V1 (missile)
Maquette de V1 au Mémorial de Caen |
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| Présentation | |
|---|---|
| Fonction | Bombe volante air-sol |
| Constructeur | Robert Lusser, de la société allemande Fieseler |
| Coût à l'unité | 3.500 RM |
| Déploiement | Juin 1944 - Mars 1945 |
| Caractéristiques | |
| Moteur | Pulsoréacteur Argus 109-014 ou 109-44 |
| Masse au lancement | 2247 kg |
| Longueur | 7, 90 m |
| Diamètre | 8, 32 m |
| Envergure | 5, 78 m |
| Vitesse | ~670 km/h à 4500 pieds |
| Portée | ~200 à 210 km |
| Altitude de croisière | 3000 m |
| Charge | 847, 11 kg d'Amatol-39 |
| Guidage | Trois gyroscopes reliés à un pilote automatique primitif Ascania pré-réglable |
| Précision | cercle d'erreur probable de 12 à 13 km |
| Détonation | Explosive |
| Plateforme de lancement | Rampe de lancement |
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Le V1 (de l'allemand Vergeltungswaffe : « arme de représailles ») est une bombe volante et le premier missile de croisière de l'histoire de l'aéronautique. Utilisée durant la Seconde Guerre mondiale, du 13 juin 1944 au 29 mars 1945 par l'Allemagne nazie contre le Royaume-Uni, puis également contre la Belgique (pendant l'hiver 1944-1945), le V1 est remplacé plus tard par le V2.
Le but du V1 et plus tard du V2, n'est pas tant de causer des dégâts à l'armée britannique que de saper le moral des insulaires, de ralentir leur production industrielle et de se venger des bombardements alliés. Ces armes ne réussirent pas à briser la volonté britannique de résister.
Sommaire |
Histoire [modifier]
Le V1 ou Fieseler Fi 103 est conçu principalement sous la désignation FZG 76 (de l'allemand Flak Ziel Gerät 76) par Robert Lusser de la société Fieseler, et par Fritz Gosslau de la société Argus.
En juillet 1944, un avion de la RAF parvient à se poser sur un terrain de Pologne, à embarquer un V1 intact fourni par l'Armia Krajowa (la résistance polonaise) au prix d’efforts extraordinaires et à le ramener en Angleterre. Les experts constatent alors que l’engin correspond aux descriptions faites en 1942. Jusque fin 1943, les services britanniques et américains estiment que ce type d'armes ne peut pas exister, même au 10 juin 1944 les sceptiques n’avaient pas désarmé.
À partir du printemps 1944, une version pilotée du V1 appelé V-4 est projetée et des exemplaires modifiés conçus et testés, notamment par Hanna Reitsch. Répondant au nom de code Reichenberg, aucun de ces prototypes n'est utilisé pour le combat. Dans cette version, le pilote doit amener le V1 sur l'objectif et sauter en parachute à environ 1 000 m de l'impact. En raison du peu de temps pour effectuer l'éjection, qui est entièrement manuelle à l'époque, ce type de mission s'apparente à un suicide[1]. Une version biplace a même été prévue pour l'entraînement des pilotes. L'atterrissage était prévu avec un ski placé sous le fuselage.
En février 1944, les réseaux de renseignement comme le réseau Marco Polo avertissent Londres que les Allemands ont réalisé des essais concluants de V1 aéroportés, lancé d'un avion. Le bombardier Heinkel est adopté pour le lancement de ce type de V1. Ces appareils ont leur base aux Pays-Bas et les V1 qu'ils lancent évitent le barrage de DCA. Ils continuent leurs actions meurtrières jusqu'en 1945. La dernière bombe tombe sur le village de Datchworth le 29 mars 1945.
Présentation [modifier]
Le moteur est un pulsoréacteur (réacteur très simple et bruyant) attaché au corps par deux mâts. Le fuselage contient la charge explosive, le carburant et une centrale à inertie assurant un guidage sommaire. Le tout est muni de petites ailes et d'un empennage stabilisateur assurant une gouverne de profondeur. Une gouverne de lacet est placée sur l'axe de fixation arrière du réacteur.
L'engin peut être catapulté sur une rampe (après allumage du pulsoréacteur à l'aide d'un brûleur à gaz), ou largué depuis un avion porteur (des bombardiers Heinkel He 111 sont modifiés à cet effet). Après quoi la bombe est livrée à elle-même. Le point de chute est approximativement déterminé par un compteur à vis primitif entraîné par une petite hélice, et qui, réglé avant le départ, sectionne le câble du gouvernail de profondeur. Deux explosifs légers provoquent la sortie de deux petits aérofreins sur le dessous et de chaque côté de la gouverne de profondeur, déclenchant la mise en piqué. Le brusque changement d'attitude entraîne généralement l'arrêt du moteur, et les populations survolées écoutaient donc avec angoisse le bruit particulier du pulsoréacteur en redoutant le moment où le bruit caractéristique s'arrêterait, marquant ainsi la plongée du missile vers le sol.
Autres caractéristiques [modifier]
- Carburant : 500 kg d'essence
- Charge secondaire : 23 bombes à fragmentation de 1 kg chacune et des tracts de propagande
Variantes [modifier]
- Fieseler Fi-103A-1
- Modèle de base propulsé par un Argus 109-014, capable d'une vitesse de 670 km/h à 4 500 pieds, doté d'une autonomie de 200 à 210 km et embarquant une charge de 850 kg d'amatol 39A. Certaines têtes était capable d'embarquer la même masse de trialen, un explosif doté d'un plus fort pouvoir brisant.
- Fieseler Fi-103B-1
- Fi-103A-1 disposant d'une voilure en bois présentant une surface alaire légèrement plus importante que l'originale et réduisant son poids de 38 kg. Lancement inaugural en février 1945.
- Fieseler Fi-103B-2
- Similaire au Fieseler Fi-103B-1, la variante B-2 embarquait une tête explosive au Trialen ainsi que des détonateurs plus performants. Certains exemplaires reçurent une large croix rouge sur leur tête afin de les dissocier des exemplaires embarquant une charge d'amatol.
- Fieseler Fi-103C-1
- Remplacement de la tête explosive par une bombe à fragmentation SC 800 plus légère afin d'améliorer l'autonomie de l'engin.
- Fieseler Fi-103D-1
- Version étudiée pour l'emport d'une tête chimique. Jamais mis en production.
- Fieseler Fi-103E-1
- Variante à l'autonomie améliorée exclusivement mise au point pour les sites de lancement aux Pays-Bas. Équipée d'une voilure en allégée en bois, d'un réservoir de 810 litres et d'une tête offensive plus courte à l'emport réduit.
- Fieseler Fi-103F-1
- Dernière version au rayon-d'action augmenté avec une capacité en carburant portée à 1 025 litres et une charge utile réduite à 530 kg d'explosif. Le pulso-réacteur Argus 109-014 laisse également sa place à un Argus 109-44 plus puissant.
Lancement et contre-mesures [modifier]
Environ 35 000 V1 sont construits, dont la moitié seront détruits au sol par bombardement[2].
Le lancement s'effectue principalement à partir de longues rampes. Les services secrets alliés n'ont pas tardé à repérer leur disposition en arc de cercle autour de leur cible, Londres et ses alentours, grâce aux informations fournies par le réseau AGIR, dirigé par Michel Hollard.
Au total, environ 9 250 sont lancés à partir de rampes de lancement, mais un certain nombre proviennent de lancement à partir d'avions porteurs Heinkel. Approximativement 6 550 sont largués d'avions sur les conurbations du centre de l'Angleterre et sur Londres, mais aussi sur Anvers, Liège et Bruxelles après la libération par les Alliés. Quelques fusées V4 portant une charge explosive de 200 kg et confiées à des équipes de SS tombèrent sur Anvers en plus des V1, ainsi que des V2 dont l'un tua 561 personnes dans un cinéma. À Bruxelles, entre autres dégâts, un V1 détruit l'usine d'aviation Jean Stampe. Pour d'aucuns, la destruction d'un tel objectif ne serait pas le fait d'un hasard qui caractérisait la plupart des chutes de V1, mais résulterait d'une visée démontrant que le lancement avait été fait à partir d'un avion (la position géographique de cet objectif dans la commune bruxelloise d'Evere était bien connu des Allemands qui avaient réquisitionné l'usine Stampe pendant la guerre). Quelques V1 tombèrent sur Paris, encore après la libération par les Alliés. Beaucoup se sont simplement égarés et sont tombés au hasard. Le documentaire Apocalypse, la 2e Guerre mondiale précise que la campagne aurait causé 25 000 morts dans les divers pays touchés.
Ses caractéristiques (vol rectiligne à vitesse constante) permettent aux chasseurs alliés et à la DCA d'abattre environ la moitié des engins lancés contre le Royaume-Uni.
Les chasseurs les plus efficaces sont les Hawker Tempest[3], avec 638 engins abattus ; puis les Mosquitos, avec 428 ; les Spitfires, 303 ; les P-51 Mustangs, 232 et les Meteors à réaction (encore au stade expérimental à ce moment-là), 13 ou 14.
La centrale inertielle du V1 ne pouvant corriger des erreurs que de quelques degrés de roulis sur sa trajectoire originelle, des aviateurs sous la direction de la RAF, mirent au point une méthode pour les faire dévier de leur course : l'avion volant à la même vitesse que le V1, le pilote se place à côté de lui et soulève l'extrémité de son aile sous celle du V1. Les ailes ne se touchent pas, mais l'air entre les deux ailes étant comprimé, une force est exercée sur le V1, qui est dévié de sa trajectoire. L'utilisation de cette méthode spectaculaire — mais dangereuse — est attestée dans au moins trois cas. Aussi dangereuse que soit cette action, suivre un V1 et tirer sur lui était encore plus dangereux. Car ainsi, à presque 650 km à l'heure, il est très difficile d'éviter les effets de l'explosion de la bombe volante.
Londres représentait une cible idéale pour un tel engin. Du fait de son imprécision, il était impossible aux Allemands de bombarder un objectif donné. Cependant, certaines de ces bombes volantes ont détruit des objectifs précis comme des usines, ce qui permet de penser à une direction à partir d'un lancement d'avion Heinkel. Mais les zones urbaines, comme Paris, Bruxelles et l'immense étendue de l'agglomération de Londres étaient des objectifs que les V1 pouvaient atteindre, même sans une visée précise, en causant des dégâts et des victimes. Aussi, les V1 ont-ils créé un véritable vent de panique sur Londres, et beaucoup d'enfants ont, comme en 1940, été évacués, contrairement à ce que qu'affirma Winston Churchill.
Pour les arrêter, de gros moyens seront employés. En août 1944, la mise en service de canons de DCA à réglage automatique par radar permet d'atteindre une efficacité d'environ 75 % dans la destruction de ces missiles. De plus, l'état-major allié va mobiliser d'importantes forces aériennes, avions et canons de DCA, pour garder le ciel britannique, en les prélevant sur le front. Les services de renseignements et les missions aériennes s'emploient à localiser, et à faire bombarder les sites de lancements. Peine perdue, les Allemands étant capables de les reconstruire très vite. Ce n'est que l'avancée des troupes sur le front de l'Ouest qui fera cesser définitivement les tirs de V1 et de V2.
Bilan [modifier]
Tout comme les V2, les V1 ont un effet psychologique et stratégique, plutôt que tactique. Leur faible charge explosive (moins d'une tonne) et leur précision toute relative en font une arme peu efficace. Stratégiquement, le principal succès des V1 n'est pas l'efficacité des bombardements en eux-mêmes, mais la mobilisation de grands moyens militaires, détournés du front, pour les arrêter. Psychologiquement, les armes secrètes allemandes ont alimenté la propagande de Goebbels et laissé croire à l'opinion étrangère et allemande, que l'Allemagne pouvait encore retourner le sort de la guerre.
Les diverses nations alliées ont étudié ces armes, qui ont servi pour leurs programmes d'après-guerre. Un engin cible, le CT 10, dérivé direct du V1, fut étudié puis produit par l'Arsenal de l'aéronautique dès 1946.
Bibliographie [modifier]
- Roger Capron, Bases secrètes en Haute-Normandie, 1943-1944, éd. Bertout, 1989 (ISBN 2-86743095-X)
- Norbert Dufour et Christian Doré (préf. Daniel Pégisse), L'Enfer des V1 en Seine-Maritime durant la Seconde Guerre mondiale, Luneray, Bertout, 1993, 295 p. (ISBN 978-2-86743-179-1)
- Laurent Bailleul, Les Sites V1 en Flandres et en Artois, Hazebrouck, 2001 (ISBN 2-9515840-0-8)
- Laurent Bailleul, Les Sites V1 en Picardie, Hazebrouck, 2006 (ISBN 2-9515840-1-6)
- Yannick Delefosse, V1, arme du désespoir, Lela Presse, Outreau, 2006 (ISBN 2-914017-35-9)
- Yannick Delefosse, V1, arme du désespoir (Nouvelle édition 2011), Lela Presse, 2011, 384 p. (ISBN 978-2-919231-02-7) [présentation en ligne]
- Florian Hollard, Michel Hollard, le Français qui a sauvé Londres, éd. Le cherche midi, 2004 (ISBN 978-2-7491-0387-7)
- Jacques Bergier, Agents secrets contre armes secrètes, éd. J'ai lu leur aventure, no A101
- George Martelli, L'Homme qui a sauvé Londres, éd. J'ai lu leur aventure, no A17–18
- Colonel Remy, Et l'Angleterre sera détruite, Éditions France-Empire, 1969, et éditions J'ai lu leur aventure, no A257
- Maud Jarry, Les Armes V1 et V2 et les Français, Rennes, Marine Editions, 2010, 190 p. (ISBN 978-2-35743-045-7) (OCLC 560010497) (LCCN 2010421500)
Notes et références [modifier]
- Reichenberg
- voir le chapitre correspondant dans Le Grand Cirque de Pierre Clostermann.
- Témoignage de Jean Vaissier.
Voir aussi [modifier]
Articles connexes [modifier]
Autres missiles développés par l'Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale :
Liens externes [modifier]
- Fieseler FI103 V1
- Yannick Delefosse, V1 arme du désespoir
- Jean Erisay, Musée du V1 de Tosny