Orchestre rouge

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L’Orchestre rouge (die Rote Kapelle) est le nom d'un réseau d'informateurs en Europe occupée pendant la Seconde Guerre mondiale, qui opérait sous le contrôle de et pour l'URSS. Le réseau fut créé par Léopold Trepper à l'instigation de Ian Berzine, responsable du service de renseignements de l'Armée rouge, le GRU.

L'idée de Trepper est de créer à l'étranger des "résidences", sociétés commerciales qui serviront à la fois de couverture et de source de financement du réseau. À la tête de ces sociétés, Trepper (qui se fera aussi appeler Adam Milker), place des hommes de confiance qu'il recrute dans les mouvements de résistance, Français, Belges, Néerlandais et Allemands. Tous les membres de ce réseau, communistes ou non, agissent avant tout par conviction anti-nazie.

Les buts premiers de cette organisation étaient de recueillir des renseignements sur la capacité de production du complexe militaro-industriel allemand et d'autres informations importantes permettant de détecter les préparatifs de guerre de l'ennemi. À l'actif de ce réseau, il y a notamment l'annonce de l'opération Barbarossa (le plan d'invasion de l'URSS), et les plans du char allemand T6 Tigre.

Description[modifier | modifier le code]

Les services de contre-espionnage allemand prirent connaissance du réseau lorsqu'ils interceptèrent des messages radio en provenance des services secrets soviétiques du NKVD en juin 1941. Dans l'argot des services secrets allemands, le patron d'un réseau est un « chef d'orchestre » : il coordonne et dirige le jeu des « pianistes » (les opérateurs radios) et de leurs « boîtes à musique » (les émetteurs). Les Allemands ont naturellement surnommé ce réseau die Rote Kapelle (« l'orchestre rouge »).

Cette organisation était dirigée par Leopold Trepper, un Juif polonais travaillant pour le GRU soviétique. Sous la couverture de sociétés commerciales, il a organisé un réseau d’une très grande efficacité. Le réseau collectait des renseignements en provenance d'Allemagne, de France, de Belgique, des Pays-Bas, de Suisse et des pays scandinaves. Ses activités ont mené à la création d'un groupe de travail dédié à sa destruction, le Sonderkommando Rote Kapelle (Groupe spécial Orchestre rouge).

La centrale du réseau est à Bruxelles où elle s'abrite sous le paravent d'une société de commercialisation d'imperméables qui prospère en ouvrant des filiales dans les pays scandinaves et établit des relations commerciales avec la France et les Pays-Bas: c'est le « Roi du Caoutchouc, Foreign excellent Trench-coat ». Une autre société sera créée à Paris la « Simex » et une succursale du même nom à Marseille.

La partie berlinoise du réseau était composée de différents groupes d'amis, dirigés par Harro Schulze-Boysen, officier de renseignements pour le ministère allemand de l'Air, et par Arvid Harnack, posté au ministère économique allemand. Les membres incluaient, entre autres, Alexander Erdberg, Adam Kuckhoff (un producteur de théâtre), sa femme Grete Kuckhoff (qui travaillait pour le département de la politique raciale mené par Alfred Rosenberg), Horst Heilmann (spécialiste du chiffre pour la division des communications de la Wehrmacht), Günther Weisenborn (auteur allemand), Herbert Gollnow (affecté au service de contre-espionnage allemand), Johann Graudens (mécanicien pour avions affecté à des bases militaires de la Luftwaffe), Hans Coppi (un communiste)...

L'organisation fournissait à l’Union soviétique des informations stratégiques, politiques et économiques collectées au plus haut niveau (plans des offensives de la Wehrmacht en Russie, activités des troupes allemandes en territoires occupés, production des usines de chars ou d'avions, situation politique interne en Allemagne, Italie et pays occupés...).

Historique[modifier | modifier le code]

Le , la station d'écoute allemande intercepte un message codé provenant de Moscou qui avait maladroitement divulgué les noms et adresses de certains agents.

L'Abwehr, par triangulation radio, parvient à localiser un émetteur à Bruxelles. Les Allemands surgissent au siège bruxellois, rue des Atrébates (distinct du siège de la société d'imperméables) et arrêtent tous ceux qui s'y trouvent. Léopold Trepper, qui est absent à ce moment-là, manque de se jeter dans la gueule du loup lorsqu'il revient au siège et ne doit qu'à sa présence d'esprit d'échapper à l'arrestation en se faisant passer auprès d'une sentinelle pour un colporteur passé là par hasard. La chasse aux agents de l'Orchestre rouge commence, dirigée par le service spécial de contre-espionnage qui investit plusieurs adresses. Un des radiotélégraphistes belges chargé des liaisons avec Moscou se défend en tirant sur les Allemands tout en fuyant sur les toits des maisons de la rue Marie-Christine avant de succomber.

Utilisant les informations recueillies lors des arrestations, les Allemands démantèlent le réseau berlinois. Sont arrêtés le Schulze-Boysen et sa femme Libertas, puis Harnack et sa femme en septembre de la même année. Peu après, plusieurs agents craquent sous la torture et les Allemands mettent fin aux activités du réseau.

À la fin du printemps 1943, 150 personnes, dont beaucoup étaient étrangères à l'organisation, sont incarcérées et des familles entières d'innocents arrêtées. Léopold Trepper, finalement arrêté à Paris, entreprendra de tromper les Allemands. Affectant de collaborer avec eux, il sacrifie une partie du réseau en révélant une liste non exhaustive des membres de l'Orchestre rouge. Mais les membres arrêtés, soumis à de durs interrogatoires, livrent à leur tour des noms. Il en résulte des arrestations, déportations ou condamnations à mort par les nazis : 27 membres du réseau sont passés par le camp de concentration du fort de Breendonk, 24 ont été fusillés, 3 se sont suicidés, 5 ont disparu, 10 sont morts en déportation, 48 autres arrêtés en France et en Belgique sont morts pendant la guerre, 29 arrêtés ont survécu, dont Jules Jaspar, arrêté par la Gestapo à Marseille le , après avoir été dénoncé (tout comme Anatoli Gourevitch), est transféré à la prison de Fresnes, puis déporté Nacht und Nebel à Mauthausen. Son épouse Claire Legrand est également arrêtée et déportée à Ravensbrück puis au camp voisin de Uckermark où elle sera victime des chambres à gaz. Léo Grossvogel, un des principaux collaborateurs de Léopold Trepper, est arrêté par la Gestapo le 16 décembre 1942 à Bruxelles et condamné à mort par les nazis en mai 1944. D'autres agents de l'Orchestre rouge sont exécutés à la prison de Plotzensee.

La socialiste belge Suzanne Spaak, belle sœur du ministre Paul-Henri Spaak - membre du gouvernement belge légal en exil à Londres - est arrêtée avec des membres du réseau parisien de l'Orchestre rouge. Détenue à la prison de Fresnes, elle est fusillée par les nazis le 12 août 1944, 13 jours avant la libération de Paris. La Belge Georgie de Winter, amie de cœur de Trepper, survit à plusieurs camps de concentration et retrouve la liberté à la fin de la guerre. Mais elle ne reverra jamais Trepper.

Quant à Trepper, qui avait été capturé en France le , il devient agent double en collaborant au « Grand Jeu » initié par les Allemands, une vaste entreprise d'intoxication destinée à tromper les renseignements soviétiques. Mais, en vérité, il préserve certains secrets. Puis, parvenant à s'échapper, il informe Moscou des intentions réelles des services secrets allemands. Il prend alors le maquis en France jusqu'à la Libération. De retour à Moscou en janvier 1945 et malgré ses états de service, il est emprisonné sur ordre de Staline et n'est libéré et réhabilité qu'en 1954 après la mort du dictateur soviétique. Il choisit alors d'émigrer en Israël, puis s'installe à Copenhague, au Danemark. En 1975, il publie ses mémoires : Trepper - Le Grand Jeu - Mémoires du chef de l'Orchestre rouge.

Le réseau lui-même continuera ses activités après le début de la guerre froide en espionnant les pays d'Europe occidentale au profit de l'URSS. La DST française, entre autres, luttera contre lui.

Membres de l'Orchestre rouge[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Il a fait de la prison en Belgique pour collaboration avec l'occupant (comme d'ailleurs son patron Trepper qui a aussi "collaboré"). C'est Abraham Rajchman qui, a Breendonk, a dénoncé, sous de très graves tortures, les membres de "L'Orchestre Rouge"

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]