Tauromachie

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Gravure de Goya (1815)

La tauromachie (du grec tauros, « taureau » et makheia, « combat ») est l’art d’affronter le taureau[1], soit lors de combats à l’issue desquels le taureau est mis à mort, soit lors de jeux, sportifs ou burlesques.

Toutefois, l'emploi du mot tauromachie comme synonyme de corrida ne reflète pas la réalité des spectacles taurins qui varient selon les pratiques et les pays[2]. D'autres pratiques tauromachiques ont acquis une forme stable, des règles codifiées et une réelle institutionnalisation[3]. Il s'agit notamment de la course landaise, la course camarguaise en France, les toros coleados au Venezuela et en Colombie, le jaripeo au Mexique, le rodeo chileno au Chili, la course de recortadores au Portugal ou El rodeo en su salsa de Cuba qui est une forme de tauromachie alternative[4] .

Diverses formes[modifier | modifier le code]

Avec mise à mort[modifier | modifier le code]

La tauromachie avec mise à mort se pratique sous diverses formes en Europe, en Amérique latine.

La corrida est le combat du torero à pied avec un toro de lidia âgé d'au moins quatre ans, dans une arène, avec Picador et cuadrilla. Elle est pratiquée essentiellement en Espagne, dans le midi de la France, dans divers états d’Amérique latine et des États-Unis ainsi que dans quelques communes du Portugal[5].

La corrida de rejón est l'affrontement du torero à cheval avec un taureau de combat qui sera tué avec une lance ou rejón[5].

Beja / Portugal (1994)

La course portugaise ou corrida portugaise (en portugais, tourada) « est un spectacle tauromachique où des cavaliers vêtus en habit de marquis du XVIIe siècle affrontent les taureaux de combat avec des rejónes et des banderilles. La mise à mort du taureau ne se fait pas en public, il est arrêté par des forcados avant d'être puntillé au toril[6]. » Elle est pratiquée essentiellement au Portugal et également dans le midi de la France.

Sans mise à mort[modifier | modifier le code]

Ces courses sont le plus souvent des sports reconnus par des fédérations nationales en France et en Amérique, ou bien des spectacles fantaisistes.

La course camarguaise est un sport pratiqué en France, dans les départements des Bouches-du-Rhône, du Vaucluse, du Gard et de l'Hérault. On l'appelle aussi « course libre » depuis le XIXe siècle[7].

La course landaise est aussi un sport pratiqué en France dans les départements des Landes et du Gers[7].

La course de recortadores est un sport pratiqué dans le nord de l’Espagne (Navarre, Aragon, Castille-León, Pays basque, Communauté valencienne et communauté autonome de Murcie). Il se rapproche de la course landaise, avec des écarteurs et des sauteurs[8]. Le toreo comique est une parodie de corrida pratiquée partout où a lieu la corrida formelle.

Il existe aussi de nombreuses formes de lâchers de taureaux dans les rues ou sur les places publiques et des jeux taurins parodiques ou burlesques, comptant d'innombrables variantes locales, pratiqués dans l'ensemble des régions traditionnelles de la tauromachie (abrivado et bandido en Provence et en Languedoc, encierro, typique des fêtes de San Fermín à Pampelune).

Rodéo chilien

En Amérique latine, la tauromachie comporte plusieurs types de spectacles taurins. Outre la corrida, dans les pays où elle est autorisée, d'autres jeux taurins, généralement sportifs, se pratiquent du nord au sud. Ainsi le Jaripeo est une forme de rodeo où le cavalier chevauche le taureau et tente de se maintenir sans être renversé. Ces cavaliers portent le nom de charros[9]. Au Chili, le rodeo chileno se déroule avec deux cavaliers nommés huasos[10]. L'un est chargé de diriger et d'orienter le taureau, l'autre doit rester en contact avec l'animal par l'intermédiaire de son cheval, pour arrêter le taureau à l'endroit prévu[11].

Au Brésil, un autre jeu taurin consiste en deux formes de rodéo : l'une est issue des pratiques de l'élevage bovin depuis au XVIIe siècle : il s'agit de poursuivre le taureau sur une piste et de l'attraper au lasso (vaquejada). Une autre forme de rodéo serait une technique d'origine espagnole : il s'agit de faire tomber le taureau en l'attrapant par la queue. Il se pratique pendant les fêtes rurales du Nordeste, c'est un sport rémunéré[12].

Il existe encore beaucoup d'autres tauromachies sous forme de rodéo, de capea de village, et de jeux taurins, même dans les pays où la corrida est interdite comme les farra de boi au Brésil, les Bullriding aux États-Unis, sport qui est désormais constitué en association sportive : le Pro-Bull Rider (PBR) depuis 1992, qui compte 700 compétiteurs, et des filiales au Canada, au Mexique, au Brésil et en Australie[13]

Origines et évolution[modifier | modifier le code]

Les historiens de la tauromachie s'accordent à dire que l'on ne peut dater de façon certaine l'apparition de celle-ci : « Nous ignorons les origines exactes des jeux tauromachiques dont l'épanouissement fut réservé à l'Espagne[14]. » Beaucoup restent prudents sur la datation de l'évolution des « jeux de village en des fêtes ordonnées, avec une réglementation et des codes[15],[16]. » On trouve des traces de fêtes tauromachiques royales avec des cavaliers dès 815 en Espagne[15]. Mais sans doute bien avant, la tauromachie est née comme un sport populaire dans le berceau d'origine du taureau sauvage : les Pyrénées, côté sud et côté nord[17]. C'est dans la zone des Pyrénées qu'a fait souche un des derniers troupeaux des aurochs qui couvraient le continent euro-asiatique. Mais c'est sur le versant sud, où les conditions géographiques et économiques, propres à la péninsule ibérique, ont permis que la race de taureaux sauvages soit le mieux préservée[18].

Bien avant d'être le privilège de la noblesse espagnole à cheval, la tauromachie était un jeu de paysans, avec des jeunes qui s'amusaient à défier les taureaux sauvages[18]. Sur le versant Nord des Pyrénées, on trouve trace d'une course de vaches à Moumour (dans l'actuel département des Pyrénées-Atlantiques), dès 1469[18]. Du côté de la Camargue, on signale entre 1530 et 1570, la présence d'un capitaine de Ventabren « qui ne craignait point d'attaquer les taureaux furieux de Camargue[19] ».

Cependant la tauromachie codifiée, ancêtre de la corrida de rejón, a bien été d'abord l'apanage d'une noblesse cavalière, les « caballeros en plaza », dès le XVIe siècle en Espagne[20]. Elle était pratiquée essentiellement en Andalousie et en Navarre[21]. De nombreux traités ont été écrits à partir de cette date-là sur le comportement du caballero qui devait tuer l'animal à la lance, ou à pied avec l'épée[22]. Puis l'on cessa de faire appel au « mata-toros », personnage venu des Pyrénées, qui se chargeait de la mort du taureau. Ce mata-toros issu du Nord et du peuple allait devenir dès le XVIIIe siècle le personnage principal d'une nouvelle forme de tauromachie, la corrida à pied, qui allait ravir la vedette à la corrida de rejón[23].

Selon Corry Cropper, l'expansion de la corrida à pied correspond à une prise de pouvoir par le peuple, la tauromachie étant un art essentiellement populaire[24]. À l'appui de son analyse, il cite François Zumbhiel La Tauromachie, art et littérature[25].

En France, de l'autre côté des Pyrénées, la tauromachie était restée aux mains du peuple. C'était essentiellement une tauromachie à pied qui s'est développée par la suite sous plusieurs formes de jeux, essentiellement athlétiques, à partir du XVIIIe siècle[26].

On observe que la corrida chevaleresque et la tauromachie populaire se conçoivent comme des spectacles, dans un cadre festif, qu'il s'agisse de célébrer un événement ou une fête locale annuelle[27].

En Amérique latine la tauromachie est due à l'introduction de taureaux navarrais et de morruchos de la région de Salamanque par les conquistadors espagnols. Les jeux taurins s'implantent dès 1529 au Mexique, 1538 au Pérou, 1543 en Colombie, 1567 au Vénézuela[28],[28]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le mot « taureau » est utilisé ici dans son sens générique et désigne l'« animal bovin », quels que soient son âge, son sexe ou sa taille, c'est-à-dire un taureau, un taurillon, un veau, un bœuf, une vache, une vachette ou une génisse.
  2. Maudet 2010, p. 36
  3. Maudet 2010, p. 36 à 41
  4. Maudet 2010, p. 40-41
  5. a et b Bérard 2003, p. 410
  6. Bérard 2003, p. 923
  7. a et b Maudet 2010, p. 88
  8. Maudet 2010, p. 17
  9. Bérard 2003, p. 572
  10. Maudet 2010, p. 412
  11. Maudet 2010, p. 414
  12. Maudet 2010, p. 399
  13. Maudet 2010, p. 338
  14. Bennassar 1993, p. 11
  15. a et b Flanet et Veilletet 1986, p. 13
  16. Testas 1974, p. 15
  17. Popelin 1993, p. 13
  18. a, b et c Popelin 1993, p. 14
  19. Michel Legrand, Les courses de taureaux dans le sud-ouest de la France jusqu'au XIXe siècle, cité par Claude Popelin p. 14
  20. Casanova et Dupuy 1981, p. 33
  21. Flanet et Veilletet 1986, p. 17
  22. Flanet et Veilletet 1986, p. 18
  23. Flanet et Veilletet 1986, p. 17,19,29
  24. Cropper 2008, p. 23,27
  25. Zumbiehl 1990, p. 16
  26. Bennassar 1993, p. 24
  27. Bennassar 1993, p. 31
  28. a et b Bennassar 1993, p. 32

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : ouvrages utilisés pour les sources

  • Bartolomé Bennassar, Histoire de la tauromachie, Paris, Desjonquères,‎ 1993 (ISBN 2-904227-73-3) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Claude Popelin, Le Taureau et son combat, Paris, Seuil,‎ 1993 (ISBN 2877061779) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jean Testas, La Tauromachie, Paris, PUF,‎ 1974 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Véronique Flanet et Pierre Veilletet, Le Peuple du toro, Paris, Hermé,‎ 1986 (ISBN 2866650344)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • François Zumbiehl, la Tauromachie, art et littérature, Paris, L'Harmattan,‎ 1990 (ISBN 2738406858) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Corry Cropper, The spanish bullfighting in France,‎ 2008 (ISBN 9780803217737) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Paul Casanova et Pierre Dupuy, Dictionnaire tauromachique, Marseille, Jeanne Laffitte,‎ 1981 (ISBN 2862760439) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jean-Baptiste Maudet, Terres de taureaux - Les jeux taurins de l'Europe à l'Amérique, Madrid, Casa de Velasquez,‎ 2010, 512 p. (ISBN 8496820378), Annexe CD-Rom 112 pages
  • Jean-Baptiste Maudet, Terres de taureaux - Les jeux taurins de l'Europe à l'Amérique, Madrid, Casa de Velasquez,‎ 2010, 512 p. (ISBN 8496820378), préface de Jean-Robert Pitte Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Claude Popelin et Yves Harté, La Tauromachie, Paris, Seuil,‎ 1970 et 1994 (ISBN 2020214334) Document utilisé pour la rédaction de l’article (préface Jean Lacouture et François Zumbiehl)
  • Robert Bérard (dir.), Histoire et dictionnaire de la Tauromachie, Paris, Bouquins Laffont,‎ 2003 (ISBN 2221092465)
  • Francis Wolff, Philosophie de la corrida, édition A. Fayard, collection « Histoire de la pensée », 2007, réédition avec une préface inédite, Hachette Pluriel, 2011.
  • Francis Wolff, L'appel de Séville. Discours de philosophie taurine à l'usage de tous, éd. Au Diable Vauvert, 2011.
  • Francis Wolff, codirection (avec P. Cordoba) de Éthique et esthétique de la corrida numéro spécial Critique, éd. Minuit, 723-724, août-septembre 2007.

Annexes[modifier | modifier le code]

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