Grande Roumanie historique

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Page d'aide sur les redirections Pour le parti politique România Mare, voir Parti de la Grande Roumanie.

Grande Roumanie
( România Mare )

1918 – 1940

Blason
Description de l'image  Romania1939physical.jpg.
Histoire et événements
1913 annexion de la Dobroudja du sud
1918 union au Vieux Royaume de la Bessarabie, de la Bucovine, de la Transylvanie, du Maramureș, de la Crișana et du Banat
1920 ratification des traités reconnaissant ces rattachements

La Grande Roumanie (România Mare) désigne le territoire de 295 049 km2 du Royaume de Roumanie dans les années séparant la Première Guerre mondiale et la Seconde Guerre mondiale.

Définition[modifier | modifier le code]

Le territoire de la Grande Roumanie est la plus grande extension qu'ait connu le pays. Il est considéré par les Roumains comme l'achèvement d'un double processus :

  • un processus d'émancipation et de libération des roumanophones en tant que groupe social et linguistique (numériquement majoritaire, mais socialement dominé et en grande partie soumis au servage : l'hymne officiel de la Roumanie est « Éveille-toi, Roumain! »);
  • un processus d'unification politique comparable à l'unité allemande ou à l'unité italienne commencé en 1859 et achevé le 1er décembre 1918.

Connotations[modifier | modifier le code]

La Roumanie ayant perdu des territoires depuis (depuis 1948, la République de Roumanie compte 237 499 km2, soit 57 550 km2 de moins que la « Grande Roumanie ») ce terme est aujourd'hui affecté d'une connotation irrédentiste en Roumanie et unioniste en République de Moldavie. À ce titre il est opposé à la connotation « realpolitik » qui admet l'existence de deux États à majorité roumanophone (dont l'un, la Moldavie, a un gouvernement anti-unioniste).

Il est utilisé avec sa connotation irrédentiste par le mouvement Partidul România Mare (PRM, formé par d'anciens apparatchiks mais d'orientation ultra-nationaliste).

À cause de ces instrumentalisations, les enseignants, les chercheurs, les politiques et plus particulièrement les géographes et les historiens roumains, préfèrent utiliser la formule politiquement correcte de « România Întregită », donnant en français une expression approximativement équivalente à « la Roumanie complète ».

Constitution de la « Grande Roumanie »[modifier | modifier le code]

Le processus débuta par l'union en 1859, sous les auspices du traité de Paris (1856), de la Valachie et de la Moldavie occidentale (la Moldavie septentrionale ayant été annexée par l'Autriche en 1775 et nommée Bucovine, tandis que l'orientale avait été annexée par la Russie en 1812 et nommée Bessarabie). Cette première union forma ce qu'on a appelé en Roumanie le « Vieux Royaume », bien qu'initialement il se soit agi d'une principauté encore vassale de l'Empire ottoman (1859-1878) puis indépendante (1878) avant d'être érigée en royaume (1881), avec un territoire de 120 732 km2. Celui-ci est augmenté en 1913 (à l'issue de la Deuxième Guerre balkanique) des 7 412 km2 de la Dobroudja du Sud prise à la Bulgarie, puis le 27 mars 1918 des 44 422 km2 de la République démocratique moldave qui proclame son union à la Roumanie[1]. Fin 1918, avec la défaite des Empires centraux à la fin de la Première Guerre mondiale, le Royaume atteint 295 049 km2 : il est alors appelé « Grande Roumanie ».

Parce que la Dobroudja du sud (appelée en Roumanie Cadrilater : « Quadrilatère », majoritairement peuplé de Turcs et de Bulgares) avait été annexée à la suite d'une campagne militaire voulue par l'état-major, contre l'avis du Parlement et sans être peuplée de Roumains, ce territoire de la « Grande Roumanie » n'est pas considéré par les Roumains actuels comme faisant partie de la România Întregită (« Roumanie complète »).

En revanche, la România Întregită comprend, aux yeux des Roumains actuels, la Bessarabie, la Bucovine et la Transylvanie, à majorité roumaine (entre deux tiers et trois quarts des populations), qui votèrent leur union avec le « Vieux Royaume ». La Bessarabie a déclaré son indépendance vis-à-vis de la Russie en 1917 par un vote de l'Assemblée nationale (Sfatul Țarii), et voté son union en mars 1918. La Bucovine vota son union le 28 novembre 1918 par un vote de son Conseil provincial. Enfin, en Transylvanie, une Proclamation de l'Union fut votée par les députés des Roumains de Transylvanie, du Maramureș, de la Crișanie et du Banat à Alba Iulia le 1er décembre 1918 (aujourd'hui fête nationale).

L'union de la Bucovine et de la Bessarabie avec la Roumanie fut ratifiée à l'occasion de la Conférence de la Paix qui a abouti au traité de Versailles en 1919. Mais l'URSS ne reconnut pas ces traités et revendiqua la Bessarabie durant tout l'entre-deux guerres. La Bucovine, ancienne terre de la Couronne d'Autriche (Kronland) incluse dans la Cisleithanie, a vu sa décision reconnue par la ratification du Traité de Saint-Germain.

L'union de la Transylvanie, du Maramureș, de la Crișanie et du Banat avec le Vieux Royaume fut ratifiée par le traité de Trianon en 1920 qui reconnut la souveraineté de la Roumanie sur ces régions et confirma la frontière entre la nouvelle Hongrie indépendante et la Roumanie, tracée par la commission internationale présidée par le géographe français Emmanuel de Martonne.

Atlas[modifier | modifier le code]

Population[modifier | modifier le code]

Le territoire est aujourd'hui partagé entre la Roumanie (à 80 %), la Moldavie, la Bulgarie et l'Ukraine. Il comprend les villes de Bucarest, Constanța, Cernăuți, Chișinău, Cluj, Iași, Galați, Timișoara, Brașov, Craiova, Sibiu, Suceava, Cernauti, Oradea, Ploiești, Bacău, Tulcea, Reni, Silistra, Cetatea-Albă.

Sa population se compose de Roumains (71,9 %), Magyars (7,9 %), Allemands (4,1 %), Juifs (4 %), Ukrainiens et Ruthènes (3,2 %), Russes (2,3 %), Bulgares (2 %), Roms ou Tziganes (1,5 %), Turcs (0,9 %), Gagaouzes (0,6 %), Tchèques et Slovaques (0,3 %), Serbes et Croates et Slovènes (3 %), Polonais (0,3 %), Grecs (0,1 %), Tatars (0,1 %), autres (Arméniens, Albanaisetc. 0,3 %).

Références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Renouvin, La Crise Européenne et la Première Guerre Mondiale, p. 532.

Voir aussi[modifier | modifier le code]