Pedro Almodóvar

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Pedro Almodóvar

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Pedro Almodóvar à Madrid en septembre 2008.

Nom de naissance Pedro Almodóvar Caballero
Naissance (62 ans)
Calzada de Calatrava, Province de Ciudad Real, Espagne
Nationalité Drapeau de l'Espagne Espagnol
Profession Réalisateur, scénariste, producteur
Films notables Femmes au bord de la crise de nerfs,
Talons aiguilles,
Tout sur ma mère,
Parle avec elle,
La Mauvaise Éducation,
Volver
Site internet http://www.pedroalmodovar.es/

Pedro Almodóvar Caballero est un réalisateur de cinéma espagnol, né le à Calzada de Calatrava dans la province de Ciudad Real et la communauté autonome de Castille-La Manche, en Espagne. Il est l'un des cinéastes emblématiques de la nouvelle vague espagnole.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et premiers pas artistiques[modifier | modifier le code]

Pedro Almodóvar émigre à 8 ans avec sa famille en Estrémadure. Il y fait ses études secondaires qu'il poursuit chez les Franciscains. Comme Mario Vargas Llosa, il fait du scoutisme.

Vers 18 ans, il quitte sa maison seul pour s'installer à Madrid, sans argent et sans travail, mais avec un projet très concret : étudier le cinéma et en faire son métier. Il lui est impossible de s'inscrire à l'école officielle du cinéma puisque Franco vient juste de la fermer. Dans la mesure où il ne peut apprendre le langage cinématographique, Almodóvar décide d'en apprendre le fond en multipliant ses expériences artistiques personnelles dans différents domaines. Malgré la dictature, Madrid représente, pour un adolescent provincial, la culture, l'indépendance et la liberté.

Il survit grâce à divers petits métiers et s'achète sa première caméra super 8 après avoir décroché un emploi à la Compagnie nationale de téléphone d'Espagne. Il y travaille douze ans comme employé de bureau. Le matin, à la Compagnie de téléphone, il apprend à connaître la classe moyenne espagnole qui vit les débuts de la société de consommation, avec ses grands drames et ses petites misères. Le soir et la nuit, il écrit, fait du théâtre avec la compagnie indépendante Los Goliardos et tourne des films en super 8.

Il collabore à diverses revues underground et écrit des nouvelles dont certaines sont publiées. Il a aussi réalisé des romans-photos au cours de sa jeunesse. Il fait également partie d'une troupe de théâtre amateur (référence à cette période dans Tout sur ma mère) et d'un groupe punk rock avant de commencer sa carrière cinématographique.

Carrière cinématographique[modifier | modifier le code]

Entre 1974 et 1985, Pedro Almodóvar réalise plusieurs courts métrages en amateur, remarqués dans le milieu underground.

En 1986, il fonde avec son frère Agustín Almodóvar la maison de production « El Deseo S.A. ». Celle-ci produit les dix films suivants écrits et dirigés par Pedro ainsi que des films d'autres jeunes réalisateurs. L'année 2003 sera l'une des meilleures pour « El Deseo S.A. ».

Son tout premier long métrage distribué en 1980, Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier (le précédent Folle... folle... fólleme Tim! n'ayant pas fait l'objet d'une carrière commerciale) se démarque déjà par sa liberté de ton, son goût pour les marginaux puis pour les aléas sentimentaux et sexuels. Bien que le jeune réalisateur soit beaucoup critiqué à ses débuts, le succès va croissant. C'est au loufoque et bariolé Femmes au bord de la crise de nerfs, récompensé par 5 Goyas du cinéma espagnol en 1989, qu'il doit sa notoriété internationale. Ses premiers films s'inspirent, tout en les parodiant, du style des bandes dessinées, feuilletons télévisés, romans policiers, romans-photos, magazines people, romans de gare et autres objets de culture populaire[1]. Mêlant le banal et le spectaculaire, ils poussent généralement le spectateur à voir au-delà des apparences dans des comédies de mœurs aux intrigues foisonnantes et déjantées mais toujours efficaces. L'omniprésente thématique sexuelle des œuvres d'Almodóvar dérange et on le taxe de vulgarité mais il va tout de même s'imposer comme l'une des têtes de proue de la Movida espagnole. Talons aiguilles semble marquer un tournant dans sa carrière : tout en gardant son habituelle structure narrative, d'une extrême densité et préservant ses références à la culture populaire, le metteur en scène délaisse le kitsch et l'outrance pour explorer une difficile relation mère-fille et revisiter les codes du mélodrame. En 1999, il surprend critique, public et profession avec l'émouvant Tout sur ma mère qui évoque le parcours d'une femme reconstruisant sa vie après la mort accidentelle de son fils[2]. Dans cette veine, sort trois ans plus tard Parle avec elle, considéré par la critique comme son œuvre la plus mature et la plus aboutie[1]. Vient ensuite La Mauvaise Éducation, sorti en France le , qui connait un succès controversé. Malgré tout, le film sera applaudi par les critiques et le public, faisant 1 085 347 entrées en France.

Si Femmes au bord de la crise de nerfs (1988) lui vaut une renommée mondiale, Tout sur ma mère lui permet de remporter quelques-unes des récompenses cinématographiques internationales les plus prestigieuses tels l'Oscar 1999 et le César du meilleur film étranger, le Prix de la mise en scène à Cannes et les Goyas du meilleur film et du meilleur réalisateur.

Une de ses actrices favorites est Victoria Abril que certains de ses films ont imposée comme actrice majeure en France.

Volver (2006) est également très bien reçu par la critique comme par le public. L'actrice principale en est Pénélope Cruz qui avait participé à la production d'En chair et en os et Tout sur ma mère. En 2008, Pedro Almodóvar tourne de nouveau avec Pénélope Cruz un film sur le cinéma et la jalousie : Étreintes brisées (Los Abrazos rotos). Le film est sorti sur les écrans français le .

En 2011, le film La piel que habito est présenté en sélection officielle au Festival de Cannes 2011. Ce nouveau film est une adaptation libre du roman français Mygale de Thierry Jonquet. C'est la deuxième fois que le réalisateur s'appuie sur une œuvre littéraire, après En chair et en os. En 2013, il revient à la comédie décalée qui l'a fait connaître à ses débuts avec Les Amants passagers.

Depuis plusieurs années, il fait partie des réalisateurs internationaux qui concilient succès populaire et cinéma d'auteur, anticonformisme et indépendance d'esprit avec des films très écrits, visuellement sophistiqués, toujours surprenants dans l'élaboration de leurs intrigues et qui restent malgré tout très appréciés du grand public.

Il a tourné douze films à Madrid. Ma vie et mes films sont liés à cette ville, comme les deux faces d'une même pièce de monnaie a-t-il écrit dans « Patty Diphusa, la Vénus des lavabos », un recueil de textes paru en 1999.

Il fut membre du Jury au Festival de Cannes en 1992.

L'originalité et l'innovation dans l'œuvre d'Almodóvar[modifier | modifier le code]

Pedro Almodóvar et Penélope Cruz en 2006 à l'occasion de la remise du Prix Prince des Asturies au cinéaste.
  • Les thèmes tournant autour de l'identité sexuelle : le travestissement, l'homosexualité ou la bisexualité, le transsexualisme, etc sont récurrents et présentés de façon positive.
  • Entre humour et émotion, le cinéma d'Almodóvar traite également des problèmes dus à la filiation et au rapport parent-enfant (en particulier mère-fille). Les notions de mensonge et de vérité s'entrecroisent dans des univers où les secrets de famille et les drames refoulés sont toujours prêts à ressurgir.
  • Les femmes ont souvent le rôle principal et leurs relations avec les hommes sont généralement perçues comme dangereuses. Carmen Maura, Pénélope Cruz, Marisa Paredes, Chus Lampreave, Victoria Abril, Lola Dueñas, Julieta Serrano et Rossy de Palma sont ses actrices fétiches. Chez les hommes, on peut citer la présence répétée d'Antonio Banderas. Sa mère Francisca Caballero[3], ainsi que son frère Agustín Almodóvar (qui est également son producteur exécutif) tiennent des rôles dans plusieurs de ses films.
  • Almodóvar affectionne particulièrement la mise en abyme (ce qui est sensible notamment dans Étreintes brisées) et la dimension du jeu, du double jeu, du déguisement voire de la duplicité de certains personnages (comme celui du juge travesti dans Talons aiguilles).
  • Les références au cinéma mondial prouvent que le cinéaste, à l'instar d'autres tels que Quentin Tarantino, est avant tout un grand cinéphile : les films d'Almodovar sont truffés de références au cinéma américain des années 1950 en particulier (films de Joseph Mankiewicz, Elia Kazan, Alfred Hitchcock etc.). L'influence de Douglas Sirk est indéniable.
  • On peut aussi citer de nombreuses références à la drogue puis aux arts et aux métiers du spectacle : télévision, cinéma, musique (principalement des thèmes populaires espagnols), théâtre, danse, peinture, tauromachie, etc.
  • Le metteur en scène joue beaucoup sur une dimension tactile et bigarrée du cinéma, faisant appel aux notions du mouvement et de la symbolique des couleurs.

Citation[modifier | modifier le code]

« Depuis mon enfance, j’ai une relation passionnée avec le cinéma. J’ai eu la vocation très tôt. J’ai toujours voulu faire des films. En tant qu’enfant, je pensais que les acteurs étaient le cinéma. Plus tard, j’ai découvert qu’il y avait beaucoup d’autres éléments autour d’eux. Des gens, par exemple qui inventaient une histoire et la racontaient. À partir de ce moment-là, j’ai décidé que ma vocation serait celle du narrateur, le maître du jeu, celui qui décide quelle histoire il veut raconter et comment la raconter. Bien que maintenant je sois réalisateur, je pense toujours que les acteurs sont la matière dont est fait le film. Ce sont eux qui matérialisent l’histoire, ils la portent et en font quelque chose de vivant et de réel. Je suis devenu réalisateur pour diriger les acteurs. »

— Pedro Almodóvar.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Récompenses[modifier | modifier le code]

Nominations[modifier | modifier le code]

Sélections[modifier | modifier le code]

Autres[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Scénarios et romans[modifier | modifier le code]

  • Patty Diphusa. La Vénus des lavabos, roman, Ramsay, 1991, 199 p. (ISBN 285956988X) - rééd. Le Seuil, coll. « Points », 1999.
  • La Fleur de mon secret, scénario, Éditions du Levant, 1995, 181 p. (ISBN 2841790029)
  • Femmes au bord de la crise de nerfs, scénario, édition bilingue, Éditions L'avant-scène, 1995, 139 p. (notice BnF no FRBNF35828359)
  • Tout sur ma mère, scénario, édition bilingue, Petite bibliothèque des cahiers du cinéma, 1999, 207 p. (ISBN 2866422481)
  • La Mauvaise Éducation, scénario, édition bilingue, Petite bibliothèque des cahiers du cinéma, 2004, 208 p. (ISBN 2866423909)

Entretiens[modifier | modifier le code]

  • Conversations avec Pedro Almodóvar, entretiens avec Frédéric Strauss, Éditions Cahiers du Cinéma, 1986, 156 p. (ISBN 2866421442) - fréquemment réédité.
  • Pedro Almodóvar : interviews, entretiens, University Press of Mississippi, coll. « Conversations with filmmakers series », 2004. (ISBN 1578065690)

Politiquement engagé[modifier | modifier le code]

Pedro Almodóvar est l'une des figures publiques les plus emblématiques engagé contre l'invasion en Irak. Il désapprouve le soutien qu'apporte le gouvernement espagnol aux Etats-Unis. Avec Fernando Fernán Gómez et Leonor Watling, il a été chargé de lire le manifeste contre la guerre et le gouvernement de José María Aznar lors de la grande manifestation (qui a réuni entre 660 000 et 990 000 mobilisants) à Madrid le 15 février 2003[4].

Après les élections remportées par le parti PSOE en 2004, Pedro Almodóvar a lancé une attaque contre le PP en présentant son nouveau film La mala educación. Les attentats du 11 mars 2004, quelques jours avant les élections, ont poussé l'artiste à suspendre les festivités prévues autour du lancement de son dernier film. Mariano Rajoy a qualifié que les propos d'Almodóvar sur la manipulation des informations lors de ces événements étaient mensongers et honteux de la part d'un compatriote[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Article Encarta sur Pedro Almodóvar
  2. Critique de Tout sur ma mère dans Le Guide du cinéma chez soi, éditions Télérama, 2004, Paris, page 1158
  3. Jean-Claude Seguin, Pedro Almodóvar: filmer pour vivre, Ophrys, 2009, pages 32-33
  4. Article El Pais 16.02.2003 [1]
  5. Article El Mundo 17.03.2004[2]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Ouvrages sur Pedro Almodóvar[modifier | modifier le code]

  • Collectif, Cinéma, écriture et histoire dans Femmes au bord de la crise de nerfs de Pedro Almodóvar, Université de Nantes, coll. « Voix off », 1997, 148 p. (ISBN 2-869391188)
  • Paul Ducan, Les Archives Pedro Almodóvar, Taschen, 2011, 408 p. (ISBN 978-3836502849)
  • Claude Esturgie, Le Genre en question ou question de genres. De Pierre Molinier à Pedro Almodóvar, éditions Léo Scheer, coll. « Variations », 2008, 136 p. (ISBN 9782756101538)
  • Jean-Max Méjean
  • Claude Murcia, Femmes au bord de la crise de nerfs, Pedro Almodóvar, Nathan, 1996, 115 p. (ISBN 2091909750)
  • Paul Obadia, Pedro Almodóvar, l'iconoclaste, éditions du Cerf, coll. « 7e Art », 2002, 253 p. (ISBN 2204069884)
  • Jean-Claude Seguin, Pedro Almodóvar. Filmer pour vivre, éditions Ophrys, coll. « Culture hispnique : Imagenes », 2009, 136 p. (ISBN 2708012320)
  • (en) Paul Julian Smith, Desire unlimited : the cinema of Pedro Almodóvar, Editions Verso, coll. « Critical studies in latin american and iberian cultures », 1994. (ISBN 0860914976)
  • Thomas Sotinel, Pedro Almodóvar, Éditions Cahiers du Cinéma, coll. « Grands cinéastes », 2007, 94 p. (ISBN 2866424921)
  • (es) Nuria Vidal, El Cine de Pedro Almodóvar, éditions Destino, 1989, 445 p. (ISBN 842331748X)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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