Friedrich Paulus

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Friedrich Paulus
Image illustrative de l'article Friedrich Paulus

Naissance 23 septembre 1890
Guxhagen, Drapeau de l'Empire allemand Empire allemand
Décès 1er février 1957 (à 66 ans)
Dresde, Allemagne
Origine Allemand
Allégeance Flag of the German Empire.svg Empire allemand
Flag of Germany.svg République de Weimar
Flag of German Reich (1935–1945).svg Troisième Reich
Arme War Ensign of Germany 1938-1945.svg Wehrmacht
Grade Generalfeldmarschall
Années de service 19101943
Conflits Première Guerre mondiale,
Seconde Guerre mondiale
Commandement 10earmée allemande
6e armée allemande
Faits d'armes Campagne de Pologne
Bataille de France
Opération Barbarossa
Opération Fall Blau
Bataille de Stalingrad
Distinctions Croix de fer
Friedrich Paulus sur le front de l'Est en 1942

Friedrich Wilhelm Ernst Paulus (23 septembre 1890-1er février 1957) est un maréchal allemand qui s'illustra au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Il mena en 1942 la 6e Armée allemande jusqu'à Stalingrad, où il fut encerclé et défait par les armées soviétiques. Paulus fut fait prisonnier le 31 janvier 1943.

Collaborant avec ses anciens ennemis, il devint très critique à l'égard du régime nazi, servant la propagande de guerre soviétique. Il fut un témoin à charge lors des procès de Nuremberg.

Jeunesse et Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Friedrich Paulus est né à Guxhagen[1] en Hesse-Nassau, fils de Ernst Paulus, professeur d'école et de Bertha Nethelbeck. On accole quelquefois, à tort, la particule nobiliaire von à son nom, un grand nombre de généraux étant issus des rangs de l'aristocratie prussienne, alors que Paulus venait d'un milieu relativement humble. Il essaya sans succès d'entrer comme cadet dans la marine impériale, puis étudia brièvement le droit à l'université de Marbourg.

Après avoir quitté l'université sans diplôme, il rejoignit le 111e régiment d'infanterie comme cadet en février 1910. Il épousa Elena Rosetti-Solescu (ro) le 4 juillet 1912, dont il eut trois enfants. Ce mariage lui ouvrit les portes des milieux aristocrates allemands, sa femme étant de souche de la noblesse roumaine. Dès lors, sa carrière s'en trouva accélérée. C'était avant tout un officier d'état-major plus que de terrain.

Au déclenchement de la Première Guerre mondiale, son régiment participa à l'offensive allemande sur le front français. Il combattit dans les Vosges et autour d'Arras à l'automne 1914. Après une absence du front pour maladie, il rejoignit l'Alpenkorps comme officier d'état-major, servant en Macédoine, en France et en Serbie. Il termina la guerre comme capitaine.

Entre-deux-guerres[modifier | modifier le code]

Après l'Armistice, Paulus combattit avec les Freikorps dans l'est comme adjoint de commandant de brigade. Il resta dans des grades subalternes de la nouvelle Reichswehr créée après le traité de Versailles et fut assigné au 13e régiment d'infanterie comme commandant d'une compagnie. Il servit à différentes fonctions d'état-major pendant plus d'une décennie (1921-1933) puis commanda brièvement un bataillon motorisé (1934-1935) avant d'être nommé responsable d'état-major au quartier général des Panzer en octobre 1935, une nouvelle formation sous le commandement du général Oswald Lutz qui dirigeait l'entraînement et le développement des trois divisions panzer de l'armée.

En février 1938, Paulus fut nommé Chef des Generalstabes du nouveau XVIe corps d'armée (Motorisiert), qui succédait au commandement de Lutz. Guderian qui le décrivit comme « brillamment intelligent, consciencieux, travailleur, original et talentueux », avait des doutes sur sa capacité de décision, sa dureté. Il resta dans cette fonction jusqu'en mai 1939 quand il fut promu Generalmajor (l'équivalent de général de brigade) et devint chef d'état-major pour la 10e armée allemande, alors commandée par le général Walter von Reichenau.

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Avec cette unité, il servit lors de l'invasion de la Pologne, en septembre 1939, puis sur le front de l'Ouest, lors de l'offensive sur les Pays-Bas et la Belgique (pour celle-ci, son unité avait été renommée en 6e Armée).

Paulus fut promu Generalleutnant (l'équivalent de général de division) en août 1940 et, le mois suivant, nommé adjoint au chef d'état-major général, Franz Halder. Dans ce rôle, il contribua par son expertise de l'arme blindée à l'élaboration des plans pour l'invasion de l'Union soviétique.

Paulus était également chargé de missions diplomatiques auprès des Hongrois, des Finlandais, des Italiens. Il se rendit en Libye, en 1941, pour enquêter sur les initiatives intempestives d'Erwin Rommel.

Nommé général des troupes blindées, il prit le commandement de la 6e Armée le 5 janvier 1942, alors qu'il n'avait jamais commandé un Corps ni même une Division. Il subit 3 mois d'offensives soviétiques pendant l'hiver 1942. Sa hiérarchie le jugeait « un homme assez ordinaire[bbg 1] ».

Paulus semble avoir eu des rapports distants avec l'idéologie nazie. Il refusa d'appliquer l'« ordre sur les commissaires » qui affranchissait explicitement les troupes allemandes de la Convention de Genève. Il fit rapporter les mesures féroces contre les civils russes, juifs en particulier, qui avaient été édictées par son prédécesseur von Reichenau. Paulus semble, dans l'ensemble, avoir été apolitique, ni partisan ni opposant au régime nazi[bbg 2].

Stalingrad[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille de Stalingrad.

Paulus fut promu General der Panzertruppen (général des troupes blindées). Il devint commandant de la 6e Armée allemande, en janvier 1942, et conduisit l'offensive jusqu'à Stalingrad.

Il progressa le long du Don et jusqu'à la Volga de juillet à septembre 1942, en menant une série de batailles d'encerclement contre les armées soviétiques[bbg 3]. Il lança alors ses troupes à l'assaut de Stalingrad trois fois de suite, sans arriver à contrôler totalement la ville.

Paulus suivit les ordres de Hitler de ne pas évacuer la position allemande à Stalingrad quoi qu'il arrive et malgré son encerclement par de puissantes formations soviétiques en novembre 1942. Le significatif effort du groupe d'armée du Don sous les ordres du maréchal Erich von Manstein pour faire la jonction échoua en décembre 1942. Paulus n'eut jamais l'autorisation de faire une sortie, même lors de l'opération de secours de Manstein. Après guerre, les généraux allemands lui reprochèrent de n'avoir rien tenté[2]. Les historiens pensent aujourd'hui qu'à part peut-être le tout premier jour après l'encerclement, une sortie n'était guère faisable à cause du manque d'essence dans la poche, et que la 6e Armée n'avait que les moyens de se défendre sur place[3]

Les troupes assiégées de Paulus résistèrent jusqu'au début février 1943. Le manque de ravitaillement en vivres, munitions, essence, la détérioration de l'équipement et de la condition physique des soldats allemands, la rigueur de l'hiver, et bien sûr les assauts soviétiques eurent raison des défenseurs. Paulus refusa plusieurs offres de reddition présentées à partir du 8 janvier 1943 par le général Konstantin Rokossovsky, commandant du front du Don de l'armée rouge.

Alors que les combats touchaient à leur fin, Hitler promut Paulus Generalfeldmarschall le 30 janvier 1943, sans doute pour le décourager de toute reddition : aucun maréchal de l'armée allemande ne s'étant jamais rendu, Hitler attendait de Paulus qu'il se suicidât plutôt que de tomber aux mains de l'ennemi.

Malgré cela, Paulus et son état-major se rendirent le lendemain, le 31 janvier 1943. Le 2 février, les restes de la 6e Armée allemande capitulèrent ; 2500 officiers et 24 généraux.furent faits prisonniers. Mikhail Stepanovich Shumilov, commandant de la 7e Armée de la Garde lors de l'Opération Uranus, mena l'interrogatoire du maréchal Paulus.

Prisonnier, bien qu'ayant d'abord refusé de collaborer avec les Soviétiques, Paulus devint après l'attentat du 20 juillet contre Hitler une voix critique contre le régime nazi, rejoignant le Comité national pour une Allemagne libre, parrainé par les Soviétiques et appelant les Allemands à se rendre.

Témoin de l'accusation à Nuremberg[modifier | modifier le code]

L'annonce des procès contre les principaux criminels de guerre allemands suscita en novembre 1945 une grande agitation parmi les officiers capturés qui avaient combattu à Stalingrad : un des chefs d'accusation concernait le meurtre de 40 000 civils. Les subordonnés de Paulus rejetaient toute responsabilité et se retranchaient derrière ses ordres. C'est ce qui poussa sans doute Paulus à collaborer avec l'Union Soviétique : il fit savoir à l'officier de liaison du NKVD qu'il souhaitait témoigner au sujet de la préparation de la campagne de Russie et de ce qu'il savait sur le Gouvernement général.

Sous le pseudonyme de Satrap et sous protection soviétique, il fut emmené discrètement en Allemagne au début de 1946 et fut, le 11 février, témoin de l'accusation devant le tribunal. Il expliqua son propre rôle lors de la préparation de l'opération Barbarossa et sur son caractère de guerre de conquête et de destruction que les accusés ne pouvaient pas ignorer. Interrogé sur les principaux coupables, il désigna Wilhelm Keitel, Alfred Jodl et Hermann Göring. La défense n'arriva pas à affaiblir ses affirmations en lui reprochant son propre rôle dans l'État-major général, dans la 6e Armée et dans le NKVD, car le juge ne considéra pas ces aspects comme importants. La déclaration de Paulus satisfaisait parfaitement les attentes des responsables soviétiques, mais Paulus n'obtint à vrai dire rien en échange. Il lui fut interdit de dire au revoir à sa femme gravement malade : on n'en voyait pas l'utilité. Celle-ci mourut en 1949 sans avoir revu son mari.

L'attitude du feld-maréchal ne convainquit pas les soldats et les officiers prisonniers des Russes : la plupart le tenaient pour quelqu'un de méprisable et estimaient qu'il n'était pas moins coupable que Keitel, Jodl et Göring. Pour cette raison, plusieurs pensaient qu'il passerait lui-même ensuite en jugement. Après son retour, Paulus ne fut pas ramené au camp, mais installé dans une datcha à Tomilino. Il y retrouva les généraux Vincenz Müller et Arno von Lenski ainsi que son officier d'ordonnance, le colonel Adam. En convalescence après une tuberculose pulmonaire, ils passèrent deux mois en Crimée pendant l'été 1947. Leur régime changea en 1948, quand – contrairement à Paulus lui-même – ses compagnons furent relâchés et qu'on ne laissa avec lui que deux prisonniers de guerre allemands comme cuisinier et comme ordonnance. Cette situation et les mauvaises nouvelles sur la santé de sa femme, aristocrate roumaine, provoquèrent chez lui une dépression. Aussi, en juin 1948, demanda-t-il à être rapatrié en zone orientale de l'Allemagne, car il voulait aider à la construction d'une Allemagne démocratique étroitement liée à l'Union Soviétique. Apparemment, il escomptait avoir ainsi des chances plus grandes d'être libéré ; mais sa demande resta sans réponse. Paulus avait le sentiment que l'on avait commencé à instruire contre lui. Les sorties au théâtre de Moscou ne lui étaient plus permises, il ne recevait plus la visite de fonctionnaires et on lui avait enlevé sa radio sous un prétexte quelconque. Cependant, en 1949, bien qu'il existât contre lui des charges assez lourdes, il n'était toujours pas accusé.

La mort de sa femme en novembre 1949 lui fut cachée pendant quatre semaines : on voulait éviter que Paulus refusât désormais d'aller vivre en RDA, puisque le fils et la fille qui lui restaient habitaient tous deux en RFA. Pour cette raison, si on donna un accord de principe à une nouvelle demande en mai 1950, la permission définitive n'arrivait toujours pas. On lisait dans un rapport de 1953 : « Le rapatriement de Paulus est repoussé jusqu'à un ordre exprès, on n'a plus à en parler. » Il ne pouvait être question pour lui de s'installer qu'en Allemagne de l'Est, puisqu'à l'ouest son image était très mauvaise à la suite d'un roman de Theodor Plivier, dont le thème était les évènements de Stalingrad ; du reste, il aurait pu être accusé devant un tribunal d'Allemagne de l'Ouest. En septembre 1953, il eut encore une entrevue avec Walter Ulbricht, au cours de laquelle on parla de son retour. Avant que Paulus ne montât dans le train pour Francfort-sur-l'Oder avec ses deux domestiques le 24 octobre 1953, il écrivit une nouvelle fois pour parler de son dévouement envers l'Union Soviétique, ce qui, aux yeux du public allemand, fit définitivement de lui un traître qui avait tourné casaque.

Ses dernières années[modifier | modifier le code]

Friedrich Paulus à une conférence de presse à Berlin en 1954.

Le 26 octobre 1953, Paulus foula le sol allemand pour la première fois depuis 1946 : sur le quai, l'attendaient Arno von Lenski et Wilhelm Adam. Ils se rendirent ensuite à Berlin-Est à une réception officielle donnée par la direction de l'État et du parti de RDA.

Son nom avait gagné en importance depuis que Konrad Adenauer, le chancelier fédéral, avait ancré à l'Ouest la RFA. Apparemment, on voulait lui opposer des figures connues qui soutenaient la RDA. On le logea donc dans une villa de Dresde, dans le quartier de Weisser Hirsch, et il reçut le privilège de porter une arme et de disposer d'une voiture d'Allemagne de l'Ouest, une Opel Kapitän. Il n'en fut pas moins soumis, après son arrivée, à la surveillance de la Stasi : tous ses employés appartenaient aux services secrets, son courrier était espionné, son téléphone et son logement surveillés.

En RDA, on ne lui donna aucun poste où il aurait pu avoir de l'influence. Sa fonction officielle était de diriger le bureau de recherche d'histoire de la guerre à la Haute École de la Police populaire en caserne (il fut, entre autres, l'un des principaux auteurs des instructions de service de l'Armée populaire nationale de la RDA). Paulus s'occupait dans ses écrits et à l'occasion de conférences de la bataille de Stalingrad. Pour le reste, il menait la vie des notables locaux et passait volontiers des soirées entre vieux soldats. De fait, il avait alors des difficultés à établir le contact avec ses compatriotes et s'entendait mieux avec les généraux soviétiques.

En 1955, il fut associé à l'initiative « Rencontres panallemandes entre officiers », qui visait à empêcher le réarmement des deux Allemagnes. Lors de cette initiative, il s'efforça d'obtenir la libération des derniers prisonniers de guerre. Pour cela, il s'adressa à la direction de la RDA qui n'y avait aucun intérêt. La deuxième rencontre appela à la résistance nationale contre la politique menant à une séparation durable de l'Allemagne. Cet appel, ainsi que la participation d'officiers de la Waffen-SS, amenèrent la RDA à faire cesser ces rencontres.

Par la suite Paulus se retira de la vie publique, avant tout pour des raisons de santé : depuis 1955-56, il souffrait de paralysie bulbaire avec sclérose latérale amyotrophique, une affection du système nerveux central qui conduit à la paralysie des muscles en toute lucidité intellectuelle. L'aggravation rapide de son état de santé l'empêcha de terminer une étude sur la bataille de Stalingrad. Il mourut vers la fin de l'après-midi le 1er février 1957 dans sa villa de Dresde et fut inhumé avec les honneurs militaires au cimetière de Dresde-Tolkewitz. Sa tombe fut ensuite déplacée au cimetière de Baden-Baden aux côtés de celle de sa femme.

Paulus ou von Paulus[modifier | modifier le code]

La particule « von » est occasionnellement accolée au nom de Paulus, bien que ce soit une erreur, Paulus n'étant pas noble. La confusion vient à la fois du mariage de Paulus – avec une femme de famille noble –, du fait que nombre de figures de la Wehrmacht étaient nobles (Erich von Manstein, Gerd von Rundstedt, von Leeb, von Bock), et de la réputation qu'on lui a faite dans les cercles mondains d'avoir une prestance noble (par ses manières policées et son port altier).

Sources[modifier | modifier le code]

  • Jean Lopez, Stalingrad, la bataille au bord du gouffre, Economica, 2008.
  1. p. 199.
  2. p. 200.
  3. p. 148-164.
  1. Il est dit parfois à Breitenau, mais c'est juste un lieu-dit dans la commune de Guxhagen.
  2. Lost Victories, p. 337 et suivantes, Manstein, 1955.
  3. voir à la fois When Titan Clashed, p. 134, Glantz et House, University Press of Kansas, 1995 ; Russia's War, p. 181, Richard Overy, Penguin Books 1997 ; Stalingrad, la bataille au bord du gouffre, p. 356, Jean Lopez, Economica 2008.

Références[modifier | modifier le code]