Galicie

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Page d'aide sur l'homonymie Ne pas confondre avec la région espagnole de Galice.

Galicie

Blason
Histoire et événements
1084 Principauté de Galicie
1199 Union avec la Volhynie, Royaume de Galicie-Volhynie
1349 Successeur par la Pologne
1772 Rattachement à l’Autriche
1921 Rattachement à la Pologne
1939 Annexion de la Galicie orientale par l’Union soviétique
1941 Annexion par l’Allemagne (Gouvernement général)
1945 Partage entre Union soviétique et la République populaire de Pologne
1991 La Galicie orientale constitue les oblasts de Lviv, Ivano-Frankivsk, Ternopil et Tchernivtsi (Ukraine)

La Galicie (en ukrainien, Галичина, Halyčyna ; en allemand, Galizien ; en polonais, Galicja ; en hongrois, Gácsország ; en tchèque et en slovaque, Halič ; en yiddish, גאַליציע, Golicje ; en turc, Galiçya ; en roumain, Galiţia ; en russe, Галиция, Galitsiya) est une région historique de l’Europe de l'Est, partagée actuellement entre la Pologne et l’Ukraine. Elle a longtemps été une région tampon, une zone de passage et un carrefour de cultures, entre l’empire des Habsbourg et l’Empire russe, entre le catholicisme et l'orthodoxie russe.

La région a une riche histoire multiculturelle, marquée au cours des siècles par, entre autres, les Juifs et les Arméniens. Le XXe siècle a été la période tragique de l'histoire de la Galicie, théâtre des affrontements lors de la Première Guerre mondiale et victime des atrocités commises par les nazis.

Il ne faut pas la confondre avec la Galice, qui est une région autonome d’Espagne, ni avec la Galatie, région d'Anatolie, même si elles partagent toutes les trois la racine celtique et indo-européenne gall- pour étranger (cf. Gaulois et Gallois).

Avant la Première Guerre mondiale, cette province d’une superficie d’environ 78 000 km2, appartenait à l’Empire austro-hongrois des Habsbourg. Sa ville principale de Lviv (en ukrainien : Львів (Lviv), en français : Léopol, en polonais : Lwów, en allemand : Lemberg, en yiddish : לעמבערג (Lemberg) ou לעמבעריק (Lemberik), en russe : Львов (Lvov)), a été fondée au XIIIe siècle par Daniel Ier de Galicie, roi de Galicie-Volhynie.

Toponymie[modifier | modifier le code]

La Galicie doit son nom à la ville de Halych (ou Galič), ville sur le Dniestr, l'ancienne capitale de la Principauté de Galicie et du Royaume de Galicie-Volhynie du XIIe siècle au XIVe siècle. Le nom Halytch serait d'origine celte, une trace laissée par les Galice à l'époque romaine. Plusieurs ethnographes considèrent que l'ethnie montagnarde des Carpates, les Boyko, seraient les descendants des Boïens, un peuple celtique de l'Europe centrale.

Géographie[modifier | modifier le code]

La Galicie orientale dans l'Ukraine actuelle.
Le royaume de Galicie en 1897.

Le territoire de la Galicie, dans ses frontières de 1914, s'étendait sur 78 502 km² et correspond aujourd'hui aux régions suivantes :

En Galicie se trouve la partie ukrainienne des Carpates, dont le Hoverla, le plus haut sommet d'Ukraine avec 2 060 m d'altitude.

Villes principales[modifier | modifier le code]

Histoire[modifier | modifier le code]

Royaume ruthène[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Principauté de Galicie.

Au milieu du VIe siècle, les Slaves remplacèrent les tribus germaniques et celtiques. Il s'agissait de tribus des Croates blancs alliés au IXe siècle à la Moravie et au Xe siècle à la Bohême. Les rois de Pologne et les princes de Kiev se disputèrent la Galicie au XIe siècle.

En 1084, des principautés indépendantes émergèrent à Przemyśl, Terebovlia et Zvenyhorod, dirigées par les fils de Rostislav de Tmutarakan, respectivement, Riurik, Vassilko et Volodar de la dynastie des Riourikides. En 1141, Vladimirko de Galicie les réunit au sein d'une seule principauté et transféra la capitale à Halych. Iaroslav Ier Osmomysl, la Galicie connut une période du développement économique rapide et étendit son territoire jusqu'au delta du Danube et le port de Galați, établissant un commerce florissant avec l'Empire byzantin et la Bulgarie. En 1199, Roman de Volhynie, dit le Grand, s'empara de Galicie et forma la principauté double de Galicie-Volhynie dont Halych fut la capitale.

Article détaillé : Principauté de Galicie-Volhynie.


Lors de l'invasion mongole de 1241, la Galicie-Volhynie fut durement touchée, et les souverains de Galicie-Volhynie cherchèrent une union à l'ouest et souhaitèrent une alliance avec l'Église catholique. Daniel Ier, qui fut proclamé roi par le pape Innocent IV en 1253, et son fils Léon Ier minimisèrent l'influence mongole sur leur royaume. Sous leur règne, la Galicie-Volhynie connut une période de croissance économique rapide. De nombreuses villes furent fondées dont Lviv, attirant des commerçants et artisans allemands, juifs et arméniens.

Galicie polonaise[modifier | modifier le code]

À la mort de Léon II et André II, derniers rois de la dynastie fondée par Roman le Grand, probablement lors d'un combat contre les mongols en 1323, leur neveu, descendant de la branche de Mazovie de la dynastie des Piast monta sur le trône sous le nom de Boleslas Georges II. En 1340 il fut empoisonné. Il en résulta une lutte de pouvoir entre la Pologne dont la dynastie des Piast revendiquait le trône, le grand-duché de Lituanie, et la Hongrie dont les rois revendiquèrent le titre de roi de Galicie et Lodomérie (nom latinisé de la Volhynie).

La majeure partie du territoire disputé fut soumis à l'autorité du roi de Pologne Casimir le Grand. Ainsi commença une période de polonisation de la région et d'influence croissante de l'Eglise catholique. Sous Louis le Grand qui régnait sur la Pologne et la Hongrie, la hiérarchie catholique fut définitivement établie. En 1378, la Galicie fut rattachée à la Hongrie. À la mort de Louis en 1382, le grand-duc de Lituanie Ladislas II Jagellon épousa la reine de Pologne Hedwige. Ainsi les deux pays furent liés l'un à l'autre. En 1387, Ladislas Jagellon reconquit la Galicie pour la Pologne, qui la conserva jusqu'au premier partage de la Pologne en 1772.

Lorsqu'en 1569, l'Union de Lublin transforma la Pologne et la Lituanie en une République des Deux Nations, la Galicie fut divisée en voïvodies :

  • La voïvodie ruthène avec Lviv, Halytch, Chelm et Sanok ;
  • La voïvodie de Volhynie avec Luck et Rowne ;
  • La voïvodie de Podolie ;
  • La voïvodie de Belz.

Au sein du Royaume de Pologne, la Galicie connut une période de développement rapide. De nombreuses villes obtinrent ou, à l'instar de Lviv, se firent confirmer le droit de Magdebourg. En s'appuyant sur ses différentes communautés nationales et religieuses, plusieurs centres commerciaux se développèrent en Galicie, source de prospérité dont témoignent encore de nombreux monuments Renaissance et baroque.

Le déclin de la Pologne commença au XVIIIe siècle, avec une série de guerres appelée communément le Déluge, dont le soulèvement des cosaques ukrainiens mené par Khmelnytsky en 1648 - 1667 et l'occupation par la Suède en 1655. Quoique liée aux cosaques de Khmelnytsky par la langue et la religion, la majorité ruthène (ukrainienne) de la population de la Galicie resta loyale au rois de Pologne, malgré deux campagnes menées par Khmelnytsky, allié d'abord aux Tatars, et ensuite aux Moscovites. En particulier Lviv, la plus grande ville de la Galicie, résista à deux sièges en 1648 et en 1655. De même, alors que les cosaques se livrèrent aux pogroms et aux massacres de juifs en Ukraine, ce ne fut pas le cas en Galicie où diverses communautés (polonais, ruthènes, arméniens) restèrent solidaires. Ainsi, alors que la majeure partie de l'Ukraine reconnut l'autorité des tsars de Moscou à la suite du traité de Pereïaslav de 1654, la Galicie resta liée à la Pologne.

Partages de la Pologne[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Partages de la Pologne.

Le déclin de la Pologne offrit à la Prusse, l'Autriche et la Russie un moyen d'effacer les tensions politiques aux dépens la Pologne.

Au début du XVIIIe siècle, la Pologne, qui était un des États d'Europe les plus tolérants à l'époque de la Réforme, démarra un processus de Contre-Réforme. La chasse aux non-catholiques et les discriminations pour raisons religieuses donnèrent aux puissances voisines l'occasion de s'immiscer dans les affaires du pays, sous le prétexte de vouloir protéger leurs minorités.

Le 5 août 1772, la Prusse, la Russie et l'Autriche, d'abord très réticente, conclurent un accord à Saint-Pétersbourg pour se partager la Pologne en annexant en même temps les territoires qui les intéressaient. Ainsi, une guerre européenne entre l'Autriche et la Russie fut évitée aux dépens de la Pologne.

Lors de ce premier partage, la Prusse obtint une grande partie de la Prusse orientale (sans Dantzick ni Thorn), l'Ermeland et le district de Notec. La Russie annexa les régions peuplées de Russes et d'Ukrainiens à l'est de la Daugava et du Dniepr ainsi que la partie polonaise de la Livonie. L'Autriche reçut la moitié sud de la Petite-Pologne comprenant les anciens duchés d'Auschwitz et de Zator, Zips la Galicie. Elle réunit tous ces territoires dans la province de Galicie. L’État polonais continua d'exister, il conserva deux tiers de son territoire et la moitié de sa population.

Marie-Thérèse d'Autriche, fille de Charles VI était reine de Bohème et de Hongrie ainsi qu'archiduchesse d'Autriche depuis la mort de ce dernier en 1740. À la mort de son mari, François de Lorraine, elle nomma son fils ainé Joseph II corégent. Il régna seul à la mort de sa mère en 1780 jusqu'à la sienne 10 ans plus tard. Le traité d'abandon de la Galicie par la Pologne à l'Autriche ne fut signé que le 18 septembre 1773. Marie-Thérèse n'ayant pris part au partage de la Pologne que poussée par son fils, elle considérait en effet cet acte comme douteux d'un point de vue du droit des peuples.

Pendant les années qui suivirent, des milliers de familles, essentiellement venues du Palatinat s'installèrent en Galicie et peuplèrent les villages nouvellement fondés, créant ainsi des communautés allemandes.

Lors du deuxième partage de la Pologne en 1793, la Russie obtint la Volhynie et l'Est de la Podolie. Deux ans plus tard, lors du troisième partage, de grands territoires au centre de la Pologne incombèrent à l'Autriche sous le nom de Galicie occidentale. Ils durent cependant être cédés au duché de Varsovie dans le cadre de la paix de Schönbrunn en 1809 signée avec Napoléon. Ce duché fut ensuite majoritairement rattaché à l'empire russe par le Congrès de Vienne en 1815. En 1810, l'Autriche céda les arrondissements de Ternopol et Czortkow à la Russie, mais les récupéra en 1814 dans le cadre du Traité de Paris.

La Bucovine, que l'Autriche occupait depuis 1774 et qui était auparavant sous domination russe et turque, fut rattachée à la Galicie en 1786 avant de devenir en 1849 une province indépendante. Lors du Congrès de Vienne, Cracovie et ses alentours furent constituée en République de Cracovie, sous protection russo-austro-prussienne. Mais après les révoltes en Pologne en 1846, son indépendance lui fut ravie, et elle fut incorporée à la province de Galicie.

La Galicie autrichienne s'étendait loin sur le territoire de l'actuelle Ukraine et comprenait Tarnów et Rzeszów et, à partir de 1846 Cracovie. Le nom officiel de la province était Royaume de Galicie et de Lodomérie avec le grand-duché de Cracovie et les duchés d'Auschwitz et Zator.

La Galicie lors de l'acquisition par l'Autriche[modifier | modifier le code]

Après l'acquisition de la Galicie par l'Autriche, un recensement fut réalisée sous l'impulsion de l'armée. La Galicie avait en 1773 une population d'environ 2,6 millions d'habitants, répartis dans 280 villes et 5 500 villages. On comptait près de 19 000 familles nobles représentant un total de 95 000 personnes. La population de paysans s'élevait donc à 1,86 million de personnes, soit plus de 70 % des habitants. Une petite partie d'entre eux étaient des agriculteurs possédant leur propre exploitation, tandis que la grande majorité (84 %) n'avait que peu, voire pas du tout, de biens.

La région comptait plus de 4 000 églises catholiques et 244 synagogues, ainsi que 16 000 auberges, soit environ une pour 160 habitants. De plus, on dénombrait aussi 216 cloîtres, 363 châteaux. Les habitations se partageaient entre 161 000 propriétés paysannes ou bourgeoises, 15 700 propriétés juives et 322 000 maisons paysannes appelées chalupa, sans cheminée.

Structure démographique[modifier | modifier le code]

Aucune autre province autrichienne n'était habitée par autant de peuples que la Galicie : Ruthènes, Polonais, Allemands, Arméniens, Juifs, Moldaves, Hongrois, Tziganes etc. Les Polonais, Ruthènes et Juifs représentaient la majorité de la population. Cela dit, les Polonais habitaient très majoritairement l'Ouest de la province, tandis que les Ruthènes se trouvaient à l'Est. Les Juifs et Arméniens dominaient le commerce. Les Juifs représentaient 8 % de la population de la province.

La composition ethnique de l'Autriche-Hongrie en 1910

Les statistiques anciennes donnent des chiffres sur la population de Polonais, Ruthènes et Juifs. Cependant, il est difficile de différencier l'appartenance ethnique, linguistique et nationale, car lors de ces recensements, on se basait sur la langue parlée et non sur la nationalité. La religion est alors le critère de différenciation privilégié : les Polonais étaient catholiques romains tandis que les Ruthènes appartenaient à l'Église grecque-catholique ukrainienne. Ses membres sont souvent appelés 'les uniates' car ils reconnaissent l'autorité du Pape. Ces Églises sont organisées de manière synodale, peu hiérarchisée. L'influence des laïcs et de l'État y est importante. Il n'y a pas de célibat pour les prêtres. L'inimitié entre Polonais et Ruthènes ne venait pas seulement de l'oppression économique des Ruthènes par la noblesse polonaise, mais aussi de divergences religieuses malgré la fidélité commune au pape de Rome.

Le troisième grand groupe religieux est constitué des Juifs, qui pour la plupart tenaient très fort à leur confession. Les Juifs de Galicie appartenaient en majorité aux Ashkénazes, immigrés d'Allemagne au Moyen Âge. On trouvait d'ailleurs quelques sectes juives comme les Karaites, paysans, qui se caractérisaient par un stricte respect des rites.

Les deux églises catholiques, d'importance à peu près égale, avaient leurs chefs à Léopol : un archevêque pour les catholiques romains et un métropolite pour les uniates. Les Juifs se soumettaient à l'autorité du rabbin de leur arrondissement, ou au chef de leur communauté. Les protestants de la confession d'Augsbourg, arrivés plus tard en colons, avaient pour chef un superintendant installé aussi à Lemberg.

Structure ethnique de la Galicie, début XXe siècle[1],[2]


Galicie orientale
55300 km²
Galicie occidentale
23200 km²
Ruthènes (Ukrainiens) 64,5 % 13,2 %
Polonais 21,0 % 78,7 %
Juifs 13,7 % 7,6 %
Allemands 0,3 % 0,3 %
Autres 0,5 % 0,2 %

Administration[modifier | modifier le code]

Du point de vue polonais, l'annexion de la province par l'Autriche était un acte arbitraire. L'empereur à Vienne devient le symbole de cette occupation jugée illégale. Et ce d'autant plus que la noblesse, principalement d'origine polonaise et que rarement ruthène (mais fortement polonisés) et le haut clergé perdirent peu à peu leur privilèges. Par contre, les paysans, pour la plupart ruthènes, furent acquis à la monarchie autrichienne à la suite de l'abolition du servage par Joseph II en 1781-1785.

Toutes les mesures prévues par les Habsbourg avaient pour condition une bureaucratie efficace qui n'existait pas en Galicie auparavant. Ainsi, ce ne furent pas que des médecins, professeurs, techniciens ou juristes allemands qui furent envoyés en Galicie, mais aussi beaucoup de fonctionnaires, qui furent cependant rejetés par l'ancienne élite polonaise qui les considéraient comme des occupants. En 1776, la province comptait 724 fonctionnaires. Ce chiffre grimpa à 17 135 en l'espace de quatre ans. C'est à Lviv que fut installée l'administration centrale, appelée Gubernium, dirigée par un gouverneur nommé par l'empereur. L'établissement d'une administration contribua à un nouvel essor des villes qui avaient perdu de l'importance après leur âge d'or à la Renaissance. Les villes commerçantes les plus importantes au début du XIXe siècle étaient Lwów/Lemberg/Lviv et Brody.

Dates clés[modifier | modifier le code]

Armoiries de la Principauté de Galicie

Habitée par des tribus germano-celtes tels que les Lugiens (qui comptent également les (H)Arii, les (H)Elveconi, les Naharvali, les Manimes et les (H)Elisiens), associé à la culture de Przeworsk à l’époque de Ptolémée qui les mentionne dans sa Géographie, la région est aussi peuplée par les Vandales (dont les Sillings sont probablement parents avec les Élisiens) et les Goths avant la chute de Rome.

En 1141, la Principauté de Galicie émerge avec comme capitale la ville de Halych

En 1199, la Galicie est unie avec la Volhynie au sein du royaume de Galicie-Volhynie (Lodomérie) sous Roman le Grand

En 1349, à la suite du décès des derniers rois de la dynastie fondée par Roman le Grand, la Galicie est rattachée en 1340 à la Pologne par le roi Casimir III le Grand (Kazimierz Wielki)

En 1648-1655, elle résiste aux attaques des cosaques de Bohdan Khmelnytsky alié aux Tatars de Crimée et aux moscovites

En 1772, lors du premier partage de la Pologne, la Galicie devient autrichienne et le restera jusqu’en 1914.

En 1914, elle est conquise par l’armée impériale russe lors des premières opérations militaires de la Première Guerre mondiale, (batailles de Krasnik et de Lemberg).

En 1915, elle est reprise par l’armée austro-allemande.

En 1918, elle est conquise par les troupes polonaises lors de la guerre polono-ukrainienne

En 1921, par le traité de Rīga, la Galicie occidentale revient à la Pologne et le restera jusqu’en 1939.

En 1923,, La Galicie orientale est incorporée à son tour à la Pologne.

En 1939, après l’écrasement de la Pologne, elles sont annexées par l’Union soviétique en vertu du pacte germano-soviétique.

En 1941, elles sont envahies et occupées par les troupes allemandes. Des unités nazies spécialisés (les SS-Einsatzgruppen) procèdent à une liquidation systématique, sans précédent dans l’histoire, de la nombreuse population juive en la déportant dans des camps de concentration et des camps d'extermination.

En 1943, le Reichsführer SS Heinrich Himmler ordonne de créer une division de la Waffen SS constituée de volontaires ukrainiens de Galicie (division SS Galizien).

En 1944, la Galicie est conquise par l’Armée rouge, qui reprend Lviv le 28 juillet.

En 1945, elle est découpée par la ligne Curzon (proposée par Lord Curzon durant la conférence de paix de Paris le 8 décembre 1919) et adoptée lors des accords de Yalta, qui part de la Lituanie et passe à l’est de Przemyśl en Pologne et à l’ouest de Lviv (Lwów) en Galicie. La partie à l'est de la ligne Curzon est rattachée à l’Ukraine, alors l’une des républiques composant l’Union soviétique.

Une histoire faite de traumatismes[modifier | modifier le code]

De province reculée et sans histoire de la Couronne autrichienne, la Galicie fut le théâtre d’affrontements après la Première Guerre mondiale, opposant les communautés polonaise catholique romaine, ukrainienne gréco-catholique et orthodoxe et juive.

À la chute de l’Empire austro-hongrois se forme, en octobre 1918, une brève République populaire d'Ukraine occidentale. La toute nouvelle armée ukrainienne affronte les troupes polonaises qui s’emparent de la capitale, puis de l’ensemble de la région en juillet 1919. Victorieux lors de la bataille de Lwów, des soldats et civils polonais se livrent durant trois jours à un pogrom (Pogrom de Lwów de 1918). La Galicie fut ensuite intégrée dans les territoires orientaux de la Pologne fraîchement reconstituée à la faveur de la Révolution russe, formant l’une des contrées des kresy, zone frontière ou tampon de la Seconde République, peuplée de minorités. La province perd son nom autrichien et prend, avec la Galicie occidentale, le nom de Małopolska ("Petite-Pologne").

À partir du milieu des années trente, l’idéal d’une grande Pologne multiethnique de Piłsudski est dépassé par une politique de polonisation agressive, ouvertement antisémite, imposant par la violence la « pacification » des villages ukrainiens.

En 1939, en vertu de l’accord secret Molotov-Ribbentrop, tandis que l’Allemagne envahit la moitié occidentale de la Pologne, l’Union soviétique met la main sur sa partie orientale. L’Union soviétique y mène une politique de collectivisation forcée et de mise au pas idéologique, assortie d’une violente répression (déportations, emprisonnements, exécutions) qui touche les élites politiques, économiques et intellectuelles polonaises, ukrainiennes et juives, ainsi que les nationalistes ukrainiens et polonais.

La synagogue Beis Aharon V'Yisrael à Lviv. Utilisée comme une écurie par les nazi, puis comme un entrepôt par les soviétiques, elle n'a rouvert ses portes qu'en 1989

Fin juin 1941, la région est conquise par la Wehrmacht. Les nazis y développent rapidement une politique de nettoyage ethnique et racial. Les nazis intègrent la Galicie au « Gouvernement Général » de la Pologne occupée et mettent progressivement en place la « solution finale » : les 500 000 Juifs (12 % de la population d’environ 4 millions), d’abord rassemblés dans des ghettos et camps de travail, sont ensuite transférés à Bełżec et autres camps d'extermination. Par ailleurs, 350 000 Polonais et Ukrainiens sont déportés en Allemagne comme travailleurs forcés. Seuls quelques milliers des Juifs galiciens ont survécu à l'occupation nazie, et des populations des villes entières, telles que Brody ou Belz, ont été massacrées, avec un soutien des milices ukrainienne et polonaise. L’OUN et l’UPA et l'Armia Krajowa polonaise organisent la résistance contre les Allemands, mais occasionnellement s'affrontent entre elles au milieu du chaos dans lequel se trouve plongée la région.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la Galicie revient à URSS. Entre 1945 et 1956, les gouvernements soviétiques et polonais mettent en place l’opération Vistule: 560 000 galiciens d'origine polonaise sont déportés en Pologne, tandis qu’environ 600 000 Ukrainiens de l’autre côté de la frontière (Lemkos) sont déportés vers l’Ukraine (la plupart vers la Galicie) ou dispersés dans les territoires que la Pologne a récupérés sur l’Allemagne. Au cours de cinq décennies suivantes, la population de la Galicie, désormais principalement ukrainienne, subit une forte soviétisation, alors que les vestiges du passé - rares synagogues ayant survécu à la destruction nazi, cathédrales catholiques, uniates ou arméniennes sont transformées en prisons, asiles pour les malades mentaux ou entrepôts.

Dans les années 80, la Galicie, à l'instar des pays baltes, également rattachés à l'Union soviétique après la Seconde Guerre mondiale, devient un centre de la dissidence et du mouvement indépendantiste. Toutefois, au sein de l'Ukraine indépendante, les galiciens catholiques, ukrainophones et pro-européens se retrouvent minoritaires face à l'Ukraine orientale, orthodoxe, russophone et pro-russe. Cette division du pays est à l'origine de la Révolution orange, partie de la Galicie et 2004.

La Galicie, terre d’émigration et berceau de célébrités[modifier | modifier le code]

La Galicie a été depuis le milieu du XIXe siècle une terre d’émigration. Une proportion considérable des « Galiciens » se trouvent aujourd’hui hors de Galicie. Près d’un million de Galiciens ukrainiens, dits « Ruthènes », ont émigré au début du siècle aux États-Unis, au Canada et en Europe occidentale, tout comme de nombreux Galiciens polonais. Chicago, Milwaukee, Philadelphie, New York sont devenus de grands centres d’émigration galicienne. Des 800 000 Juifs galiciens d’avant la Première Guerre mondiale, 200 000 à 300 000 ont fui pogroms et guerres vers les capitales occidentales et les États-Unis entre 1880 et 1914.

En raison des possibilités d’éducation et de promotion sociale offertes par la monarchie autrichienne à l’ensemble de ses minorités, la renommée de la Galicie s’est aussi fondée sur le fait qu’elle fut le terreau fertile de la constitution d’une intelligentsia nationale (autrichienne, polonaise, ruthéno-ukrainienne ou juive) de premier plan. La Galicie fut le laboratoire de mouvements nationaux modernes, polonais, ukrainiens et juifs. Au regard des persécutions ultérieures, la période de l’Empire austro-hongrois fait figure rétrospectivement d’ère de liberté. La Galicie a également bénéficié de la notoriété de ses figures de proue, qui l’ont d’ailleurs souvent quittée dans leur ascension sociale et culturelle : Gerda Taro, ou sont devenus des symboles phares dans leurs cultures nationales respectives : les germanophones Joseph Roth, Martin Buber et Emil-Edwin Reinert, les polonophones, Joseph Wittlin et Bruno Schulz, les ukrainophones Ivan Franko, Vassyl Stefanyk et Martovitch, auxquels il faut ajouter les écrivains de langue hébraïque Shmuel Yosef Agnon ou Aharon Appelfeld, et les écrivains yiddish Moyshe Leyb Halpern, Melekh Ravitsh et Uri Tsi Grinberg, sans parler de la pléiade de l’école yiddish galicienne du début du siècle.

On dénombre également des figures plus exotiques comme des hommes politiques (Karl Radek, Isaac Deutscher, ou Maximilien Rubel), ou bien des auteurs qui ont fait l’objet d’une « re-découverte » plus récente, comme les chantres germanophones de la Galicie multiethnique (certes germanocentrée) Karl Emil Franzos et Leopold von Sacher-Masoch, et pour l’après-guerre, les mémorialistes Soma Morgenstern et Manès Sperber, tout comme les romanciers polonais Andrzej Kusniewicz et Julian Stryjkowski.

Ces Galiciens ont porté à travers le monde le nom de leur « petite patrie », tout en en chantant le multiculturalisme avant la lettre, le pluralisme religieux, culturel et ethnique, vus à travers le prisme de la communauté disparue. Ainsi, le shtetl juif, la grande propriété foncière aristocratique polonaise, la colonie ou bien l’îlot linguistique germanophone ou polonophone dans la « mer » ukrainienne, ou encore la splendeur passée des métropoles régionales qu’étaient Cracovie ou Lvov incarnent une Arcadie perdue de l’enfance ou une Atlantide submergée par le déferlement du mal (guerre, communisme, occupation hitlérienne).

Bien que n’ayant pas subi, comme les Juifs, une tentative d’annihilation totale, les organisations d’émigrants ukrainiens aux États-Unis et au Canada perpétuent une mémoire centrée autour de la persécution des Ukrainiens ou Ruthènes par les Polonais et les Russes puis par le régime soviétique. En Union soviétique, la Galicie orientale, divisée en trois oblast (Lvov, Ternopol et Ivano-Frankovsk), forma avec la Transcarpathie l’« Ukraine occidentale ». Reléguée dans un coin excentré du territoire national de l’URSS elle subit une forte soviétisation.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  1. http://www.nbuv.gov.ua/portal/natural/Nvvnu/geograf/2008_1/2/Gydzeljak_Roik.pdf
  2. Piotr Eberhardt. Ethnic groups and population changes in twentieth-century Central-Eastern Europe: history, data, analysis. M.E. Sharpe, 2003. pp.92-93. ISBN 978-0-7656-0665-5
  • Delphine Bechtel, « Le mythe de la Galicie, de la disparition à la résurrection virtuelle », dans Cultures d’Europe centrale, no 4, Paris, CIRCE (université Paris-IV Sorbonne), 2003.
  • La Galicie au temps des Habsbourg (1772-1918). Histoire, société, cultures en contact, éd. par Jacques Le Rider et Heinz Raschel, Tours, Presses universitaires François Rabelais, 2010.

Liens externes[modifier | modifier le code]