Offensive de Poméranie orientale

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Offensive de Poméranie orientale
Véhicules soviétiques dans les rues de Dantzig, mars 1945.
Véhicules soviétiques dans les rues de Dantzig, mars 1945.
Informations générales
Date 10 février - 4 avril 1945
Lieu Poméranie, Prusse-Orientale (Allemagne)
Issue Victoire soviétique
Belligérants
Drapeau de l'Allemagne nazie Reich allemand Drapeau de l'URSS Union soviétique
Drapeau de la Pologne Pologne
Commandants
Drapeau de l'Allemagne Walter Weiß
Drapeau de l'Allemagne Dietrich von Saucken
(2e armée allemande)
Drapeau de l'URSS Constantin Rokossovski
(2e front biélorusse)
Forces en présence
inconnues 996 100 hommes
Pertes
inconnues 55 000 tués[1]
179 000 blessés[1]
Batailles
Front de l’Est

Campagne de Pologne · Guerre d’Hiver · Opération Barbarossa · Guerre de Continuation · Bataille de Białystok–Minsk · Opération Silberfuchs · 1re bataille de Smolensk · Bataille de Kiev · Siège d'Odessa · Siège de Léningrad · Offensive de Siniavino · Campagne de Crimée · Bataille de Moscou · Seconde bataille de Kharkov · Bataille du Caucase (Opération Fall Blau) · Poche de Demiansk · Poche de Kholm · Bataille de Stalingrad · Opération Uranus · Opération Mars · Opération Saturne · Opération Iskra · Offensive Ostrogojsk-Rossoch · Offensive Voronej-Kastornoe · Bataille de Krasny Bor · Troisième bataille de Kharkov · Bataille de Koursk · 2e bataille de Smolensk · Bataille du Dniepr · Offensive Dniepr-Carpates · Offensive de Crimée · Opération Bagration · Offensive Lvov-Sandomierz · Insurrection de Varsovie · Soulèvement national slovaque · Guerre de Laponie · Bataille de Budapest · Offensive de Poméranie orientale · Siège de Breslau · Offensive de Prusse-Orientale · Offensive Vistule-Oder · Bataille de Königsberg · Offensive Vienne · Bataille de Seelow · Bataille de Bautzen · Bataille de Berlin · Insurrection de Prague · Offensive Prague · Bataille de Slivice · Capitulation allemande


Front d’Europe de l’Ouest


Campagnes d'Afrique, du Moyen-Orient et de Méditerranée


Bataille de l’Atlantique


Guerre du Pacifique


Guerre sino-japonaise


Théâtre américain

L’offensive de Poméranie orientale (en russe : Восточно-Померанская наступательная операция) désigne une offensive de l'Armée rouge qui eut lieu du 10 février au 4 avril 1945 contre la Wehrmacht en Poméranie et en Prusse-Occidentale sur le Front de l'Est lors de la Seconde Guerre mondiale.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Le théâtre des opérations lors de l'offensive (janvier-mai 1945).

Les opérations lancées à partir du 12 janvier 1945 sont une démonstration de la maîtrise de l'art opérationnel acquise par l'Armée rouge. Disposant d'une supériorité en troupes et en matériel considérable, accentuée par le redéploiement de certaines unités blindées de la Wehrmacht en Hongrie[2], quatre fronts soviétiques s'élancent des têtes de pont conquises sur la Vistule au sud de Varsovie et à l'est de Cracovie, percent les lignes défensives préparées par les Allemands pendant l'automne, exploitent la percée obtenue grâce aux armées blindées[3] et progressent en à peine 23 jours de 400 km jusqu'à l'Oder où des têtes de pont sont sécurisées autour de Kustrin. Varsovie, détruite et abandonnée par les Allemands, est libérée dès le 18 janvier, Lodz quelques jours plus tard. Le front allemand s'est complètement effondré.

Les Soviétiques interrompent leur avancée, leur logistique ne pouvant suivre un tel rythme, et dans le but de sécuriser leurs flancs étendus. Ils s'emparent du bassin industriel de Haute-Silésie fin janvier (libérant notamment Auschwitz) et terminent la conquête de la Prusse orientale en avril. Les populations allemandes, que le pouvoir nazi obligeait jusqu'ici à rester sur place, commencent à fuir en masse vers l'Ouest par crainte de représailles après le comportement de la Wehrmacht en URSS.

À l'issue de la rupture du front allemand, l'Oder est atteinte en février, mais rapidement, l'offensive marque le pas, pour des raisons logistiques, stratégiques et de discipline[4]. En février, une dernière offensive allemande est tentée, l'opération ''Sonnenwende'' (solstice), sur les flancs de l'avancée soviétique: cette action débute le 15 février en Poméranie, et doit aboutir à la consolidation des défenses allemandes dans la région, mais, dès le départ vouée à l'échec, elle est rapidement stoppée, puis, dès le 19 février, refoulée sur les positions de départ[5]. Cette tentative de retour offensif achève de convaincre les Soviétiques de la nécessité de nettoyer l'aile nord, créée par la poussée soviétique depuis Varsovie[6].

Préparation[modifier | modifier le code]

Préparation opérationnelle[modifier | modifier le code]

Dans un espace organisé par des axes de communication Ouest-Est, les planificateurs soviétiques prévoient une série d'offensives sur des axes Nord-Sud, aboutissant à tronçonner la Poméranie orientale en poches désarticulées les unes par rapport aux autres[6]. Cette opération est conçue en deux temps par une directive du haut commandement soviétique[7] : un premier temps par une offensive en direction de la région de Kolberg, puis une exploitation aboutissant d'une part à l'isolement de la Prusse orientale et à la prise de Stettin d'autre part[6]. Cette planification opérationnelle ne tient pas compte de la réalité de la résistance allemande, très forte et du réseau routier de mauvaise qualité[7].

La préparation soviétique n'échappe pas au renseignement militaire allemand, parfaitement conscient de la situation militaire dans le secteur[7].

Préparation de la défense[modifier | modifier le code]

En dépit des avertissement de Gehlen, le commandant des unités allemandes, Himmler, semble tétanisé, incapable de réagir, en dépit des avertissements et des propositions de ses officiers et de Guderian, chef de l'OKH : ils proposent en effet d'organiser la défense des bouches de l'Oder et la constitution d'un camp retranché autour de Dantzig et Gotenhafen, deux ports stratégiques pour la poche de Courlande et le front de Prusse[7].

Cependant, en dépit de cette impréparation, le climat et le territoire favorisent la défense[8].

Ordre de bataille[modifier | modifier le code]

Elle est principalement menée par le 2e front biélorusse sous le commandement de Constantin Rokossovski, l'opposant à la 2e armée allemande, commandée par Walter Weiss.

Déroulement et conséquences[modifier | modifier le code]

La ville de Kolberg en 1945 après les bombardements soviétiques.

Première tentative de percée[modifier | modifier le code]

Le 10 février, une première percée est tentée, mais, devant une défense qui s'accroche, une place accrue de l'eau dans ce paysage de marais, de lacs et de canaux de drainage et un temps couvert qui limite le rôle du soutien aérien[8], celle-ci échoue, et les unités allemandes sont repoussées d'une ligne défense à la suivante, lançant des contre-attaques de panzers lors de l'apparition des éléments blindés[8]. Ce premier échec est acté par les Soviétiques le 19, Rokossovski décidant l'arrêt de ses unités sur la ligne Okonek-Chojnice-Gniew[9].

Seconde percée[modifier | modifier le code]

Face à une résistance mordante, renforcée par des débris d'unités à partir du 20 février, les Soviétiques repensent leur attaque de la Poméranie: celle-ci doit être menée par 560 000 soldats aguerris, mais pour certains sans expérience du combat dans le Reich[9].

L'offensive débute le 24 février avec l'utilisation de la fraîche 19e armée soviétique de Dmitri Kozlov. La percée est rapidement obtenue, les unités allemandes éparses, pour certaines privées de moyens lourds, sont rapidement détruites ou désorganisées : la division Charlemagne est ainsi réduite au silence en trois heures[10].

le 28 février Neustettin est prise d'assaut, au terme d'une journée de combat[11].

Le 2 mars, les Soviétiques atteignent Koszalin, isolant la 2e armée allemande[7]. Le 4, les unités blindées de l'Armée rouge atteignent la Baltique et encerclent les forces allemandes en Poméranie qui se retranchent à Dantzig. Le siège de la ville est mené du 15 au 28 mars, date de sa chute. 39 000 soldats allemands sont tués et 10 000 autres capturés.

Véritable succès, cette offensive se solde par la conquête de Dantzig le 31 mars au milieu de la débandade de milliers de civils allemands[12]. Les Soviétiques perdirent 55 000 tués et environ 179 000 blessés dans les combats[1].

Durant l'offensive, la ville de Kolberg fut détruite à 80 % par l'Armée rouge et l'Armée polonaise de l'Est[13],[14].

Cette offensive, ordonnée par Staline, reste toutefois sujette à controverses parmi les généraux soviétiques et les historiens car elle conduit à retarder l'offensive sur Berlin de 2 mois (avril au lieu de février), alors que les conditions s'y prêtaient (la prise de la ville aurait pu être plus rapide et avec moins de pertes) tandis que certains arguent que laisser des formations allemandes sur les flancs représentait une menace, du fait qu'elles auraient pu mener une contre-offensive et ainsi prolonger la guerre. En revanche, elle permit aux Soviétiques d'occuper l'Autriche, un atout vital pour les négociations après-guerre avec les Alliés (voir offensive de Vienne).

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Glantz, When Titans Clashed: How the Red Army Stopped Hitler, p.300
  2. R.J.Evans, Le Troisième Reich, 1939-1945, p.791.
  3. P.Masson, Histoire de l'armée allemande, 1939-1945, p.448.
  4. P.Masson, Histoire de l'armée allemande, p.451.
  5. P.Masson, Histoire de l'armée allemande, p.453.
  6. a, b et c Jean Lopez, Berlin, p. 335
  7. a, b, c, d et e Jean Lopez, Berlin, p. 336
  8. a, b et c Jean Lopez, Berlin, p. 338
  9. a et b Jean Lopez, Berlin, p. 339
  10. Jean Lopez, Berlin, p. 341
  11. Jean Lopez, Berlin, p. 342
  12. Jean Lopez, Berlin, p. 352
  13. (pl) Kołobrzeg marzec 1945 - jak dziś wygląda pole bitwy..., consulté le 4 avril 2012
  14. (pl) BITWA O KOŁOBRZEG 1945, documentaire sur la prise de Kolberg

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Anthony Beevor, Berlin: The Downfall 1945. Penguin Books, 2002. (ISBN 0-670-88695-5)
  • (en) Christopher Duffy, Red Storm on the Reich: The Soviet March on Germany, 1945. Routledge, 1991. (ISBN 0-415-22829-8)
  • (en) Glantz, David M. & House, Jonathan, When Titans Clashed: How the Red Army Stopped Hitler, Lawrence, Kansas: University Press of Kansas, 1995. (ISBN 0700608990)
  • Ian Kershaw, La Fin : Allemagne, 1944-1945, Paris, Seuil,‎ 2012, 665 p. (ISBN 978-2-02-080301-4)
  • Jean Lopez, Berlin : Les offensives géantes de l'Armée Rouge. Vistule - Oder - Elbe (12 janvier-9 mai 1945), Paris, Economica,‎ 2010, 644 p. (ISBN 978-2-7178-5783-2)
  • (fr) Philippe Masson, Histoire de l'Armée allemande. 1939-1945, Perrin, 1994. (ISBN 2-262-01355-1)

Liens externes[modifier | modifier le code]