Prusse-Orientale

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54° 44′ N 20° 29′ E / 54.733, 20.483 ()

Prusse-Orientale
Ostpreußen (de)

17731824
18781945

Drapeau
Informations générales
Statut province du royaume puis de l'État libre de Prusse
Capitale Königsberg
Langue allemand, mazurien (polonais)

Entités suivantes :

La Prusse-Orientale (en allemand : Ostpreußen) est une province allemande, aujourd'hui disparue, qui fit partie du royaume de Prusse de 1773 à 1824 et de 1878 à 1918, puis de l'État libre de Prusse de 1919 à 1945. Située au bord de la mer Baltique, entre la Vistule et le Niémen, sa capitale était la ville de Königsberg. Elle correspondait approximativement au territoire de l'ancien État monastique des chevaliers Teutoniques, transformé en duché en 1525. Après la Première Guerre mondiale, son territoire fut réduit par la création du territoire de Memel. Définitivement séparé de l'Allemagne après la Seconde Guerre mondiale, l'ancien territoire de la Prusse-Orientale est aujourd'hui divisé entre la Pologne (voïvodie de Varmie-Mazurie) et la Russie (enclave de l'oblast de Kaliningrad).

Histoire[modifier | modifier le code]

La Prusse-Orientale au XIIIe siècle.
Prusse-Orientale (en rouge) au sein du royaume de Prusse (en bleu) dans l'Empire allemand en 1871.

Bien qu'à l'origine peuplée de diverses ethnies de langue balte, dont celle des Vieux-Prussiens (ou Borusses), ou de langues scandinaves et gothiques, la région qui correspond à la Prusse-Orientale bascula exclusivement dans l'espace linguistique allemand entre les XIIIe et XVIIIe siècles.

Elle fut de population presque exclusivement allemande du XIIIe siècle à 1945. Ses anciens territoires font partie aujourd'hui de la Pologne et de la Russie, avec un changement de population survenu entre 1945 et 1947. Il ne restait que 193 000 personnes en mai 1945 sur les 2 400 000 habitants originaires de la province en 1944, et elles furent presque toutes expulsées dans les deux années suivantes. Seuls 90 000 Prussiens étaient encore dans la partie polonaise dans les années 1960[1] et la plupart migrèrent dans les années 1970, ou à la chute du régime communiste.

La Prusse-Orientale était organisée avant mars 1945 administrativement en trois districts :

Des origines au XIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Les premiers habitants de la région étaient des tribus de chasseurs nomades qui se sédentarisent à l'âge de la pierre. On trouve ainsi des traces de leur présence datant de 2000 av. J.-C., essentiellement au bord des lacs, de la lagune de la Vistule et de la lagune de Courlande. Des restes sont notamment trouvés dans un village de l'âge de la pierre nommé Succase, près d'Elbing. Puis un cimetière de l'âge du bronze est découvert à Georgenswalde en Sambie. Il existait un commerce d'ambre avec les populations du Sud et de l'Ouest. L'influence de tribus étrangères est donc certaine dès l'âge du bronze (vers 1200 av. J.-C.). Des tribus germaniques s'installent des deux côtés de la Vistule, à partir du VIIIe siècle av. J.-C., à l'Est jusqu'à Passarge et en Sambie (Samland, en allemand), côtoyant des tribus baltes. Il y a à l'époque de La Tène (300 av. J.-C.) des tribus burgondes, vandales, et, à l'ère chrétienne, des Goths. Elles étaient en relation avec l'Empire romain pour le commerce de l'ambre. Tacite fait la description de cette route de l'ambre.

Une culture mixte se développe au VIe et au VIIe siècle au sud-est de la Prusse, influencée par ses tribus germaniques[2]. Lors des invasions des Vikings du IXe au XIe siècle, des tribus scandinaves s'installent au bord de la mer et une partie d'entre elles se spécialisent ensuite dans le commerce en Sambie et dans la région actuelle de Klaipėda (ex-Memel), tandis que les autres font de la piraterie en mer. Ces Scandinaves se mélangent aux populations locales. Deux cents sépultures vikings avec des armes ont été trouvées en Varmie, près de Cranz (aujourd'hui Zelenogradsk). Leur village de Truso, près d'Elbing, est un marché important. Les premières mentions du terme de « Prusse » datent du IXe siècle. Ces tribus se battent soit contre les Scandinaves, soit contre les Slaves, qui ont chassé les autres tribus de la Vistule, où ils se sont installés. Ces Borusses balto-germains, de peuple pacifique deviennent donc un peuple guerrier et construisent des endroits fortifiés. Ces tribus composées de petits princes, de paysans libres ou non libres adorant quatre dieux païens, sous la forte influence de leurs grands prêtres, les Waidelott, et hostiles au christianisme, vivant d'agriculture, d'élevage (en particulier de chevaux) et du commerce de l'ambre, ne se sont cependant jamais unies entre elles[3]

Saint Adalbert.

C'est à partir de l'an mille que les Slaves de Pologne commencent à vouloir étendre leur influence à l'est et notamment par un premier essai de christianisation avec saint Adalbert qui se solde par un échec lorsque celui-ci est tué[note 1]. La mission de Bruno de Querfurt, mandaté en 1009 par l'empereur Othon III, est également un échec lorsqu’il est tué à Kolno.

Les cisterciens rencontrent alors un certain succès en développant parallèlement des méthodes d'agriculture. C'est par exemple le cas, en 1207, de la mission des cisterciens originaires de l'abbaye de Lekno en Grande-Pologne envoyés par l'évêque polonais Christian, mais les populations finissent par se rebeller, de crainte de perdre leur autonomie, et le duc Conrad de Mazovie fera appel, après le reflux des chevaliers chrétiens de Terre sainte à partir de 1225, à l'ordre Teutonique pour poursuivre la christianisation. Ces terres sont donc l'enjeu d'une course à la colonisation avec les Allemands, surtout venus de Saxe et des Marches de l'Est, mais aussi les Mazoviens, les Danois qui commencent à coloniser les côtes et à se battre contre les Polonais, et les villes libres de Brême et de Lübeck qui y voient un intérêt économique.

Du XIIIe siècle à 1525, les chevaliers Teutoniques[modifier | modifier le code]

Au début du XIIIe siècle, le duc Conrad de Mazovie fait appel à l'ordre Teutonique dirigé par Hermann von Salza, pour combattre les Vieux-Prussiens, ou Borusses, restés païens qui font des razzias en Mazovie. Guillaume de Modène est nommé par le pape en 1224 légat pontifical en Sambie et en Prusse, et l'empereur Frédéric II donne, par la bulle d'or de Rimini, son assentiment en 1226 à l'expédition des chevaliers qui avaient pourtant été auparavant échaudés par celle de Transylvanie. Le duc de Mazovie est prêt à offrir le pays de Culm (ou Culmerland), situé dans la basse vallée de la Vistule, en dédommagement aux chevaliers. Cependant Hermann von Salza hésite, car il est pris par des engagements en Terre sainte[4]. L'empereur garantit donc les droits des chevaliers Teutoniques, ce que confirme le traité de Kruschwitz signé le 16 juin 1230 par Conrad de Mazovie, qui souhaite lever les doutes de Hermann von Salza[5] et donne en plus la forteresse de Nessau. L'évêque Christian de Prusse donne, quant à lui, le tiers de la Prusse.

Les chevaliers arrivent donc munis de toutes ces garanties en 1230 en Prusse et Hermann von Salza y envoie comme maître provincial Hermann Balk[note 2]. Ils fondent la future ville de Thorn qui va servir de modèle à toutes les autres fondations de l'ordre en Prusse[6] en 1231 et reconstruisent le fortin de Nessau. C'est ainsi que commence à voir le jour le système défensif de maillage des fortifications teutoniques. Balk franchit la Vistule avec un millier d'hommes[7] au printemps 1231. La nouvelle ville de Culm est fondée en 1232 avec un plan en échiquier caractéristique. Son château deviendra la résidence des maîtres de Prusse, jusqu'en 1309. La ville donne jour au droit de Culm, charte qui donne des privilèges commerciaux aux villes fondées par les chevaliers, ainsi qu'à d'autres plus tard. Tout de suite après Culm, les chevaliers fondent Marienwerder, qui sera la résidence des évêques de Pomérélie de 1254 à 1526[8]. Les colons allemands affluent, attirés par la perspective d'être des paysans libres. Le pape Grégoire IX prononce la bulle de Rieti en 1234.

Les Teutoniques rassemblent sous leur bannière des chevaliers allemands et surtout des croisés venus de toutes les principautés polonaises[9]. Les Polonais sont, au début, les alliés des chevaliers Teutoniques. Une fois leur puissance acquise, ils n'auront de cesse par la suite de s'opposer aux chevaliers[note 3].

En attendant, les chevaliers édifient les forteresses de Kulmsee et de Rehden, conquièrent la Pogésanie[note 4] — où ils bâtissent le château d'Elbing en 1237 —, et dominent toute la Pomésanie. Les chefs des tribus borusses se convertissent les uns après les autres, entraînant la soumission de leurs sujets et la construction d'un château fort par les chevaliers, autour duquel se dessine un village ou un bourg. Il en est ainsi des châteaux de Kreuzburg en Natangie, de Heilsberg et de Braunsberg en Varmie, de Bartenstein, Rössel et Weissenburg en Bartonie, et de même pour le château de Balga, construit en 1239 au bord de la lagune de la Vistule (Frisches Nehrung).

En 1245, les territoires conquis par les chevaliers sont divisés en quatre diocèses sous la dépendance juridictionnelle et spirituelle de l'archevêque de Riga. Dantzig devient possession des chevaliers en 1309, ce qui est confirmé en 1343 par la Pologne. La capitale de l'ordre est depuis 1309 Marienbourg, imposante forteresse construite en l'honneur de la Vierge Marie, patronne des chevaliers[note 5].

L'apogée du pouvoir teutonique se situe au XIVe siècle, jusqu'à la bataille de Tannenberg de 1410, à partir de laquelle, l'ordre décline, jusqu'à se convertir au luthéranisme et à se séculariser en 1525. La Prusse-Orientale connaît, quant à elle, une période d'expansion économique à laquelle la guerre de Trente Ans met un terme.

Peuplement[modifier | modifier le code]

Le caractère diffus de l'immigration rurale rend difficile à connaître l'origine des colons ou des habitants des nouvelles villes qu'ils fondent. Les chevaliers allemands qui ont reçu des territoires en fiefs, ou les locatores entrepreneurs de colonisation, ont, évidemment, entraîné avec eux des émigrants de leur région d'origine. Beaucoup sont ainsi venus de Basse-Saxe, d'Allemagne moyenne, de la Misnie. Toute la bande de territoire déjà colonisée de Lübeck à la Silésie a également fourni un important contingent. Puis, après cette première vague, vers 1320, l'on a assisté à un déplacement de la jeune génération à l'intérieur de la Prusse vers l'Est. On peut estimer que cette marche de la colonisation a été une sorte de renouvellement progressif qui a duré une centaine d'années. D'une façon générale, les colons n'ont porté leur action que dans les zones forestières et dans les terres basses, mais peu ou pas dans les territoires déjà mis en culture par les Borusses. L'élan de la colonisation allemande en Prusse-Orientale a pris fin au XVe siècle avec le déclin de la puissance de l'Ordre[10].

De 1525 à 1618[modifier | modifier le code]

Héritière du duché de Prusse et donc des possessions des chevaliers teutoniques sécularisées après la conversion de l'Ordre à la Réforme protestante en 1525, cette région était luthérienne-évangélique, à part quelques enclaves catholiques en Varmie au sud, et les communautés juives, surtout dans des petites villes et à Königsberg [note 6]. Königsberg est l'ancienne capitale de l'Ordre teutonique depuis 1457, et la capitale du nouveau duché.

Germanophone donc et luthérienne, la région connaît une période de prospérité après 1525 grâce à Albert II de Brandebourg qui la met sous vassalité polonaise[note 7] et prend ses distances avec l'empereur romain germanique qui ne reconnaît pas la sécularisation de l'Ordre teutonique, dont les terres sont devenues le duché de Prusse. Le grand-maître suivant, Walther von Cronberg, décide de ne plus demeurer à Königsberg, mais à Mergentheim. Il est nommé administrateur de l'Ordre en 1527 par l'empereur. La diète d'Empire à Augsbourg donne finalement le droit en 1530 au grand-maître[note 8] d'user du pouvoir régalien dans ses terres et d'acquérir en fief les terres de Prusse. Vienne reconnaît donc à partir de 1526 le titre d'administrateur de Prusse (nommé aussi grand-maître allemand de l'Ordre teutonique, Hoch- und Deutschmeister des Deutschen Ordens) qui est au même rang protocolaire que celui de prince-électeur. En 1544, le duc Albert de Prusse fonde l'université Albertina de Königsberg qui éduquera jusqu'en 1945 les élites allemandes (et même, jusqu’à la révolution russe, celles appelées germano-baltes par l'historiographie moderne, sujettes de l'Empire russe) de Prusse et de la Baltique. C'est aussi un centre de rayonnement protestant qui forme des prédicateurs luthériens dans tout l'espace nordique. En 1568, Albert-Frédéric de Prusse succède à son père, mais le roi de Pologne nomme Georges-Frédéric de Brandebourg-Ansbach administrateur de Prusse à partir de 1577, à cause de la maladie mentale d'Albert-Frédéric. En 1605, Joachim III Frédéric de Brandebourg lui succède, puis Jean-Sigismond en 1608.

De 1618 à 1772, l'union personnelle[modifier | modifier le code]

La région est appelée aussi Prusse brandebourgeoise à partir de 1618, après l'union dynastique du Brandebourg[note 9]. De peur que le duché ne penche vers la Suède, la Pologne signe en 1657 le traité de Wehlau qui reconnaît la pleine souveraineté de Frédéric-Guillaume Ier de Brandebourg sur le duché de Prusse. La suzeraineté de la couronne polonaise qui n'est plus que formelle, est confirmée en 1660 par le traité d'Oliva. C'est à Königsberg que l'électeur de Brandebourg, Frédéric III de Hohenzollern, se couronne lui-même en 1701 et devient Frédéric Ier de Prusse. Vassal théorique de l'empereur romain germanique pour ses autres possessions, et bien que les terres de Prusse orientale n'appartiennent pas au Saint-Empire, Frédéric montre ainsi qu'il n'a pas besoin de se rendre à Vienne et qu'il se fait lui-même roi en Prusse [note 10]. Le traité de Wehlau est devenu caduc, les Hohenzollern n'ayant plus besoin de l'accord formel du roi de Pologne pour confirmer leur souveraineté sur leurs terres prussiennes de l'est à chaque accession au trône. Les anciennes terres du duché de Prusse (qui deviendront grosso modo la province de Prusse-Orientale) sont alors appelées la Vieille-Prusse (Altpreußen) pour les distinguer de la Marche de Brandebourg, cœur de la nouvelle Prusse.

De 1772 à 1919[modifier | modifier le code]

Répartition des groupes linguistiques en 1880 : rose pour l'allemand, vert clair pour le polonais et le mazure, jaune pour le lituanien.

Le premier partage de la Pologne de 1772 confirme finalement un état de fait pour le jeune royaume de Prusse. Les terres de la Vieille-Prusse sont désormais directement administrées par le royaume et ainsi, les Hohenzollern, qui étaient souverains de deux entités séparées par la vassalité formelle de l'une, réunissent leurs terres sous la même couronne. La Prusse royale, la Varmie (Ermland), la Vieille Prusse, etc. deviennent possession de Frédéric le Grand qui forme une nouvelle province, la province de Prusse-Orientale, à partir du 31 janvier 1773 en fusionnant la Varmie et la Vieille Prusse. Les autres territoires prussiens forment la Prusse-Occidentale[note 11]. Sa capitale demeure Königsberg, la capitale teutonique, et le restera jusqu'en 1945.

Entre 1824 et 1878, la province de Prusse-Orientale fusionna administrativement avec la province de Prusse-Occidentale pour former la province de Prusse, avant que celle-ci ne soit de nouveau scindée en deux.

Pendant la Première Guerre mondiale, ses frontières exposent ses terres à l'Empire russe et elle constitue le front de l'est, ce qui provoque des ravages. C'est dans ses limites qu'a lieu la bataille de Tannenberg, où se distingua le futur maréchal von Hindenburg, originaire de Prusse-Orientale, où il est extrêmement populaire.

De 1919 à 1945[modifier | modifier le code]

À l'issue de la Première Guerre mondiale, la province de Prusse-Orientale reconstituée fut séparée du reste de l'Allemagne en 1919 lors de la création du « couloir de Dantzig » qui ouvrait un accès vers la mer Baltique à la Pologne. Elle dut également subir la création de la ville libre de Dantzig, détachée de la Prusse, qui fut placée sous le contrôle de la Société des Nations et sous administration partielle polonaise (douanes, postes, etc.)

La Prusse-Orientale de 1923 à 1939

Elle perdit également le « territoire de Memel » au nord, également placé sous le contrôle de la SDN, avant d'être annexé en 1923 par la Lituanie, après une intervention militaire.

Le plébiscite de 1920 en Mazurie, dit « Abstimmung Ostpreußen », donna une majorité écrasante en faveur du maintien au sein de l'État allemand. La province, isolée, appauvrie, se laissa partiellement séduire par le national-socialisme dans les années 1930. Mais les partis les plus puissants sont avant 1929 le Deutschnational Volkspartei et ensuite le SPD (entre 24 % et 26 % de 1922 à 1929).

La Prusse-Orientale avec ses 37 000 km2 est la troisième province de Prusse, après le Brandebourg et Hanovre, mais c'est aussi un territoire au nombre d'habitants au kilomètre carré parmi les plus faibles d'Allemagne. Elle compte 2,26 millions d'habitants en 1925[11] et elle est surtout rurale. Ainsi dans toute l'Allemagne 61 % des habitants vivent en 1925 dans des grandes villes, et 36 % dans des communes de moins de deux mille habitants. La proportion est inverse pour la Prusse-Orientale : 61 % vivent dans des communes de moins de deux mille habitants et un tiers (environ 280 000 habitants) d'habitants vit à Königsberg. Après Königsberg, il y a des villes moyennes comme Elbing avec 68 000 habitants et Tilsit avec 51 000 habitants. Allenstein, Gumbinnen et Marienwerder, comme sièges de districts, ne comptent que quelques dizaines de milliers d'habitants. Insterburg compte 39 000 habitants.

Le gauleiter nazi Erich Koch (qui n'était pas d'origine est-prussienne) la gouverna d'une main de fer (tout en gouvernant l'Ukraine de 1941 à 1944). Après la défaite de la Pologne en 1939, elle fut agrandie de terres purement polonaises : Ciechanow (Zichenau) et Suwałki (Suwalken), s'étendant ainsi jusqu'aux portes de Varsovie.

Jusqu'en 1945, la population de la province fut allemande, mais il y avait aussi une minorité d'origine lituanienne, les Lietuvininsks (ou Lituaniens de Prusse), ainsi qu'une minorité mazurienne protestante parlant un dialecte polonais. Ces deux petites minorités étaient fortement attachées à la Prusse et à l'Allemagne. La population de la province représentait 2 490 000 habitants, dont 90 % de souche allemande, le reste étant de souche polonaise, mazure ou lituanienne de Prusse, ou bien encore juifs dont une grande partie était de langue yiddish (Ils étaient neuf mille en 1933, et plus que trois mille en 1939, ayant fui la province). Les Allemands, Mazures ou Lituaniens de Prusse étaient luthériens, tandis que les Polonais de Varmie, avec quelques minorités allemandes, étaient catholiques.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, la province ne fut pas affectée par les combats. Elle ne le fut qu'à partir de premiers bombardements anglo-américains à l'été et à l'automne 1944, puis elle est dévastée à partir de l'hiver 1944-1945 par l'avancée du front de l'est et par l'arrivée de l'Armée rouge qui chasse les nazis pendant la campagne de Prusse-Orientale, du 13 janvier au 25 avril 1945.

La Prusse-Orientale est la province allemande qui a connu proportionnellement le plus de victimes tant civiles que militaires. Sur ses 2,5 millions d'habitants, 300 000 civils meurent sous les bombes, en fuyant (morts de froid ou de faim), ou dans des camps de prisonniers et 200 000 soldats originaires de la province meurent sur différents champs de batailles[12].

Évacuation de la Prusse-Orientale[modifier | modifier le code]

Arrivée de réfugiés de Prusse-Orientale à Dantzig en février 1945
Article détaillé : Bataille de Königsberg.

La capitale médiévale de Königsberg qui n'avait jamais souffert de graves dommages en sept cents ans d'existence est complètement détruite par des bombardements britanniques qui commencent le soir du 26 août 1944 pour se poursuivre le lendemain. Une autre série de raids aériens a lieu le soir du 29 août 1944 jusqu'au lendemain. Winston Churchill, qui pensait à tort que la ville était une forteresse militaire modernisée par les Allemands, en ordonna la destruction totale[13]. Le gauleiter Erich Koch ayant censuré l'information destinée aux populations civiles sur la situation réelle de la guerre, les premiers réfugiés qui fuirent sur les routes se retrouvèrent pris en étau entre la Wehrmacht qui les repoussait à l'ouest et l'avancée de l'Armée rouge qui approchait de la frontière à l'est. La propagande de la victoire finale (Endsieg) ne fait qu'accroître le désarroi, ainsi que l'annonce du massacre de Nemmersdorf (en) du 22 octobre 1944 par les soldats soviétiques sur des civils prussiens, et les viols systématiques. Des dizaines de milliers de réfugiés perdent la vie lorsque la marine soviétique coule des navires comme le Wilhelm Gustloff, le Goya ou le Steuben.

Königsberg, qui n'est qu'un tas de ruines depuis les bombardements, finit par se rendre le 9 avril 1945, après quatre jours de combats. 42 000 soldats allemands y sont tués, ainsi que 60 000 soldats soviétiques. Le nombre des civils tués est estimé à 300 000 dans les environs. L'exode de la Prusse-Orientale est alors le plus important de l'histoire humaine[14]. Ce sont surtout des femmes, des vieillards et des enfants qui furent jetés sur les routes. La population de la province qui était de 2 400 000 en 1944, ne se retrouve qu'à 193 000 en mai 1945, après un hiver particulièrement rude[15].

Après 1945[modifier | modifier le code]

Évacuation de Prussiens de l'est vers Berlin en février 1945
Fuite de paysans prussiens de l'est par la mer Baltique gelée en janvier 1945

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la province fut conquise par l’Armée rouge à partir de janvier 1945. Certains des habitants qui n'avaient pas réussi à s'enfuir furent massacrés et tous furent maltraités, avant d’être expulsés par les autorités polonaises en 1945-46, selon les décrets Bierut, et soviétiques en 1947. La province fut divisée, conformément aux accords des conférences de Yalta et de Potsdam, entre l'URSS et la Pologne. C'est surtout le souhait de Staline, qui voulait agrandir la Pologne vers l'ouest et faire disparaître la Prusse, qui fut ainsi respecté :

L'Allemagne renonça officiellement à ses revendications sur ce territoire en 1990, lors de la réunification[16].

Postérité[modifier | modifier le code]

En 2005, la Russie a fêté le 750e anniversaire de la fondation de Königsberg.

En 2008, la communauté (est-)prussienne continue à donner corps à la Landsmannschaft Ostpreußen ((de) [1]) et à des petites associations allemandes en Prusse-Orientale qui restaurent par exemple certains monuments[note 12].


Tous les noms allemands de lieux, que ce soit de villes, villages, rues, mais aussi de bâtiments historiques, rivières, collines, forêts, lieux-dits, ponts, anciens domaines, etc., ont été changés et traduits en polonais ou en russe, comme s'il fallait effacer près de huit siècles d'histoire. Beaucoup de bâtiments historiques ont été détruits. La question prussienne a longtemps été taboue et provoque encore un malaise en Pologne, surtout dans les territoires de l'ancienne Prusse-Orientale qui ont été presque exclusivement peuplés de nouveaux Polonais et d'Ukrainiens des anciennes provinces orientales après 1945, en remplacement des Prussiens expulsés. La question a été ravivée dans les années 1990, à la chute des régimes communistes, les autorités polonaises craignant à tort de verser des compensations financières aux familles des civils prussiens expropriés et expulsés[réf. nécessaire].

Répartition administrative[modifier | modifier le code]

Districts de Prusse-Orientale[modifier | modifier le code]

Carte de la Prusse-Orientale

Ces districts étaient dénommés de 1723 à 1808 départements de Lithuanie prussienne et de Prusse-Orientale, dépendant de la chambre des Domaines et de la chambre de Guerre (équivalents à des ministères régionaux).

Villes-districts[modifier | modifier le code]

Arrondissements[modifier | modifier le code]

Politique[modifier | modifier le code]

Liste des hauts-présidents[modifier | modifier le code]

La province de Prusse-Orientale était dirigée administrativement par un Oberpräsident (littéralement haut-président) dont les pouvoirs sont étendus à partir de 1919, et encore plus après 1933.

Au début les terres sont dirigées par le président de la chambre des domaines et de la chambre de guerre (correspondant à des ministères régionaux) de Gumbinnen et de Königsberg. Il s'agit à partir de 1765 de Johann Friedrich von Domhardt. Il est de facto le premier Oberpräsident de Prusse-Orientale. Le baron Friedrich Ludwig von Schrötter lui succède en 1791, et qui est nommé ministre de la Prusse-Orientale et de la Nouvelle-Prusse-Orientale en 1795. De 1814 à 1824 le poste d'Oberpräsident est attribué à Hans Jakob von Auerswald. C'est sous son successeur, Heinrich Theodor von Schön (1824-1842), que la province fusionne avec la Prusse-Occidentale pour former la province de Prusse. Lui succèdent :

Résultats des élections à l'assemblée provinciale[modifier | modifier le code]

Liste des présidents de l'assemblée provinciale[modifier | modifier le code]

Les présidents (Landeshauptmann) de l'assemblée provinciale est-prussienne (Landtag) sont les suivants:

  • 1876-1878, Heinrich Rickert
  • 1878-1884, Kurt von Saucken
  • 1884-1888, Alfred Julius von Gramatzki
  • 1888-1896, Klemens von Stockhausen
  • 1896-1909, von Brandt
  • 1909-1916, Friedrich von Berg
  • 1916-1928, comte Manfred von Brünneck-Bellschwitz
  • 1919-1920, Ernst Siehr, vice-président
  • 1928-1936, Paul Blunk
  • 1936-1939, Helmuth von Wedelstädt

Notes et références[modifier | modifier le code]

Frontières de l'Allemagne entre 1919 et 1945
Notes
  1. Adalbert est depuis le saint patron de la Prusse.
  2. Originaire comme lui de Thuringe.
  3. Jusqu'à l'expulsion des populations allemandes et à la disparition de toute trace allemande sept siècles plus tard.
  4. Elbing et la Pogésanie appartenaient à un diocèse dénommé Pomésanie, voir Elbląg.
  5. La capitale de l'ordre est transférée à Königsberg à partir de 1457.
  6. Beaucoup de familles juives adoptent d'ailleurs le nom de la ville comme nom de famille – ainsi Allenstein, Braunsberg ou Königsberg, nom de famille de Woody Allen – lorsque les juifs sont émancipés et doivent prendre des noms de famille à consonance allemande au début du XIXe siècle.
  7. Sigismond Ier de Pologne en est le premier suzerain.
  8. Et non personnellement à Albert de Brandebourg.
  9. Albert-Frédéric meurt sans héritier en 1618 et le duché passe donc à la branche Hohenzollern des Brandebourg.
  10. Il est roi en Prusse, et non pas encore roi de Prusse.
  11. Ainsi des terres autour de Marienbourg, la Pomésanie, les terres de Culm, la Pomérélie, etc.
  12. Comme la cathédrale de l'ancienne Königsberg à Kaliningrad en partenariat avec les autorités russes.
Références
  1. (de) Karl Hauke, Bilder aus Ostpreussen, 3 Glocken, Weinheim, 1960, 4e édition, p. 3.
  2. (de) Karl Hauke, op. cit., p. 5.
  3. (de) Karl Hauke, op. cit., p. 6.
  4. Henry Bogdan, Les Chevaliers Teutoniques, éd. Perrin, Paris, 2002, 2e édition, p. 99.
  5. Totium ex integro chelmens territorium cum omnibus suis appendiciis ab eo loco.
  6. Dont le nom est dérivé de la forteresse de Toron en Terre sainte, voir (de) Wolfgang Sonthofen, Der Deutsche Orden: 800 Jahre Geschichte, éd. Rombach, Fribourg-en-Brisgau, 1990.
  7. Henry Bogdan, op. cit., p. 101.
  8. Henry Bogdan, op. cit., p. 102.
  9. Henry Bogdan, op. cit., p. 103.
  10. Charles Higounet, Les Allemands en Europe centrale et orientale au Moyen Âge, 1989.
  11. Pölking, op. cit., p. 471.
  12. Pölking, op. cit., p. 797.
  13. (en) Winston Churchill, The Second World War, t. XIII, Londres, 1948-1953.
  14. (en) Antony Beevor, Berlin. The Downfall 1945, Penguin Books, Londres, 2002, chap. I à VIII.
  15. (en) Antony Beevor, op. cit..
  16. Tout le monde veut prendre sa place (épreuve finale), 21 novembre 2012.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages en français
Ouvrages en allemand
  • (de) Karl Hauke, Bilder aus Ostpreussen, 3 Glocken, Weinheim, 1960, 4e édition
  • (de) Egbert Kieser, Danziger Bucht 1945, éd. Bechte, Munich, Esslingen, 1978 (relation historique).
  • (de) Hermann Pölking, Ostpreussen. Biographie einer Provinz, éd. be.bra.verlag, Berlin, 2011.
  • Else G. Stahl, Die Mücke im Bernstein, éd. Ehrenwirth, Munich, 1977.

Articles connexes[modifier | modifier le code]