Raymond Poincaré

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Raymond Poincaré
Raymond Poincaré en 1914.
Raymond Poincaré en 1914.
Fonctions
Sénateur de la Meuse
86 e président du Conseil des ministres français
(98e chef du gouvernement)
Président Gaston Doumergue
Gouvernement Poincaré IV
Poincaré V
Prédécesseur Édouard Herriot
Successeur Aristide Briand
80e président du Conseil des ministres français
(92e chef du gouvernement)
Président Alexandre Millerand
Gouvernement Poincaré II
Poincaré III
Prédécesseur Aristide Briand
Successeur Frédéric François-Marsal
10e président de la République française

(7 ans)
Élection 17 janvier 1913
Président du Conseil Aristide Briand
Louis Barthou
Gaston Doumergue
Alexandre Ribot
René Viviani
Aristide Briand
Alexandre Ribot
Paul Painlevé
Georges Clemenceau
Alexandre Millerand
Prédécesseur Armand Fallières
Successeur Paul Deschanel
67e président du Conseil des ministres français
(79e chef du gouvernement)
Président Armand Fallières
Gouvernement Poincaré I
Prédécesseur Joseph Caillaux
Successeur Aristide Briand
Ministre des Finances
Président Gaston Doumergue
Président du Conseil Lui-même
Gouvernement Poincaré IV
Prédécesseur Anatole de Monzie
Successeur Henry Chéron
14 mars
Président Armand Fallières
Président du Conseil Ferdinand Sarrien
Gouvernement Sarrien
Prédécesseur Pierre Merlou
Successeur Joseph Caillaux
Président Sadi Carnot
Jean Casimir-Perier
Président du Conseil Charles Dupuy
Gouvernement Dupuy II
Dupuy III
Prédécesseur Auguste Burdeau
Successeur Alexandre Ribot
Ministre des Affaires étrangères
Président Alexandre Millerand
Président du Conseil Lui-même
Gouvernement Poincaré II
Poincaré III
Prédécesseur Aristide Briand
Successeur Edmond Lefebvre du Prey
Président Armand Fallières
Président du Conseil Lui-même
Gouvernement Poincaré I
Prédécesseur Justin de Selves
Successeur Charles Jonnart
Ministre de l'Instruction publique, des Beaux-Arts et des Cultes
26 janvier
Président Félix Faure
Gouvernement Ribot III
Prédécesseur Georges Leygues
Successeur Émile Combes
4 avril
Président Sadi Carnot
Président du Conseil Charles Dupuy
Gouvernement Dupuy I
Prédécesseur Charles Dupuy
Successeur Eugène Spuller
Titulaire du fauteuil 34 de l'Académie française
Prédécesseur Émile Gebhart
Successeur Jacques Bainville
Biographie
Nom de naissance Raymond Nicolas Landry Poincaré
Date de naissance
Lieu de naissance Bar-le-Duc, Meuse Flag of France.svg (Empire français)
Date de décès (à 74 ans)
Lieu de décès Paris XVIe Flag of France.svg (France)
Nature du décès Embolie
Parti politique PRD - ARD
Conjoint Henriette Benucci
Diplômé de Facultés de droit des universités de Paris et Nancy
Profession Avocat, journaliste
Religion Catholique

Raymond Poincaré
Présidents de la République française

Raymond Poincaré, né le à Bar-le-Duc (Meuse) et mort le à Paris, est un homme d'État français. Il est le 10e président de la République française du au .

Ministre à plusieurs reprises, président du Conseil des ministres puis président de la République de 1913 à 1920, Raymond Poincaré fut l'une des plus grandes figures politiques de la IIIe République. Il fut également l'un des personnages centraux de la Première Guerre mondiale, conflit durant lequel il appela « le Tigre », Georges Clemenceau, à la présidence du Conseil, en 1917.

Biographie[modifier | modifier le code]

Ses origines familiales[modifier | modifier le code]

(Voir plus bas le paragraphe Généalogie).

Raymond Poincaré est le fils de Nicolas dit Antoni Poincaré (1825-1911), polytechnicien (1845), ingénieur, puis inspecteur général des Ponts et Chaussées.

Par ailleurs, il est l'arrière-petit-fils d'un député ayant exercé ses fonctions sous le règne de Louis-Philippe ; il est également le petit-fils du doyen de la faculté de médecine.

Il est enfin le cousin du mathématicien et savant Henri Poincaré[1].

Les débuts dans la politique[modifier | modifier le code]

Caricature de Poincaré par le Canadien Boardman Robinson (en) (vers 1923).

Formé à la politique par Jules Develle dont il est, pendant dix-huit mois, directeur de cabinet au ministère de l'Agriculture en 1886, élu ensuite conseiller général du canton de Pierrefitte dans la Meuse, Poincaré se forge une réputation de républicain modéré et conciliant dès son premier mandat de député de la Meuse en 1887. Cela n'empêche pas ce fils de polytechnicien, entré avec réticence sur la scène politique, de s'y imposer rapidement.

Après des études à Nancy puis à la faculté de droit de Paris, il entre au barreau de Paris en tant que stagiaire en 1879 ; il est nommé premier secrétaire de la Conférence du barreau de Paris et devient secrétaire de Me Henry du Buit, célèbre avocat d'affaires. En 1883, il prononce un discours à l'ouverture de la Conférence des Avocats dans lequel il fait l'éloge du républicain Jules Dufaure, ancien bâtonnier et ex-président du Conseil décédé deux ans auparavant :

« S'il est à souhaiter que l'éloge d'un mort illustre éveille chez nous le désir de l'imiter, le simple récit de la vie de Dufaure contiendra, je crois, pour notre génération, un précieux exemple de travail, d'indépendance et de dignité. »

— Éloge de Dufaure à l'ouverture de la Conférence des Avocats 1883 Barreau de Paris

En 1895, il ouvre son propre cabinet, qui obtient rapidement un grand succès et détient une clientèle très prestigieuse pour les affaires de presse, les affaires littéraires — il est notamment l'avocat de l'écrivain Jules Verne — et le droit des sociétés. Poincaré a parmi ses clients les plus grandes entreprises industrielles et financières du moment.

La carrière parlementaire[modifier | modifier le code]

Raymond Poincaré.

Il entre en politique en 1887, en se faisant élire député de la Meuse. En 1892, il est rapporteur de la commission des Finances, au moment du scandale de Panama, et est réélu l'année suivante.

À trente-six ans, il a déjà été trois fois ministre : de l'Instruction publique (1893), sous Dupuy, puis des Finances dans le second cabinet Dupuy, après la victoire électorale des modérés (1894-1895), et de nouveau chargé de l'Instruction publique, dans le cabinet Ribot, en 1895. Il est partisan de la laïcité mais éloigné de l'anticléricalisme radical. Il prône en effet une « école neutre », dont la vocation serait de produire de vrais patriotes. Poincaré devient alors l'un des leaders en vue des modérés, qui arborent l'étiquette « progressiste » qui a remplacé l'ancienne appellation d'« opportunisme » utilisée par Gambetta et Jules Ferry. Au fil du temps, ces « républicains progressistes » évoluent du centre gauche vers le centre droit, suivant le phénomène du sinistrisme.

Durant l’affaire Dreyfus, il adopte une attitude prudente. Il fait d'abord partie de ceux qui souhaitent étouffer un scandale qu'ils jugent contraire à la raison d'État. Il se rallie finalement au camp dreyfusard, plus par légalisme que par conviction[Quoi ?] .

Bien que républicain et laïque - signe sûr, à la Belle Époque, d'une appartenance à la gauche - Poincaré demeure cependant prudent envers les gauches, et reste très modéré. En juin 1899, le président de la République Émile Loubet le pressent comme président du Conseil[2]. Mais il n'arrive pas à mettre d'accord les différentes tendances républicaines pour composer un gouvernement, tandis que Clemenceau déclarait :

« Le don de Poincaré n'est pas à dédaigner : c'est l'intelligence. Il pourrait faire remarquablement à côté de quelqu'un qui fournirait le caractère[2] »

Aussi Poincaré conseille-t-il à Loubet d'appeler plutôt Waldeck-Rousseau[2], qui forme un cabinet de Défense républicaine. Néanmoins, Poincaré s'oppose à celui-ci [réf. nécessaire], et plus encore, après la victoire du Bloc des gauches aux élections de 1902, à la politique anticléricale d’Émile Combes. En tant que membre de l'Alliance libérale démocratique (centre-droit), il soutient cependant, de façon générale, le cabinet combiste.

Plus tard, c'est au Sénat que Poincaré décida de se présenter. Élu sénateur de la Meuse en 1903, il quitte ses fonctions en 1913, date à laquelle il est élu à l'Élysée, puis reprend ses fonctions en 1920 et ce jusqu'en 1934, date de son décès.

En 1906, Clemenceau, qui juge pourtant Poincaré un peu trop mou — c'est lui qui aurait inventé l'expression « poincarisme » dans son hebdomadaire Le Bloc du [3] — lui propose néanmoins d'entrer dans son gouvernement. Poincaré, peut-être par animosité, s'y refuse[3].

Belle consécration, il est élu à l’Académie française en 1909, et est également professeur aux écoles HEI-HEP.

Le président du Conseil (1912-1913)[modifier | modifier le code]

En janvier 1912, il est nommé président du Conseil et forme un gouvernement de républicains modérés avec Briand aux Affaires étrangères ; Théophile Delcassé à la Marine ; Jules Pams à l'Agriculture ; Albert Lebrun aux Colonies et Léon Bourgeois au Travail et à la Prévoyance sociale.

Du 6 au , il est en visite officielle en Russie dans le cadre de l'alliance franco-russe et assiste à des revues militaires.

L'élection présidentielle de janvier 1913[modifier | modifier le code]

Le Petit Journal annonçant l'élection de Raymond Poincaré.

Alors que le mandat présidentiel d'Armand Fallières touche à sa fin, Poincaré se présente comme candidat à l'élection présidentielle de janvier 1913. Le président du Conseil est en lice face au président de la Chambre, Paul Deschanel, et au président du Sénat, Antonin Dubost. Avec Clemenceau, les radicaux soutiennent Jules Pams, le ministre de l'Agriculture, une personnalité considérée comme effacée et dont la candidature vise essentiellement à contrer Poincaré[3].

Selon la tradition républicaine, un scrutin préparatoire a lieu pour choisir le candidat du « camp républicain » ; les « modérés » (républicains de droite) d'un côté, de l'autre les socialistes, refusent toutefois d'y participer. Au troisième tour, Pams l'emporte avec 323 voix contre 309 pour Poincaré, classé à gauche à l'époque (dreyfusard, laïc, il s'était marié civilement, puis religieusement en 1912[3]). La discipline républicaine aurait voulu que, battu à ces primaires, il se retire, et c'est ce que lui demande une délégation conduite par Combes et Clemenceau[3].

Mais Poincaré refuse, sachant que lors du scrutin officiel, il serait soutenu par la droite républicaine : il se présente donc à Versailles, et est élu le au deuxième tour, avec 482 voix contre 296 à Pams et 69 pour le socialiste Édouard Vaillant[3]. Clemenceau conservera une rancune tenace contre Poincaré pour n'avoir pas respecté la discipline républicaine, que lui-même respectera lors de l'élection présidentielle de 1920.

L'Élysée (1913-1920)[modifier | modifier le code]

Extrait d'une caricature de L'Humanité publiée le 27 mai 1913, montrant Clemenceau et Poincaré réconciliés dans un soutien commun à la loi des trois ans.

Son mandat de chef de l'État va évidemment être marqué par la Première Guerre mondiale, pendant laquelle il est l'artisan de l'Union Sacrée politique et sociale, aux côtés de René Viviani, d'Aristide Briand puis de Georges Clemenceau. Avec Briand et Clemenceau, et contre Jaurès et la SFIO, il soutient la loi des trois ans, votée en juillet 1913.

Son rôle dans le déclenchement de la guerre est controversé : il aurait poussé à la fermeté la Russie lors de son voyage officiel du 13 au en Russie, afin de renforcer les alliances deux semaines après l'attentat de Sarajevo. Le 4 août, son message est communiqué aux Chambres par Viviani : la France « sera héroïquement défendue par tous ses fils, dont rien ne brisera devant l’ennemi, l'Union sacrée, et qui sont aujourd’hui fraternellement assemblés dans une même indignation contre l’agresseur, et dans une même foi patriotique ».

Il n'hésite pas, parfois au péril de sa vie, à venir au front (essentiellement dans la Meuse et dans la Somme) afin de juger du moral des troupes et des populations déplacées. Il visite à plusieurs reprises la partie de l'Alsace redevenue française dès le  : au Col de la Schlucht, à Thann, Masevaux, Saint-Amarin et Dannemarie entre le et le .

Fin 1917, il nomme le radical-socialiste Clemenceau, qu'il n'apprécie guère mais dont il admire la fermeté de caractère, comme président du Conseil. Son rôle devient alors plus discret, et il se plaint même, dans ses écrits, d'être mis de côté. Il conserve toutefois une certaine influence : selon l'historien Michel Winock, une certaine forme de cohabitation se met en place entre les deux hommes.

Après sa présidence[modifier | modifier le code]

Tract pour les élections législatives de 1932 faisant référence à la « prophétie » de Raymond Poincaré

Dès 1920, alors que son mandat n'est pas achevé, il se fait élire sénateur de la Meuse. Aristide Briand ayant démissionné de la présidence du Conseil à la suite des critiques subies du fait de ses prises de position en matière de politique étrangère à la Conférence de Cannes, Poincaré accepte de redevenir président du Conseil en janvier 1922, à la demande du président de la République, Alexandre Millerand.

Face à l’Allemagne, qui refuse de payer les « réparations de guerre », Raymond Poincaré a recours à la force, faisant occuper la Ruhr. Mais sa politique de rigueur budgétaire le rend impopulaire et, en 1924, après la victoire du Cartel des gauches, il doit présenter sa démission, tout comme le président Millerand.

On le rappelle à la tête du gouvernement en 1926, devant l’ampleur de la crise financière. Il forme alors un cabinet d’union nationale, en conservant Briand aux Affaires étrangères, et en revenant à une politique d’austérité financière ; le franc Germinal est remplacé par le franc Poincaré d’une valeur cinq fois moindre, dévaluation qui se borne à entériner le change réel. Malade et fatigué, il démissionne et se retire de la scène publique en 1929. Mort à Paris en 1934, il est inhumé à Nubécourt (Meuse), dans son département natal.

Mandats électifs[modifier | modifier le code]

Fonctions gouvernementales[modifier | modifier le code]

  • Ministre de l'Instruction publique en 1893 puis en 1895.
  • Ministre des Finances en 1894.

Il fut cinq fois président du Conseil :

Décorations[modifier | modifier le code]

Généalogie[modifier | modifier le code]

Œuvres de Raymond Poincaré[modifier | modifier le code]

  • Du droit de suite dans la propriété mobilière, 1883.
  • Idées contemporaines, 1906.
  • Questions et figures politiques, 1907.
  • Messages, discours, allocutions, lettres et télégrammes (1914-1919), 1919.
  • Histoire politique, chroniques de quinzaine, 4 vol. , 1921-22.
  • Au service de la France, neuf années de souvenirs, 1926-1934.
  • L'Invasion 1914, Paris, Plon (livre tiré à 100 exemplaires qui retrace le septennat du président).
  • Ce que demande la cité, Hachette, 1911. Vingt textes de Raymond Poincaré extraits de la revue pour enfants "Au seuil de la vie" (Hachette, 1910). Réédition en 2010 aux Éditions Nouvelles Mémoires (voir bibliographie).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le patronyme Poincaré désigne celui qui avait le « poing carré », surnom d'un homme fort ou bagarreur (dans le même esprit, on trouve les patronymes Poindefer et Poindefert (pour « poing de fer ») en Normandie et en Picardie). Nom de famille porté notamment dans la Haute-Marne. On trouve aussi des variantes du patronyme avec la même signification : Poincarré, Poincarret (Sources : Généanet.org/onomastique).
  2. a, b et c Michel Winock, Clemenceau, éd. Perrin, 2007, p. 283
  3. a, b, c, d, e et f Winock, 2007, op. cit., p. 388
  4. Généastar : Ascendants de Raymond POINCARE

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Henry Girard, Raymond Poincaré, chez lui, au Parlement, à l'Élysée, A. Méricant, 1913
  • René Dumesnil, Poincaré, Flammarion, vers 1930
  • Gaston Gros, M.. Poincaré mémorialiste (sa psychologie), Ed. Baudinière, 1930
  • Dr Georges Samné, Raymond Poincaré, Politique et personnel de la IIIe République, Les œuvres représentatives, 1933
  • Fernand Payen, Raymond Poincaré, chez lui, au Parlement, au Palais, Grasset, 1936
  • Jacques Chastenet, Raymond Poincaré, Julliard, 1948
  • Pierre Miquel, Raymond Poincaré, Paris, Fayard, 1961.(Prix Broquette-Gonin de l'Académie française)
  • Pierre Miquel, Les Souvenirs de Raymond Poincaré, publication critique du XIe tome avec Jacques Bariéty, Plon, 1973
  • Daniel Amson, Raymond Poincaré, l'acharné de la politique, Tallandier, 1997
  • John Keiger, Raymond Poincaré, Cambridge, Cambridge University Press, 1997
  • S. Jeannesson, Poincaré, la France et la Ruhr (1922-1924), histoire d'une occupation, Presses universitaires de Strasbourg, 1998
  • François Roth, Raymond Poincaré, Paris, Fayard, 2000
  • Alain Ostenga et Christian Gérini, "Raymond Poincaré. Ce que demande la cité", Pierrefeu du Var, Éditions Nouvelles Mémoires, diffusion : HDiffusion, 6 rue de la Sorbonne, 75005 Paris, 2010.

Sources utilisées[modifier | modifier le code]

  • Nicolas Honecker, Les Visites des chefs d'État français en Lorraine, Éditions Lacour, 2006.
  • Michel Winock, 2007, Clemenceau, éd. Perrin

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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