Ilya Ehrenbourg

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Ilya Grigorievitch Ehrenbourg

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Ilya Ehrenbourg en 1943

Naissance 27 janvier 1891
Kiev, Empire russe
Décès 31 août 1967 (à 76 ans)
Moscou, URSS
Nationalité Soviétique
Pays de résidence URSS
Profession Écrivain, journaliste, reporter de guerre

Ilya Grigorievitch Ehrenbourg (en russe : Илья́ Григо́рьевич Эренбу́рг), né le 27 janvier 1891, à Kiev (Ukraine), et mort le 31 août 1967, à Moscou (URSS), est un écrivain et journaliste russe.

Auteur prolifique il joua aussi un rôle important pour la propagande soviétique notamment durant la Deuxième Guerre mondiale. Il contribua avec Vassili Grossman à l'élaboration du Livre noir.

Biographie[modifier | modifier le code]

Dès sa jeunesse, Ehrenbourg cherche à se forger une identité entre ses origines juives, ses racines russes et son européanisme, cultivé au cours de sa résidence à Paris en 1908-1917 et 1921-1940. Il participe aux mouvements révolutionnaires de 1905. En 1916, il fait paraître les traductions des poèmes de François Villon qui sont devenues extrêmement populaires chez les russophones.

Il participe à la Guerre civile espagnole. Lors du second conflit mondial il fut correspondant de guerre. Il est alors membre du Comité antifasciste juif. Il travailla également à la propagande soviétique, et participe, avec d'autres auteurs comme Constantin Simonov, à une violente campagne anti-allemande. Son article « Tue », publié le 24 juillet 1942 quand les troupes allemandes avaient profondément pénétré en territoire russe, est un des exemples les plus cités et critiqués de cette campagne[1],[2]. Affirmant que « les Allemands ne sont pas des êtres humains », l'article appelait à les tuer sans pitié :

« Ne disons rien. Ne nous indignons pas. Tuons. Si tu n’as pas tué un Allemand par jour, ta journée est perdue… Si tu ne tues pas l’Allemand, c’est lui qui te tuera… Si tu ne peux pas tuer un Allemand avec une balle, tue-le à la baïonnette… Si tu as tué un Allemand, tues-en un autre— à l’heure actuelle il n’est rien de plus réconfortant pour nous autres que de voir des cadavres allemands. Ne compte pas les jours, ne compte pas les kilomètres. Compte une seule chose : les Allemands que tu auras tués. Tue l’Allemand ! C’est ce que te demande ta vieille mère. L’enfant t’implore : tue l’Allemand ! Tue l’Allemand ! C’est ce que réclame ta terre natale. Frappe juste[3]. »

Dans ce texte, la figure de l’Allemand englobe celle de l’ennemi rencontré et défini précédemment, en particulier en Espagne, « le fasciste […] l’ennemi idéal par son statut extérieur et son antisémitisme radical »[4]. Dans ces écrits la modalité injonctive domine, les impératifs sont répétés, les phrases courtes incitent à l’action, à la lutte contre l’ennemi ramené à la « catégorie globalisante de l’Allemand »[5]. L'extrémisme de ses positions lui vaudront des critiques dans la Pravda en avril 1945[6] de la part de Gueorgui Alexandrov, vice-président du Comité central du Parti communiste. Après la seconde guerre mondiale cet article souleva une polémique en Allemagne de l'Ouest.

En tant que journaliste, Ehrenbourg part sur les pas de l'Armée rouge, dans les territoires tout juste libérés de l'occupation allemande. Là, en compagnie de Vassili Grossman, il recueille les témoignages des massacres commis par les Allemands. Leur reportage fut utilisé au procès de Nuremberg en 1945-46. La documentation recueillie était conçue au départ comme témoignage pour l’histoire, mais aussi comme preuve sur les crimes allemands. Les documents devaient donc prendre part aux accusations que les Alliés mettaient en place contre le nazisme. Le Comité antifasciste juif décida que les témoignages et documents recueillis durant la guerre devaient être rassemblés en un volume : Le Livre noir. Il s’agissait alors aussi de garder témoignage de l’extermination et de son ampleur, de lutter contre un antisémitisme renaissant. Son élaboration fut stoppée en 1948 avec la dissolution du Comité antifasciste juif par le régime stalinien et son évolution vers un antisémitisme stigmatisant le « cosmopolitisme » supposé des Juifs russes. La découverte des épreuves corrigées par Vassili Grossman a permis la publication intégrale de l’ouvrage dans les années 1990[7],[8].

Pendant la Guerre froide, il contribue à la propagande communiste. Pendant toute la période stalinienne, il réussit à se maintenir dans une relative indépendance, tout en échappant aux purges staliniennes.

Mort d'un cancer de la vessie en 1967, Ehrenbourg est enterré au cimetière de Novodevitchi.

Prix et distinctions[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • La Ruelle de Moscou, 1927.
  • Le deuxième jour de la création, 1933.
  • Hors du Chaos, 1934.
  • UHP (Tome1) & No passaran (Tome2), 1937.
  • La Chute de Paris, 1942.
  • La Tempête, 1947.
  • Retour aux États-Unis, 1947.
  • Le Dégel, 1954.
  • Les Années et les hommes, Gallimard, 1962
  • Le Livre noir, Éditions Acte sud, 1995, écrit en collaboration avec Vassili Grossman.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Ilya Ehrenbourg, Les gens, les années, la vie, Parangon, Paris, 2008.
  • Lilly Marcou, Ilya Ehrenbourg, Plon, Paris, 1992
  • Ewa Bérard, La Vie tumultueuse d'Ilya Ehrenbourg - Juif, Russe et Soviétique, Ramsay, Paris, 1991[9]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le texte se trouve dans Ilya Ehrenburg, Vojna (La guerre) (Moscou, 1942-43)
  2. Texte original en russe.
  3. Texte cité dans Lilly Marcou, Ilya Ehrenbourg. Un homme dans son siècle, 1992, p. 209.
  4. Hélène Mélat, « Ilya Ehrenbourg ou la griserie de l’écriture performative », Études littéraires, 36, 1, 2004, pp. 77-92, ici p. 85 Lire en ligne.
  5. H. Mélat, op. cit., p. 86
  6. Texte de l'article.
  7. M. Parfenov (dir.), Le Livre noir, textes et témoignages réunis par I. Ehrenbourg et V. Grossman, traduit du russe par Y. Gauthier, L. Jurgenson, M. Kahn, P. Lequesne et C. Moroz, Actes Sud, Arles, 1995
  8. présentation de l’ouvrage et de sa genèse : Antonella Salomoni, « compte rendu de M. Parfenov (dir.), Le Livre noir; Y. Arad, T. Pavlova, I. Altman, A. Weiss, B. Kaptelov, S. Krakovski, S. Spektor (dir.), Le Livre noir inconnu. Récits des témoins oculaires de l'extermination des juifs soviétiques (1941-1944) », Annales. Histoire, Sciences Sociales, 1997, 52, 3, p. 669 – 672 Lire en ligne.
  9. Présentation de l'ouvrage dans la Revue des études slaves [1]