Déportation des peuples en URSS

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La Déportation des peuples en URSS est une des formes de répression politique en URSS[1]. Les particularités des déportations comme moyen de répression étaient, d'une part, l'absence de procédure judiciaire et leur caractère fortuit[Note 1] et, d'autre part, le déplacement d'un grand nombre de personnes dans des lieux géographiques éloignés, souvent dans un environnement dangereux pour ceux-ci[2].

Selon l'historien Pavel Polian, une dizaine de peuples d'URSS ont subi des déportations : les Allemand, les Balkars, les Coréens, les Finnois d'Ingrie, les Ingouches, les Kalmouks, les Karatchaïs, les Meskhètes[Note 2], le Peuple tchétchène et les Tatars de Crimée. Parmi ceux-ci, sept peuples perdent leur autonomie du fait de ces déportations : les Allemands, les Karatchaïs, les Kalmouks, les Tchétchènes, les Ingouches, les Balkars et les Tatars de Crimée.

La déportation frappe encore en URSS une multitude d'autres citoyens soviétiques de différentes ethnies, confessions et classes sociales : des Arméniens, des Arméniens-«Dachnaki» de la Fédération révolutionnaire arménienne, des Azéris, des Bulgares, des Chinois, des Cosaques, des Estoniens, des Grecs, des Hémichis, des Iraniens, des Juifs-Iraniens, les Kabardes, des Koulaki (paysans enrichis) de différentes nationalités, des Kurdes, des Lettons, des Lituaniens, des Moldaves, des Polonais, des Russes, des Tadjiks, des Turcs, des Ukrainiens et d'autres[3].

Conformément à la « réhabilitation des peuples opprimés », loi adoptée le 26 avril 1991 par le Soviet suprême de la République socialiste fédérative soviétique de Russie, sont reconnus comme peuples opprimés au sens de la loi : les nations, nationalités ou groupes ethniques, et autres communautés de personnes composant un groupe ethnique et culturel (comme les Cosaques par exemple), à l'encontre desquels une politique gouvernementale de diffamation ou de génocide a été menée du seul fait de leur nationalité ou d'un autre lien d'appartenance, s'accompagnant de déplacements forcés de populations, de suppression de leurs structures politiques étatiques, de redécoupages des frontières des territoires, d'instauration d'un régime de terreur et de violences, et encore de création de zones de non-droit particulières[4].

Histoire[modifier | modifier le code]

La déportation politique soviétique débute avec celles des Armées blanches des Cosaques du Terek et des gros propriétaires terriens dans les années 19181925[5].

Les premières victimes des déportations soviétiques sont les Cosaques du Terek (de la lignée des Cosaques Sounjentsy) qui, en 1920, sont déportés vers la Ciscaucasie, dans l' Oblast de Donetsk (Donbass) et aussi vers la Région du Nord (Russie). Leur les terres sont données aux Tchétchènes et aux Ingouches. En 1921 ce sont des russes du Jetyssou (appelée Sémirietché en russe, Семиречье), déplacés depuis le Turkestan[6],[7], qui sont les victimes de la politique soviétique des nationalités.

Politique des nations durant les années 1930 en URSS[modifier | modifier le code]

Vers 1933, le pays compte 5 300 soviets nationaux et 250 raïons. Rien que dans le seul Oblast de Léningrad, il existe 57 soviets nationaux et 3 raïons (Carélie, Finlande et Vepses). Des écoles fonctionnent dans lesquelles l'enseignement se fait dans les langues nationales. À Saint-Pétersbourg, au début des années 1930, des journaux sont édités en 40 langues différentes, parmi lesquelles le chinois. Des émissions radiophoniques existent en finnoisLeningrad et dans l'Oblast de Leningrad vivent, à l'époque, 130 000 finnois).

Depuis le milieu des années 1930 commence le rejet de l'ancienne politique nationale, comme en témoigne l'élimination de l'autonomie culturelle (et, dans certains cas, politique) de groupes ethniques distincts. En général, cela se produit sur fond de centralisation du pouvoir dans le pays, passant d'organisation du territoire à la gestion de branches d'activités et à la répression contre l'opposition réelle et potentielle.

Au milieu des années 1930, à Leningrad, beaucoup d'Estoniens, Lettons, Lituaniens, Polonais, Finnois et Allemands sont arrêtés. À partir du printemps 1935, un décret secret est édicté par le commissaire du peuple pour les affaires intérieures, Guenrikh Iagoda, en vertu duquel, depuis le 25 mars 1935, ils sont bannis des régions frontalières du nord-ouest. Le plus grand nombre d'entre eux sont des Finnois d'Ingrie.

15 000 familles de nationalités polonaises et allemandes (environ 65 000 personnes) sont déportées depuis l'Ukraine et d'autres territoires se trouvant à la frontière polonaise vers le Nord-Kazakhstan et l'oblast de Karaganda.

Déportation des Coréens[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Extrême-Orient russe.

La déportation des Coréens est la première des répressions basées sur des motifs ethniques mais, par manque de préparation, le transport des Coréens organisé par les forces du NKVD entraîne des pertes humaines massives en chemin, à cause de wagons non aménagés.

En septembre 1937, sur base d'une décision conjointe du Conseil des commissaires du peuple russe et du parti communiste soviétique (b) № 1428-326 « Sur l'expulsion de la population coréenne des zones frontalières du territoire d'Extrême-Orient russe » [8], signée par Staline et Molotov, 172 000 coréens sont déportés vers l'URSS, à partir des zones frontalières de l'Extrême-Est, dans les zones vierges inhabitées de l'Asie centrale (principalement l'Ouzbékistan et le Kazakhstan). Suite à la Résolution du 1er janvier 1993 du Soviet suprême de la Fédération de Russie, ces déportation sont considérées comme des actes illégaux contre les Coréens soviétiques depuis 1937 et les Coréens ont été réhabilités en tant que victimes de la répression politique[9].

Depuis la fin 1937, toutes les régions nationales et les conseils ruraux sont progressivement éliminés, en dehors des républiques et régions titulaires. Suite à cela, l'enseignement autonome et la publication de la littérature en langues nationales est également limitée.

Déportation à l'époque de la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

En 19431944, des déportations massives des Balkars, Bulgares, Ingouches, Kalmouks, Karatchaïs, Kurdes, Meskhètes, Nogaïs, Pontiques, Tatars de Crimée, Tchétchènes et Tsiganes de Crimée sont menées. Elles se fondent sur leur responsabilité dans la collaboration durant la Seconde Guerre mondiale, élargie à tout un peuple. L'autonomie de ces peuples est supprimée (pour autant qu'elle n'ait jamais existé). En tout, durant la Seconde Guerre mondiale des déportations de peuples et groupes de peuples de 61 nationalités différentes se produisent[10].

Déportation des Allemands[modifier | modifier le code]

République des Allemands de la Volga.

Le 28 août 1941, par un ukase du Præsidium du Soviet suprême, la République socialiste soviétique autonome des Allemands de la Volga est liquidée. 367 000 russes-allemands sont déportés à l'est (il faut deux jours pour les rassembler) : dans la République socialiste soviétique autonome des Komis, dans l'Oural, au Kazakhstan, en Sibérie et dans la République de l'Altaï. Une partie des Allemands est retirée de l'armée. En 1942 commence la mobilisation des Allemands soviétiques âgés d'au moins 17 ans pour les envoyer dans des colonies de travail. Ils construisirent des usines, travaillent dans les forêts et dans les mines.

Il y a, aussi, parmi les déportés, des représentants de pays de la coalition hitlérienne de Hongrie, de Bulgarie et beaucoup de Finlande.

Sur base de la décision du Conseil de guerre du front de Leningrad, en date du 20 mars 1942, 40 000 Allemands et Finnois sont déportés de la zone du front, en mars-avril 1942.

Ceux parmi eux qui reviennent après la guerre, sont à nouveau déportés en 19471948.

Déportations des Karatchaïs[modifier | modifier le code]

Caucase géo-politique.

Selon le recensement de 1939, 70 301 Karatchaïs vivent en Karatchaïévo-Tcherkessie[11]. Cette région se trouve sous occupation allemande à partir d'août 1942 jusqu'à janvier 1943.

Le 12 octobre 1943, un décret du Præsidium du Soviet suprême de l'URSS sur l'expulsion des Karatchaïs de la Karatchaïévo-Tcherkessie vers le Kazakhstan et le Kirghizistan est publié[12].

Les motifs de cette expulsion sont donnés dans le décret :

« Comme durant la période d'occupation, de nombreux Karatchaïs se comportèrent en traitres, s'engagèrent dans des unités organisées par les Allemands pour combattre les forces soviétiques, dénoncèrent aux Allemands d'honnêtes citoyens soviétiques, accompagnèrent les Allemands pour leur montrer l'itinéraire, les guidèrent dans les défilés et les cols du Caucase, après que les occupants eurent été chassés s'opposèrent encore à l'action des pouvoirs soviétiques, cachèrent aux organes du pouvoir soviétique des bandits et des agents abandonnés par les Allemands en leur apportant un soutien actif…[13] »

.

Pour réaliser cette déportation de manière efficace, il faut faire appel à 53 327 militaires. Le 2 novembre 1943, le total des Karatchaï déportés au Kazakhstan et au Kirghizistan s'élève à 69 267[14].

Déportation des Kalmouks[modifier | modifier le code]

Article général Pour un article plus général, voir Kalmoukie.
Situation géographique de la Kalmoukie.
Fragment de souvenir : « Déportation », Elista, Kalmoukie.

Au début du mois d'août 1942, la plupart des régions de la République socialiste soviétique autonome kalmouke sont occupées par les nazis et n'est libérée qu'au début de 1943, après la bataille de Stalingrad.

Le 27 décembre 1943, un ukase du Præsidium du Soviet suprême et, le 28 décembre, une décision signée par Molotov liquident la République socialiste soviétique autonome kalmouke avec déportation de la population Kalmouk dans le Kraï de l'Altaï, le Kraï de Krasnoïarsk, l'Oblast d'Omsk et celui de Novossibirsk. Cette opération reçoit le nom de code « Ouloucy » (en russe : Улусы). 2 975 officiers du NKVD et le 3e régiment de fusiliers motorisés du NKVD prennent part à l'opération, sous la direction du chef du NKVD de l'oblast d'Ivanovo, le général-major Markeev[13],[15].

Déportation des Tchétchènes et des Ingouches[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Opération Tchétchévitsa.

Le 29 janvier 1944, le Commissaire du Peuple pour les affaires intérieures de l'URSS, Lavrenti Beria, édicte des « Instructions pour l'organisation planifiée de la déportation des Tchétchènes et des Ingouches »[16] et, le 31 janvier, sort la décision du Comité national de la défense, à propos de la déportation des Tchétchènes et des Ingouches en République socialiste soviétique kazakhe et en République socialiste soviétique kirghize[17]. Le 20 février, Ivan Serov, Bogdan Koboulov, Stepane Mamoulov arrivent à Grozny où Beria dirige personnellement les opérations auxquelles participent 19 000 des opérateurs du NKVD, du NKGB et du SMERSH, mais encore environ 100 000 officiers et soldats du NKVD qui se trouvent répartis dans ces régions pour participer à des « entraînements dans les montagnes »[18]. Le 21 février, la mise en œuvre du plan de déportation est ordonnée[16]. Les jours qui suivent, Beria, rencontre les dirigeants des républiques et les leaders représentatifs pour les mettre au courant de l'opération et leur propose d'aider les populations pour des travaux qui sont indispensables à cette déportation[19].

Le lendemain, l'Opération Tchétchévitsa débute.

Le transport en véhicules militaires vers les régions de destination commence le 23 février 1944, à 2 heures (heure locale) et se termine le 9 mars 1944. La déportation porte le nom de code « Panthère », qui est transmis par radio. Tout cela se réalise avec de nombreuses tentatives d'évasion vers la montagne et d'insubordination de la part des populations locales.

Selon les renseignements officiels, durant l'opération, 780 personnes sont tuées, 2 016 « éléments antisoviétiques » sont arrêtés, 20 000 armes à feu sont saisies, parmi lesquelles 4 868 fusils, 479 mitrailleuses et automatiques. 6 544 personnes parviennent à s'évader et se cacher[20].

Déportation des Balkars de Kabardino-Balkarie[modifier | modifier le code]

Le 24 février 1944, Lavrenti Beria propose à Staline de déporter les Balkars et, le 26 février, il édicte un décret, à destination du NKVD, sur « les mesures destinées à la déportation de КБ république autonome de Kabardino-Balkarie des populations locales »[13]. Le lendemain Beria, Sérov et Koboulov organisent une rencontre avec le secrétaire du Comité central du parti de Kabardino-Balkarie, Khoumékhov Dokchoukovitchh, durant laquelle ils décident de se réunir début mars dans une station de cure au pied de l'Elbrouz[21]. Le 2 mars Beria, accompagné de Koboulov et de Mamoulov, se rend à cette station et annoncent à Khoumékhov que la décision de déporter le Balkars est prise et de donner leurs terres à la Géorgie pour que celle-ci dispose d'une ligne de défense sur les pentes nord du Caucase[13]. Le 5 mars, l'arrêté du Comité national de défense sur la déportation des Balkars de la république autonome de Kabardino-Balkarie est publié et lee 8 et 9 mars les opérations commencent. Le 11 mars, Beria communique à Staline que « 37 103 Balkares sont déportés »[17].

Déportations des Tatars de Crimée[modifier | modifier le code]

Monument à la mémoire de la déportation des Tatars de Crimée à Soudak.
Forteresse à Soudak.
Article détaillé : Déportation des Tatars de Crimée.

Au total 228 543 personnes sont déportées de Crimée, parmi lesquelles 191 014 sont des Tatars, soient plus de 47 000 familles[22]. Une personne sur trois, parmi les déportés tatars adultes, doit signer une reconnaissance selon laquelle il a connaissance du décret de déportation et qu'en cas d'évasion de l'endroit de travail qui leur est assigné, ils encourrent une peine de 20 ans de travaux forcés à titre de sanction pénale[23].

Déportation des Arméniens[modifier | modifier le code]

En 1939, ont encore lieu les déportations d'Azerbaïdjan et du Kazakhstan de Turcs, d'Arméniens et de Kurdes[24].

Plus tard, le 29 mai 1944, Beria, commissaire du Peuple auprès du NKVD écrit à Staline à propos de la déportation des Bulgares, des Grecs, des Arméniens de Crimée. Suivant la décision du comité gouvernemental de défense (ГКО) № 5984сс « Au sujet de la déportation des territoires de la République de Crimée, des Bulgares, des Grecs et des Arméniens » 20 000 Arméniens sont déportés[25]. Le 2 juin 1944, I.A. Serov, commissaire du Peuple auprès du NKVD transmet à Beria un communiqué pour signaler que l'opération est accomplie.

Le 28 juin 1944 l'arrêté du Ministre de la Sûreté de l'État № 00183 « De la déportation des citoyens Turcs, des Turcs ne possédant pas la nationalité, des anciens citoyens Turcs qui avaient reçu la nationalité soviétique, des citoyens anciennement grecs et actuellement sans nationalité, des citoyens grecs qui ont reçu la nationalité soviétique, des roumains se trouvant avec leur famille sur le territoire de l'URSS et provenant des républiques socialistes soviétiques de Géorgie, d'Arménie, d'Azerbaïdjan et des côtes de la Mer Noire » est promulgué.

En 19451947, 55 000 arméniens, principalement des catholiques, sont déportés d'Ukraine occidentale vers la Pologne[26].

En 19481949 plusieurs dizaines de milliers d'immigrants arméniens, ainsi que des natifs d'Arménie soviétique, sont déportés.

En 1949, la population arménienne des régions sud de l'URSS est déportée dans l'Altaï[27].

Déportation des Azéris[modifier | modifier le code]

Répartition des Azéris dans le Caucase.

Au printemps 1944 des déportations par la contrainte en Géorgie sont organisées. À la fin du mois de mars, 608 familles Kurdes et Azerbaïdjanaises, soient 3 240 personnes « qui avaient abandonné leur travail dans des entreprises privées et vivaient à Tbilissi[28] », sont transférées dans les zones de République de Géorgie, de Tsalka, de Borchali et de Karayazsky[13]. Seules 31 familles sont restées dans la ville : des familles de miliciens en service, des invalides de guerre, des enseignants et des professeurs de l'enseignement supérieur[29].

Conformément aux décrets GKO 6279ss du 31 juillet de la même année, des Turcs Meskhètes, des Kurdes, des Hémichis et d'autres encore, sont expulsés par les zones frontalières de la RSS de Géorgie. Par "autres", il faut entendre surtout des Azerbaïdjanais[30]. En mars 1949, le nombre d’Azerbaïdjanais déportés hors des républiques s'élève à 24 304 et, durant les années 19541956, sont décomptés fictivement des registres de la population[31].

Entre 1948 et 1953, les Azerbaïdjanais vivant en Arménie sont déportés de force. En 1947, le premier secrétaire du Parti communiste arménien, Grigori Aroutinov obtient[32] l'adoption d'une décision « sur la déportation des kolkhoziens et des autres populations d’Azerbaïdjanais hors de la RSS d'Arménie vers les basses-terres de Kyra-Araskaia de la RSS d'Azerbaïdjan », par le Conseil des ministres de l'URSS, avec, comme conséquence, la déportation de près de 100 000 Azerbaïdjanais[33] « suivant leur propre bon vouloir » (en fait une déportation)[34],[35],[36] en Azerbaïdjan. 10 000 personnes sont déportées en 1948, 40 000 en 1949 et 50 000 en 1950[37].

Déportation des Grecs[modifier | modifier le code]

Région des grecs pontiques.

En 1942, 1944 et 1949, les grecques Pontiques des régions soviétiques de la Mer Noire, du Kraï de Krasnodar et d'Abkhazie où la plupart d'entre-eux vivent regroupés, du Caucase et par delà le Caucase de Transcaucasie et aussi de Crimée, sont envoyés en Sibérie et dans les steppes du Kazakhstan.

Ils sont transportés dans des wagons de marchandises. Au préalable, tous leurs biens sont donnés à la population locale qui n'est pas comprise dans les expulsés de l'ordonnance. Au cours de la déportation des gens meurent de diverses maladies, l'eau et la nourriture faisant défaut. Ils se désaltéraient pendant les temps d'arrêt dans différents puits qui, souvent, sont plutôt des flaques et des mares insalubres. Les enfants, surtout, sont contaminés par ces eaux stagnantes.

Suivant la décision du Comité de défense gouvernemental ce sont par la suite, non seulement les Grecs, mais aussi les Bulgares et les Arméniens qui sont déportés. Il s'agit de l'arrêté Gko-ГКО № 5984сс, du 12 juin 1944qui édicte :

« Le NKVD d'URSS (Camarade Beria), en plus de l'expulsion par l'ordre numéro GKO 5859ss, du 11 mai 1944 concernant les Tatars de Crimée, sont expulsées du territoire de la République autonome de Crimée 37 000 personnes qui sont des collaborateurs des allemands au nombre desquels se trouvent des Bulgares, des Grecs et des Arméniens »

. Parmi ceux-ci il y a 15 000 Grecs.

En 1956, beaucoup de survivants revinrent chez eux.

Déportation des Meskhètes[modifier | modifier le code]

Localisation de Samtskhé-Djavakhétie en Géorgie.
Article détaillé : Samtskhé-Djavakhétie.

Le 24 juillet 1944, Beria, dans sa lettre répertoriée (№ 7896), s'adresse à Staline en ces termes :

« Au fil des années, une partie importante de cette population, attachée aux habitants des régions frontalières de la Turquie par des liens familiaux, par des liens sociaux, développe des idées d'émigration, s'occupe de contrebande, sert les organes turcs de recrutement d'espions, implante du banditisme[38]. »

Il fait remarquer que « Le NKVD d'URSS estime qu'il convient de déporter d'Akhaltsikhe, d'Akhalkalaki, d'Adigen, d'Aspindza, du raïon de Bogdanov, certains conseils ruraux de la république autonome d'Adjarie, 16 700 fermiers Turcs, Kurdes, Khemshines ». Le 31 juillet, le Comité de défense national adopte la résolution № 6279 « top-secret », sur l'expulsion de 45 516 Turcs-Meskhètes de Géorgie vers le Kazakhstan, la Kirgysie et l'Ouzbékistan, comme indiqué dans les documents spéciaux du NKVD d'URSS[39]. Ce sont Koboulov, Papava et Karanadzé qui sont désignés par Beria pour diriger l'opération pour laquelle ils ne disposeront que de 4 000 collaborateurs du NKVD.

Déportations de citoyens des États Baltes[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Opération Priboi.

Plusieurs déportations sont organisées par les pouvoirs soviétiques entre 1941 et 1949 : Lituanie, Lettonie, Estonie. Le nombre total des personnes déportées ou arrêtées lors de la première déportation est compris entre 200 000 et 300 000 et à 95 000 lors de la seconde, selon l'association « Mémorial ».

Condition des peuples déportés[modifier | modifier le code]

En 1948 un décret fut pris qui interdisait aux Allemands, et à dautres peuples déportés comme les Kalmouks, Ingouches, Tchétchènes, Finlandais, etc. de quitter la région où ils avaient été déportés pour retourner chez eux. Ceux qui ne respectaient pas cette interdiction étaient condamnés à 20 ans de travaux forcés. Il faut remarquer que les déportés n'étaient pas privés du droit d'être membre et de voter au sein du Parti communiste de l'Union soviétique et du Komsomol.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Les déportations de ces peuples causent des préjudices énormes en URSS, à l'économie du pays, à sa culture, aux traditions des peuples. Elles interrompent l'établissement de rapports économiques et culturels entre les peuples et déforment le sentiment de conscience nationale de masse. L'autorité du pouvoir de l'état est sapée et les mauvais aspects du comportement du gouvernement en matière de relations entre les peuples se montre au grand jour.

L'implosion de l'URSS, dans les années 1990, peut, dans une certaine mesure, être attribuée aux tragédies vécues par ces peuples à l'époque de Staline.

Rôle des chefs suprêmes de l'URSS dans l'organisation des déportations[modifier | modifier le code]

Les décisions de déportations sont prises au niveau de la direction du parti et du gouvernement, à l'initiative du Guépéou et du NKVD, qui décident des déportations sans intervention ni compétence des tribunaux, ce qui distingue peu le système de déportation du système de camps de travail forcé et des colonies pénitentiaires. D'après les historiens, c'est Lavrenti Beria, commissaire du peuple aux affaires intérieures de l'URSS qui est le principal organisateur des déportations. C'est de lui qu'émanent les recommandations de procéder à des déportations.

Le 10 mai 1944, Lavrenti Beria adresse des propositions de déportations à Staline. Un des motifs exposés est la prétendue « traîtrise des Tatars à l'égard du peuple soviétique ».

La décision du comité national de la défense sur la déportation des Tatares de Crimée est prise les 11 et 21 mai 1944. Une décision de déporter les Tatares de Crimée et les grecs des territoires du Kraï de Krasnodar et de l'Oblast de Rostov est datée, elle, du 29 mai 1944.

Le 24 juillet 1944, Beria écrit à Staline pour exposer les motifs de déportations hors de Géorgie, en faisant remarquer que ces « mesures sont en accord avec le Comité central du parti communiste de Géorgie et du Conseil des commissaires de la république de Géorgie ». La décision de mettre en œuvre le projet est, après examen, signée par Staline lui-même.

Réhabilitation[modifier | modifier le code]

Le 17 janvier 1956, le décret du Praesidium du Soviet suprême, sur la levée des mesures prises concernant les Polonais déportés en 1936, est publié ;le 17 mars 1956, concernant les Kalmouks, le 27 mars, concernant les Grecs, les Bulgares et les Arméniens ; le 18 avril|, celles concernant les Tatares de Crimée, les Balkhars, les Meskhnètes, les Kurdes et les Hémichis ; le 16 juillet, les Tchétchènes, les Ingouches, les Karatchaïs. Tous sont, jusqu'alors, privés du droit de retourner dans leur patrie.

En 19571958, le principe de l'autonomie nationale des Kalmouks, des Tchétchènes, des Ingouches, des Karatchaïs et des Balkares est instauré ; il est permis à ces peuples de retourner dans leur territoire historique. Ce retour ne se passe pas sans difficultés, à ce moment, et par la suite, en produisant des conflits nationaux. Ainsi commencent les heurts entre les Tchétchènes qui reviennent chez eux et les populations installées dans l'Oblast de Grozny par les russes durant leur absence. De même, entre les Ingouches en Ossétie du Nord et les Ossètes de la même région.

Cependant, une partie significative des peuples déportés (Allemands de la Volga, Tatares de Crimée, Turcs-Meskhètes, Grecs, Coréens et autres encore…) ne peuvent ni revenir dans leurs terres natales, ni obtenir leur autonomie nationale (pour autant qu'ils n'aient jamais pu l'obtenir auparavant).

Le 29 août 1964, soient 23 ans après le début des déportations, le Præsidium du Soviet suprême, par son décret du 29.08.1964 № 2820-VI, déclare non fondées les accusations contre la population des Allemands de la Volga. Mais, par contre, le décret supprimant les limitations à leur liberté de revenir chez eux, là d'où ont les avait déportés, n'est pris qu'en 1972.

Au milieu des années 1960, le processus de réhabilitation des peuples condamnés est presque achevé. Et, surtout, des mesures commencent à être prises dans le but d'effacer les crimes de Staline[40].

Les années de perestroïka[modifier | modifier le code]

Les problèmes des peuples accusés, de manière non fondée, d'intelligence avec l'ennemi par le pouvoir soviétique et leur déportation ne devient un sujet d'attention de l'opinion publique que dans les années de la perestroïka. Un des premiers pas vers le rétablissement de la justice, à l'égard de ces peuples opprimés, est la déclaration du Soviet suprême de l'URSS du 14 novembre 1989, « De la prise en considération du caractère illégal et criminel des actes commis contre les peuples soumis à la déportation forcée et de leur rétablissement dans leurs droits », suite à laquelle est réhabilitée toute une série de peuples contre lesquels des actes illégaux avaient été commis au niveau du pouvoir de l'état lui-même, tels que des génocides, des déportations, l'instauration de régimes de terreur, la suppression de l'enseignement national du peuple[41].

En 1991, la loi sur la réhabilitation des peuples opprimés reconnait le caractère diffamatoire et génocidaire de leurs déportations. La loi reconnait encore le droit à la redéfinition des frontières des territoires tels qu'ils avaient existé jusqu'au moment où leur tracé avait été modifié ; le droit au rétablissement de l'enseignement national tel qu'il avait existé auparavant et encore la réparation des dégâts et dommages provoqués par l'État.

Cette « Loi sur la réhabilitation des peuples opprimés » est appelée, par Moukharbek Didigov, le triomphe du rétablissement de la vérité historique. Selon lui, la prise en considération de l'illégalité des actes commis par les pouvoirs de l'État contre des citoyens innocents est une preuve du développement des institutions démocratiques, qui a une signification morale particulière pour les peuples opprimés. Cette loi apporte, à son avis, la conviction que de tels actes ne se reproduiront plus[42].

Suite à cette loi initiale, une série d'arrêtés sont pris. Parmi eux, celui du 16 juillet 1992, sur la réhabilitation des Cosaques ; celui du 1er avril 1993, sur la réhabilitation des coréens russes ; celui du 24 janvier 1992, sur les peuples du Dagestan et du 29 juin 1993 sur la réhabilitation des finlandais.

15 ans après la reconnaissance des ses responsabilités par l'URSS en février 2004, le Parlement européen prend acte de la déportation des Tchétchènes, des Ingouches et des actes de génocide de 1944[43].

Le 24 septembre 2012, les députés du parti « Russie Unie » déposent à la Douma un projet de loi destiné à accorder des aides complémentaires aux représentants des peuples anciennement opprimés. Les auteurs du projet demandent de prélever du budget 23 milliardsde roubles pour aider les prisonniers politiques. Cet argent doit servir à verser des rentes mensuelles et des compensations pour des pertes matérielles, à hauteur de 35 000 roubles[44].

Liens externes[modifier | modifier le code]

Autres liens[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Elles touchaient non pas une personne concrète, mais un groupe de personnes répondant à des critères apparents
  2. actuellement le nom Meskhétie est devenu Samtskhé-Djavakhétie

Références[modifier | modifier le code]

  1. (ru) Вестник Архива Президента Российской Федерации. 1995, № 1. — С. 123—130; Хрестоматия по отечественной истории (1946—1995): Учебное пособие / Под ред. А. Ф. Киселёва, Э. М. Щагина. — М.: ВЛАДОС, 1996. — С. 310—323.(écrits de la commission du Comité central du PC. liés à la répression dans les années 1930-1940 réunis par A.Kiseliova)
  2. (ru) Pavel Polian, Сталинские депортации. 1928-1953, vol. 5, М., МФД, Материк,‎ 2005 (ISBN 5-85646-143-6), Депортации и этничность(Pavel Polian déportations et ethnicité)
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