Front de l'Est (Seconde Guerre mondiale)

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Front de l’Est
De haut en bas et de gauche à droite. Un Il-2 soviétique dans le ciel de Berlin ; Un char allemand Tiger I lors de la bataille de Koursk ; Troupes soviétiques lors de la bataille de Stalingrad ; Bombardiers allemands Stuka ; Wilhelm Keitel signant les actes de capitulation de l'Allemagne nazie ; Meurtres de juifs soviétiques par des Einsatzgruppen
De haut en bas et de gauche à droite. Un Il-2 soviétique dans le ciel de Berlin ; Un char allemand Tiger I lors de la bataille de Koursk ; Troupes soviétiques lors de la bataille de Stalingrad ; Bombardiers allemands Stuka ; Wilhelm Keitel signant les actes de capitulation de l'Allemagne nazie ; Meurtres de juifs soviétiques par des Einsatzgruppen
Informations générales
Date du 22 juin 1941 au 8 mai 1945
Lieu Union soviétique, Europe de l'Est
Issue Victoire soviétique
Changements territoriaux Annexion des Pays baltes, de la Bessarabie et par l'URSS; avancée vers l'ouest de la Frontière entre l'Allemagne et la Pologne.
Belligérants
Alliés

Flag of the Soviet Union (1923-1955).svg Union soviétique
Drapeau : Pologne Armée polonaise de l'Est
Drapeau roumain Royaume de Roumanie (à partir de 1944)
Drapeau bulgare Royaume de Bulgarie (à partir de 1944)
Autres
Axe

Drapeau : Troisième Reich Reich allemand
Flag of Italy (1861-1946).svg Royaume d'Italie (jusqu'en 1943)
Drapeau roumain Royaume de Roumanie (jusqu'en 1944)
Drapeau de la Finlande Finlande (jusqu'en 1944)
Flag of First Slovak Republic 1939-1945.svg Slovaquie
Hongrie Royaume de Hongrie
Flag of Independent State of Croatia.svg État indépendant de Croatie
Drapeau bulgare Royaume de Bulgarie (1944)[1]

Autres

Commandants
URSS Joseph Staline
URSS Alexeï Innokentievich Antonov
URSS Ivan Bagramyan
URSS Ivan Koniev
URSS Georgi Joukov
URSS Rodion Malinovsky
URSS Kirill Meretskov
URSS Ivan Petrov
URSS Alexander Rodimtsev
URSS Constantin Rokossovski
URSS Pavel Rotmistrov
URSS Semion Timochenko
URSS Fiodor Tolboukhine
URSS Aleksandr Vasilevsky
URSS Nikolaï Vatoutine
URSS Kliment Vorochilov
URSS Andrei Yeremenko
URSS Matveï Zakharov
Drapeau : Allemagne Adolf Hitler
Drapeau : Allemagne Fedor von Bock
Drapeau : Allemagne Ernst Busch
Drapeau : Allemagne Heinz Guderian
Drapeau : Allemagne Franz Halder
Drapeau : Allemagne Erich Hoepner
Drapeau : Allemagne Hermann Hoth
Drapeau : Allemagne Ewald von Kleist
Drapeau : Allemagne Hans von Kluge
Drapeau : Allemagne Georg von Küchler
Drapeau : Allemagne Wilhelm Ritter von Leeb
Drapeau : Allemagne Wilhelm List
Drapeau : Allemagne Erich von Manstein
Drapeau : Allemagne Walter Model
Drapeau : Allemagne Friedrich Paulus
Drapeau : Allemagne Gerd von Rundstedt
Drapeau : Allemagne Ferdinand Schörner
Drapeau : Allemagne Erhard Raus
Drapeau : Italie Giovanni Messe
Drapeau : Italie Italo Gariboldi
Drapeau : Roumanie Ion Antonescu
Drapeau : Roumanie Petre Dumitrescu
Drapeau : Roumanie Constantin Constantinescu
Drapeau : Finlande Karl Lennart Oesch
Flag of Hungary (1920–1946).svg Gusztáv Jány
Flag of Hungary (1920–1946).svg Ferenc Szombathelyi (en)
Pertes
voir ci-dessous voir ci-dessous
Seconde Guerre mondiale
Batailles
Front de l’Est

Campagne de Pologne · Guerre d’Hiver · Opération Barbarossa · Guerre de Continuation · Bataille de Białystok–Minsk · Opération Silberfuchs · 1re bataille de Smolensk · Bataille de Kiev · Siège d'Odessa · Siège de Léningrad · Offensive de Siniavine · Campagne de Crimée · Bataille de Moscou · Seconde bataille de Kharkov · Bataille du Caucase (Opération Fall Blau) · Poche de Demiansk · Poche de Kholm · Bataille de Stalingrad · Opération Uranus · Opération Mars · Opération Saturne · Opération Iskra · Offensive Ostrogojsk-Rossoch · Offensive Voronej-Kastornoe · Bataille de Krasny Bor · Troisième bataille de Kharkov · Bataille de Koursk · 2e bataille de Smolensk · Bataille du Dniepr · Offensive Dniepr-Carpates · Bataille de Tcherkassy · Offensive de Crimée · Opération Bagration · Offensive de Lvov-Sandomierz · Insurrection de Varsovie · Soulèvement national slovaque · Guerre de Laponie · Bataille de Budapest · Offensive de Poméranie orientale · Siège de Breslau · Offensive de Prusse-Orientale · Offensive Vistule-Oder · Bataille de Königsberg · Offensive de Vienne · Bataille de Seelow · Bataille de Bautzen  · Bataille de Berlin · Insurrection de Prague · Offensive de Prague · Bataille de Slivice · Capitulation allemande


Front d’Europe de l’Ouest


Campagnes d'Afrique, du Moyen-Orient et de Méditerranée


Bataille de l’Atlantique


Guerre du Pacifique


Guerre sino-japonaise


Théâtre américain

Le terme de front de l’Est, ou Grande guerre patriotique, appellation soviétique, désigne, dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale, le théâtre d'opérations qui opposa l'Allemagne nazie à l'Union soviétique de juin 1941 à mai 1945. Ces deux nations se livrèrent à une guerre totale qui se déroule d'abord en Union soviétique, puis dans les pays occupés par les forces de l'Axe en Europe de l'Est ou alliés au Reich, et enfin en Allemagne. L'Allemagne bénéficiait de l'aide de la Roumanie, de l'Italie, de la Hongrie et de la Finlande. Du côté des Alliés, l'Union soviétique était soutenue par des unités polonaises. Bien qu'ils ne furent jamais directement engagés dans des actions militaires sur le Front de l'Est, le Royaume-Uni et les États-Unis fournirent un soutien économique sensible à l'Union soviétique ; la France est l'un des seuls pays européens à compter des combattants simultanément engagés dans les deux camps au sein des opérations en Union Soviétique : la Légion des volontaires français et la division Charlemagne, soutenant le Reich et ses alliés, et l'escadrille Normandie-Niemen, engagée aux côtés des pilotes soviétiques.

Les noms donnés à ce théâtre d'opération sont nombreux et varient suivant les pays. Les Soviétiques et maintenant les Russes appellent ce conflit la grande guerre patriotique (russe : Великая Отечественная Война), par allusion à la « guerre patriotique » de 1812 contre Napoléon Ier[2]. Les Allemands nomment le conflit front de l'Est (allemand : die Ostfront[3]), la campagne orientale (allemand : der Ostfeldzug) ou la campagne de Russie (allemand : der Rußlandfeldzug)[4]. Les Finlandais, qui combattirent aux côtés des Allemands, nomment la partie des combats qui se déroula sur leur territoire entre 1941 et 1944 guerre de Continuation, car elle prolongeait la guerre d'Hiver de 1939-1940. On parle également de front russe.

Il s'agit du plus grand théâtre d'opérations de la Seconde Guerre mondiale et probablement de toute l'histoire militaire. Le front de l'Est fut le lieu de la guerre la plus féroce, d'énormes destructions et déportations de masse, et résulta en de gigantesques pertes militaires et civiles par suite de la guerre elle-même, de famine, de maladie, de conditions météorologiques extrêmes et de massacres. Les pertes civiles et militaires sur le front de l'Est sont estimées à environ 30 millions de personnes, soit environ la moitié des morts liées à la Seconde Guerre mondiale.

Ce théâtre d'opérations du conflit mondial fut le plus déterminant dans la chute du Troisième Reich[5],[6]. Il eut comme conséquences la destruction de l'Allemagne comme puissance militaire, l'accession de l'Union soviétique au rang de superpuissance, la constitution du bloc soviétique en Europe de l’Est (derrière le rideau de fer) et la division de l'Allemagne.

Le 9 mai, jour de la reddition allemande pour le fuseau horaire de Moscou, est une fête nationale en Russie et dans certaines des anciennes républiques soviétiques (День Победы, littéralement « le jour de la victoire »).

Contexte[modifier | modifier le code]

Le Pacte germano-soviétique, signé le 23 août 1939, était un pacte de non-agression entre l'Allemagne nazie et l'Union soviétique. Des protocoles secrets de ce pacte établissaient comment la Finlande, l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne et la Roumanie devaient être partagées entre les deux puissances. La Pologne fut ainsi coupée en deux zones d'annexion en septembre 1939. De même, Staline annexa les trois États baltes et força la Roumanie à lui céder la Bessarabie et les régions moldaves. Ces protocoles furent mis en œuvre sans difficulté véritable, sauf en ce qui concerne la Finlande (qui devait être sous influence soviétique), où se déroula la guerre d'Hiver. Ainsi, l'Union soviétique et l'Allemagne nazie se partagèrent une partie de l'Europe, sans que cela ne déclenche de réaction notoire de la part des pays occidentaux qui avaient, il est vrai, d'autres préoccupations.

Enjeu idéologique[modifier | modifier le code]

Jusqu'aux derniers jours du conflit, dans la guerre qui oppose le Reich à l'Union Soviétique, Hitler et le NSDAP assignent à cette confrontation un fort contenu idéologique, axé sur la conquête de l'espace vital[7] : ainsi, à l'automne 1944, Hitler ordonne la constitution d'une poche de résistance en Courlande, dans son esprit un tremplin pour la reconquête de l'espace vital[8].

Adolf Hitler mentionnait dans Mein Kampf la nécessité pour l'Allemagne d'un Lebensraum (« espace vital »), par l'acquisition de nouveaux territoires en Europe de l'Est. Il envisageait de coloniser la Russie jusqu’à l'Oural, voire au-delà, tout en déportant la majorité des Russes en Sibérie et en exploitant comme esclaves ceux qui resteraient : cette volonté s'était traduite dans le Generalplan Ost[9]. Pour les plus extrémistes des nazis (comme Himmler) la guerre contre l'Union soviétique était une lutte à mort entre le national-socialisme et le communisme, et entre la race aryenne et les slaves considérés comme des « sous-hommes »[10]. La guerre devait également permettre de détruire les communautés juives d'Europe[11]. Jusqu'aux derniers jours, les proclamations nazies développent cet argumentaire.

Le conflit à l'est est présenté par la propagande nazie comme un développement du conflit pluri-millénaire qui oppose les populations nordiques, indogermaniques aux populations asiatiques, comme l'affirment Hitler dans ses propos de table[12] ou bien un fascicule de propagande de 1942[13] : si Hitler fait le lien de parenté entre les Huns défaits en 451 et les armées soviétiques défaites en 1941[12], le NSDAP développe l'idée du conflit entre deux Weltanschauung en concurrentes[13]. En effet, ce qu'il appelle « l'assaut asiatique » constitue à ses yeux le principal adversaire de l'Europe et de sa civilisation depuis les Guerres médiques et sa forme contemporaine, à savoir le judéo-bolchevisme, serait la forme la plus dangereuse prise par les populations asiatiques pour conquérir et dominer l'Europe[14]. La propagande SS utilise de diverses manières ce thème de la pérennité du danger asiatique dans ses publications : ainsi, le fascicule de propagande intitulé der Untermensch propose une représentation iconographique des cavaliers de l'Apocalypse sous les traits des envahisseurs huns, mongols et Tatars[14]. Dans les années 1930, les publicistes nazis insistent fortement sur le conflit entre l'Europe et l'Asie : ainsi en 1936, l'historien Fritz Taeger rappelle dans un ouvrage à succès le caractère immémorial du conflit qui oppose les populations occidentales aux peuples orientaux[15].

Cette idée de lutte à mort, manichéenne, est également et abondamment relayée par les soldats du front dans les lettres qu'ils envoient à leur familles mais, les défaites ont pour conséquence de développer, chez les soldats engagés sur ce front, une rhétorique d'expiation, qui analyse le possible sort futur réservé à l'Allemagne et aux Allemands comme un ensemble de mesures de rétorsion à la politique menée en URSS[16]. À partir de ce moment, beaucoup de soldats allemands semblent se battre pour que leur pays évite de connaître ce sort[17]; d'ailleurs, la propagande, surtout en 1945, développe cette idée, avec plus ou moins de succès : Bormann et Goebbels, les 24 et 25 février, à la radio, puis Hitler, dans son ordre du jour du 15 avril 1945, ultime appel au combat pour les soldats du front de l'Est, ne disent pas autre chose, lorsqu'ils promettent les pires tourments en cas de défaite allemande[18].

Les Allemands ne firent rien pour s'appuyer sur la population locale, même lorsque celle-ci aurait pu exprimer une bienveillance, sinon une sympathie, pour l'envahisseur. Par exemple, les Ukrainiens, qui avaient souffert de la domination russe auraient pu considérer les Allemands comme des libérateurs ; les paysans auraient pu apprécier la suppression des kolkhozes et des sovkhozes, mais les Allemands préférèrent les conserver pour contrôler plus facilement la production en vue d'une exploitation systématique des ressources du pays conquis.

Après la bataille de Koursk à l'été 1943 et les retraites successives de la Wehrmacht, la propagande nazie proclama que le front de l'Est était la défense par l'Allemagne de la civilisation occidentale contre les hordes bolchéviques qui se déversent sur l'Europe. En 1945, la propagande tente d'instiller la peur de l'envahisseur asiatique, affirmant que les troupes soviétiques, manœuvrées par l'ennemi judéo-bolchevique, a l'intention de détruire la civilisation en général et l'Allemagne en particulier[19].

Cette dimension de défense de l'Europe n'est alors pas la seule utilisée. Himmler, à de nombreuses reprises et de plus en plus souvent au fil du conflit, se lance dans des affabulations hasardeuses : selon lui, les principaux chefs à la tête de peuples asiatiques qui ont menacé l'Europe seraient les dépositaires de « gènes germaniques perdus », descendants des chefs appelés par les populations asiatiques dans l'Antiquité[20].

Les ambitions soviétiques semblent, par contraste, avoir été plus opportunistes ou traditionnelles qu'idéologiques : survie à tout prix de l'URSS et de la nation russe, expansion territoriale, constitution d'un glacis de nations vassales entre l'URSS et l'Allemagne. L'Union soviétique participe à l'invasion de la Pologne en 1939 et annexe les États baltes et la Bessarabie en 1940, obtenant des places d'armes dans le cas d'une guerre contre Adolf Hitler. Il met dès que possible les nations « libérées » par l'Armée rouge (Pologne, Roumanie, Hongrie, Tchécoslovaquie) sous le contrôle de l'URSS. Contrairement à Hitler, les dirigeants soviétiques ne visent pas particulièrement la destruction de l'Allemagne en tant que nation ou l'exploitation comme esclaves des Allemands.

Belligérants[modifier | modifier le code]

La guerre qui opposa l'Allemagne nazie à l'Union soviétique se déroula d'abord sur le territoire soviétique, après que l'Allemagne eut violé la frontière fixée par le Pacte germano-soviétique. Elle revint progressivement vers l'ouest à partir de 1943, jusqu'à se dérouler dans les Balkans, en Pologne, et enfin en Allemagne.

L’Allemagne fit appel aux forces armées d'autres puissances de l'Axe. Au sud, le royaume de Roumanie s'engagea dans la lutte pour récupérer la Bessarabie annexée par Moscou en 1940, permettant d'attaquer en direction d'Odessa. Les forces roumaines avancèrent ensuite jusqu'à Stalingrad. La Finlande, qui avait combattu contre l'URSS lors de la guerre d'Hiver de 1939-1940, contribua à l'effort le long de sa frontière de Mourmansk à Léningrad, sans toutefois laisser ses armées avancer profondément en territoire soviétique. Plusieurs États satellites ou alliés de l'Allemagne en Europe fournirent de façon officielle des contingents pour la lutte contre le bolchévisme : la Hongrie, l'Italie fasciste (la 8e Armée italienne) et la République slovaque.

L’Allemagne nazie fut également assistée par des forces d'appoints, parfois de taille symbolique : partisans anticommunistes dans les territoires occupés (OUN, Armée Vlassov), division espagnole (Division Bleue) envoyée par Francisco Franco pour maintenir une relation de confiance avec les forces de l'Axe, unités de volontaires SS venant de différents pays conquis (France : Légion des volontaires français, dont les troupes rejoignirent ensuite la division SS Charlemagne ; Belgique : division SS Wallonie, etc.). En outre, dès 1941, des populations des territoires soviétiques occupés se joignent aux troupes allemandes : formant des unités de qualité variables, les Hiwis, d'abord employés pour l'intendance et les services, sont intégrés dans le cadre d'unités anti-partisans à partir de 1942 ; ces volontaires plus ou moins forcés sont distingués par un brassard[21]. Outre ces personnels, la Wehrmacht compte un certain nombre d'unités combattantes recrutées sur les territoires occupés d'URSS : Baltes, Caréliens, Géorgiens, Cosaques, versés à partir de 1943 dans les unités cantonnées en France ou dans les Balkans, dans lesquelles l'aviation alliée n'intervient pas, à cette date, en soutien aux troupes au sol[pas clair][22].

L'Union soviétique, de son côté, bénéficia du soutien des partisans d'Europe de l'Est, notamment de Slovaquie, Pologne, Bulgarie, de Yougoslavie et des territoires occupés par l'Allemagne. Dans la dernière partie du conflit, elle recruta, entraîna et équipa des unités polonaises, comme les Première et Seconde armées polonaises (voir armée polonaise de l'Est). Elle enrôla également, après la libération ou la conquête de leurs pays, des troupes de Roumanie, de Bulgarie et de Tchécoslovaquie. Quelques unités occidentales, de taille symbolique, participèrent également à la lutte, comme le groupe de chasse Normandie-Niémen ou quelques escadrons de chasse britanniques.

Isolée au début du conflit, l'Union soviétique ne put compter que sur ses propres ressources, malgré une alliance de facto qui la lia au Royaume-Uni, puis aux États-Unis après leur entrée en guerre. Ceux-ci lui apportèrent une aide économique précieuse au titre de la loi de prêt-bail, qui commença à parvenir à l'Armée rouge dès 1941, et dont l'impact fut sensible à partir de 1943 (soutien en rations de combat, don de camions permettant de motoriser l'armée, etc. expédiés par les convois de l'Arctique entre août 1941 et mai 1945).

Entrée en guerre[modifier | modifier le code]

Plan d'origine des Allemands

Après l'effondrement de la Pologne en 1939, la frontière entre l'Allemagne et l'Union soviétique reste calme durant près de deux ans pendant que l'Allemagne envahit le Danemark, la Norvège, la France, le Benelux et les Balkans.

Après l'impossibilité pour l'Allemagne d'envahir le Royaume-Uni, Hitler va rediriger l'effort de guerre contre l'URSS dans un ordre stratégique émis en décembre 1940, prévoyant une attaque au printemps 1941. Hitler avait depuis toujours eu l'intention de rompre le pacte avec l'URSS. Le commandement allemand voulait tirer les leçons de l'offensive de Napoléon, qui fut un échec car l'armée russe ne fut pas détruite à la frontière et put se replier. Conséquemment il décida de grandes manœuvres d'encerclement pour détruire l'Armée rouge dès le début de la guerre, qu'il prévoyait de gagner bien avant le terrible hiver russe.

Les raisons idéologiques et politiques furent des motivations essentielles pour lancer l'invasion, mais étaient complétées par des raisons économiques. Malgré ses conquêtes, l'Allemagne ne peut en 1940 importer assez de matières premières pour alimenter son industrie militaire. Elle manque ainsi de pétrole, de céréales, de minerais et de caoutchouc, et a d'ailleurs conclu une série de traités commerciaux avec l'URSS pour pallier ces manques : l'URSS fournit des matières premières à l'Allemagne en échange de technologies et de matériels allemands. On estime que sans les livraisons soviétiques, l'Allemagne aurait à peine pu attaquer l'Union soviétique même avec un rationnement extrêmement sévère[23].

L'Union soviétique voyait les traités économiques avec l'Allemagne comme une garantie contre une agression militaire. Staline pensait également que l'Allemagne ne se lancerait pas dans une guerre sur deux fronts. Il redoutait un conflit avec l'Allemagne car il estimait que sa propre armée ne pourrait pas se mesurer aux Allemands avant plusieurs années. Jusqu'au début du conflit, Staline évite ainsi toute initiative qui pourrait provoquer Adolf Hitler.

De plus, revenue à une diplomatie russe traditionnelle, l'URSS se lance dans la même période dans une politique d'influence dans les Balkans, en opposition avec la domination politique et économique de l'Allemagne sur les pays balkaniques depuis la défaite française[24]. En effet, les deux puissances mènent durant la fin de l'année 1940 une lutte sourde en Bulgarie, champ clos traditionnel des luttes d'influence germano-russes, et en Roumanie, qu'Hitler se prépare à envahir en cas d'intervention soviétique dans les Balkans[25].

Au printemps, l'Allemagne concentre ses troupes à l'est de la Pologne, tout en opérant des vols de reconnaissance clandestins de l'autre côté de la frontière. Staline est averti par plusieurs canaux - ses compatriotes, les services secrets étrangers[26], et les réseaux de renseignements communistes comme Orchestre rouge — de l'imminence d'une attaque. Il ignore ces alertes. La nuit même de l'invasion, les troupes soviétiques reçoivent une directive explicite du maréchal Semion Timochenko et du général Gueorgui Joukov ordonnant — à la demande expresse de Staline — de « ne pas répondre aux provocations » et « ne pas prendre d'initiatives sans ordres spécifiques ». Par conséquent l'invasion allemande prend par surprise les militaires soviétiques.

Opérations militaires[modifier | modifier le code]

Une impossible Blitzkrieg[modifier | modifier le code]

Du fait de l'immensité des territoires à conquérir, les lignes de front sont rapidement extrêmement longues : 1 200 km en 1941, 2 200 en 1942, avec des lignes de communication de plus 1 500 km dans les plaines russes[27]. Les distances s'opposent donc dès le départ à l'emploi de la Blitzkrieg à l'est et font resurgir les faiblesses de la Wehrmacht, masquées par ses succès rapides contre la France à l'ouest, la Yougoslavie et la Grèce, dans les Balkans.

En effet, reposant sur la concentration des blindés en un endroit du front, afin de rompre le front adverse, sur l'exploitation de cette rupture par l'infanterie et sur l'existence de routes carrossables, la Blitzkrieg fut dès le départ impossible à réaliser : les formations blindées allemandes étaient réparties sur trois groupes d'armées ; ensuite, l'état des routes — le terme pistes serait plus approprié — en URSS rendait obligatoire le recours à la traction hippomobile pour l'approvisionnement des unités d'infanterie ; enfin, l'immensité du territoire soviétique à conquérir, puis à conserver, compliquait la tâche de la logistique[28]. En effet, l'absence de routes (15 000 km en Ukraine, Biélorussie et états baltes) pose d'énormes problèmes à la Wehrmacht mécanisée : entourée de nuages de poussières sous l'effet des déplacements de colonnes blindées, qui encrassent les moteurs, non pourvus de filtres à huile, les routes, plutôt des pistes, se transforment en bourbier à chaque orage[29]. De même, les officiers du génie ont sous-estimé le temps nécessaire aux modifications sur le réseau ferroviaire soviétique, qui n'utilise pas l'écartement européen standard de 1,44 m, et aux réparations des infrastructures sabotées pendant la retraite soviétique, ce qui complique davantage encore la tâche des unités chargées de l'approvisionnement[30].

Les distances rendent en outre la coordination entre les blindés et leur intendance, d'une part, et entre les blindés et l'infanterie d'autre part, hasardeuse ; ainsi, dès la fin juin, les divisions blindées affectées au groupe d'armées Nord, doivent, après la percée initiale, qui les projette à 300 km de leurs bases de départ, attendre une semaine entière l'arrivée de sa logistique ; plus tard dans la campagne, les unités blindées, parvenues aux portes de Leningrad, mais dans l'incapacité de prendre seules la ville, doivent attendre l'arrivée de l'infanterie, donnant ainsi le temps aux Soviétiques d'organiser la défense[31]. De même, rendus immobiles par le manque de carburant, les chars de la 18e Panzerdivision sont balayés devant Moscou en décembre 1941[32]. Cette absence de coordination, sur le terrain, entre blindés et infanterie, pourtant l'une des clés de la réussite de la Blitzkrieg, contribue à la création d'un front de plus en plus impossible à tenir sur le long terme et à transformer le front de l'Est en front statique, à l'image du front de la Grande Guerre[33].

Cette Blitzkrieg, impossible à mettre en place dans le contexte des vastes espaces ouverts de Russie, transforme la guerre que doit mener l'Ostheer en guerre d'usure, pour laquelle ni l'armée, ni l'économie allemande ne sont préparées. Ainsi, la troupe se montre rapidement indisciplinée, ce qui engendre de multiples procédures de la justice militaire allemande[34].

Enfin, la réussite de ce type de guerre suppose une connaissance des forces et faiblesses de l'ennemi, ce qui n'est pas le cas. Convaincus de l'infériorité congénitale des Soviétiques, Hitler et les officiers qui l'entourent tiennent pour négligeables les capacités opérationnelles de l'Armée rouge[35].

Chronologie[modifier | modifier le code]

Été 1941[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Opération Barbarossa.
Le Front de l'Est au moment de la bataille de Moscou
  •      Avancée initiale de la Wehrmacht - 9 juillet 1941
  •      Poursuite de la percée - 1er septembre 1941
  •      Bataille de Kiev - 9 septembre 1941
  •      Avancée maximale de la Wehrmacht - 5 décembre 1941
Ce cliché de l'un des panzers III de la 18e Panzerdivision franchissant, à l'aide du Schnorchel, la rivière du Boug occidental fut exploité dans les revues d'actualité allemandes. Le franchissement de la ligne de démarcation germano-soviétique qui séparait le Reich de l'URSS depuis l'invasion de la Pologne et son équivalente soviétique était éminemment symbolique pour l'opération Barbarossa ; la propagande se targua d'une première dans l'utilisation des véhicules amphibies.

Le 22 juin 1941, à 03h15 du matin, à la suite du mot de passe « Dortmund », plus de trois millions de soldats allemands, soutenus par l'artillerie et l'aviation et bientôt assistés par leurs alliés italiens, roumains et finlandais, débutent l’opération Barbarossa (en allemand : Unternehmen Barbarossa). Les objectifs stratégiques de la campagne sont très génériques : établir, avant l'hiver, une ligne de défense qui partant de Léningrad suit le cours de la Volga, jusqu’à son embouchure ; détruire complètement et rapidement l'Armée rouge, les troupes de l'Axe engagés étant incapables de mener en même temps les tâches d'occupation du pays conquis et la tenue d'un front long de plusieurs milliers de kilomètres. Du côté soviétique la surprise est totale et durant un mois, l'offensive menée sur trois axes balaie tout sur son passage en réalisant des encerclements de plusieurs centaines de milliers d'hommes selon la tactique de la Blitzkrieg. L'aviation soviétique est écrasée au sol et perd près de 4 000 appareils en quelques jours[36].

  • L'attaque principale est menée par le groupe d'armées Centre. Le groupe parcourt près de 650 km en six jours et franchit le Dniepr le 11 juillet. La cible suivante est Smolensk qui tombe le 16 juillet, mais la forte résistance soviétique dans la zone et le retard pris par les deux autres groupes poussent Hitler à stopper l'avancée vers Moscou pour consolider ses flancs[37]. Cette décision est encore aujourd'hui source de discussions, les généraux allemands ayant après-guerre estimé que c'était l'interférence d'Hitler qui les avait empêché d'atteindre Moscou, tandis que les historiens contemporains estiment que l'âpre résistance soviétique démontrait qu'il était impossible de continuer à avancer vers l'est à la fin de l'été. Les Allemands redirigent alors leurs efforts vers le sud pour anéantir d'importantes formations soviétiques et capturer les ressources de l'Ukraine. Cette « pause » de l'avancée vers l'est eut un impact considérable sur le dénouement de la bataille de Moscou[38].
  • Le groupe d'armées Sud doit envahir l'Ukraine. Son avancée est plus lente que les autres groupes et il subit de lourdes pertes. Une fois le corridor vers Kiev sécurisé, le 1er groupe blindé avance dans la boucle du Dniepr à travers l'oblast de Dnipropetrovsk. Après la décision de Hitler de privilégier l'attaque de l'Ukraine, les 1er et 2e groupes blindés encerclèrent près de 50 divisions soviétiques dans la région de Kiev. Les Allemands font 400 000 prisonniers et Kiev tombe le 19 septembre.

Comme l'Armée rouge se repliait derrière le Dniepr et la Daugava, la STAVKA, l'état-major soviétique, entreprit d'évacuer les industries situées dans les régions occidentales vers l'Oural, le Caucase, l'Asie centrale et la Sibérie. Dans un effort titanesque, près de 2 600 grandes usines et 50 000 ateliers et usines plus petites ainsi que 16 millions d'ouvriers et techniciens[39] furent évacués vers des régions hors de portée de l'envahisseur[40]. En revanche, la plupart des habitants furent laissés sur place à la merci de l'occupant.

Cependant, dès la fin de l'été, les troupes allemandes se heurtent à d'immenses difficultés logistiques. Plus forte quantitativement qu'en 1940, la Wehrmacht affiche une force relative moindre : la Luftwaffe est moins engagée à l'Est qu'elle ne l'a été en France, pour un espace double à couvrir et à contrôler[29].

Automne 1941[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Bataille de Moscou et Bataille de Rostov (1941).

Après la prise de Kiev, Hitler et le commandement général constatent l’évidence : les objectifs de Barbarossa ne sont pas atteints et l'Armée rouge, malgré des pertes colossales, ne s'est pas effondrée comme ils l'espéraient. Trois mois ont passé et l'Oural est encore à des milliers de kilomètres. Cet objectif est donc abandonné, car l'hiver approche. Hitler croit que pour briser la volonté des Russes, la capitale doit être prise : ce sera l'opération Typhon.

La Wehrmacht attaque sur deux axes pour s'emparer de la capitale soviétique ; le but de l'offensive est de déborder celle-ci à la fois par le nord et le sud. L'opération Typhon débute le alors que les premiers flocons commencent à tomber. Pour protéger leur capitale, les Soviétiques jettent toutes leurs unités en face des unités allemandes. 540 000 soldats sont faits prisonniers dans les poches de Viazma et de Briansk. Le Groupe d'armées Nord qui est aux portes de Leningrad tente de couper l'approvisionnement par rail de la ville à Tikhvine à l'est. C'est le début du siège de Léningrad qui durera 900 jours.

Le Groupe d'armées Sud pousse vers le Dniepr jusqu'aux rives de la mer d'Azov, avançant à travers Kharkov, Koursk et Stalino. La 11e Armée entre en Crimée et prend le contrôle de la péninsule (à l'exception de Sébastopol, qui tiendra jusqu'au 3 juillet 1942). Le 21 novembre, les Allemands prennent Rostov-sur-le-Don, la porte d'entrée du Caucase. Cependant, les routes d'approvisionnement des Allemands sont tendues à l'extrême et les défenseurs soviétiques contre-attaquent par le Nord, forçant les Allemands à abandonner la ville.

Canon soviétique en action à Odessa en 1941

À partir d'octobre, de fortes pluies font apparaître un phénomène typiquement russe, la raspoutitsa, qui engloutit les véhicules dans de véritables mers de boue. L'avancée allemande est considérablement ralentie par le climat et par la résistance acharnée de l'Armée rouge. Le gel précoce permet aux véhicules de reprendre l'avancée, mais les hommes ne sont pas équipés pour l'hiver. Les lignes de ravitaillement allemandes sont étirées à l'extrême et les partisans commencent à mener des opérations de guérilla menaçant les arrières du front. Malgré cela, la dernière ligne de défense soviétique tombe à la fin novembre et la 4e armée de Panzer approche à moins de 30 km du Kremlin, aux premiers arrêts du tramway de Moscou tandis que la 2e armée de Panzer échoue à prendre Toula, dernière ville sur la route de la capitale. La Wehrmacht est à bout de forces et ne peut fournir l'effort final dans des températures qui tombent très bas si bien que le 6 décembre, l'attaque est stoppée. Au cours du mois de novembre, le général Gueorgui Joukov avait préparé une contre-attaque avec les troupes sibériennes fraîches et bien entraînées qu'il avait pu rapatrier d'Extrême-Orient après avoir eu la garantie de la neutralité japonaise.

Hiver 1941-1942[modifier | modifier le code]

Plus de 3 millions d'Allemands et de soldats de l'Axe reçurent la médaille du Front de l'Est pour avoir servi entre le 15 novembre 1941 et le 15 avril 1942.
Offensive d'hiver soviétique 1941-1942:
  •      Gains Soviétique
  •      Gains Allemand
Soldats soviétiques sur le front de Léningrad, le .

Le , par des températures de –20 °C, les soldats soviétiques des armées de Sibérie, bien équipés pour l'hiver et entraînés pour des combats dans ces conditions, contre-attaquent au nord et au sud de Moscou. Ces troupes stationnaient en Extrême-Orient en prévision d'une attaque japonaise, mais l'espion Richard Sorge, informa Staline que le Japon préférait attaquer le Sud-Est asiatique et le Pacifique. Les lignes allemandes sont éventrées. Elles manquent d'équipements d'hiver. Les moteurs des chars et des avions gèlent tout comme les soldats. Pour les Allemands le spectre de la retraite de Russie devient obsédant. De plus les troupes soviétiques jettent sur le front leurs nouveaux chars T-34 et avec le support des lance-roquettes Katioucha, tout en alignant des bataillons sur ski extrêmement bien préparés pour des conditions de guerre hivernale.

Pendant les mois de décembre et janvier, les Soviétiques poursuivent leur attaque sous des températures oscillant entre -20 et -50 °C, libérant définitivement le secteur de Moscou et décimant une cinquantaine de divisions allemandes qui parviennent néanmoins à stabiliser le front en évitant de grands encerclements. Toutefois quelques divisions allemandes sont piégées dans les villes de Demiansk et de Kholm, Hitler ordonnant leur ravitaillement par les airs. Plus au nord, dans le secteur de Leningrad, le 13 janvier 1942, une violente offensive soviétique (en) pénètre d'une centaine de kilomètres dans les lignes allemandes, avant de s’essouffler. Les troupes allemandes contre-attaquent et parviennent à encercler la 2e armée de choc. Les combats dureront jusqu'en juillet 1942 et se solderont par l'anéantissement de la 2e armée de choc et la capture de son commandant le général Andreï Vlassov.

Au sud, Staline tente de reprendre l'Ukraine et de bloquer le Groupe d'Armées Sud contre la mer d'Azov. Malgré des débuts prometteurs, des erreurs soviétiques et l'épuisement des soldats conduisirent au succès de la contre-attaque allemande.

Été 1942[modifier | modifier le code]

Avancée allemande du 7 mai jusqu'au 18 novembre 1942.
  •      Au 7 juillet
  •      Au 22 juillet
  •      Au 1 août
  •      Au 18 novembre
Articles détaillés : Opération Fall Blau et Offensive de Siniavine.

En 1942, tout en ayant reconstitué sa puissance nominale (nombre de divisions)[41], la Wehrmacht n'a cependant plus la force de lancer une offensive généralisée comme elle l'avait fait l'année précédente. Si la destruction totale de l'armée soviétique paraît hors de portée, l'objectif allemand est de s'emparer de suffisamment de territoires pour pouvoir continuer la guerre indéfiniment.

La campagne commence par la conquête de la Crimée et la réduction de la formidable forteresse de Sébastopol en juin et juillet 1942.

Puis, au lieu d'attaquer Moscou ou d'achever le siège de Leningrad, la Wehrmacht lance son offensive au sud, d'Orel à Rostov, où elle possède encore une supériorité matérielle et dispose de l'initiative. De plus, le terrain de plaine est très favorable aux unités motorisées. L'objectif est la prise des champs de pétrole du Caucase et de l'importante voie de ravitaillement qu'est la Volga. La disproportion entre les objectifs et les moyens est impressionnante mais l'Allemagne n'a plus vraiment le choix.

Le 28 juin, le Groupe d'Armées Sud lance son offensive suivant le cours du Don. Son avancée est si rapide qu'Hitler décide de le diviser en deux groupes plus petits. Le Groupe d'armées A doit s'emparer des champs de pétrole du Caucase tandis que le Groupe d'Armées B, est détourné vers le nord-est pour prendre la ville industrielle de Stalingrad. Ce changement provoque d'immenses problèmes logistiques et affaiblit l'avancée allemande.

Infanterie allemande soutenant un canon d'assaut StuG III lors de l'avancée vers Stalingrad, septembre 1942.
Commissaire politique soviétique menant les soldats du 220e régiment d'infanterie à l'assaut, Ukraine, 12 juillet 1942.

En face, les Soviétiques semblent canaliser l'attaque allemande en offrant une certaine résistance à toute attaque vers le nord et en conservant des têtes de pont sur la rive est du Don. Dans le secteur de Léningrad les combats font rage autour de la 2e armée de choc qui, encerclée depuis le 19 mars, est finalement anéantie courant juillet. Malgré tout, les Allemands atteignent la Volga le 23 août au sud de Stalingrad.

Au sud, les blindés allemands atteignent les contreforts du Caucase mais n'arrivent pas à descendre dans les vallées vers la mer Noire. Les puits de pétrole de Maïkop ont été méthodiquement détruits par les Soviétiques dans leur retraite. L'objectif de l'attaque, Bakou, est encore à 500 km et le front atteint déjà 3 000 km. Le ravitaillement n'arrive plus à suivre et l'offensive doit s'arrêter.

Les Soviétiques décident de fixer l'attaque allemande dans la ville de Stalingrad. Ils y concentrent leur moyens dans une défense acharnée pendant que les unités mobiles allemandes de la 6e Armée sont progressivement engagées dans des combats de rues. Les Allemands dégarnissent ainsi leurs flancs et les confient aux armées roumaines et hongroises, sous-équipées, moins entraînées, et dont le moral est bas. À la mi-novembre, la rive droite de Stalingrad est prise à 90 pour cent, mais les Soviétiques parviennent toujours à y envoyer des renforts et bénéficient du soutien de l'artillerie placée sur la rive gauche.

Sur le front de Leningrad, les Soviétiques lancent le 19 août l'offensive de Siniavine afin de réduire le col de bouteille qui offre aux Allemands une tête de pont sur le lac Ladoga empêchant tout ravitaillement de la ville, devançant les Allemands qui avaient prévu l'opération Nordlicht pour s'emparer de Léningrad et faire la liaison avec les forces finlandaises sur la rive est du lac Ladoga. La 2e armée de choc reconstituée et la 8e armée sont lancées en pointe de l'attaque en direction de Leningrad avec mission de couper ce fameux col de bouteille.

Au 9 septembre, la percée soviétique atteint seulement 9 kilomètres, au prix d'énormes pertes, avant de s'essouffler. Le 22 septembre, les Allemands lancent une contre-attaque qui parvient à briser la ligne de défense soviétique permettant d'encercler de nouveau la 2e armée de choc. Au 15 octobre, les 5 divisions d'infanterie, 2 divisions de la Garde et 6 brigades d'infanterie indépendantes contenues dans la poche sont détruites ou capturées. Au total les Allemands font 12 400 prisonniers et capturent 193 canons et 244 chars. Si l'offensive de Siniavine est un échec soviétique et une incontestable victoire allemande, l'opération a obligé les Allemands à reporter l'opération Nordlicht.

Hiver 1942-1943[modifier | modifier le code]

Tankistes de T-34 en 1942.
Avancée des contre-offensives soviétiques du 19 novembre 1942 à début mars 1943.
  •      Au 12 décembre
  •      Au 18 février
  •      En mars
Soldats de la 1re Panzerdivision SS près de Kharkov, février 1943.

Pendant que la 6e Armée et la 4e Panzerarmee tentent de réduire Stalingrad, les Soviétiques ont concentré des troupes fraîches des deux côtés de la ville, spécifiquement dans la boucle du Don tenue par les Roumains. Ils lancent l'opération Uranus le 12 novembre 1942, éventrent les armées roumaines et hongroises. Les Allemands ont fait monter toutes leurs troupes dans Stalingrad et ne disposent pas de réserves pour contrer l'Armée rouge. Les Soviétiques referment les deux pinces de la tenaille le 22 novembre à Kalatch. Ils encerclent 300 000 soldats de l'Axe dans Stalingrad.

Les soldats allemands sont enfin dotés d'uniformes de camouflage d'hiver (en), alors que pour l'offensive sur Moscou en 1941 ils avaient encore leur équipement d'été[42].

Les Soviétiques montent une offensive simultanée, nommée opération Mars, sur le saillant de Rjev, qui menace toujours Moscou. L'attaque est lancée le 25 novembre. Mais l'opération est anticipée par les Allemands, qui disposent ici de réserves et opposent une défense vigoureuse, si bien que cette seconde pince ne peut être refermée. L'attaque cesse début décembre. Certains historiens pensent que Mars était l'opération principale tandis qu'Uranus était une diversion[43]. Les Allemands évacueront le saillant en février 1943 pour raccourcir leur ligne de front.

Carte de l'opération Iskra contre le col de bouteille

Les Allemands créent le Groupe d'armées Don, mené par le maréchal Manstein, pour secourir Stalingrad, que la 6e Armée avait l'ordre de tenir. Ils attaquent le 12 décembre (voir Opération Wintergewitter). Entre temps, les Soviétiques ont consolidé leurs lignes défensives et leurs réserves et recommencent eux-mêmes à avancer vers l'ouest le 7 décembre, attaquant le secteur italien. Les Allemands doivent diviser leurs efforts. Ils cessent de progresser vers Stalingrad le 24 décembre. Un pont aérien est mis en place pour ravitailler la ville encerclée, mais la capacité aérienne de la Luftwaffe ne suffit pas, en particulier en face de la chasse et de la DCA russes. Les Soviétiques capturent progressivement les aérodromes de départ des avions. Les Allemands comprennent que la 6e Armée ne peut être sauvée mais ordonnent qu'elle ne se rende pas afin de fixer l'Armée rouge et de permettre d'organiser une ligne défensive plus à l'ouest.

Le 31 janvier 1943, les 90 000 survivants de la 6e Armée capitulent. Les Soviétiques attaquent à présent tout le sud du dispositif allemand et avancent de 500 km jusqu'à Koursk (reprise le 8 février 1943) et Kharkov (reprise le 16 février 1943). Ils menacent Rostov, ce qui isolerait l'Armée du Caucase toujours en train de se replier. Erich von Manstein voit toutefois une opportunité dans l'extension des lignes logistiques russes. Il réunit une réserve blindée et contre-attaque vers le nord, déclenche la troisième bataille de Kharkov, repousse les unités soviétiques épuisées bien que largement supérieures en nombre, et démontre ainsi que la Wehrmacht est toujours puissante. Kharkov est repris à la mi-mars et le front se stabilise lors du dégel printanier. Un saillant apparaît autour de la ville de Koursk[44].

Sur le front de Léningrad, après un calme relatif d'environ 2 mois, les Russes lancent le , l'opération Iskra toujours dans le but de réduire le Col de bouteille empêchant tout ravitaillement de Léningrad. Partant de l'est, la 2e armée de choc, une nouvelle fois reconstituée, se rue à l'assaut pendant qu'à l'ouest la 67e armée charge sur la Néva gelée.
Le 19 janvier le front allemand craque et les troupes soviétiques encerclent les défenseurs, qui abandonnent Schlüsselburg, et après de terribles combats au corps à corps, parviennent à rejoindre les lignes allemandes plus au sud. Les Soviétiques, ayant obtenu en partie ce qu'ils souhaitaient, un « contact terrestre avec Léningrad », un léger répit intervient, permettant aux troupes russes d'établir des défenses telles que les Allemands ne puissent plus le leur disputer.

Toutefois le haut commandement soviétique, souhaitant consolider le passage le long du lac Ladoga, décide de relancer une attaque avec comme objectif la ville de Mga, nœud routier et ferroviaire très important. Le 29 janvier les Russes repartent à l'attaque depuis le nord avec 35 bataillons d'infanterie et de chars de la 2e armée de choc sur un front de 2 5 km. C'est l'opération Polyarnaya Zvezda.
Attaques et contre-attaques sauvages, pour Sinyavo, se succèdent, les Allemands contiennent les vagues d'assauts répétées des troupes soviétiques. Le 1er février les pertes de la 2e armée de choc sont telles qu'elle n'est plus en état de poursuivre l'offensive. Les deux armées renforcent leurs positions.

Le 10 février, les Soviétiques attaquent à nouveau, mais cette fois au lieu d'attaquer de front, ils attaquent en tenaille, cherchant à isoler la ville de Sinyavo. La 55e armée forte de 44 000 soldats se lance à l'assaut des positions de Krasny Bor défendues par la 250e Division d'infanterie dite Division Azul forte de 4 500 soldats et d'éléments allemands divers de l'ordre de 1 400 soldats. C'est la bataille de Krasny Bor.

Le 28 février, au sud du lac Ilmen, les Allemands et leurs alliés réussissent le retrait du couloir de Ramouchevo[45], large de 4 km, seulement et long de 12 km, et de la poche de Demiansk, de l'ensemble de leurs 10 divisions, afin de raccourcir le front de plusieurs centaines de kilomètres. La ville est alors libérée par l'Armée rouge le 1er mars.

Été 1943[modifier | modifier le code]

Avancées allemandes du 19 février au 1er août 1943
Article détaillé : Bataille de Koursk.

Après l'échec de Stalingrad, Adolf Hitler réattribue la planification de la prochaine campagne d'été au commandement suprême de la Wehrmacht. Guderian sort de sa disgrâce pour devenir inspecteur des Panzers.

La Wehrmacht n'a plus la capacité de conquérir l'URSS mais peut toujours obtenir un succès opérationnel en s'appuyant sur sa formidable arme blindée. Le saillant de Koursk, au milieu du front, est un point évident où porter l'effort, afin à la fois de raccourcir la ligne de front et de détruire les armées soviétiques de la zone. Le débat est vif au sein du commandement allemand entre les partisans de l'assaut et ceux qui redoutent les défenses russes. En effet, l'opération est téléphonée et les Soviétiques ont le temps de fortifier leurs positions dans le saillant, créant jusqu'à 5 lignes de défense successives armées de canons antichars, de mines, de fils barbelés, de tranchées, et soutenus par de l'artillerie et des mortiers.

Les Soviétiques ont quant à eux fait le pari d'un combat défensif. Ils estiment que les Allemands ne résisteront pas au réflexe d'attaquer pendant l'été. L'Armée rouge souhaite saigner l'arme blindée allemande une fois pour toutes, en la forçant à un combat statique, avant de contre attaquer.

Les Allemands lancent l'opération Citadelle le 5 juillet 1943. Au nord, la 9e Armée, commandée par Model, est redéployée depuis le saillant de Rjev jusqu'au saillant d'Orel, et son objectif est d'avancer de Maloarkhangelsk jusqu'à Koursk. Elle ne progresse que de 8 kilomètres avant d'être contrainte à la défensive, d'autant que les Soviétiques commencent à développer leur propre attaque en direction d'Orel.

Chars allemands Tiger I attaquant au nord du saillant

L'offensive méridionale, dirigée par Erich von Manstein, et dont le fer de lance est la 4e Panzerarmee de Hermann Hoth, connaît plus de succès et se fraie un chemin de 25 km à travers les lignes défensives ennemies. Un engagement de chars massif se déroule le 12 juillet entre les Allemands et les réserves de la 5e armée blindée de la garde soviétique, à l'extérieur de Prokhorovka. Les Allemands n'ont plus l'énergie de progresser et se replient sur leur ligne de départ.

L'offensive de Koursk fut la dernière offensive de grande envergure que l'Allemagne put lancer sur le front de l'Est et celle-ci représente le véritable tournant de la guerre à l'Est. Elle démontra que même les meilleures unités de la Wehrmacht commandées par les meilleurs généraux allemands dans des conditions de combat favorables ne pouvaient venir à bout des armées soviétiques qui avaient appris de leurs erreurs et pouvaient vaincre leur adversaire à la régulière même en plein été. En perdant l'initiative, la Wehrmacht perdait tout espoir de victoire ou même de stabilisation du front à l'Est et allait subir de plus en plus violemment les coups de boutoir soviétiques.

L'Armée rouge lance alors une série d'offensives s'échelonnant du nord au sud. L'opération Koutozov (12 juillet-18 août) réduit le saillant d'Orel. L'opération Roumiantsev repousse les Allemands de 150 km et permet la libération définitive de Kharkov le 22 août.
Ces multiples offensives soviétiques sont très coûteuses car elles se heurtent, surtout après l'échec de l'offensive d'été allemande, à un repli allemand progressif et méthodique. Ce repli est l'occasion pour le Reich de tester à la fois de nouveaux matériels, le Tigre I et le Panther, de nouveaux usages de l'aviation, utilisé dans le combat antichars; cette retraite allemande se solde par la perte de 170 000 hommes et 760 blindés, tandis que l'Armée Rouge perd 1 677 000 soldats et 6 064 chars[46]. Mais les rapports allemands de l'automne insistent sur l'échec programmé de la guerre d'usure, car l'Armée rouge est en mesure de remédier à ses pertes, contrairement à la Wehrmacht[46].

Automne et hiver 1943-1944[modifier | modifier le code]

L'un des célèbres lance-roquettes soviétique Katioucha.
Fin 1943, les châssis des panzer II de la campagne de France ont tous été convertis en automoteur d'artillerie de type Wespe. Sur le front russe, ils sont employés comme chasseurs de char.

Malgré sa défaite à Koursk, l'Allemagne pense avoir suffisamment épuisé l'Armée rouge pour l'empêcher de lancer une grande offensive. Or cette dernière montre une capacité de reconstitution phénoménale. Le 24 août, le rouleau compresseur soviétique entreprend une attaque générale sur toute la moitié sud du front depuis Smolensk jusqu'à la mer Noire. L'objectif soviétique est la récupération du riche bassin industriel du Donbass. Les troupes allemandes épuisées doivent se replier sur le Dniepr dont la largeur de 2 km devrait fournir une bonne ligne de défense et où une ligne fortifiée était en cours de construction. Hitler espérait ainsi réaliser une guerre d'usure contre les Soviétiques, mais la longueur du front, 2 000 km, rend cette idée impossible à réaliser. Au prix de pertes très élevés, les Soviétiques parviennent à assurer des têtes de pont sur le côté occidental du Dniepr qui s'agrandissent jusqu'au mois d'octobre. Ces opérations aboutissent à la libération de Kiev, le 6 novembre, ville pillée et rasée lors de la retraite allemande[47].

Avancées soviétiques du 1er août 1943 jusqu'au 31 décembre 1944 :
  •      jusqu'au 1er décembre 1943
  •      jusqu'au 30 avril 1944
  •      jusqu'au 19 août 1944
  •      jusqu'au 31 décembre 1944
Soldats sur un panzer IV en décembre 1943 ; front de Russie du Sud (Ukraine).

À 50 km à l'ouest de Kiev, la 4e Panzerarmee parvient à monter des contre-attaques qui aboutissent à la reconquête des villes de Jytomyr et de Korosten au milieu du mois de novembre, stoppant ainsi momentanément l'avancée soviétique. Mais, dès le mois de janvier 1944, les Soviétiques lancent une nouvelle offensive et ils atteignent rapidement l'ancienne frontière soviéto-polonaise de 1939. Au sud, le front de la steppe traverse le Dniepr et rejoint les blindés de Vatoutine au nord encerclant dans l'opération 60 000 soldats allemands autour de la ville de Korsun. L'encerclement était prévisible mais Hitler avait refusé de replier ces unités devant tenir la ligne du Dniepr. Il considérait d'ailleurs que les soldats de la poche pouvaient percer et même reprendre Kiev. Plus réaliste, Manstein entreprend une attaque le 11 février pour ouvrir un corridor permettant à la moitié des unités de s'échapper mais elles doivent abandonner la totalité de leur matériel. La période de la raspoutitsa approchant, les Allemands supposent que les opérations militaires seront stoppées mais le 3 mars, le front ukrainien commandé par Malinovski reprend son offensive et isole la Crimée en coupant l'isthme de Perekop puis avance à travers la boue jusqu'à la frontière roumaine.

Subissant chacune des initiatives soviétiques, le repli de la Wehrmacht se fait parfois en bon ordre, mais le plus souvent dans la panique, et s'accompagne toujours d'une politique de terre brûlée, menée parfois au détriment des capacités combatives de la Wehrmacht[48]. Manstein applique une tactique de défense élastique en contre-attaquant les unités soviétiques dont les lignes de ravitaillement sont trop étirées. Cette tactique permet à l'Allemagne d'éviter la rupture complète du front qui aurait eu lieu si les unités avaient défendu chaque position de façon statique, comme le demandait Hitler. Néanmoins, cette méthode est gourmande en carburant – les Allemands reculent de deux pas pour avancer d'un en contre-attaque –, qui fait de plus en plus défaut à l'armée allemande, en matériel et en hommes. Mais cette tactique mise en application par Manstein permet non seulement d'éviter la réédition d'une nouvelle défaite majeure, mais aussi de maintenir un front cohérent[49].

Un dernier mouvement parachève l'offensive au sud. En mars, 20 divisions allemandes sont encerclées près de Kamianets-Podilskyï mais elles parviennent à s'échapper sans trop de pertes. À ce moment, Hitler commence à ignorer son état-major et ses généraux les plus compétents qu'il tient pour responsables des dernières débâcles. En avril, l'Armée rouge reprend Odessa puis Sébastopol le 10 mai.

De concert avec l'offensive au sud, l'Armée rouge attaque le Groupe d'Armées Centre. Le repli est moins important qu'au sud mais Briansk et surtout Smolensk sont repris. Cette ville est le passage obligé vers Moscou, sa reprise signifie que Moscou est définitivement hors de danger. La prise de Smolensk le 25 septembre déséquilibre l'ensemble du dispositif défensif allemand. Le front du Groupe d'armées Nord était resté quasiment statique jusqu'en janvier 1944 lorsque les fronts du Volkhov (en) et de la Baltique lancèrent une violente offensive. Dans une campagne éclair, les Allemands furent repoussés jusqu'à la frontière lituanienne, abandonnant le siège de Leningrad qui avait coûté la vie à près de deux millions de personnes, dont une majorité de civils.

En libérant des territoires qui vivaient sous occupation allemande depuis plus de deux ans, les Soviétiques découvrent la brutalité de l'occupant, qui a appliqué le Generalplan Ost. En outre, en se repliant, la Wehrmacht adopte une politique de la terre brûlée impitoyable, rasant toutes les villes et les villages, massacrant les civils par centaines de milliers. Cela aura une grande influence sur le comportement des soldats soviétiques vis-à-vis des civils allemands lors de la suite de la guerre.

Été 1944[modifier | modifier le code]

Les stratèges allemands étaient convaincus que les Soviétiques attaqueraient encore au sud, où le front se trouvait à 70 km de Lvov et offrait la route la plus directe vers Berlin. La situation de l'Allemagne, déjà critique, devient désespérée après le débarquement de Normandie en juin 1944. En Italie, les Alliés prennent Rome le 4 juin. De plus, ceux-ci accentuent les raids sur les industries et les installations allemandes. Le 22 juin 1944, soit 3 ans exactement après le déclenchement de l'opération Barbarossa, les Soviétiques lancent l'opération Bagration, une énorme offensive destinée à libérer la Biélorussie. Les Allemands qui ne s'attendaient pas à une attaque sur ce front n'ont laissé que 800 000 hommes face à 2,3 millions de Soviétiques. Les Soviétiques, qui possèdent dix fois plus de chars et sept fois plus d'avions, éventrent les lignes allemandes. Le front allemand percé, Minsk, la capitale de la Biélorussie, tombe le 3 juillet. Le groupe d'armées Centre volatilisé sous le choc de l'attaque, l'Armée rouge atteint rapidement l'ancienne frontière avec la Pologne, capture des dizaines de milliers de soldats, dont 17 généraux[50]. À la fin août, les pertes allemandes sont le double de celles des Soviétiques[51]. L'offensive en direction de Lvov lancée le 17 juillet 1944 met rapidement en déroute les forces allemandes dans l'ouest de l'Ukraine. En Roumanie, un coup d'État renverse le gouvernement pro-allemand et les unités roumaines rejoignent les unités soviétiques. Bucarest tombe le 31 août. Les termes de l'armistice signé en septembre sont littéralement écrits par Moscou et la Roumanie devient de facto un État satellite de l'URSS.

Une colonne de T-34/85 sur le Front de l'Est lors de l'hiver 1943-1944. Le T-34 et ses dérivés furent produits à plus de 40 000 exemplaires au cours de la guerre.

Au nord, la progression rapide des unités soviétiques menace d'isoler les unités du Groupe d'Armées Nord qui résistent toujours et bloquent l'avancée soviétique en Estonie, dans un terrain marécageux peu propice à une offensive motorisée. Dans l'isthme de Carélie, les Soviétiques lancent une offensive puissante contre les positions finlandaises le 9 juin 1944. Les Finlandais doivent se replier et se redéployer sur des lignes fortifiées. Néanmoins en appliquant les tactiques de guérilla qui avaient fait leurs preuves lors de la guerre d'Hiver de 1939-1940, les Finlandais infligent une série de lourdes défaites à l'Armée rouge, ce qui convainc finalement l'état-major soviétique que la conquête du pays serait très difficile et n'en vaudrait pas la peine. L'armistice de Moscou signé en septembre 1944 ampute la Finlande de 15 % de son territoire, mais elle parvient cependant à conserver son indépendance.

En Pologne, à l'approche de l'Armée rouge, l'Armia Krajowa polonaise organise l'insurrection de Varsovie le 1er août 1944 dans le but d'accueillir les libérateurs en position de force et d'éviter la prise de pouvoir par les communistes. L'Armée rouge parvient sur la rive est de la Vistule, devant Varsovie, le 10 septembre. Les Soviétiques décident de ne pas tenter un franchissement du fleuve (d'autant qu'ils ont déjà sécurisé deux têtes de pont plus au sud) et de ne pas soutenir l'insurrection en cours dans Varsovie. Le contexte de cette décision est toujours source de débat, certains y voyant une manœuvre politique (laisser les nazis éliminer les partis non communistes polonais), d'autres affirmant que, l'eusse-t-elle voulu, l'Armée rouge n'avait plus la possibilité de continuer à avancer après la gigantesque progression lancée depuis juin 1944 (de fait, les offensives russes ne reprennent qu'en janvier 1945). Les combats dans Varsovie durèrent jusqu'au 2 octobre et causèrent la mort de 200 000 civils. Varsovie, détruite à 85 %, ne fut libérée que le 17 janvier 1945.

Au sud du front, une offensive déclenchée le 20 août entraîne la chute d'Antonescu, la défection de la Roumanie qui déclare la guerre au Reich. Ce retournement d'alliance entraîne la désagrégation de ce front, tenu par des troupes imbriquées les unes avec les autres : les troupes allemandes et hongroises sont ainsi assaillies par des unités roumaines d'une part, par des unités soviétiques d'autre part. Le 28 août, la frontière bulgare est atteinte, l'URSS déclare la guerre à la Bulgarie et envahit son territoire[52].

Automne 1944[modifier | modifier le code]

Le 5 septembre, l'URSS déclare la guerre à la Bulgarie qui n'avait pas participé à l'invasion de la Russie. La capitale, Sofia tombe le 9 septembre sans réelle résistance et la Bulgarie se retourne contre l'Allemagne. Dans le même temps, les partisans yougoslaves d'inspiration communiste et dirigés par Tito lancent une opération conjointe avec l'Armée rouge pour chasser les Allemands de Yougoslavie. Belgrade est libérée le 20 octobre 1944. En Hongrie, un régime sûr remplace le régime de l'hésitant Horthy et rallie une bonne partie de l'armée[53].
Sous la pression de l'offensive soviétique dans les pays baltes, le Groupe d'Armées Nord doit se replier d'Estonie mais ne peut échapper à une série d'encerclements. Dans la poche de Courlande, 200 000 Allemands et collaborateurs baltes sont isolés jusqu'à la fin de la guerre.
À partir de l'automne 1944, la situation allemande se redresse partiellement aussi sur ce front : les liens terrestres avec la Courlande sont rompus, mais la poche de Courlande, commandée par l'habile Schörner, regroupe l'ensemble des forces allemandes cantonnés dans les pays baltes, une offensive soviétique est tenue en échec en Prusse orientale[54], et des reconquêtes partielles, des petites villes dans lesquelles la population a été massacrée, ont eu lieu; malgré ces succès partiels, le 20 novembre 1944, Rastenburg, le Quartier-Général de Hitler, est évacué par le Haut-commandement à la demande de Bormann[55].
Malgré leur progression rapide, les Soviétiques n'ont pas encore réussi à pénétrer en territoire allemand, et, en cette fin d'automne, doivent marquer une pause pour se regrouper, se réorganiser et régler les problèmes logistiques posés par les impressionnants bonds en avant de l'été et de l'automne, alors que la Wehrmacht, tirant parti de la proximité de ses sources d'approvisionnement et des lignes de communication à l’intérieur du Reich, présente une forte résistance à l'avance soviétique[55].

Hiver 1944-1945[modifier | modifier le code]

Avancées soviétiques du 1er janvier au 7 mai 1945 :
  •      au 30 mars 1945
  •      au 11 mai 1945
Articles détaillés : Bataille de Budapest et Offensive Vistule-Oder.

À la fin de l'année 1944, la Hongrie reste le dernier allié de l'Allemagne qui ne veut pas perdre ses ressources dont son pétrole. Après l'échec de l'offensive des Ardennes, Hitler déplace la 6e armée Panzer SS sur le Front de l'Est, mais, sous l'influence de Speer, responsable de l'économie de guerre, et à la grande fureur de Guderian, responsable de ce front, les dirige vers la Hongrie, théâtre d'une bataille d'usure autour de Budapest[56].

Les unités allemandes se retranchent donc dans la capitale Budapest et affrontent les forces soviétiques qui arrivent en vue de la ville à la fin décembre 1944. 50 000 soldats de l'Axe sont morts et 140 000 prisonniers, non seulement dans les combats autour de la ville mais aussi lors de la progression soviétique dans la ville même, où on se bat jusque dans les égouts[57]. Plusieurs offensives de dégagement sont menées, sans succès. Après une proposition de reddition refusée, l'Armée rouge lance l'assaut et malgré des tentatives allemandes, vouées à l'échec (en raison du rapport de force), pour débloquer la ville, la garnison se rend le 13 février. Après la chute de la ville, les combats se déplacent à l'ouest de la ville, Hitler ayant réclamé une contre-offensive : lancée le 6 mars 1945 contre l'avis de Guderian, elle échoue après 10 jours de combats, en dépit de succès initiaux importants et malgré la présence, parmi les unités engagées, de la redoutable 6e armée de Panzer SS, placée sous les ordres de Sepp Dietrich ; les SS de Dietrich abandonnent le combat devant l'échec de cette ultime contre-offensive, ce qui suscite l'ire de Hitler, ce dernier ordonnant à la Leibstandarte de retirer leurs brassards, malgré les protestations de Hermann Balck[57].

En janvier 1945, sur le front de la Vistule sont cantonnées les 9e et 17e armées, épaulées par la 4e armée Panzer, formant le groupe d'armées A commandé par Josef Harpe, couvert sur son flan nord par le Groupe d'armées Centre, placé sous les ordres de Georg-Hans Reinhardt et sur flan sud par la 1re armée de Panzer, commandée par Gotthard Heinrici ; ces unités comptent 900 000 soldats, épaulées par 120 bataillons du Volkssturm, soit 80 000 hommes mal équipés, et 2 000 chars[58]. Face à ces unités se trouve le 1er front Ukrainien, commandé par Ivan Koniev, parvenu au sud de Varsovie et au nord se trouve positionné le 1er front biélorusse de Joukov, totalisant 2,25 millions de soldats, regroupant 6 500 chars, 32 000 canons lourds et 4 500 avions[59]. À ces effectifs impressionnants, chargés depuis la Vistule d'établir des têtes de pont sur l'Oder, s'ajoutent le 3e front de Biélorussie, placé sous la responsabilité d'Ivan Tcherniakhovski, et le 1er front balte d'Ivan Bagramian, qui doivent, appuyés l'un sur l'autre, prendre d'assaut la Prusse Orientale, tandis que le 2e front biélorusse, commandé par Constantin Rokossovski doit atteindre la Baltique et isoler ainsi la Prusse Orientale du Reich ; ces trois derniers fronts, cantonnés dans des objectifs secondaires par rapport à la poussée sur la moyenne Vistule, comptent néanmoins dans leurs rangs 1,7 millions de soldats, appuyé par 3 300 chars, 28 000 canons lours et 3 000 avions[59].

Lancées sur des troupes allemandes affaiblies par les transferts d'unités d'élite vers l'Alsace et la Hongrie et commandées depuis Berlin par Hitler de moins en moins à l'écoute de ses états-majors[60], les offensives lancées en Pologne à partir du 12 janvier, annoncées par les services de Gehlen[56], qu'Hitler n'écoute pas[60], brisent un front allemand composé d'unités allemandes déjà fortement éprouvées par les défaites précédentes et présenté par Guderian comme un "château de cartes"[61]. Elles constituent néanmoins autant de démonstrations de la maîtrise de l'art opérationnel acquise par l'Armée rouge. Disposant d'une supériorité en troupes et en matériel considérable, accentuée par le redéploiement de certaines unités blindées de la Wehrmacht en Hongrie[62], quatre fronts soviétiques s'élancent des têtes de pont conquises sur la Vistule au sud de Varsovie et à l'est de Cracovie, percent les lignes défensives préparées par les Allemands pendant l'automne, exploitent la percée obtenue grâce aux armées blindées[63] et progressent en à peine 23 jours de 400 km jusqu'à l'Oder où des têtes de pont sont sécurisées autour de Kostrzyn (Kustrin).

Varsovie, détruite et abandonnée par les Allemands, est libérée dès le 18 janvier par les troupes polonaises[64], Cracovie, intacte, est occupée par l'Armée rouge le lendemain[65], Lodz, centre industriel, tombe intacte le 19 janvier[66]. Le front allemand s'est complètement effondré. Les Soviétiques interrompent leur avancée, leur logistique ne pouvant suivre un tel rythme, et dans le but de sécuriser leurs flancs étendus. Ils s'emparent du bassin industriel de Haute-Silésie fin janvier (libérant notamment Auschwitz) et terminent la conquête de la Prusse orientale en avril. Les populations allemandes, que le pouvoir nazi obligeait jusqu'ici à rester sur place, commencent à fuir en masse vers l'ouest par crainte de représailles après le comportement de la Wehrmacht en URSS.

L'écroulement du front allemand en janvier 1945 entraîne la fuite vers l'ouest dans une atmosphère de chaos de l'ensemble de la population allemande des régions menacées[67]. Les populations fuient un ennemi présenté comme sauvage : la propagande publie des études sur les Mongols dans l'Armée rouge, ressuscitant de vieux souvenirs, compare le destin du Reich à celui de la République romaine durant la deuxième guerre punique, victorieuse malgré un nombre impressionnant de défaites[67], ou rapporte des témoignages de réfugiés[68]. Poussées par la peur des exactions rapportées par la presse, des villes et des villages sont abandonnées en un instant, en pleine journée[69]. Mais les civils ne sont pas les seuls concernés par les succès soviétiques : les déportés sont évacués dans des conditions atroces vers les camps de l'ouest[70], certains sont massacrés par des unités allemandes en déroute passant par hasard dans un camp dans lequel sont cantonnés des déportés laissés sur place[71], d'autres encore sur la route vers l'ouest[72].

Le 13 janvier, l'offensive planifiée sur la Prusse-Orientale est lancée dans des conditions météorologiques défavorables, privant les troupes soviétiques d'appui aérien, et doit affronter une forte résistance des troupes de Reinhardt, dans certains cas appuyée sur des fortifications imposantes, comme à Allenstein, Intersburg et Lötzen, qui ne retarde l'avance soviétique que de quelques jours[73]. Au cours de ces succès sont successivement occupés la ville de Tannenberg, dont le mémorial à Hindenburg et la Tannière du Loup, tandis que les communications directes entre Berlin et la Prusse-Orientale sont coupées, malgré une résistance acharnée[73].

L'ampleur de ces succès laisse cependant derrière l'avance soviétique quelques poches de résistance, Posen, fortifiée, tenue par 25 000 soldats, et prise d'assaut au mois de février[66], Heiligenbeil, Königsberg et la Prusse-Orientale, coupée du Reich à partir du 26 janvier[64], Breslau, tenue par 80 000 soldats, totalement encerclée le 16 février, Glogau, tenue par 9 000 hommes[74].

À l'issue de la rupture du front allemand, l'Oder est atteinte en février, mais rapidement, l'offensive marque le pas, pour des raisons logistiques, stratégiques et de discipline ; de plus, une première offensive en direction de Königsberg est repoussée, poussant l'armée soviétique à investir méthodiquement la Prusse-Orientale[75]. En février, une dernière offensive allemande est lancée, l'opération Sonnenwende (solstice), sur les flancs de l'avancée soviétique : cette action débute le 15 février en Poméranie, et doit aboutir à la consolidation des défenses allemandes dans la région, mais, dès le départ vouée à l'échec, elle est rapidement stoppée, puis, dès le 19 février, refoulée sur les positions de départ[76]. À partir de ce moment, la bataille défensive prend des allures de guerre de position, dans laquelle la défense allemande, pour partie constituée de membres du Volkssturm et des Jeunesses hitlériennes, connaissant parfaitement le terrain, utilise chacune de ses particularités pour infliger un maximum de pertes aux troupes de Joukov et Koniev[77].

Cette connaissance du terrain, alliée à un mordant indéniable, interrompt temporairement l'avance soviétique sur Berlin, cause de lourdes pertes, humaines et matérielles, aux armées soviétiques, contrarie les plans des commandants soviétiques, Joukov et Koniev, et les oblige à renoncer à une offensive aussi rapide que triomphale vers la capitale du Reich[66].

Ainsi, les Allemands tentent en février de contre-attaquer en Silésie les lignes russes étendues, lançant par exemple plus de 40 assauts sur les têtes de pont de la rive gauche de l'Oder, mais sans résultat notable au-delà de progressions isolées et éphémères de quelques kilomètres. De plus, Schörner n'abandonne la Haute-Silésie qu'après l'avoir défendu pied à pied et ainsi infligé à l'Armée rouge d'énormes pertes, et repris temporairement la ville de Lauban le 1er mars (ce succès est exploité jusqu'à plus soif par la propagande de Goebbels)[78].

Durant cette période marquée par les succès soviétiques, l'OKH se livre, sous la pression de Hitler, à de multiples changements de généraux au commandement des armées, en partie liés à la méfiance de Hitler pour les généraux[79].

La percée de janvier rapproche le front de Berlin, et oblige à la mise en défense de l'Oder, facilitée par une pause de l'Armée rouge dans ce secteur ; concentrant toutes les unités disponibles dans de secteur, l'OKH parvient à improviser une ligne de défense qui tient jusqu'au mois d'avril, essentiellement en raison de la priorité donnée par le commandement soviétique au nettoyage des flancs nord et sud du front, rendu nécessaire par la concentration du groupe d'armées Vistule et les contrattaques menées en Silésie et en Poméranie[80].

Le mois de mars est le temps de la bataille pour la Poméranie et la Vieille Prusse au nord et, au sud pour la Silésie. Au cours de ces combats acharnés, les régiments allemands cédant le terrain pied à pied à l'est de l'Oder, exploitant au maximum le terrain et le climat, causant aux troupes soviétiques d'énormes pertes ; ces batailles émaillées de reconquêtes éphémères de villes de Silésie et de Poméranie, se soldent en réalité par la disparition de l'ensemble des capacités offensives de la Wehrmacht à l'est[81]. Ces contrattaques aussi vaines que couteuses incitent l'Armée rouge à protéger ses flans, fragilisés par des lignes de communication étendues. Ainsi, soucieuse de sécuriser son flanc nord, l'Armée rouge, après s'être assurée du contrôle de têtes de pont sur l'Oder, de part et d'autre de Francfort, mène des opérations importantes sur ses flancs : le 4 mars, malgré une résistance acharnée, ses unités atteignent la côte baltique, près de Kolberg, assiégée à partir du 7 mars, transformée par Hitler en forteresse, qui résiste, le temps d'évacuer civils (dont 60 000 réfugiés) et soldats, jusqu'au 18 mars[82]. Les autres ports de Poméranie connaissent le même sort : Stettin le 20 mars, Gotenhafen, le 28 mars et Dantzig le 30[82]. En Vieille Prusse, le groupe d'armées Nord oppose une forte résistance à l'avance soviétique : Königsberg est assiégée à partir du mois de février, et quelques tentatives, dont certaines sont fructueuses, au début de l'encerclement, permettent aux troupes allemandes de contrôler de manière temporaire un corridor reliant la ville au port de Pillau, autorisant l'évacuation de civils et le ravitaillement de la citadelle[83].

Sur l'Oder, les têtes de pont soviétiques à l'ouest du fleuve de part et d'autre de Francfort et Küstrin sont progressivement renforcées et étendues, malgré les renforts allemands, les fortifications de ces villes et leur statut de forteresse : Küstrin est totalement encerclé le 22 mars, et est abandonnée le 30 mars, malgré une contre-offensive tenue en échec dès ses premières heures et une consigne stricte de Hitler[74].

Au sud, en Silésie, les unités de Schörner résistent avec mordant à la progression soviétique, mais sont rapidement débordées : le 16 février, Breslau est encerclée, malgré une résistance acharnée pour maintenir un corridor ouvert, la Neisse est atteinte le 24 février, non loin de son confluent avec l'Oder ; à la mi-mars, l'Armée rouge sort victorieuse d'une bataille d'encerclement près la ville d'Oppeln, privant le Reich de 45 000 soldats, tués, blessés ou prisonniers[74].

Printemps 1945[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Bataille de Berlin et Offensive de Prague.
14 933 000 personnes reçurent la médaille de la victoire sur l'Allemagne.

Après une nouvelle contre-attaque manquée, l'Armée rouge entre en Autriche le 30 mars et prend Vienne le 13 avril. En tout, l'OKW rapporte la perte de 600 000 hommes, morts, blessés ou faits prisonniers entre janvier et février 1945[84]. Le 9 avril, la garnison de Königsberg se rend mais des débris du Groupe d'Armées Nord restent encerclés dans des poches le long de la mer Baltique.

Au début du mois d'avril, la STAVKA autorise l'armée soviétique à franchir l'Oder pour lancer l'assaut final sur Berlin. Voyant que l'armée allemande avait quasiment cessé de se battre contre les alliés occidentaux, en dépit de proclamations de Model[85], Staline s'inquiétait de la possibilité que les Alliés ne s'emparent de la ville avant lui. Néanmoins, Eisenhower, le général en chef des forces alliées, décide de ne pas attaquer Berlin probablement pour éviter de sacrifier des soldats dans une zone qui devrait de toute façon être cédée aux Soviétiques à la fin de la guerre.

Pour s'emparer de la ville, les Soviétiques rassemblent 2,5 millions de soldats, 6 250 chars, 7 500 avions et 41 600 pièces d'artillerie. Par comparaison, pour envahir l'Union soviétique en 1941, Hitler avait réuni 3 millions d'hommes, 3 600 chars et 2 258 appareils de combat. Les défenses allemandes sont formées par des unités régulières épuisées, mal équipées et désorganisées et par la Volkssturm, une milice de civils dont l'utilité militaire est plus que discutable.

La bataille commence le 16 avril par la prise des collines de Seelow, dernier obstacle sur la route de Berlin. Les fanatiques de la SS, dont la plupart sont des unités composées de soldats étrangers et des jeunesses hitlériennes, se défendent farouchement mais sont taillés en pièces par les Soviétiques. L’Armée rouge se fraie difficilement un passage jusqu'au cœur de la ville qu'elle atteint le 30 avril. Hitler se suicide le même jour et Helmuth Weidling signe la reddition de la ville le 2 mai. Quelques jours auparavant, le 25 avril, les troupes américaines et soviétiques avaient fait leur jonction à Torgau.

Le matin du 7 mai 1945, le général Alfred Jodl signe la capitulation sans conditions de l'Allemagne au quartier général du SHAEF à Reims. Néanmoins, Staline fut mécontent de la tournure des événements et exigea que la cérémonie officielle se déroule à Berlin au QG du général Joukov. Ce fut alors le maréchal Wilhelm Keitel qui signa l'acte officiel de reddition de l'Allemagne nazie. La commémoration de la fin de la guerre en Russie a lieu le 9 mai à cause du décalage horaire entre Berlin et Moscou et la journée est un jour férié. La première parade de la Victoire eut lieu à Moscou le 24 juin 1945.

Malgré la capitulation les derniers éléments du Groupe d'Armées Centre continuent le combat en Tchécoslovaquie jusqu'au 11 mai 1945.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Le front de l’Est a été de loin le plus grand théâtre d'opérations de la Seconde Guerre mondiale. Il est considéré comme le conflit le plus sanglant de l'Histoire – faisant 30 millions de morts[86] - et se déroulant sur les territoires plus vastes que tous les autres théâtres d'opérations réunis.

Mariya Dolina, pilote de bombardier en piqué sur le premier front balte (photo prise en 1944). Elle sera érigée héroïne de l'Union soviétique.

Le conflit fut le lieu de la guerre totale la plus extrême, sans doute nourrie par des objectifs idéologiques (plutôt que militaires ou politiques) et un antagonisme farouche entre les belligérants. Les nazis avaient adopté une ligne de conduite qui se résumait à la lutte du fascisme contre le communisme, et le combat entre la race aryenne et les races slave et juive. Dès le départ, Adolf Hitler faisait mention de « guerre d'annihilation », de « guerre totale ». Le conflit fut tout le long caractérisé par son extrême brutalité sans commune mesure avec le front de l'Ouest, par une lutte pour la survie de chaque nation se caractérisant par un mépris des ressources engagées, aussi bien en vies humaines qu'en matériel, et une absence de distinction entre cibles militaires et civiles (extermination de population, destruction d'infrastructures non militaires, etc.).

L'Union soviétique sort du conflit comme la seconde puissance militaire au monde et dispose d'un prestige considérable. En revanche, c'est un pays économiquement brisé par les combats qui ont eu lieu sur son sol. Selon un rapport présenté au procès de Nuremberg par le général Roman Roudenko, l'invasion allemande a entraîné la destruction de 1 710 villes, 70 000 villages, 2 500 églises, 31 850 établissements industriels, 40 000 hôpitaux, 84 000 écoles ainsi que 60 000 km de voies de chemins de fer.

De son côté, l'Allemagne est à genoux. Militairement vaincue et occupée par ses ennemis, elle est partagée en quatre zones d'occupation et perd tous ses territoires à l'est de la ligne Oder-Neisse soit 15 % de sa superficie d'avant-guerre. La dernière période du conflit voit d'importants déplacements de population dans les territoires contrôlés par l'Armée rouge, comme l'arrivée de 12 millions d'Allemands quittant leurs habitations d'Europe orientale.

La fin du conflit à l'Est bouleverse les frontières de l'Europe de l'Est : absorption des Pays baltes dans l'URSS, déplacement de la Pologne d'environ 200 km vers l’ouest, disparition de la Prusse-Orientale, création d'une enclave russe autour de la ville de Königsberg - renommée Kaliningrad -, création d'une république soviétique de Moldavie. Les Soviétiques font en sorte, dans les années d'immédiat après-guerre, de transformer les pays de l'est de l'Europe en satellites de l'Union soviétique, gouvernés par des partis communistes. Ce Bloc de l'Est va par la suite s'opposer au Bloc occidental dans le cadre de la guerre froide.

Commandants suprêmes[modifier | modifier le code]

L'Union soviétique et l'Allemagne nazie étaient deux États gouvernés par des dirigeants disposant d'un pouvoir absolu. Le cours de la guerre sur le front de l'Est fut par conséquent déterminé par les idéologies et les personnalités des commandants suprêmes bien plus que sur tout autre front de la Seconde Guerre mondiale.

Adolf Hitler[modifier | modifier le code]

Article connexe : Adolf Hitler.
Adolf Hitler mena l'Allemagne tout au long de la Seconde Guerre mondiale

Adolf Hitler est bien sûr le dirigeant ayant eu le plus d'influence sur le front de l'est, ne serait-ce qu'en étant celui à l'origine du conflit. Hitler, qui avait toujours envisagé une extension territoriale vers l'est, décide fin 1940 de ne plus donner la priorité à la lutte contre le Royaume-Uni pour se retourner contre l'URSS. Il n'y est pas poussé par ses institutions militaires, qui redoutent au contraire de mener une guerre sur deux fronts.

Hitler avait pris l'ascendant sur ses généraux lors des opérations d'avant-guerre, et encore plus en soutenant le plan Manstein d'invasion de la France. À l'été 1940, son prestige et l'autorité obtenue grâce à ses succès est au maximum. Il est convaincu d'être au moins aussi bon que les militaires professionnels. Il garde une saine méfiance vis-à-vis des plans de ses généraux, n'hésitant pas à questionner, remettre en cause, ou ignorer les recommandations qui lui parviennent. Il joue également de son formidable talent d'orateur et de sa connaissance des sujets industriels et économiques – que ses généraux n'entendent guère – pour convaincre les officiers et les responsables de l'OKW. Son charisme et son autorité font que très peu d'officiers supérieurs ont la volonté ou le courage de s'opposer, ou de simplement discuter les décisions d'Hitler.

À mesure du conflit, Hitler intervient de plus en plus étroitement sur la conduite des opérations militaires à partir de ses bunkers de commandement, surtout ceux de Rastenburg en Prusse-Orientale, de Vinnytsia en Ukraine et enfin le Führerbunker sous les jardins de la chancellerie du Reich à Berlin). Après la campagne de Pologne en 1939, Hitler évite soigneusement de se rendre auprès des troupes sur le front, ne voulant pas se confronter avec ce type de réalité. De l'aveu même des généraux, Hitler, qui n'avait pas d'expérience d'état-major, n'était pas dépourvu d'un certain coup d'œil. Il pouvait prendre des décisions risquées – qui finirent par lui coûter – comme des décisions raisonnables – souvent passées sous silence par les mémorialistes.

En août 1941, après la bataille de Smolensk, Hitler décide de rediriger le Groupe d'armées Centre vers l'Ukraine au lieu de tenter d'avancer encore vers Moscou, et contre l'avis de Walther von Brauchitsch, alors commandant en chef de la Wehrmacht ou de Fedor von Bock. Cette décision est toujours source de discussion, les généraux allemands ayant après-guerre reproché à Hitler d'avoir laissé passer la chance d'atteindre Moscou, tandis que les historiens contemporains pensent que la résistance soviétique était de toutes les façons trop forte pour y parvenir.

Au cours de l'hiver 1941-1942, lorsque la contre-offensive soviétique éventre les lignes allemandes, le commandement allemand est complètement démuni de réserves, si bien que seules les troupes en retraite peuvent rétablir la ligne de front. Beaucoup de généraux considèrent que cela est impossible à moins de se replier sur 500 km jusqu'au Dniepr et la Daugava. Hitler décide alors d'immobiliser les troupes en interdisant tout repli. Son intervention est décisive et permet à la Wehrmacht de se rétablir, alors qu'elle se serait probablement dissoute dans sa retraite. Hitler en conclut qu'il a besoin d'intervenir de plus près dans la conduite des opérations, en repoussant les conseils de ses officiers. Pas moins de 35 généraux sont congédiés durant l'hiver 1941-1942. On considère parfois que c'est à partir de là qu'Hitler s'arque-boute sur chaque kilomètre conquis, refusant tout repli. Jusqu'en 1943, Hitler pourra pourtant ordonner des replis, même sur une échelle opérationnelle, quand ce sera nécessaire (par exemple l'évacuation du saillant de Rjev en février 1943).

Lors de la campagne de 1942, Hitler ordonne la division de l'axe de progression des armées allemandes, donnant deux objectifs distants de centaines de kilomètres : Stalingrad et le Caucase. Seules des considérations de prestige ou idéologiques peuvent expliquer l'avancée jusqu'à Stalingrad, ville industrielle certes, mais éloignée de toutes ressources naturelles, et dont on pouvait interrompre l'activité sans avoir besoin de la prendre d'assaut. Cette division des efforts, et la concentration des moyens allemands dans la zone urbaine de Stalingrad ouvrent une possibilité de contre-attaque dont l'Armée rouge se saisit.

Après la chute de Stalingrad, Hitler est psychologiquement abattu et Erich von Manstein peut sans mal le convaincre de lancer une attaque audacieuse avec les maigres réserves lui restant. Manstein parvient à reprendre Kharkov. Ce succès inespéré redonne un peu de crédibilité aux militaires. La décision de lancer en juillet 1943 la bataille de Koursk est ainsi décidée en commun, et après de nombreuses hésitations, par Hitler et l'OKW. Les détails de l'opération sont conçus par l'OKW, et son lancement n'est cette fois pas imposé par Hitler, même si celui-ci intervient sur des détails comme le nombre et le type de chars à déployer.

La série de revers militaires qui suit Koursk amène Hitler à intervenir de plus en plus dans les choix opérationnels sur le front de l'Est. Ses instructions ne permettent pas de rétablir la situation devant un adversaire trop puissant: la technique « pas un pas en arrière » n'est cette fois plus adaptée. Manstein lui reprochera après-guerre de n'avoir pas utilisé une défense élastique, plus souple, ainsi que n'avoir pas confié la responsabilité de l'ensemble du front à un seul commandant. Hitler limoge Manstein en mars 1944.

La frustration issue du commandement d'Hitler est l'un des facteurs ayant mené à la tentative de coup d'État de juillet 1944. Même si la conspiration n'impliquait aucun militaire de haut rang, Hitler considère ensuite l'armée et ses officiers comme suspects et se tourne vers la SS qu'il juge comme plus loyale et prête à obéir aveuglément à ses ordres.

Dans les derniers mois de la guerre, Hitler ordonne la création de festungs, c'est-à-dire de forteresses ne devant ni se rendre ni reculer. Il concentre les quelques moyens offensifs dont dispose encore l'Allemagne dans des opérations en Hongrie plutôt que pour protéger la Prusse et Berlin. Certains ont vu là la volonté de sauver plutôt l'Autriche – pays natal de Hitler – que l'aristocratie prussienne. Complètement déconnecté de la réalité du terrain, Hitler imagine toujours pouvoir être sauvé par une victoire miracle ou une arme magique. Il se suicide le 30 avril 1945 alors que les Soviétiques ne sont qu'à quelques kilomètres de son bunker.

Joseph Staline[modifier | modifier le code]

Article connexe : Joseph Staline.
Joseph Staline fut le dirigeant soviétique durant le conflit.

Joseph Staline porte une lourde part de responsabilité dans les désastres du début de la guerre. Son ignorance des renseignements annonçant l'entrée en guerre de l'Allemagne et ses ordres destinés à empêcher toute provocation firent perdre plusieurs jours cruciaux à son armée. Néanmoins, le redressement spectaculaire de l'URSS lors de la guerre fut largement permis par sa politique d'industrialisation massive au cours des années 1930.

Les Grandes Purges de l'Armée rouge à la fin des années 1930 entraînèrent la condamnation à mort d'un grand nombre d'officiers à la suite de procès truqués. Cela inclut Mikhaïl Toukhatchevski, l'un des pionniers de la tactique de blitzkrieg et fervent partisan des troupes aéroportées ainsi que des trois-quarts des généraux. Ces purges et le marasme, qu'elle provoquèrent au sein de l'armée, furent l'un des facteurs de la désastreuse guerre d'Hiver contre la Finlande et convainquirent les Allemands de la fragilité de l'Union soviétique. De même le manque d'officiers expérimentés explique les désastres subis au début de la guerre. Cependant ces purges permirent de rajeunir l'armée et de jeunes officiers purent monter en grade ce qui fut l'un des facteurs de la victoire. Staline et le NKVD mirent en place un système de contrôle très sévère avec la présence de commissaires politiques qui devaient s'assurer de la bonne réalisation des ordres et de la loyauté des officiers.

Au cours de l'hiver 1941-1942, la réussite de la contre-offensive soviétique met Staline en confiance et celui-ci commet la même erreur qu'Hitler, il croit l'armée allemande anéantie et disperse ses efforts en lançant des offensives en Crimée et vers Léningrad. L'échec de ces attaques montre que l'Union soviétique n'est pas encore prête. À la différence d'Hitler qui s'implique de plus en plus dans la conduite des opérations, Staline délègue la gestion de la guerre à ses officiers et se contente de montrer la direction générale des offensives.

Staline relâche la pression du régime soviétique sur les esprits. La propagande rappelle les précédents victorieux d'Alexandre Nevski et de Mikhaïl Koutouzov et s'il se bat encore pour Staline et la défense du communisme, le soldat russe se bat désormais avant tout pour la « Mère patrie ». La religion orthodoxe, autrefois persécutée, est instrumentalisée pour souder la population autour du régime. L'autorité des commissaires politiques est réduite au profit de la hiérarchie militaire. Néanmoins, le pouvoir absolu de Staline ne faiblit pas. Il s'assure également que son rôle dans la victoire soit mis en avant. Il met en compétition ses généraux, en particulier Koniev et Joukov qui rivalisent de vitesse pour satisfaire le chef du Kremlin au mépris de la vie de leurs hommes. À la fin de la guerre, les généraux les plus populaires (dont Koniev et Joukov) sont remerciés et placés à des postes où ils ne pourront pas menacer le chef du Kremlin.

Collaboration avec l'occupant[modifier | modifier le code]

Dès les premiers jours de l'offensive allemande, de nombreux collaborateurs, souvent issus des populations baltes et slaves, apparaissent. Le symbole de cette collaboration est le général Vlassov, qui, entouré de 67 officiers supérieurs, fonde en 1942, le Comité national russe, et une armée, l'armée russe de libération[87].
Dès la fin 1941, on compte des centaines de milliers de transfuges parmi les citoyens soviétiques[88]. D'abord recrutés comme supplétifs sous encadrement allemand, ces transfuges, les Hiwis, sont utilisés dans la lutte contre les partisans[87].

Occupation et répression[modifier | modifier le code]

Partisans soviétiques pendus par les Allemands, janvier 1943

Les énormes gains territoriaux que l'Allemagne avait acquis en 1941 devaient être pacifiés et administrés. Pour la majorité des Soviétiques, l'invasion nazie était considérée comme un acte brutal sans provocations préalables. Néanmoins, la violente politique stalinienne envers certaines populations comme les peuples baltes ou les Ukrainiens fit que les Allemands furent parfois accueillis en libérateurs. Les mouvements de libération nationales étaient cependant considérés avec méfiance par Hitler qui refusa de les soutenir. Les idéologues nazis voyaient la Russie comme une terre à coloniser et il fallait donc expulser ou éliminer les peuples qui y habitaient : ce fut l'entreprise du Generalplan Ost. Ainsi, la brutale politique d'occupation nazie retourna rapidement les esprits des peuples occupés qui rejoignirent massivement les rangs des partisans.

Partage de la gestion des territoires occupés[modifier | modifier le code]

Si les régions proches du front étaient dirigées par un pouvoir militaire, l'Ukraine et les pays baltes sont administrés par des Reichskommissariats ; en plus de ces deux ensembles, certaines parties occidentales sont annexées, soit directement par le Reich, comme le District de Bialystock, intégré dans le Gau de Prusse-Orientale, soit indirectement, par le biais du Gouvernement général de Pologne, à l'image de la Galicie Orientale ; la Roumanie annexe pour son compte la Transnistrie et la Bessarabie, tandis que la Finlande récupère la Carélie[89].
La mission des administrations allemandes consiste à organiser le pillage, l'exploitation des territoires sans aucune compassion pour la population civile, le génocide des Juifs et l'extermination progressive de la population slave. Le discours d'intronisation d'Erich Koch au commissariat d'Ukraine est très clair sur la politique allemande : « Notre mission est de pomper d'Ukraine tous les biens que nous pouvons amasser… J'attends de vous la plus grande sévérité envers la population locale. »

Shoah dans les territoires occupés[modifier | modifier le code]

Exécutions de juifs menées par l'Einsatzgruppen à proximité de Kovno, 1941-1942.

Les atrocités envers les populations juives commencèrent immédiatement au lendemain du début de l'invasion, à Garsden, par le massacre des Juifs de la ville, avant même le déploiement des Einsatzgruppen dont la mission était de rassembler les Juifs et de les fusiller. L'antisémitisme des populations locales fut largement exploité et celles-ci menèrent de nombreux pogroms. En juillet 1941, Erich von dem Bach-Zelewski organise l'exécution de près de 100 000 personnes dont 35 000 Juifs à Babi Yar. À la fin de l'année 1941, 50 000 soldats étaient déployés dans des missions d'élimination des Juifs. L'industrialisation grandissante des massacres mena à l'adoption de la Solution Finale et à la création de camps d'extermination. Durant les trois années de la guerre, environ 1,5 million de Juifs soviétiques furent tués.

Occupation criminelle[modifier | modifier le code]

Famille regardant sa maison détruite, 1er septembre 1943.

Le massacre des Juifs et des autres minorités ethniques comme les Roms ne représente qu'une part des morts liées à l'occupation allemande. Des centaines de milliers de civils soviétiques furent exécutés et des millions d'autres moururent de la sous-alimentation liée aux réquisitions allemandes. Au cours de leur retraite en 1943-1944, les Allemands menèrent une impitoyable politique de terre brûlée, détruisant toutes les villes, villages et infrastructures laissant les habitants mourir de faim et de froid[90].

La violence de l'administration allemande envers les populations locales et les prisonniers de guerre encouragea la guerre de guérilla menée par les partisans à l'arrière du front. La lutte contre ces milices menaçant la logistique et la sécurité des troupes à l'arrière fut un combat acharné et ingrat impliquant souvent une dure répression contre les villageois soupçonnés de les soutenir. Vadim Erlikam a détaillé les pertes soviétiques qui s'élèvent à plus de 26,5 millions. Les pertes militaires de 10,6 millions incluent les 7,6 millions de tués ou disparus, les 2,6 millions de prisonniers de guerre et les 400 000 partisans morts. Les pertes civiles atteignent un total de 15,9 millions. Ce chiffre inclut 1,5 million de morts liées aux combats, 7,1 millions liées à la politique brutale et aux représailles allemandes, 1,8 million déportés en Allemagne pour le travail forcé et 5,5 millions de morts liées à la faim ou aux maladies. La Biélorussie perd par exemple un quart de ses habitants. Le total de 26,5 millions n'inclut pas les famines de 1946-1947 et les victimes des répressions soviétiques.

La dureté de la politique allemande à l'encontre des populations des territoires occupés suscite de nombreuses réserves de la part de certains responsables allemands. Celles-ci sont formulées pour la première fois par Rosenberg, le 16 juillet 1941, de longue date partisan d'une alliance entre le Reich et les populations non russes de l'URSS[91]. Ces réserves sont également présentes, à partir du moment où l'échec du Blitzkrieg est patent, en août 1941, chez des officiers généraux, comme von Bock, Franz Halder, ou von Reichenau[92], mais il semble que ce soit des considérations opportunistes qui commandent ces attitudes moins radicales envers les Slaves de Russie[93].

Sort des prisonniers de guerre[modifier | modifier le code]

Fosse commune de prisonniers de guerre soviétiques massacrés par les Allemands, camp de concentration de Dęblin, Pologne, date inconnue.

60 % des 5,7 millions de prisonniers de guerre soviétiques moururent au cours de la guerre, victimes de privations, de sévices ou exécutés lors des reconquêtes éphémères de villes prussiennes dans les derniers mois de la guerres[94]. Par comparaison, moins de 5 % des prisonniers de guerre occidentaux ne survécurent pas à la guerre. La justification officielle faite par l'Allemagne était que l'URSS n'avait pas signé la Convention de Genève de 1929 relative au traitement des prisonniers de guerre. Les prisonniers soviétiques furent parmi les premiers sur lesquels fut « testé » le zyklon B qui sera par la suite utilisé lors de la Shoah. De même, les unités allemandes avaient reçu l'ordre d'exécuter immédiatement un certain nombre de prisonniers : les commissaires politiques, ceux qui étaient désignés comme membres ou cadres du Parti, les fonctionnaires, les intellectuels, afin de décapiter la société soviétique, comme avait été décapitée la société polonaise[95].

De plus, certains prisonniers soviétiques furent employés par l'industrie de guerre allemande : dans le chaos de l'année 1945, ces prisonniers se trouvent souvent sous-alimentés, et volent donc des aliments pour survivre : parfois pris sur le fait, ils sont pour certains d'entre eux massacrés par la population en furie, malgré les consignes du ministère de l'Armement[96]. De plus, la sous-alimentation de ces prisonniers poussait au développement de formes de marché noir, à l'essor des bandes dont ils composaient une bonne partie des effectifs ; ces bandes n'hésitaient pas à s'attaquer à des formations de la Gestapo, et les membres arrêtés ont été fusillés jusqu'au tout derniers soubresauts du conflit[97].

De son côté, l'URSS se méfiait de ces prisonniers qui s'étaient rendus au lieu de combattre jusqu'à la mort. Environ 40 % des prisonniers de guerre libérés furent condamnés à des peines allant du bataillon pénal au goulag pour collaboration avec l'ennemi. La répression fut encore plus cruelle avec les soldats ayant rejoint le camp de l'Allemagne même si, comme les Hiwis, ils n'avaient pas eu toujours le choix.

Violence de guerre soviétique[modifier | modifier le code]

Victimes des massacres des prisonniers par le NKVD à Lvov, juin 1941

La violence de l'Union soviétique, bien qu'inférieure à celle de l'Allemagne nazie, est tout de même conséquente. Immédiatement après l'attaque allemande, le NKVD élimina plusieurs dizaines de milliers de prisonniers politiques en Ukraine et en Biélorussie. De même, l'Armée rouge mena en 1941 une politique de terre brûlée pour stopper l'avancée allemande sans faire grand cas de la souffrance de la population.

Lors du repli de la Wehrmacht, l'Armée rouge se livre à de violentes représailles contre les populations ethniquement allemandes d'Europe de l'Est. Ainsi, lors de l'exode des populations allemandes de l'Est, 2 millions de civils sont massacrés par une soldatesque en furie, recrutée en priorité en Ukraine et en Biélorussie[98] : colonnes de réfugiés mitraillées, femmes violées et assassinées, familles brûlées vives dans leur maison après une tentative de résistance[99].

À partir de l'automne 1944, et l'entrée sur le territoire allemand proprement dit, les troupes soviétiques se déchaînent contre les civils allemands : ainsi à Goldap, petite ville de Vieille-Prusse, la population est massacrée de manière barbare par les soldats de l'Armée rouge[100]. Dans une atmosphère de haine contre les Allemands, les violences sont encouragées par les commissaires politiques, sous le coup du décret des Commissaires, dans le cadre d'une revanche sur la dureté de la guerre depuis 1941, d'une revanche sur la volonté allemande d'extermination des Slaves[101]. La dureté de la guerre au début de 1945 incite les soldats soviétiques à se comporter sauvagement : viols et meurtres de masse sont la norme en ce qui concerne l'attitude des soldats soviétiques, encadrés par leurs officiers, qui organisent les violences[102]. À l'automne 1944, les exactions soviétiques dans des villes reconquises après l'échec de leur première offensive ont donné un avant-goût du sort des populations allemandes de ces contrées : après le déclenchement de l'offensive Vistule-Oder, encouragée par certains de leurs officiers et les intellectuels soviétiques, la soldatesque soviétique se déchaîne sauvagement contre les populations civiles[103] : les proclamations et ordres du jour appellent les soldats soviétiques à « se venger sans pitié sur les meurtriers d'enfants et les bourreaux fascistes »[104]. Lors des premières incursions sur le territoire du Reich à l'automne 1944, le pillage de Nemmersdorf, fournit un avant-goût du sort réservé aux populations allemandes : le village a été pillé, 26 personnes, en majorité des enfants et des vieillards, ont été fusillées, 2 femmes ont été violées, selon le rapport de la police secrète de campagne ; mais ce précédent est abondamment exploité par la propagande allemande, qui insiste sur le caractère bestial de la violence soviétique[105].

Les pillages, nombreux eux aussi, sont le fait de l'ensemble des troupes, soldats et officiers, et prennent une grande ampleur (comme l'atteste le nombre de colis envoyés depuis le front vers l'URSS) et concernent l'ensemble des biens en Allemagne : productions alimentaires, bracelets de montres, livres, horloges, radios, bicyclettes[106], etc. ; et les exactions proprement dites : fermes et villages brûlés, viols de réfugiées, abattues la plupart du temps[107]. Les provinces orientales furent donc le théâtre de multiples pillages et massacres de masse de civils allemands, ressentis par de nombreux officiers et soldats soviétiques comme une vengeance légitime pour ce que les civils soviétiques ont subi pendant l'occupation allemande[108]. Ces exactions furent habilement exploitées par la propagande allemande qui annonça les pires violences en cas de défaite. Cette peur provoqua la fuite de 8 millions d'Allemands vers l'ouest.

De plus, lors des évacuations par la mer de réfugiés de Prusse Orientale, les paquebots de croisière Wilhelm Gustloff et Goya, et le navire hôpital General Von Steuben sont torpillés par des sous-marins soviétiques en position dans la mer Baltique[109].

Aspect économique et industriel du conflit[modifier | modifier le code]

La Seconde Guerre mondiale fut une guerre entre nations industrialisées. Ainsi, deux puissances industrielles se trouvent engagées l'une contre l'autre dans une guerre d'usure, dans laquelle la production joue un rôle important.

Deux puissances industrielles aux prises dans une guerre d'usure[modifier | modifier le code]

L'intensité du conflit est directement liée à la mobilisation industrielle des deux nations. L'attaque allemande est fondée sur l'impact de ses troupes blindées (les meilleures percées de 1941 – celles du groupe d'armées centre – étant celles où l'Allemagne dispose de deux et non d'un seul groupe blindé). La géographie de l'Union Soviétique, en particulier les gigantesques steppes, donnent un rôle prépondérant à l'arme blindée combinée au soutien aérien, du moins tant que les batailles se jouent hors des centres urbains (Sébastopol, Leningrad, Stalingrad). Progressivement, l'artillerie gagne également en importance, et devient un atout majeur des Soviétiques à partir de 1944 environ. Bien que progressant jusqu'en 1944, la production allemande ne peut rivaliser avec les moyens industriels soviétiques, augmentés des importations du Royaume-Uni et des États-Unis[27].

L'Allemagne et l'Union soviétique étaient déjà avant-guerre deux puissances industrielles. Puissance industrielle de second rang au début du XXe siècle, la Russie sortit exténuée de la Première Guerre mondiale et de la guerre civile qui ravagea le pays au début des années 1920. Une industrialisation massive sous l'impulsion de Staline l'équipa en industrie lourde jusqu'à en faire un des premières puissances industrielles du monde.

Dès le début du conflit, l'Union soviétique évacua ses industries vers l'est de son territoire, derrière l'Oural. Des millions d'ouvriers sont évacués en même temps et doivent travailler dans des conditions épouvantables. Malgré l'occupation par l'ennemi, en 1941, de territoires produisant 60 % de son acier et de son charbon, 50 % de ses céréales et 40 % de son électricité d'avant-guerre, la production ne diminue pas, ce qui montre à la fois la résilience de l'industrie soviétique, habituée à fonctionner dans des conditions extrêmes depuis plus de 30 ans, et la haute standardisation des armements produits.

Un char T-34 soviétique en 1942. Sa conception révolutionnaire en fit un atout indispensable pour l'Armée rouge

L'Allemagne était l'un des pionniers de la Révolution industrielle. Les installations industrielles sont réparties sur tout le pays, avec de fortes concentrations en Ruhr et en Silésie. Le complexe militaro-industriel allemand a vu l'émergence de puissants groupes industriels (par exemple, Krupp, IG Farben, Messerschmitt) soutenu par un tissu d'entreprises de taille moyenne ou petite. L'Allemagne consacra une part croissante de ses ressources au réarmement (environ 52 % de ses dépenses publiques de 1933 à 1938[110]), jusqu'à souffrir de pénuries en biens de consommation ou en essence dans l'immédiat avant-guerre. Le pays ne disposait pas de suffisamment de matières premières pour alimenter son industrie militaire en pleine croissance et malgré l'acquisition des gisements miniers et des ressources agricoles des pays conquis, elle manquait de pétrole, de céréales, de caoutchouc et de différents minerais comme le manganèse ou le nickel. Plusieurs clauses du Pacte germano-soviétique visaient à compenser ces déficits.

Les deux pays se battirent en guerre totale, avec tous les efforts tournés vers la production d'armement. Malgré les pertes territoriales, la production industrielle soviétique dépasse celle de l'Allemagne dès 1942. L'URSS réussit à sauver son outil industriel et à le garder hors de portée de toute attaque aérienne, et, par le choix d'armes simples et standardisées, a mis en place une production en série efficace. Enfin, elle bénéficie de matériel en provenance des États-Unis et du Royaume-Uni, qui lui permettent de faire l'impasse sur la production de certains matériels précis (typiquement, les camions ou les rations alimentaires).

Les industries allemandes font des choix opposés aux soviétiques. Plutôt qu'une production massive, est souvent privilégié le développement d'armements sophistiqués mais à la fois plus chers et plus longs à construire et plus fragiles à utiliser. Ceci touche aussi bien les armes lourdes (blindés, avions) que les simples composants (par exemple, il existe en 1941 plus de 300 types de verre prismatique pour les viseurs, télescopes, jumelles ou périscope[111]). De plus, l'organisation de l'armement souffre d'une absence de coordination entre armée de terre, aviation et marine - chacun se battant pour les mêmes ressources - et entre les institutions de l’État nazi en concurrence permanente. Enfin, à partir de 1943, les industries d'armement sont de plus en plus visées par les bombardements alliés. Sous l'impulsion de Fritz Todt puis d'Albert Speer, qui rationalise l'effort industriel, la production allemande augmente en 1944.

Pour tenter de ralentir la marée des chars soviétiques, les Allemands équipèrent des Stukas avec des canons de 37 mm.

Réalité de la production[modifier | modifier le code]

La guerre sur le front de l'Est, entre l'Allemagne et ses alliés, d'une part, et l'URSS, comme l'ensemble du second conflit mondial, est une guerre totale entre pays industrialisés, donc mettant en jeu l'ensemble de la production des pays engagés. Rapidement, les rapports de forces, en ce qui concernent la production de matériel de guerre, penchent en faveur de l'Union Soviétique, renforcée par les fournitures américaines[27]. Ainsi, les moyens engagés montrent l'aspect industriel du conflit : le Reich emploie 3 600 000 hommes, 3648 chars et 2510 avions face aux 2 900 000 soldats et 15 000 chars cantonnés en Russie occidentale[112]. Rapidement, l'URSS se mobilise et ses capacités de production dépassent à elle seule les capacités de l'Allemagne, malgré l'occupation par le Reich de certains de ses centres industriels : durant les six premiers mois de l'année 1941, 1 503 chars lourds du type KV sont produits, les six mois suivants, les usines soviétiques produisent 4 740 nouveaux chars[112]. En 1944, le Reich met en ligne 27 335 chars légers ou lourds, qui doivent être mis en balance avec les 30 000 chars soviétiques produits pendant la même période[27]. En dépit d'une infériorité numérique qui ne cesse de s'accentuer, la Wehrmacht conserve l'initiative jusqu'à la bataille de Koursk en 1943, grâce à de meilleures tactiques, un meilleur entraînement et l'appui de l'aviation ; elle dispose ainsi de la capacité de lancer de grandes offensives sur de larges portions du front.

Problèmes de main-d’œuvre[modifier | modifier le code]

Pour remplacer les ouvriers partis combattre, l'Allemagne fit appel à de la main-d'œuvre étrangère de façon plus ou moins forcée. Dès avant la guerre, la part des femmes dans la main-d'œuvre était beaucoup plus importante en Allemagne que dans d'autres pays industrialisés : plus de la moitié des femmes travaillaient (contre un quart au Royaume-Uni), ce qui laissait peu de marge de manœuvre[113]. En URSS, la proportion de femmes employés, aussi bien les 800 000 présentes dans les unités combattantes de l'Armée rouge ou dans un rôle productif, fut plus importante. Si les ouvriers venant des pays d'Europe de l'Ouest était globalement bien traités, ce n'était pas le cas à l'est d'où venait les deux-tiers des 12 millions de travailleurs qui participèrent à l'effort de guerre allemand[114]. Maltraités, isolés de la population, ces travailleurs trouvent en Allemagne des conditions de vie humiliantes, qui les pousse à s'enfuir ; malgré les tentatives de la Gestapo pour maintenir ces populations à leur poste, le phénomène prend de plus en plus d'ampleur à partir de 1942[115]. Une forte demande de cette main d’œuvre féminine, à laquelle répond le décret de Sauckel du 10 novembre 1942, se fait jour dans le Reich : dociles, obéissantes, elles garantissent non seulement un prestige social à leur employeur, si elles sont employées comme domestique, mais elles assurent également un certain nombre de taches salissantes si elles sont employées dans l'industrie; massivement présentes dans le Reich, ces femmes ont également des relations avec des Allemands, et comme elles sont déclarées germanisables par Hitler, leurs enfants sont placés dans des pouponnières et affamés, non pour des motifs raciaux, mais essentiellement en raison de la place qu'ils occupent dans les priorités des services de rationnement[116].

L'armée allemande combinait forces et faiblesses, en faisant, au début de la guerre, une sorte « d'arme à un coup ». À côté de quelques unités modernes dans l'utilisation combinée des blindés et de l'aviation, elle était composée d'infanterie traditionnelle circulant à pied et reposant plus sur la traction hippomobile que sur la motorisation. Elle vainquit des adversaires polonais, norvégiens mais surtout français, ce qui renforça sa confiance en soi. De son côté, l'Armée rouge disposait de beaucoup plus de chars et d'avions que les Allemands, certains obsolètes (la moitié des appareils sont des biplans complètement dépassés), d'autres modernes (les blindés T-34, que n'ont pas d'équivalent allemand avant 1943). Plus que de matériel, les Soviétiques manquaient de compétences dans leur utilisation, suite aux Grandes Purges et au manque d'officiers et de sous-officiers expérimentés. Rapidement, les populations ouvrières engagées dans l'effort de guerre allemand jouent un rôle non négligeable, aussi bien sur place, dans les commissariats d'Ostland et d'Ukraine, mais aussi dans le Reich proprement dit. De plus, les acteurs de l'économie de guerre allemande pillent, par divers biais, ces régions.

Pillage des régions occupées[modifier | modifier le code]

Le pillage s'organise dans un premier temps au moyen de la création d'un institut d'émission monétaire, compétent pour l'ensemble des territoires occupés en URSS ; ce projet, initié à l'automne 1941 avec l'aide du gouverneur de la Reichsbank, échoue rapidement. Mais, une banque centrale d'émission, compétente pour le Commissariat du Reich d'Ukraine voit le jour, émet une monnaie, le Karbowanez, utilisée par les hommes d'affaires allemands, puis par la population, obligée d'utiliser cette monnaie, le rouble n'ayant pas cours légal ; les millions de roubles ainsi collectés sont utilisés par les Allemands, armée ou hommes d'affaires, pour payer leurs achats dans les zones occupées dans lesquelles les monnaies créées en 1941-1942 n'ont pas cours[117].

Pertes[modifier | modifier le code]

Graphique représentant les pertes militaires en Europe selon le front de combat, à droite les pertes sur le Front de l'Est.
Soldats soviétiques tués dans la poche de Kholm, janvier 1942.

Dès les premiers jours du conflit, les pertes en hommes et en matériel sont énormes. Du côté allemand, hommes et matériel connaissent une usure rapide ; ainsi, une division blindée allemande comptant 212 chars et 17 000 hommes a perdu, à la fin juillet 1941, 200 chars et 6000 hommes, puis rééquipée en aout, se retrouve dans la situation de juillet deux mois plus tard[118]. Les nombreuses pertes de l'année 1941 ont une conséquence sur la suite du conflit. Certes, les pertes sont comblées, le matériel remplacé et de nouvelles divisions créées, mais cela ne doit pas faire illusion, la valeur des soldats et la qualité des matériels, subissant des pertes énormes, sont en constante baisse sur le front de l'Est, jusqu'à la fin de la guerre[119].
L’importance des pertes allemandes dès les premiers jours du conflit a de nombreuses conséquences sur la qualité des troupes allemandes et de leur encadrement. En effet, dès les premières défaites, à l'hiver 1941, le cadre régimentaire explose et se créent des unités interarmes, mal équipées, mal commandées par des officiers inexpérimentés, recrutés après leur passage dans les jeunesses hitlériennes, ou issus de la réserve[120].

Les combats impliquèrent des millions de soldats de l'Axe, de ses alliés et de l'Union soviétique sur le plus vaste champ de bataille de l'histoire militaire. Il s'agit de loin du plus sanglant théâtre d'opération de la guerre.

Pertes militaires de l'Axe sur le front de l'Est[121]
Forces de l'Axe
Total morts Tués/disparus Faits prisonniers Prisonniers morts en captivité
Allemagne 4 300 000 4 000 000 3 300 000 374 000
Citoyens soviétiques ayant rejoint l'Allemagne 215 000+ 215 000 1 000 000 Inconnu
Roumanie 281 000 81 000 500 000 200 000
Hongrie 300 000 100 000 500 000 200 000
Italie 82 000 32 000 70 000 50 000
Total 5 178 000+ 4 428 000 5 450 000 824 000
Pertes militaires alliées sur le front de l'Est[122]
Forces soviétiques
Total morts Tués/disparus Faits prisonniers Prisonniers morts en captivité
URSS 10 600 000 6 829 437[123] 5 200 000 3 300 000
Pologne 24 000 24 000 Inconnu Inconnu
Roumanie 17 000 17 000 80 000 Inconnu
Bulgarie 10 000 10 000 Inconnu Inconnu
Total 10 651 000 6 927 204 + partisans morts 5 280 000 3 300 000

Mais il ne faut pas oublier les victimes de maladies d'une armée non préparée à une campagne d'hiver, dans un premier temps, puis à une guerre longue dans un second temps; ainsi, en décembre 1941, l'armée qui a envahi l'URSS six mois plus tôt compte 90 000 malades et 90 000 soldats aux membres gelés. Parmi les 214 000 soldats de l'Axe morts jusqu'en janvier 1942, les deux tiers sont morts de maladies liées à la rapide détérioration des conditions de vie sur le front côté allemand[124]. L'importance des pertes du second semestre 1941 contribue en outre à casser la Wehrmacht, car les nouvelles recrues, formées à la hâte, ne sont plus en mesure de former des groupes humains aussi cohérents que ceux qui ont constitué l'ossature des divisions dans les campagnes précédentes[125]. En moyenne par mois, la Wehrmacht perd en 1943 100 000 soldats, 150 000 en 1944, et 350 000 entre janvier et avril 1945, soit 30 % des pertes allemandes sur ce front en quatre mois[126], ce qui souligne l'intensité des combats sur ce front dans les derniers mois de la guerre[127].

Ces chiffres ne correspondent qu'aux pertes militaires mais les pertes civiles varient de 14 à 17 millions en très grande majorité du côté soviétique. En effet, entre la percée du 16 janvier 1945 et la reddition de Berlin, le 2 mai, l'Armée rouge a perdu plus de 700 000 soldats[128], tués au combats ou exécutés par les Allemands, parfois de manière sauvage[98].

Historiographie[modifier | modifier le code]

Schützenpanzer équipé de lance-flamme (Sonderkraftfahrzeug 251), en train de détruire un village de Russie centrale en août 1944 au moment de la retraite sur le front de l'Est.

Malgré l'intensité et l'étendue du conflit sur le front de l'Est, son histoire reste encore largement méconnue en Europe occidentale. La guerre froide a sans doute joué un rôle important dans cet « oubli ». La diabolisation de l'URSS lors de cette période a en effet occulté son rôle décisif dans la destruction du Troisième Reich.

La fermeture des archives a également joué un grand rôle. Jusqu'en 1991, les documents soviétiques sur cette période étaient en grande partie inaccessibles pour éviter de dévoiler des documents pouvant discréditer le régime. Cela fait que le travail des historiens reposait presque exclusivement sur les documents allemands avec tous les problèmes provoqués par une lecture à sens unique de la guerre. L'ouverture des archives au moment de la chute du bloc de l'Est permit de comprendre le redressement spectaculaire de l'URSS et de l'Armée rouge en 1942, de montrer le courage et les capacités du soldat soviétique de base mais également la violence et la brutalité du régime stalinien.

De même, les mémoires de généraux allemands, en particulier de celles d'Erich von Manstein et de Heinz Guderian, avancèrent que les crimes de guerre et la Shoah avaient été commis par la SS et que la Wehrmacht avait mené une guerre honorable. Cette idée d'une Wehrmacht « propre » se répandit largement au début de la guerre froide où il était plus facile de considérer qu'Hitler était seul responsable des atrocités de la guerre et de la défaite que de se passer d'officiers expérimentés alors que les deux Allemagnes devaient recréer des unités militaires. Le rôle de la Wehrmacht dans les crimes de guerre ne fut pas sérieusement réexaminé avant les années 1980 et, en 2000, un comité d'historiens déclara que la Wehrmacht ne « s'était pas seulement empêtrée dans le génocide des juifs et dans les autres crimes de guerres mais qu’elle y avait participé, en jouant tantôt un rôle de premier plan, tantôt d’homme de main ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Membre de l'Axe, elle ne déclare cependant pas la guerre à l'URSS. Elle est par la suite envahie en septembre 1944 par l'Armée rouge et se retourne contre son ancien allié.
  2. Le terme apparaît pour la première fois dans la manchette du premier numéro de la Pravda à paraître après l'invasion, et Staline ne tarde pas à reprendre personnellement cette formule (voir Antony Beevor, Stalingrad, p. 49).
  3. (de) Die Ostfront 1941–1945
  4. * (de) Der Rußlandfeldzug
  5. Bellamy 2007, p. xix
  6. Norman Davies : « Comme 75 à 80 % des pertes allemandes le furent sur le Front de l'Est, il apparaît que les efforts militaires des alliés occidentaux n'ont compté que pour 20 à 25 %. ». Source : Sunday Times, 05/11/2006.
  7. Baechler, Guerre et exterminations à l'Est, p. 233
  8. Baechler, Guerre et exterminations à l'Est, p. 234
  9. Robert Gellately. Reviewed work(s): Vom Generalplan Ost zum Generalsiedlungsplan by Czeslaw Madajczyk. Der "Generalplan Ost." Hauptlinien der nationalsozialistischen Planungs- und Vernichtungspolitik by Mechtild Rössler ; Sabine Schleiermacher. Central European History, Vol. 29, No. 2 (1996), p. 270-274
  10. John Connelly. Nazis and Slavs: From Racial Theory to Racist Practice, Central European History, Vol. 32, No. 1 (1999), p. 1-33
  11. Christian Gerlach. The Wannsee Conference, the Fate of German Jews, and Hitler's Decision in Principle to Exterminate All European Jews. The Journal of Modern History, Vol. 70, no 4 (décembre 1998), p. 759-812
  12. a et b Johann Chapoutot, Le Nazisme et l'Antiquité, p. 434
  13. a et b Johann Chapoutot, Le Nazisme et l'Antiquité, p. 442
  14. a et b Johann Chapoutot, Le Nazisme et l'Antiquité, p. 435
  15. Johann Chapoutot, Le Nazisme et l'Antiquité, p. 436
  16. R.J.Evans, Le Troisième Reich, 1939-1945, p. 586-587, et 794-796
  17. R.J.Evans, Le Troisième Reich, 1939-1945, p. 587
  18. R.J.Evans, Le Troisième Reich, 1939-1945, p. 795-796
  19. R.J.Evans, Le troisième Reich, 1939-1945, p. 794.
  20. Peter Longerich, Himmler, p. 259
  21. Ph. Masson, Histoire de l'armée allemande, 1939-1945, pp. 298-299.
  22. Ph. Masson, Histoire de l'armée allemande, 1939-1945, p. 299.
  23. Edward E. Ericson, « III. Karl Schnurre and the Evolution of Nazi-Soviet Relations, 1936–1941 », German Studies Review, Vol. 21, No. 2 (mai 1998), pp. 263–283.
  24. Gorodetsky, Le Grand Jeu de dupes, pp. 102-103.
  25. Gorodetsky, Le Grand Jeu de dupes, p. 106.
  26. Lire Richard Sorge.
  27. a, b, c et d Omer Bartov, L'Armée d'Hitler, p. 35.
  28. Omer Bartov, l'Armée d'Hitler, pp. 35-37.
  29. a et b Masson, Hitler, chef de Guerre, p. 147.
  30. Masson, Hitler, chef de guerre, pp. 148-149.
  31. Omer Bartov, L'Armée d'Hitler, p. 37.
  32. Omer Bartov, L'Armée d'Hitler, p. 44.
  33. Omer Bartov, L'Armée d'Hitler, p. 34.
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  35. C. Baechler, Guerre et exterminations à l'Est, pp. 271-272.
  36. Shirer (1990), p. 852
  37. Alan F. Wilt. Hitler's Late Summer Pause in 1941. Military Affairs, Vol. 45, No. 4 (décembre 1981), p. 187–191
  38. Russel H. S. Stolfi, « Barbarossa Revisited: A Critical Reappraisal of the Opening Stages of the Russo-German. Campaign (june–december 1941) », The Journal of Modern History, Vol. 54, No. 1 (mars 1982), pp. 27–46.
  39. Overy 1997, p. 181–3
  40. Overy 2004, p. 500
  41. Pierre Ayçoberry, La Société allemande sous le IIIe Reich, p. 343.
  42. l'OKH émet début 1942 les directives de la guerre d'hiver (de)
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  44. Shirer (1990), p. 927-928
  45. Écrit Ramushevo ou Ramouchevo
  46. a et b Christian Baechler, Guerre et exterminations à l'Est, p. 232
  47. R.J.Evans, le Troisième Reich, 1939-1945, p. 821.
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  51. G. I. Krivosheev. Soviet Casualties and Combat Losses. Greenhill 1997 ISBN 1-85367-280-7
  52. P.Masson, Histoire de l'armée allemande, p. 407-408.
  53. P. Masson, Histoire de l'Armée allemande, p. 425-426.
  54. Ph. Masson, Histoire de l'armée allemande, p. 425.
  55. a et b R. J. Evans, Le Troisième Reich, 1939-1945, p. 763.
  56. a et b Ian Kershaw, La Fin, p. 228.
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  62. R.J.Evans, Le Troisième Reich, 1939-1945, p. 791.
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  67. a et b D.Blatmann, Les Marches de la mort, p. 88
  68. D.Blatmann, Les Marches de la mort, p. 91
  69. D.Blatmann, Les Marches de la mort, p. 90
  70. D.Blatmann, Les Marches de la mort, p. 101
  71. D.Blatmann, Les Marches de la mort, p. 108
  72. D.Blatmann, Les Marches de la mort, p. 103
  73. a et b Ian Kershaw, La Fin, p. 232.
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  82. a et b Ian Kershaw, La Fin, p. 326.
  83. Ian Kershaw, La Fin, p. 327.
  84. Hastings, Max, Armageddon: The Battle for Germany 1944–1945, Vintage Books USA
  85. R.J.Evans, le IIIe Reich, 1939-1945, p. 797.
  86. D'après G. I. Krivosheev. (Soviet Casualties and Combat Losses. Greenhill 1997 ISBN 1-85367-280-7), sur le Front de l'Est, les morts des pays alliés de l'Allemagne se montent à 668 163, ceux de l'Allemagne à 3 604 000 plus les 550 000 prisonniers morts dans les camps soviétiques soit un total de 4,8 millions soit plus de la moitié des pertes militaires de l'Axe au cours de la guerre (Europe et Pacifique). Du côté soviétique, les pertes militaires sont de 10,5 millions (incluant les prisonniers morts dans les camps allemands, d'après Vadim Erlikman. Poteri narodonaseleniia v XX veke : spravochnik. Moscou, 2004. ISBN 5-93165-107-1), et les pertes civiles s'élèvent à 15,7 millions. Soit un total de 15 millions de morts militaires et 15,7 millions de morts civiles. Les pertes civiles allemandes et des autres pays d'Europe orientale ne sont pas inclus dans ce total
  87. a et b Ph. Masson, Hitler, chef de guerre, p. 306.
  88. Ph. Masson, Hitler, chef de guerre, p. 305.
  89. C.Baechler, Guerres et exterminations à l'Est, p. 283
  90. Le 7 septembre 1943, Himmler ordonna au HSSPF "Ukraine" Hans-Adolf Prützmann qu'« aucun être humain, pas une tête de bétail, pas une livre de céréales et pas une ligne de chemin de fer ne devaient être laissée en arrière. Qu'aucune maison ne reste debout, qu'aucune mine ne soit réutilisable avant plusieurs années, qu'aucun puits ne soit pas empoisonné. L'ennemi doit vraiment trouver une terre complètement ravagée et détruite. » Nazi Conspiracy and Aggression, Supplement A p. 1270.
  91. C.Baechler, Guerre et extermination à l'Est, p. 284.
  92. C.Baechler, Guerre et extermination à l'Est, p. 285.
  93. C.Baechler, Guerre et extermination à l'Est, p. 286.
  94. P. Masson, Histoire de l'Armée allemande, 1939-1945, p. 458.
  95. P. Ayçoberry, La Société allemande sous le IIIe Reich, p. 359.
  96. R.J.Evans, Le IIIe Reich, 1939-1945, p. 818.
  97. R.J.Evans, Le IIIe Reich, 1939-1945, p. 818-820.
  98. a et b P.Masson, Histoire de l'Armée allemande, p. 458.
  99. P.Masson, Histoire de l'Armée allemande, p. 457-458.
  100. P. Masson, Hitler, chef de guerre, p. 253
  101. R.J.Evans, le Troisième Reich, 1939-1945, p. 821 et 823.
  102. R. J. Evans, le Troisième Reich, 1939-1945, p. 824.
  103. P. Masson, Histoire de l'Armée allemande, 1939-1945, p. 459.
  104. Ian Kershaw, La Fin, p. 157.
  105. Ian Kershaw, La Fin, p. 157-159.
  106. R.J.Evans, Le Troisième Reich, 1939-1945, p. 823.
  107. R.J. Evans, Le Troisième Reich, 1939-1945, p. 824.
  108. R.J.Evans, Le Troisième Reich, 1939-1945, p. 823-824.
  109. P. Masson, Histoire de l'Armée allemande, p. 456.
  110. Saviez-vous que…: 429 - éviter la faillite
  111. cité dans Le Troisième Reich, tome 3, 1939-1945, par Richard. Evans, p. 392
  112. a et b Omer Bartov, L'Armée d'Hitler, p. 33.
  113. Le Troisième Reich, tome 3, 1939-1945, par Richard. Evans, p. 427
  114. John C. Beyer, Stephen A. Schneider, « Forced Labour under Third Reich - Part 1 » [PDF], Nathan Associates Inc. et John C. Beyer, Stephen A. Schneider, « Forced Labour under Third Reich - Part 2 » [PDF], Nathan Associates Inc.
  115. R.J.Evans, Le 3e Reich, III, 1939-1945, p. 426-427.
  116. R.J.Evans, Le 3e Reich, III, 1939-1945, p. 431-432.
  117. G. Aly, Comment Hitler a acheté les Allemands, p. 164-166.
  118. Pierre Ayçoberry, la Société allemande sous le IIIe Reich, p. 343.
  119. Pierre Ayçoberry, la Société allemande sous le IIIe Reich, p. 342.
  120. Pierre Ayçoberry, La Société allemande sous le IIIe Reich, p. 346.
  121. Rűdiger Overmans, Deutsche militärische Verluste im Zweiten Weltkrieg. Oldenbourg 2000. ISBN 3-486-56531-1, Richard Overy The Dictators: Hitler's Germany and Stalin's Russia (2004), ISBN 0-7139-9309-X
  122. Vadim Erlikman, Poteri narodonaseleniia v XX veke: spravochnik. Moscou, 2004. ISBN 5-93165-107-1; Mark Axworthy, Third Axis Fourth Ally. Arms and Armour 1995, p. 216. ISBN 1-85409-267-7
  123. http://www.soldat.ru/doc/casualties/book/chapter5_05.html
  124. Omer Bartov, L'Armée d'Hitler, p. 45-47.
  125. Omer Bartov, l'Armée d'Hitler, p. 55-59.
  126. R. J. Evans, Le IIIe Reich, 1939-1945, p. 793.
  127. Philippe Masson, Histoire de l'Armée allemande, p. 455.
  128. P.Masson, Histoire de l'Armée allemande, p. 467.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]