Opérations en profondeur

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La théorie militaire des opérations en profondeur (russe : Теория глубокой операции, teoria glubokoï operatsii) a été conçue dans les années 1930 par les théoriciens militaires soviétiques, notamment Mikhaïl Toukhatchevski, Triandafillov, Isserson, Ammosov, Varfolomeev ou Kalinowski.

Elle apparait pour la première fois en 1933, et entre en 1936 dans le livre d'instructions de l'Armée rouge. Elle est appliquée avec plus ou moins de succès lors de la seconde guerre mondiale, surtout à partir de 1944. Auparavant, les offensives stratégiques prennent souvent la forme d'offensives multiples, sans centre de gravité marqué et à forte proportion attritionnelle où l'ennemi est plus souvent repoussé frontalement que désorganisé en profondeur. C'est notamment le cas lors de la contre-offensive d'hiver de 1941 ou de la bataille du Dniepr en 1943.

Aspect théorique[modifier | modifier le code]

D'un point de vue théorique, l'ennemi est vu comme un système, qui tire sa force de son organisation, et non comme une cible matérielle. Par ailleurs, les théoriciens militaires soviétiques considèrent qu'il n'est pas possible de détruire l'intégralité du dispositif militaire adverse. L'objectif des opérations en profondeur est donc de détruire la cohésion du système ennemi au niveau opératif, à l'articulation du stratégique et du tactique, et de créer ainsi un choc opérationnel : l’oudar.

Ce choc peut être atteint en combinant plusieurs aspects :

  • Géographique, en frappant l'ennemi dans sa profondeur opérationnelle (environ 100 km) de façon à détruire les lignes de communication et de ravitaillement et à disjoindre le commandement des troupes, notamment par l’obkhod, la manœuvre sur les arrières ennemis ;
  • Chronologique, en engageant simultanément le front et les arrières de façon à détruire les interactions entre les différents échelons, et en trouvant le bon moment pour maximiser l'effet des forces de pénétration : ni trop tôt, pour ne pas les user dans la phase de percée, ni trop tard, pour bénéficier le plus longtemps possible de l'effet de surprise ;
  • Cognitif, en masquant ses intentions par de multiples opérations, réalisées à la suite l'une de l'autre ou simultanément, et par la maskirovka, une stratégie de désinformation. Cela permet de maximiser l'effet de surprise et de jouer sur les "centres de gravité", de façon à créer des faiblesses dans le dispositif adverse, afin de les exploiter, et d'empêcher, aussi longtemps que possible, la concentration et l'action coordonnées du front et des réserves adverses.

Mise en pratique[modifier | modifier le code]

Différente de la Blitzkrieg de l'armée allemande, les opérations en profondeur préconisent la rupture du front ennemi par l'infanterie et la concentration massive d'artillerie, et réservent les forces mobiles pour l'exploitation. Elles ne visent pas l'encerclement et l'anéantissement des forces ennemies mais leur désorganisation par la destruction en profondeur du dispositif, notamment des centres de commandements et des moyens logistiques, de façon à rendre difficile, voire impossible, la défense du reste du front.

Il est à noter que la doctrine des opérations en profondeur est théorisée avant la Blitzkrieg et qu'elle s'applique au niveau « opérationnel » ou « opératif », un échelon conceptuel particulier situé entre les échelons tactique et stratégique, à l'époque propre à la pensée militaire soviétique et qui a été adopté depuis par d'autres forces armées.

L'opération Bagration, l'offensive Vistule-Oder ou la campagne de Manchourie constituent des exemples d'application particulièrement réussis parmi les opérations menées par l'Armée rouge à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • en français
    • Jean Lopez, Berlin, les offensives géantes de l'armée rouge, Vistule Oder Elbe (12 janvier - 9 mai 1945), ed économica, 2010 (ISBN 978-2-7178-5783-2).
    • Yves Boyer, Images et réalités de la menace militaire soviétique, Revue "Politique Étrangère", 1985, vol. 50, pages 669-683.
    • Nicolas Pontic, L'armée rouge des ouvriers et paysans genèse, doctrine et armement, Revue "2GM Thématique", n°13, 2010, pages 15-18.
    • P.H. Vigor, La théorie soviétique du "blitzkrieg", 1985, Anthropos, (ISBN 2-7157-1113-1).
  • en anglais
    • David M. Glantz, Soviet military operational art: in pursuit of Deep operations|deep battle, London, Frank Cass, 1991 (ISBN 0-7146-4077-8).
    • Richard Simpkin, Deep battle: The Brainchild of Marshal Tukhachevskii, London, Brassey’s Defence, 1987, (ISBN 0-08-031193-8).
    • Shimon Naveh, In Pursuit of Military Excellence; The Evolution of Operational Theory, London, Frank Cass, 1997. (ISBN 0-7146-4727-6).
    • Habeck, Mary. Storm of Steel: The Development of Armor Doctrine in Germany and the Soviet Union, 1919–1939. Cornell University Press, 2003. ISBN 0-8014-4074-2
    • Harrison, Richard W. The Russian Way of War: Operational Art 1904–1940. Lawrence, Kan.: University Press of Kansas, 2001. (ISBN 0-7006-1074-X).
    • Krause, Michael and Phillips, Cody.Historical Perspectives of Operational Art. Cente of Military History, United States Army. 2006. (ISBN 978-0-16-072564-7).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]