Richard Sorge

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Richard Sorge
Richard Sorge, en 1940.
Richard Sorge, en 1940.

Surnom « Ramsay » (Рамзай)
Naissance 4 octobre 1895
Adjikent, Azerbaïdjan
Décès 7 novembre 1944 (à 49 ans)
Tokyo, Japon
Origine Azerbaïdjan
Allégeance Drapeau de l'URSS Union soviétique
Arme NKVD
Années de service 1924 – 1941
Conflits Seconde Guerre mondiale
Distinctions Héros de l'Union soviétique (titre posthume)
Dr Sorge, alias « Ramsay ».

Richard Sorge (en russe : Рихард Зорге) (4 octobre 1895 - 7 novembre 1944), est un révolutionnaire et journaliste allemand et soviétique. En poste en Allemagne et au Japon, il est surtout connu pour son travail d'espion au Japon au service de l'URSS, avant et pendant la Seconde Guerre mondiale. Son nom de code au NKVD était « Ramsay » (en russe : Рамзай).

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines et Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Sorge est né à Adjikent, près de Bakou, en Azerbaïdjan, qui faisait alors partie de la Russie impériale. Il était l'un des cinq enfants de l'ingénieur des mines Wilhelm Sorge et de sa femme Nina. Sa famille alla s'installer en Allemagne lorsqu'il avait trois ans. Son oncle avait été le secrétaire de Karl Marx.

En octobre 1914, Sorge s'engagea comme volontaire de l'armée allemande pendant la Première Guerre mondiale. Il rejoint le bataillon d'étudiants du troisième régiment des Gardes (artillerie). Pendant son service sur le front ouest, il fut gravement blessé en mars 1916, lorsqu'un shrapnel lui cassa les deux jambes et lui coupa trois doigts, le handicapant à vie. Il fut promu au rang de caporal, reçut la Croix de fer et fut dispensé pour raisons médicales.

Années 1920[modifier | modifier le code]

Pendant sa convalescence, il lut Marx et adopta l'idéologie communiste. Il passa le reste de la guerre à étudier l'économie dans les universités de Berlin, Kiel et Hambourg. En 1920, il obtint son doctorat en sciences politiques. Il rejoignit le parti communiste allemand, le KPD. Ses opinions politiques lui valurent cependant d'être licencié d'un poste d'assistant et d'un emploi dans une mine de charbon. Il s'enfuit alors à Moscou, où il devient un agent du Komintern.

En 1921, Sorge revient en Allemagne, avec Christiane Gerlach, l'ancienne épouse de son directeur de thèse, avec laquelle il se maria bientôt, et s'installe à Solingen, dans l'actuelle Rhénanie-du-Nord-Westphalie, au sud de la Ruhr. En 1922, les communistes le relogèrent à Francfort, où il recueillit des informations sur la communauté financière. Après une tentative de coup d'État communiste en octobre 1923 dans lequel il participa, il continua son travail en tant que journaliste.

En 1924, il déménagea à Moscou où il rejoint officiellement le Département international de liaison du Komintern, qui était une section d'information de la Guépéou. Il semble que son investissement dans son devoir l'ait mené au divorce. En 1928, il fut transféré au GRU, et en 1930 à Shanghai pour collecter des informations et préparer une révolution, sous couverture de journalisme pour le Frankfurter Zeitung et d'un travail dans une agence de presse. Il y rencontra Hotsumi Ozaki par l'entremise de Agnes Smedley. Ozaki était un journaliste japonais travaillant pour le Asahi Shimbun, et devint plus tard un informateur pour Sorge. En janvier 1932, Sorge informa les services secrets soviétiques sur les combats entre les troupes japonaises et chinoises, et fut rappelé en décembre à Moscou.

Années 1930 et Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Sorge fut alors décoré et se remaria. En 1933, il fut envoyé à Berlin, sous le nom de code « Ramsay » (« Ramzai » ou « Ramzay »), pour renouer des contacts en Allemagne de manière à passer pour un journaliste allemand au Japon. Il arriva à Yokohama le 6 septembre 1933.

De 1933 à 1934, Sorge édifia un réseau pour collecter des informations au profit du NKVD au Japon. Ses agents avaient des contacts avec des politiciens influents et, par là, des informations sur la politique étrangère du Japon. Il contacta à nouveau Ozaki Hozumi, qui lia des contacts rapprochés avec le premier ministre, Fumimaro Konoe. Ozaki put ainsi copier des documents secrets pour Sorge.

Sorge rejoignit officiellement le NSDAP et travailla à l'ambassade locale, et en particulier avec l'ambassadeur Eugen Ott, comme agent de l'Abwehr. Il utilisa l'ambassade pour vérifier ses informations. À cette période, le stress lui fit augmenter sa consommation d'alcool.

Sorge livra aux Soviétiques des informations sur le pacte anti-Komintern, le pacte entre l'Allemagne nazie et l'Empire du Japon, et sur l'attaque de Pearl Harbor. En 1941, Sorge leur apprit la date exacte du lancement de l'opération Barbarossa en développant un réseau d'espions au Japon, dont faisait partie Hotsumi Ozaki ou en devenant l'amant de femmes de hauts responsables, comme celle de l'ambassadeur d'Allemagne. Cependant aucune disposition ne fut prise suite à ces informations, pourtant cruciales, essentiellement du fait de Staline qui se méfiait de cet ancien troskyste aux mœurs ambigües[1].

En août 1941 et avant la bataille de Moscou, Sorge transmit une information cruciale pour la suite de la guerre, à savoir que les Japonais occupés à préparer leur entrée en guerre, en particulier contre les États-Unis, Pearl Harbor, n'allaient pas attaquer l'URSS. Cette information permit au maréchal Joukov de redéployer les troupes sibériennes pour défendre Moscou.

Une autre information importante que Sorge fournit dans le second semestre 1941 fut celle où il informa Moscou du fait que le Japon attaquerait l'URSS dès que l'armée allemande aurait pris une quelconque ville sur la Volga, coupant l'approvisionnement en pétrole et carburant de Bakou, et les munitions et ressources en nourriture envoyées par les alliés du golfe Persique à travers l'Iran, l'Azerbaidjan soviétique, et le long de la Volga. Cette information peut expliquer en partie la résistance acharnée de Staline sur la Volga lors de la Bataille de Stalingrad, point tournant de la Seconde Guerre mondiale.

Arrestation et exécution[modifier | modifier le code]

Les services secrets japonais avaient déjà intercepté plusieurs messages et commencèrent à resserrer les mailles du filet : le 14 octobre 1941, Ozaki fut arrêté et interrogé, et, à son tour, Sorge, le 18 octobre 1941, à Tokyo. Sorge ne fut pas échangé contre des prisonniers de guerre japonais, le gouvernement soviétique n'ayant pas apprécié qu'il ait avoué qu'il travaillait au profit de l'URSS. Il fut incarcéré à la prison de Sugamo.

Richard Sorge fut pendu le 7 novembre 1944, le même jour que Ozaki Hozumi. L'URSS ne reconnut Sorge qu'en 1964, 11 ans après la mort de Staline et l'aveu des erreurs de ce dernier par l'administration soviétique. Le 5 novembre 1964, il reçut le titre posthume de héros de l'Union soviétique.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Marc Ferro, « Les 70 ans de Pearl Harbor », émission Au cœur de l'histoire, 6 décembre 2011

Film à son propos[modifier | modifier le code]

  • Spy Sorge, film japonais réalisé par Masahiro Shinoda en 2003
  • Qui êtes-vous Monsieur Sorge ?, film français de Yves Ciampi, sorti en avril 1961 (cité par Alain Decaux, Nouveaux Dossiers secrets, p.178, Librairie académique Perrin, 1967).

Livres à son sujet[modifier | modifier le code]

  • Gordon W. Prange, Le réseau Sorge
  • Robert Guillain, L'espion qui sauva Moscou
  • Hans Hellmut Kirst, Sorge, l'espion du siècle, Paris, Robert Laffont, 1960
  • S. Goliakov & Ponizovsky, Le vrai Sorge
  • Nicole Chatel et Alain Guérin, Camarade Sorge, Paris, Julliard, 1965
  • Hans-Otto Meissmer, Der Fall Sorge
  • Morgan Sportès, L'insensé, Paris, Grasset 2002
  • Osamu Tezuka L'histoire des 3 Adolf (volume III)
  • Aleksandar Hemon, De l'esprit chez les abrutis
  • Isabel Kreitz, L'Espion de Staline, Casterman, 2009 (Bande dessinée)
  • Major Général Charles A. Willoughby, La conspiration de Shangaï, Paris, Plon, 1953 (ouvrage écrit pendant la guerre froide)
  • Alain-Yves Berger, Richard Sorge a-t-il gagné la guerre ?, éditions Ouest-France, 2012
  • Gérard Streiff, L'espion qui a vaincu Hitler, éditions Oskarson 2011