au pas et leur autonomie limitée leur interdit toute action de longue durée.

Le plan s'est particulièrement attaché à réduire les contraintes d'approvisionnement. L'Aisne coule au sud, parallèlement au Chemin des Dames, en vue directe des observatoires allemands. Pour éviter que l'arrivée des renforts, munitions, etc. ne soit tributaire des points de passage obligés sur cette rivière (et de même pour les flux descendants, comme les blessés), d'innombrables ponts et passerelles supplémentaires ont été construits en secret, ainsi qu'un vaste réseau de routes et de voies ferrées supplémentaires.

Les tactiques[modifier | modifier le code]

  • L'artillerie.

Le rôle de l'artillerie est primordial : un bombardement massif et incessant doit permettre à l'infanterie de progresser rapidement. Les Français disposent ainsi 5 310 canons qui tirent 5 millions d'obus de 75 et 1,5 million de gros calibres.

La préparation de l'offensive par l'artillerie devait permettre, selon Nivelle de détruire jusqu'aux septièmes voire huitièmes lignes ennemies. Pendant cette préparation, du 12 au 15 avril, 533 obus sont tirés en moyenne par minute[4]. Mais le temps est très couvert durant cette première quinzaine d'avril, d'où des réglages d'artillerie approximatifs.

Une fois l'offensive lancée, pour se conformer à la vitesse de progression voulue par Nivelle, le barrage d'artillerie doit avancer, de 100 mètres toutes les 3 minutes[5]. Il faut comparer cette décision avec les dernières offensives de la bataille de Verdun où le barrage devait avancer de 100 mètres toutes les 4 minutes et se souvenir que les poilus vont devoir escalader les pentes du Chemin des Dames, réduire les résistances ennemies tout en collant au barrage d'artillerie pour éviter que la défense allemande n'ait le temps de s'organiser entre la fin du bombardement et l'arrivée des fantassins.

  • L'infanterie.

L'infanterie est chargée de s'engouffrer dans les brèches faites par l'artillerie, nettoyer les premières lignes et prendre les lignes plus en arrière. L'objectif est d'atteindre le sud de Laon avant le soir. 180 000 hommes sont massés au pied des premières lignes allemandes, prêts à s'élancer. Les troupes de seconde ligne devaient dépasser rapidement ces hommes pour bousculer les défenses ennemies et emporter la victoire. En fait, elles se contenteront de les seconder.

Les fantassins doivent attaquer en tenue d'assaut. Le règlement d'infanterie de janvier 1917, précise qu'il s'agit de porter, en sautoir, la couverture roulée dans la toile de tente ; un outil individuel, la musette de vivres, la musette à grenades (en théorie, cinq grenades dont deux VB, mais on ira jusqu'à distribuer 16 grenades par homme), un bidon d'eau de 2 litres et un bidon supplémentaire d'un litre, le masque à gaz (deux si possible), des sacs à terre, un panneau de signalisation ou des feux de bengale, le paquet de pansement, les vivres du jour, les munitions (120 cartouches)[6]. En revanche, le sac est laissé sur place.

Mais certaines unités attaqueront avec tout leur barda sur le dos. Ce sera le cas, par exemple, des troupes du 20e corps. En plus, ils ont des vivres pour 6 jours[7].

  • Les chars.

Les 194 chars (Schneider et Saint-Chamond) disponibles sont éparpillés entre différentes unités. C'est contraire aux directives du général Estienne mais correspond au rôle qu'on veut leur faire tenir : accompagner l'infanterie. Pour monter en ligne, les « batteries » se déplacent en colonne. Pour combattre, elles se mettent en ligne. Le char de commandement a alors deux de ses tanks à sa gauche et le dernier à sa droite.

Pour communiquer, le commandant d'unité dispose de fanions, qu'il agite pour indiquer ses ordres. Il dispose aussi de pigeons voyageurs dont les cages sont emportées dans l'habitacle.

Au combat, chaque AS (c'est le sigle sous lequel on désigne les batteries, AS et un numéro) est accompagnée d'une compagnie d'infanterie ; pour le « groupement Bossut », ce sont donc 5 compagnies de fantassins qui viennent du 154e régiment d'infanterie de ligne et, pour le « groupement Chaubès », ce sont 3 compagnies du 76e régiment d'infanterie de ligne. Dans la pratique, l'infanterie se révélera incapable, sous le feu allemand, de suivre les chars.

La bataille[modifier | modifier le code]

Le paysage du champ de bataille[modifier | modifier le code]

Les conditions météorologiques sont terribles quand commence l'offensive. En ce printemps 1917, il fait très froid et il neige même le 16 avril. Les Sénégalais qui se sont entraînés sur la Côte d'Azur, ne sont pas préparés à de telles températures. Nombre d'entre eux souffrent du gel. Le 17 avril, la pluie tombe d'une manière quasiment continue et rend le terrain très boueux. C'est surtout le mauvais temps qui gêne les préparations d'artillerie dont les objectifs visés ne seront pas toujours atteints. Les soldats qui s'élancent le 16 avril trouvent des positions allemandes très peu touchées par le bombardement.

Les bombardements ont mis la terre à nu et ont sculpté un paysage lunaire (trous d'obus, absence de végétation). Cette terre boueuse est continuellement retournée par les obus : elle n'est donc pas stable, elle se dérobe sous les pieds si bien que le soldat ne cesse de tomber, pour se relever et tomber à nouveau.

L'offensive du 16 avril[modifier | modifier le code]

Assaut français au Chemin des Dames
Tir de barrage sur Craonne.
  • h 30 : les hommes de première ligne se réveillent, se préparent et avancent jusqu'aux lignes ennemies
  • h 0 : l'offensive est lancée, les hommes sautent les parapets et gagnent les premières lignes. L'assaut du côté français est donné le 16 avril à 6 heures du matin.
  • h 0 : selon le député Jean Ybarnégaray : « La bataille a été livrée à 6 heures, à 7 heures, elle est perdue ». Un peu partout sur le front, les hommes se rendent compte que l'avancée n'est pas aussi rapide que prévue. En effet les hommes qui se sont lancés à l'assaut, échouent contre des deuxièmes lignes très peu entamées par les bombardements. Ils sont de plus pris en enfilade par des nids de mitrailleuses cachés et sont même parfois pris à revers par des soldats allemands qui sortent des souterrains comme à Hurtebise. En effet le terrain est très favorable aux défenseurs : situation en surplomb, réseau de souterrains desservant carrières souterraines (les creutes) et abris bétonnés, alors que les assaillants ne peuvent pas se protéger, doivent grimper une pente souvent raide, progressant sur un sol très instable. Les pertes sont considérables parmi les troupes qui faisaient partie de la première vague d'assaut. Le soldat Paul Clerfeuille note ainsi dans son journal : « la première vague part, mais est aux deux tiers fauchée par les mitrailleuses ennemies qui sont dans des petits abris en ciment armé »[8] La 10e division d'infanterie coloniale qui s'élance sur Hurtebise est aussi décimée : les pertes s'élèvent à 150 officiers et 5 000 soldats dont la moitié étaient des tirailleurs sénégalais.
  • h 0 : à l'est du Chemin des Dames, les chars d'assaut sont engagés dans le secteur de Berry-au-Bac, mais cette première intervention des chars dans l'Armée française est un échec cuisant : sur 128 chars engagés, 57 sont détruits, 64 sont tombés en panne ou sont enlisés[9]. En effet, ces chars sont lourds, lents (4 km/h) et restent souvent prisonniers d'un terrain marécageux. Ce sont donc des cibles faciles pour l’artillerie, d'autant plus que le réservoir d'essence placé sur le côté n'est pas protégé. Les pertes là aussi sont lourdes : 33 officiers et 147 soldats.
  • 14 h 0 : premier communiqué officiel : « la lutte d'artillerie a pris un caractère de violence extrême pendant la nuit sur tout le front compris entre Soissons et Reims ». Il n'est pas encore question de l'offensive mobilisant plus d'un million d'hommes et qui a été lancée à 6 heures du matin. C'est que sur le terrain, la situation ne s'améliore pas. Il s'est mis à neiger et les soldats s'aperçoivent qu'ils ne progressent guère, que l'offensive est un échec. Le soldat Paul Clerfeuille écrit ainsi dans son journal : « Ordre nous est donné de creuser des trous individuels. Moi qui ai entendu parler du plan, je sais qu'à cette heure nous devrions déjà avoir passé Craonne et être dans la vallée de l'Ailette. Je dis aux camarades : « Ça ne va pas ! » c'était vrai. [...] le plan d'attaque du général Nivelle est raté. »[10]
  • En fin de journée, les gains de terrain sont minimes : les seules avancées véritables sont en fait réalisées en contrebas du plateau entre Soupir et Chivy-lès-Étouvelles ou plus à l'est dans le secteur de La Ville-aux-Bois et celui de Loivre au nord de Reims. Ailleurs, c'est-à-dire sur le plateau du Chemin des Dames entre Cerny-en-Laonnois et Craonne, les forces françaises ont été repoussées. Les pertes en revanche sont considérables. Selon J.F. Jagielski[11], les pertes s'élèvent à 134 000 hommes dont 30 000 tués pour la semaine du 16 au 25 avril.

Bien que le général Nivelle ait promis que l'offensive durerait 24 heures, 48 heures maximum, elle se poursuit durant des semaines.

La poursuite de l'offensive du 16 avril au 24 octobre 1917[modifier | modifier le code]

Trois vues d'une attaque française à Craonne en mai 1917, dans le secteur du village de Corbeny.

Du 17 avril au 21 avril[modifier | modifier le code]

Le 17 avril : à l'offensive sur le chemin des Dames, s'ajoute une nouvelle attaque à l'est de Reims dans le secteur de Moronvilliers. Sur le chemin des Dames, le fort de Condé et le village de Braye-en-Laonnois sont pris par les Français.

  • Entre le 18 avril et le 21 avril : c'est maintenant au tour de la Xe armée, celle de réserve, de passer à l'attaque. Elle va engager le 9e et le 18e corps, sur la partie est du Chemin des Dames, entre Craonne et Hurtebise.

Le 20 avril : suspension provisoire de l'offensive.

Du 22 avril à la bataille des Observatoires[modifier | modifier le code]

Le 22 avril : il est décidé d'arrêter toute offensive massive au profit d'offensives partielles

Le 29 avril : remaniement dans l'état-major. Le général Mangin est relevé de son commandement.

Le 30 avril : l'offensive reprend sur les Monts de Champagne.

Le 4 mai : le 18e régiment d'infanterie se lance à l'attaque du village de Craonne à 18 h. Cette attaque surprend les Allemands, le rebord du plateau de Californie est pris.

Le 5 mai : le 18e régiment d'infanterie attaque avec le 34e régiment d'infanterie pour consolider les positions sur le plateau. Les Français réussissent à prendre pied sur le plateau mais ne peuvent déboucher sur l'Ailette. Les pertes s'élèvent autour de 800 hommes pour le 18e régiment d'infanterie entre le 4 et le 8 mai et plus de 1 100 hommes pour le 34e régiment d'infanterie. La Xe armée attaque les plateaux de Vauclair et des Casemates. Le même jour, une offensive est lancée sur Laffaux par le 1er Corps d'armée coloniale : les ruines du moulin sont prises.

Le 8 mai : nouvelle suspension de l'offensive.

Le 15 mai : Le général Pétain remplace Nivelle. Le gouvernement est au courant des premiers actes de désobéissances.

Du 20 mai à fin juin : le front est secoué par les mutineries qui affectent plus de 150 unités. Ces refus d'obéissance concernent des troupes au repos que l'on veut renvoyer à l'assaut.

Le 4 juin : à la demande du général Maistre, commandant de la VIe armée, les offensives prévues en juin sont ajournées à cause des mutineries[12].

Seconde quinzaine de juin : une grande contre-offensive allemande est lancée à la suite des informations sur les mutineries.

Le 25 juin : la 164e division d'infanterie s'empare de la Caverne du Dragon. C'est le début de la bataille des observatoires qui dure tout l'été. Il s'agit d'un ensemble d'opérations pour contrôler des points hauts du Chemin des Dames

La victoire de La Malmaison (24 octobre)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille de la Malmaison.

Le 24 octobre : une offensive, préparée par le général Pétain remplaçant du général Nivelle depuis le 15 mai, est lancée sur le fort de la Malmaison qui contrôle l'accès sur la crête du Chemin des Dames. La préparation d'artillerie a été massive et parfaitement coordonnée. Quand les troupes des 11e, 14e et 21e corps d'armée s'élancent, protégées par le feu roulant de l'artillerie, les défenses allemandes sont déjà bien atteintes. Les chars sont de nouveau utilisés mais, cette fois, ils sont plus légers, plus rapides et attaquent frontalement en protégeant les fantassins. La victoire française est nette : les Allemands comptent 8 000 tués, 30 000 blessés et 11 500 prisonniers[13]. Cette victoire ne peut faire oublier le dramatique échec de la bataille du Chemin des Dames mais il consacre une nouvelle stratégie reposant sur l'utilisation massive de matériels modernes (artillerie, chars) concentrés sur un point précis du front. L'armée française conquiert ainsi des positions stratégiques, mais ne parvient pas à faire significativement bouger la ligne de front.

Le village de Soupir, en 1917

Les conséquences[modifier | modifier le code]

Sur le plan militaire[modifier | modifier le code]

Selon les points de vue, l'offensive Nivelle a été décrite comme une grave défaite stratégique des Français, ou une coûteuse demi-victoire. Les Français ont bel et bien conquis quelques positions stratégiques et détruit des forces allemandes considérables, mais sont loin d'atteindre les objectifs de l'offensive. Les Allemands ont épuisé leurs réserves, mais tiennent encore. En fait, le bilan de l'offensive est bien meilleur que celui de toutes les attaques menées par Joffre en 1915. Mais, après tant d'échecs et le bain de sang de Verdun, des pertes qui auraient été jugées acceptables en 1915 ne le sont plus. D'autre part le gouvernement civil a repris de l'influence. Face à Nivelle soutenu par Briand, un autre groupe politique, associant Painlevé et Pétain, demande l'arrêt de l'offensive et un changement de stratégie. Le premier ministre britannique Lloyd George déclare le 4 mai, à la conférence interalliée de Paris :

« Si on nous avait fait 55 000 prisonniers, capturé 800 canons et des milliers de mitrailleuses, dégagé 2 000 km2, imaginez la vague de pessimisme qui gagnerait nos opinions publiques. et l'on eût pavoisé à Berlin. Or c'est le contraire[14]. »

Une commission d'enquête est instituée et dirigée par le général de division Henri Joseph Brugère, Nivelle est absous et plus tard muté à Alger. Brugère ajoute au rapport que « Pour la préparation comme pour l'exécution de cette offensive, le général Nivelle n'a pas été à la hauteur de la tâche écrasante qu'il avait assumée ». La commission souligne que la VIe armée, commandée par Mangin, a enlevé les premières positions allemandes et progressé de plusieurs kilomètres, pris 12 villages, 80 canons, 6 000 prisonniers et perdu au total 30 000 hommes (tués, blessés et disparus) du 16 au 30 avril, soit 8 % de son effectif[15].

À la suite de cet échec, les généraux Mazel (Ve armée) et Charles Mangin (VIe armée) sont remplacés par Micheler et Maistre.

Philippe Pétain prend la place de Nivelle à la tête du grand quartier général français (GQG), le 15 mai 1917, au moment où éclatent les premières mutineries, signe d'un désespoir et d'un découragement dans une partie des troupes françaises.

Les pertes[modifier | modifier le code]

Cette bataille est vécue comme un échec pour l'armée française. Alors que cette bataille devait être décisive, elle se solde par de lourdes pertes pour des gains sensibles mais insuffisants. Plus grave encore, son arrêt permet aux Allemands de rétablir leur situation très ébranlée. Ils vont pouvoir se retourner vers l'est, asséner des coups décisifs aux Russes qui se retireront alors de la guerre, puis ramener presque toutes leurs armées en France pour une offensive majeure en mars 1918. On peut dire que l'échec ou l'abandon de l'offensive Nivelle a entraîné le prolongement de la guerre d'une année, et favorisé la révolution bolchevique.

L'estimation des pertes a fait l'objet de polémiques en fonction de la période et du terrain retenus. Les chiffres ont été interprétés, dès le début de l'offensive, par les hommes politiques qui voulaient, soit arrêter l'offensive, soit la continuer. Le député Favre les estime à près de 200 000 hommes côté français au bout de deux mois d'offensives[16]. C'est un bilan probable et assez peu éloigné du décompte incomplet réalisé par J.-F. Jagielski[11]. Chaque division a perdu en moyenne 2 600 hommes sur le Chemin des Dames. Les tirailleurs sénégalais, notamment perdent plus de 7 000 tués sur 16 500 engagés (40-45 %) dans les premières journées, soit le quart de leurs pertes totales au cours de la guerre[17],[18].

Quant au bilan côté allemand, il est encore moins aisé à réaliser. L'état-major français estimait en juin 1917 les pertes allemandes autour de 300 000 hommes, ce qui est sûrement exagéré. Le général en chef allemand Ludendorff a écrit : « Notre consommation en troupes et en munitions avait été ici aussi extraordinairement élevée[19]. »

Les mutineries[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Mutineries de 1917.

Les tribunaux militaires prononcèrent 3 427 condamnations dont 554 à mort ; à sept reprises Pétain refusa de transmettre les dossiers de recours en grâce et 43 mutins devaient être exécutés. Il n'y aura donc seulement que 43 condamnations effectives[20].

Dans la culture[modifier | modifier le code]

Le nom de Craonne, situé au cœur de la bataille du Chemin des Dames, a été popularisé par La Chanson de Craonne qui reste associée aux mutins de 1917 de la Première Guerre mondiale.

La Butte Rouge est composée par Montéhus en référence à une colline à l’est du front du chemin des Dames.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ce site a déjà été un lieu de combats qui vit une victoire de Napoléon Ier contre les armées russes et prussiennes du général Blücher, lors de la bataille de Craonne du 7 mars 1814.
  2. 1917 Le Chemin des Dames, Hors-Série du magazine l'Aisne 1917-2007, page 13
  3. L'artillerie spéciale (AS) utilise des noms particuliers pour ses unités. À la base, on a une batterie, de 4 chars. Plusieurs batteries vont donner un groupe. Plusieurs groupes donnent un groupement.
  4. 1917, Le Chemin des Dames, numéro spécial du magazine du Conseil général de l'Aisne, avril 2007
  5. Cela donne une pénétration de 2 kilomètres à l'heure.
  6. Nobécourt, p. 141.
  7. Labayle, p. 39. Ce ne sont pas des rations, comme celles popularisées durant la seconde guerre mondiale, mais, comme le dit Paul Clerfeuille : « … des boîtes de bœuf, porc, sardines, chocolat, pain, biscuit, pâté, sucre, haricots, farine, pomme de terre en fécule. Également de l'alcool à brûler solidifié qui ressemble à de la crème, pour faire chauffer nos aliments. Également du pinard, le café, la goutte mêlée d'éther… » (cité dans Nicolas Offenstadt et repris par Labayle)
  8. cité dans N. Offenstadt, Le Chemin des Dames, de l'événement à la mémoire, Stock, Paris, 2004
  9. A. Loez, « Le baptême du feu des chars d'assaut français » in N. Offenstadt, op. cit.
  10. dans N. Offenstadt, op. cit.
  11. a et b Page 4 : Un bilan des combats de 1917 au Chemin des Dames (source : J.F. Jagielski)
  12. d'après l'ancien ministre de la guerre P. Painlevé, Comment j'ai nommé Foch et Pétain, Alcan, Paris, 1924
  13. d'après Hervé Chabaud dans 1917, Chemin des Dames op. cit.
  14. cité dans Louis-Etienne Mangin, Le général Mangin. 1866-1925, F. Sorlot-F. Lanore éd., 1986, p. 231. Les 2 000 km2 dégagés, auxquels Lloyd George fait allusion, sont principalement le territoire évacué par le repli Allemand du 15 au 19 mars, face à la menace d'une offensive française.
  15. cité dans Louis-Étienne Mangin, Le général Mangin. 1866-1925, F. Sorlot-F. Lanore éd., 1986, p. 234.
  16. H. Castex, L'Affaire du Chemin des Dames, les comités secrets, Imago, 1998
  17. Jean-Yves Le Naour, Dictionnaire de la Grande Guerre, Larousse, 2008, p. 70,170
  18. Marc Michel, Les Africains et la grande guerre : l'appel à l'Afrique, 1914-1918, Karthala, 2003, [lire en ligne], p. 101
  19. Charles Mangin, Comment finit la guerre, 1920, [lire en ligne], p. 144
  20. Guy Pedroncini, Les Mutineries de 1917, Paris, 1967, p. 194, 211-212.

Sources[modifier | modifier le code]

  • René-Gustave Nobécourt, Les Fantassins du Chemin des Dames, Robert Laffont, 1965.
  • Revue 14-18, no 36, 2007, Espoirs et drames sur le Chemin des Dames.
  • H. Ortholan, La Guerre des chars, 1916-1918, éditeur Bernard Giovanangeli, 2007 (ISBN 2-909034-99-2) (voir le chapitre V)
  • Nicolas Offenstadt éd., Le chemin des Dames de l'événement à la mémoire, Paris, Stock, 2004.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Craonne aujourd'hui : emplacement de l'église St Martin.

Films[modifier | modifier le code]

Il n'existe pas de films directement basés sur les combats du Chemin des Dames. Mais on pourra se reporter à ceux-ci :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Témoignages
  • Albert Bessières, Le Chemin des Dames, carnets d'un territorial, Bloud & Gay, 1918.
  • Charles Delvert, L'Erreur du 16 avril 1917, Fournier, 1920.
  • Georges Gaudy, Souvenirs d'un poilu du 57e RI, le Chemin des Dames en feu, Plon, 1921.
Ouvrages historiques
  • Pierre Miquel, Le Chemin des Dames, Perrin, 1997.
  • René-Gustave Nobécourt, Les Fantassins du Chemin des Dames, Robert Laffont, 1965.
  • Nicolas Offenstadt Le Chemin des Dames de l'événement à la mémoire, Paris, Stock, 2004.
  • Yves Buffetaut, Arras, Vimy et le Chemin des Dames, Les grandes offensives du printemps 1917, Histoire & Collections, 1997.
  • Louis-Étienne Mangin, Le général Mangin. 1866-1925, F. Sorlot-F. Lanore éd., 1986.
  • H. Ruffin, A. Tudesq, Notre Camarade Tommy. Offensives anglaises de janvier à juin 1917, Hachette, 1917.
  • G. Pedroncini, Les Mutineries de 1917, P.U.F., 1967.
Articles
  • A. Guignard, « Les Troupes noires pendant la guerre », Revue des deux Mondes, juin 1919.
  • A. Bernède, « 16 avril 1917, les Français à l'Assaut du Chemin des Dames », Revue 14-18, no 3, 2001.
  • A. Bernède, « Berry-au-Bac, les Chars, le 16 avril 1917. Arme nouvelle ou Bouche-Trou ? », Revue 14-18, no 4, 2001.
  • A. Bernède, « De l'Enfer au Drame du Chemin des Dames (avril-mai 1917) », Revue 14-18, no 5, 2002.
  • J. Compagnon, « La Chevauchée héroïque de Berry-au-Bac : le Chef d'Escadron Bossut (16 avril 1917) », Revue historique des armées, no 2, 1984.
  • G. Pedroncini, « Les Refus collectifs d'obéissance en 1917 », Revue historique des armées, 1967.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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