Pierre Sudreau

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Pierre Sudreau
Image illustrative de l'article Pierre Sudreau
Fonctions
Parlementaire français
Député
1967 - 1981
Gouvernement Ve République
Groupe politique PDM (1967-1973)
RCDS (1973-1978)
UDF (1978-1981)
Biographie
Date de naissance 13 mai 1919
Date de décès 22 janvier 2012 (à 92 ans)
Résidence Loir-et-Cher

Pierre Sudreau, né le 13 mai 1919 et mort le 22 janvier 2012[1],[2],[3] à Paris, est un homme politique français.

Résistant, membre du réseau Brutus, haut fonctionnaire dans le monde du renseignement et de la Sécurité, puis de l'urbanisme et des grands travaux, il devient ministre jusqu'à sa rupture avec le pouvoir gaulliste en 1962. Il reste ensuite toujours un européen convaincu et homme politique centriste.

Il aurait inspiré à Saint-Exupéry le personnage du Petit Prince[4].

Biographie[modifier | modifier le code]

Origine et formation[modifier | modifier le code]

Pierre Sudreau naît le 13 mai 1919 dans une famille d'industriels de la région parisienne. Son père meurt lorsqu'il a quatre ans. Sa mère reprend la société familiale et place son fils en pension au lycée Hoche de Versailles. Pour échapper à la « longue désespérance » de son enfance, comme il le raconte dans ses souvenirs, il lit beaucoup.

À douze ans, il écrit à Saint-Exupéry pour lui faire part de l'émotion ressentie à la lecture de Vol de nuit. Ce dernier lui répond, l'invite à discuter. Se forme alors une amitié qui marque profondément Pierre Sudreau. Saint-Exupéry se serait inspiré de Pierre pour son personnage du Petit Prince.

Après le bac, il fréquente l'École libre des sciences politiques. Il est licencié en droit et en lettres.

Le résistant du réseau Brutus[modifier | modifier le code]

En juin 1940, avec plusieurs élèves aviateurs de l'École de l'Air repliée sur la base de Bordeaux-Mérignac, il est bien décidé à continuer la lutte. Mobilisé dans l'Armée d'armistice comme officier de l'Armée de l'Air, affecté à la base de Toulouse-Blagnac, dès la fin 1940, il commence à dissimuler des armes.

Sa volonté de poursuivre la lutte l'amène à entrer en contact avec le réseau Brutus. Il rejoint ce réseau encore nommé Groupe Froment avec le pseudo "Sillans". À la suite de sa demobilisation, il part à Paris, trouve un emploi dans les bureaux du ministère de l'Intérieur et devient en 1943 responsable du réseau de renseignement en zone occupée. Il prépare avec Louis Armand un « plan vert » de sabotage des voies ferrées pour faciliter un futur débarquement allié.

Le 10 novembre 1943, il est arrêté, torturé et placé à l’isolement à la prison de Fresnes puis il est déporté en mai 1944 à Buchenwald, en même temps que Stéphane Hessel. Il s'y lie avec un résistant communiste, Guy Ducoloné.

Haut fonctionnaire du Ministère de l'Intérieur[modifier | modifier le code]

Rapatrié en mai 1945, Pierre Sudreau est remarqué par le général de Gaulle, lors d’une réception le 5 mai, au siège du Gouvernement provisoire, rue Saint-Dominique : « L'audience a été courte et pourtant a orienté toute ma vie. J'apprendrai plus tard, en effet, que le Général s'était étonné de ma présence : Mais c'est un gosse, il n'a pu être un chef responsable ! Ayant pris connaissance de ma fiche signalétique, il laissa tomber : Alors, qu'il serve l'État comme Jean Moulin»[5].

Il est nommé sous-préfet puis sous-directeur au ministère de l'Intérieur. En 1946, il est directeur de cabinet du secrétaire d’État à la présidence du Conseil, André Colin, avant d'être nommé Directeur général adjoint du Service de la documentation extérieure et du contre-espionnage (SDECE). À ce titre, il est mêlé à l'Affaire Passy.

En 1947, il devient Directeur de l’administration et des affaires générales de la Sûreté nationale puis en 1949, Directeur des services financiers et du contentieux du ministère de l’Intérieur

De 1951 à 1955, il devient préfet de Loir-et-Cher devenant à 32 ans le plus jeune Préfet de France. Il y crée, au château de Chambord, le premier spectacle son et lumière du monde[réf. nécessaire] avec notamment un stagiaire de l'ENA qui devient célèbre : Jacques Rigaud.

Construction et urbanisme[modifier | modifier le code]

De mars à juin 1955, il est Chargé de mission et Directeur adjoint du cabinet d’Edgar Faure puis est nommé en juin 1955, il est nommé commissaire à la Construction et à l'Urbanisme de la région parisienne. À ce titre, il lance les grands travaux de ce qui n'est pas encore le Grand Paris : RER, périphérique, la Défense. Il y reste jusqu'en 1958.

Ministre gaulliste[modifier | modifier le code]

Il est en juin 1958 ministre de la Construction du général de Gaulle dans le dernier gouvernement de la IVe République, puis de Michel Debré en 1959 quand De Gaulle devient président de la République. Ministre de l'Éducation nationale du 15 avril au 15 octobre 1962, dans le premier gouvernement Georges Pompidou, Pierre Sudreau s'oppose au projet de référendum sur l'élection du président de la République au suffrage universel et démissionne en octobre 1962.

Président de la Fédération des industries ferroviaires pendant trente ans, il est à l'origine du lancement du TGV.

Homme politique centriste[modifier | modifier le code]

En 1965, Pierre Sudreau est un moment sollicité pour être candidat à la présidence de la République, soutenu par les formations du centre. Il décline cette invitation. Quatre ans plus tard, il participe activement à la campagne présidentielle d'Alain Poher, président du Sénat, dont on dit qu'il aurait pu être le premier ministre. Son département d'élection, le Loir-et-Cher, est alors le seul avec l'Indre à placer Poher devant Georges Pompidou au second tour.

En 1967, il est élu député centriste (d'opposition jusqu'en 1974) Progrès et démocratie moderne (PDM) puis réformateur du Loir-et-Cher et siège à l’Assemblée nationale jusqu’en 1981. Il préside aussi la Région Centre. Il est élu maire de Blois en 1971, réélu au premier tour en 1977 et 1983 mais battu en 1989 par Jack Lang suite aux divisions de la droite locale. Il fait de Blois, petite ville assoupie sur les bords de la Loire (et ancienne capitale des rois de France) une ville moyenne dynamique, où passe l'autoroute A 10, et où s'installe une industrie très diversifiée, permettant ainsi de lutter dès les années 1970 contre la crise. Blois est ensuite précurseur dans tout le domaine informatique (notamment, avec Roland Moreno, la carte IPSO, qui préfigure le paiement électronique).

Il fut en 1975 l'auteur d'un rapport sur « la Réforme de l'entreprise ». Ce rapport, qui lui avait été demandé par Valéry Giscard d'Estaing, préconisait notamment d'accorder aux représentants des salariés un tiers des postes dans les conseils d'administration des entreprises, mesure qui provoqua l'hostilité du patronat, de certains syndicats, de parlementaires gaullistes mais aussi de gauche et ne fut jamais mis en œuvre. Le rapport constitue une étape vers les lois Auroux de 1981.

Il est président de l'Association nationale des anciens combattants de la Résistance (ANACR) et président de la Fondation de la Résistance. À titre personnel, il est membre du comité d'honneur de l'Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité[6].

Il est élevé à la dignité de grand-croix de la Légion d'honneur par un décret du 13 juillet 1992[7]. Il meurt à Paris, aux Invalides, le 22 janvier 2012. Il repose au cimetière de Blois, au côté de son épouse France et de son fils Jean, décédés avant lui.

Publications[modifier | modifier le code]

  • L'enchaînement, Pierre Sudreau, éditions Plon, 1967
  • La réforme de l'entreprise, sous la direction de Pierre Sudreau, La documentation française et Éditions 10/18, 1975
  • La stratégie de l'absurde, Pierre Sudreau, éditions Plon, 1980
  • De l'inertie politique, Pierre Sudreau, avant-propos de René Rémond, éditions Stock, 1985
  • Au-delà de toutes les frontières, Pierre Sudreau, 1991, 2e édition complétée : éditions Odile Jacob, 2002
  • Sans se départir de soi : quelques vérités sans concession, Pierre Sudreau, entretiens avec François Georges, éditions Tirésias, 2004
  • Elles et Eux et la déportation Caroline Langlois, Michel Reynaud éditions Tirésias, 2005

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Christiane Rimbaud, Pierre Sudreau, Le Cherche Midi, 2004

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]