Chasseur de chars

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Le Jagdpanzer V, un chasseur de chars allemand de la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

Un chasseur de chars est un véhicule blindé, type particulier de canon automoteur, destiné principalement à la lutte antichar.

Développement[modifier | modifier le code]

À l'origine, le besoin pour ces véhicules est venu d'une supériorité matérielle de l'arme blindée ennemie. Déjà, à la fin de la Première Guerre mondiale, les ingénieurs militaires français réfléchissent à la construction d'un véhicule blindé spécialement destiné à la lutte contre les chars ennemis.

Mais ces engins sont apparus sur le champ de bataille pendant la Seconde Guerre mondiale. Les armées de terre se sont munies de ces véhicules spécialisés, plus particulièrement la Wehrmacht et l'US Army, ainsi que toutes les autres puissances alliées ayant massivement dépendu du matériel américain durant cette période.

Emploi[modifier | modifier le code]

La destination principale des chasseurs de chars est la lutte antichar. Pour accomplir efficacement sa mission, le chasseur de chars dispose des qualités nécessaires pour lutter contre un char d'assaut : mobilité, puissance de feu, protection blindée.

Leur emploi principal contre d'autres unités blindés ne doit pas masquer le fait qu'il leur a été confié toute sorte de missions lors des combats : réduire l'infanterie, détruite les fortifications ennemies. Néanmoins, l'absence quasi systématique de tourelle — on parle d'armement en casemate — en fait des unités moins polyvalentes que les chars d'assaut.

L'importance de ce type de véhicule militaire a diminué depuis 1945. Durant la Seconde Guerre mondiale, les unités blindées étaient plus diversifiées qu'aujourd'hui, où l'on ne retrouve sur la plupart des théâtres d'opération que des chars principaux de bataille (par exemple le char Leclerc), des véhicules de combat d'infanterie, plus légers et destinés au soutien des troupes d'infanterie mécanisées, et des transports de troupes blindés. Le rôle alors dévolu aux chasseurs de chars est aujourd'hui plutôt dévolu à l'hélicoptère de combat et aux fantassins dotés, eux aussi, de missiles antichars.

Pendant la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Les chasseurs de chars allemands[modifier | modifier le code]

Les Allemands, pourtant partisans convaincus de la guerre mécanisée et de l'usage des chars d'assaut en tant qu'ossature et fer de lance d'unités autonomes polyvalentes et combinées, les Panzer Divisionen, constatent rapidement l'infériorité de leur matériel face à leurs adversaires. Ainsi, déjà en France, les chars B1 et Somua S-35, dont on comptait 2 000 exemplaires, sont techniquement supérieurs aux Panzers II et III alignés par la Wehrmacht, principalement en puissance de feu et en protection.

Mais c'est en U.R.S.S. que la nécessité des chasseurs de chars se fait sentir, et ce dès le début de l'opération Barbarossa. En effet, en 1941, l'armée allemande est pourvue en Panzer II, III et IV, principalement, et aucun ne fait vraiment jeu égal avec le puissant KV-1, ni même avec l'excellent char moyen russe T-34.

Le Panzer II est périmé, son blindage est juste assez épais pour arrêter les balles et les shrapnels, et son armement ridicule (canon de 20 mm) en fait à peine un véhicule anti-infanterie.

Le Panzer III est meilleur, mais inférieur sur tous les plans face au T-34. Son canon de 37 mm manque terriblement de puissance; il ne peut espérer percer le blindage d'un T-34 adverse que de derrière et à bout portant. Quant à son blindage léger, même s'il lui confie une très bonne mobilité, pourtant toujours inférieure à celle du T-34, il le laisse extrêmement vulnérable aux canons antichars soviétiques de 76,2 mm.

Le Panzer IV n'est pas mieux blindé, plus gros, moins mobile que le III, et son canon court de 75 mm n'a pas la puissance de pénétration suffisante pour détruire les chars adverses.

Les Allemands travaillent sur la construction d'un char lourd, qui deviendra le célèbre Tiger I, mais la situation sur le front se dégrade, au point que seules les pièces d'artillerie comme le célèbre canon anti-aérien (Flak) de 88 mm peuvent stopper les chars russes au moyen de munitions perce-blindage. Les Allemands ne supportent cet état de fait que grâce à un entraînement supérieur, de meilleures tactiques, et à une coordination efficace due à l'usage des radios dans leurs véhicules, lesquelles font défaut dans les chars russes.

Pour combler rapidement ce manque de puissance de feu, les Allemands ont recours à une solution radicale, qui va permettre de spécialiser certains chars pour leur permettre de lutter contre les T-34 et KV.

À partir d'un châssis de char, ils conçoivent un véhicule bas, donc bénéficiant d'une protection accrue, sans tourelle, doté d'une casemate fixe basse avec un blindage incliné favorisant les ricochets, et enfin munissent le véhicule d'un blindage frontal épais et d'un canon plus gros et souvent plus long que le modèle de char de base : le chasseur de chars est né.

Cette description peut prêter à confusion entre un chasseur de chars et un canon automoteur. La différence réside dans le fait qu'un canon automoteur est un véhicule qui bombarde en arrière des lignes, doté d'un blindage faible et d'un canon de gros calibre, mais assez court, presque un obusier, qui n'est absolument pas prévu pour détruire des chars. Le chasseur de chars, lui, hérite d'un canon plus gros mais surtout plus long, afin de maximiser la vitesse initiale de ses projectiles, favorisant ainsi la pénétration de blindage, et les trajectoires tendues nécessaires à une visée correcte.

On peut citer plusieurs modèles de chasseurs de chars allemands parmi les plus connus :

Les StuG III et IV à canon long de 75 mm : Il s'agit à la base d'artillerie automotrice, ce qui ajoute encore à la confusion, mais ils sont munis d'un canon beaucoup plus long qui leur donne un rôle efficace en lutte anti blindés.

Le Jagdpanzer 38(t) Hetzer: basé sur le char tchèque obsolète Panzer 38(t), ce chasseur de chars combine un efficace canon de 75 mm avec une très petite taille, ce qui le rend très difficile à détruire. La désignation dans l'Armée suisse est Panzerjäger G13.

Le Jagdpanzer IV L48 puis L 70 basé sur le châssis du panzer IV et doté d'un canon de 75 mm.

Le Jagdpanther, sur base de l'excellent Panther allemand. Par rapport au modèle de base, il troque son canon de 75 contre un de 88 mm, mais garde sa mobilité par l'allègement structurel dû à la perte de la tourelle et de son mécanisme.

Le Jagdtiger, sur base du Tigre Royal. C'est le plus gros véhicule de la Seconde Guerre mondiale à être produit en série (petite série tout de même). Il pèse plus de 70 tonnes, et son canon de 128 mm est alors le plus gros canon anti-char jamais installé sur un véhicule. Cependant, trop lent pour être efficace, il reste une exception et une impasse technologique. Il sera surtout utilisé en tant que canon antichar à longue portée, du fait de sa faible mobilité et de sa consommation énorme en carburant.

La mobilité étant le plus grand atout du chasseur de chars, le meilleur parmi les cités est le Jagdpanther. Ces véhicules ont une utilisation particulière : sans tourelles, les canons ne bénéficient que d'un débattement latéral limité, et il faut donc orienter tout le véhicule pour tirer. C'est un inconvénient qui en fait une pure arme d'attaque, toute sa puissance de feu concentrée vers l'avant. Par contre, le fait de ne pas avoir de tourelle diminue la surface exposée aux tirs ennemis, ce qui est un avantage en combat entre blindés.

On citera également le projet de chasseur de chars lourd, Sturer Emil, construit à seulement deux exemplaires.

Les chasseurs de chars américains[modifier | modifier le code]

Un M10 Wolverine à Saint-Lô, juin 1944

L'autre famille de chasseurs de chars est celle qui est née des concepteurs américains. Le principe diffère sensiblement, mais la cause est la même : la grande supériorité des chars allemands sur les chars américains en 1944-1945. En effet, ceux-ci, surtout les Panther et les Tiger, sont plus lourds, bien blindés, puissamment armés, et le Panther est aussi très rapide pour l'époque, rivalisant avec le T-34, qu'il surclasse sur tous les autres points, excepté la fiabilité.

Face à ce char, le Sherman M4 américain, prévu pour être produit en grand nombre, et surtout transportable facilement par mer, ne joue pas dans la même catégorie : son blindage est insuffisant, mal conçu, parce qu'il n'est pas incliné latéralement comme celui du Panther, du T-34, du Tiger Ausf. B et des chars lourds russes en service à l'époque. De plus, son canon de 75 mm est notoirement insuffisant. Il faudra attendre l'introduction du Sherman Firefly britannique, alourdi et équipé du canon de 17 livres, pour que ce char puisse rivaliser avec le Panther, et encore, ces solutions d'expédient ne rattraperont jamais la lacune technologique : Patton se plaignait de devoir sacrifier entre deux et cinq chars Sherman (selon les sources), équipages compris, pour venir à bout d'un seul Panther. Quant au Tiger, le canon de 75 mm ne perçait pas sa cuirasse frontale, même à bout portant.

La solution américaine est plus hasardeuse que celle des Allemands. Les chasseurs de chars US ont un gros canon long, en général de 76,2 mm, gardent leur tourelle, mais perdent la plus grande partie de leur blindage pour conserver la cruciale mobilité qui fait le succès de ces véhicules particuliers. Ces véhicules sont pour la plupart basés sur le Sherman.

Les plus célèbres sont les M10 Wolverine, M36 Jackson et M18 Hellcat. Ces véhicules, ainsi que les quelques Sherman modifiés par les britanniques, seront les seuls à pouvoir s'opposer correctement aux chars allemands les plus avancés jusqu'à la tardive arrivée au front du char lourd américain M26 Pershing, en 1945.

Les chasseurs de chars britanniques[modifier | modifier le code]

Outre le Sherman Firefly et le M10 Achilles, les britanniques équipèrent deux autres véhicules de leur excellent canon anti-char Ordnance QF 17 pounder : l'Archer, sur un châssis de char Valentine, et le Challenger, un char Cromwell réarmé.

Après la guerre, ils construisirent un dernier chasseur de chars, le Charioteer, équipé du canon Ordnance QF 20 pounder, avant que les évolutions technologiques ne rendent le concept obsolète.

Les chasseurs de chars soviétiques[modifier | modifier le code]

ISU-122 passant en tête de la colonne de l'Armée rouge qui libéra Łódź le 18 janvier 1945.

Les Soviétiques ont développé au cours de la guerre les SU-85 (85 mm), SU-100 (100 mm), ISU-122 (122 mm) et ISU-152 (152 mm), qui sont des variantes des chars T-34 puis Josef Stalin. Ils avaient également produit en 1941 un chasseur de chars léger sur base du tracteur d'artillerie T-20 Komsomolets, le ZiS-30.

Les chasseurs de chars français[modifier | modifier le code]

En 1918, les ingénieurs français imaginent un chasseur de chars monté sur châssis chenillé légèrement blindé et armé d'un puissant canon antichar, mais cette idée n'aboutit pas.

En 1939, les ingénieurs reprennent cette idée. Le premier modèle de chasseur de chars est le camion tout terrain Laffly W 15 TCC armé d'un canon de 47 mm SA modèle 1937. Expérimenté début 1940, le matériel est livré à partir de mai 1940. 70 exemplaires sont produits avant l'armistice.

Un autre modèle de chasseur de chars était étudié par les ingénieurs français, sur la base du châssis de la chenillette Lorraine modèle 1937, mais le projet ne verra jamais le jour à cause de la défaite française lors de la bataille de France en mai-juin 1940. Une version ad hoc sera toutefois construite à l'arrière des combats, sous le nom de Chasseur de Chars Lorraine, et les Allemands réaliseront une conversion en série de la chenillette, le chasseur de chars Marder I.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Stéphane Ferrard, Engins Blindés Français, Éditions E/P/A, Baume-les-Dames, 1996.