Bataille de Königsberg

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Bataille de Königsberg
Informations générales
Date 6 avril 1945 – 9 avril 1945
Lieu Königsberg, Prusse-Orientale, Allemagne
(maintenant Kaliningrad, Russie)
Issue Victoire Soviétique
Belligérants
Drapeau de l'Allemagne nazie Allemagne Flag of the Soviet Union (1923-1955).svg Union soviétique
Commandants
Drapeau de l'Allemagne nazie Otto von Lasch Drapeau de l'URSS Aleksandr Vasilevsky
Drapeau de l'URSS Konstantin Rokossovsky
Forces en présence
35 000 - 130 000 250 000
Pertes
50 000 morts
80 000 prisonniers
moins de 60 000 morts
Seconde Guerre mondiale
Batailles
Front de l’Est

Campagne de Pologne · Guerre d’Hiver · Opération Barbarossa · Guerre de Continuation · Bataille de Białystok–Minsk · Opération Silberfuchs · 1re bataille de Smolensk · Bataille de Kiev · Siège d'Odessa · Siège de Léningrad · Offensive de Siniavino · Campagne de Crimée · Bataille de Moscou · Seconde bataille de Kharkov · Bataille du Caucase (Opération Fall Blau) · Poche de Demiansk · Poche de Kholm · Bataille de Stalingrad · Opération Uranus · Opération Mars · Opération Saturne · Opération Iskra · Offensive Ostrogojsk-Rossoch · Offensive Voronej-Kastornoe · Bataille de Krasny Bor · Troisième bataille de Kharkov · Bataille de Koursk · 2e bataille de Smolensk · Bataille du Dniepr · Offensive Dniepr-Carpates · Offensive de Crimée · Opération Bagration · Offensive Lvov-Sandomierz · Insurrection de Varsovie · Soulèvement national slovaque · Guerre de Laponie · Bataille de Budapest · Offensive de Poméranie orientale · Siège de Breslau · Offensive de Prusse-Orientale · Offensive Vistule-Oder · Bataille de Königsberg · Offensive Vienne · Bataille de Seelow · Bataille de Bautzen · Bataille de Berlin · Insurrection de Prague · Offensive Prague · Bataille de Slivice · Capitulation allemande


Front d’Europe de l’Ouest


Campagnes d'Afrique, du Moyen-Orient et de Méditerranée


Bataille de l’Atlantique


Guerre du Pacifique


Guerre sino-japonaise


Théâtre américain

La bataille de Königsberg (6-9 avril 1945) est une opération de guerre stratégique qui opposa les forces armées soviétiques aux forces armées allemandes à la fin de la Seconde Guerre mondiale dans le but de liquider les poches de résistance allemande dans la ville et de s'emparer de la citadelle de Königsberg en Prusse-Orientale. La ville avait déjà été totalement détruite par les bombardements aériens anglo-américains des 26 et 27 août 1944 et des 29 et 30 août 1944. C'était donc la dernière phase de la campagne de Prusse-Orientale qui eut lieu du 13 janvier au 25 avril 1945. Königsberg se trouvait alors loin derrière le front qui l'avait dépassée depuis mars.

Prémices[modifier | modifier le code]

Le commandement allemand avait pris toutes les mesures nécessaires pour préparer la citadelle de Königsberg à un long siège. Hitler l'appelait « le bastion absolument imprenable de l'âme allemande ». Des petites unités souterraines de fabrication d'armes, des dépôts de munitions et un grand nombre d'arsenaux se trouvaient dans les ruines de la ville et dans certains quartiers résidentiels périphériques non détruits. La citadelle, quant à elle, se trouvait en plein centre de l'ancienne capitale teutonique et cette dernière était entourée de trois enceintes fortifiées, de valeur médiocre [1].

La première enceinte entourait Königsberg à 6-8 kilomètres du centre-ville, avec des tranchées, des fossés anti-chars, et des champs de mines, et elle reliait quinze fortins entre eux qui avaient été construits en 1882. Chacun de ces fortins abritait entre 150 et 200 hommes avec une quinzaine d'armements lourds.

La deuxième enceinte se trouvait aux abords de la ville et constituait en des bâtiments de pierre, des barricades, des points de tir pour faire feu aux croisements des routes, ainsi que des champs de mines.

La troisième enceinte se trouvait autour de la vieille ville avec neuf bastions, des tours, des ravins[2].

Une dernière enceinte, improvisée à partir de janvier 1945, est aménagée dans la ville : constituée d'immeubles murés, cette défense est renforcée par des postes de tirs aménagés, des positions d'artillerie et de mortiers et de petits forts[1]. De plus, les principaux axes sont barrés par des champs de mines et des barrages dont certains sont électrifiés[3]

Pour neutraliser les forces allemandes, les soviétiques devaient donc porter leur attaque en même temps au sud et au nord afin d'effectuer une double percée. C'est la même tactique qui fut utilisée pour prendre le port de Pillau au bord de la Baltique.

L'opération elle-même fut précédée d'attaques tactiques d'artillerie.

Königsberg, fort enjeu au printemps 1945[modifier | modifier le code]

Promise à l'URSS par Churchill[4], la ville est destinée à être âprement discutée par les belligérants. Érigée en forteresse par Hitler, mais abandonnée par le Gauleiter Koch dès le 28 janvier[5], la ville est défendue par 53 000 soldats[1].

Forces en présence[modifier | modifier le code]

Il y a 250 000 hommes du côté soviétique et 130 000 hommes du côté allemand.

URSS

Les forces sont commandées par le maréchal Vassilievski, à la tête du 3e front biélorusse auquel s'ajoute le 1er front balte sous les ordres du général Bagramian, tandis que l'aviation est commandée par le maréchal d'aviation Novikov. Selon les consignes de Bagramian, les unités sont reconstituées afin d'être utilisées au mieux dans le combat urbain qui se prépare[6] : les groupes d'assaut ainsi constitués reçoivent une formation au combat urbain donnée par des vétérans de Stalingrad, repérés sur ordre de Bagramian en personne[6]. De plus Bagramian et Vassilievski utilisent au mieux, au profit de l'Armée Rouge, les méthodes de coordination interarmes mises au point par les Allemands[7].

250 chars de combat, 5 000 pièces d'artillerie, 2 444 avions[8]

Allemagne

Les forces allemandes sont commandées par le général Otto von Lasch, commandant de la forteresse de Königsberg. Amputées de leurs meilleurs éléments, les forces allemandes sont commandées par des généraux qui se querellent non seulement autour des unités encore disponibles, mais aussi sur les objectifs des unités soviétiques[9].

108 chars (dont 13 Tigre II), 1 000 pièces d'artillerie, 170 avions[4].

Planification soviétique[modifier | modifier le code]

Bagramian donne à ses subordonnés 5 jours pour conquérir la ville, au moyen d'une attaque en pince partant à la fois du Nord Ouest et du Sud[8].

Déroulement des opérations[modifier | modifier le code]

Premier jour[modifier | modifier le code]

Début de l'opération

Des tirs d'artillerie intenses et nourris du côté soviétique commencent avant l'aube à frapper la partie sud du front pendant trois heures.

L'attaque commence aussi à l'aube du 6 avril 1945 du côté nord. La bataille se déroule dans la matinée à l'avantage des Soviétiques, car la 39e et la 43e armées défont avant midi la première ligne de défense allemande et endommagent gravement plusieurs points de la seconde enceinte. Cependant dans l'après-midi l'avance soviétique se fait plus lentement à cause des attaques continuelles du 28e corps d'armée allemand. D'autre part le fortin no 5, qui est le plus défendu et le plus solidement armé, fait preuve de résistance, ce qui oblige les Soviétiques à entreprendre une tactique d'isolement du fortin, tandis que les troupes continuent d'avancer et que les troupes de réserve préparent l'assaut en l’encerclant. La 39e armée et la 43e armée cessent leur progression au crépuscule et se positionnent sur la nouvelle ligne de combat.

Du côté sud, la 11e armée attaque la première ligne de défense de façon continue, alors qu'elle est soumise à un bombardement intensif. La deuxième ligne de défense est atteinte à midi. Des combats acharnés ont lieu autour du fortin no 8 qui avait résisté aux attaques de l'artillerie du matin et qui possède aussi un système de défense par des tranchées profondes, rendant difficile une avancée rapide. Toutefois en début de soirée un groupe de sapeurs réussit à franchir les fossés et à mettre en place des explosifs pour entamer la muraille. Mais le combat cesse à la nuit tombée, permettant aux deux côtés de retrouver leurs propres troupes et de faire monter les troupes de réserve en première ligne. Le temps est particulièrement pluvieux et venteux : aussi les Soviétiques ne réussissent-ils pas à progresser autant qu’ils l’auraient souhaité. Leurs tirs d'artillerie ont des difficultés à s'ajuster à cause du manque de visibilité.

Deuxième jour[modifier | modifier le code]

Les Allemands tentent plusieurs fois de contre-attaquer pendant la nuit. Les pertes de part et d'autre sont déjà importantes, mais le combat continue et les Allemands sont repoussés. La bataille est acharnée du côté de la péninsule de Sambie (Samland en allemand), dans l'arrondissement du Samland où se trouvait le 28e corps d'armée allemand. Les conditions météorologiques s'améliorent au petit matin et favorisent l'Armée rouge qui recommence ses bombardements systématiques, cette fois-ci plus fortement sur ce qui restait du centre-ville. L'artillerie n'agit pas seule, car elle est appuyée par la 1re armée, la 3e armée et la 15e armée d'aviation. Les Allemands n'ont pratiquement plus d'aviation, seulement une centaine d'avions, contre 2 400 du côté soviétique...De plus l'aviation navale soviétique de la flotte de la Baltique entre en jeu ainsi que 516 bombardiers de 18e armée aérienne. La tête de pont tenue par les soldats allemands sur la péninsule est bombardée.

Entretemps sur le côté sud, le fortin no 8 est plus difficile à conquérir. C'est alors que les Soviétiques décident, au vu du nombre de tués, d'envoyer plusieurs centaines de soldats pour traverser les fossés et de les soutenir au lance-flamme, dont l'action transforme les soldats allemands en torches vivantes; une âpre bataille s'engage alors à l'intérieur même du fortin. Les Allemands combattent jusqu'au bout, tandis que les soldats soviétiques, toujours plus nombreux, réussissent à détruire les moyens de défense allemands. La lutte ne cesse qu'au prix de cruels combats des deux côtés et au moment où les Allemands sont submergés par le nombre.

La 11e armée se rend vers le fleuve Pregel et le centre-ville. Elle détruit systématiquement les restes de bâtiments pouvant abriter des moyens de défense allemands, et abat tout aussi systématiquement le moindre ennemi à sa portée, militaire ou rare civil resté à Kœnigsberg. Mais ces combats de rues dans des amas de ruines sont particulièrement difficiles et la progression des Soviétiques se fait lentement. L'un des pires épisodes de cette bataille se situe autour de la gare ferroviaire qui se solde par de nombreux morts du côté soviétique comme du côté allemand. La 11e armée réussit en fin de compte à joindre le Pregel dans la soirée et ferme ainsi au sud toutes les voies d'accès aux soldats ennemis qui se seraient risqués à quitter les ruines du centre-ville et ses bastions.

Au nord, le fortin no 5 résiste encore; une nuit entière et une partie de la matinée suivante sont nécessaires pour que les sapeurs fassent ouvrir des brèches à l'explosif. De nombreux Soviétiques sont tués pendant l'assaut. Le général Otto von Lasch, voyant le peu d'hommes qu'il lui reste et constatant que de poursuivre la résistance serait encore plus meurtrier, demande au Führer la permission de cesser le combat et de se rendre (se rendre sans permission aurait signifié théoriquement la peine de mort pour trahison...). Hitler fait évidemment savoir qu'il faut combattre jusqu'à la mort et au dernier homme, dans l'exaltation du sang versé.

Troisième jour[modifier | modifier le code]

Officiers allemands partant en captivité, le 12 avril 1945, trois jours après la capitulation de Königsberg

La 11e armée traverse le Pregel dans la nuit du 7 au 8 avril, créant une tête de pont sur la rive opposée. Elle se dirige vers le nord et fait ainsi sa jonction avec les troupes du front septentrional, réussissant ainsi à cerner, non seulement la ville en flammes, mais aussi la partie de la péninsule de Sambie encore contrôlée par la Wehrmacht. Le maréchal Vassilievski propose dans l'après-midi aux Allemands de se rendre, ce que le général von Lasch refuse. Les Allemands tentent en effet de rompre l'encerclement à partir du centre-ville et aux abords de la Pregel, mais cette contre-attaque est brisée par l'aviation, ce qui scelle le sort de la défense allemande. Il ne reste plus que 40 000 Allemands et ce qui subsiste de Kœnigsberg est la proie des flammes.

Quatrième jour[modifier | modifier le code]

La dernière ligne de défense (la troisième enceinte) tombe dans la journée. Le général von Lasch décide de son propre chef de cesser le combat, contrairement aux consignes reçues du Führer. Des soldats de la Wehrmacht sont envoyés en émissaires à six heures du soir du côté soviétique. Peu après, une délégation d'officiers soviétiques se rend pour les négociations dans le bunker du général von Lasch. Les Allemands cessent les opérations à minuit.

Conséquences[modifier | modifier le code]

42 000 soldats allemands sont tués et près de 80 000 faits prisonniers. La plupart sont envoyés en camp. Du côté soviétique, il y a plus de 60 000 morts. Königsberg est débaptisée l'année suivante et renommée Kaliningrad. La majeure partie de la Prusse-Orientale est donnée à la Pologne qui s'agrandit à l'ouest et au nord, et la petite partie correspondant plus ou moins à l'ancien district de Königsberg devient plus tard l'oblast de Kaliningrad intégré à la Russie soviétique et depuis 1991 à la fédération de Russie. Tous les lieux sont renommés et les 19 000 Prussiens demeurant encore (sur les 2 400 000 de 1945) sur les lieux à la fin de la guerre sont expulsés en plusieurs mois, au cours de l'année suivante.

Promise à l'URSS dès le mois de janvier 1945, la ville a été rasée par les opérations militaires soviétiques lors de sa conquête[4].

La région est repeuplée par des populations venues des contrées dévastées par la Wehrmacht (Russes de Russie centrale, Lituaniens, Ukrainiens).

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Jean Lopez, Berlin, p. 383
  2. Le tout avait été construit au XVIIIe siècle et modernisé entre 1843 et 1873
  3. Jean Lopez, Berlin, p. 384
  4. a, b et c Jean Lopez, Berlin, p. 381
  5. La Fin, p. 236
  6. a et b Jean Lopez, Berlin, p. 386
  7. Jean Lopez, Berlin, p. 387
  8. a et b Jean Lopez, Berlin, p. 388
  9. Jean Lopez, Berlin, p. 385

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Monument aux morts décoré d'un char de la bataille de Königsberg, aujourd'hui à Kaliningrad, rue Sommer
  • (de) Général Otto von Lasch, So fiel Königsberg, Motorbuch Verlag, 1959, réédité en 1994 et 2010
  • (en) Antony Beevor, Berlin: The Downfall 1945, Penguin Books, 2002
  • (fr) Ian Kershaw, La Fin, Allemagne, 1944-1945, Paris, Éditions du Seuil,‎ 2012, 665 p. (ISBN 978-2-02-080301-4)
  • Jean Lopez, Berlin : Les offensives géantes de l'Armée Rouge. Vistule - Oder - Elbe (12 janvier-9 mai 1945), Paris, Economica,‎ 2010, 644 p. (ISBN 978-2-7178-5783-2)
  • (de) Herbert Noé, Dem Tod voraus: Ostpreußen, 1945, Rauterberg, 2007

Articles connexes[modifier | modifier le code]