Generalplan Ost

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Le Generalplan Ost (terme allemand pour : « schéma directeur pour l'Est ») est un projet nazi d'organisation planifiée du Lebensraum conquis par l'Allemagne en Europe de l'Est. Élaboré sur près de trois années, entre la fin de l'année 1939 et la première moitié de l'année 1943, le Generalplan Ost a eu pour but de redessiner, après la victoire envisagée du Reich, la carte de l'Europe et de réorganiser la société européenne selon des critères raciaux.

Définition[modifier | modifier le code]

Le Generalplan Ost est un projet utopique[1] de planification territoriale de grande ampleur[2] pour la Neue Europa (terme allemand pour « Nouvelle Europe »), conçu sous la responsabilité du bureau IIIB du RSHA[3] et destiné à réaliser le programme racial du national-socialisme[4].

Konrad Meyer-Hetling se fixe, avec ce projet, comme objectif de modeler et de pérenniser l'existence en Europe d'un empire pangermanique, regroupant non seulement tous les Allemands, mais également toutes les populations germaniques, réalisant ainsi, selon Meyer, « l'idée national-socialiste »[5].

La première mouture a été proposée à Himmler par Konrad Meyer-Hetling le 15 juillet 1941, à peine un mois après le déclenchement de la guerre à l'Est[2].

Une élaboration par étapes entre septembre 1939 et août 1944[modifier | modifier le code]

Dès la conquête de la Pologne, des projets coloniaux et raciaux à court, moyen et long termes sont élaborés pour assurer un contrôle définitif des territoires polonais par le Reich[6]. Façonnés patiemment et coordonné par Konrad Meyer[7], les projets de colonisation nazie en Europe orientale proposent la mise en place d'une société d'économie avancée, la colonisation du continent nord américain constituant un modèle aux yeux de Meyer-Hetling et des planificateurs de la SS, davantage que le Drang nach Osten médiéval[8]. Chaque proposition de planification, toujours plus ambitieuse que la précédente, se fonde sur une recherche toujours plus systématique des individus « germanisables » ou « regermanisables »[4].

1939-1940 : Premiers projets[modifier | modifier le code]

Dès le 6 octobre 1939, Hitler affiche expressément sa volonté de « réorganiser les relations ethniques en Europe », et, au printemps 1940, Konrad Meyer-Hetling propose le premier plan de recomposition des territoires annexés au Reich depuis l'automne précédent, l'ancien corridor[9]. Peu de temps auparavant, en novembre 1939, un autre projet, nommé « premier Generalplan Ost » par les historiens, est élaboré par les instances en charge de l'immigration[10].

En mai 1940, le service de Konrad Meyer-Hetling au RuSHA, aiguillonné par la concurrence d'autres organisations et ministères du Troisième Reich[11], élabore un premier projet, limité à la moitié de la Pologne contrôlée par le Reich. Ce plan prévoit une germanisation rapide des territoires annexés au Reich, aboutissant à rendre majoritaires la population allemande dans les campagnes, notamment par la création de couloirs de peuplement allemand dans le Wartheland et en Prusse occidentale[12].

1941-1942 : les projets définitifs[modifier | modifier le code]

Le déclenchement de la guerre contre l'Union soviétique crée les conditions de l'extension des projets développés pour la seule Pologne occupée à l'ensemble des territoires à conquérir en Russie soviétique. Ainsi, dès le 24 juin 1941, Himmler, commissaire du Reich à la colonisation confie en personne à Konrad Meyer la conception d'une planification démographique et raciale étendue à l'ensemble de l'Europe[13]. Présenté à Himmler dès le mois de juillet, il est jugé rapidement trop peu ambitieux par Hitler, qui exige l'intégration de l'Ingrie, des Pays baltes, de l'Ukraine et de la Crimée[14].

Au cours de l'automne 1941, d'autres centres de pouvoirs du Reich, aiguillonnés par l'intérêt que manifeste alors Hitler pour la colonisation, proposent eux aussi leur propre planification des territoires conquis sur l'Union Soviétique : le ministère des territoires occupés à l'Est, dont le ministre, Alfred Rosenberg, prétend centraliser l'ensemble des projets coloniaux, le Front du Travail et le RSHA. La production de ces différents plans illustrent non seulement la concordance de vues sur les objectifs à long terme, mais des divergences sur les objectifs à court terme, comme l'attestent les critiques détaillées, formulées par le RuSHA, à l'encontre du plan du RSHA (nous ne le connaissons que par ces critiques)[15].

Le 27 janvier 1942, Himmler ordonne à Meyer, dans un contexte marqué par la proposition, par des organismes nazis concurrents, de lui fournir un projet comparable[16] : le 28 mai 1942, cette version est présentée à Himmler, qui la considère « très bien dans l'ensemble »[17] : aux évacuations de grande ampleur, jusqu'alors envisagées, est préférée l'extermination, essentiellement par la famine et les travaux forcés[18].

Le 12 juin 1942, le projet présenté en mai est officiellement accepté par Himmler, mais celui-ci insiste pour que la germanisation de l'Estonie, de la Lettonie et du Gouvernement Général de Pologne soit achevée dans les vingt années qui suivent[19].

1943-1944 : dernières mentions[modifier | modifier le code]

En décembre 1942, puis, dans le premier semestre de l'année 1943, dans les dernières versions du projet[20], Himmler, responsable de la colonisation, fait améliorer et étendre le projet proposé par Meyer-Hetling[18], souhaitant le voir intégrer dans un projet plus vaste, un Gesamt-Siedlungsplan (plan général de colonisation), comprenant non seulement les projets existants de colonisation et de germanisation en Pologne annexée, mais aussi des ébauches de planification de recomposition de Bohême-Moravie, l'Alsace-Lorraine et des territoires yougoslaves annexés au Reich en 1941 : cette planification porte les besoins démographiques nécessaires à la réalisation de ces projets à plus de treize millions de colons[19].

En octobre 1943, puis en août 1944, Himmler évoque à Posen, devant les Gauleiter en congrès, les projets de recomposition du continent européen. La frontière du Reich doit être repoussée de 500 kilomètres vers l'Est, l'Oural devant constituer la frontière entre le Reich grand germanique, habité par une population à la densité fluctuante : en octobre 1943, le peuple germanique compte 300 millions d'hommes, et en août 1944, le Reich refondé compte « cent vingt millions de Germains »; la Russie d'Europe, dans ce cadre, doit être massivement colonisée[21], et ses populations exterminées[22].

Les territoires concernés[modifier | modifier le code]

Territoire aux contours floues, l'Est de l'Europe constitue l'objet de toutes les convoitises de Hitler, Himmler et Goebbels[23]. Au fil des conquêtes allemandes en Europe de l'Est, le périmètre des régions concernées par le Generalplan Ost a été fluctuant, mais a globalement connu une forte dilatation, sous l'influence de Hitler et de Himmler[18].

Dans un premier temps, à la fin de l'année 1939 et au début de l'année 1940, les projets sont limités aux régions polonaises annexées par le Reich lors du partage de 1939, le Corridor de Dantzig et la Posnanie, réorganisés en deux Reichsgaue, le Wartheland et Dantzig-Prusse Occidentale[9].

Le projet commandé par Himmler le 24 juin 1941 intègre aux projets précédents le Gouvernement général les territoires soviétiques frontaliers, puis, à la demande de Hitler, le 16 juillet, le lendemain de la présentation de la commande du mois précédents, une extension des zones concernées en programmées, incluant les Pays baltes, l'Ingrie, l'Ukraine et la Crimée[14].

La version proposée en mai 1942 définit une aire d'application sans commune mesure avec les propositions antérieures : trois marches doivent être établies en Ingrie, en Lituanie et en Crimée, tandis que 36 points d'appuis seraient installés le long des voies de communications entre ces régions et le Reich[16].

Les grandes lignes du schéma directeur pour l'Est[modifier | modifier le code]

« Sécurisation de l'espace vital allemand à l'Est » ; ce panneau faisant partie de l'exposition de propagande national-socialiste Die grosse Heimkehr, en 1942, vise à convaincre l'opinion publique de la justesse des agissements du régime sur les territoires envahis, afin d'éviter la réprobation morale face à la dureté employée. Le Generalplan Ost a également comporté un volet propagandiste.

Le schéma directeur pour l'Est, représentant pour l'essentiel une vaste épuration ethnique planifiée, était séparé en deux parties : la version courte, qui décrivait les actions à mener pendant la guerre, et la version longue, qui déclinait les opérations à entreprendre une fois la victoire acquise. Les directives stipulaient des pourcentages de germanisation variant selon les nations conquises, l'expulsion des populations ostracisées vers les profondeurs de la Russie, et d'autres destins funestes, qui auraient eu comme effet direct d'assurer la domination germanique des territoires conquis, et une situation d'autarcie économique à l'Europe occupée.

Dans un contexte de fascination des cadres nazis pour l'Est de l'Europe, « notre Inde à venir », selon le mot de Goebbels[23], des projets de recomposition ethnique, raciale et territoriale sont élaborés par la SS[24], sous la responsabilité de Himmler, commissaire du Reich à la consolidation de la nation allemande[25].

Des expulsions et une extermination massives[modifier | modifier le code]

Afin de permettre non seulement la conquête, mais aussi le contrôle des territoires, tous les experts nazis s'accordent sur la nécessité d'expulser une part importante de la population vivant sur les territoires destinés à être colonisés par les Allemands.

Ainsi, dans le projet remis à Himmler le 15 juillet 1941, il est prévu d'expulser 85% de la population polonaise, puis 64% de la population ukrainienne et 75% de la population de Biélorussie[2]. Dans ce cadre, les experts nazis envisagent d'expulser ou d'exterminer entre 30 et 70 millions de personnes : en décembre 1942, Hans Ehlich, le chef du bureau III B du RSHA, responsable à ce titre de l'élaboration du Generalplan, prévoit l'expulsion ou l'extermination de 70 millions de personnes habitant sur les territoires concernés[3], préalable à la réalisation de l'« utopie raciale » nazie[Notes 1],[4] ; le sort des expulsés n'intéresse pas les acteurs de ce plan massif de déplacement de populations[6]. En mai 1942, les projets proposés à Himmler ne suggèrent plus une extermination pure et simple des populations non germaniques : Meyer-Hetling se montre partisan d'une « décimation » de la population urbaine, par le travail ou la famine[18].

Ces expulsions sont motivées par le refus de suivre le modèle de germanisation du Reich bismarckien, défini par Hitler comme « l'apprentissage forcé et artificiel de la langue allemande »[26]. Ces expulsions

De vastes transferts de population germanique[modifier | modifier le code]

Une fois les populations slaves évacuées ou réduites en esclavage, est planifiée l'installation de 10 millions de colons allemands, « transplantés »[23], sur une période d'une durée de 20 à 30 ans[8].

Devant l'importance des besoins démographiques pour la réalisation des projets de colonisation dans l'Est de l'Europe, les experts agraires de la SS préconisent la réalisation d'une réforme agraire dans le Reich, notamment dans le Pays de Bade et dans le Würtemberg, afin de dégager un excédent démographique qui serait envoyé coloniser les régions à germaniser[12]. Puis, pour faire face aux besoins humains pharaoniques nécessaires pour les projets de colonisation, les planificateurs SS incluent dans leurs projets démographiques les Volksdeutsche rapatriés dans le Reich puis les dépositaires de « Sang allemand capté » débusqués sur place[27].

L'excédent démographique serait dirigé en fonction du lieu d'origine des colons. En 1942, la SS affirme souhaiter utiliser les capacités des colons en fonction de leur origine géographique; Himmler définit trois types de paysages, qu'il entend peupler avec des groupes humains de différentes origines : les colons originaires de la plaine du Nord du Reich sont destinés à occuper les territoires du Wartheland et du bassin de la Vistule, les Allemands originaires de l'Allemagne médiane pourront s'installer dans des régions aux paysages comparables, tandis que les Allemands du Sud, supposés familiers des contraintes spécifiques des paysages de montagnes, devront occuper et mettre en valeur des paysages coloniaux comparables[28].

À ces colons allemands, rendus disponibles par une refonte de la propriété agricole dans le Reich, et ces Volksdeutsche s'ajoutent 1 million de ressortissants des pays germaniques et 200 000 Allemands d'outre-mer, selon une note de Meyer datant de la fin de l'année 1942[18]. Selon la version proposée en mai 1942, les planificateurs fixent les besoins démographiques pour réaliser ce projet à 4,85 millions de colons, devant être choisis selon les techniques de sélection de la SS[16], ainsi que les dépositaires de « sang germanique » repérés parmi les peuples de l'Est de l'Europe[29].

Ces familles déplacées pour coloniser les plaines polonaises et russes vivraient dans un premier temps selon un cadre juridique particulier : le sol est attribué au colon sous la forme d'une tenure temporaire, destinée à évoluer en fief héréditaire. En effet, pourvu par le Reich d'une terre à cultiver, le colon contracte une dette envers le Reich et le peuple, une Siedlungsschuld, une dette de colonisation, qu'il est tenu de rembourser en cultivant sa terre et en se dotant d'une famille nombreuse, quatre enfants au minimum[30].

Selon une perspective géostratégique, les espaces reconquis et repeuplés par des paysans-soldats allemands doivent aussi constituer une marche contre l'Asie, perçue comme menaçante[31]. Ces soldats-paysans sont destinés, selon Heydrich, à être à la fois des colons intégrés dans un front pionnier et un rempart, symbolisés par l'emploi du soc de la charrue et de l'épée, sur de nombreuses publications de la SS[32].

La constitution d'une nouvelle société[modifier | modifier le code]

Très rapidement, les projets de recomposition ethnique et raciale de l'Est du continent européen s'accompagnent de réflexions sur la société national-socialiste idéale, basée sur le déterminisme racial[33]. Ainsi, Konrad Meyer-Hetling se montre partisan de la mise en place d'une société comparable à celle de la Bavière ou du Hanovre : la société souhaitée par la SS est divisée en un tiers de paysans, un tiers d'artisans et d'ouvriers et un tiers de la population active travaillant dans les services[34].

La société nationale-socialiste, permise par l'application du Generalplan Ost, doit imposer une stricte ségrégation entre Allemands d'une part, Polonais, Russes et Juifs de l'autre. Ainsi, le projet présenté par Konrad Meyer-Hetling en mai 1940 propose la mise en place, le long de la frontière du Reich avec le Gouvernement général d'un front pionnier, composé de communautés agricoles, destinées à séparer les villes peuplées de Polonais du Gouvernement Général. Ce front pionnier, à la fois mur et pont, doit isoler et réduire par attrition les îlots de peuplement polonais laissés en arrière[35]. De même, en 1942, la société nationale socialiste idéale, telle qu'elle est présentée par les responsables de l'élaboration du Generalplan Ost, ne doit pas comporter de représentants des « ethnies indésirables », seules les peuples nordiques peuvent prétendre à rester sur place[36].

Une recomposition des paysages[modifier | modifier le code]

Fidèles aux conceptions de Hitler (qui affirme, dès 1933, que « seul le sol doit être germanisé »[37])toutes les versions du plan général pour l'Est proposent une recomposition des territoires et des terroirs. Ainsi, le projet proposé en 1939 (limité à la Pologne sous contrôle allemand) propose la mise en place d'une société idéale, hiérarchisée[12], harmonieuse et exempte de conflits[38]. Établis sur une tabula rasa[39], donc sans tenir compte des infrastructures déjà présentes, les différents projets doivent tous aboutir à la réalisation de la Volksgemeinschaft national-socialiste. Ainsi, des plans urbains de village-rue sont conçus, au sein duquel l'ensemble des fonctions sociales et partisanes sont représentés : la mairie, la maison du Parti, celle des organisations satellites ; autour de ces édifices publics, les commerces, les échoppes des artisans et les maisons particulières doivent s'agencer de façon harmonieuse[40].

À ce paysage urbain idyllique s'ajoutent de vastes projets agraires. En effet, les différents projets, et plus spécialement celui élaboré en 1940 pour la seule Pologne contrôlée par le Reich, insistent tous sur la nécessaire refonte des terroirs agricoles. Trois types de propriétés doivent se répartir le terroir : la Großhufe, réservée aux vétérans SS et aux chefs de village, est une exploitation d'une superficie comprise entre 50 et 200 hectares, mise en valeur par des ouvriers agricoles allemands, la Hufe d'une vingtaine d'hectares, suffisante pour faire vivre une famille nombreuse, puis la petite propriété, de 3 hectares, réservée aux artisans des villes et aux ouvriers agricoles[41]. La version de 1942 prévoit de déplacer 220 000 familles d'agriculteurs allemands, rendues disponibles par la réalisation des projets agraires dans le Reich, vers les territoires à coloniser à l'Est[42], sur des exploitations dont la superficie serait majoritairement comprise entre 40 et 100 hectares[16].

Cette recomposition des finages s'accompagne aussi d'une modernisation et d'une mécanisation accrue de l'agriculture, afin de réaliser la synthèse entre l'héritage des ancêtres et la modernité, rendue possible par la planification[38].

Ce travail sur le paysage s'accompagne d'une recomposition spatiale de grande ampleur. Cette redéfinition de l'espace vise à donner aux territoires orientaux conquis par le Reich un aspect familier, afin de donner aux colons un sentiment de patrie et de leur éviter un processus de déculturation[43]. Ainsi, la SS, à l'origine du projet, et Himmler davantage encore, insistent sur la vocation paysagère des projets élaborés pour l'Est du continent européen : en décembre 1942, Himmler ordonne la mise en place d'une planification de la transformation du paysage dans le but d'en faire une nouvelle patrie pour les colons appelés à s'y installer[44]. Hitler, architecte raté, appelle de ses vœux une architecture rappelant le Reich, selon lui sur le modèle des cités grecques de Sicile et d'Italie[45].

Une recomposition raciale et spatiale de grande ampleur[modifier | modifier le code]

Cette nouvelle société n'est possible, aux yeux de ses promoteurs, que si elle induit une recomposition raciale et biologique de grande ampleur, permise par la mise en place d'un programme génocidaire de grande ampleur[46].

Cette recomposition raciale se traduit par une recomposition spatiale des territoires promis à la germanisation ; les concepteurs du plan prévoient, dans toutes les ébauches proposées au fil du temps, la constitution de cordons sanitaires, de routes et de ponts de peuplement, destinés à isoler les uns des autres les populations non germaniques habitant les territoires concernés par les projets de recomposition démographique[35]. Dans ce cadre, les isolats allemands au milieu des populations slaves sont destinés, dans un premier temps, à devenir des points d'appui, puis, dans un second temps, à s'étendre, puis à être reliés les uns aux autres, constituant ainsi une sorte de cordon sanitaire[47]. Ainsi, tandis que l'autoroute devant relier Berlin à Posen, récemment annexée, est en chantier, de vastes projets d'infrastructure de communication moderne, autoroutes et lignes ferroviaires à grande vitesse, sont projetés sur les territoires à mettre en valeur[5], notamment pour relier entre eux et au Reich les territoires les plus rapidement germanisés, la Crimée, l'Ingrie et la Lituanie[16]. Ces infrastructures sont destinées à relier un réseau urbain hiérarchisé composé d'agglomérations de tailles préétablies (5 000 pour un village, 5 000 habitants pour un gros bourg, 50 000 habitants pour la capitale d'un Gau[14]).

Mais, devant la masse d'hommes nécessaire pour la réalisation de ce plan, les concepteurs se résignent à limiter l'installation de colons allemands et germaniques sur des territoires plus réduits, organisés selon le modèle de Walter Christaller[20], même si Himmler appelle de ses vœux un regain de la natalité[48], en rappelant, par exemple, que Bach et Wagner étaient, respectivement les treizième et sixième enfant de leurs parents, tandis que les planificateurs SS établissent leurs projets en se basant sur une forte natalité, conditionnent le statut du colon au nombre de ses enfants ou, sur le modèle de la SS, proposent la mise en place d'un impôt spécial pour toutes les familles comptant moins de quatre enfants[30].

Concepts idéologiques et travaux universitaires[modifier | modifier le code]

Richard Walther Darré, ministre de l'agriculture de 1933 à 1942, prononce un discours en 1937 : derrière lui, la devise Blut und Boden (Le sang et le sol).

Le Generalplan Ost et l'imaginaire colonial nazi[modifier | modifier le code]

Conçu pour façonner un empire aussi durable que l'Empire romain, le Generalplan Ost s'inspire des procédés utilisés par les sociétés dont ses concepteurs s'affirment les continuateurs : le modèle grec en général et spartiate en particulier, l'héritage romain et le Drang nach Osten médiéval constituent des modèles coloniaux auxquels le Generalplan Ost se rattache[38]. Ainsi, souhaitant mettre leur pas dans les traces laissées par la colonisation romaine, dans celles laissées par le roi de Germanie Henri l'Oiseleur ou encore du duc de Saxe Henri le Lion[49], Hitler comme Himmler placent les projets coloniaux est-européens dans une longue durée germanique.

Dans les discours nazi, le modèle agraire spartiate est volontiers mis en avant : Himmmler et d'autres officiers supérieurs de la SS choisissent leurs mots avec soin pour désigner la main d’œuvre forcée à travailler dans le cadre des projets de restructuration spatiale. En juin 1942, Himmler privilégie le terme d'esclave, chargé d'un imaginaire remontant à l'Antiquité, à celui de travailleur forcé, plus technocratique[50]. Hitler, Heydrich, et d'autres, préfèrent se placer expressément dans la filiation spartiate. Dès 1937, un officier supérieur SS explique à Eugen Kogon sa vision de ce que doit être la société national-socialiste, telle que la souhaite la SS : une aristocratie raciale nordique restreinte dominant 350 000 ilotes, répartis, ou non, en deux castes, la première composée des éléments non nordiques du peuple allemand, soumise aux ordres de l'aristocratie nordique, SS, la seconde constituée de Slaves[51]. De la colonisation grecque, Hitler, comme les concepteurs du Generalplan Ost, retiennent aussi les procédés architecturaux : aux yeux de Hitler, les Grecs de Sicile et d'Italie n'ont pas développé de style architectural propre et se sont contentés de reproduire les formes architectural de leur patrie d'origine[45].

L'empire romain qui, aux yeux de Hitler, a relevé le flambeau de la germanité après la décadence hellénistique, constitue un second modèle pour l'édification d'un empire durable, tout d'abord par la mise en place d'un réseau de communication moderne. Expression de la volonté de puissance politique, la route constitue non seulement le vecteur de la romanité, selon Hitler, mais aussi la base de toute construction impériale, comme le rappelle Fritz Todt en 1937[52]. Les infrastructures romaines sont loin de constituer la seule source d'inspiration puisée dans l'antiquité romaine par les concepteurs et les planificateurs du Generalplan Ost, puisque le rite romain du Ver Sacrum, préalable à l'installation coloniale en elle-même, est utilisé par les idéologues de la SS[53].

Himmler, auquel le Generalplan Ost est dans un premier temps destiné, trouve d'autres sources d'inspiration que l'Antiquité grecque et romaine, le roi de Germanie Henri L'oiseleur, le Duc de Saxe Henri Henri le Lion, cousin de Frédéric Barberousse, sont invoqués au sein de la SS, permettant ainsi une filiation avec le Drang nach Osten médiéval[49]. Mais, l'ordre teutonique constitue le principal modèle colonial mis en avant par Himmler[54], tout en donnant un espace d'expansion géographique à la constitution du Reich grand germanique souhaité par Himmler[55].

L'est, espace fantasmé[modifier | modifier le code]

Dès la mise en place définitive de l'idéologie nazie, à la fin des années 1920, l'Europe orientale constitue pour Hitler un espace à conquérir et à coloniser[56]. À sa suite, Himmler et les SS éprouvent pour les territoires russes et polonais un attrait renforcé, mêlé d'une forme de répulsion[1].

Ainsi, Himmler, le premier, se montre intéressé par les projets coloniaux dans l'Est du continent européen, « {{{1}}} », région mythique, espace sacré, promis à la colonisation[11]. Membre des Artamans, partisans d'une expansion allemande dans l'Est du continent européen, fortement influencé par les publications et les conférences de Rüdiger von der Golz, chef des Corps Francs allemands engagé dans la Baltique, il est favorable à des projets de colonisation agraire, sur des terroirs conquis par des paysans soldats germanique-nordique sur des populations orientale, asiatiques, perpétuelles menaces pour le Reich[29].

Pour les membres de la SS, l'Est de l'Europe constitue une tabula rasa, une terre des ancêtres à reconquérir et non à conquérir[57], pour construire une nouvelle société basée sur le déterminisme racial[33].

Jusqu'aux derniers mois du conflit, les principaux responsables nazis évoquent cette région du monde, l'Est du continent européen,comme une promesse d'avenir radieux : lors du congrès du Front du Travail, en 1936, Hitler évoque les possibilités permises par une expansion du Reich jusqu'à l'Oural[58], tandis que, le 7 février 1945, Hitler évoque, devant Bormann, la nécessité de diriger l'excédent de population du Reich vers la réalisation de vastes projets coloniaux dans l'Est de l'Europe[59]

L'Est de l'Europe n'est pas uniquement synonyme d'avenir radieux, c'est aussi un espace qu'il est nécessaire de sécuriser[32] contre les invasions asiatiques[29]. En effet, selon les idéologues du nazisme, Hitler, Rosenberg, Himmler, c'est de l'Est de l'Europe, voie de passage obligé pour les envahisseurs asiatiques, que surgissent les hordes sauvages des Huns, Magyars et Mongols, souhaitant ruiner la civilisation européenne[60].

Enjeux économiques du Generalplan Ost[modifier | modifier le code]

Ces projets pharaoniques d'aménagement de l'Est du continent européen ne répondent pas uniquement à des objectifs raciaux, mais poursuivent aussi des buts d'autarcie économique du Reich grand germanique[61], affirmés dès 1933[37].

Dès les prémices de l'élaboration des projets coloniaux à l'Est, les planificateurs SS affirment souhaiter permettre aux populations allemandes réinstallées en Pologne et en Russie de connaître une hausse significative de leur niveau de vie[34]. Les projets de colonisation agraire sont liés à la politique agraire dans le Reich ; la politique agraire du Reich, la rationalisation de l'agriculture, est sensée dégager les excédents démographiques utilisés par la suite pour le peuplement du Lebensraum. Les experts du ministère du Reich à l'agriculture établissent un recensement précis des fermes et de leur viabilité, toutes les fermes assurant un revenu annuel inférieur à 3 000 Reichsmarks seraient remembrées et leurs propriétaires seraient dirigés vers les espaces de colonisation[42] ; ces plans doivent cependant être appliqués avec souplesse afin de donner au Reich les moyens de l'optimisation financière de son empire[61].

En outre, la hiérarchisation urbaine est censée garantir un ensemble économique harmonieux, viable à long terme[14].

Des plans à la réalité : les quelques réalisations dans le cadre du Generalplan Ost[modifier | modifier le code]

En dépit de la décision de Hitler du 13 janvier 1943 de repousser la réalisation des vastes projets coloniaux contenus dans le Generalplan Ost après la fin du conflit, certains essais sont tentés, en Crimée, en Ukraine et en Pologne. Ainsi, dans le courant de l'année 1942, différents projets connaissent une concrétisation plus ou moins avancée.

En Pologne[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Action Zamość.

Le projet colonial en Pologne, dans la région de Zamość, non loin de Lublin, est censé montrer, aux yeux de Himmler, la possibilité de réaliser les grandioses projets de recomposition raciale durant le conflit[62]. Après étude raciale de la population, évacuation des Juifs et de la population locale, des colons soigneusement sélectionnés[63], sont installés dans les fermes évacuées par leurs propriétaires polonais[64].

En Crimée[modifier | modifier le code]

En Crimée, destinée à être colonisée selon les projets présentés en mai 1942, des commissions d'enquêtes sont envoyées sur place, pour déterminer l'importance des Volksdeutsche dans la population locale et planifier l'aménagement du territoire; le 2 juillet, sur la base des rapports transmis à Himmler et Hitler, le Gotenland, « ce pays où coulent le lait et le miel », selon le mot de Hitler, est inclus dans les projets coloniaux (Himmler l'admet officiellement le 16 septembre devant ses subordonnés à Hegewald)[65].

Ainsi, en novembre 1942, Himmler ordonne à son subordonné sur place de préparer l'installation de colons selon les plans définis en mai précédent. 10 000 Volksdeutsche de la région sont rassemblés et répertoriés sur la Volksliste[66]. Des quartiers peuplés par ces Volksdeutsche sont mis en place à Eupatoria et à Simferopol, et des villages sont peuplés uniquement de Volksdeutsche[65]. En 1942, d'autres Allemands, les Tyroliens du Sud, sont pressentis pour être installés en Crimée, en 1943, la SS privilégie les Allemands internés en Palestine[66].

En septembre 1943, devant la pression soviétique, les Volksdeutsche sont évacués à l'Ouest du Dniepr[65], puis dans le Wartheland[67].

En Ukraine[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Reichskommissariat Ukraine.

En août 1942, Himmler, alors au quartier général de Hitler en Ukraine, décide de la création de trois points d'appuis en Volhynnie et en Podolie, peuplés avec 45 000 Volksdeutsche dispersés dans les villages de ces régions.

À Hegewald, son quartier général, Himmler établit un centre pour les opérations de colonisation du district de Jitomir, soumis à l'administration de la SS. Des points d'appuis SS sont créés dans des anciens kolkhozes, puis, après examen racial, 10 500 Volksdeutsche remplacent 14 500 Ukrainiens, préalablement expulsés[67] dans la région de Hegewald et de Tcherniakov[68]. Ces Volksdeutsche, installés comme ouvriers dans les anciens kolkhozes, reçoivent un petit lopin d'un hectare et se voient promettre une ferme pour la moisson de 1943[68]. Devant l'impossibilité de permettre à ces colons d'accéder à la propriété, les autorités nazies du district les emploient comme main d’œuvre pour des grands travaux[67].

Mais, au cours de l'année 1943, sous la pression des partisans, les SS regroupent les 30 000 Volksdeutsche de la région à l'intérieur des points d'appuis SS.[69]. Ces évacuations n'empêchent pas la poursuite de l'afflux de colons dans la régions, le projet n'étant pas abandonné mais simplement modifié[67].

En novembre 1943, les Volksdeutsche installés dans la région sont évacués vers le Wartheland, scellant ainsi l'échec de cette expérience[69].

Réception et chronologie documentaire[modifier | modifier le code]

Deux versions du Generalplan Ost sont présentées, celle rédigée en 1940 lors de la conférence de juillet 1941 à laquelle participe Hitler, et en juillet 1942[70]. En raison de la tournure prise par la guerre à l'Est, seule la phase d'extermination et de déportation est mise en œuvre tandis que la phase réinstallation (Siedlungsphase) est abandonnée dès le printemps 1943[Notes 2].

Le Generalplan Ost, soutenu par Hitler et pris en charge par Himmler, ne faisait pas consensus parmi les hauts dirigeants du Régime[71]. Face à la vision pangermanique du Reich dessinée par ce plan, Joseph Goebbels et Joachim Von Ribbentrop étaient plus enclins au concept géopolitique d'un bloc continental dirigé par l'Allemagne, soudé par le pacte anti-Komintern, qui étendrait la notion antérieure de Mitteleuropa[Notes 3].

Pour Hitler selon ses propos tenus dans la Wolfsschanze du 8 au 11 août 1941, l'Europe de l'Est doit être un Kolonialraum sous domination allemande, à l'instar du sous-continent indien dans l'Empire colonial britannique[72]. Concernant la stratégie et les buts de guerre d'Hitler, l'historien allemand Andreas Hillgruber a démontré en 1965 dans son mémoire d'habilitation universitaire[73] que les motivations de l'État national-socialiste pour décimer les populations slaves avaient comme fondation l'« idéologie de la Race des Seigneurs ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Selon l'expression de Christian Baechler.
  2. Déroulée dans le Warthegau, la phase de recolonisation n'a nulle part ailleurs abouti à son terme.
  3. Mitteleuropa, selon les écrits de Friedrich Naumann en 1915.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Christian Ingrao, Croire et détruire, p. 283.
  2. a, b et c Tooze, Le salaire de la destruction, p. 456
  3. a et b Christian Ingrao, Croire et détruire, p. 307.
  4. a, b et c Baechler, Guerre et exterminations à l'Est, p. 333
  5. a et b Johann Chapoutot, La loi du sang, p. 432
  6. a et b Tooze, Le salaire de la destruction, p. 457
  7. Baechler, Guerre et exterminations à l'Est, p. 318
  8. a et b Tooze, Le salaire de la destruction, p. 458
  9. a et b Christian Ingrao, Croire et détruire, p. 299.
  10. Christian Ingrao, Croire et détruire, p. 299, note2.
  11. a et b Baechler, Guerre et exterminations à l'Est, p. 315
  12. a, b et c Baechler, Guerre et exterminations à l'Est, p. 139
  13. Peter Longerich, Himmler, p. 512
  14. a, b, c et d Baechler, Guerre et exterminations à l'Est, p. 319
  15. Baechler, Guerre et exterminations à l'Est, p. 322
  16. a, b, c, d et e Baechler, Guerre et exterminations à l'Est, p. 323
  17. Peter Longerich, Himmler, p. 558
  18. a, b, c, d et e Peter Longerich, Himmler, p. 559
  19. a et b Baechler, Guerre et exterminations à l'Est, p. 324
  20. a et b Christian Ingrao, Croire et détruire, p. 303.
  21. Baechler, Guerre et exterminations à l'Est, p. 317
  22. Conte et Essner, La Quête de la race, p. 317
  23. a, b et c Johann Chapoutot, La loi du sang, p. 420
  24. Christian Ingrao, Croire et détruire, p. 282.
  25. Peter Longerich, Himmler, p. 426
  26. Johann Chapoutot, La loi du sang, p. 433
  27. Christian Ingrao, Croire et détruire, p. 302.
  28. Johann Chapoutot, La loi du sang, p. 443
  29. a, b et c Baechler, Guerre et exterminations à l'Est, p. 316
  30. a et b Johann Chapoutot, La loi du sang, p. 438
  31. Johann Chapoutot, La loi du sang, p. 421
  32. a et b Johann Chapoutot, Le Nazisme et l'Antiquité, p. 421
  33. a et b Christian Ingrao, Croire et détruire, p. 312.
  34. a et b Tooze, Le salaire de la destruction, p. 459
  35. a et b Christian Ingrao, Croire et détruire, p. 300.
  36. Christian Ingrao, Croire et détruire, p. 308.
  37. a et b Baechler, Guerre et exterminations à l'Est, p. 53
  38. a, b et c Johann Chapoutot, Le Nazisme et l'Antiquité, p. 415
  39. Christian Ingrao, Croire et détruire, p. 311.
  40. Christian Ingrao, Croire et détruire, p. 312 et 313.
  41. Baechler, Guerre et exterminations à l'Est, p. 138
  42. a et b Tooze, Le salaire de la destruction, p. 430
  43. Johann Chapoutot, La loi du sang, p. 435
  44. Johann Chapoutot, La loi du sang, p. 436
  45. a et b Johann Chapoutot, Le Nazisme et l'Antiquité, p. 420
  46. Christian Ingrao, Croire et détruire, p. 309.
  47. Christian Ingrao, Croire et détruire, p. 301.
  48. Johann Chapoutot, La loi du sang, p. 433, note 2
  49. a et b Johann Chapoutot, Le Nazisme et l'Antiquité, p. 416.
  50. La Charrue et l'épée, p. 18
  51. Johann Chapoutot, Le Nazisme et l'Antiquité, p. 419.
  52. Johann Chapoutot, Le Nazisme et l'Antiquité, p. 354.
  53. La Charrue et l'épée, p. 14
  54. Peter Longerich, Himmler, p. 268
  55. Johann Chapoutot, La loi du sang, p. 416
  56. Baechler, Guerre et exterminations à l'Est, p. 48
  57. Christian Ingrao, Croire et détruire, p. 281.
  58. Baechler, Guerre et exterminations à l'Est, p. 71
  59. Baechler, Guerre et exterminations à l'Est, p. 54
  60. Johann Chapoutot, Le Nazisme et l'Antiquité, p. 435.
  61. a et b Johann Chapoutot, La loi du sang, p. 442
  62. Conte et Essner, La Quête de la race, p. 273
  63. Conte et Essner, La Quête de la race, p. 301
  64. Conte et Essner, La Quête de la race, p. 303
  65. a, b et c Baechler, Guerre et exterminations à l'Est, p. 326
  66. a et b Peter Longerich, Himmler, p. 566
  67. a, b, c et d Peter Longerich, Himmler, p. 567
  68. a et b Baechler, Guerre et exterminations à l'Est, p. 327
  69. a et b Baechler, Guerre et exterminations à l'Est, p. 328
  70. note à propos des différentes versions écrites du Generalplan Ost.
  71. Lipgens, Walter (1985), page 41. Documents on the History of European Integration : Continental Plans for European Union 1939-1945. Walter de Gruyter.(ISBN 3110097249).
  72. Kolonialraum : source.
  73. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte ; aucun texte n’a été fourni pour les références nommées Hillgruber.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]