Galicie

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Page d'aide sur l'homonymie Ne pas confondre avec la région espagnole de Galice.

Galicie

1772 – 1918

Blason

armoiries

Histoire et évènements
1340 Successeur par la Pologne
1772 Rattachement à l’Autriche
1921 Rattachement à la Pologne
1939 Annexion de la Galicie orientale par l’Union soviétique
1941 Annexion par l’Allemagne (Gouvernement général)
1945 Partage entre République socialiste soviétique d’Ukraine et la République populaire de Pologne
1991 La Galicie orientale constitue les oblasts de Lviv, Ivano-Frankivsk, Ternopil et Tchernivtsi (Ukraine)

La Galicie (en allemand Galizien, en polonais Galicja, en hongrois Gácsország, en tchèque Halič, en yiddish גאַליציע - Golicje, en turc Haliç, en roumain Galiţia, en russe Галиция - Galicija, en ukrainien Галичина - Halyczyna) est une région historique de l’Union de Pologne-Lituanie, située au sud de la région aujourd’hui ukrainienne de Volhynie. Elle a longtemps été une région tampon, une zone de passages et un carrefour de cultures, entre l’empire des Habsbourg et l’Empire russe. Elle est actuellement partagée entre la Pologne et l’Ukraine.

Il ne faut pas la confondre avec la Galice, qui est une région autonome d’Espagne et la Galatie, région d'Anatolie. Si ce dernier nom provient de la racine celtique et indoeuropéenne gall- pour étranger (cf. Gaulois et Gallois), il n’en est pas de même ni pour la Galice ibérique (dont le nom vient du peuple antique des Kalaikoi) ni pour la Galicie dont le nom vient de celui de la ville de Halytch, ancienne capitale aux XIIe et XIIIe siècles (le h de l’ukrainien correspond à un g en polonais).

Avant la Première Guerre mondiale, cette province d’une superficie d’environ 78 000 km2, appartenait à l’Empire austro-hongrois des Habsbourg. Sa capitale Lvov (en français : Léopol, en polonais : Lwów, en allemand : Lemberg, en russe : Lvov, en ukrainien : Lviv, appellation utilisé en français actuellement), a été créée au XIIIe siècle par le souverain de la principauté de Galicie-Volhynie. La ville se trouve désormais sur le territoire ukrainien.

Sommaire

[modifier] Toponymie

Le nom de la Galicie serait une mutation de Halytsch (ou Galitsch, en latin Galicia), ville sur le Dniestr. Avec la Volhynie (aussi appelée Lodomérie), elle faisait partie du titulat royal hongrois puisque la principauté de Halytsch-Volhynie était au XIVe siècle sous administration hongroise. À partir de cette époque, le nom fut utilisé pour désigner toute la région qui fut rattachée à l'Autriche lors du premier partage de la Pologne.

[modifier] Géographie

Le territoire de la Galicie, dans ses frontières de 1914, s'étendait sur 78 502 km² et correspond aujourd'hui aux régions suivantes :

- Voïvodie de Silésie, seulement Żywiec et Biała - Voïvodie de Petite-Pologne, sauf Miechów et Olkusz - Voïvodie des Basses-Carpates.

- Oblast de Lviv - Oblast d'Ivano-Frankivsk - Oblast de Ternopil

En Galicie se trouve la partie ukrainienne des Carpates, dont le Hoverla, le plus haut sommet d'Ukraine avec 2 060 m d'altitude.

[modifier] Villes principales

[modifier] Histoire

[modifier] Principauté russe

Comme les peuples germaniques qui occupaient le territoire l'avaient quitté au cours des invasions barbares, la Galicie fut peuplée de Slaves depuis le milieu du VIe siècle. Il s'agissait de tribus polonaises à l'ouest du San et d'ukrainienne à l'est. Les tribus polonaises (sur le territoire de l'actuelle Voïvodie de Petite-Pologne) s'allièrent à d'autres Polonais sous Boleslas Ier après s'être alliés au IXe siècle à la Moravie et au Xe siècle à la Bohême. Les tribus ukrainiennes en revanche, s'allièrent à la principauté de Kiev et ne furent que pour un temps sous l'autorité de Boreslas.

Après de nombreuses péripéties, deux grandes principautés se consolidèrent : Halytch et Wolodimir, d'où provient le nom de la future province austro-hongroise de Galicie et Lodomérie. Ces deux principautés se caractérisaient par un commerce florissant et une prospérité économique. Au départ, Halytch-Volhynie était une principauté des Rus' de Kiev. Elle se détacha du royaume au milieu du XIe siècle et tomba tour à tour sous autorité polonaise et hongroise. Cette région fut de nouveau le théâtre de combats entre Russes, Hongrois et Polonais. En 1182, le comte de Pologne Casimir chassa Roman Mstislavitch, fondateur de la principauté de Halytch-Volhynie. Toutefois, celui-ci réussit plus tard à reconquérir toute la province et à les unir en 1199 sous le nom de Volhynie. Il mourut au cours d'un combat contre les Polonais en 1205. Cette année-là, le roi de Hongrie André II prit le titre de "Galicae et Lodomeriae Rex". En 1225, Daniel Romanovitch, fils de Roman Mstislavitch, prit le contrôle de la province mais la perdit 11 ans plus tard à nouveau au profit de la Hongrie.

Lors de l'invasion mongole de 1241, la Galicie fut durement touchée et Daniel fut obligé de reconnaître l'autorité de la Horde d'or. Après cette invasion, la principauté de Kiev déclina. Les princes de Galicie cherchèrent une nouvelle union protectrice à l'ouest et souhaitèrent une alliance avec l'Église catholique. La province connut une phase de déclin, bien qu'elle eût étendue son pouvoir jusqu'au-delà même de Kiev.

[modifier] Domination polonaise

À la mort du dernier prince de la famille des Riourikides en 1332, son neveu, descendant de la branche de Mazovie de la dynastie des Piast monta sur le trône sous le nom de Boleslas Georges II. En 1340, il fut empoisonné par des boyards qui lui reprochaient son rapprochement avec les catholiques. Il en résultat une lutte de pouvoir entre la Pologne, dont la dynastie des Piast revendiquait le trône, le grand-duché de Lituanie qui régnait déjà sur d'autres territoires russes, et la Horde d'or qui revendiquait presque tous les territoires russes.

La majeure partie du territoire disputé fut soumis à l'autorité du roi de Pologne Casimir le Grand. Ainsi commença une période de polonisation de la région et d'influence croissante de l'Eglise catholique. Sous Louis le Grand, qui régnait sur la Pologne et la Hongrie, la hiérarchie catholique fut définitivement établie. En 1378, la Galicie fut rattachée à la Hongrie. À la mort de Louis en 1382, le grand-duc de Lituanie Ladislas II Jagellon épousa la reine de Pologne Hedwige. Ainsi, les deux pays furent liés l'un à l'autre. En 1387, Ladislas Jagellon reconquit la Galicie pour la Pologne, qui la conserva jusqu'au premier partage de la Pologne en 1772.

Lorsqu'en 1569, l'Union de Lublin transforma la Pologne et la Lituanie en une République des Deux Nations, la Galicie fut divisée en voïvodies :

  • La voïvodie ruthène avec Lviv, Halytch, Chelm et Sanok.
  • La voïvodie de Vohlynie avec Luck et Rowne.
  • La voïvodie de Podolie.
  • La voïvodie de Belz.

La minorité ukrainienne de la population appartenaient majoritairement aux Eglises catholiques orientales unies à Rome.

[modifier] Partages de la Pologne

Article détaillé : Partages de la Pologne.

Le déclin et la dissolution de la Pologne ne furent pas les conséquences de troubles intérieurs, mais de politiques des puissances étrangères. L'évolution de l'Europe offrit à la Prusse, l'Autriche et la Russie un moyen d'effacer les tensions politiques aux dépens la Pologne.

Au début du XVIIIe siècle, la Pologne, qui était un des États d'Europe les plus tolérants à l'époque de la Réforme, démarra un processus de Contre-Réforme. La chasse aux non-catholiques et les discriminations pour raisons religieuses donnèrent aux puissances voisines l'occasion de s'immiscer dans les affaires du pays, sous le prétexte de vouloir protéger leurs minorités.

Le 5 août 1772, la Prusse, la Russie et l'Autriche, d'abord très réticente, conclurent un accord à Saint-Pétersbourg pour se partager la Pologne en annexant en même temps les territoires qui les intéressaient. Ainsi, une guerre européenne entre l'Autriche et la Russie fut évitée aux dépens de la Pologne.

Lors de ce premier partage, la Prusse obtint une grande partie de la Prusse orientale (sans Dantzick ni Thorn), l'Ermeland et le district de Notec. La Russie annexa les régions peuplées de Russes et d'Ukrainiens à l'est de la Daugava et du Dniepr ainsi que la partie polonaise de la Livonie. L'Autriche reçut la moitié sud de la Petite-Pologne comprenant les anciens duchés d'Auschwitz et de Zator, Zips la Galicie. Elle réunit tous ces territoires dans la province de Galicie. L'Etat polonais continua d'exister, il conserva deux tiers de son territoire et la moitié de sa population.

Marie-Thérèse d'Autriche, fille de Charles VI était reine de Bohème et de Hongrie ainsi qu'archiduchesse d'Autriche depuis la mort de ce dernier en 1740. À la mort de son mari, François de Lorraine, elle nomma son fils ainé Joseph I corégent. Il régna seul à la mort de sa mère en 1780 jusqu'à la sienne 10 ans plus tard. Le traité d'abandon de la Galicie par la Pologne à l'Autriche ne fut signé que le 18 septembre 1773. Marie-Thérèse n'ayant pris part au partage de la Pologne que poussée par son fils, elle considérait en effet cet acte comme douteux d'un point de vue du droit des peuples.

Pendant les années qui suivirent, des milliers de familles, essentiellement venues du Palatinat s'installèrent en Galicie et peuplèrent les villages nouvellement fondés, créant ainsi des communautés allemandes.

Lors du deuxième partage de la Pologne en 1793, la Russie obtint la Volhynie et l'Est de la Podolie. Deux ans plus tard, lors du troisième partage, de grands territoires au centre de la Pologne incombèrent à l'Autriche sous le nom de Galicie occidentale. Ils durent cependant être cédés au duché de Varsovie dans le cadre de la paix de Schönbrunn en 1809 signée avec Napoléon. Ce duché fut ensuite majoritairement rattaché à l'empire russe par le Congrès de Vienne en 1815. En 1810, l'Autriche céda les arrondissements de Ternopol et Czortkow à la Russie, mais les récupéra en 1814 dans le cadre du Traité de Paris.

La Bucovine, que l'Autriche occupait depuis 1774 et qui était auparavant sous domination russe et turque, fut rattachée à la Galicie en 1786 avant de devenir en 1849 une province indépendante. Lors du Congrès de Vienne, Cracovie et ses alentours furent constituée en République de Cracovie, sous protection russo-austro-prussienne. Mais après les révoltes en Pologne en 1846, son indépendance lui fut ravie, et elle fut incorporée à la province de Galicie.

La Galicie autrichienne s'étendait loin sur le territoire de l'actuelle Ukraine et comprit dès 1846 Cracovie, Tarnów et Rzeszów. Le nom officiel de la province était Royaume de Galicie et Lodomérie avec le grand-duché de Cracovie et les duchés d'Auschwitz et Zator.

[modifier] La Galicie lors de l'acquisition par l'Autriche

Après l'acquisition de la Galicie par l'Autriche, un recensement fut réalisée sous l'impulsion de l'armée. La Galicie avait en 1773 une population d'environ 2,6 millions d'habitants, répartis dans 280 villes et 5 500 villages. On comptait près de 19 000 familles nobles représentant un total de 95 000 personnes. La population de paysans s'élevait donc à 1,86 million de personnes, soit plus de 70 % des habitants. Une petite partie d'entre eux étaient des agriculteurs possédant leur propre exploitation, tandis que la grande majorité (84%) n'avait que peu, voire pas du tout, de biens.

La région comptait plus de 4 000 églises catholiques et 244 synagogues, ainsi que 16 000 auberges, soit environ une pour 160 habitants. De plus, on dénombrait aussi 216 cloîtres, 363 châteaux. Les habitations se partageaient entre 161 000 propriétés paysannes ou bourgeoises, 15 700 propriétés juives et 322 000 maisons paysannes appelées chalupa, sans cheminée.

[modifier] Structure démographique

Aucune autre province autrichienne n'était habitée par autant de peuples que la Galicie : Polonais, Ruthènes, Russes, Allemands, Arméniens, Juifs, Moldaves, Hongrois, Tziganes, Lipovènes etc. Les Polonais, Ruthènes et Juifs représentaient la majorité de la population. Cela dit, les Polonais habitaient très majoritairement l'Ouest de la province, tandis que les Ruthènes se trouvaient à l'Est. Les Juifs et Arméniens dominaient le commerce. Les Juifs représentaient 8% de la population de la province.

Les statistiques anciennes donnent des chiffres sur la population de Polonais, Ruthènes et Juifs. Cependant, il est difficile de différencier l'appartenance ethnique, linguistique et nationale, car lors de ces recensements, on se basait sur la langue parlée et non sur la nationalité. La religion est alors le critère de différenciation privilégié : les Polonais étaient catholiques romains tandis que les Ruthènes appartenaient à l'Église grecque-catholique ukrainienne. Ses membres sont souvent appelés 'les uniates' car ils reconnaissent l'autorité du Pape. Ces Églises sont organisées de manière synodale, peu hiérarchisée. L'influence des laïcs et de l'État y est importante. Il n'y a pas de célibat pour les prêtres. L'inimitié entre Polonais et Ruthènes ne venait pas seulement de l'oppression économique des Ruthènes par la noblesse polonaise, mais aussi de divergences religieuses malgré la fidélité commune au pape de Rome.

Le troisième grand groupe religieux est constitué des Juifs, qui pour la plupart tenaient très fort à leur confession. On trouvait d'ailleurs quelques sectes juives comme les karaïstes, paysans, qui se caractérisaient par un stricte respect des rites. Les Juifs de Galicie appartenaient en majorité aux Ashkénazes, immigrés d'Allemagne au Moyen-Âge.

Les deux églises catholiques, d'importance à peu près égale, avaient leurs chefs à Léopol : un archevêque pour les catholiques romains et un métropolite pour les uniates. Les Juifs se soumettaient à l'autorité du rabbin de leur arrondissement, ou au chef de leur communauté. Les protestants de la confession d'Augsbourg, arrivés plus tard en colons, avaient pour chef un superintendant installé aussi à Lemberg.

[modifier] Administration

Du point de vue polonais, l'annexion de la province par l'Autriche était un acte arbitraire. L'empereur à Vienne devient le symbole de cette occupation jugée illégale. Et ce d'autant plus que la noblesse polonaise et le haut clergé perdirent peu à peu des privilèges acquis depuis des siècles. Pour les paysans, la plupart ruthènes, l'annexion ne changea que peu de choses. Leur point de vue ne fut relevé car considéré comme sans intérêt.

L'empereur s'efforça de se réconcilier avec la noblesse. En 1775, il créa un parlement régional de Galicie où siégea la noblesse. Non seulement il assura l'existence de la noblesse polonaise en Galicie, mais en plus il lui donna plus d'importance que la noblesse de Pologne. Chaque noble polonais fut traité comme un chevalier. Beaucoup de nobles, anciens castellans, voïvodes ou starostes, furent élevés au rang de comtes en échange d'un quart des impôts prélevés. Vienne s'assura ainsi des partenaires loyaux.

Toutes les mesures prévues par les Habsbourg avaient pour condition une bureaucratie efficace qui n'existait pas en Galicie auparavant. Ainsi, ce ne furent pas que des médecins, professeurs, techniciens ou juristes allemands qui furent envoyés en Galicie, mais aussi beaucoup de fonctionnaires, qui furent cependant rejetés par l'élite locale qui les considéraient comme des occupants. En 1776, la province comptait 724 fonctionnaires. Ce chiffre grimpa à 17 135 en l'espace de quatre ans. C'est à Lviv que fut installée l'administration centrale, appelée Gubernium, dirigée par un gouverneur nommé par l'empereur. L'établissement d'une administration contribua à un nouvel essor des villes qui avaient perdu de l'importance après leur âge d'or à la Renaissance. Les villes commerçantes les plus importantes au début du XIXe siècle étaient Lwów/Lemberg/Lviv et Brody.

[modifier] Dates clés

La Galicie orientale dans l'Ukraine actuelle.

Habitée par des tribus germano-celtes tels que les Lugiens (qui comptent également les (H)Arii, les (H)Elveconi, les Naharvali, les Manimes et les (H)Elisiens), associé à la culture de Przeworsk à l’époque de Ptolémée qui les mentionne dans sa Géographie, la région est aussi peuplée par les Vandales (dont les Sillings sont probablement parents avec les Élisiens) et les Goths avant la chute de Rome. Alors qu’elle est surtout peuplée de Slaves, la région est rattachée en 1340 à la Pologne par le roi Casimir III le Grand (Kazimierz Wielki), que le duc Georges II de Galicie-Volhynie, (Georg II Trojden), avait instauré comme son successeur en échange d’une aide contre ses ennemis.

Le royaume de Galicie in 1897

En 1772, lors du premier partage de la Pologne, la Galicie devient autrichienne et le restera jusqu’en 1914.

En 1914, elle est conquise par l’armée impériale russe lors des premières opérations militaires de la Première Guerre mondiale, (batailles de Krasnik et de Lemberg).

En 1915, elle est reprise par l’armée austro-allemande.

En 1918, elle est conquise par les Polonais qui se heurtent à des formations nationalistes ukrainiennes.

En 1921, par le traité de Rīga, elle est déclarée terre polonaise et le restera jusqu’en 1939.

En 1939, après l’écrasement de la Pologne, elle est annexée par l’Union soviétique en vertu du pacte germano-soviétique.

En 1941, elle est envahie et occupée par les troupes allemandes. Des unités nazies spécialisés (les SS-Einsatzgruppen) procèdent à une liquidation systématique, sans précédent dans l’histoire, de la nombreuse population juive en la déportant dans des camps de concentration et des camps d'extermination.

En 1943, le Reichsführer SS Heinrich Himmler ordonne de créer une Division de la Waffen SS constituée de volontaires Ukrainiens de Galicie (division SS Galizien).

En 1944, la Galicie est conquise par l’Armée rouge, qui reprend Lwów le 28 juillet.

En 1945, elle est découpée par la ligne Curzon (proposée par Lord Curzon durant la conférence de paix de Paris le 8 décembre 1919) et adoptée lors des accords de Yalta, qui part de la Lituanie et passe à l’est de Przemyśl en Pologne et à l’ouest de Lviv (Lwów) en Galicie. La partie à l'est de la ligne Curzon est rattachée à l’Ukraine, alors l’une des républiques composant l’Union soviétique.

[modifier] Une histoire faite de traumatismes

De province reculée et sans histoire de la Couronne autrichienne, la Galicie fut le théâtre d’affrontements déchirants durant et après la Première Guerre mondiale, opposant les communautés polonaise catholique romaine, ukrainienne gréco-catholique et orthodoxe et juive.

À la chute de l’Empire austro-hongrois se forme, en octobre 1918, une brève République populaire d'Ukraine occidentale. La toute nouvelle armée ukrainienne affronte les troupes polonaises qui s’emparent de la capitale, puis de l’ensemble de la région en juillet 1919. Durant la bataille de Lwów, des soldats polonais se livrent durant trois jours à un pogrom. La Galicie fut ensuite intégrée dans les territoires orientaux de la Pologne fraîchement reconstituée à la faveur de la Révolution russe, formant l’une des contrées des kresy, zone frontière ou tampon de la Seconde République, peuplée de minorités. La province perd son nom autrichien et reprend, avec la Galicie occidentale, le nom historique de Małopolska ("Petite-Pologne").

À partir du milieu des années trente, l’idéal d’une grande Pologne multiethnique de Piłsudski est dépassé par une politique de polonisation agressive, ouvertement antisémite, imposant par la violence la « pacification » des villages ukrainiens. En 1939, en vertu de l’accord secret Molotov-Ribbentrop, tandis que l’Allemagne envahit la moitié occidentale de la Pologne, l’Union soviétique met la main sur sa partie orientale. Ce territoire est incorporé, à la suite d’un référendum truqué, à la République socialiste soviétique d’Ukraine. L’Union soviétique y mène une politique d’ukrainisation, mais aussi de collectivisation forcée et de mise au pas idéologique, assortie d’une violente répression (déportations, emprisonnements, exécutions) qui touche dans l’ordre chronologique les anciennes élites politiques, économiques et intellectuelles polonaises, puis les nationalistes ukrainiens. Fin juin 1941, la région est conquise par la Wehrmacht.

Les nationalistes ukrainiens accueillent les troupes allemandes comme des libérateurs. Pourtant, loin de conférer l’indépendance à l’Ukraine, les nazis y développent très rapidement une politique d’élimination radicale des communistes, mais aussi de nettoyage ethnique et racial, transformant ce territoire en zone d’essai très spécifique de mise à mort sur le terrain et de radicalisation (« brutalisation ») de la violence de guerre, avec une participation importante et volontaire de la population locale. Dès l’arrivée des Allemands, la population locale ukrainienne se « venge » des persécutions du NKVD par une série de pogroms sauvages, perpétrés contre la population civile juive (24 000 morts). Les nazis intègrent la Galicie au « Gouvernement Général » de la Pologne occupée et mettent progressivement en place la « solution finale » : les 500 000 Juifs (12 % de la population d’environ 4 millions), d’abord rassemblés dans des ghettos et camps de travail, sont pour la plupart fusillés au bord de fosses communes ou annihilés à Bełżec. Par ailleurs, 350 000 Polonais et Ukrainiens sont déportés en Allemagne comme travailleurs forcés ou déplacés pour créer un espace vital et économique germanisable, dans le cadre d’une stratégie militaire et économique qui envisageait délibérément la mort par la faim de dizaines de millions d’êtres humains en Union soviétique.

L’OUN et l’UPA (l’Armée d’insurrection ukrainienne), qui passe entre-temps de la collaboration à la résistance contre les Allemands tout en poursuivant sa lutte contre les Soviétiques et les Russes, profitent du chaos dans lequel se trouve plongée la région pour se débarrasser de la population polonaise (50 000 morts d’abord en Volhynie, puis en Galicie orientale), où la terreur imposée par la guérilla des « bandéristes » ukrainiens (partisans de Stepan Bandera, chef de l’OUN) indépendantistes ne sera contrôlée par l’Union soviétique qu’au début des années 1950. De son côté, Staline met en place dès la fin de la guerre une politique de déportation des populations : entre 1945 et 1956, 800 000 Polonais sont « rapatriés », dont 560 000 de Galicie, tandis qu’environ 600 000 Ukrainiens de l’autre côté de la frontière (Lemkos) sont déportés vers l’Ukraine (la plupart vers la Galicie) ou dispersés au cours de l’opération Vistule (Akcja Wisła) dans les territoires que la Pologne a récupérés sur l’Allemagne.

[modifier] La Galicie, terre d’émigration et berceau de célébrités

La Galicie a été depuis le milieu du XIXe siècle une terre d’émigration. Une proportion considérable des « Galiciens » se trouvent aujourd’hui hors de Galicie. Près d’un million de Galiciens ukrainiens, dits « Ruthènes », ont émigré au début du siècle aux États-Unis, au Canada et en Europe occidentale, tout comme de nombreux Galiciens polonais. Chicago, Milwaukee, Philadelphie, New York sont devenus de grands centres d’émigration galicienne. Des 800 000 Juifs galiciens d’avant la Première Guerre mondiale, 200 000 à 300 000 ont fui pogroms et guerres vers les capitales occidentales et les États-Unis entre 1880 et 1914.

En raison des possibilités d’éducation et de promotion sociale offertes par la monarchie autrichienne à l’ensemble de ses minorités, la renommée de la Galicie s’est aussi fondée sur le fait qu’elle fut le terreau fertile de la constitution d’une intelligentsia nationale (autrichienne, polonaise, russo-ukrainienne ou juive) de premier plan. La Galicie fut le laboratoire de mouvements nationaux modernes, polonais, ukrainiens et juifs. Au regard des persécutions ultérieures, la période de l’Empire austro-hongrois fait figure rétrospectivement d’ère de liberté.

La Galicie a également bénéficié de la notoriété de ses figures de proue, qui l’ont d’ailleurs souvent quittée dans leur ascension sociale et culturelle, ou sont devenus des symboles phares dans leurs cultures nationales respectives : les germanophones Joseph Roth, Martin Buber et Emil-Edwin Reinert, les polonophones Gerda Taro, Joseph Wittlin et Bruno Schulz, les ukrainophones Ivan Franko, Vassyl Stefanik et Martovitch, auxquels il faut ajouter les écrivains de langue hébraïque Shmuel Yosef Agnon ou Aharon Appelfeld, et les écrivains yiddish Moyshe Leyb Halpern, Melekh Ravitsh et Uri Tsi Grinberg, sans parler de la pléiade de l’école yiddish galicienne du début du siècle.

On dénombre également des figures plus exotiques comme des hommes politiques (Karl Radek, Isaac Deutscher, ou Maximilien Rubel), ou bien des auteurs qui ont fait l’objet d’une « re-découverte » plus récente, comme les chantres germanophones de la Galicie multiethnique (certes germanocentrée) Karl Emil Franzos et Leopold von Sacher-Masoch, et pour l’après-guerre, les mémorialistes Soma Morgenstern et Manès Sperber, tout comme les romanciers polonais Andrzej Kusniewicz et Julian Stryjkowski.

Ces Galiciens ont porté à travers le monde le nom de leur « petite patrie », tout en en chantant le multiculturalisme avant la lettre, le pluralisme religieux, culturel et ethnique, vus à travers le prisme de la communauté disparue. Ainsi, le shtetl juif, la grande propriété foncière aristocratique polonaise, la colonie ou bien l’îlot linguistique germanophone ou polonophone dans la « mer » ukrainienne, ou encore la splendeur passée des métropoles régionales qu’étaient Cracovie ou Lvov incarnent une Arcadie perdue de l’enfance ou une Atlantide submergée par le déferlement du mal (guerre, communisme, occupation hitlérienne).

Bien que n’ayant pas subi, comme les Juifs, une tentative d’annihilation totale, les organisations d’émigrants ukrainiens aux États-Unis et au Canada perpétuent une mémoire centrée autour de la persécution des Ukrainiens ou Ruthènes par les Polonais et les Russes puis par le régime soviétique. En Union soviétique, la Galicie orientale, divisée en trois oblast (Lvov, Ternopol et Ivano-Frankovsk), forma avec la Transcarpathie l’« Ukraine occidentale ». Reléguée dans un coin excentré du territoire national de l’URSS elle subit une forte soviétisation.

[modifier] Voir aussi

[modifier] Sources

  • Delphine Bechtel, « Le mythe de la Galicie, de la disparition à la résurrection virtuelle », dans Cultures d’Europe centrale, no 4, Paris, CIRCE (université Paris-IV Sorbonne), 2003.
  • La Galicie au temps des Habsbourg (1772-1918). Histoire, société, cultures en contact, éd. par Jacques Le Rider et Heinz Raschel, Tours, Presses universitaires François Rabelais, 2010.

[modifier] Liens externes

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