Oscar Bardi de Fourtou

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Oscar Bardi de Fourtou.

Marie, François, Oscar Bardi de Fourtou, né à Ribérac le 3 janvier 1836 et mort à Paris le 6 décembre 1897, est un homme d'État français, principal artisan de la tentative pour empêcher les républicains de revenir au pouvoir après la crise constitutionnelle du Seize mai 1877.

Il jouit d'une mauvaise réputation lorsqu'il quitte son ministère de l'intérieur en novembre 1877. Il entre dans l'histoire comme un fonctionnaire d'État zélé, autoritaire et définitivement associé à l'échec des conservateurs. Le jugement de ses contemporains et de l'historiographie qui s'y rattache sont sans appel pour ce ministre périgourdin. Bitard dans son Dictionnaire de biographie contemporaine française et étrangère publié en 1886 dit de lui :

«  De sorte que l'homme qui, il y a quelques années, a fait tant de bruit dans un grand pays comme la France, est redevenu dans ce même pays un simple petit avocat de province. »

Biographie[modifier | modifier le code]

Un notable ribéracois

Appartenant à une famille bourgeoise du Ribéracois (Dordogne), il appartient à une longue lignée d'hommes de loi. Son père, Adrien Bardi de Fourtou est avocat à Ribérac et son oncle, François fait une carrière dans la magistrature qui le conduit à la Cour d'Appel de Bordeaux. Cadet de trois enfants[1], il reçoit une solide formation au collège de Ribérac puis au lycée de Périgueux avant de passer sa licence en droit à la Sorbonne puis à Poitiers où il soutient sa thèse en 1857. Il est inscrit au barreau de Ribérac en même temps que son frère ainé, Léonce et son père Adrien. En 1860, il devient même bâtonnier du barreau. La carrière de la magistrature le séduit un temps puisqu'il occupe le poste de substitut du procureur impérial en 1864 à Ruffec (Charente) mais qu'il délaisse pour se consacrer à la politique.

Veuf très tôt[2], il se remarie en 1863 avec Alix Dereix et a six enfants : quatre fils et deux filles. Sa carrière politique commence réellement à la chute de l'Empire, non sans avoir été pendant cinq ans (1865-1870) maire de sa ville natale. Très intégré dans la vie locale, il se charge pendant son mandat municipal de faire renaitre le comice agricole de Ribérac, abandonné à la fin des années 1850. En 1874, alors qu'il n'a plus de mandat ministériel, il poursuit son implantation locale et devient président du comice agricole d'Echourgnac, participant activement à la mise en valeur de la vallée de la Dronne et la forêt de la Double.

Député et jeune ministre de la République puis de l'Ordre Moral

Homme de qualité et présentant un certain sens de l'État, élu 4e de la liste conservatrice périgourdine en 1871, il est très vite remarqué par Adolphe Thiers qui l'appelle le 7 décembre 1872 au poste de ministre des Travaux Publics. Plutôt bon gestionnaire, il sait s'arroger un certain nombre de députés et de ministres qui lui donnent leur confiance et leur soutien dans la vaste majorité hétéroclite des parlementaires conservateurs. Profondément voué au service de Thiers, il demeure dans le nouveau gouvernement thiériste et devient le 19 mai 1873 l'éphémère ministre des cultes mais il suit le président dans sa chute le 24 mai 1873. Considéré comme un homme de dossiers, grand travailleur et fin politique, il se rapproche des milieux conservateurs qui soutiennent l'Ordre Moral, inauguré par le cabinet Broglie en mai 1873 auquel il n'appartient pas encore. Il entretient des liens réguliers et soutenus avec le président de la République, le maréchal Mac-Mahon qui l'invite souvent dans les diners à l'Élysée. Il tente alors d'abord sans succès en 1871 puis assez largement de conquérir un siège de conseiller général dans le département de la Dordogne et les habitants du canton de Verteillac lui accordent majoritairement leurs suffrages. Son implantation locale est alors solide et certains évoquent déjà l'arrondissement de Ribérac comme le fief de Fourtou. Ses fonctions ministérielles lui donnent encore plus de poids localement lorsque le maréchal l'appelle à devenir son ministre de l'Instruction Publique, des Cultes et des Beaux-Arts en novembre 1873. À la tête de ces différentes charges, il devient le décideur, celui qui réalise en un temps record et avec vigueur la chasse aux enseignants qui refusent, par leur attitude, de servir l'idéologie de l'Ordre Moral. Il fait de même pour les prélats et les artistes. Ainsi, il se taille une réputation d'homme à poigne qui lui vaut les admirations des partisans et une haine viscérale des milieux républicains.

Alors que la crise ministérielle fait rage, le 23 mai 1874, il est alors le seul à pouvoir remplacer le duc Albert de Broglie au ministère de l'Intérieur. Mais un différend avec les orléanistes et notamment avec le ministre des affaires étrangères, le duc Decazes, conduit le Périgourdin à suivre Pierre Magne, alors ministre des finances, dans sa démission. Il quitte alors la place Beauvau le 19 juillet 1874. Votant contre les lois constitutionnelles de 1875, il demeure l'un des hommes de premier plan sur lesquels la frange bonapartiste et dynastique espère bien empêcher l'installation définitive du régime républicain naissant à la faveur d'une entente constitutionnelle entre les républicains modérés et les orléanistes. Il fréquente souvent l'Élysée et garde toute confiance du maréchal Mac-Mahon. Loin de rester inactif, il intègre le conseil d'administration de la Compagnie d'Orléans en mars 1875. Alors qu'il échoue à se faire élire au Sénat en janvier 1876 mais il est réélu député de Dordogne au mois de février suivant. Il appartient alors à l'élite conservatrice du département de la Dordogne et l'une des figures emblématiques de la cause conservatrice nationale. Mais c'est son retour à la place Beauvau en pleine crise politique qui lui confère une très mauvaise réputation dans le panthéon républicain.

L'homme du Seize-Mai

En effet, le 18 mai 1877, il obtient à nouveau le poste de ministre de l'Intérieur avec une mission très délicate : empêcher les républicains de revenir en force à l'Assemblée nationale. Il utilise tous les moyens légaux jusqu'à forcer l'interprétation législative des textes coercitifs en matière de colportage et de désignation des candidats qu'il suscite la réprobation de l'opposition républicaine qui l'accuse de forfaiture. Il procède à d'importants mouvements préfectoraux mais reste modéré dans celui des sous-préfets, secrétaires et conseillers de préfecture par manque de temps mais aussi par volonté de ne pas totalement épurer le corps préfectoral et de garder de solides soutiens de fonctionnaires qu'il pense acquis à la cause conservatrice. Il pratique tout en la justifiant la candidature officielle, ce qui lui vaut la haine des républicains et la critique des plus radicaux chez les conservateurs qui estiment qu'il ne va pas assez loin dans les mesures prises. Son souci est surtout de maintenir la cohésion d'une majorité conservatrice chancelante à cause des ambitions bonapartistes désireux de trouver chez Fourtou un des hommes du "coup de main" pour abattre même par la force la République.

Conforté dans son siège de député le 14 octobre suivant, son élection est invalidée le 18 novembre 1878. Provoqué par Gambetta à l'Assemblée, il se bat en duel avec lui quelques jours plus tard. Cette période est très difficile pour le ministre déchu car il est accusé d'avoir attenté à la vie du régime et s'il n'est pas avec les autres hommes du Seize-Mai condamné au bannissement et à l'exil, il est très vivement touché par l'acte de flétrissure que la majorité républicaine vote en mars 1879, alors qu'il venait de reconquérir son siège de député de la Dordogne d'une manière triomphale et provocante au mois de janvier précédent.

Echecs et triomphes : les vicissitudes d'un vaincu

Les portes du Sénat s'ouvrent enfin devant lui en janvier 1880. Il est élu avec Alexandre de Bosredon, bonapartiste modéré, en remplacement de Pierre Magne et Paul Dupont, morts quelques mois plus tôt. Il intervient peu dans la vénérable assemblée si ce n'est pour régler des problèmes agricoles ou protester vivement contre les lois scolaires de Jules Ferry. Avec l'adoption définitive du caractère républicain voté en 1884, ses illusions de revoir un jour un descendant dynastique revenir au pouvoir s'envolent. D'une santé fragile -il prend les eaux à la Bourboule depuis sa tendre adolescence-, il accepte le régime mais décide de mener une opposition parlementaire vigoureuse contre la politique opportuniste. Il échoue au renouvellement de son mandat de sénateur en janvier 1885 mais perd aussi tout espoir de retrouver le Palais Bourbon en septembre 1885. Ses activités administratives à la Compagnie d'Orléans, son échec aux cantonales de 1886 le conduisent à s'éloigner de la vie politique active. Il garde cependant l'espoir de revenir aux affaires lors de la crise boulangiste. Même s'il n'aime pas beaucoup le général Boulanger, il espère devenir le leader incontesté de la droite périgourdine, manœuvrant pour imposer le bonapartiste Oswald Taillefer à la députation, en remplacement de Boulanger démissionnaire en juillet 1888. Lrs élections générales de 1889 lui offrent l'opportunité de s'imposer comme le chef des conservateurs et il retrouve ainsi son siège de parlementaire. Mais ce mandat doit être pour lui celui de trop car, dès le début, il sent que ses forces l'abandonnent et que ses affaires ferroviaires lui prennent de plus en plus de temps. Ses problèmes de santé le préoccupent et dès 1892, il envisage de se retirer de la vie politique. En 1893, il officialise sa décision en s'adressant une dernière fois à ses électeurs pour expliquer - en partie- les raisons de son départ. Il continue à officier au sein du conseil d'administration de la Compagnie d'Orléans et en devient même Vice-président en 1894. Mais deux attaques cardiaques le contraignent au repos. Alors qu'il vient de marier l'une de ses filles, Il s'écroule dans son domicile parisien le 6 décembre 1897. Son corps est en suite rapatrié à Ribérac, dans le cimetière municipal, où il repose dans le caveau familial depuis cette date.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Il est le troisième garçon que le couple Fourtou a mais son frère Jean meurt prématurément quelques mois après sa naissance.
  2. Sa première épouse est la jeune Mary Durand, fille d'un riche industriel de la Double mais qui meurt subitement quelques mois après leur mariage au printemps 1861. Très affecté, le futur ministre en garde une tristesse et un très chaleureux souvenir tout sa vie durant.